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Vivement l'Ecole!

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Au job dating de l’académie de Versailles: «Je pensais qu’il fallait des diplômes pour être prof»

31 Mai 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Au job dating de l’académie de Versailles: «Je pensais qu’il fallait des diplômes pour être prof»

Face à la pénurie de personnels, le rectorat organise depuis lundi un job dating pour recruter des contractuels. Plus de 2 000 personnes en reconversion ou en recherche d’emploi devraient s’y rendre.

«C’est pour quel poste ? AESH ? Enseignant ? Infirmier scolaire ?» lance à la volée une chargée d’accueil du rectorat de Versailles, perçant le brouhaha ambiant. «Plutôt enseignant et plutôt mathématiques», lui rétorque un homme en pull bleu, dirigé fissa vers une zone d’entretiens. Les bâtisses de l’académie ont accueilli lundi leur premier job dating, organisé en partenariat avec Pôle Emploi. Un format déjà éprouvé à Toulouse ou encore Poitiers. Ballet de candidats pochettes colorées sous le bras, bureaux placés dans tous les recoins, vidéo de la rectrice Charline Avenel tournant en boucle dans l’espace de rencontre… L’éducation nationale se déguise en entreprise. Seuls le lieu et l’intitulé des 2 035 postes de contractuels à pouvoir rappelaient que l’on cause aujourd’hui éducation. Parmi eux, 700 professeurs des écoles, 600 enseignants du second degré, 600 accompagnants d’élève en situation de handicap (AESH), 35 infirmières scolaires, autant de médecins scolaires et 60 psychologues de l’éducation nationale.

Pas de concours à passer, niveau licence suffisant pour les postes d’enseignants, lien direct avec les recruteurs… l’événement attire : plus de 2 000 entretiens sont programmés sur quatre jours. Darine, 42 ans, n’a pas réussi à en décrocher un. Venue s’inscrire pour plus tard, elle espère renouer avec son métier. «J’étais enseignante d’arts appliqués à la fac en Tunisie mais n’ayant pas la nationalité française, je ne peux pas enseigner ici. J’ai été assistante d’éducation mais tout ce que je veux, c’est d’être à nouveau devant les élèves.»

Déjà 20% de contractuels

Cette affluence «montre l’attractivité des métiers de l’école», tente Charline Avenel. Ces entretiens d’embauche express révèlent surtout la pénurie massive de profs à laquelle l’éducation nationale fait face et l’urgence de trouver d’autres profils, quitte à ce qu’ils soient plus précaires et moins bien formés. De 2015 à 2021, la proportion de contractuels au sein de l’éducation nationale est passée en France de 14,5 % à 22 %, selon AEFInfo, alors que le nombre de titulaires est resté stable. Cette contractualisation massive de la profession dénoncée par les syndicats apparaît comme un pansement bien fragile face à la réalité d’un métier dévalorisé qui n’attire plus. «Aujourd’hui, quand on a un bac +5 scientifique, qu’on regarde les salaires, on se tourne difficilement vers un poste de professeur», appuie Quentin, ingénieur d’affaires de 25 ans qui voit dans ce job dating «un révélateur d’une crise réelle». Déroulant une première expérience de professeur particulier de maths durant ses études, il poursuit : «Je m’interroge sur le sens de ce que je fais, sur la possibilité d’aller vers un métier essentiel à notre société.»

Evoquant un «marché du travail qui se tend», la rectrice assume : «On est en concurrence avec d’autres employeurs, c’est la raison pour laquelle il faut être assez offensif et attractif, parler de nos métiers, recruter selon des modalités efficaces, s’assurer qu’on aura des professeurs devant les élèves à la rentrée.» Ces néoprofs – non-fonctionnaires – seront parachutés dans des établissements sur des périodes plus ou moins longues pour combler les absences. Charline Avenel concède que leur part devrait «un peu augmenter» à la rentrée mais relativise : «Les 2 000 postes que je propose représentent 2% des 102 000 personnes travaillant pour l’académie de Versailles.» Une même académie qui compte déjà 20% de contractuels dans ses effectifs.

Eric, 58 ans, espère grossir ces rangs. Ce graphiste illustrateur, licencié il y a trois ans, vise un poste de professeur d’arts plastiques. Après de premières interventions auprès d’élèves de primaire cette année, il en est convaincu : il a «envie d’autre chose, de transmettre». Le salaire entre 2 022 et 2 327 euros bruts pour les professeurs de collège et lycée ? «Secondaire. Ça ne sera pas du même niveau qu’avant, mais je veux voir autre chose.» Etonné par cette méthode de recrutement, il lance : «Je pensais qu’il fallait des diplômes pour être prof. Ça me fera une porte d’entrée, et pourquoi pas passer le Capes plus tard.» Parmi les 2 000 candidatures, 25% proviennent de personnes en reconversion, 42% en recherche d’emploi et 9% d’étudiants. Le reste des postulants ne précise pas leur situation.

Quelques jours de formation

Si la méthode de recrutement des contractuels change, le déroulé reste, lui, plus ou moins le même que d’habitude : trente minutes avec un inspecteur ou conseiller pédagogique et un personnel des ressources humaines. Leur dossier sera étudié a posteriori et les candidats fixés dans les quinze jours. Au terme de son entretien pour un poste de professeure des écoles, Sonia, 27 ans et en recherche d’emploi, est confiante : «Je n’ai pas d’expérience face à une classe mais je pense qu’on en apprend tous les jours, je me sens capable.» Le rectorat lui promet «un accompagnement». Au programme : quelques jours de formation avant la rentrée, du tutorat par des enseignants expérimentés pendant au moins trois mois que Charline Avenel «espère étendre à un an» et des compléments de formation durant l’année.

En pause après un défilé de candidats aux profils variés, Aïcha Boumaachar, conseillère pédagogique, s’attache notamment à questionner les aspirants professeurs des écoles sur «la représentation qu’ils ont du métier, pour voir si elle est fantasmée». Et d’illustrer : «Si je suis mère de trois enfants, est-ce que pour autant je suis enseignante ?» Elle mentionne un autre point de vigilance : «Dans le cas d’une reconversion, il faut qu’on s’assure que les compétences développées sont transférables à l’enseignement». Le rectorat rassure, il s’agissait bien lundi d’une sélection. Face à une éducation nationale tirant de plus en plus la langue, on aurait pu s’y méprendre.

Marlène Thomas

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Collège, lycée : les assistants d'éducation en fin de contrat dans le flou

30 Mai 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education

https://cdn-s-www.leprogres.fr/images/C0B7E213-C2E2-4DD1-8F92-60D06EB80C43/NW_raw/les-assistants-d-education-(aed)-du-college-jacques-prevert-ont-deja-fait-greve-en-decembre-photo-archives-le-dl-vanessa-espin-1616844824.jpg

Les AED comme on les appelle dans l'Éducation nationale sont les surveillants qui encadrent les élèves. Maillons indispensables au fonctionnement des établissements, une partie d'entre eux, en fin de contrat, est pourtant dans l'incertitude à cause d'une loi de titularisation toujours pas appliquée.

Jusque-là, les assistants d'éducation ont des contrats d'un an renouvelables 5 fois. Au bout de la 6ème année, ils sont remerciés.

Mais dans la loi, votée en mars dernier, contre le harcèlement scolaire, l'article 10 prévoit que les AED puissent être titularisés après 6 années de contrat, car ce sont souvent eux qui repèrent les situations de harcèlement, et la stabilité des équipes est essentielle.

Or les décrets d'applications ne sont toujours pas publiés. Ces personnels ne savent pas s'ils peuvent continuer leur mission. Les établissements ne savent pas non plus s'ils peuvent les garder ou s'ils doivent recruter d'autres assistants. En cette fin d'année scolaire, la situation est intenable.

Un décret repoussé plusieurs fois

"La publication du décret a été repoussée plusieurs fois, à fin mai, puis à début juin, en raison de la mise en place du gouvernement qui a pris du temps", explique Laurence Hopp, déléguée nationale des personnels de vie scolaire au syndicat Se-Unsa, et elle-même CPE, conseillère principale d'éducation, dans l'académie de Strasbourg. "On ne sait pas quand il sera publié. Là, c'est vraiment urgent parce qu'actuellement dans les vies scolaires, nous procédons au renouvellement des contrats et aux nouveaux recrutements, c'est maintenant qu'on organise la vie scolaire dans les établissements pour que la rentrée puisse se passer de façon sereine. Ces personnels ont besoin de savoir s'ils vont pouvoir continuer à travailler ou si d'ores et déjà ils doivent essayer de trouver un autre travail".

C'est le cas de Caroline, assistante d'éducation dans un collège d’Ille-et-Vilaine. Son contrat se termine le 31 août prochain. "Je suis stressée parce que je ne sais pas ce que je vais faire au 1er septembre. Je ne me vois pas retourner à Pôle emploi, je ne me vois pas faire autre chose puisque c'est un métier qu'on fait avec passion. Les collèges et les lycées ont du mal à recruter des assistants d'éducation alors que nous, on a l'expérience, on connaît les familles, on connaît les élèves, on nous fait confiance", dit cette femme de 42 ans, qui a 4 enfants. Sur 6 postes d'AED dans son collège, elle et une collègue sont dans leur 6ème année et une troisième est dans sa 5ème année. "Le collège devra repartir avec une nouvelle équipe qui ne sera pas du tout formée", regrette-t-elle.

Seulement 30% des assistants d'éducation sont des étudiants

"Nous sommes sans cesse obligés de renouveler nos équipes au sein des vies scolaires", reconnaît Laurence Hopp, du Se-Unsa, "alors que certaines personnes qui sont recrutées comme assistants d'éducation sont des personnels qualifiés, qui ont de l'expérience et qui permettent une certaine stabilité dans les équipes. Ce sont des personnes qui ont envie d'en faire un métier, ce qui n'était pas prévu au départ puisque normalement c'était une 'profession' qui s'adressait aux étudiants. Mais le profil a changé. On n'a plus autant d'étudiants : aujourd'hui c'est 30% environ de la population des assistants d'éducation. Tout le reste, ce sont des gens qui aimeraient pouvoir continuer à exercer ce métier. Surtout en milieu rural, pour beaucoup de mères de famille, c'est un métier qui est pratique et qui permet de concilier vie de famille et vie professionnelle. En moyenne les assistants d'éducation aujourd'hui ont une trentaine d'années, ce ne sont plus des étudiants de 20 ans qui font ça pour payer leurs études".

Audrey, AED près de Grenoble confirme : "Dans mon établissement, ce ne sont plus des jobs d'étudiants, on est toutes des mamans ! Dans les grandes agglomérations, oui, effectivement il y a des étudiants qui viennent bosser comme AED, mais sur des petits collèges comme le nôtre, on est plus âgés, on a une famille et on recherche une situation pérenne".

"Il y a quand même besoin d'une certaine maturité pour exercer ce métier", renchérit Héloïse, 31 ans, en poste à Clermont-Ferrand. "Les chefs d'établissement ont besoin de personnels qui sont là régulièrement, à temps plein. J'aurais voulu continuer, j'ai beaucoup aimé être surveillante, on a une relation particulière avec les élèves, je me sens utile. On est un peu les fourmis qui font tout le travail qu'on ne voit pas forcément au premier coup d'œil mais qui est nécessaire pour le bon fonctionnement de la vie au collège. Les élèves, je les connais bien, on a la mémoire de ce qui s'est passé les années précédentes, des problèmes qu'ils ont pu rencontrer, que ce soit au niveau scolaire ou au niveau personnel. On a tendance avec les années à avoir plus de facilité aussi à se positionner, on sait gérer une situation de crise. C'est justement pendant les 5ème et 6ème années que l'on commence à être à l'aise et à savoir exactement comment il faut réagir."

"Sentiment d'abandon"

Héloïse a monté un club littéraire pour donner aux jeunes l'envie d'écrire, elle s'occupe de "Devoirs faits", un dispositif d'aide aux devoirs pour les élèves en difficulté. Quand les assistants d'éducation ont passé plusieurs années dans un établissement, ils sont souvent plus investis, à l'image d'Isabelle, 55 ans, AED depuis 6 ans dans un lycée professionnel à Montrouge, en région parisienne. Elle s'occupe en particulier des élèves primo-arrivants, elle les accompagne dans leurs démarches. "Je suis incroyablement triste de les quitter, comme un sentiment d'abandon...", se désole-t-elle.

"Dans mon établissement on me dit qu'on aimerait me garder mais tout va dépendre de ce fameux décret, raconte Emmanuelle, surveillante près d'Annecy. On attend, on ne peut rien faire et puis on va peut-être se retrouver le bec dans l'eau à la fin de l'année. Les élèves me demandent en permanence 'tu vas rester, tu vas rester ?' et je ne peux pas leur répondre, on ne sait rien. J'aime mon métier, je trouve ça vraiment dommage ! Je n'ai pas envie de chercher autre chose puisque c'est ce que je veux faire donc j'espère vraiment que ce décret va sortir pour que je puisse continuer."

Sonia Princet

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À Marseille, « l’expérimentation Macron » dans les écoles ne fait toujours pas l’unanimité

30 Mai 2022 , Rédigé par Weka Publié dans #Education

Changement climatique : l'accent marseillais pour la première fois  enregistré à Saint-Etienne

EXTRAIT

Les écoles « laboratoires » de Marseille voulues par le président Macron ne font toujours pas l’unanimité six mois plus tard, tant dans le choix des établissements que dans la mise en œuvre des projets, et soulèvent encore beaucoup de questions.

C’était la surprise du plan « Marseille en grand » d’Emmanuel Macron annoncé en septembre 2021 : en sus de 400 millions d’euros promis pour rénover les écoles, le chef de l’État avait affiché sa volonté de faire d’une cinquantaine d’établissements « un laboratoire de liberté et de moyens » dès septembre 2022. Dans une liste dévoilée par le quotidien régional La Provence cette semaine, 59 écoles – sur les 470 que compte la deuxième ville de France – ont été retenues. Un chiffre confirmé à l’AFP par le rectorat qui précise que 64 écoles étaient candidates. Mais curieusement, dans une ville marquée par de profondes inégalités entre les arrondissements du sud, plus riches, et ceux du nord où le taux de pauvreté peut atteindre 45 %, 26 des écoles sélectionnées ne font pas partie du Réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP+) où se concentrent les difficultés sociales, d’après les syndicats.

(...)

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Au lycée, des ateliers pour briser le tabou des règles et lutter contre la précarité menstruelle

29 Mai 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Femme

https://www.madmoizelle.com/wp-content/uploads/2018/11/tabou-des-regles-rougir-sans-honte.jpg

A l'occasion de la journée de l'hygiène menstruelle, le 28 mai, l'association "Règles élémentaires" lance son premier festival "Sang gène" pour déconstruire les tabous autour de la question des règles. Une action qu'elle mène toute l'année dans les établissements scolaires.

Ils sont 19 lycéens de Terminale ST2S du lycée Sadi Carnot-Jean Bertin de Saumur réunis autour de Florence Lépine, l'animatrice de l'association Règles élémentaires qui propose l'atelier. C'est leur professeure de Sciences-médico-sociales qui a organisé la rencontre. Un an qu'elle les fait travailler sur la précarité menstruelle jusqu'à organiser dans leur établissement une collecte. A priori, ils sont donc déjà avertis et pourtant, "même si, selon eux, ce n'est pas tabou dans leur entourage, au sein de leur famille, parmi leurs amis, on se rend compte qu'il y a certains tabous qui sont persistants. Il y a toujours cette question liée à la honte, à la saleté et que les règles, ça pue. Et il y a également des croyances ou des superstitions. Comme on ne peut pas faire monter une mayonnaise quand on a ses règles, ou que les règles, ça attire les requins. Il y a quand même plein de choses qui restent à déconstruire." constate l'animatrice.

Pour déconstruire ces tabous et idées reçues, elle va donc reprendre les choses à la base en commençant par expliquer comment fonctionne le cycle féminin. Elle va aussi les faire réfléchir à la notion de tabou en constatant par exemple que dans le langage courant, il est rare que le mot "règles" soit utilisé. "On parle des ragnagnas, on dit que les Anglais ont débarqué, que c'est les chutes du Niagara, qu'on est dans la zone rouge, que le nez du clown saigne... tout un tas d'expression qui invisibilise les règles", décrit Florence Lépine. "Il existe 5000 expressions différentes dans le monde pour ne pas dire règles. C'est comme les pubs avec le liquide bleu à la place du sang sur les serviettes hygiéniques. Il a fallu attendre 2018 pour qu'une marque s'autorise à montrer un liquide rouge."

Six ans de règles dans la vie d'une femme

L'animatrice de Règles élémentaires fait circuler les différentes protections qui existent actuellement dans le commerce, serviettes hygiéniques jetables, tampon avec ou sans applicateur, cup menstruelle et culotte de règles. Elle rappelle que les trois premiers ne doivent pas être utilisés plus de 4 heures alors que la dernière peut être gardée toute la journée, jusqu'à 12 heures d'affilées.

Florence Lépine donne aussi des repères chiffrés aux jeunes qui sont face à elle : 12,5 ans, l'âge moyen des premières règles pour les jeunes filles en France, 5 jours pour la durée moyenne des règles, 51 ans, l'âge moyen de la ménopause. 2250 jours de règles dans la vie d'une femme. L'équivalent d'une tasse à café de sang perdu par cycle. 45 millions de déchets de protections périodiques produits chaque année. 500 millions de femmes dans le monde qui n'ont pas les moyens de se procurer régulièrement ces protections et qui les remplacent par des torchons, du papier toilette, de la paille ou des bouteilles en plastique coupées en guise de cup.

La précarité menstruelle au coeur de leurs préoccupations

Plus aucun jeune ne ricane. Tous se rendent compte de l'importance de l'action qu'ils ont mené avec la collecte qu'ils ont organisée depuis quelques semaines. "Je ne pensais pas que ça coûtait aussi cher" s'afflige Lucas. "C'est énorme par rapport à une vie", renchérit Lilou. "Tout le monde ne peut pas s'en procurer tous les mois. C'est compliqué", constate Romain. Les filles éclatent de rire : "On a déjà parlé de ça, ils ne se rendent pas compte. Ils ne sont pas eux-mêmes concernés par les règles. C'est beaucoup de personnes qui sont dans ce cas là. Donc je pense que c'est vraiment intéressant ces ateliers pour les gars," remarque Lola.

Avec Alicia, Déborah et Camille, la conversation embraille sur la question du tabou : "C'est vrai que c'est intéressant de parler avec des hommes pour leur faire comprendre que c'est pas facile tous les jours. Pour moi, c'est pas du tout un sujet tabou. Que ce soit avec des hommes ou avec des femmes, ça ne me dérange pas d'en parler. Mais c'est vrai qu'il y a des professeurs qui en parlent pas. Souvent, c'est des hommes parce qu'ils ne savent pas trop quoi faire ou quoi dire, ou peut être pour éviter d'intimider les filles qui ont ce problème." "Moi, je sais que dans ma famille, j'ai de la chance. C'est très ouvert là-dessus et on ne considère pas ça comme un tabou. Mais je vois que ce n'est pas le cas dans certaines famille, quand j'en parle avec des copines. Elles n'en parlent pas, et encore moins avec le papa, par exemple. Le chemin est encore long."

Avec l'anonymat, la parole se libère encore plus

Vient enfin la séance de questions anonymes. De nouveaux sujets apparaissent, comme celui de la couleur des règles, de la normalité du cycle et, comme à chaque atelier, de la sexualité pendant les règles. Florence Lépine répond aux questions et rassure. "Parfois, c'est plus facile que ce soit une personne extérieure qui vienne s'emparer de ce sujet. Parce que les élèves ne nous connaissent pas forcément, je pense qu'il y a plus de liberté. Ils savent qu'on va être là seulement une heure à une heure et demie, que c'est le moment où ils vont pouvoir poser des questions, toutes les questions qu'ils souhaitent."

Le message porté par Règles élémentaires passe d'autant mieux qu'il est concret pour ces jeunes. En France, chaque année, 130 000 élèves ratent les cours à cause de leurs règles.

Anne Orenstein

"Sang Gène", le festival qui change les règles, les 27, 28 et 29 mai à Paris. Plus d'informations sur le site du festival.

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Éducation : les mathématiques peuvent-elles faire leur retour dans le tronc commun dès la rentrée prochaine ?

29 Mai 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Mathematiques

Éducation : les mathématiques peuvent-elles faire leur retour dans le tronc commun dès la rentrée prochaine ?

Il n'y a toujours pas de décision officielle à ce sujet alors que les élèves de seconde font en ce moment leurs choix de spécialité pour l'année prochaine.

L'engagement avait été pris par Emmanuel Macron et confirmé par l'ancien ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Les mathématiques vont faire leur retour dans le tronc commun pour les élèves de première.

La discipline était devenue un enseignement au choix depuis 2019 et la réforme du lycée menée par l'ancien ministre de l'Éducation nationale. Cependant, mercredi 25 mai 2022, il n'y a toujours pas de décision officielle à ce sujet, alors que le temps presse et la fin d'année approche à grands pas.

Le nouveau ministre Pap Ndiaye reste encore flou sur le calendrier. Selon lui, le retour des mathématiques dans le tronc commun est "acté", sauf qu'il ne précise pas pour quand : est-ce dès la rentrée prochaine, comme l'a promis le chef de l'État réélu, ou est-ce à la rentrée 2023 ?

Septembre 2022, un délai trop court pour les établissements ?

Évidemment, ce changement de calendrier changerait tout. Les syndicats d'enseignants et des chefs d'établissements sont vent debout contre une application dès septembre 2022. Selon eux, le délai est beaucoup trop court, les moyens des établissements sont répartis depuis longtemps et il est très probable que de nombreux lycées manquent de professeurs de mathématiques.

Les élèves de seconde doivent faire ces jours-ci leurs choix de spécialités pour l'année prochaine et personne ne peut leur dire s'ils auront des maths dans les enseignements communs.

Les associations de professeurs et sociétés savantes ont redit leur opposition ferme à la proposition de programme, publiée il y a deux semaines. Elles évoquent un "catalogue sans cohérence globale", une quantité de thèmes abordés "inadaptée" et un traitement qui montre la "méconnaissance profonde des rédacteurs".

Noémie Bonnin

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« Le numérique ne change rien aux fondamentaux du métier d’enseignant »

29 Mai 2022 , Rédigé par EdTechActu Publié dans #Education, #Numerique

Blog école numérique – Revue Hermès – Cognition – Communication – Politique

EXTRAITS

Numérique éducatif, travaux collaboratifs en classe, approche par compétences… Ces notions sont-elles vraiment nouvelles ? Qu’apportent concrètement les outils numériques ? Comment doivent-ils être utilisés ? Les éclairages d’André Tricot, professeur de psychologie cognitive et auteur de plusieurs ouvrages dont « Apprendre avec le numérique : mythes et réalités ».

Comment s’est développé le numérique éducatif en France ?

Bien que la crise du Covid-19 ait posé de nouvelles questions en matière de numérique dans l’apprentissage, ce sujet est ancien. Les EdTech existent en réalité depuis les débuts de l’informatique personnelle. Elles ont ensuite connu un grand envol à partir des années 1980, avec l’arrivée du multimédia, puis avec le déploiement du web, du e-learning et des LMS. Contrairement au tourisme, le monde de l’enseignement intègre l’innovation par les outils numériques au travers d’un processus progressif et lent. Ce processus a connu des effets de mode. Certains outils, comme le serious game, ont montré assez peu d’utilité. La vague des MOOC, qui ont connu un vif succès au début des années 2010, est également vite retombée. Leur usage actuel est bien plus parcimonieux. L’apparition d’un outil qui semble révolutionnaire finit toujours, dans les universités, par laisser la place à un usage correspondant à certains besoins, pour certaines personnes et dans certaines situations.

(...)

Comment les enseignants peuvent-il identifier les « bons » outils ?

Le numérique ne change rien aux fondamentaux du métier d’enseignant, qui demeure axé sur la conception de la bonne pédagogie. En l’occurrence sur la définition de l’objectif de l’enseignement, de ce que les élèves devront avoir appris à la fin du cours, de la manière dont il peut leur faire franchir les étapes de l’apprentissage… Ce n’est qu’ensuite que les outils numériques prendront leur place, tout en restant subordonnés au plan pédagogique. Si l’objectif est d’apprendre aux élèves à produire une bonne rédaction, il devient utile, à un moment donné, d’utiliser un logiciel de traitement de texte. Selon ce point de vue, les enseignants doivent acquérir une grande culture technologique pour identifier le meilleur outil pédagogique. L’accompagnement des enseignants aux usages numériques prend toute son importance. Aujourd’hui, les enseignants reproduisent souvent les schémas qu’ils ont connus lorsqu’ils étaient étudiants. Les cellules d’innovation pédagogique ont pour rôle de les émanciper de ces contraintes limitantes et d’encourager le libre choix des nouvelles approches qu’ils imaginent.

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Nejiba Belkadi

Entretien complet à lire en cliquant ci-dessous

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Les jeunes veulent-ils en finir avec le travail ?

28 Mai 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Jeunesse

Résumé
 
Bifurquer ? Boycotter les emplois destructeurs ? La jeunesse face au travail. Avec la sociologue du travail Dominique Méda et Rémi Vanel du collectif "Pour un réveil écologique".
 
avec : Dominique Méda (Professeure de sociologie à Paris-Dauphine).
 
En savoir plus

Le samedi 30 avril, huit élèves d'Agro Paris tech ont profité de la cérémonie de remise de diplôme de leur école pour délivrer un message critique sur leur formation. Depuis, la vidéo a rencontré un écho considérable. Elle s'inscrit dans la lignée d'autres discours prononcés ces dernières années par des étudiants français : des tribunes, des prises de position nombreuse, invitant leurs employeurs et leurs écoles à accorder une importance plus grande aux enjeux environnementaux. Est-ce que la question environnementale, la crise climatique sont en train de transformer aux profondeurs le rapport des étudiants, des jeunes au travail ?

Avec Rémi Vanel, membre du collectif pour un réveil écologique et Dominique Méda, sociologue, spécialiste des questions liées au travail , directrice de l'institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales et co-titulaire de la Chaire "Reconversion écologique, travail emploi et politique sociale" au Collège d'étude mondiale. "Dans un certain nombres de grandes écoles et à l'université, une partie des jeunes se révoltent et souhaitent que leur formation change mais aussi que leur travail puisse changer les choses. Il souhaitent donc que emplois différents soient crées et que l'ensemble du système socio-productif se transforme. Cela a commencé il y a quelques années, mais ce mouvement croit et s'embellit, et l'audience qu'a recueillie cette vidéo est le signe que les choses bougent" analyse la sociologue. Il s'agit "d'une fraction très diplômée, très informée, avec la possibilité de se poser ce genre de questions : il faut pouvoir penser à la fin du monde avant la fin du mois", précise-t-elle.

"Nous essayons d'être très critique sur nos choix d'entreprises. Nous donnons au sein du collectif des outils pour tous les étudiants et actifs afin d'adresser les bonnes questions aux entreprises", raconte Rémi Vanel. "Nous mettons de côté les entreprises qui, au regard de ces informations-là, n'ont pas de réel engagement. Je suis personnellement prêt à gagner moins d'argent pour travailler dans une entreprise qui ne va contribuer à détruire le climat. Nous avons une marge de manoeuvre, autant en profiter. C'est un réel enjeu de recrutement pour les entreprises, c'est aussi pour cela que nous sommes entendus", poursuit-il.

Pour aller plus loin 

« Tant pis si je gagne moins » : ils ont choisi de renoncer aux grandes ambitions professionnelles (nouvelobs.com)

Pour un réveil écologique (pour-un-reveil-ecologique.org)

2030, c’est demain ! Un programme de transformation sociale-écologique - Veblen Institute (veblen-institute.org)

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Education : 5% des jeunes de 16 ans sont dans une situation d'illettrisme en France

28 Mai 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Illettrisme : la guéguerre des agences - Le Point

Un rapport de l'Education nationale, rédigé par l'Inspection générale de l'Education, du sport et de la recherche, vient d'être publié. Il pointe un déficit de prise en charge de l'illettrisme.

Le sujet est trop souvent sous-estimé. Et pourtant, l'illettrisme touche une part non négligeable des jeunes en France. Selon un rapport rédigé par l'Inspection générale de l'Education, du sport et de la recherche, qui dépend du ministère de l'Education nationale, près d'un jeune de 16 ans sur dix éprouve de fortes difficultés en lecture. 

Pire, selon ce rapport, 5% des jeunes de 16 ans en France sont en situation d'illettrisme. Ces chiffres ont été constatés lors de la Journée défense et citoyenneté. 

Pour les rapporteurs de la mission, le fléau est connu, mais la prise en charge laisse encore largement à désirer. Selon eux, ce constat, pourtant édifiant, ne "conduit pas à la mise en œuvre d’actions concrètes" À tous les niveaux scolaires, "des alertes sont ignorées", des "apprentissages essentiels manqués", écrivent les inspecteurs généraux.

Un mal qui prospère "du fait de la négligence"

Ils estiment que la situation est vécue comme une fatalité, à la fois par les élèves concernés mais aussi par leur famille et par les enseignants. L'Education nationale, porte sa part de responsabilité, affirme le texte, pour avoir en partie négligé ce problème de l'illéttrisme. Des dispositifs existent déjà mais ils ne sont pas mis en oeuvre ou bien pas d'une manière assez coordonnée.

Le rapport proconise donc de mieux harmoniser, au niveau national, la prise en charge avec des mesures-réflexes qui restent à élaborer pour détecter au plus tôt des problèmes de lecture. Le rapport parle par exemple de la création d'un conseil scientifique et pédagogique. Il propose également de tester plus scrupuleusement les élèves et évoque enfin la formation des éqiupes enseignantes pour traiter un mal qui prospère "essentiellement", selon ses termes, "du fait de la négligence et de la méconnaissance".

Noémie Bonnin

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Pap Ndiaye ministre de l’Education nationale: qu’en pensent les intellectuels?

28 Mai 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

EUH, WEB-SÉRIE EN STREAMING

Quel ministre un chercheur peut-il faire? La nomination de l’historien spécialiste de l’histoire sociale des Etats-Unis prend de court le monde universitaire, où la perplexité voire le rejet partage l’enthousiasme.

L’historienne Ludivine Bantigny n’en revient toujours pas. «Qu’est-ce qu’il vient faire là ?» s’interroge-t-elle au bout du fil. Dès l’annonce du nom du nouveau ministre de l’Education nationale et de la jeunesse, la spécialiste des mouvements sociaux s’était fendue d’une série de tweets partageant son étonnement. «Pap Ndiaye est un formidable historien, un homme chaleureux et généreux. Il s’est insurgé contre les violences policières et leur déni, contre les contrôles au faciès, le racisme structurel. Il se retrouve dans un gouvernement très à droite, qui mènera une politique violente. Why ?» Une semaine après, son ressenti n’a pas bougé d’un iota. «La seule chose qu’on peut attendre de Pap Ndiaye est un peu plus d’attention et d’humanité envers les professeurs, estime la penseuse de la gauche critique auprès de LibérationMais je ne vois pas en quoi il irait à l’encontre de la brutalité des réformes libérales menées par le pouvoir en place.»

C’est peu dire que l’arrivée de l’historien spécialiste de l’histoire sociale des Etats-Unis et des minorités prend de court le monde universitaire et scientifique. Un savant dans l’exercice du pouvoir, qui plus est à la tête de l’un des plus gros ministères français, son budget colossal et ses 900 000 fonctionnaires ? Ce n’est pas tous les remaniements. Le dernier en date ? Luc Ferry dans le gouvernement Raffarin. Un autre monde. Une autre époque. Un universitaire de profession aux manettes d’une administration française majeure ? Presque une anomalie dans l’histoire politique récente. A laquelle ne s’attendaient pas les pairs de Pap Ndiaye, qu’ils soient historiens, philosophes ou académiciens. Tant l’arrivée de ce chercheur à la renommée internationale rue de Grenelle tranche avec celle de son prédécesseur, Jean-Michel Blanquer, adepte des croisades anti-woke et anti-islamo-gauchisme.

Sang-froid et conciliation

Sans surprise, ce symbole d’ouverture à gauche inquiète la droite. L’écrivain Alain Finkielkraut a ainsi regretté dans le Figaro que Pap Ndiaye ne se soit «jamais exprimé sur l’effondrement de la connaissance, la crise de la transmission. Il ne s’est exprimé que pour demander plus de diversité, a tancé l’académicien. Je ne pense pas qu’il veuille aujourd’hui continuer dans la voie tracée par son prédécesseur qui dressait une critique sans concession de l’indigénisme et de l’islamo-gauchisme.» Des propos dans la lignée des nombreuses attaques venant de l’extrême droite accusant le nouveau ministre de 56 ans de vouloir «déconstruire» la France, son histoire et ses valeurs.

Chercheur d’origine sénégalaise à l’image policée, Pap Ndiaye se définissait pourtant lui-même plus «cool» que «woke» en mars 2021 dans le Monde. Une référence au répertoire militant antiraciste américain plaidant le sang-froid et la conciliation plutôt que l’émotivité et la confrontation face au racisme des institutions. Critique d’un «universalisme trop abstrait», selon les mots d’Aimé Césaire, Pap Ndiaye croise dans ses travaux l’approche raciale et la dimension sociale, ce qu’on appelle l’«intersectionnalité». Ce qui irrite les sphères conservatrices et réactionnaires. En 2018, le professeur des universités à Sciences-Po Paris s’était, par exemple, prononcé contre la suppression du mot «race» de la Constitution en 2018, dont il défendait la validité scientifique, en tant que construction sociale, dans la Condition noire. Essai sur une minorité française (Calmann-Lévy, 2008).

Dans une note de blog, l’historien et spécialiste de l’immigration en France Gérard Noiriel s’est insurgé contre les attaques caricaturant son confrère d’«indigéniste». En revanche, le directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales rappelle ses critiques sur la Condition noire, un essai qui pêche, selon lui, par «sa tendance à placer sur un plan d’égalité la race et la classe» ainsi qu’à comparer le multiculturalisme à l’américaine et le «modèle républicain» à la française. «Tout cela n’empêche pas que la Condition noire est un ouvrage savant et pas un programme politique, développe à nouveau Noiriel. La question que l’on peut donc légitimement se poser, c’est comment Pap Ndiaye, devenu ministre, envisage de passer de l’un à l’autre.»

«Un symbole de la méritocratie»

Comment, en effet, passer de la théorie à la pratique dans une administration réputée inamovible pour cet intellectuel vierge de toute expérience politique ? Surtout, «comment siéger au sein du gouvernement aux côtés de ceux qui ont fait monter l’extrême droite», questionne l’historien Johann Chapoutot dans Libération, à la fois admiratif devant «cet universitaire de grand talent» et dubitatif face à ses futures marges de manœuvre ministérielles. «Comment supporter un Darmanin qui “s’étouffe” à l’évocation des violences policières, qui n’existent pas, selon Macron ? Comment être solidaire de la politique d’un gouvernement qui veut la retraite pour les morts [25% des plus pauvres ne sont plus en vie à 65 ans, ndlr] et s’obstine mordicus dans l’abolition de l’ISF ?» assène le professeur à la Sorbonne.

Quelles sont les motivations et la nature du contrat signé entre le chercheur engagé dans l’antiracisme et le locataire de l’Elysée qui jugeait en juin 2020 que l’«ethnicisation de la question sociale» dans certains travaux de sciences sociales revenait à «casser la République en deux» «Sans doute la croyance qu’on peut faire bouger les choses de l’intérieur en incarnant un puissant emblème de changement face à la persistance des discriminations», phosphore Ludivine Bantigny. La conviction pour ce fils de prof, marié à la sociologue Jeanne Lazarus et ayant gravi tous les échelons de l’élitisme républicain (d’hypokhâgne à l’ENS Saint-Cloud, en passant par Henri IV et l’agreg d’histoire) de donner corps à l’égalité des chances. «Je suis peut-être un symbole, celui de la méritocratie, mais aussi peut-être de la diversité», déclarait-il lors de sa prise de fonction.

Etudiant boursier dans les années 90 aux Etats-Unis, Pap Ndiaye bénéficie de l’affirmative action (1). Il préfère la recherche appliquée à la recherche fondamentale et bifurque sur une thèse sur les chimistes de DuPont de Nemours, un géant de la pétrochimie producteur de nylon qui a pris part à la fabrication de bombes atomiques après la guerre. «Universaliste républicain pris dans le modèle de l’invisibilité»dira-t-il à Libération en 2007, il est rattrapé par la question noire lors de son séjour américain, choqué de voir des étudiants des campus loger du personnel dans des «chambres au fond du jardin». De retour en France, il se rapproche du Conseil représentatif des associations noires de France de Patrick Lozès, avec qui il cofonde le Cercle d’action pour la promotion de la diversité en France. La publication de la Condition noire détonne dans le paysage intellectuel hexagonal peu rompu aux black studies.

«Homme du consensus»

Pap Ndiaye n’est pas tout à fait un néophyte du passage à l’action, veulent croire ses proches et ses soutiens. «Il a toujours été sensible aux réformes institutionnelles, c’est même dans la continuité et en accord avec ses principes théoriques qu’il a accepté le poste», assure l’historien franco-camerounais Achille Mbembe. Après avoir intégré le comité scientifique de l’exposition «Le Modèle noir» organisé en 2019 au Musée d’Orsay, Pap Ndiaye est nommé directeur général du Palais de la Porte Dorée, lequel abrite le musée de l’histoire de l’immigration, par Emmanuel Macron en 2021. Un tournant dans la carrière de l’universitaire, réputé courtois et diplomate, qu’il enchaîne avec la rédaction d’un rapport sur la diversité à l’Opéra de Paris dans lequel il préconise, entre autres, de délaisser le «blackface», pratique qui consiste pour un comédien blanc à se grimer en noir.

Reste qu’il y a un monde entre conseiller, rédiger des rapports, diriger un musée et prendre la direction de l’Education nationale. Avec tout ce que cela implique, notamment le dialogue avec les syndicats d’enseignants, dont il a reçu les deux principales centrales, la FSU et l’Unsa, dès le 24 mai. «S’il y a une différence entre ces niveaux d’engagements, concède Mbembe, on ne devrait cependant pas être étonné qu’il ait franchi le pas. Pap est un homme de synthèse qui a toujours été fasciné par la possibilité de participer à l’évolution de la société et faire avancer la cause des minorités et des exclus. Là où beaucoup pensent que c’est impossible, lui considère que c’est possible.» Et ce malgré une extrême droite au plus haut lors du second tour de l’élection présidentielle pour la troisième fois de son histoire.

«Pap est un conciliateur»témoignait dans le Point sa sœur, la romancière Marie Ndiaye. Il est «l’homme du consensus, ou du compromis, mais dans le bon sens du terme». Conciliant, il devra l’être avec son directeur de cabinet fraîchement nommé, Jean-Marc Huart. La présence de l’ex-numéro 2 de Jean-Michel Blanquer, impliqué dans le scandale Avenir Lycéen, du nom de l’organisation syndicale montée rue de Grenelle dans le but de défense les mesures gouvernementales, suggère, pour beaucoup, une forme de continuité, plus que de changement. «Si seulement Pap Ndiaye avait la force et les moyens de lutter contre ce modèle technocratique agressivement contre-productif que je perçois comme un risque majeur dans le nouveau gouvernement, comme je saluerais ce genre de wokisme indigéniste», lançait cette semaine la philosophe et académicienne Barbara Cassin dans l’Obs. Il est toujours permis de rêver.

Simon Blin

(1) L’affirmative action désigne les politiques de discrimination positive aux Etats-Unis.

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