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Vivement l'Ecole!

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Mutations des enseignants : en Seine-Saint-Denis, certains estiment être « assignés à résidence »

17 Juillet 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Seine-Saint-Denis : un habitant sur trois se dit victime de discriminations  - Le Point

EXTRAITS

Les demandes de mouvement des professeurs exerçant dans le département d’Ile-de-France sont de moins en moins satisfaites, faute de nouvelles recrues pour les remplacer.

Pour la première fois de sa carrière, Rachid Ben Amar n’a pas savouré les « bonnes vacances » lancés joyeusement par les élèves de son unité localisée pour l’inclusion scolaire (ULIS), dans son école de Seine-Saint-Denis. Son programme estival est tout trouvé : « M’occuper de ma mère, de mes enfants, et chercher un nouvel emploi. » Depuis quinze ans, il est pourtant « un bon petit soldat de l’éducation nationale ». Un mordu de son métier, venu dans le « 93 » par goût du défi et pour « l’utilité sociale ». Au fil des rentrées, lorsqu’on lui demande de prendre en charge des classes difficiles, il répond positivement. Des directions d’école, maternelle et élémentaire ? Oui, aussi. Des sections d’enseignement général et professionnel adapté, des classes avec des enfants lourdement handicapés ? Oui, toujours.

Mais, cette année, il a connu « un drame de la vie, qui fait tout voler en éclats ». Sa mère, âgée de 84 ans, est malade d’un cancer qui la rend très dépendante – l’Assurance-maladie la classe GIR 2, un des plus forts degrés de perte d’autonomie. Enceinte, la femme de Rachid Ben Amar, aide à domicile, la rejoint en janvier à Epernay (Marne) pour lui porter assistance. Leur fils aîné y est scolarisé, le cadet naît là-bas. Et le professeur des écoles se retrouve soudain à 150 kilomètres de sa famille, avec le projet de s’installer rapidement dans cette région qui manque aussi d’enseignants.

« Un dilemme terrible »

En mars, sa demande de mutation informatisée est rejetée : il n’a mathématiquement aucune chance d’obtenir l’académie de Reims, qui requiert au moins 400 points. Mais Rachid Ben Amar place ses espoirs dans la seconde procédure de mutation, appelée « ineat-exeat ». Un dossier individuel complexe pour motif social, médical ou de rapprochement de conjoint, qui permet d’obtenir un « droit de départ » de l’académie quittée et un « droit d’arrivée » de l’académie visée. Après des semaines à constituer le dossier, Rachid Ben Amar reçoit, en juin, un e-mail « de deux lignes » refusant sa demande, sans explication. Résultat : « Je dois choisir entre quitter ce métier que j’aime ou accompagner ma mère à partir dignement. Personne ne devrait vivre un dilemme aussi terrible. »

(...)

« Dans le 93, on a joué le jeu du collectif et maintenant, on est pris au piège », déplore, amère, Angélique Plouin. Malgré sa reconnaissance d’invalidité à 50 % due à une maladie dégénérative, l’enseignante de 41 ans a vu sa troisième demande de mutation successive refusée. Son traitement médicamenteux la rend pourtant somnolente. Par deux fois déjà, elle a fini ses deux heures cinquante de route quotidienne dans la glissière de sécurité. « Un jour, je vais me tuer, ou tuer quelqu’un. J’ai dit à mon mari qu’il faudrait se battre, et porter plainte contre l’Etat. » Son regret ? « C’est un beau métier, qui m’épanouit, avec des élèves extraordinaires, mais l’absurdité de l’administration va m’obliger un jour à le quitter, et l’on va encore perdre un professeur. »

(...)

Le 2 avril, en pleine campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait pourtant dit vouloir permettre aux enseignants de « s’extraire des mouvements géographiques qui, parfois, les assignent à résidence ». Selon FO, une centaine d’enseignants de Seine-Saint-Denis sont en grande difficulté du fait de leur refus d’exeats, et une vingtaine en extrême urgence. « Une assignation à résidence, il y a au moins une date de fin », soupire Rachid Ben Amar.

Charlotte Chabas

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"Les Suppliques" : requêtes pour échapper à la déportation. Avec Jérôme Prieur et Laurent Joly

17 Juillet 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Histoire

https://focus.telerama.fr/2022/06/29/0/0/1999/2500/1200/0/60/0/ae947b0_1656508779244-lettre-cite-edet-ver-current.JPG

Résumé

À l’occasion des 80 ans de la rafle du Vel' d’Hiv', France 3 diffusera lundi le documentaire "Les Suppliques" de Jérôme Prieur et Laurent Joly. Les suppliques, ce sont ces lettres adressées au Commissariat général aux questions juives. Quelques mots pour implorer la clémence du maréchal Pétain.

avec :

Jérôme Prieur (Cinéaste et écrivain), Laurent Joly (Historien, directeur de recherches au CNRS).

En savoir plus

Monsieur le Maréchal, veuillez avoir l’indulgence de gaspiller quelques de vos précieux instants à lire les lamentations d’un condamné à mort.” Ainsi commence une des suppliques présentée dans le documentaire Les Suppliques, co-production La Générale de Production et France Télévisions qui sera diffusé sur France 3 le 11 juillet 2022 à 22h55.

Ce documentaire est le fruit d'un dialogue entre Jérôme Prieur, réalisateur et auteur, et Laurent Joly, historien et directeur de recherche au CNRS (Centre de recherches historiques, EHESS). "Toutes ces correspondances et lettres sont une plongée absolument incroyable et saisissante dans l'occupation et dans la vie de ceux qui étaient persécutés" nous dit Jérôme Prieur.

Nos deux invités participent activement à l'écriture de la Shoah : Jérôme Prieur consacre plusieurs de ses films-documentaires à la période de la Seconde Guerre mondiale. Il s'est récemment concentré sur la vie en Allemagne nazie (Vivre dans l’Allemagne nazie, 2020) ou sur des hauts fonctionnaires du Régime de Vichy (Darlan, le troisième homme de Vichy, 2021). Laurent Joly est un spécialiste du régime de Vichy, ayant consacré une thèse sur le Commissariat général aux questions juives. Dans ce film, il apporte ainsi un regard d'historien sur les faits, notamment sur la Rafle du Vel' d'Hiv :  "cette opération a au moins trois singularités. La première, c'est que c'est la plus importante. En Europe de l'Ouest, jamais on a fait une telle opération. (...) Deuxième chose, c'est que c'est une opération qui est 100 % exécutée par la police parisienne (...). Donc il n'y a pas un Allemand qui assiste à cette opération. C'est vraiment une singularité unique parce que d'habitude, les Allemands sont là. (...) Et la troisième singularité, la plus terrible et bouleversante, c'est que pendant cette opération, il était prévu de séparer les familles. Et c'est ce qu'a fini par être par être fait. Ou on a déporté séparément les adultes des enfants.(...)  Et ça, ces séparations, cette cruauté dans la cruauté, c'est quelque chose de spécifique à la rafle du Vel' d'Hiv. Vichy ne le fera plus jamais et on a vu ça nulle part ailleurs en Europe."

Dans ce documentaire, Jérôme Prieur et Laurent Joly se concentrent sur la révélation d'archives très peu connues : les suppliques. Ces lettres adressées au Commissariat général aux questions juives ou directement au maréchal Pétain implorent la clémence du régime de Vichy qui procède aux arrestations ou aux déportations. " Il y a des gens dont on ne sait rien d'autre que cette supplique. Ils existent et le film leur donne ce surcroît de vie, le film les célèbres, les remet sur le devant de la scène, raconte Jérôme Prieur. Et j'ai employé tous les moyens possibles pour leur dresser des petits autels ".

A découvrir : la web app "Suppliques Stories", en partenariat avec France Culture

À lire aussi75% des juifs survivants de la Shoah en France : l’histoire ballottée entre mauvaise conscience et déni

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"Recalés" de Parcoursup : au cœur de la commission qui leur donne une deuxième chance

17 Juillet 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #ParcourSup

Parcoursup: comment va se passer la phase d'admission? - La Voix du Nord

La phase d'admission principale de Parcoursup se termine, vendredi 15 juillet. C'est le dernier jour pour accepter une proposition d'admission dans l'enseignement supérieur. Les candidats sans rien peuvent toujours solliciter l'aide d'une commission.

Autour de la table, des agents de l'Académie de Paris, des chefs d'établissements, une représentante de l'enseignement agricole et du privé. Chacun a dans ses mains les dossiers des candidats "recalés" de Parcoursup. Les feuilles sont griffonnées, annotées, quelques mots pour chaque élève. Une commission d'accès à l'enseignement supérieur (CAES) se réunit alors que la phase d'admission principale de Parcoursup se termine, vendredi 15 juillet. Des CAES ont lieu dans toutes les académies, tout l'été, pour trouver une place aux bacheliers et aux étudiants en réorientation toujours sans proposition d'admission. Un rôle important dans une période stressante à moins de deux mois de la rentrée universitaire. Mi-juin, 16,5% des candidats n'avaient pas reçu de proposition d'admission, selon la ministre de l'Enseignement supérieur Sylvie Retailleau.

La commission se penche sur le dossier d'une candidate issue d'un bac professionnel métiers de la mode. Cette bachelière n'a reçu aucune réponse positive pour ses demandes de BTS dans le secteur tertiaire. "Les bulletins de 1ère et de Terminale montrent que c'était une étudiante sérieuse et appliquée, mais elle n'a pas d'avis favorable puisqu'on est très loin de son champ d'origine, elle n'est pas dans les attendus", souligne Corinne Pasco, inspectrice.

Voir au-delà des notes

Spécialiste des filières éco-gestion, Corinne Pasco connaît bien les attendus des formations et peut déceler dans chaque profil des points forts, au-delà des bulletins scolaires. Un engagement associatif ou un job d'été, par exemple. "Le fait d'avoir cette vision globale sur les centres d'intérêt  sur les activités, va permettre de compenser une simple vision arithmétique qui serait que sur les notes", explique l'inspectrice. "On les regarde, bien-sûr, mais pas que !"

La CAES peut délivrer quelques conseils aux candidats. "Quelques fois, ils n'ont pas élargis leurs choix, donc le premier conseil qu'on va leur faire c'est d'élargir géographiquement leurs choix et on va regarder s'ils sont mobiles", précise Virginie Cousin-Douel qui dirige ces commissions pour le rectorat de Paris. Mais cette décision n'est pas toujours facile vis-à-vis des familles. La distance peut poser des problèmes.

"C'est de l'humain"

Des formations en apprentissage, moins connues, sont également proposées.
Virginie Cousin-Douel affirme faire du sur-mesure : "C'est tout à fait personnalisé. La CAES c'est de l'humain. On gère un grand nombre de dossier, mais chaque dossier est regardé, donc c'est de la dentelle." En une réunion, une cinquantaine de dossiers sont observés à la loupe. En tout, 1500 seront traités, de mi-juin à septembre, rien que pour Paris. 

Quand les souhaits des jeunes sont trop déconnectés de leur parcours, ils sont redirigés vers les Centres d'information et d'orientation (CIO) pour revoir leur projet. Dans tous les cas, les élèves reçoivent un retour dans la foulée de la commission, sur la plateforme Parcoursup.

Noémie Bonnin

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16 et 17 juillet 1942 - La rafle du Vel' d'Hiv' racontée par Annette Muller, déportée à 9 ans

16 Juillet 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Histoire

Vidéo . Annette Muller se souvient de la rafle du Vél' d'Hiv' des 16 et 17 juillet 1942. Elle avait 9 ans quand elle fut emmenée. En deux jours plus de 13 000 personnes, dont un tiers d’enfants, ont été arrêtées pour être déportées. Moins d’une centaine reviendront.

"Ils savaient qu'il y allait avoir une rafle, mais ils n'ont pas pensé une minute que ça concernerait les femmes et les enfants".  Annette Muller raconte ses souvenirs d'enfant quand, en juillet 1942, des policiers sont entrés chez elle très tôt un matin pour l'emmener, elle et sa famille, au Vél' d'Hiv.

"J'ai vu ma mère se jeter aux pieds des policiers, pleurer, supplier qu'on laisse ses enfants, qu'on les épargne. [...] Ils la repoussaient avec le pied, en disant de ne pas leur compliquer la tâche."

Ses deux grand frères ont réussi à s'échapper, mais Annette passera six jours au Vél' d'Hiv avec sa mère et son petit frère Michel, avant d'être déportée.

Elsa Mourgue

Ecoutez son témoignage complet dans Les Nuits de France Culture

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Claude Lelièvre : Bac : les 80%, une barre mythique

16 Juillet 2022 , Rédigé par Le Café Pédagogique Publié dans #Education

Claude Lelièvre : Bac : les 80%, une barre mythique

EXTRAITS

Le pourcentage de bacheliers dans une génération s'élève à 79,2% cette année (et retombe donc sous les 80% qui avaient été atteints ces dernières années) a calculé la DEPP à l'issue du second groupe d 'épreuves. A vrai dire, un grand flou pas si artistique que cela plane sur ce mot d'ordre, son origine, sa signification . Qu'est-ce qui a été vraiment décidé, et par qui ? 

Naissance d'un objectif

L’objectif de « 80 % d’une classe d’âge au niveau du bac » a pour origine   la transformation d’une proposition qui avait été faite dans le rapport « Les lycées et leurs études au seuil du XXIe siècle » (dit « rapport Prost »), publié en décembre 1983. Il y était proposé d’« atteindre l’objectif de 80 % de jeunes achevant une scolarité de second cycle » (second cycle court ou second cycle long).

Ce chiffrage avait été établi par la commission présidée par Antoine Prost en ajoutant le flux d’entrée en apprentissage (15 %) au flux de 5 % correspondant aux enseignements spécialisés, et en retranchant le total de ces deux flux (considérés comme plus ou moins incompressibles) du total 100 %. On aboutissait ainsi à 80 %, pourcentage repris dans un sens quelque peu différent par Laurent Fabius et Jean-Pierre Chevènement un an et demi plus tard, en mai 1985 : 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat. La différence essentielle tient à ce que, désormais, la « bonne fin » de l’ancien « cycle court » ou « cycle professionnel » est d’atteindre « le niveau bac ».

(...)

Lorsqu'en 1985 le ministre de l'Éducation nationale Jean-Pierre Chevènement a annoncé l'objectif de « 80% d'une classe d'âge au niveau bac » (c'est à dire, pour lui, en terminale) à l'horizon de l'an 2000, il a ajouté qu'en tablant sur un taux de succès des candidats au bac de 75% on devrait avoir alors 60% de bacheliers effectifs dans une classe d'âge. Mais il n'a guère été entendu sur ce dernier point.

(...)

Le taux de réussite aux baccalauréats qui était de l'ordre de 66% depuis 1969 jusqu'en 1985 monte à 70% en 1986 et 1987, puis à environ 75% de 1988 à 1995. Le taux de 60% de bacheliers dans une classe d'âge est atteint dès 1994 (6 ans avant la date prévue) : 36% de bacheliers généraux dans la classe d'âge de 1994, 16% de bacheliers technologiques, et 8% de bacheliers professionnels.

Mais dans le ''flou artistique'' qui a entouré le mot d'ordre « 80% au bac », personne n'a salué alors.  ce ''succès historique''. Le plus remarquable, c'est qu'il apparaît que l'on peine à savoir qui décide quoi, et pourquoi ou pour quoi en l'occurrence...

Claude Lelièvre

Claude Lelièvre : L'école républicaine ou l'histoire manipulée

 

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L'école privée chouchoutée...

15 Juillet 2022 , Rédigé par Charli-Hebdo Publié dans #Education

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Source Charlie-Hebdo

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Inquiétant - "Nous continuerons la refondation de l'école entamée lors du dernier quinquennat". E Borne

15 Juillet 2022 , Rédigé par Le Café Pédagogique Publié dans #Education

Inquiétant - "Nous continuerons la refondation de l'école entamée lors du dernier quinquennat". E Borne
Inquiétant - "Nous continuerons la refondation de l'école entamée lors du dernier quinquennat". E Borne

EXTRAITS

"Nous continuerons la refondation de l'école entamée lors du dernier quinquennat". Lors de la déclaration du gouvernement, le 6 juillet, devant l'Assemblée nationale, la première ministre  dessine ce que sera la réforme de l’École : revalorisation mais "nouveau pacte", "transformation de l'école", contrats locaux, apprentissage dans les lycées professionnels. Élisabeth Borne confirme aussi la réforme des retraites. Et elle sonne le retour à la rigueur budgétaire... Tout en prônant la concertation, le gouvernement n'entend rien céder de ses projets même quand  ils sont clairement rejetés comme le "nouveau pacte".

(...)

L'école des fondamentaux...

La première ministre s'est d'abord située dans la continuité avec les réformes de JM Blanquer. "Notre école, c’est celle qui conforte les savoirs fondamentaux : lire, écrire, compter, respecter, et s’empare des nouveaux savoirs comme le codage informatique", déclare-t-elle. Récemment P Ndiaye avait aussi rappelé les fondamentaux mais sans y inclure le "respecter autrui" cher à JM Blanquer. La politique éducative gouvernementale reste ancrée dans le discours conservateur sur l’École.

Et du nouveau pacte

C’est dans cette continuité qu'elle annonce de nouvelles réformes. Comme E Macron, E Borne lie la revalorisation des enseignants à la transformation de leur statut. Elle le fait en précisant les modifications. "Nous revaloriserons leurs salaires et construirons, avec eux, les évolutions de leur profession. Avec eux, nous devrons bâtir un nouveau pacte, répondre à la question des remplacements, avancer pour l’aide individualisée, adapter leur formation, soutenir les projets collectifs". Le nouveau pacte devrait donc inclure, comme E Macron l'a déjà laissé entendre, la prise en charge de tâches nouvelles, comme les remplacements, par les enseignants. Et leur acceptation du "projet collectif", c'est-à-dire leur embauche par le directeur ou le chef d'établissement.

(...)

Une libéralisation en débat

On comprend mieux l'annonce du maintien de la réforme des retraites. "Oui, nous devrons travailler progressivement un peu plus longtemps. Notre pays a besoin d’une réforme de son système de retraite. Elle ne sera pas uniforme et devra prendre en compte les carrières longues et la pénibilité. Elle devra veiller au maintien dans l’emploi des seniors". L'argent des retraites va t-il servir à soutenir les entreprises et le retour à l'orthodoxie des comptes publics ?

Cette dérive libérale a été pointée par Boris Vallaud, président du groupe PS à l'Assemblée , dans sa réponse à E Borne. "Nous ne vous rejoindrons pas pour mettre en oeuvre un programme et un projet libéraux qui ne sont pas les nôtres.... Nous avons dénoncé le malthusianisme de votre politique éducative guidée non pas par l'ambition de donner une place à chacun mais par le souci que chacun reste à sa place... Nous n'avons pas été élus pour mettre en place la libéralisation de l'école publique".

François Jarraud

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Service national universel : la punition collective nocturne dans un lycée strasbourgeois passe mal

14 Juillet 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Militarisation de la jeunesse", un collectif contre le Service National  Universel créé à Nancy

Lors d’une session du Service national universel, plus d’une centaine d’adolescents ont subi une punition collective par une session de pompes dans la nuit. Le rectorat de Strasbourg a réagi dès le lendemain en suspendant l’un des responsables, l’autre a démissionné.

Strasbourg (Bas-Rhin).– Ce mardi 5 juillet à 22 h 30, plus d’une centaine de jeunes volontaires au Service national universel (SNU) sont appelés à descendre dans la cour du lycée Jean-Rostand. Un ancien lieutenant-colonel et directeur adjoint de la session SNU a décidé de punir plus d’une centaine d’adolescents de 15 à 17 ans pour la faute commise par deux jeunes filles.

Ces dernières auraient été surprises dans un dortoir pour garçons à une heure où elles auraient dû être dans leur chambre, selon Agathe (le prénom a été modifié), tutrice de cette session SNU qui a démarré le 3 juillet et qui finira le 15. « Ils étaient près de cent trente à faire des pompes et du gainage, dehors. Une fille était en pleurs, obligée de faire les exercices alors qu’elle se plaignait de maux de ventre déjà dans la journée. Plusieurs gamins sont rentrés en pleurs », témoigne Agathe.

Plusieurs vidéos, que Rue89 Strasbourg s’est procurées, montrent des dizaines et des dizaines d’élèves les mains et les genoux au sol. Ils semblent sur le point de faire des pompes ou du gainage. En fond, un encadrant donne les consignes aux adolescents : « À partir de maintenant, on ne dérange plus les voisins. Et on continue, on en fait encore [des pompes – ndlr]. Vous allez rentrer dans le petit hall. S’il y a du bruit, s’il y a quoi que ce soit, tout le monde redescend et y retourne. Allez, on en fait cinq de plus. »

Deux encadrants sont impliqués dans cette affaire de punition collective : le chef adjoint Alain M. et le cadre Jean-Pierre P-G, tous deux anciens militaires. Le premier a connu une longue carrière dans l’armée de terre jusqu’à devenir lieutenant-colonel. Le second a travaillé dans la marine, où il a exercé trente ans comme lieutenant de vaisseau.

Deux témoignages de tuteurs, diplômés du Bafa et actifs au sein de plusieurs sessions de SNU, font état de difficultés récurrentes liées à l’expérience de certains cadres : « Ce sont d’anciens militaires, sans aucune connaissance de l’animation ou du fait de s’occuper d’enfants de moins de 18 ans », affirme l’un d’eux. « Les tuteurs n’étaient pas d’accord avec la punition collective. Mais on n’a pas notre mot à dire », lâche une tutrice de stage au lycée Jean-Rostand.

Selon la tutrice Agathe, les encadrants à la rigueur militaire ne se rendent pas compte que les journées « de 6 heures à 22 h 30, c’est très long. Les adolescents n’ont pas l’habitude de faire tant d’activités. En tant qu’animateurs, on aurait privilégié un temps calme à cette heure-là. Et puis il faut rappeler que le public a entre 15 et 17 ans. Certains viennent tout juste de rentrer en seconde. Ils sont tous épuisés de leur année scolaire ».

Suspension puis démission des mis en cause

Le rectorat de Strasbourg dispose d’un service dédié à l’organisation des sessions SNU au sein du département. « Ce service a vocation à repérer les lieux d’accueil (le lycée Jean-Rostand à Strasbourg et le lycée agricole d’Obernai) et désigne un directeur de centre qui recrute une équipe d’encadrants », décrit le directeur académique des services départementaux de l’éducation nationale. Jean-Pierre Geneviève rappelle aussi les objectifs du SNU : « Il y a une volonté de favoriser l’engagement des jeunes, dans des démarches collectives, avec un volet d’éducation à la citoyenneté, le partage d’une expérience collective, autour d’un programme d’activités, qui permet aux jeunes de découvrir le patrimoine de la région. »

Interrogé sur les faits ayant eu lieu dans la soirée du mardi 5 juillet dans la cour du lycée Jean-Rostand, le directeur académique déplore une punition dont « la dimension collective paraît inappropriée. Si sanction il y a, il faut que ce soit circonstancié et individualisé ». Jean-Pierre Geneviève indique que les deux encadrants mis en cause n’étaient plus en exercice dès le lendemain de la punition collective.

L’un d’eux, Alain M. a été suspendu à titre conservatoire, « le temps d’obtenir plus d’informations », puis il a démissionné. L’autre encadrant a démissionné de son propre chef. Jean-Pierre Geneviève tient à relativiser : « Le SNU est un dispositif nouveau, mis en place l’année dernière. C’est la première fois que nous sommes amenés à prendre cette décision de suspension. C’est une situation très circonscrite. » C’est à espérer

Guillaume Krempp et Lucie Lefebvre (Rue89 Strasbourg)

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Covid : le futur protocole scolaire pour la rentrée prévoit (enfin) des délais pour s’adapter

14 Juillet 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Covid : le futur protocole scolaire pour la rentrée prévoit (enfin) des délais pour s’adapter

Le gouvernement prépare un protocole à trois niveaux, avec des délais supplémentaires de mise en oeuvre pour les établissements. Les syndicats enseignants, consultés mardi, saluent le nouveau projet qui rompt avec la doctrine Blanquer.

Est-ce la fin de l’ère Ibiza ? Le gouvernement semble enterrer la méthode au jour le jour de l’ancien ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer. Il concocte déjà le nouveau cadre du protocole sanitaire dans les établissements scolaires pour la rentrée. Mardi, les ministères de l’Education nationale (Pap Ndiaye) et de la Santé (François Braun) l’ont présenté aux syndicats enseignants. Les collectivités territoriales et les fédérations de parents d’élèves doivent également être consultées ce mercredi.

Pour la rentrée scolaire 2022, le ministère prévoit «un cadre sanitaire gradué reposant sur un socle de recommandations (équivalent à une situation normale) et trois niveaux de mesures, activables en fonction du contexte», a expliqué à l’AFP Marie-Hélène Piquemal, vice-présidente nationale du Snalc.

Selon les syndicats contactés par l’AFP, «le niveau 1 équivaut à une vigilance modérée, le rappel et l’incitation des gestes barrière, la limitation des regroupements importants. Le niveau 2 à une vigilance accrue, le renforcement gestes barrière, l’adaptation des modalités pratiques en éducation physique et sportive (EPS). Le niveau 3 équivaut lui à une évolution très défavorable, avec une doctrine d’accueil en lycée et renforcement des mesures de restriction (activités physiques et sportives limitées)».

Nouveaux délais pour mieux s’adapter

Le niveau de protocole qui encadrera la rentrée de septembre ne sera décidé qu’à la fin du mois d’août, quelques jours avant le retour des 12 millions d’élèves dans les classes. La détermination du niveau de protocole «repose sur le Conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN), sur la proposition des autorités sanitaires et le ministère de l’Education. Cette décision s’appuiera également sur l’analyse qualitative (nature du variant…) et quantitative (situation hôpitaux)», selon Marie-Hélène Piquemal.

Par ailleurs, le protocole prévoit «un délai de 10 jours pour la mise en œuvre du passage d’un niveau à l’autre, ce qui est nouveau», souligne auprès de l’AFP Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, premier syndicat du primaire. «Cela va permettre aux équipes d’avoir plus de temps pour s’adapter sur le terrain. Ce sera beaucoup plus efficace que les annonces précipitées faites cette année», a-t-elle ajouté.

Concernant le port du masque, le protocole prévoit «un alignement de l’école avec la population générale. Il n’y a pas de règle spécifique en milieu scolaire, plus de politique spécifique de tests à l’école, ni de dispositif de contact tracing spécifique en milieu scolaire», selon Sophie Vénétitay.

Sur France info, Guislaine David, co-secrétaire générale et porte-parole du syndicat d’enseignants SNUipp-FSU, a salué ce protocole Covid-19 et l’«anticipation» bienvenue qu’il permet. Cependant, elle a regretté le problème persistant de pénurie d’enseignants remplaçants : «Il n’y a pas de recrutements supplémentaires, y compris pour les contractuels. On sait qu’on aura des classes sans enseignant à la rentrée», a-t-elle précisé. Difficile, dans ces conditions, d’aider les élèves à rattraper leur retard après deux ans d’enseignement perturbé.

AFP et Libération

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Uber, c'est ça M. Emmanuel Macron ! L'exploitation de la précarité !

12 Juillet 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Jeunesse, #Politique

ARTICLES + VIDEOS] « Uber files » : Comment Emmanuel Macron, alors ministre  de l'Économie, a passé un “deal” secret avec la société Uber pour mieux  faire évoluer les réglementations en sa faveur – PLANETES360

« Tout ceci est un leurre » : des chauffeurs Uber racontent leurs désillusions

Un métier « non rentable », un « leurre » d’indépendance, des jeunes de quartiers, séduits par la promesse de liberté et qui finissent endettés jusqu’au cou… Depuis son installation, le modèle Uber a déçu, notamment les chauffeurs qui ont rapidement déchanté.

Sur le papier, Sylvain, 52 ans, a le profil idéal pour vanter les mérites du modèle Uber. Il y a quatre ans, il a choisi l’entrepreneuriat plutôt que le chômage, en devenant chauffeur VTC. Travailleur « en extra » dans la restauration, il avait besoin d’un complément de revenu, pour les périodes où l’emploi se faisait rare. 

Ne souhaitant plus dépendre des allocations-chômage pour assurer ce complément, Sylvain a obtenu sa carte professionnelle VTC, en passant l’examen requis. Il est depuis autoentrepreneur, comme la plupart des chauffeurs de VTC. Les cotisations sociales et les obligations patronales leur incombent donc. 

Costard, cravate, petites bouteilles d’eau, bonbons dans la portière et des rêves d’ascension sociale plein la tête. Les premières années, ils étaient nombreux à défendre le système Uber, encore baignés dans le flot de promesses mirifiques portées par la plateforme.

Fin 2011, le marché était en plein essor et l’entreprise y régnait sans concurrence de taille. Les chauffeurs étaient galvanisés par le succès des premiers temps, certains s’endettant considérablement pour acheter les plus belles voitures. Aujourd’hui, il ne reste plus grand monde pour défendre le modèle mis en place par l’application, et les témoignages de chauffeurs pris au cou par les dettes, étranglés par le système de l’auto-entreprenariat s’étalent partout. 

Au-delà des conditions de travail des chauffeurs déjà bien documentées, le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ) et ses partenaires, dont Le Monde ou encore Radio France, sont venus éclairer d’une lumière nouvelle l’installation d’Uber en France.

Le consortium a publié dimanche 10 juillet les « Uber files », une enquête en plusieurs volets permettant de « comprendre comment le géant des VTC a conquis la planète en surfant parfois aux frontières de la légalité ». Emmanuel Macron, qui était alors ministre de l’économie, y est présenté comme un soutien de choix pour Uber, intercédant en sa faveur, s’impliquant personnellement, en contournant ses collègues ministres et le chef du gouvernement d’alors, Manuel Valls. 

Face à Mediapart en novembre 2016, le candidat de l’époque avait même déclaré : « Allez à Stains expliquer aux jeunes qui font chauffeurs Uber, de manière volontaire, qu’il vaut mieux aller tenir les murs ou dealer… Ils travaillent 60, 70 heures pour toucher le Smic mais ils rentrent dans la dignité, ils trouvent un travail, ils mettent un costume, une cravate. »

Recrutement dans les quartiers populaires

Après quatre années d’activité, Sylvain a déchanté. « L’indépendance, le travail “où vous voulez, quand vous voulez” et sans subordination... Tout ceci est un leurre ! », décrit-il. Uber représente 70 % de son chiffre d’affaires. « C’est le leader. Vous sortez votre voiture, vous allumez votre application et dans la minute, vous avez une course. »

Une facilité d’apparence qui a séduit d’abord dans les quartiers populaires des grandes villes. L’entreprise s’est rapidement installée dans ces quartiers et a emballé des milliers de jeunes éloignés du marché du travail, à coups de communication à la sauce méritocratique.

Sur les réseaux sociaux, Uber publiait des vidéos virales dans lesquelles on voyait de jeunes gens, souvent noirs ou d’origine maghrébine, en chemise ou en costard, se vanter d’être leur propre patron, de pouvoir « embaucher trois personnes en six mois ». À l’extérieur, ils sont désignés comme des « partenaires », mais en interne la langue se fait plus fidèle à ce qu’ils sont en réalité : du « ravitaillement », comme on l’apprend dans les « Uber Files ».

Le discours libéral d’Uber présentant le salariat comme l’enchaînement par le travail réglementé et l’autoentreprise, comme un oasis de liberté et d’abondance, est venu répondre aux besoins de nombreux chômeurs se sentant mis au ban. Ce n’est donc pas un hasard si le siège de l’entreprise a rapidement déménagé de Paris à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis.

« Nous avons constaté que nos chauffeurs partenaires venaient essentiellement des quartiers prioritaires. Il fallait que l’on se rapproche d’eux », expliquait la firme en 2017 auprès de nos confrères des Échos

"Il faut des heures et des heures, des kilomètres et des kilomètres pour avoir un chiffre d’affaires correct."

Sylvain, chauffeur Uber

« Il y avait des bus et des affiches partout dans le 93 [Seine-Saint-Denis – ndlr], ils visaient clairement les jeunes de banlieue », estime Helmi Mamlouk, chauffeur pour différentes plateformes, devenu depuis formateur et connu pour être l’un des leaders de la contestation contre Uber, et celui qui parle le plus fort. Il fait partie des anciens, ceux qui ont été séduits dès les débuts, en 2013. Il était alors au chômage, après avoir été à la tête d’une PME qui vendait des détecteurs de fumée, fermée en 2011. Comme d’autres, il a été séduit par les promesses, avant de vite déchanter.

« Il y avait même des affiches sur lesquelles on pouvait lire qu’on allait gagner jusqu’à 8 000 euros par mois », se souvient-il. L’entreprise  se gardait bien de préciser que ces promesses relevaient du chiffre d’affaires, non pas du salaire, et qu’il fallait donc y soustraire toutes les cotisations patronales qui pèsent sur l’employeur – c’est-à-dire le chauffeur lui-même. 

« Il faut des heures et des heures, des kilomètres et des kilomètres pour avoir un chiffre d’affaires correct », souligne Sylvain. « Les bonnes journées, on peut être à 30 euros brut de l’heure, en chiffre d’affaires. Sur une journée classique, on tombe à 20 euros brut », décrit celui qui compte encore en chiffre d’affaires plutôt qu’en salaire net. 

Sylvain est connecté à quatre autres applications proposant des voitures de transport avec chauffeur. Quand il passe par Uber, la plateforme récolte un quart du prix de la course. Cela n’a pas toujours été le cas. Jusqu’à fin 2016, cette commission était de 20 %. Uber a ensuite décidé, de manière unilatérale, de la faire passer à 25 %. Cette décision a déclenché l’un des premiers mouvements sociaux des travailleurs de la plateforme, déjà échaudés par la baisse du prix des courses qui avait été, encore une fois, une décision prise sans concertation avec des chauffeurs qu’ils présentent pourtant comme leurs partenaires. 

Malgré la forte mobilisation, ils n’ont rien obtenu et la commission s’élève toujours à un quart du prix de la course. Si on y ajoute toutes les cotisations patronales réglées par le chauffeur, mais aussi les sommes engagées dans la réparation de la voiture, le prix de l’essence qui ne cesse de grimper, l’assurance et le remboursement du prêt contracté pour acquérir la belle berline noire, il ne reste plus grand-chose. 

La force d’Uber ? Le turn-over

« Et c’est aussi le chauffeur qui paye la TVA sur la commission payée à Uber ! », s’agace Brahim Ben Ali, secrétaire général de l’INV, intersyndicale nationale VTC. « Vous payez la TVA sur ce que vous encaissez et, en plus, la TVA sur la commission d’Uber ! », détaille celui qui a réalisé des courses pour le géant californien entre 2017 et 2019 avant d’être « déconnecté » définitivement de l’application.

Une mesure de rétorsion, selon lui, à la suite des blocages de plusieurs centres logistiques de la société, auxquels il a participé. « J’ai été accusé d’avoir tenu des propos diffamatoires envers Uber. En réalité, il fallait surtout couper la tête du meneur du mouvement. D’ailleurs, ça a marché. De 400 personnes mobilisées, on est passé à deux... », soupire-t-il, son témoignage faisant écho à d’autres chauffeurs vent debout qui ont été déconnectés après des mobilisations. 

Aujourd’hui encore, Brahim Ben Ali dénonce les conditions de travail et de rémunération qui se dégradent. « À votre avis, c’est quoi la force d’Uber ? Pourquoi tout le monde continue dans ces conditions ? C’est le turn-over énorme ! Les anciens partent, les nouveaux arrivent et se disent que ce n’est pas si mal... Mais ils n’ont pas connu les conditions d’avant ! », affirme-t-il. 

Il pointe « des tarifs au rabais », avec un modèle de rémunération devenu « forfaitaire » et non plus basé sur les kilomètres parcourus. De son côté, Sylvain dénonce une application parfois trompeuse sur la distance à parcourir pour aller chercher un·e client·e. Un trajet qui n’est pas rémunéré au chauffeur. 

« L’appli vous dit que le client est à quatre minutes de vous, mais en réalité, vous en mettez dix ! On a l’impression que c’est calculé à vol d’oiseau, comme si nous étions des pigeons qui passent par les toits pour aller récupérer un client », lance-t-il, riant jaune.

Une loi en faveur des applications

D’ailleurs, ce n’est que très récemment et grâce à la loi d’orientation des mobilités (LOM), votée en 2019, que les chauffeurs Uber connaissent à l’avance le montant de la course et la destination de leurs client·es. C’est l’une des rares avancées pour les chauffeurs permises par cette loi. 

Dans une interview accordée aujourd’hui à France Info, Thomas Thévenoud, l’ancien secrétaire d’État chargé du commerce extérieur, à l’origine de la loi de 2014 qui tentait déjà d’encadrer l’activité des VTC, rappelle qu’à l’époque où a été signée cette loi largement en faveur des applications, Élisabeth Borne était ministre des transports : « Elle ne peut pas ne pas savoir un certain nombre de choses... Il y avait dans cette loi une disposition qui visait à protéger Uber sous une forme de charte de responsabilité sociale. Uber édictait une charte, faisait signer ça à ses chauffeurs, en échange de quoi il ne pouvait pas y avoir de poursuites contre Uber. » Pour lui, il n’y a aucun doute sur le fait qu’aujourd’hui encore Uber continue son lobbying, autant auprès du président que de la première ministre.

Sylvain raconte qu’avant cette loi, les chauffeurs partaient totalement à l’aveugle. Mais la nouvelle disposition ne le réjouit pas pour autant. Certaines courses, jugées trop contraignantes et pas assez rentables, sont refusées par les chauffeurs. « Cela pose des problèmes car des clients se retrouvent sans voiture. Ou attendent trop longtemps. Uber a donc instauré un système de bonus, pour attirer les chauffeurs. Si vous acceptez trois courses à la suite, vous pouvez obtenir dix ou quinze euros supplémentaires, selon l’heure et la demande. »

Un prêt à 20 000 euros pour une voiture

La cadence peut vite devenir infernale pour espérer obtenir une rémunération qui en vaille la peine. « Ce métier n’est pas rentable », tranche Sylvain, s’estimant chanceux d’avoir pu payer « cash » son véhicule grâce à un apport... « Il y a des gens qui ont investi dans de grosses berlines et sont totalement dépendants d’Uber pour rembourser leur crédit. »

C’est le cas de ce vieil homme que Helmi Mamlouk a rencontré devant le siège d’Uber il y a quelques années. « Je me souviens bien qu’il pleurait à chaudes larmes en expliquant qu’il avait contracté un prêt à 20 000 euros et qu’il n’arrivait pas à le rembourser. Uber l’avait déconnecté après qu’un client s’est plaint, sans qu’on n’interroge jamais le chauffeur. C’est arrivé plein de fois, le moindre mot du client et on était déconnecté. » 

Sylvain dénonce enfin un système « gangréné par la corruption » à tous les niveaux. « Des comptes de chauffeurs sont loués à d’autres, tout le monde le sait et tout le monde a les yeux fermés. Uber devrait vérifier et bloquer ces comptes mais l’argent est plus important que l’intégrité. Et c’est ce modèle-là qui a été incité et validé par l’État ? On le dit depuis des années mais personne ne nous écoute... »

Sur le téléphone de Helmi sonnent toujours les applications Heetch, Bolt et Free Now. Uber est silencieux depuis 2014, date à laquelle il s’est fait déconnecter sans que jamais aucune explication ne lui soit fournie. Comme Brahim, Helmi explique que son expulsion est arrivée à partir du moment où l’entreprise a vu en lui un opposant.

Après seulement un an et demi au service de l’application, Helmi s’est engagé contre son fonctionnement, notamment au sein de son collectif « Capa VTC ». Les collectifs du genre ont, depuis, essaimé. Par ailleurs, des plateformes alternatives se créent ici et là, comme cette coopérative qui s’est installée en Seine-Saint-Denis en 2022, regroupant plus de 500 chauffeurs souhaitant tourner la page Uber.

Cécile Hautefeuille et Khedidja Zerouali

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