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Vivement l'Ecole!

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Parler pour enseigner, ça s’apprend...

20 Mai 2022 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education

Parler pour enseigner, ça s’apprend...
Parler pour enseigner, ça s’apprend
Magali Durrieu-Gardelle, Université de Bordeaux

L’oral est de plus en plus valorisé, que ce soit avec la vogue des concours d’éloquence, la multiplication des comptes de vulgarisation sur YouTube ou encore la création d’un grand oral au bac. On attend du locuteur qu’il parle correctement, avec une syntaxe adaptée, de manière audible, en articulant et que ses propos intéressent les auditeurs. Mais avant d’être capable de s’exprimer et de défendre des idées dans de tels cadres, encore faut-il que les élèves un certain nombre de connaissances. Et pour accompagner, dans chaque discipline, les élèves dans cette activité réfléchie de la pensée, il s’agit de mettre en place dans la classe un oral de travail.

Quelles sont les caractéristiques de cet oral permettant à tous d’apprendre ? Et, comment amener les enseignants à prendre conscience de son importance ?

Bien que la langue orale soit mentionnée dans les programmes scolaires, elle est très peu présente comme objet d’enseignement dans les emplois du temps, de l’école primaire au lycée.

Néanmoins, l’oral est le moyen de communication privilégié entre enseignants et élèves. C’est d’ailleurs principalement pour cette raison qu’il n’est pas enseigné. Comme il est considéré plus « naturel » et plus « spontané » que l’écrit, les enseignants ont l’habitude d’utiliser l’oral pour aider les élèves les plus fragiles en lecture et en écriture, ce qui contribue à le considérer comme un moyen d’enseignement plutôt qu’un réel objet d’enseignement.

Élisabeth Bautier, sociologue, alerte cependant sur le fait que les classes n’ont jamais été aussi bavardes, mais que, pour autant, les spécificités de cet oral d’apprentissage ne sont pas enseignées.

Construire des savoirs

En effet, si l’oral utilisé dans la classe est plus proche de la langue quotidienne que de l’oral d’apprentissage de l’école (qui, lui, ressemble davantage à de l’écrit) et qu’il n’est pas perçu comme un objet d’enseignement à part entière, cela peut créer des malentendus chez les élèves quant au sens et à la finalité des interventions orales à l’école, pouvant creuser davantage les inégalités.

En fait, le langage n’est ni naturel ni transparent ; ses usages sont toujours tributaires d’un contexte ou d’une activité humaine ce qui conduit Jaubert, Rebière et Bernié à dire que les usages du langage à l’école sont spécifiques à chaque discipline. Les élèves doivent apprendre les manières d’agir, de parler et de penser propres à chacune de ces matières, condition nécessaire pour construire ensemble les savoirs grammaticaux, dans le cas des travaux que nous présentons.

Dans le cadre d’une recherche collaborative de deux années consécutives, sur l’usage de l’oral dans l’enseignement de la grammaire au cycle 3 (élèves en CM1/CM2), nous avons filmé quatre enseignantes sur la notion grammaticale « Phrase simple vs phrase complexe » (Grammaire du Français, p 22 – paragraphe 2.1). Lors des entretiens qui ont suivi entre chercheurs et participantes et entre participantes elles-mêmes, elles ont pu visionner leurs pratiques et les analyser de manière individuelle puis collective pour prendre conscience du rôle du langage dans la construction des savoirs.

À partir des transcriptions écrites des vidéos de séances, nous avons fait une analyse quantitative pour établir les pourcentages de temps de parole de chacun et pour obtenir la longueur moyenne des énoncés des élèves et de chaque enseignante en comptabilisant le nombre de mots de leurs énoncés.

Au-delà de la comparaison des temps de parole et de la longueur des énoncés entre les deux années, nous avons réalisé une analyse qualitative du discours des enseignantes et des élèves pour identifier ce qui a changé (la nature des énoncés, questions fermées/ouvertes de la part des enseignantes, réponses oui/non, présence d’arguments chez les élèves…).

Réfléchir à ses pratiques

Lors des entretiens sur les séances de la première année, les enseignantes prennent conscience qu’elles parlent trop (plus de 80 % du temps de parole) et que leurs questions totales (est-ce que ?) ou fermées (qui n’attendent souvent pour réponse qu’un ou deux mots), ont une incidence sur la longueur des énoncés des élèves (¾ mots) et sur le contenu (très peu d’éléments de savoirs). Dans les séances de la deuxième année, nous observons des temps de parole moins déséquilibrés (autour des 70 %) et une longueur moyenne des énoncés des élèves plus importante (plus de 6 mots en moyenne).

En effet, les enseignantes mobilisent moins de questions fermées, incitent les élèves à compléter, à justifier leurs propos et à utiliser des termes grammaticaux précis. De ce fait, les élèves formulent des réponses plus longues, cherchent à expliquer et mobilisent également des usages du langage plus variés, spécifiques à la grammaire et au savoir en jeu par exemple :

  • décrire une phrase complexe : « il contient deux verbes, fait et perd »

  • établir une définition de cette notion : « une phrase complexe c’est une phrase qui a au moins deux verbes et même plus »

  • apporter une contre argumentation à ce qu’un camarade a expliqué : « mais c’est pas la longueur qui fait que c’est une phrase complexe ».

Enseigner l’oral et ses usages dans le cadre des disciplines, faire construire des savoirs aux élèves en travaillant le langage qui le rend explicite, peuvent donner aux élèves du sens à l’oral à l’école, car, comme écrit Élisabeth Bautier « parler pour apprendre c’est apprendre à parler ».

L’oral à l’école est donc multiple, ce qui rend difficile de le percevoir et de l’enseigner. Pour que les élèves puissent mobiliser l’oral pour apprendre, il est primordial que les enseignants le connaissent, le reconnaissent et le sollicitent dans leurs classes. Il est donc nécessaire que la construction langagière des savoirs soit abordée en formation des enseignants pour rendre cet oral moins invisible. Le visionnage de séances d’enseignement filmées et leur mise en discussion entre enseignants et chercheurs dans le cadre de recherches collaboratives, semble être une piste prometteuse en formation initiale ou continue des maîtres.The Conversation

Magali Durrieu-Gardelle, Doctorante en sciences de l'éducation, Université de Bordeaux

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Philippe Aghion et Emmanuel Combe : « L’avenir des enfants issus de milieux défavorisés se joue aussi en dehors du temps scolaire »

20 Mai 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Former dean questions costs of 'no excuses' charter schools on students of  color - National Collaborative for Health Equity

EXTRAITS

Pour réduire les inégalités à l’école, les deux économistes proposent, en complément des internats d’excellence, qui ciblent seulement les collégiens et les lycéens, des externats d’excellence à destination des plus jeunes.

A l’heure où s’ouvre un nouveau quinquennat, un enjeu récurrent et structurant pour l’avenir de notre pays est celui de l’éducation. Force est de constater qu’il n’a pas eu la place qu’il aurait méritée durant la campagne électorale. En particulier, les décideurs politiques se doivent de proposer des solutions innovantes et efficaces pour résoudre la lancinante question des inégalités devant la réussite scolaire. Quelques indices permettent de prendre la mesure du problème.

Tout d’abord, les élèves de milieux défavorisés sont cinq fois plus nombreux que ceux des milieux favorisés à ne pas atteindre le niveau minimal en lecture. Ensuite, les 10 % d’élèves issus des familles les plus riches ont un niveau à l’écrit qui représente trois années scolaires d’avance par rapport aux 10 % d’élèves les plus pauvres. Enfin, 20 % des élèves de milieu défavorisé qui obtiennent de bons résultats n’envisagent pas de poursuivre d’études supérieures, contre seulement 7 % chez les bons élèves issus de milieu favorisé. Bref, en matière d’inégalités scolaires, nous sommes, avec Israël et le Luxembourg, les champions parmi les pays industrialisés.

Face à cette école inégalitaire, la réponse politique principale a été, jusqu’ici, d’engager des moyens supplémentaires en faveur des établissements des zones d’éducation prioritaire. Ce levier a son utilité, mais il ne traite pas directement le problème à la racine et dans toute son ampleur : l’avenir des enfants issus de milieux défavorisés se joue aussi en dehors du temps scolaire, au sein de l’environnement dans lequel ils évoluent. Cela va des conditions dans lesquelles ils peuvent faire – ou ne pas faire – leurs devoirs à la maison à l’accès à la culture, en passant par leurs activités extrascolaires.

Un premier levier est celui des internats d’excellence, qui s’adressent aux élèves exprimant le souhait de changer de cadre de vie pour mieux étudier et se donner toutes les chances de réussir. Cette initiative, née en 2009, a été relancée depuis peu, et 300 établissements, pouvant accueillir au moins 30 000 élèves, ont été labellisés.

(...)

... il est intéressant d’observer l’expérience des « no-excuses charter schools », lancées dans les années 1990 aux Etats-Unis et dans d’autres pays. Il s’agit d’écoles publiques dans lesquelles se rendent chaque matin les élèves de milieux défavorisés, et ce dès leur plus jeune âge, avec une journée scolaire prolongée et un code de conduite strict. Ainsi, dans la ville de New York, les « charter schools » demandent douze jours de présence en plus par an et quatre-vingt-dix minutes de plus par jour, par rapport aux autres écoles.

Plusieurs études empiriques – et notamment celles de Caroline M. Hoxby, Sonali Murarka et du Prix Nobel d’économie Joashua Angrist (Massachusetts Institute of Technology) – ont montré que ce type d’établissement améliorait les résultats scolaires des élèves, notamment en mathématiques, et tout particulièrement chez les plus défavorisés.

(...)

Philippe Aghion est économiste et professeur au Collège de France, chaire Economie des institutions, de l’innovation et de la croissance ; 

Emmanuel Combe est économiste et professeur des universités à Skema Business School.

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"Il n'y aura pas un professeur devant chaque classe contrairement à ce qu'annonce le ministère, c'est écrit d'avance" - Sophie Vénétitay/SNES-Fsu

20 Mai 2022 , Rédigé par bfmtv Publié dans #Education

https://media.nouvelobs.com/ext/uri/sreferentiel.nouvelobs.com/file/rue89/4ee6416ba5e40efdae4b1fc68d29bed9.jpg

ÉCOLES, COLLÈGES, LYCÉES: RISQUE-T-ON DE MANQUER D'ENSEIGNANTS À LA RENTRÉE?

Moins de candidats aux concours, moins d'admissibles que de postes... L'Éducation nationale peine à recruter. Au point que certains se demandent s'il y aura assez d'enseignants à la rentrée prochaine pour les 12 millions d'élèves.

Les quelque 12 millions d'écoliers, collégiens et lycéens vont-ils manquer d'enseignants à la prochaine rentrée scolaire? Les inquiétudes sont réelles car d'année en année, le nombre de professeurs du premier et du second degré diminue. L'année 2022 s'annonce même comme une année noire en terme de recrutement des enseignants.

"Des postes vont rester vacants"

Cette année, seulement 816 candidats ont été admissibles au Capes de mathématiques pour 1035 postes. En allemand, ce sont 215 postes qui étaient ouverts mais seuls 83 candidats ont été reçus à l'admissibilité. Ce qui représente un manque potentiel de 219 profs de maths et 132 d'allemand - si tant est qu'ils seraient tous admis.

Pas mieux dans le premier degré. Le SNUipp-FSU dénonce un taux de présence aux épreuves comme "l'un des plus bas de l'histoire du concours de recrutement des professeurs des écoles". Un exemple: dans l'académie de Créteil, quelque 1079 postes étaient ouverts mais seuls 521 candidats sont admissibles, relaie Sud éducation. Pire dans l'académie de Versailles: 1430 postes sont à pourvoir mais seulement 484 candidats pourront passer les oraux. Si tous les admissibles devaient être reçus, cela signifierait que seul un tiers des postes serait pourvu.

Pour Bruno Bobkiewicz, secrétaire national du syndicat des chefs d'établissements SNPDEN-Unsa et proviseur d'un lycée à Vincennes dans le Val-de-Marne, les conséquences sont évidentes et inévitables.

"Des postes vont rester vacants. Le risque, c'est qu'ils restent vacants pendant des semaines", s'alarme-t-il pour BFMTV.com. "Et quand bien même une solution serait trouvée pour le 1er septembre, au premier congé maladie, il n'y aura plus personne."

Bruno Bobkiewicz s'inquiète particulièrement pour les établissements qui connaissent déjà des difficultés de recrutement, comme ceux situés en zone rurale, ou les établissements sensibles. "Les lycées de centre-ville auront moins de problème. Territorialement, les choses sont déjà très déséquilibrées."

Le ministère promet une "réserve"

Face à ces inquiétudes, le ministère se veut rassurant. "Les élèves auront bien des professeurs devant eux à la rentrée dans l'ensemble des disciplines", a affirmé Édouard Geffray, le directeur général de l'enseignement scolaire (Dgesco), lors d'une conférence de presse. "Cette baisse était prévisible et a donc été anticipée", a-t-il ajouté.

La diminution du nombre de candidats au métier d'enseignant est en effet en partie liée à la réforme du concours, entrée en vigueur cette année. Désormais, les étudiants qui souhaitent devenir professeur des écoles ou enseignant dans le second degré ne peuvent se présenter au concours qu'à la fin de leur master 2 - c'était auparavant en fin de master 1. Les candidats sont donc "mécaniquement" moins nombreux cette année: ceux qui étaient en master 1 l'année dernière et qui ont décroché le concours font baisser le vivier.

"Nous savions pertinemment que cette année, nous aurions un petit artefact, a déclaré Édouard Geffray. Nous avons une vision pluriannuelle des besoins à trois ou quatre ans et le niveau de recrutement maintenu depuis plusieurs années a permis de reconstituer des marges de manœuvre."

Pas d'inquiétude non plus pour les mathématiques, assure-t-il. Pourtant, le renforcement de cette discipline à la rentrée prochaine dans le tronc commun des lycéens dès la première a été évalué à 350 équivalents temps plein. "Nous avons de la réserve permettant de faire face à cet objectif", maintient le représentant de Dgesco. Mais sur le terrain, les remplaçants manquent.

10% des heures de cours "perdues"

"Quand j'entends parler de réserve, je me demande à quoi ça correspond", s'interroge pour BFMTV.com Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU, le premier syndicat des personnels enseignants. "On a bien vu cette année que dans certaines académies, on n'était pas en mesure d'assurer les remplacements."

Selon un rapport de la cour des comptes, au collège et au lycée, près de 10% des heures de cours ont été "perdues" en raison de professeurs non remplacés. Faut-il s'attendre à un recours aux contractuels? "Je ne vois pas comment, à court terme, on pourra faire autrement que de recruter des contractuels", poursuit Sophie Vénétitay. "On va encore perdre des postes au concours d'enseignants titulaires alors que les élèves seront bien là en septembre."

En début d'année, face au variant Omicron, Jean-Michel Blanquer, le locataire de la rue de Grenelle, avait annoncé le prolongement jusqu'à la fin de l'année des contrats de 3300 enseignants contractuels. Aujourd'hui, le ministère se targue d'avoir réduit de 20% le nombre de ces contractuels.

Pourtant, on trouve toujours sur Pôle emploi ce type d'annonce: "Le rectorat de Versailles recrute des professeurs de mathématiques pour enseigner en collège et lycée" pour des CDD de douze mois, soit une année scolaire. Dans la même académie, des opérations de job dating ont été organisées.

"Il n'y aura pas un professeur devant chaque classe contrairement à ce qu'annonce le ministère, c'est écrit d'avance", regrette Sophie Vénétitay, du Snes-FSU. "Et le pire, c'est que ça risque de durer."

Un service public au bord de "l'effondrement"

Si cette baisse des vocations est présentée comme transitoire par le ministère, l'érosion du nombre d'aspirants enseignants semble plus ancienne. Vincent Soetemont, le directeur général des ressources humaines du ministère, a reconnu lors de la même conférence de presse que le recrutement était plus difficile d'année en année, notamment pour les mathématiques et l'allemand, rapporte L'Étudiant.

"Nous sommes sur des disciplines où l'ensemble des postes n'est pas pourvu: 75% de postes pourvus en allemand et 84% en maths pour l'année 2019. Nous avons aussi des difficultés à recruter en lettres classiques et modernes."

Entre 2018 et 2021, la représentante des enseignants Sophie Vénétitay a ainsi compté 2208 postes perdus au concours. "C'est un phénomène structurel et profond", poursuit-elle. "On n'est pas loin de l'effondrement du service public de l'éducation."

 
 

En une douzaine d'années, le nombre de candidats à ces concours a chuté. Pour celui de professeur des écoles, la baisse est de 36%. Quant au Capes, toutes disciplines confondues, elle est de près de 40%, selon les données statistiques du ministère (disponibles respectivement depuis 2009 et 2008).

Une baisse qui s'explique notamment par la réforme de la mastérisation, entrée en vigueur en 2010, qui imposait de détenir un master pour passer le concours - auparavant, une licence suffisait. Même si en 2012, la réforme a été annulée et que les concours de l'enseignement sont redevenus accessibles avec une inscription en première année de master, le nombre de candidats n'a pas redécollé, comme l'imaginaient pourtant les instigateurs de la réforme.

Du côté des effectifs d'élèves, la tendance est à la baisse dans le premier degré, avec 76.600 élèves de moins attendus à la rentrée 2022, contre une légère hausse de 3000 élèves dans le second degré.

Prof, un bac +5 payé 1,1 Smic

Quoi qu'il en soit, selon un rapport de la Dares, quelque 68.000 postes d'enseignants resteront non pourvus d'ici à 2030. L'année dernière, un rapport sénatorial pointait ainsi le manque d'attractivité du métier d'enseignant, de plus en plus pénible, mal considéré et faiblement rémunéré - en dessous de la moyenne européenne. Le document notait une baisse de 15 à 25% du salaire des enseignants au cours des vingt dernières années

"Le dossier de fond, c'est de rendre de nouveau ce métier attractif, plaide Bruno Bobkiewicz, du SNPDEN-Unsa. Cela passe par la rémunération, les conditions d'exercice mais aussi la fin du prof-bashing, il faut arrêter de tirer sur les profs en permanence." Une analyse que partage Sophie Vénétitay, du Snes-FSU.

"Prof, ça ne vend pas du rêve, et les conditions d'entrée dans le métier sont difficiles. À bac+5, pour être payé 1,1 Smic face à une classe de 30 ou 35 élèves, le compte est rapidement fait.

Céline Hussonois-Alaya

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Baccalauréat : la massification scolaire ne fait pas l’égalité

20 Mai 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

 

La massification scolaire ne fait pas l’égalité. Au contraire, elle a aussi ses effets pervers. Elle accroît par exemple l’emprise des diplômes et favorise la reproduction sociale. Elle est aussi une des raisons d'un financement décroissant et inégalitaire de l’éducation et de l’enseignement supérieur. Malgré ses vertus, la massification scolaire oblige à repenser l’architecture de notre éducation.

Les diplômes jouent un rôle discriminant. Le baccalauréat, malgré sa “massification” ne déroge pas à la règle.

Pour en parler, Guillaume Erner reçoit Elise Huillery, professeur d'économie à l'Université Paris-Dauphine et la sociologue Camille Peugny.

Découvrez tous les invités des Matins de Guillaume Erner ici 👉 https:https://www.youtube.com/playlist?list... ou sur le site 👉https://www.franceculture.fr/emission...

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Blanquer - 3000 euros pour une chorale qui ne chante pas...

20 Mai 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Ministre de l'Education nationale : Blanquer sur le départ ? Attal ou Le  Maire pour le remplacer ?

Remaniement : Jean-Michel Blanquer fait venir une chorale de Poitiers au ministère avant la passation de pouvoirs

Une chorale venue de Poitiers est arrivée jeudi au ministère de l'Education nationale. Les enfants ont été invités par Jean-Michel Blanquer.

Une chorale d'adolescents est venue de Poitiers exprès jeudi 19 mai, pour chanter avant la passation de pouvoirs au ministère de l'Education nationale, sur invitation de Jean-Michel Blanquer, a appris franceinfo auprès d'un responsable de la formation. Cette chorale composée d'une trentaine de jeunes est partie de Poitiers jeudi matin.

Les chanteurs sont accompagnés par huit adultes, il a fallu régler les billets de train, pris en urgence dans la matinée jeudi pour un coût environ de 3 000 euros, indique à franceinfo le chef de chœur, qui est aussi inspecteur pédagogique. Ce budget est financé par le rectorat de l'académie de Poitiers. 

La chorale contactée par le ministère il y a trois semaines

Les chanteurs pensaient se produire à l'occasion de la passation de pouvoirs entre Jean-Michel Blanquer et son successeur. Mais l'annonce du remaniement tardant, ils repartent finalement ce jeudi soir à Poitiers. Ces chanteurs de la chorale académique Acad’Ô Chœur ont eu le temps de visiter le ministère de l'Education nationale puis de chanter pour les agents.

Cette chorale est composée d'adolescents âgés de 11 à 15 ans habitant dans toute l'académie de Poitiers, comprenant les départements des Deux-Sèvres, de la Vienne, de la Charente-Maritime et de la Charente. Le groupe a été contacté une première fois il y a trois semaines, par les services du ministère de l'Education nationale. Jean-Michel Blanquer l'avait entendu à plusieurs reprises et a visiblement apprécié son travail.

Selon le ministère de l'Education joint par franceinfo, Jean-Michel Blanquer avait eu l'occasion de rencontrer cette chorale par deux fois cette année, "et leur avait promis de les inviter à visiter le ministère". Un geste que Jean-Michel Blanquer a déjà fait "plusieurs fois dans le passé, pour d'autres formations musicales", précise l'entourage du ministre à franceinfo. Cette invitation s'est précipitée ce jeudi matin avec l'imminence d'une passation, et donc d'un potentiel changement de ministre. Le groupe d'adolescents et leurs accompagnateurs, après avoir chanté pour le personnel du ministère, ne dormira finalement pas à Paris. Ils rentrent dès ce jeudi soir à Poitiers. Il était initialement prévu que les choristes passent la nuit dans une auberge de jeunesse à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis.

Noémie Bonnin

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Programme NUPES pour l'éducation

19 Mai 2022 , Rédigé par Nupes Publié dans #Education

Éradiquer l’illettrisme et développer l’alphabétisation
  • Éradiquer l’illettrisme pour les jeunes sortis du système scolaire et les adultes à l’horizon 2027
  • Développer les structures d’alphabétisation et les cours de langue française pour les personnes non francophones
  • Engager un plan de lutte contre l’illettrisme en milieu carcéral
  • Financer des programmes associatifs d’accompagnement
  • Repérer les personnes en situation d’illettrisme par des actions nationales et annuelles, et leur proposer une remise à niveau gratuite
Faire le service public de la petite enfance
  • Créer un service public de la petite enfance et ouvrir 500 000 places en crèche et modes de garde adaptés sur cinq ans, en assurant l’égalité territoriale et la possibilité pour chaque famille d’accéder à un mode de garde
  • Planifier la création de crèches (publiques et d’entreprises publiques) et de jardins d’enfants à effectifs réduits garantissant un accès à un espace extérieur contenant une vraie végétation
  • Augmenter les moyens humains et matériels pour améliorer les conditions de travail dans les structures existantes
  • Aller vers la gratuité des crèches publiques en commençant par généraliser la tarification progressive
Reconstruire une école globale pour l’égalité et l’émancipation
  • Assurer la gratuité réelle de l’éducation publique, y compris le transport et les activités périscolaires, fournir gratuitement aux élèves les manuels scolaires, ainsi que des fournitures sans marque, pour assurer une réelle égalité des conditions entre élèves et lutter contre l’intrusion marchande à l’école
  • Aller vers la gratuité des cantines scolaires en lien avec les collectivités locales
  • Assurer l’égalité devant l’école :
    • Réduire partout les effectifs par classe pour faire mieux que la moyenne européenne, qui est actuellement à 19 élèves par classe, en priorisant les classes de pré-élementaire, les lycées professionnels et les établissements relevant de l’éducation prioritaire
    • Permettre la scolarisation dès 2 ans pour les parents qui le souhaitent
    • Objectif « zéro décrocheur » : renforcer les dispositifs de rattrapage scolaire en proposant des accompagnements collectifs et individuels adaptés. Rétablir les RASED dans le premier degré
    • Établir une nouvelle carte scolaire intégrant les établissements privés, et une carte de l’éducation prioritaire qui réponde aux besoins éducatifs et mette fin à la ségrégation scolaire, en concertation avec les collectivités, syndicats et associations de parents d’élèves
    • Moduler le financement des établissements privés sous contrat en fonction de leur respect de la carte scolaire et des obligations de mixité scolaire
    • Étendre la scolarité obligatoire à 18 ans, en proposant, si nécessaire, une garantie d’autonomie à partir de 16 ans
    • Garantir la variété des langues vivantes enseignées et leur apprentissage dès le CP
    • Augmenter le nombre de classes pour les élèves primo-arrivants
  • Revaloriser les personnels de l’Éducation nationale et renforcer les moyens :
    • Rattraper et mettre fin au gel du point d’indice, revaloriser les grilles salariales en engageant une négociation avec les organisations syndicales
    • Adopter un plan pluriannuel de recrutement pour l’ensemble des concours, avec un dispositif de prérecrutement au métier d’enseignant favorisant l’accès des jeunes de tous les milieux sociaux, créer des écoles professionnelles de l’enseignement
    • Renforcer partout les effectifs de la vie scolaire et reconnaître leur rôle pédagogique (assistants d’éducation, assistants pédagogiques)
    • Mettre fin aux évaluations et aux contrôles permanents en affirmant la liberté pédagogique, redéfinir les relations entre la hiérarchie et les personnels pour en finir avec le management descendant à l’origine de nombreuses souffrances au travail
    • Créer un véritable service public d’accompagnement des élèves en situation de handicap, avec un nouveau corps de fonctionnaires, en formant et titularisant les actuels AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap)
    • Mettre en place une aide administrative et éducative aux directeurs d’école et améliorer le mode de décharge d’enseignement pour tous les directeurs d’écoles maternelle et élémentaire
    • Renforcer la médecine scolaire en garantissant le nombre de personnels par établissement
  • Restaurer le cadre national du service public d’éducation :
    • Garantir le caractère unifié du service public de l’éducation nationale sur les contenus d’enseignement, les modalités de recrutement et les statuts des personnels
    • Rétablir le diplôme national du baccalauréat, abroger les contre réformes Blanquer du lycée et de la voie professionnelle
    • Abroger la loi Carle, qui oblige les mairies à financer les écoles privées d’autres communes
    • Interdire les subventions extralégales des collectivités territoriales à l’école privée
  • Faire de l’école le levier de la bifurcation écologique et démocratique :
    • Intégrer l’enjeu écologique dans les programmes de la maternelle au lycée et introduire de nouveaux enseignements pratiques (réparation, construction, cuisine, jardinage…)
    • Porter l’alimentation dans les cantines scolaires à 100 % biologique et locale, réduire la part des protéines carnées au profit des protéines végétales et imposer une option végétarienne quotidienne
    • Construire de nouveaux établissements et rénover le bâti existant afin de prendre en compte les enjeux sanitaires et environnementaux (désamiantage notamment)
    • Étendre le droit de réunion et d’association pour les lycéennes et lycéens
    • Renforcer l’éducation à l’égalité, contre le sexisme et les discriminations, dans les programmes scolaires
    • Renforcer la prévention contre le harcèlement scolaire et la lutte contre les addictions
    • Formuler un projet « d’école globale » : rendre cohérent scolaire et périscolaire
Qualifier tout le monde
  • Augmenter le nombre de classes et de lycées professionnels et agricoles publics
  • Créer des centres polytechniques professionnels, associant des formations publiques allant du certificat d’aptitude professionnelle (CAP) au brevet de technicien supérieur (BTS)
  • Rétablir l’encadrement de la création de centres de formation des apprentis (CFA) sous l’autorité des régions
  • Interdire les diplômes privés professionnels, assurer la reconnaissance des diplômes et des formations qualifiantes dans les conventions collectives
  • Rétablir le baccalauréat professionnel en quatre ans et y renforcer les enseignements généraux
  • Protéger les cursus courts dans l’enseignement supérieur et encourager la poursuite d’études après un bac professionnel ou technologique (BTS, DUT, licences professionnelles…)
  • Structurer les filières professionnelles qui répondent aux besoins en main-d’œuvre de la bifurcation écologique et sociale
  • Redonner et développer les moyens humains et financiers de formation aux lycées agricoles publics
  • Permettre l’accès et la gratuité des places d’internat aux étudiants et apprentis mineurs sous condition de ressources et pour les plus éloignés des lieux d’apprentissage
  • Réinstaurer un service public national de l’orientation en y associant les régions
  • Réserver la taxe d’apprentissage aux établissements publics
Refonder l’enseignement supérieur
  • Supprimer la sélection à l’université aggravée par Parcoursup
  • Créer des nouvelles places pour répondre aux besoins, en particulier en première année et dans les formations courtes de l’enseignement supérieur
  • Instaurer la gratuité de l’enseignement supérieur, de la licence au doctorat
  • Abroger l’augmentation des frais d’inscription décidée par Macron pour les étudiants étrangers
  • Redonner à l’enseignement supérieur et à la recherche les moyens nécessaires en les fondant sur des financements pérennes et une augmentation pérenne du budget des universités et des centres de recherche
  • Recruter 30 000 personnels statutaires dans l’enseignement supérieur et la recherche en cinq ans et revaloriser tous les personnels, y compris techniques et administratifs
  • Mettre fin à la précarité des personnels de l’enseignement supérieur par la titularisation de ceux qui effectuent des missions pérennes et en abrogeant la loi de programmation de la recherche pour les années 2021 à 2030
  • Remplacer les lois relatives aux libertés et responsabilités des universités (LRU) et Fioraso pour en finir avec la mise en concurrence des universités, rétablir le cadre national des diplômes, des recrutements et une véritable démocratie universitaire
  • Mettre en place un service de santé universitaire doté d’effectifs suffisants permettant l’accès gratuit à la santé, à la prévention et à un accompagnement psychologique
  • Aligner par le haut les moyens octroyés entre filières (classes préparatoires, écoles post-bac liées aux formations sanitaires et sociales, grandes écoles publiques…)
  • Interdire le caractère lucratif des écoles privées de l’enseignement supérieur
  • Lancer un grand plan pour l’immobilier universitaire, incluant la construction et la rénovation de laboratoires, d’amphithéâtres et lieux de vie sociale, citoyenne et étudiante
  • Construire 15 000 logements étudiants supplémentaires par an, rénover et remettre aux normes de sécurité et environnementales les logements existants

 

Le programme complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Réforme du lycée : le retour des maths dans le tronc commun dès la rentrée prochaine inquiète les chefs d'établissements

19 Mai 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Comment les mathématiques nous rendent-elles plus sages ?

Dans l'attente du nouveau gouvernement, certains dossiers restent en suspens, notamment le retour des mathématiques dans le tronc commun en classe de première. Alors que l'année scolaire avance, rien n'est encore établi précisément et  l'inquiétude augmente fortement dans les établissements scolaires.

"C'est beaucoup trop tard, la date butoir est dépassée depuis longtemps." Pour le SNPDEN, principal syndicat des chefs d'établissement, le retour des mathématiques dans le tronc commun en classe de Première dès la rentrée prochaine n'est pas envisageable. Emmanuel Macron souhaite revenir sur la réforme Blanquer, et s'est engagé à ajouter 1h30 de mathématiques dans le tronc commun dès la rentrée prochaine.

Le syndicat n'est pas opposé à cette évolution, mais Bruno Bobkiewicz, le secrétaire national, manque d'éléments à transmettre aux familles. "Nous ne sommes pas en capacité de leur donner des informations fiables et c'est bien ça le plus grave, affirme-t-il. Ne pas pouvoir informer les élèves et les familles sur les conséquences des choix de spécialités avec les mathématiques ou pas dans le tronc commun, c'est évidemment pour nous un non-sens absolu qui justifie le fait qu'aucune décision ne doit être prise pour 2022 et qu'on doit patienter et faire ça intelligemment pour 2023.

Aucune publication officielle à ce jour

Les élèves de seconde doivent effectivement décider ces jours-ci quelles spécialités ils choisissent pour l'année prochaine. Les conseils de classe vont commencer d'ici 15 jours, il y a des décisions importantes à prendre. Mais rien n'est acté à ce sujet du retour des mathématiques, il n'y a aucune publication officielle. Même le collectif, qui réunit des professeurs, des chercheurs et des associations, condamne cette mesure "prise en urgence" et milite plutôt pour une remise à plat de la structure du lycée.

Depuis la rentrée 2019, les mathématiques ne sont plus obligatoires à partir de la première, et peuvent être suivis comme spécialité (qui sont au nombre de trois en première, deux en terminale) ou avec l'option "mathématiques complémentaires" en terminale.

Noémie Bonnin

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"Est-on « moins doué » parce qu’on est moins méritant ou parce qu’on est né dans un milieu moins favorisé ?"

19 Mai 2022 , Rédigé par Lobs Publié dans #Education

Non, l'industrie de la tech n'est pas une méritocratie - URelles - Cabinet  conseil en équité, diversité et inclusion pour entreprises innovantes

Nos enfants méritent mieux que la méritocratie

CHRONIQUE DE LA BATAILLE CULTURELLE. L’idée d’une orientation plus précoce pour les élèves les moins doués scolairement revient dans le débat. Problème : est-on « moins doué » parce qu’on est moins méritant ou parce qu’on est né dans un milieu moins favorisé ?

Notre système éducatif républicain est tout entier fondé sur la vertu du mérite. Après l’abolition des privilèges issue de la Révolution française, les inégalités ne pouvaient plus être légitimées par la naissance. Elles ont dès lors été justifiées par le talent et l’effort individuel. Une fiction sociale s’est progressivement imposée : ceux qui réussissent ont mieux travaillé que ceux qui échouent. Voici l’horizon idéologique répété à toutes les générations d’écoliers. C’est ainsi que la philosophe Hannah Arendt définit la « méritocratie » : la constitution d’une oligarchie fondée « non plus sur la richesse ou sur la naissance mais sur les aptitudes » (La crise de l’éducation). Pour illustrer cet idéal, Arendt prend l’exemple du modèle éducatif britannique dans les années 1950, dans lequel à 11 ans, les élèves passent un examen qui « ne conserve que dix pour cent environ des élèves aptes à poursuivre des études ».

Sans revenir à un modèle aussi strict, on découvre aujourd’hui la tentation de contrarier la massification du système par le retour d’une sélection à tous les niveaux scolaires. Certains à droite proposent le retour du certificat d’études. D’autres souhaitent une orientation plus précoce pour les élèves les moins doués scolairement.

Mais quelle est la place réelle du mérite lorsque la sélection a lieu ? Distingue-t-on vraiment les enfants « doués » et « non doués » comme le prétend Arendt ? Tout l’enjeu de la méritocratie est là : pour que la sélection soit légitime, elle doit reposer exclusivement sur le mérite individuel, en annihilant les facteurs extrascolaires liés notamment au milieu d’origine. Or, on sait qu’en France ces facteurs sont déterminants dans la réussite des élèves.

La réflexion d’Hegel

Ainsi, l’enquête Pisa de 2018 sur les enfants de 15 ans nous apprenait-elle qu’en France, 20 % des élèves favorisés figurent parmi les très performants en compréhension de l’écrit, contre 2 % des élèves défavorisés. Le différentiel est supérieur de 4 points en moyenne par rapport aux autres pays de l’OCDE.

Le poids de la reproduction sociale n’attend pas l’adolescence. Il est massif dès le plus jeune âge, si bien que le système scolaire semble se contenter de récompenser le fait d’être né dans un milieu favorisé. Or, quelle place y a-t-il pour le mérite lorsque le destin se joue « au berceau » (Camille Peugny) ? Ne serait-il pas plus sage d’oublier ce mythe illusoire ? Peut-être est-il impossible d’y renoncer totalement. Au moins, faut-il en limiter les effets. Plutôt qu’un retour des hiérarchies anciennes, il faudrait s’inspirer de pensées authentiquement humanistes et émancipatrices pour ouvrir de nouvelles voies éducatives.

Ainsi trouve-t-on chez Hegel (Discours du 2 septembre 1811) une réflexion sur l’évaluation pédagogique d’une étonnante modernité. Celui qui à l’école est à la traîne, nous dit le philosophe, a toujours devant lui « la possibilité de l’amélioration », « la possibilité qu’il n’ait pas encore trouvé son intérêt propre », ni même « le temps où cet intérêt éclot avec lui ». Le système éducatif ne doit jamais perdre de vue que la jeunesse est en devenir, et qu’en elle rien n’est définitif. Ainsi, « le jugement que prononce l’école ne peut donc pas davantage être quelque chose d’achevé, que l’homme n’est, en elle, achevé ». C’est pourquoi, ajoute-t-il, le gouvernement de son époque a-t-il ordonné que « les notations des élèves ne soient pas rendues publiques », et « qu’il n’appartient pas à ces jugements d’exercer la moindre influence immédiate sur la destination ultérieure de la vie et la position future au sein de l’organisation politique ». Loin de l’illusion méritocratique, Hegel promeut une éducation qui forme sans enfermer, qui note sans dévaloriser, qui amène sans malmener.

A l’heure où notre ministère de l’Education nationale est lancé dans la course à l’évaluation permanente et à la compétition généralisée, voilà une boussole pour celles et ceux qui aspirent à une éducation résolument émancipatrice.

Saïd Benmouffok, professeur de philosophie

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Réforme du bac, classes dédoublées, Covid, boulettes et tensions : c’était Jean-Michel Blanquer

19 Mai 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education

Blanquer à Ibiza : le ministre balaye la polémique sur son épouse  journaliste, une « affaire personnelle

Tout avait pourtant bien commencé. Présenté comme le chouchou du président, lui-même issu de l'Éducation nationale, ancien recteur, ancien directeur général de l'enseignement scolaire, ancien directeur d'une grande école de commerce l'Essec... Sur le papier, Jean-Michel Blanquer avait toutes les cartes en main. Les deux premières années sont d'ailleurs prometteuses et il bénéficie d'un capital de confiance important, notamment auprès des parents d'élèves et d'une partie des professeurs.

Mais son grand chantier de réforme du lycée et du bac va lui attirer de plus en plus de critiques. Sur la méthode en particulier : certains ont parfois l'impression que les dossiers sont bouclés avant que les concertations ne soient lancées. Il apparaît comme un ministre qui laisse peu de place au dialogue. Pressé, il fait passer sa réforme pour qu'elle s'applique avant la fin du quinquennat. En juin 2019, une grève touche le bac pour la première fois de son histoire, les professeurs retiennent des copies et perturbent les résultats, l'état de grâce est terminé.

Sa gestion de la crise sanitaire accélère le divorce avec le monde enseignant. Les directives parfois contradictoires, impossibles à mettre en oeuvre, les annonces dans les médias, applicables dès le lendemain matin, avant même que les personnels sur le terrain ne soient au courant, ni même que les syndicats ne soient prévenus, agacent de plus en plus. Cinq ans de Jean-Michel Blanquer, ministre à la longévité pourtant inédite, qui s'achèvent dans la défiance et un mécontentement à son comble, depuis la grève historique du 13 janvier. On vous résume ces cinq ans de Blanquer.

Blanquer rebat les rythmes

Dès ses premières semaines rue de Grenelle, Jean-Michel Blanquer veut redonner la liberté aux communes de choisir leurs rythmes scolaires. Il publie un décret autorisant des dérogations pour repasser à la semaine de 4 jours. La réforme difficilement mise en place par le précédent gouvernement en 2013 passe à la trappe dans plus de 90 % des communes.

 

Blanquer dédouble les classes

Promesse d'Emmanuel Macron, le dédoublement des classes de CP et CE1 dans les écoles de l'éducation prioritaire est une petite révolution. Des classes à 12, où les élèves apprennent mieux, qui sont étendues à la grande section de maternelle. En 2022, 346 000 élèves bénéficient du dispositif.

Blanquer fait "sa" loi

Contrairement à ce qu'il avait affirmé --il n'aurait pas de loi à son nom-- il propose une grande loi "sur l'école de la confiance". Le projet de loi est fortement contesté, notamment "les établissements publics des savoirs fondamentaux", des regroupements écoles-collège, qui sont retoqués par le Sénat. Sous la pression, le ministre abandonne cette mesure. En revanche, il rend l'instruction obligatoire dès l'âge de 3 ans et rend plus contraignante l'instruction à domicile.

Blanquer veut évaluer les élèves... et les écoles ?

Jean-Michel Blanquer veut développer une culture de l'évaluation à l'école. Il met en place des tests en CP, CE1, 6ème, seconde. Sujet sensible qui fait craindre une mise en concurrence des établissements.

Blanquer interdit le portable

A la rentrée 2018, le téléphone portable est banni des salles de classes et des cours de récré des collèges. L'objectif est de limiter le temps passé par les jeunes sur les écrans.

Blanquer change le bac

Dès 2017, le ministre de l'Education nationale annonce qu'il veut "en finir avec le bachotage". Fin des filières, contrôle continu, enseignements de spécialité. Il a déjà tous les ingrédients de sa réforme lorsqu'il lance une consultation. Le "nouveau lycée" voit le jour à la rentrée 2019 avec la réorganisation des cours, entre 12 spécialités et un tronc commun, d'où les mathématiques sont exclues. Mais la crise sanitaire perturbe sa mise en place. Première cuvée, le bac 2021 se passe en grande partie en contrôle continu. Seule l'épreuve de philosophie et le grand oral sont organisés. Les épreuves de spécialités du bac 2022 sont reportées au mois de mai à cause de l'épidémie de Covid. Jean-Michel Blanquer perd son pari de voir sa réforme appliquée comme il l'avait prévue avant la fin du quinquennat.

(...)

Blanquer à Ibiza

Les professeurs sont usés par les directives Covid et passablement agacés par l'annonce d'un énième protocole dans la presse début janvier 2022. Jean-Michel Blanquer se retrouve confronté à une grève historique le 13 janvier : tous les syndicats sont dans la rue, y compris les chefs d'établissements. Dans la foulée, le ministre apparait encore plus affaibli lorsque Mediapart dévoile qu'il était en vacances à Ibiza au moment de dicter ces nouvelles consignes sanitaires.

Sonia Princet et Xavier Demagny

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Job dating à l’académie de Versailles: quand l’école assume d’être à poil sur le recrutement

18 Mai 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Le job dating, une manière de recruter efficace pour les RH ?

L’organisation d’entretiens d’embauche express pour faire face à la pénurie massive de profs est le dernier avatar de la paupérisation de l’Education nationale et de la dévalorisation du métier d’enseignant.

On ne connaît pas la rectrice de Versailles, et pour tout dire, on trouve finalement l’ahurissante vidéo qu’elle a enregistrée pour être diffusée mardi sur les réseaux officiels de son académie assez courageuse. Enrobant son discours de toutes les circonvolutions possibles, elle ne dit rien d’autre que : «Voilà, on est à poil, j’ai plus un prof à mettre devant les élèves à la rentrée, venez nous donner un coup de main.

Bien sûr on savait que les arrière-cuisines des salles des profs ne sont pas toujours reluisantes, qu’on y intègre parfois à la va-vite, pour boucher les trous, des professeurs qui ne le sont que depuis trente secondes et qui n’ont parfois aucune idée de ce qu’enseigner signifie (et ce ne sont certainement pas eux qu’il faut blâmer), mais au moins les 4e B ont officiellement un prof de maths… Comme tous les parents d’élèves, nous avons eu, dans notre entourage, le prof d’anglais contractuel recruté via Pôle Emploi sur sa bonne foi d’une année d’études à Boston, la prof d’espagnol catapultée devant les élèves grâce à une origine péruvienne… Parfois, ils finissent l’année, souvent ils ne restent que quelques semaines, achevant de démontrer, s’il en était besoin, qu’enseigner est un métier qui ne s’improvise pas et qu’on ne passe pas en quelques heures d’un rendez-vous au rectorat au bazar de la 4eB.

Un problème longtemps canalisé

Les réseaux regorgent de ces témoignages de parents dont les enfants sont privés d’une matière. Multiplication d’exemples ne vaut pas généralité, mais la solution extrême adoptée ici pour recruter le confirme : il ne s’agit pas de difficultés de remplacement conjoncturelles et inévitables dans une administration aussi massive mais bien d’un manque structurel déplorable. La baisse continue du nombre de candidats aux concours de l’enseignement (moins de candidats admissibles que de postes dans certaines matières), amorcée et dénoncée depuis des années, a atteint cette année un seuil encore plus alarmant si c’était possible, malgré les explications (réelles mais marginales au regard des volumes de candidats manquants) du ministère.

Longtemps, le problème a été canalisé : sans nier les manques, les institutions tentaient de gérer la pénurie, d’identifier les situations les plus criantes, de «prioriser la misère». Et les chefs d’établissement de jongler sur le terrain avec les trous : telle classe n’a pas eu maths l’année dernière ? On va lui mettre en troisième le prof costaud qui tient la route. Cyniquement, les établissements plus favorisés ont souvent été épargnés : la colère, chez les parents qui ont les ressources pour contester, s’organise plus facilement, trouve des relais dans la presse locale ou des appuis à la direction académique. Mais aujourd’hui, l’Education nationale est nue, même dans ces établissements-là, les solutions bouts-de-ficelle ne suffisent plus. Ça se voit. Alors, toute honte bue, loyauté en bandoulière, on organise un job dating.

Un sentiment de mépris généralisé

Versailles n’est pas la première, l’académie de Toulouse l’avait déjà fait fin mars. Il ne s’agit plus de faire simplement comme si la voie de recrutement normale avait des ratés, non : on assume officiellement qu’elle est défaillante et on met en place une autre filière de recrutement low-cost… où le candidat est en position de force : c’est à l’institution de convaincre que si, si, prof, c’est chouette. Pour être franc, après un quinquennat de dévalorisation du métier où la question du salaire des enseignants est devenue à ce point caricaturale que son scandale ne fait même plus débat, on souhaite bon courage aux inspecteurs et aux responsables RH de l’académie de Versailles qui vont tenter de convaincre les candidats. Que leur reste-t-il à vendre. La sécurité de l’emploi ? Pas sûr, au vu des conditions de travail et du sentiment de mépris généralisé que cela pèse bien lourd… Et le cercle vicieux est enclenché : le métier est dévalorisé alors on a du mal à recruter ; on a du mal à recruter alors on organise un job dating ; on organise un job dating… qui dévalorise le métier.

Entre les lignes, toute la vidéo de madame la rectrice (qui semble faire ce qu’elle peut pour sauver sa rentrée, prise entre l’arbre des pénuries de terrain et l’écorce de sa feuille de route hiérarchique) est effrayante : l’énumération de toutes les professions de l’éducation (confirmant en creux qu’aucune des fonctions de l’école ne fonctionne normalement), l’aveu du nombre de postes disponibles (des centaines pour sa seule académie) et cette formule : «Ceux qui veulent découvrir nos métiers et peut-être se laisser convaincre pourront échanger avec des personnels contractuels…» Oui, il s’agira de demander à des travailleurs précaires d’en convaincre d’autres : derrière l’idée d’un échange de pair à pair, le symbole désespère…

Michel Becquembois

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