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Vivement l'Ecole!

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Où l'on constate que la Rue de Grenelle ne connait pas bien le terrain...

15 Janvier 2021 , Rédigé par 20 Minutes Publié dans #Education

Où l'on constate que la Rue de Grenelle ne connait pas bien le terrain...

Coronavirus : Plus de sport à l’intérieur, pas de brassage à la cantine… Le casse-tête des directeurs d’école

Fini le sport à l’intérieur, pas de brassage à la cantine… Après l’annonce des nouvelles mesures pour freiner l’épidémie de coronavirus, jeudi soir, les directeurs d’école doivent s’adapter, un casse-tête en termes d’organisation.

Jeudi, lors de sa conférence de presse, le gouvernement a annoncé un nouveau tour de vis sanitaire pour tenter de ralentir l’épidémie de Covid-19 et de son nouveau variant anglais.

Elargir les plages horaires du personnel de cantine

L’école est concernée à plus d’un titre : les activités physiques scolaires et extrascolaires en intérieur vont être suspendues « jusqu’à nouvel ordre », il n’y aura plus de brassage possible à la cantine, « maillon faible » dans l’organisation puisque les élèves s’y retrouvent sans masque, et la capacité de dépistage dans les établissements sera accrue avec un objectif de 300.000 tests par semaine. Comme c’est devenu un rituel après chaque annonce modifiant le protocole scolaire, les directeurs d’école attendaient vendredi matin des consignes officielles.

Tout en anticipant « sans doute une semaine de flottement », beaucoup s’interrogeaient déjà sur la manière de s’adapter aux nouvelles contraintes. « Les élèves sont bien plus serrés les uns aux autres à la cantine que le reste du temps à l’école », reconnaît le directeur d’une école maternelle de Paris. « Mais sauf si la municipalité élargit les plages horaires des cantinières et des animateurs de manière à étaler les services, cela paraît difficile de changer les choses ».

L’art du cirque pour remplacer le sport en intérieur ?

Un constat que partage Joël Smith, directeur d’une école à Nanterre (Hauts-de-Seine) : « actuellement, on fait manger les enfants par binômes en mélangeant deux classes. Si on ne veut qu’une seule classe dans le réfectoire, il faudra doubler le temps de service, ce qui semble impossible ». La contrainte semble particulièrement forte pour les gros établissements scolaires, souvent concentrés dans les villes. Mais dans les zones rurales, d’autres impératifs compliquent la donne. « Nous sommes bornés par les transports scolaires », explique Anabel Roy, du syndicat SE-Unsa, à la tête d’une petite école en Haute-Vienne.

« Si on ne veut pas rogner sur les heures de scolarité, la pause du midi ne peut excéder 1h15, donc même avec seulement trois classes, impossible de ne pas mélanger les élèves ». Plus encore que la cantine, c’est la suspension des cours de sport en intérieur qui semblait préoccuper les directeurs et directrices d’école. « Ça va être un vrai casse-tête », anticipe Dominique David, à la tête d’une école dans le 20e arrondissement de Paris. « S’il pleut ou s’il neige, on ne pourra pas aller dehors et donc plus faire de sport du tout », regrette-t-il. A la place, il envisage de renforcer l’activité arts du cirque, qui permet une distanciation entre élèves et le port du masque.

La piscine, c’est terminé

En maternelle, il faudra trouver des solutions pour remplacer les parcours de motricité (gymnastique, équilibre…). « On va arrêter et passer au vélo, à des courses dans la cour », imagine le directeur de l’école parisienne. « Nous avions beaucoup de cours de sport en intérieur, comme de l’escrime ou de la lutte, dans un dojo du quartier. Par quoi va-t-on les remplacer ? », s’interroge Laaldja Mahamdi, directrice d’une école dans le 19e à Paris. « On suppose aussi que les cours de piscine, c’est terminé », regrette-t-elle.

« On nous balance des annonces mais il n’y a rien d’opérationnel », fustige pour sa part Olivier Flippo, du SE-Unsa et à la tête d’une école à Cergy (Val-d’Oise). Dans son viseur notamment, la décision d’accélérer la politique de tests dans les établissements scolaires. « Je suis prêt à parier que ça ne se fera pas au primaire : il faudrait beaucoup de personnel pour les effectuer et quand bien même on les aurait, ce sont des tests compliqués à réaliser sur de jeunes enfants », explique-t-il. Avant de regretter que ce soit, une nouvelle fois, « aux communes et aux écoles de gérer ces décisions, à la dernière minute ».

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Oups! - "ENTRETIEN : « Les infirmières scolaires ne pourront pas faire passer les tests Covid »"

15 Janvier 2021 , Rédigé par Ouest France Publié dans #Education

Oups! - "ENTRETIEN : « Les infirmières scolaires ne pourront pas faire passer les tests Covid »"

Olivier Véran a annoncé le déploiement d’un million de tests Covid par mois pour les élèves et les enseignants. Impossible à réaliser sans l’aide des libéraux, assure le principal syndicat d’infirmiers et d’infirmières scolaires de l’Éducation nationale.

(...)

Étiez-vous au courant des annonces d’Oliver Véran, ce jeudi matin ?

Pas le moins du monde. Jeudi 7 janvier, nous avons eu une rencontre avec le cabinet du ministère de la Santé. On nous a dit que le variant anglais n’était pas plus contaminant pour la jeunesse. C’était contredit le soir même par le ministère… Mais jamais, il n’a été question de tester jusqu’à un million d’enseignants et d’enfants, à partir de 6 ans, par mois. L’Éducation nationale a reçu deux millions de tests. Il y a sans doute une volonté de les utiliser…

Pourquoi, cette mesure, selon vous ?

C’est un affichage pour rassurer les parents. Je me réjouis de cette annonce, car nous avons toujours été favorables à cette mesure. Mais, je le dis clairement, ce ne sont pas les infirmiers et les infirmières scolaires qui pourront faire passer ces tests. Nous ne sommes que 7 700 à travailler au sein de l’Éducation nationale (l’enseignement privé a son propre financement et ses propres moyens) pour 72 000 établissements scolaires. C’est insuffisant pour une telle campagne.

Pourtant, vous avez été formées ?

2 000 personnes ont été formées. Au final, peu ont été mobilisées durant la phase d’expérimentation en décembre, 10 000 tests seulement ont été réalisés. Mais nous sommes surtout très pris par le tracing des cas de Covid. Et nous devons plus que jamais remplir notre mission d’accueil et d’écoute des jeunes, qui vivent très mal cette crise.

Comment les tests vont-ils se faire, alors ?

On ne sait pas sous quelle forme la campagne de tests va se faire, et qui va l’effectuer. Mais tous les cabinets libéraux, les pharmacies, les laboratoires peuvent très bien le faire. Ou, comme cela a été fait en Ile-de-France, dans des barnums installés dans des locaux situés à proximité de sites scolaires.

Pas dans les établissements, donc ?

Une campagne de tests, c’est différent d’un cluster. Quand un foyer épidémique apparaît dans un établissement, il faut réagir très vite avant qu’il ne se diffuse. On a des équipes mobiles pour cela. Mais, là, je ne pense pas qu’il faille faire les tests à l’intérieur des établissements. Ce serait une erreur. Si un parent envoie se faire tester à l’école un enfant qui a le nez qui coule, ça ne va certainement pas limiter la contagion.

Recueilli par Arnaud BÉLIER. Publié le 

https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/entretetien-les-infirmieres-scolaires-ne-pourront-pas-faire-passer-les-tests-covid-7117841?fbclid=IwAR3cRpRutfogSo5uyYGAn7XSC6r725pkhlRBU-DeMUnXzt8-ERq3kMUUm0A

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La santé mentale des étudiants mise à fac...

15 Janvier 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

La santé mentale des étudiants mise à fac...

Isolement, angoisse liée à l’enseignement à distance, précarité… Syndicats et enseignants s’alarment de l’état de détresse des jeunes. Jean Castex et Frédérique Vidal doivent recevoir ce vendredi les représentants de la communauté universitaire.

Depuis quelques nuits, Eric Carpano, président de l’université Lyon-III, peine à fermer l’œil. Mardi soir, une étudiante a tenté de sauter du cinquième étage de sa résidence universitaire. Bien qu’elle ait été prise en charge «avant de commettre l’irréparable», selon les mots de Carpano, cet événement fait violemment écho à ce qui s’est passé durant la nuit de vendredi à samedi. A la résidence universitaire de Villeurbanne, un étudiant en master de droit à Lyon-III s’est jeté par la fenêtre du cinquième étage. Son pronostic vital est engagé. Les causes de ces gestes ne sont pas encore connues, mais une chose est sûre, «il y a un profond mal-être de la jeunesse aujourd’hui, qui a le sentiment d’avoir été délaissée. La crise sanitaire leur impose des contraintes absolument redoutables», selon le président de l’université. Lui qui n’occupe ses fonctions que depuis dix jours est «sidéré» face à la détresse dont il est témoin : «Il faut une prise de conscience nationale pour accompagner notre jeunesse et lui offrir un horizon. J’espère que la réponse gouvernementale sera à la hauteur des attentes.»

«Une lassitude»

Ce constat, le Premier ministre Jean Castex ne l’a pas nié lors de sa conférence de presse de jeudi soir, parlant d’un «profond sentiment d’isolement», de «vraies difficultés psychologiques», une «source de préoccupation majeure». Avec la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, il a annoncé un retour très progressif dans les amphis des 1,6 million d’étudiants assignés à l’enseignement à distance depuis trois mois, à partir du 25 janvier pour «une reprise en demi-groupes des travaux dirigés des élèves de première année». «Il en va de l’avenir de notre jeunesse», selon Vidal. Ce vendredi, le duo doit recevoir les représentants de la communauté universitaire pour préciser les modalités de cette prudente évolution, alors que la reprise en physique des étudiants les «plus fragiles», annoncée en décembre, s’est faite au compte-gouttes depuis la rentrée de janvier.

La souffrance qu’Eric Carpano observe à Lyon se retrouve partout en France. Libération l’a raconté ces derniers mois : les étudiantes et étudiants vont très mal. Les syndicats alertent sur leur santé mentale en dégringolade. «On se retrouve dans des situations de plus en plus anxiogènes : la hausse de la précarité, l’angoisse liée aux partiels, la peur pour l’avenir, la fermeture des universités, l’isolement, déroule Paul Mayaux, président de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage). Je ne sais même plus comment mettre des mots là-dessus.»

«On sait que les étudiants ne vont pas bien. Leur état de santé mentale est altéré, quel que soit l’indicateur que nous avons mesuré», affirme Marielle Wathelet, médecin de santé publique au Centre national de ressources et de résilience (CN2R). En octobre, elle a codirigé à une étude sur l’état de santé mentale des étudiants universitaires en France pendant le confinement, du 17 avril au 4 mai. Sur les 70 000 répondants, 11,4 % ont déclaré avoir des idées suicidaires, 27,5 % rapportaient des symptômes sévères d’anxiété et 16,1 % de dépression. Des chiffres qui «sont plus élevés que la moyenne, hors contexte de pandémie», note Marielle Wathelet. Mais des données manquent encore : celles des suicides. «Là, on a les chiffres de 2016. Ce retard est un problème, encore plus en cette période, car on aimerait vraiment savoir quel est l’impact du Covid sur les suicides aboutis et les tentatives de suicide afin de guider les politiques», souligne Fabrice Jollant, psychiatre spécialiste des conduites suicidaires. De premiers résultats, concernant la période de janvier à août 2020, ont tout de même pu être analysés : «Ils portent sur les tentatives de suicide hospitalisées seulement. Chez les jeunes, il y a eu une diminution durant la première partie de la pandémie», note Fabrice Jollant. Mais il reste difficile de poser un constat ferme, puisque cette baisse des hospitalisations pourrait notamment s’expliquer par un accès aux soins plus difficile à cette période. Surtout, comme le pointe le spécialiste, «tout le monde a le sentiment que c’est de plus en plus difficile depuis la rentrée. Chez les étudiants, il y a une fatigue, une lassitude, une crise qui dure. On craint que les prochains chiffres aillent dans l’autre sens».

La détresse psychologique des étudiants n’est pas nouvelle : pauvreté, difficultés d’accès au logement et manque d’aides sont déjà dénoncés depuis des années. Mais la crise sanitaire a fait exploser ces problématiques. «Le contexte et les mesures sanitaires sont susceptibles d’aggraver la précarité et l’isolement des étudiants, deux facteurs connus pour être associés avec les troubles de santé mentale», explique Marielle Wathelet. A l’effet de la pandémie, s’ajoute le fait que les étudiants sont «une population particulièrement fragile», souligne la médecin : «Les 15-25 ans, c’est la tranche d’âge durant laquelle apparaissent les grandes pathologies psychiatriques.»

Malgré tout, le recours au soin est extrêmement faible dans cette catégorie de la population, y compris pour les personnes qui ont des troubles graves. En 2019, une enquête nationale de la Mutuelle des étudiants (LMDE) pointait notamment le fait que 42 % d’entre eux renoncent au soin, dont 40 % par manque de moyens financiers. «Les séances chez le psy sont très chères, et les Bapu [bureaux d’aide psychologique universitaire, ndlr] sont débordés par manque de moyens», déplore Mélanie Luce, présidente de l’Union nationale des étudiants de France (Unef). A Paris, le délai d’attente pour avoir un rendez-vous au Bapu du Ve arrondissement est de trois à quatre mois. A Lille, de trois mois et demi. Et cette situation est loin d’être exceptionnelle. Dans un rapport publié en novembre, l’association Nightline a compté un psychologue pour 30 000 étudiants en France. Un chiffre largement inférieur à celui recommandé par l’Iacs, association qui accrédite les services de santé mentale universitaire dans le monde : il est conseillé de viser un psychologue pour 1 000 à 1 500 étudiants. Résultat : des jeunes attendent plusieurs mois pour se faire soigner, ou baissent les bras.

«Jamais été aussi mal»

En décembre, le Premier ministre a annoncé la création de 80 postes de psychologues et 60 d’assistants sociaux dans les Crous pour un budget de 3,3 millions d’euros. Une annonce suivie par un communiqué de l’Enseignement supérieur indiquant un «doublement des capacités d’accompagnement psychologique des étudiants». Mais, pour les concernés, cela reste insuffisant. «La détresse psychologique explose. Ce qu’on demande, c’est des chèques santé pour avoir des visites gratuites chez les psys. Il faut agir dans l’urgence !» martèle la présidente de l’Unef. Le rendez-vous de ce vendredi avec Jean Castex et Frédérique Vidal est très attendu, comme l’explique Mélanie Luce : «On est dans une situation historique, on n’a jamais été aussi mal. Si on ne prend pas des mesures historiques, on va continuer à foncer droit dans le mur.»

Les ressources d’aide psychologique à disposition des étudiants : les services de médecine préventive et de promotion de la santé des universités ; le Fil santé jeunes (0 800 235 236, tous les jours de 9 heures à 23 heures) ; Nightline, service d’écoute nocturne gratuit ; le médecin traitant ; en cas d’urgence, contacter le 15.

Cassandre Leray

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Ecole: les assistants sociaux sont submergés...

14 Janvier 2021 , Rédigé par Médiapart Publié dans #Education

Ecole: les assistants sociaux sont submergés...

EXTRAITS

Des assistants sociaux scolaires, notamment de Seine-Saint-Denis, alertent sur leurs conditions de travail en forte dégradation. La situation sanitaire accroît les difficultés sociales des élèves et des familles, qui les sollicitent de plus en plus.

Chaque journée est « une aventure » pour Julie*, assistante sociale dans un collège de Seine-Saint-Denis. « Par exemple, il va y avoir une demi-journée où l'on ne prévoit aucun rendez-vous pour avancer des écrits, et dès notre arrivée une famille nous attend à la suite d’une expulsion locative, et d’autres urgences peuvent s’enchaîner de manière imprévisible. »

L’assistante sociale a toujours fonctionné à flux tendu. Mais avec la crise sanitaire et ses conséquences sociales, « on est à la limite de l’humanitaire, il n’y a presque plus de classes moyennes. Je ne pensais pas que la dégradation serait aussi rapide. Avant le confinement, les situations sociales étaient déjà très rudes mais il a accéléré les choses de manière exponentielle. »

Des assistants sociaux des établissements scolaires participeront à la journée d’action de l’intersyndicale de l'éducation prévue le 26 janvier prochain, pour réclamer des moyens supplémentaires, notamment des postes  – ils sont environ 2 500 pour 12,4 millions d’élèves aujourd'hui. En attendant, ces travailleurs sociaux, soumis au secret professionnel et à la parole rare, alertent les fédérations de parents d’élèves.

Dans « le monde d’avant », Julie faisait déjà face à des fragilités chez les familles comme une dette de loyer ou des allocations non versées. « C’était compliqué mais on pouvait encore faire un montage financier avec d’autres partenaires et on accompagnait la famille sur un plan d’apurement. Depuis le Covid, comme une pelote de laine, on tire une ficelle et ça entraîne une succession d’autres problématiques à gérer. » À date équivalente, les demandes d’aides pour régler la cantine scolaire se sont multipliées par trois, alors qu'elle doit gérer 600 élèves environ, sans médecin scolaire et avec une infirmière en moins.

En Seine-Saint-Denis, les situations des familles étaient déjà inquiétantes, souvent à l’orée de la pauvreté. Elles basculent dans le critique, avec une augmentation de 8,5 % des allocataires du RSA, soit 2,1 millions de personnes à la fin octobre 2020. Du jamais-vu depuis la création de l’allocation, selon le ministère des solidarités et de la santé.

Des parents en contrats précaires se sont retrouvés licenciés, d'autres en chômage partiel, des formations prévues ont été annulées, des droits non ouverts. L’économie parallèle a aussi subi un coup d’arrêt, ce qui s'est répercuté sur les budgets déjà précaires de certaines familles. D’autres, malades, ont vu leurs opérations être repoussées.

(...)

Karine Riou confirme qu’avec la crise des demandes inédites  – ou dans des proportions plus importantes – se font jour. « Les familles demandent de l’aide alimentaire. Pendant le premier confinement on a dû intervenir pour des demandes de matériel informatique ou acheter des abonnements Internet. On ne le faisait pas auparavant. La misère a toujours été là mais elle a toujours été moins voyante, les situations se sont dégradées, on voit des expulsions de logement ou des enfants qui n’ont tout simplement pas à manger. » 

Pour sa part, Brice Castel du SNUASFP-FSU souligne l’élargissement des publics visés. « Ce sont des familles déjà contraintes par les difficultés mais qu’on ne voyait pas avant. Pour elles, faire la démarche d’entrer en contact avec des services sociaux est délicat. C’est dur de ne pas pouvoir assumer ses enfants. Elles ont aussi peur de porter l’étiquette d’assistés. »

(...)

Malika*, assistante sociale dans un collège REP du département, relève les difficultés purement économiques des familles. « La crise sanitaire les a plombées, il ne leur en fallait pas beaucoup pour sombrer. Elles sont encore gênées, s’excusent, et culpabilisent d’être dans cette situation. J’ai de l’empathie mais je ne suis pas dans l’affect pour garder de la distance. »

Ce qui la soucie fortement, c’est toutes ces violences intrafamiliales et difficultés éducatives qui se sont accentuées dans le huis clos du confinement. « Pour les élèves et leurs parents, l’école est une soupape qui atténue leurs difficultés de vie, liées notamment aux logements exigus ou précaires. Cela a exacerbé les comportements violents de certains parents défaillants, ou ceux d'enfants qui ont des pratiques à risques ou des difficultés de comportement. » 

Aglaé a enregistré, elle aussi, une hausse de ces violences intrafamiliales dans son lycée. En moyenne, avant la pandémie, elle faisait un « placement autoritaire » par an, pour les élèves trop en danger à leur domicile. Depuis la fin du premier confinement à la fin mai, elle en a fait quatre.

(...)

Brice Castel, du SNUASFP-FSU, souligne que les assistants sociaux ont bénéficié d'une légère augmentation depuis peu mais qu’ils gagnent toujours moins que les autres fonctionnaires de la catégorie A. Plus largement, il plaide pour que le gouvernement mette en œuvre une véritable politique sociale en augmentant déjà leurs effectifs, « un investissement pour l’avenir ». « Il faudrait que la politique sociale puisse infuser dans toutes les politiques de l’éducation nationale, pour que les inégalités sociales aient le moins d’impact possible sur les inégalités scolaires. »

Julie se dit inquiète pour la suite. « Pendant le confinement, il y a eu un élan de solidarité et nous avons été encouragés par certains partenaires locaux comme les associations à proposer de l’aide aux familles. Désormais, les aides proposées à ce moment-là diminuent alors que les demandes perdurent et s’accroissent. On risque d’être justes, même s'il y a peu de sorties, pas de voyages scolaires et moins d’activités périscolaires. Notre fonds social ne suffira pas à tout absorber. » 

Faïza Zerouala

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

https://www.mediapart.fr/journal/france/140121/ecole-les-assistants-sociaux-sont-submerges?utm_source=20210114&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20210114&M_BT=16590131223

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Les étudiants confinés, sacrifiés...

14 Janvier 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Les étudiants confinés, sacrifiés...

La pandémie nous rappelle l’urgence de prendre soin de nos étudiants et l’extension toujours plus violente de leur précarité. L’élargissement de l’accès aux études secondaires est loin d’avoir aboli les inégalités.

Comment apprendre bien dans un monde qui va mal ? De l’intranquillité quotidienne au désespoir d’une vulnérabilité faite existence, les générations actuelles d’étudiants et d’étudiantes forment une communauté d’expérience limite, à la confluence de la crise du Covid-19, puissant catalyseur des inégalités, et des incuries de la réponse politique qui lui est apportée. «Derniers Confinés», comme se sont si justement nommés les étudiants d’un collectif de l’université de Haute-Alsace (UHA) dans une lettre au président de la République, ces jeunes hommes et femmes n’ont souvent que leurs écrans - quand ils en ont - pour se projeter.

Les enquêtes sur la vie étudiante confinée impulsées par le Centre national de ressources et de résilience (CN2R), l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE) ou encore Santé publique France dressent un même portrait, celui d’une jeunesse en situation de détresse morale et d’insécurité économique et psychologique saisissantes alors que 29 % des 18-24 ans se disent déprimés («Les étudiants, une population particulièrement fragile psychiquement», le Monde, 12 janvier). Samedi, un étudiant de l’université Jean-Moulin Lyon-III a tenté de se suicider et est à ce jour dans un état critique. Sans vouloir plaquer une interprétation à sens unique sur ce geste tragique, le président de l’université a néanmoins rappelé dans une lettre adressée aux étudiants et au personnel de l’établissement le contexte social et politique anxiogène dans lequel ce dernier a eu lieu : «La fermeture des universités, les cours à distance, l’arrêt des activités sportives, culturelles et festives ont favorisé l’isolement et la détresse psychologique. La situation économique a précipité les plus fragiles dans la précarité. Un drame humain se joue que nous ne devons pas occulter.» Mardi, le drame humain continue à Lyon, alors qu’une étudiante a tenté de se défenestrer de sa résidence universitaire.

Ce drame humain, c’est notamment celui d’une extension toujours plus grande, toujours plus violente du domaine de la précarité étudiante dans un silence quasi assourdissant. Déni de reconnaissance, ce silence gouvernemental perpétue l’histoire d’une invisibilisation au plus long cours des vies fragiles qui occupent les bancs des universités. Alors que dès les années 60, les premières enquêtes sociologiques de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron révèlent que la «condition étudiante» est une condition plurielle et inégalitaire, cette dernière demeure pourtant perçue comme le lot commun d’une jeunesse uniformément privilégiée. L’élargissement et la diversification de l’accès à l’enseignement supérieur, ces quarante dernières années, n’ont nullement aboli ces inégalités et leur perception faussée. Historiens et sociologues de l’éducation à l’instar d’Antoine Prost ou de Pierre Merle se sont efforcés de donner à voir cette réalité : la démocratisation de l’université, parce qu’elle conduit les membres des classes populaires vers les filières les moins valorisées et qu’elle réserve les filières les plus prestigieuses aux groupes sociaux supérieurs, fut et demeure ségrégative. A cela s’ajoute la massification du phénomène de la pauvreté étudiante dans un contexte de montée des incertitudes et d’extension du déclassement qui frappe particulièrement les jeunes depuis la fin des années 70. Aujourd’hui, plus de 20 % de la population étudiante vit en dessous du seuil de pauvreté.

La précarité étudiante a fait l’objet de multiples rapports depuis le début des années 2000. En novembre 2019, Anas K., étudiant lyonnais de 22 ans d’origine populaire, s’est immolé par le feu, expliquant son acte par la perte «automatique» de sa bourse, après le triplement de sa deuxième année de licence. Et pourtant, cette précarité continue de ne pas faire cause pour l’agenda politique. Dans un article de 2020 de la revue Agora Débats-Jeunesses intitulé «Quand la marge interpelle la norme. Evolution et actualité de la précarité étudiante», les sociodémographes Philippe Cordazzo et Nicolas Sembel soulignent à quel point la focale du débat public sur la question de l’orientation et de la sélection dans les universités ces vingt dernières années rend acceptable la perpétuation des inégalités et permet d’entretenir cette cécité sur les conditions de vie de celles et ceux qui étudient autant que la violence symbolique dont elle est porteuse. Ainsi, «l’impératif d’efficacité se traduit par la prise en compte de la seule variable de la réussite universitaire» et «l’élimination des «mauvais·e·s» étudiant·e·s coïncident trop souvent avec l’élimination des étudiant·e·s les moins favorisé·e·s socialement. Et c’est tout un pan de la jeunesse qu’on abandonne.

Notre présent pandémique nous rappelle ainsi l’urgence qu’il y a à reconnaître et à prendre soin de nos étudiants et de nos étudiantes, à vouloir non pas plus d’excellence, mais plus d’égalité et de savoirs partagés, il devrait aussi et surtout obliger celles et ceux qui nous gouvernent à accompagner et soutenir ces millions de jeunes hommes et femmes qui portent en eux les horizons des possibles de demain.

Clyde Marlo Plumauzille historienne, chargée de recherches au CNRS

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Grand oral du bac : d’abord passer les cris...

14 Janvier 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Baccalaureat

Grand oral du bac : d’abord passer les cris...

Les lycéens de terminale étrenneront cette année une nouvelle épreuve du bac, entièrement orale et sans support papier. Une petite révolution saluée mais suscitant les réticences de certains profs eu égard à une formation très courte et à la crainte d’un accroissement des inégalités entre élèves.

Antoine (1) a passé une journée à essayer de rassurer ses collègues profs : «Ça va aller, vous bilez pas, ça va le faire…» Mines déconfites et visages fermés dans l’auditoire, aucun n’avait envie d’assister à cette journée de formation sur le grand oral du bac, dont plusieurs se sont déroulées ces derniers mois dans chaque académie. Il faut dire que même lui, prof formateur et enseignant de SVT, s’interroge : «J’ai envie de l’aimer, cette nouvelle épreuve du bac, de la défendre avec force. Mais dans le contexte actuel, c’est très compliqué. On aurait dû décaler l’application à l’année prochaine.» Aussitôt, Antoine se reprend : «Les inspecteurs de l’Education nationale pensent pareil, mais il ne faut pas le dire. C’est suffisamment tendu comme ça.»

Ce n’est pas la fête dans les lycées, dont 70 % fonctionnent en roulement, à cause du Covid : les élèves ne viennent pour certains qu’une semaine sur deux… Compliqué de préparer le bac dans ces conditions. D’autant plus que cette année, un changement d’importance est prévu : le nouveau bac réformé entre en vigueur pour la première fois. Avec de gros bouleversements. Le calendrier d’abord : les épreuves de spécialité se déroulent mi-mars. Le contenu des programmes, très exigeant, a changé aussi. Autre nouveauté majeure : le grand oral, prévu pour mi-juin si tout va bien, mais un décret du 24 décembre indique que les épreuves pourraient être modifiées jusqu’à quinze jours avant la date… A cette occasion, les 550 000 candidats (aux bacs généraux et technologiques) devront, un par un, se présenter «debout, sans support écrit», face à un jury de deux professeurs pendant vingt minutes. Une mini-révolution. Certes, l’oral a toujours existé (le bac a même été un examen uniquement oral jusqu’en 1840), mais jusque-là, les oraux ressemblaient tous à des «écrits oralisés», où la forme n’avait que peu d’importance. «Disons qu’on notait le fond, même si le jury est influencé par la forme», résume, grinçant, l’historien Claude Lelièvre.

"Prêt-à-parler"

Le grand oral est censé avoir une autre ambition. «Mais laquelle exactement ? Toute la question, c’est de savoir ce qu’on attend justement des élèves», questionne Claudine Garcia-Debanc, professeure de didactique du français à l’Inspé (école des profs) de Toulouse. Elle est partagée sur le sujet. Elle se dit enchantée que l’oral ait enfin une vraie place au bac, «on sait à quel point, en France, le système est piloté par les examens», et à la fois «inquiète» de l’objectif recherché. «Au moment de l’annonce de la réforme, il y avait cette émission à la télé, sur une chaîne du service public, où des candidats montaient sur scène pour un concours d’éloquence visant à émouvoir les téléspectateurs. Le bac, cela ne doit pas devenir cela, avec un discours préparé, du prêt-à-parler…» Avant de préciser le fond de sa pensée : «Ce grand oral, c’est le modèle Sciences-Po qui arrive en terminale. On nous le présente comme le seul modèle de réussite sociale. Or, il en existe d’autres.»

Elle fait référence aux concepteurs de cette épreuve. Pierre Mathiot, directeur de Sciences-Po Lille, qui a proposé ce grand oral dans son rapport sur le bac. Puis Cyril Delhay, professeur d’art oratoire à Sciences-Po Paris, missionné par la suite par Jean-Michel Blanquer pour réfléchir spécifiquement à cette épreuve. C’est lui qui propose que les candidats se tiennent debout, sans support papier, devant le jury. «Je comprends l’intention, mais à mon sens, cela présente un risque que j’appellerai "le piège de l’éloquence", souligne Pierre Mathiot. Que l’élève récite son texte par cœur, comme une poésie.»

Le lycéen est interrogé sur un sujet parmi deux préparés pendant l’année. Claudine Garcia-Debanc explique : «Il est très important qu’il y ait un contenu, travaillé en amont. Sinon, seuls les élèves venant de milieu favorisé et ayant les mêmes codes que l’école pourront s’en sortir.» La chercheuse rappelle combien la façon de s’exprimer est identitaire, et «peut laisser transparaître, bien plus qu’un écrit, l’origine sociale, culturelle et géographique selon l’accent que l’on a».

Dans sa pratique du métier, Céline (1), professeure de français dans un collège du sud de la France, cogite sur ces questions depuis un bout de temps. «Si on veut lutter contre les déterminismes sociaux, il faut préparer nos élèves à l’oral, qu’ils sachent comment s’exprimer lors d’un entretien pour des stages, et plus tard d’embauche. C’est le rôle de l’école.» Rassurante, elle fait partie des professeurs qui forment au grand oral : «Depuis quelques années, il existe un oral au brevet. On a donc un savoir-faire.» Dans son collège, les profs ont tenté un truc, qui apparemment cartonne : en début d’année, chacun prend sous son aile quelques élèves pour les coacher pour l’oral. Une sorte de mentorat. Grâce à ce système, les résultats au brevet sont montés en flèche.

Manque de billes

Elle évoque aussi toutes ces questions qui se posent, pour les profs, et dont la réponse n’est pas forcément évidente. Jusqu’où aller dans les conseils ? Faut-il dire à l’élève comment s’habiller ? Se tenir ? S’exprimer ? Christian Dumais est enseignant-chercheur en didactique du français à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il a lui aussi mené beaucoup de travaux sur l’enseignement de l’oral : «Les candidats doivent savoir exactement ce que l’on attend d’eux, les critères qui serviront à évaluer leur prestation, et non pas qui ils sont.» Il cite l’exemple du regard. «D’une culture à l’autre, les attentes sont très différentes. Regarder dans les yeux peut être un manque de respect pour les uns, et à l’inverse un critère attendu pour d’autres.»

Le chercheur insiste sur l’importance de la formation des enseignants, «pour qu’ils soient des modèles linguistiques en classe et que les élèves puissent prendre exemple sur eux». Il souligne aussi la nécessité que les profs soient aguerris et formés à la façon d’évaluer un oral.

Cet élément - le manque de temps, de billes - revient beaucoup dans les salles des profs, même s’il se mélange au reste. «Une bonne copie, on sait tous ce que c’est, on a l’habitude. On se les échange entre nous, on se met d’accord sur des critères communs. Mais qu’est-ce qu’un bon oral ?» Antoine, le professeur de SVT, se remémore une épreuve de travaux personnels encadrés (TPE, désormais supprimés), où les élèves venaient en petit groupe présenter à voix haute le projet mené pendant l’année. «Une fois, j’étais avec un prof de maths dans le jury. Le premier groupe quitte la salle, je m’exclame devant la qualité de leur prestation, et lui me regarde : il trouvait que c’était un raté complet.» Surtout que, comme le souligne Sylvie Plane, professeur émérite en sciences du langage, pour ce grand oral, il a été décidé pour des raisons organisationnelles que seul un membre du jury soit de la spécialité sur laquelle porte le sujet présenté par l’élève. «Mais l’autre enseignant examinateur, du coup, que va-t-il pouvoir juger dans la prestation du candidat, si ce n’est la forme, le côté spectacle ?»

(1) Les prénoms ont été modifiés

Marie Piquemal

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VIDEO. Pour savoir à quoi sont exposés nos ados, "Complément d'enquête" a créé un faux compte TikTok

13 Janvier 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Jeunesse

En apparence, c’est fun : on danse, on chante, on se filme, et on poste sur le réseau social. En France, selon une étude, un jeune de 11 à 12 ans sur deux utiliserait TikTok. L'application vidéo chinoise qui monte semble avoir fait des mineurs son cœur de cible. "Complément d'enquête" a voulu savoir exactement à quoi elle expose nos ados. 

En France, la moitié des 11 à 12 ans, selon une étude, utiliseraient TikTok. Pour savoir à quoi les expose la plateforme vidéo qui a détrôné YouTube chez les moins de 15 ans, une journaliste de "Complément d'enquête" a tenté une expérience. Elle s'est créé un compte sur l'application en entrant "2007" comme date de naissance, comme si elle avait 13 ans.

Treize ans, c'est l'âge minimum légal pour s'inscrire sur la plateforme – qui ne fait aucune vérification. Notre journaliste va ainsi savoir quelles vidéos TikTok propose à un enfant qui vient de s'inscrire. Le résultat de l'expérience, visible dans cet extrait, n'est pas très rassurant.

" - Comment faire pour avoir une belle voiture ? - Ah bah on se prostitue"

Au début, rien de bien méchant : juste des vidéos rigolotes. Au bout d'une minute déboule sur l'écran une jeune femme plutôt aguicheuse. Elle est suivie immédiatement d'une autre, tout aussi sexy. Ensuite, presque quatre minutes anodines, puis quelques secondes de vulgarité. Deux minutes plus tard, une autre vidéo répond à la question "Comment on fait pour avoir une belle voiture ?" : "Ah bah on se prostitue ! Bois de Boulogne le soir, bois de Vincennes la journée..."

Ces vidéos sont suggérées à la fausse ado par l'algorithme de TikTok. L'intelligence artificielle ne sait rien d'autre d'elle que son âge, 13 ans. Elle n'a indiqué aucun centre d'intérêt qui aurait pu influencer ses choix.

Vidéos de vie de couple, propos et gestes explicites

"Globalement, conclut la journaliste, des vidéos de vie de couple, qui parlent de sexe, de rouler des joints en soirée..." Et certains contenus avec gestes et propos explicites, auxquels personne ne souhaite voir exposé un public de 13 ans. Voire moins... Car selon le témoignage d'un ancien modérateur, la plateforme ne supprimerait pas les comptes des utilisateurs théoriquement trop jeunes pour s'inscrire. Contrairement à ce qu'elle affirme dans un mail à "Complément d'enquête"...

Extrait de "Tous toqués de TikTok !", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 14 janvier 2021.

> Les replays des magazines d'info de France Télévisions sont disponibles sur le site de Franceinfo et son application mobile (iOS & Android), rubrique "Magazines".

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«Le fiasco Blanquer»: le commencement de la fin? - Par Claude Lelièvre

13 Janvier 2021 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education

Le fiasco Blanquer - Dernier livre de Said Benmouffok - Précommande & date  de sortie | fnac

Serait-on proche de la fin, en tout cas du bilan, pour que le moment soit venu de tels livres écrits par de bons connaisseurs de l'Ecole, du ministère de l'Education nationale et du ministre actuel ?

L'auteur de l'ouvrage de 94 pages qui vient de paraître aux éditions « Les petits matins » considère en tout cas qu'après quelque quatre années passées à la tête du ministère (presque un record de durée), Jean-Michel Blanquer peut et doit être confronté à son bilan : un ''fiasco''.

Saïd Benmouffok, agrégé de philosophie, a enseigné une dizaine d'années en banlieue parisienne, à Mantes-la-Jolie et à Aulnay-sous-Bois. Il a été auparavant délégué national à la vie lycéenne au ministère de l'Education nationale. Il ne s'agit nullement pour lui de tenter un bilan exhaustif de l'activité du ministre, mais d '« offrir une grille de lecture politique permettant de déchiffrer les ambitions réelles » de Jean-Michel Blanquer pour qui « l'école doit se conformer au nouveau monde hypercompétitif dans lequel nous sommes entrés » : « De quoi profondément dégrader l'école de la République », ajoute-t-il.

L'agrégé de philosophie Saïd Benmouffock n'hésite pas à citer des philosophes dans ce court ouvrage (Kant et Bergson, en opposition au « scientisme neurobéat ») et multiplie les références de bas de pages à l'appui de ses analyses.

Selon Saïd Benmouffock, deux causes majeures doivent être examinées pour expliquer le ''fiasco''.

« D'abord, la méthode Blanquer, c'est à dire sa façon de gouverner […]. Avant toute chose, le blanquérisme est un autoritarisme. Il se caractérise par une prise de décision ultracentralisée, l'effacement de la délibération collective, l'affaiblissement des contre-pouvoirs institutionnels et l'élimination des opposants en interne ».

« Le logiciel idéologique du ministre est le deuxième facteur […].En stratège, le ministre préfère ''la politique du puzzle'', ouvrant sur tous les fronts des chantiers sans lien apparent dont la cohérence n'est perceptible qu'au moment d'ajouter la dernière pièce au tableau […] Mais l'illusion ne saurait durer, tant la démarche signe le retour du sarkozisme à l'éducation. La même veine idéologique, les mêmes acteurs sont à la manœuvre. Derrière les discours lénifiants, il s'agit toujours de faire gagner la logique du marché sur celle du service public. Et , les mêmes causes produisant les mêmes effets, ce qui a abîmé l'école de la République il y a dix ans l'abîme de nouveau aujourd'hui »

En conclusion, Saïd Benmouffock propose « l'esquisse d'une action possible pour un futur gouvernement de gauche »
On ne sera pas autrement surpris que ''démocratisation'' et surtout ''démocratie'' devraient être alors les maîtres mots : « Après l'hiver du mépris blanquérien, un vent de démocratie devra souffler sur l'école. Il faudra construire un cadre délibératif pour corriger les effets délétères des réformes engagées depuis 2017 ».

Mais le dire est une chose. Et le faire une autre...

Chapitre 1 : Un techno de droite
Chapitre2 : Ministre de la défiance
Chapitre 3 : Les inégalités en marche
Chapitre 4 : La mise au pas de l'institution
Chapitre 5 : Un ministre neurobéat
Chapitre 6 Une laïcité autoritaire

Claude Lelièvre

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Olivier Esteves : « Des universités sacrifiées face à des prépas protégées »

13 Janvier 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Olivier Esteves : « Des universités sacrifiées face à des prépas protégées »

Pourquoi empêcher tous les travaux dirigés en présentiel à l’université publique et laisser les élèves des classes préparatoires y assister ?, s’interroge dans une tribune au « Monde » le professeur des universités, soulignant une situation qui aggrave les inégalités entre étudiants.

Tribune. Sur France Inter ou dans Le Monde, on a entendu ou lu, dimanche 10 janvier, des journalistes se pencher au chevet d’étudiants en souffrance, lassés des cours à distance, toujours plus précarisés. Pendant que cette vraie empathie occupe l’espace médiatique, c’est bien sûr business as usual – à l’exception des masques, évidemment –, avec des cours en présentiel en classes préparatoires. C’est ainsi qu’on exacerbe des inégalités structurelles, enracinées depuis trop longtemps, et qui font honte à une démocratie libérale.

Lors de conseils d’UFR [unité de formation et de recherche] ou de réunions de pilotage universitaire dans lesquelles on pose la question de l’interprétation des recommandations officielles liées au Covid-19, le privilège octroyé à d’autres structures (comme les prépas) n’est jamais, ou presque, posé. La tête dans le guidon de notre vélo bringuebalant de l’université publique, nous ne voyons pas passer les SUV rutilants des prépas dont les chauffeurs et passagers, même masqués, nous dépassent à toute vitesse.

Si d’aventure quelqu’un(e) pose la question de cette inégalité structurelle, alors l’argument brandi est marqué au coin d’un bon sens apparemment apolitique : « Oui, tu sais, les prépas sont incluses dans les lycées, donc c’est logique en fait. »

(...)

Méconnaissance des étudiants

Pour l’opinion publique et les façonneurs de la parole publique de manière générale, les facs, cela veut dire des amphis bondés, même si les cours magistraux constituent une minorité de nos enseignements. J’en ai fait l’expérience lorsque des équipes de télé ont débarqué dans mes cours après avoir annoncé que j’interdisais toujours tous les écrans, ordinateurs et téléphones portables (Libération, le 18 septembre 2018).

Le premier contact avec les étudiants a simplement toujours été sur le mode : « Je peux venir en amphi ? Vous avez cours quand en amphi ? » Conséquence : le mode distanciel a d’abord peut-être semblé acceptable et logique au plus grand nombre, compte tenu de cette représentation mentale collective.

Mais pourquoi empêcher tous les travaux dirigés sur site à l’université publique et laisser faire le présentiel dans tous les TD de classes préparatoires ? Les étudiants de prépas, sélectionnés, et auprès de qui l’Etat investit bien plus d’argent, sont sans doute mieux à même de suivre des cours en distanciel, en tout cas on peut le penser. Pourtant ce sont les autres, très majoritaires, qui sont sacrifiés.

Frédérique Vidal [la ministre de l’enseignement supérieur] a proposé ces dernières semaines de mettre en place des groupes de TD pour une dizaine d’étudiants, ceux qui sont en souffrance, susceptibles de décrocher, etc. Cette personne ne semble pas savoir que pour les premières années, sur les campus hypermassifiés, la méconnaissance des publics étudiants est totale. Pendant ce temps, les « khôlles » en prépas continuent, et les enseignants connaissent, bien sûr, les noms de leurs étudiants.

Monsieur Macron a dit : « C’est dur d’avoir 20 ans en 2020. » C’est sans doute beaucoup, mille fois moins dur pour les étudiants de la prépa Henri-IV, dont il est lui-même issu, que pour ceux de Cergy, de Paris-Est Créteil, ou de Lille. Le 19 juin 2019, M. Blanquer exprimait son amour aux enseignants de prépas : « Vous êtes tout ce que j’aime », leur a-t-il dit, un an et demi avant de stigmatiser « l’islamo-gauchisme » rampant dans les universités publiques.

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Olivier Esteves(Professeur des universités)

A lire intégralement en cliquant ci-dessous

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Partiels à distance : les cinq nouvelles techniques de triche...

13 Janvier 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université

Les tricheurs - huile sur toile de Michelangelo Caravaggio en reproduction  imprimée ou copie peinte à l'huile sur toile

Les tricheurs - Michelangelo Caravaggio, dit le Caravage

L’antisèche avant, Internet maintenant. Avec les examens à la maison pour cause de Covid-19, les techniques de triche évoluent. «Libération» passe en revue les nouvelles tendances de la fraude étudiante.

Oui, on sait : la triche, c’est mal. Tellement mal que, dans le cas d’examens ou de concours publics, elle est sanctionnée d’une peine pouvant aller à 3 ans de prison et 9 000 euros d’amende. Mais, avec la multiplication des examens à distance, pour cause de confinement le milieu connaît sa propre révolution copernicienne. Elan de solidarité, protestation contre les logiciels de surveillance ou acte désespéré lié à la crise sanitaire: si les motifs des tricheurs se diversifient, leurs techniques aussi. Des fiches de cours en HDMI sur l’écran de la télé à la coopération de promos entières, l’ère de l’antisèche glissée dans la chaussette semble bel et bien révolue.

Un beau jeu collectif

Le grand changement avec les examens en ligne, c’est la répartition des tâches. Certains la jouent en petite équipe. C’est le cas de Camille, 23 ans, en école hôtelière à Nantes. Pour ses examens de ressources humaines et de marketing, elle a coopéré avec ses camarades de classe, vivant dans sa résidence étudiante. Leur objectif ? Gagner du temps en faisant chacun un ou plusieurs exercices. «Vu qu’on n’est pas en présentiel, on peut vachement chercher sur Internet, donc les profs nous donnent des choses très très longues pour pas qu’on n’ait le temps de le faire», justifie-t-elle. Et pour que la technique fonctionne, mieux vaut opérer en trio : «A un moment on s’était confinés dans une maison de vacances et les partiels alors qu’on était 6-7 autour de la table, c’était horrible. On finissait par les faire dans nos chambres parce qu’on n’arrivait plus à se concentrer», raconte-t-elle.

A contrario, d’autres font appel à beaucoup plus de cerveaux. Lors du premier confinement, Suelen, 22 ans, élève en Institut d’études politiques (IEP) a triché avec l’ensemble de sa promotion lors d’un QCM d’économie. «Ce cours était difficile à suivre sur Zoom même si les profs étaient très bons. Les cours à distance épuisent beaucoup», justifie-t-elle. Un google doc a donc été créé pour leur permettre de se partager les réponses. «Quand tu as la même réponse que cinq autres personnes, tu es plus sûre de toi que si tu étais dans ton coin», indique-t-elle. Résultat : tout le monde a validé l’examen.

«Ctrl F», mon amour

Classique, mais efficace. Pour les non-initiés en informatique, la combinaison de touches Ctrl + F permet à l’internaute d’effectuer une recherche avancée de mots et expressions dans un document. Idéale en cas de questionnaire à choix multiples (QCM). Ezio, en fac d’économie à Clermont-Ferrand, y a recours depuis ce semestre : «Je me suis permis d’avoir le cours à côté de moi et, à chaque question, je tape le mot-clé dans la barre de recherche. Dans 99% des cas, j’ai la réponse que je veux.» Bien sûr, l’université de l’étudiant de 19 ans a déployé des contre-attaques, comme des questionnaires aléatoires ou, encore, une limite de temps. «Ils ont mis en place des QCM dégressifs avec un délai de réponse très réduit. Beaucoup se sont plaints parce que si tu prenais ton temps pour répondre, tu finissais par ne plus pouvoir boucler l’examen», déplore-t-il.

Pour les oraux, on trouve des tactiques similaires. Coraline, en psychologie à Rouen, a opéré avec deux ordinateurs. Un pour l’oral, un autre, en retrait, avec ses fiches ouvertes dessus. «Franchement, cette épreuve était horrible. L’oral comportait trois matières différentes et je ne savais pas sur laquelle j’allais tomber […] Bon finalement, ça n’a pas servi à grand-chose. Les questions n’étaient pas toujours directement liées au cours et je l’ai un peu raté.»

Joker : «appel à un ami»

Pas de 50/50 ou d’avis du public, alors on choisit l’appel à un ami. Inès est bonne élève dans toutes les matières mais une seule la fait frémir, les statistiques. Alors, pour maintenir son niveau, l’étudiante de 18 ans a posté une annonce sur les réseaux sociaux : «J’ai demandé de l’aide au cas où je bloque sur certains exercices ou questions.» Une solution désespérée, défend-elle : «Cet examen était décisif pour moi. Ça me mettait la pression de devoir passer aux rattrapages. […] Sans compter qu’on doit avoir un bon dossier pour la troisième année qui se passe à l’étranger.»

Dans le flot de commentaires désapprobateurs, des messages de soutien se glissent : «Heureusement il y a eu des personnes qui étaient très compréhensives par rapport à notre situation actuelle avec la pandémie…» Le jour J, elle a pu compter sur leur coup de pouce ainsi que sur l’aide d’un ami de lycée.

Faire rentrer un remplaçant sur le terrain

Y aller, se rater ou bien se faire remplacer ? Cette option est l’une des plus difficiles à mettre en place et certains la tentent malgré tout. Clarisse, juriste en cabinet d’avocat de 24 ans, y a été confrontée : «Un de mes élèves de cours de soutien m’a demandé de le remplacer pour son examen de droit des contrats.» Un service qu’il proposait de rémunérer. Si Clarisse dit comprendre les difficultés qu’il peut rencontrer à cause de la pandémie, elle a malgré tout décliné l’offre. «J’étais sidérée. Je n’ai pas souhaité répondre à sa demande», s’indigne-t-elle.

Avoir la triche engagée

Qui a dit que la triche ne pouvait pas être un acte politique ? Stefan, 24 ans, lâche : «Ils nous prennent pour des cons.» Lui a commencé à tricher l’année dernière, à l’université de Genève, après la mise en place d’une plateforme d’examen dotée d’une batterie de moyens de surveillance. Photo du candidat, capture d’image de son écran, prise de son aléatoire, autant de méthodes invasives ayant indigné cet étudiant en commerce des vins : «Moi je triche parce que je considère que ce n’est pas normal qu’on nous impose des programmes comme ça […]. Ils pensent qu’il faut avoir un soldat derrière nous pour qu’on bosse bien, puisque c’est comme ça: challenge accepté», revendique-t-il.

Depuis, il s’est forgé une expertise en la matière : «Il faut toujours travailler à deux ordinateurs, l’un dédié uniquement à l’examen, l’autre pour s’aider. Si les gens ont une télé, ils peuvent brancher leurs fiches de cours en HDMI, c’est plus pratique.» Autre conseil pour ceux opérant en équipe : «Utilisez le partage de connexion de votre téléphone pour internet sinon, avec le wifi, ils peuvent voir que vous utilisez le même.» Enfin, pour déjouer les éventuelles prises de son, Stefan fait appel à sa fibre artistique : «Je mets du scotch sur le micro et de la musique classique à fond. Je me suis inspiré du film la Vie des autres On suppose que le rock et le rap fonctionnent aussi.

Elise Viniacourt et Kadiatou Sakho

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