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Vivement l'Ecole!

education

Comment le lycée participe à « l’impression d’incompétence » des filles en informatique

7 Juin 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Sexiste, l'informatique ? – InternetActu

EXTRAITS

Dans l’étude « Les freins à l’accès des filles aux filières informatiques et numériques », le centre pour l’égalité femmes-hommes Hubertine-Auclert souligne le rôle du lycée dans la production des stéréotypes de genre.

Le lycée « n’est pas un espace neutre », il « produit des inégalités entre les filles et les garçons, notamment sur l’orientation ». C’est la conclusion de l’étude « Les freins à l’accès des filles aux filières informatiques et numériques » menée par le centre Hubertine-Auclert. Ce centre francilien pour l’égalité femmes-hommes, associé à la région Ile-de-France, a mené pendant trois ans une enquête de terrain auprès de cinq lycées franciliens et y a réalisé plus de trois cents entretiens auprès d’élèves, de la seconde à la terminale.

L’enquête a plus particulièrement suivi celles et ceux qui ont choisi l’option « informatique et création numérique » en seconde et l’enseignement de spécialité « numérique et sciences informatiques » (NSI) en première et en terminale. Un enseignement qui compte 82 % de garçons. « L’informatique reflète ce qui se passe pour toutes les filières scientifiques. Elle agit comme une lentille grossissante révélant des inégalités de genre en matière d’orientation », note Amandine Berton-Schmitt, directrice du centre Hubertine-Auclert, alors que les débats sur la place des mathématiques au lycée – et le nombre de filles dans cette discipline – ont créé la polémique ces derniers mois.

Premier constat : depuis vingt ans, les choix d’orientation n’ont guère évolué. Bien que les élèves « adhèrent massivement à un discours défendant l’égalité entre les filles et les garçons », ils demeurent marqués par des représentations genrées des métiers qu’ils remettent peu en cause. « L’accompagnement à l’orientation effectué par le lycée ne va pas modifier des choix perçus comme naturels », remarque Gaëlle Perrin, chargée de mission éducation à l’égalité au centre Hubertine-Auclert. Les élèves qui développent des projets d’orientation en décalage avec des choix « traditionnels » relèvent de l’exception.

Seulement 2,5 % des filles contre 15 % des garçons s’orientent ainsi en fin de seconde vers l’enseignement de spécialité NSI. Pourtant, si les filles sont sous-représentées dans ces filières, elles expriment les mêmes raisons que les garçons pour y accéder, comme la pratique des jeux vidéo ou la présence dans leur entourage de figures initiatrices.

(...)

« Parce qu’elles ne sont pas suffisamment outillées ni pour percevoir les dynamiques genrées dans les classes ni pour penser des actions en faveur de l’égalité filles-garçons, les équipes éducatives ne peuvent pas enrayer la production de ces inégalités, voire participent à les renforcer », affirment les auteurs de l’étude, alors même que l’égalité entre les filles et les garçons fait partie des priorités de l’éducation nationale. Parmi les recommandations avancées par le centre Hubertine-Auclert pour remédier à ces phénomènes, la formation des enseignants, et de leur hiérarchie, fait partie des éléments-clés. Pour Amandine Berton-Schmitt, « il faut permettre à tous les personnels de l’éducation nationale d’intégrer davantage cette grille de lecture ».

Sylvie Lecherbonnier

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Le dégel du point d’indice, ou l’art d’offrir ce qui est dû - Vidéo

7 Juin 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Economie

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Blanquer «enchantillé»: «Il n’y a eu aucune violence mise à part l’aspersion de crème chantilly sur sa casquette»

7 Juin 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

01Topinfo - Revue de presse: chantilly

Christophe et Olivier, enseignants au collège à Montargis, assurent ne pas avoir anticipé l’aspersion de crème sur l’ancien ministre de l’Education nationale. Auprès de «Libé», ils assurent vouloirs dénoncer son «parachutage» dans le Loiret et la politique menée lorsqu’il officiait rue de Grenelle.

Entre les fraises, les tomates et les cerises, ils ont vu rouge en apercevant leur ancien ministre. Alors qu’ils étaient en train de remplir leurs paniers sur le marché de Montargis, dans la matinée du samedi 4 juin, Christophe et Olivier, professeurs d’art plastique et de technologie au collège, 51 et 57 ans, ont aspergé Jean-Michel Blanquer de crème chantilly. L’ex-ministre de l’Education menait campagne pour la majorité présidentielle dans la 4e circonscription du Loiret.

Les deux enseignants, qui affirment n’avoir pas prémédité leur geste, sont désormais poursuivis pour «violence en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité totale de travail», selon le parquet de Montargis. Les deux mis en cause passeront le 4 juillet devant le procureur pour une audience de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité, une procédure qui permet de juger rapidement les auteurs d’une infraction ayant reconnu les faits. Olivier et Christophe ont expliqué leur geste à Libération.

Pourquoi avoir aspergé de crème chantilly Jean-Michel Blanquer ?

En achetant nos fraises samedi matin, nous avons repensé aux mots de Sibeth Ndiaye [au sujet de la polémique des instituteurs qui pourraient aller aider les agriculteurs] alors qu’elle était porte-parole du gouvernement, pendant le premier confinement : «Nous n’entendons pas demander à un enseignant qui aujourd’hui ne travaille pas, compte tenu de la fermeture des écoles, de traverser toute la France pour aller récolter des fraises gariguettes.» En oubliant l’école à distance, en oubliant que nous restions pour surveiller les enfants de soignants, de policiers, d’employés des supermarchés…

On ne savait pas que Jean-Michel Blanquer serait là, on n’avait pas prémédité notre geste. Mais quand on a vu que ses équipes étaient présentes, on s’est dit que c’était le moment de perpétuer la tradition ancienne d’entartage pour montrer notre désaccord avec la politique menée lorsqu’il était ministre et son parachutage aux législatives dans le Loiret. Pour ne pas le blesser, on a privilégié la chantilly, qui permettait de ne pas avoir de contact physique. On ne l’a pas insulté contrairement à ce qui a été rapporté, il n’y a eu aucune violence mise à part l’aspersion de crème sur sa casquette.

Comment s’est passée votre arrestation ?

On a immédiatement été arrêtés, un de nous par des militants LREM, l’autre par un policier en civil qui l’a ceinturé. On s’y attendait. En revanche, on a été plus surpris par la suite. La réponse judiciaire a été immédiate et forte. Deux voitures de polices sont arrivées et nous ont emmenés au commissariat où nous sommes restés en garde à vue sept ou huit heures, ce qui nous paraît un peu excessif. Jean-Michel Blanquer a déposé plainte. On nous a interrogés deux fois. Après avoir reconnu les faits, on nous a indiqué qu’on était poursuivis pour avoir «volontairement commis des violences avec cette circonstance [aggravante] que les faits ont été commis en réunion».

Juliette Delage

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"Jeter de la chantilly sur quelqu’un n’a jamais fait de mal, sauf à l’égo", se défendent les deux professeurs qui ont aspergé de crème Jean-Michel Blanquer à Montargis

7 Juin 2022 , Rédigé par France 3 - Centre Val de Loire Publié dans #Education

Recette de Chantilly

Les deux enseignants qui ont aspergé l’ancien ministre de l’Education nationale de crème chantilly ce samedi 4 juin à Montargis dénoncent la disproportion des poursuites à leur encontre. Ils expliquent leur action à travers un compte Twitter.

"Ca nous est venu comme une envie d’acheter des fraises", plaisantent les deux enseignants, amis de longue date. La boutade n’en est pas vraiment une puisqu’elle renvoie à une phrase prononcée par Sibeth Ndiaye le 25 mars 2020. En plein premier confinement et alors que les établissements scolaires sont fermés depuis moins de 10 jours, l'ancienne porte-parole du gouvernement a tenté de justifier un appel à volontaires pour venir en aide aux agriculteurs privés de main d’œuvre : "Nous n’entendons pas demander à un enseignant, qui aujourd’hui ne travaille pas compte tenu de la fermeture des écoles, de traverser toute la France pour aller récolter des fraises", avait-elle alors lâché.

 

La phrase avait provoqué la colère des enseignants qui s’étaient émus que la porte-parole ignore la mission de continuité pédagogique mise en place par son gouvernement, à savoir la poursuite des enseignements à distance, l'envoi et la correction de devoirs, le suivi des élèves et même l'accueil des enfants de personnels soignants.

Alors, comme "un clin d’œil" à cette formule maladroite, Christophe explique que "comme c’est la période des fraises et qu’il y avait le marché de Montargis, on s’est dit que ce serait sympa d’y ajouter de la chantilly."

"On n’a proféré aucune insulte. On est restés très éloignés."

Les deux collègues voient arriver leur ancien ministre de tutelle et candidat aux législatives qui vient faire campagne dans les allées du marché. Dans les vidéos partagées sur les réseaux sociaux, on voit alors Christophe et Olivier asperger Jean-Michel Blanquer de crème blanche sucrée avant de scander pour l’un "La députation est une chose sérieuse ! " et pour l’autre "Education en déroute, Jean-Michel Blanqueroute !""L’objectif, ce n’était pas d’avoir un contact physique avec lui, mais plutôt de faire "une projection". On n’a proféré aucune insulte. On est restés très éloignés et quelques flocons de chantilly sont arrivés sur sa casquette."

 

Christophe dit avoir ensuite été ceinturé par un homme qui lui apprendra plus tard qu’il est policier en civil. "Je lui ai dit que c’était une blague, qu’il n’y avait rien du tout." Olivier a été lui pris à partie par 6 ou 7 personnes, visiblement des militants du candidat qui le bloquent dans le renfoncement de l’entrée d’une banque : "On a échangé avec eux et là, il y avait une agressivité de leur part, des tutoiements. Olivier a eu sa chemise déchirée." 

Plus tard, tous deux sont emmenés au commissariat : "Les policiers ont été très gentils. Ils nous ont dit d’attendre là, que ça n’irait pas très loin. Mais on a appris que monsieur Blanquer avait décidé de porter plainte. » L’audition se transforme alors en garde à vue. Arrivés vers midi, les deux enseignants n’en sortiront qu’à 21h, soit 8 heures plus tard avec une convocation à comparaître devant le tribunal judiciaire de Montargis.

 

Dénoncer le parachutage de Jean-Michel Blanquer et les difficultés dans l’éducation nationale.

Ce qui a convaincu ces enseignants de chahuter l’ancien ministre, c’est le parachutage de ce dernier sur leur territoire. "Il ambitionne d’être le représentant de notre circonscription, il est au courant des difficultés que rencontrent les enseignants, mais il ne connait absolument pas le territoire qu’il convoite", explique Christophe. Agés de 51 et 57 ans, lui et Olivier enseignent depuis 20 ans dans le secondaire en REP, réseau d’éducation prioritaire. "Le but de cette action, c’est de parler de l’éducation nationale. On ne balance pas de la chantilly sur un ex-ministre juste parce qu’on veut faire une blague potache. On trouve ça indécent de se présenter avec le bilan qu’il a," justifie Olivier.

"On nous reproche d’attenter à la démocratie. On nous explique  que la démocratie, c’est des arguments. Nous on essaie de démontrer que la démocratie ce n’est pas le problème des élèves. L’éducation n’a rien fait pour eux. On ne crée pas des démocrates, on crée des bombes". Olivier, enseignant en REP

"ProfsChantillyonneurs" : un compte Twitter pour expliquer et dénoncer la démesure

Christophe et Olivier ne s’attendaient ni à un dépôt de plainte, ni à un tel retentissement médiatique pour une action qu’ils estiment non-violente. "Jeter de la chantilly sur quelqu’un n’a jamais fait de mal, sauf à l’égo", réplique Christophe. Alors pour répondre à leurs détracteurs, donner leur version des faits et expliquer leurs motivations, ils ont créé ce lundi 6 juin un compte twitter. Baptisé "ProfsChantillyonneurs", la page compte déjà presque 1500 abonnés en une journée.

Ils y ont d’abord partagé quelques "mèmes", ces détournements humoristiques qui deviennent viraux, pour dénoncer "la démesure des poursuites" à leur encontre. "Des gens se sont amusés de l’image et c’est vrai que quand on voit notre pauvre projection de chantilly avec ceux qui se sont fait gazer gare de l’est ou au Stade de France, c’est intéressant de voir la disproportion." explique Christophe.

 

Mais comme ils le disent, le but de ce compte c'est aussi "d’expliquer qu’on n’est pas juste deux rigolos, même si le parachutage de monsieur Blanquer dans le Loiret a un côté clownesque." Alors dans une première vidéo, ils mettent en parallèle les accusations dont ils font l’objet avec la violence dont serait victime le système scolaire : "La violence, c’est 12% d’élèves qui arrivent en 6eme et ne sont pas capables de lire ou de comprendre un texte", dénonce en premier lieu la vidéo avant de poursuivre sur le décrochage scolaire, le manque de débouchés, le harcèlement scolaire, les agressions des enseignants, le manque de personnel, l’embauche de personnel non-formé … "Violente la chantilly ?" concluent-ils, "l’éducation nationale est en chute libre, mais monsieur Blanquer a, lui, son parachute pour les législatives à Montargis."


Christophe et Olivier ont reconnu les faits devant les enquêteurs. Ils comparaîtront le 4 juillet prochain devant le tribunal judiciaire de Montargis au cours d’une audience sur reconnaissance préalable de culpabilité, aussi appelée plaider-coupable. Poursuivis pour violences en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité de travail, il encourent jusqu’à 3 ans d’emprisonnement.

Amélie Rigodanzo

https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/loiret/montargis/jeter-de-la-chantilly-sur-quelqu-un-n-a-jamais-fait-de-mal-sauf-a-l-ego-se-defendent-les-deux-professeurs-qui-ont-asperge-jean-michel-blanquer-de-creme-a-montargis-2556052.html

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Macron et "l'inévitable" privatisation de l'Ecole

6 Juin 2022 , Rédigé par Le Cafe Pedagogique Publié dans #Education

Macron et "l'inévitable" privatisation de l'Ecole

EXTRAITS

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Liberté, flexibilité

Liberté, flexibilité : E Macron a répété ces mots à propos de l'Ecole le 2 juin à Marseille. "Quand je dis on inverse la pyramide... c'est ça la révolution culturelle. Le mot a été prononcé au début de notre table ronde, c'est une révolution culturelle", répète-il le 2 juin. Il parle aussi de "réorganisation nationale". Des propos qui auraient pu faire réagir son ministre. Mais tout le monde a pu constater le 2 juin que le vrai ministre habite l'Elysée...

Que sait-on de cette révolution culturelle ? E Macron veut "généraliser" l'expérimentation marseillaise. Il la définit ainsi. D'abord plus de liberté : "des enseignants qui soient plus libres... des chefs d'établissements qui sont plus libres de proposer, d'innover... La possibilité pour les directrices et directeurs d'établissement (sic) de s'assurer qu'on partage un projet qu'il porte et où il y a aussi plus de liberté qu'on va essayer de donner aux enseignants".

Le nouveau pacte

Ce projet est lié au "nouveau pacte" pour les enseignants pour lequel il fixe l'échéance de la rentrée 2023. A coté d'une augmentation (non définie) pour tous les enseignants, E Macron parle d'une revalorisation en lien avec l'acceptation du nouveau pacte. Lui-même rapproche ce pacte de l'expérimentation marseillaise. A Marseille les 40 000€ attribués aux écoles de l'expérimentation comprennent une partie de rémunération des personnels sous forme d'heures supplémentaires pour suivre le projet et de décharges de direction. C'est lié à l'autonomie pédagogique de l'école et à la nouvelle convention qui la lie à l'expérimentation.

C'est clairement ce système qui constitue pour E Macron la "révolution culturelle" annoncée. Là où existe aujourd'hui une éducation nationale avec des règles nationales, le président souhaite multiplier les contrats liant chaque école à l'Etat et à son environnement local.

Cette évolution dépasse largement la question du "nouveau pacte". Dans le cadre de ce "pacte", les nouveaux enseignants titulaires et les enseignants qui y rentreront accepteront la séparation entre le concours et l'obtention d'un poste. Comme pour les maitres titulaires du privé actuellement ils devront trouver un établissement ou une école et se soumettre à l'autorité du chef d'établissement.  C'est à ce propos qu'E Macron parle de "flexibilité", un pricipe présenté comme une vertu. A vrai dire ils devront s'y soumettre davantage que dans le privé. Car dans le privé, le chef d'établissement a déjà fort à faire avec la gestion de son établissement. Ils accepteront aussi la fin d'une rémunération identique. Chaque contrat local pourrait avoir ses servitudes et ses rémunérations même si des repères nationaux existent.

(...)

Quels freins ?

La Revue de Sèvres soulignait deux freins à cette "inévitable " privatisation. D'abord les mauvais résultats scolaires. Le nouveau système tente de  camoufler avec des batteries de tests. Mais ils sont bien là. Dans la mise en concurrence généralisée des écoles, les écarts se creusent. Partout l'application des nouvelles règles entrainent une crise du recrutement et la généralisation de l'auxiliariat. Et les perdants sont les élèves des milieux populaires. En Angleterre les écoles privées n'hésitent pas à fermer là où les écoles ne sont pas rentables, laissant à la rue les enfants des quartiers. En Suède, là ou le nouveau management est allé le plus loin, les résultats ont été si catastrophiques que même l'OCDE a recommandé un aménagement du système.

L'autre frein à cette "révolution culturelle" va bientôt être mesuré. Xavier Pons le citait dans la Revue de Sèvres. "Les Français sont pour le libre choix de l'Ecole... Mais une fois mis devant le choix ils se posent des questions". (...)

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F Jarraud

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La non-communication de Pap Ndiaye : pourquoi le ministre de l'Éducation nationale ne parle-t-il pas ?

6 Juin 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Qui est Pap Ndiaye, nouveau ministre et cauchemar de l'extrême droite en  France ? -

Il est la grande surprise du gouvernement Borne, Pap Ndiaye est déjà critiqué, très observé et suivi par les médias. Mais  le successeur de Jean-Michel Blanquer a choisi de retarder sa communication. Pourquoi ?

Il est la surprise du gouvernement Borne. Peu connu du grand public, Pap Ndiaye a immédiatement été vilipendé par l'extreme-droite, décrit par les médias comme étant l'antithèse de Jean-Michel Blanquer, sa parole était donc très attendue, mais... il n'a pour le moment communiqué qu'une fois, le jour de la passation de pouvoirs rue de Grenelle.

Avec un message clair et qui a posé ses premières intentions. Et pour faire de son hommage à Samuel Paty le marqueur de sa mission au ministère de l'Education Nationale, Pap Ndiaye s'est rendu, pour son premier déplacement, au collège de Conflans-Sainte-Honorine, où le professeur d'histoire-géographie enseignait. Mais le ministre l'a fait sans caméra et ce n'est que le lendemain que la presse a relayé sa visite.

franceinfo : qu'est-ce que ces débuts disent de la communication qu'a choisie Pap Ndiaye

Gaspard Gantzer : Pap NDiaye sait qu'il est attendu au tournant car son nom avait peu circulé avant qu'il n'arrive rue de Grenelle. Il a donc voulu marquer son entrée en politique, en laissant son empreinte rapidement. Et son empreinte c'est celle d'un historien, celle d'un professeur d'histoire qui est attaché à l'histoire, à la mémoire et aux symboles. C'est pour cela qu'il a voulu tout de suite se mettre dans les pas, non pas de ses prédécesseurs, mais d'un de ses collègues qui a perdu la vie malheureusement dans le cadre d'un attentat terroriste.

Sa nomination au ministère de l'Éducation nationale est-elle aussi un coup de com' ?

Incontestablement parce que le premier gouvernement d'Elisabeth Borne est un gouvernement de continuité et, un peu comme Emmanuel Macron avait choisi la figure de Nicolas Hulot en 2017 et un peu plus tard celle d'Eric Dupond-Moretti, il a voulu attirer l'attention avec ce ministre peu connu du grand public mais très impliqué dans le milieu académique. Pap Ndiaye est très impliqué dans la lutte contre les discriminations et qui, par son parcours, son origine, marque les esprits.

Son deuxième déplacement officiel s'est donc déroulé jeudi aux côtés du chef de l'Etat à Marseille, pour lancer l'école du futur, mais c'est finalement Emmanuel Macron qui parlé à sa place, ou du moins "sous le contrôle de monsieur le ministre". Est-ce quelque chose de normal ?

Oui, et on aurait pu attendre très longtemps la prise de parole de Pap Ndiaye, car, quand un président se déplace les ministres sont d'abord et avant tout là pour faire de la figuration. On a coutume de dire que sous la Ve République, le président s'occupe de tout, y compris de la couleur des rideaux et de changer les ampoules à l'Elysée. Dans les déplacements ministériels et présidentiels c'est donc très difficile pour un ministre d'exister, et notamment quand celui-ci a peu d'expérience politique. On peut toujours dire un mot en passant mais la star du jour, dans un tel déplacement, c'est le président et rien que le président.

Sait-on quand la première prise de parole de Pap Ndiaye aura lieu ?

Pas encore je crois, mais comme beaucoup de nouveaux ministres - je pense aussi à Rima Abdul-Malak à la Culture -, ils redoutent cette première prise de parole dans les médias car ils savent qu'ils sont attendus au tournant. Donc ils s'entraînent, certains font du media-training... En tous cas, ils calibrent leurs messages et ils attendent de passer leur épreuve du feu.

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Ghettos scolaires, violences policières : un sociologue prend la défense des « mauvais Français »

5 Juin 2022 , Rédigé par Lobs Publié dans #Education

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Si tant de jeunes se détournent des urnes, boudent la démocratie, c’est avant tout que l’Etat les maltraite, montre Sebastian Roché dans son nouveau livre.

Il se défend d’être un militant. Ses conclusions, assure Sebastian Roché, plaisent parfois à la gauche, parfois à la droite. Ses questions, en revanche, font toujours partie de celles qui fâchent. Le chercheur s’est fait connaître pour son expertise sur celles, ô combien politiques, de la mesure des actes de délinquance, de l’efficacité de la police ou encore de la vidéosurveillance. Sociologue et politologue, il s’est également intéressé aux relations entre police et population et au traitement des minorités. Depuis une dizaine d’années, à la faveur de grandes enquêtes européennes ou internationales sur la jeunesse, il conduit des sondages sur des sujets ultrasensibles. Des gros plans, très fouillés et d’une grande robustesse statistique, sur, par exemple, le sentiment religieux des collégiens et son lien avec le crédit qu’ils accordent à la science et aux connaissances scolaires ou avec leur foi en la laïcité républicaine, mais aussi sur ce qui conditionne leur sentiment d’être français ou l’importance qu’ils accordent au vote.

Dans son nouveau livre, « la Nation inachevée. La jeunesse face à l’école et à la police »il a trempé sa plume dans le vitriol, exaspéré, comme nombre d’universitaires, par le mépris que manifestent la plupart des politiques vis-à-vis de leurs travaux.

(...)

Véronique Radié

EXTRAIT

La prééminence du cadre politique des États-nations s’est imposée à travers l’Histoire. Il a façonné le sentiment d’une identité collective nouvelle, il est devenu le cadre de la lutte pour la reconnaissance des droits. Cette appartenance nationale est ancrée dans divers mécanismes culturels, dont l’école est le plus visible, de solidarité par l’État-providence, et d’inclusion politique par le droit de vote, le rôle des partis et syndicats. L’État est le cadre des conflits. Le Front populaire et les grandes grèves de mai et juin 36, l’idéal humaniste de la Libération, le mouvement de Mai 68 ont transformé des conflits en droits et en acquis sociaux, en protection sociale et congés payés. Tel était tout au moins le schéma classique de compréhension de l’inclusion nationale. Aujourd’hui, cette identité est, à en croire certains responsables politiques, menacée par le fait d’agiter des drapeaux étrangers lors d’un mariage, de porter un voile ou de ne pas manger de viande de porc à la cantine. Comment expliquer une telle sensibilité identitaire ? La question plus profonde qui taraude la société française est de savoir si l’État peut continuer à fabriquer la nation. Mais qu’est-ce que recouvre l’inscription dans le collectif de la nation au juste ? C’est le point de départ de notre travail.

 

Repartons des analyses du sociologue Max Weber pour qui « le concept de nation nous renvoie constamment à la relation avec la puissance politique1 ». C’est élémentaire, mais essentiel. Dans ce livre, nous saisirons la nation dans cette connexion des individus à deux collectifs nationaux : « se sentir français », un attachement au pays, d’une part, et désirer avoir « la nationalité française » qui fait écho à l’inscription explicite dans le cadre légal défini par l’État, d’autre part. Ensuite, ajoute Weber, « la nation est le projet de l’État », ce qui le transcende. C’est la réciproque de la première relation. Le concept d’État renvoie constamment à la nation, pourrait-on écrire en symétrisant son propos. En permanence, l’État veut à la fois façonner et exprimer la nation. C’est pourquoi nous appréhenderons la question de la nation non pas uniquement sous l’angle des deux collectifs cités, mais aussi sous celui de la relation aux normes et principes du régime (le vote, la laïcité) ou à la figure de l’État (le président). Le projet national de l’État n’a rien de dissimulé, au contraire, et les exemples abondent pour l’illustrer. Le président Nicolas Sarkozy, défait au second tour de l’élection présidentielle de mai 2012, conclut son discours d’adieu : « Vous êtes la France éternelle, je vous aime, merci, merci. » Le président Emmanuel Macron explique le sens du sacrifice du colonel de gendarmerie à Trèbes en mars 2018 : « Il dit comme aucun autre ce qu’est la France, ce qu’elle ne doit jamais cesser d’être et qu’elle ne cessera jamais d’être tant que des femmes et des hommes décideront de la servir avec le courage, le sens de l’honneur, l’amour de la patrie que vous avez démontrés. » Le culte des morts et la promesse d’immortalité illustrent l’affinité du culte de la nation avec celui de la religion. Un candidat écologiste explique, un peu moins d’un an avant l’échéance, ses intentions pour 2022 : « Je suis candidat à l’élection présidentielle. Parce que j’aime la France et que je veux la servir. » Anne Hidalgo se lance dans la campagne avec son livre Une femme française. Le représentant de l’État célèbre la nation. La nation est un être collectif à caractère surnaturel, immortel, que tout chef de gouvernement ou tout aspirant à la fonction doit honorer.

Les hommes politiques peuvent défier ou mépriser les Français. Plusieurs épisodes récents sont dans toutes les mémoires. C’est Macron qui lance, bravache, « venez me chercher », ou, condescendant, « je traverse la rue et je vous trouve un travail ». Mais jamais la nation ne souffrirait un tel mépris dans leur bouche. La nation française, mise en mots par ceux qui la dirigent ou en ont l’intention, oblige à l’amour et au désintéressement, aucun sacrifice n’est trop grand pour la servir. Elle est une forme symbolique supérieure. La nation s’incarne dans les dirigeants qui, à leur tour, la célèbrent, dans une boucle sans fin. Cette forme s’impose à eux. Ces échanges symboliques ne sont pas une façade, ils sont la manifestation la plus directe de l’existence de cadres mentaux collectifs, l’aboutissement de la construction d’une relation entre le pouvoir et le peuple.

 

L’État moderne fonde sa légitimité sur la nation. La nation est le nom du peuple politique. L’idée que le pouvoir procède de la nation a été conceptualisée lors de la Révolution, mais lui est antérieure. L’historien David Bell explique comment Louis XVI, sous la pression d’un mécontentement croissant, avait commencé à invoquer le concept de nation comme une source de sa légitimité2, et prétendait « je ne fais qu’un avec la nation », être indissociable de l’idée de nation. Le 17 juin 1789, les députés du tiers état, réunis à Versailles par le roi, se constituent d’eux-mêmes, sur la motion de l’abbé Sieyès, le grand penseur de la souveraineté en cette période, en « Assemblée nationale ». Unilatéralement, elle retire au roi la possibilité d’incarner la nation. Considérant qu’ils représentent « les quatre-vingt-seize centièmes au moins de la nation », sans le clergé ou la noblesse, les députés du tiers état s’approprient la nation. L’assemblée est légitime parce que le peuple se retrouve dans le projet qu’elle incarne. Deux propositions essentielles sont résumées ici : l’État trouve son sens dans la nation, et la nation existe si le peuple s’y reconnaît. Avec l’article 3 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui veut que « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation », nous avons une définition de ce qu’est une nation politique : un principe de souveraineté, et la manifestation de la « volonté générale ». Mais, pour que la nation ne soit pas qu’un principe juridique, il faut absolument qu’elle existe dans le cœur des citoyens, qu’ils développent une identité nationale vécue subjectivement, c’est-à-dire émotionnellement, dans leur esprit et dans leur chair.

 

Pourtant, la nation comme identité n’attire les sciences sociales que depuis peu. L’historienne Anne-Marie Thiesse rappelle que l’expression « identité nationale » n’existait pas en France avant les années 1980 et qu’on a commencé à s’y intéresser avec l’émergence de la question de l’identité sociale des groupes humains, que ce soit sous l’influence des psychologues sociaux comme Henri Tajfel ou de sociologues comme Erving Goffman3. Cela ne veut pas dire que le sentiment national n’existait pas avant, et n’a pas une histoire. Il remonte à l’affirmation au XIXe siècle d’États qui défendent la promotion d’une culture comme moyen d’unifier la nation, au point que la nationalisation des identités est un des phénomènes politiques les plus marquants et les plus partagés des deux siècles qui se sont écoulés. La culture politique devient d’abord et avant tout nationale. C’est cet aspect identitaire qui nous intéresse ici : comment l’attachement national se réalise-t-il ? Et particulièrement chez les jeunes ?

 

Explorer par voie d’enquête le rapport des jeunes à la nation ne dispense pas d’une mise en perspective conceptuelle. Je dirais même plus, la multiplication des petits sondages qui produisent des pourcentages sur une base quotidienne, mais sans vouloir s’ancrer dans les notions qui nous servent à comprendre la nation et la démocratie, est plus trompeuse qu’autre chose. Penser la figure de la nation dans les démocraties suppose de mobiliser et définir trois concepts : la nation, l’État, le « peuple d’État ».

 

« La Nation inachevée. La jeunesse face à l’école et la police », de Sebastian Roché, Grasset, 400 pages, 22,50 euros.

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Le manque d’enseignant.e.s : source et produit de l’OSTE

5 Juin 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

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EXTRAITS

Que l’académie de Versailles organise un « jobdating » enseignant ou que celle de Nancy-Metz mette en place un dispositif virtuel de remplacement et une réalité remonte à la surface : il n’y a plus assez de professeur.e.s dans le pays. Cette pénurie est tout autant une aubaine pour l’Organisation Scientifique du Travail Enseignant qu’une conséquence de sa mise en place dans l’Éducation Nationale.

L’école manque de professeur.e.s.

On connaissait le black Friday ou les fins de marchés quand les commerçants soldent leurs produits et que « tout doit disparaitre ». Cette semaine dans l’académie de Versailles, c’était la grande braderie du métier d’enseignant. Si l’évènement « Jobdating » dans l’Education Nationale a su faire le buzz dans les médias, il n’est en réalité que la partie émergée d’un phénomène plus profond et particulièrement inquiétant, et que nous tentons de comprendre au fil des articles de ce blog. La pénurie actuelle d’enseignant.e.s, devenue insupportable, n’est que l’aboutissement d’un processus qui a commencé par la suppression de 70 000 postes sous la présidence Sarkozy, jamais totalement compensée sous la gauche et que le mandat Blanquer a finit d’achever. Etudiant.e.s, parents ou enseignant.e.s en constatent les effets dévastateurs : les remplaçant.e.s n’arrivent jamais dans les établissements, des classes restent des mois entiers sans enseignant.e.s et des maires sont contraint.e.s de passer des petites annonces sur internet pour trouver un maître ou une maîtresse dans une école. En miroir, les démissions de professeur.e.s s’enchainent, les concours d’entrée dans le métier sont désertés et les burn-out se multiplient.

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Possédant une culture professionnelle au rabais, l’enseignant.e arrive dans sa salle de classe pour exécuter une tâche qu’iel n’a pas conçue. Iel n’a pas non plus conçu les outils lui permettant de l’exécuter. Voilà l’enseignant.e prolétarisé.e au possible et ainsi plus facilement remplaçable par un.e autre salarié.e encore moins qualifié.e, quand ça n’est pas par une machine. Bien entendu nous ne sommes pas dans la situation des ouvrièr.e.s au début de l’ère industrielle mais celles ou ceux qui pensent que les analyses de ce blog sont exagérées et que les enseignant.e.s ne sont pas remplaçables par des « machines » sont invité.e.s à aller consulter les sites comme « Ma classe à la maison ».  

En cette fin d’année 2022, personne ne peut ignorer que l’école manque d’enseignant.e.s pour remplir sa mission. Il s’agit désormais de comprendre que cette pénurie n’est pas un accident ou le fruit d’une mauvaise gestion. Par la pression qu’elle exerce sur l’emploi elle est nécessaire à la mise en place d’une Organisation Scientifique du Travail enseignant. OSTE qui en prolétarisant les enseignant.e.s favorise en retour cette pénurie.

Fredgrimaud/Blog sur l'Organisation Scientifique du Travail Enseignant

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Législatives: Jean-Michel Blanquer entarté à Montargis, deux enseignants rapidement placés en garde à vue

5 Juin 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Législatives2022

https://images.rtl.fr/~c/770v513/rtl/www/1410388-comment-realiser-une-chantilly-maison.jpg

Le guêpier continue dans le Loiret pour Jean-Michel Blanquer. Sur le marché de Montargis (Loiret) ce samedi matin, l’ancien ministre de l’Education nationale a été aspergé de mousse blanche, possiblement de la chantilly. Mais pas de panique : deux hommes ont été placés en garde à vue dans la foulée. «Au moment où M. Blanquer déambulait sur un marché dans les rues de Montargis pour la campagne des législatives, il a été victime d’un entartage. Les deux auteurs présumés ont été interpellés avec l’aide des officiers de sécurité», a fait savoir le secrétaire général adjoint de la préfecture du Loiret.

Le procureur de la République de Montargis, Loïc Abrial, a de son côté confirmé l’ouverture d’une enquête pour «violences aggravées». «M. Blanquer a reçu de la chantilly ou de la mousse blanche. Il a déposé plainte. Deux personnes inconnues des services sont en garde à vue», a-t-il précisé. Il s’agit de «deux hommes, âgés de 51 et 57 ans. La victime n’a pas été blessée. Les intéressés, domiciliés dans l’agglomération montargoise, exercent la profession d’enseignants dans le secondaire.» Et Loïc Abrial d’ajouter : «Interpellés sur les lieux des faits, ils ont été aussitôt placés en garde à vue pour violences volontaires en réunion. Ils sont actuellement entendus par les enquêteurs du commissariat de police de Montargis.»

«Une campagne électorale est un moment de bonheur démocratique par l’échange, a tweeté l’ancien ministre peu après 12 h 30. Ça se passe bien ici à Montargis à la rencontre des citoyens. Je viens d’être agressé par deux individus qui veulent casser cela. Ne l’acceptons pas.» Cette affaire est remontée jusqu’au plus haut sommet de l’Etat, puisque Jean-Michel Blanquer a reçu le soutien de la Première ministre, Elisabeth Borne, qui a écrit sur Twitter : «Le débat, la confrontation des idées sont toujours des richesses. La violence physique ou symbolique n’a pas sa place dans notre démocratie.» Et le successeur de Blanquer, Pap Ndiaye, de tweeter également : «La vie démocratique ne peut exister que dans un débat d’idées respectueux des hommes et des femmes qui s’engagent.»

Parachuté dans le Loiret

Pour les législatives, Jean-Michel Blanquer se voyait dans les Yvelines, il a finalement été parachuté dans le Loiret. Une décision après son refus de la prendre la tête de liste en Ile-de-France lors des dernières régionales, selon plusieurs cadres de la majorité francilienne. Et la 4e circonscription du Loiret n’est pas des plus favorables pour Jean-Michel Blanquer, puisque Marine Le Pen a fait 52 % des voix au second tour de la présidentielle.

Au premier tour, la cheffe du RN est également arrivée en tête avec 32,6 % des voix contre 25 % pour le président sortant. «Il est venu en voiture, mais on va le renvoyer en canoë à Paris. Le Loing [rivière traversant Montargis, ndlr] est un affluent de la Seine», déclarait notamment le mois dernier le maire LR de Montargis, Benoit Digeon. Après une bonne douche on espère.

LIBERATION avec AFP

Mise à jour : ajout ce samedi à 18 heures d’informations sur les deux gardés à vue.

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«Le short, c’est la dernière fois!»: un lycée basque convoque une élève plusieurs fois pour ses tenues

4 Juin 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Feminisme

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Dans les Pyrénées-Atlantiques, une jeune adolescente a été convoqué mi-mai par son établissement pour être venue en short au collège. Alors que les sanctions pour tenues jugées «indécentes» concernent principalement les jeunes filles, la direction se défend de tout sexisme.

Sur la côte basque, dans le département des Pyrénées-Atlantiques, Karen (1) peine à faire retomber sa colère. Sa fille de 13 ans, Julie (1), a été convoquée mi-mai par la vie scolaire de son collège en raison d’une tenue jugée «indécente». Les habits en question : un large sweat blanc, des baskets et un mini-short. «Il était environ 9 heures ce jour-là quand on est arrivées pour les cours avec mon amie. On s’était dit qu’on viendrait en short car la journée s’annonçait très chaude. On a été très vite stoppées par une surveillante», se remémore Julie. L’accès en classe leur est refusé et leurs parents sont contactés dans la foulée. «Je suis tombée des nues en découvrant le message vocal laissé par son école. On m’a expliqué que le bas ne couvrait pas ses jambes jusqu’aux genoux et que je devais apporter deux pantalons. Un pour ma fille, un autre pour son amie», détaille Karen. Cette dernière refuse de s’exécuter : «Je l’ai vue partir le matin, il n’y avait pour moi rien d’indécent», gronde-t-elle. Finalement, les deux jeunes filles sont autorisées à se rendre en cours avec un avertissement oral : «Le short, c’est la dernière fois.»

L’exaspération monte d’un cran quand le conseiller principal d’éducation (CPE) de l’établissement justifie sa décision pendant la pause déjeuner : sa tenue pourrait, selon les propos rapportés par la mère et la fille, «susciter la jalousie d’autres filles à cause du regard des garçons et amener à du harcèlement sur les réseaux sociaux». Une semaine plus tard, nouvelle remontrance de la part d’une surveillante, cette fois-ci c’est un crop-top qui pose problème. En janvier déjà, Julie avait dû mettre une veste pour couvrir un pull qui laissait entrevoir un bout de peau. «J’ai l’impression qu’on régresse et qu’on nous demande de couvrir davantage nos filles. Au lieu de légiférer sur la taille du short, on devrait déjà travailler sur le regard des garçons», cingle Karen qui se désole d’avoir vu sa fille écarter une robe de sa penderie les jours suivants par peur d’être «mal vue» par les adultes.

«Un défi de taille»

La coupe est d’autant plus pleine que sa fille aînée, scolarisée au lycée, a elle aussi été sermonnée par le biais d’un mail lunaire rédigé par la direction que Libération a pu consulter. «Aucun habit n’est interdit et “l’indécence” se situe bien souvent davantage dans le regard posé que dans la tenue elle-même. Néanmoins… les oiseaux chantent, les papillons volent et les esprits s’éveillent, s’évadent, stimulés par le raccourcissement des centimètres carrés de tissu sur la peau des camarades. Essayer d’intéresser un maximum d’élèves […] quand le “paysage” de la classe devient moins habillé est un défi de taille !»

Leur colère et leur incompréhension font écho à une histoire similaire qui s’est déroulée le 11 mai, dans les Hauts-de-France, avant une épreuve du bac : une jeune lycéenne s’est indignée après avoir été obligée par la direction de se changer pour cause de «tenue indécente». Là encore pas une première. Parce qu’un flou juridique permet aux établissements d’interdire les vêtements jugés provocants, en 2020, des collégiennes et des lycéennes s’étaient déjà mobilisées avec les hashtags #Lundi14septembre et #Balancetonbahut pour revendiquer leur droit de porter ce qu’elles veulent sans être vues comme des objets sexuels.

La direction du collège de Julie se défend pourtant de tout sexisme. «Que ça soit pour les filles ou pour les garçons, notre règlement est le même. On demande seulement une tenue correcte et décente pour travailler et non pas une tenue de détente. Et lorsque la jalousie et les garçons sont évoqués dans la conversation, c’est souvent parce que les principaux intéressés amènent d’eux-mêmes le sujet sur le tapis», argue-t-elle auprès de Libé. Le règlement intérieur de l’établissement n’entre pas dans les détails, chaque adulte peut donc y aller de son appréciation. «Ça fait partie de notre rôle d’éducateur : on pose un cadre. Il y a des parents compréhensifs, d’autres moins, mais on essaie toujours d’être pédagogues.»

«Les règles se sont bien durcies»

Ces sanctions liées à la tenue vestimentaire restent toutefois «problématiques», selon Isabelle Delanoé, membre de la Fédération des conseils de parents d’élèves du département. «Rappelons déjà que la tenue n’a rien à voir avec la façon de travailler. Ensuite, nous constatons que les règles se sont bien durcies dans certains établissements. Avec, à la clef, des abus récurrents.» Elle se souvient notamment d’une élève «très déstabilisée» après avoir été convoquée et invitée à rentrer chez elle devant toute la classe car elle était en combishort. «Cette jeune lycéenne a été stigmatisée de manière complètement disproportionnée», regrette la parent d’élève.

Renaud Robert, le secrétaire départemental du Syndicat national des enseignements de second degré, est plus tempéré. «Il peut y avoir des interprétations exagérées, surtout en période estivale, mais heureusement, cela reste à la marge.» Pour s’en préserver, le règlement est soumis selon lui à discussion lors du conseil d’administration en concertation avec les parents d’élèves et les personnels enseignants. Le chef d’établissement ne décide pas tout seul. Pourtant, le syndicaliste ne s’en cache pas : quand il y a un abus, il concerne quasi exclusivement des jeunes filles…

Eva Fonteneau

(1) Le prénom a été modifié

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