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Vivement l'Ecole!

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A Trappes, Mélenchon en hussard noir

2 Juin 2022 , Rédigé par Arrêt sur images Publié dans #Education

Panneau Trappes, Ville des Yvelines (78) - Île de France - Paris Stock  Illustration | Adobe Stock

EXTRAITS

Daniel Schneidermann a suivi Jean-Luc Mélenchon à Trappes, dans les Yvelines, ville populaire fréquemment épinglée dans les médias. En rock star des cités, Mélenchon est venu soutenir le candidat Nupes de l'ancienne circonscription de Benoît Hamon, convaincre les habitants d'aller voter, et pester contre le "job-dating" de l'académie de Versailles pour recruter des enseignants.

TRAPPES (78). "Alors avec ces législatives, on élit qui ?" Jean-Luc Mélenchon interroge un futur citoyen d'une dizaine d'années, qui s'est glissé au premier rang de la petite foule enthousiaste. On a dressé un mini-chapiteau au pied du collège Gustave-Courbet, classé en éducation prioritaire, mais qui va devoir fermer une classe à la rentrée (les effectifs vont ainsi passer de 23 à 27 élèves par classe). Aux côtés de Mélenchon, le maire Ali Rabeh (Génération.s), maintenu dans ses fonctions après une saga judiciaire, le candidat Nupes William Martinet, et sa suppléante Catherine Perrotin-Roufaste. Trappes, dans les Yvelines en région parisienne, est situé dans l'ancienne circonscription de Benoît Hamon, reprise par la droite en 2020 à la faveur d'une législative partielle. Sur la circo, la gauche a atteint 40 % au premier tour de la présidentielle (et Mélenchon lui-même 60 % dans la seule ville de Trappes).

Sur le thème de l'école, la petite rencontre, organisée la veille, tombe bien. France 2 vient de consacrer un reportage à une initiative-choc de la rectrice de Versailles : un "job dating" pour recruter les profs manquants, à partir de bac + 3. Trente minutes d'entretien, les profils les plus variés ("J'étais fiscaliste à EDF" , "J'ai eu quatre enfants, ça m'a intéressé de faire le programme de maths avec eux"). France 2 en a fait un reportage complaisant, qui a  tourné en folie toute la journée, faisant résonner Twitter de la colère des profs, des vrais, bac +5, qui ont sué sur leur Capes. 

 

Et voilà donc, ce mardi soir, Mélenchon-Matignon en rock star parmi la jeunesse de ce quartier populaire.  Dans la précipitation, on a oublié la sono. Le tribun va devoir puiser profond dans son coffre. Et imposer le silence, façon prof. "Vous n'êtes pas obligés d'écouter, les gamins. Mais si vous restez là, c'est moi qui parle !" Le joyeux chahut s'étouffe instantanément. Mais si forte que soit la voix, si gonflée de colère, les rangs du fond n'entendront pas.

(...)

LE "MOMENT CNEWS" DE TRAPPES

Je dis tribun ; je pourrais dire populiste, adjectif qui a, après tout, la même racine que "populaire", comme dans "Union populaire". Tout à sa colère, l'Excédé ne prend même pas le temps de rappeler que la rectrice de Versailles, Charline Avenel, camarade de promotion d'Emmanuel Macron à l'ENA, a elle-même bénéficié d'une dérogation pour décrocher le poste de Versailles – elle ne remplissait pas davantage les conditions pour être nommée rectrice que, pour être enseignants, les "passants" qu'elle recrute aujourd'hui. Il pourrait broder sur la boucle de la dévalorisation des fonctions, ainsi bouclée. Il ne le fait pas. À cet instant, c'est l'enfant qui remonte. "Moi je ne serais rien sans l'école de la République. J'ai été le premier bachelier dans ma famille. J'ai vu les yeux brillants d'orgueil des miens".

Bienveillance et enthousiasme on pourrait presque oublier que nous sommes à Trappes, le terrible Trappes de la télé. L'an dernier, Trappes a vécu son moment C8 / CNews. Un prof de philo du lycée voisin, Didier Lemaire, avait sonné l'alerte islamo-séparatiste : on ne pouvait plus enseigner "certains sujets". On ne trouvait plus de coiffeurs mixtes à Trappes. Le maire s'est jeté dans le chaudron, accompagnant Morandini en direct dans une visite de vérification du nombre de coiffeurs mixtes dans la rue Jean Jaurès. Il est ensuite venu le raconter sur notre plateau. 

Des sujets tabous en Histoire ? Prof d'histoire-géo insoumis à Gustave-Courbet, Nicolas Kaczmarek hausse les épaules. "Il suffit de leur expliquer, aux élèves. Quand je fais un cours sur la rupture entre les sunnites et les chiites, il arrive que des élèves me disent «Vous mentez, Monsieur, les chiites c'est pas des musulmans». Je leur demande de vérifier chez eux. Ils reviennent. Ils ont vérifié." Affaire classée.

(...)

... Et l'enquête sur les menaces prétendument reçues par le prof de philo anti-séparatiste Didier Lemaire a été classée sans suite cet hiver, dans l'indifférence générale. Lemaire, en détachement, est aujourd'hui chargé de mission pour le conseil régional d'Ile-de-France, présidé par Valérie Pécresse. 

Daniel Schneidermann

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Armer les profs est-il efficace contre les fusillades?

1 Juin 2022 , Rédigé par Slate Publié dans #Education

CCJ vota na quarta projeto que facilita acesso a armas de fogo — Rádio  Senado

Le débat revient aux États-Unis et l'idée ne fait pas l'unanimité.

En 2020, les armes à feu sont devenues la première cause de mortalité chez les enfants et les adolescents aux États-Unis. Quelques jours seulement après la tuerie dans une école primaire d'Uvalde, au Texas, des législateurs pro-armes ont déjà remis sur la table l'idée que face à cette crise, la solution serait d'autoriser le personnel des écoles à porter une arme. Vox s'est intéressé aux paradoxes de ce projet.

Ken Paxton, le procureur général du Texas, a été l'un des premiers à proposer d'armer les professeurs à la suite de la tuerie d'Uvalde. Il s'est exprimé en ces termes sur Fox News: «Nous ne pouvons pas empêcher de mauvaises personnes de faire de mauvaises choses. Mais on peut potentiellement armer et préparer les professeurs et les administrateurs à répondre rapidement.» L'ancien président Donald Trump s'est lui aussi exprimé au congrès annuel de la National Rifle Association (NRA, l'une des principales associations pro-armes du pays), pour défendre l'importance d'avoir «des professeurs hautement qualifiés et entraînés à dissimuler discrètement et en toute sécurité des armes». De tels programmes d'entraînement existent déjà dans certains États.

Rien ne prouve cependant que cette stratégie puisse rendre les écoles plus sûres. Certains s'y opposent même fermement, arguant qu'augmenter le nombre d'armes à feu, même placées entre les mains de professeurs responsables, ne fera qu'accroître les violences.

La spécificité américaine

Un sondage réalisé par l'université de Californie indique que le personnel des écoles n'est d'ailleurs pas convaincu non plus par cette idée: sur plus de 2.900 professeurs à travers le pays, 95,3% affirment qu'ils ne devraient pas avoir le droit d'exercer leur métier en étant armés.

En 2018, après les tueries de Parkland en février et Santa Fe en mai, trente-quatre États et territoires états-uniens avaient modifié leurs législations locales dans le but d'armer le personnel scolaire. Et plus d'une centaine de propositions de lois en ce sens ont vu le jour durant les trois années suivantes –une majorité d'entre elles ne furent finalement pas adoptées.

Il existe de très nombreuses études qui démontrent qu'une plus grande présence d'armes n'apporte que plus de violence. De célèbres recherches, menées en 2016 par Adam Lankford, professeur à l'université d'Alabama, montrent qu'entre 1966 et 2012, 31% des tueurs de masse dans le monde étaient américains. En outre, on retrouve une corrélation entre le nombre de personnes possédant des armes dans un pays et les risques de connaître des tueries de masses. La population américaine ne représente que 5% de la population mondiale, mais environ 45% du nombre d'individus qui possèdent une arme à travers le monde.

Une autre étude montre que les États où l'on trouve le plus d'armes ont 6,8 fois plus de risques de voir se produire ce type de violence, par rapport à ceux où l'on en trouve le moins. Enfin, selon l'équipe de recherche Gun Violence Archive, plus de 650 mineurs américains ont déjà été tués par balle en 2022 et plus de 1.600 autres blessés. Tous ces chiffres effrayants portent à croire que l'approche traditionnelle des violences armées aux États-Unis, qui consiste à renforcer l'accès aux armes dans un but défensif, mériterait une profonde remise en question.

Nina Bailly

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L’écolière, fantasme scabreux

1 Juin 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Don't tell schoolgirls to dress 'modestly'. How about boys quit perving  instead?

Des lycéennes anglaises demandent via une pétition que les uniformes scolaires soient retirés des sex-shops et les vidéos pornographiques.

Le fantasme de l’uniforme : on en rigole volontiers, hein, ah le pompier, le flic, ou le pilote d’avion versant masculin, ah la soubrette, l’infirmière ou l’écolière versant féminin. Ces archétypes érotiques peuplent d’ailleurs les rayons des magasins de déguisements mais aussi, logiquement, le paysage porno et les sex-shops. Et après tout, chacun son truc. Sauf que : et si ce n’était pas si drôle mais parfois problématique, avec des conséquences pénibles pour ceux et celles qui s’en retrouvent réifiés, réduits à un objet de fantasme ? Quelle infirmière n’a jamais fait l’objet (a minima) de remarques graveleuses, par exemple ? Mais n’est-ce pas carrément préoccupant quand il s’agit de personnes mineures, particulièrement vulnérables ?

C’est tout bonnement intolérable, dit une pétition anglaise qui interpelle le gouvernement britannique. Elle compte à cette heure 3 526 signatures, mais le chiffre galope à mesure de sa médiatisation. Intitulé «Bannissons les uniformes scolaires dans les sex-shops et la pornographie», le texte dit notamment ceci : «[…] Au Royaume-Uni, les uniformes scolaires sont portés par la plupart des élèves jusqu’à l’âge de 16 ans. Nous pensons que la vente de ces uniformes dans les sex-shops et leur utilisation dans la pornographie ont pour effet de glorifier et de normaliser les actes sexuels avec des enfants. Cela revient à capitaliser sur l’exploitation sexuelle des enfants et à donner la priorité au profit plutôt qu’à la sécurité de millions d’enfants […]».

La spécificité de cette initiative est qu’elle émane de lycéennes – de la Sandbach High School, dans le Cheshire (nord-ouest de l’Angleterre), avec du vécu à l’appui. Interviewées par le quotidien The Independent, elles déplorent des sifflets, des coups de klaxon, voire des menaces de viol. Et ces comportements ne sont pas isolés : «Des amies ont subi de nombreux commentaires d’hommes dans les transports en commun, disant qu’ils aimaient leurs jupes plus courtes, qu’elles devraient aussi enlever leurs collants. Ces hommes pouvaient être des jeunes garçons de 13 ans comme des sexagénaires.» Sachant que selon une enquête menée par l’ONG Plan International en 2018, une jeune fille anglaise sur trois a déjà été harcelée alors qu’elle portait son uniforme scolaire obligatoire. Soudain, le fantasme éculé et aux échos banalement régressifs (qu’alimente notamment l’imagerie japonaise hentaï) vire au fait de société scabreux, à relents pédophiles. On ne rigole plus du tout. Il faudrait 10 000 signatures pour que le gouvernement britannique réponde à cette pétition, 100 000 pour qu’elle fasse débat au Parlement. On se dit que l’enjeu en vaut le coup.

Sabrina Champenois

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Dédoublement des CP et CE1 de l’éducation prioritaire: des effets modérés, voire nuls, sur la progression scolaire des élèves.

1 Juin 2022 , Rédigé par La Vie des Idées Publié dans #Education

Dédoublement des CP et CE1 de l’éducation prioritaire: des effets modérés, voire nuls, sur la progression scolaire des élèves.

EXTRAITS

Le dédoublement des classes de CP et CE1 : quel bilan ?

par Pierre Merle , le 31 mai

La politique de dédoublement des CP et CE1 de l’éducation prioritaire a exercé des effets modérés, voire nuls, sur la progression scolaire des élèves. Une autre limite de cette politique tient au fait qu’elle concerne moins de 15 % des élèves en difficulté scolaire scolarisés à l’école élémentaire.

Au cours du quinquennat d’Emmanuel Macron, le système éducatif a connu des transformations profondes avec les réformes du lycée et du baccalauréat, la mise en place de Parcoursup (Bodin, Orange, 2019 Frouillou et alli, 2020 Tiberj, 2021), le bouleversement de la formation des maîtres (Merle, 2019), la politique de dédoublement des classes de CP et CE1 de l’éducation prioritaire, etc.

Plusieurs bilans sont déjà disponibles tel celui réalisé par l’Institut Montaigne (Institut Montaigne, 2021). Son intérêt est limité. Il reprend souvent les évaluations élogieuses réalisées par le ministère lui-même. Certains bilans ont une approche strictement quantitative. Ainsi, l’École Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille a réalisé un Macromètre. Cette exhaustivité a l’intérêt de montrer la part des promesses tenues. Toutefois, la question centrale n’est pas seulement de savoir si les promesses ont été tenues, mais d’analyser leurs effets.

Il en est ainsi de la politique de dédoublement des classes de CP et CE1 en REP (Réseau d’Éducation Prioritaire) et REP+, promesse électorale du président Macron mise en œuvre dès la rentrée scolaire 2017. Cette politique éducative, considérée dans le discours du ministre Blanquer comme une mesure de justice sociale, voire « la mesure la plus sociale que vous pouvez imaginer », est une forme de discrimination positive, comparable à la politique d’éducation prioritaire mise en place en 1981. L’objectif poursuivi est de « donner plus à ceux qui ont moins », en l’occurrence aux écoliers, souvent d’origine populaire et en difficulté scolaire, scolarisés dans les classes des REP et REP+. Quel est le bilan de cette politique éducative ? Est-il pertinent de la poursuivre ?

Une politique de dédoublement a priori favorable aux progressions scolaires des élèves

La politique de réduction de la taille des classes n’est nullement novatrice. Cette politique éducative a fait l’objet de plusieurs expérimentations, par exemple aux États-Unis avec le projet STAR (Krueger, 1999) et, en France, avec la mise en place des « CP à effectif réduit » (DEPP, 2005). Les chercheurs français se sont particulièrement intéressés à cette politique scolaire et plusieurs analyses sont disponibles (Meuret, 2001 Monso, 2004 Piketty et Valdenaire 2006 Bourgen, Grenet, Gurgand, 2017). Bien que des divergences puissent exister entre les recherches, trois conclusions principales peuvent être dégagées.

D’une part, cette politique est d’autant plus efficace que la réduction de la taille des classes est importante. En France, jusqu’en 2017, dans les réseaux d’éducation prioritaire, la réduction des effectifs a été limitée au mieux à deux élèves en moins par classe (cf. tableau 1). Cette réduction est trop limitée pour favoriser la progression des élèves faibles. D’autre part, cette politique est d’autant plus efficace qu’elle concerne les élèves de l’école élémentaire. L’efficacité de cette politique est réduite en collège, et généralement sans effet au niveau des lycées. Enfin, cette politique de réduction de la taille des classes exerce des effets d’autant plus positifs qu’elle s’adresse aux élèves en difficulté scolaire. Les meilleurs élèves ne profitent guère de la réduction de la taille des classes.

Compte tenu des résultats de la littérature scientifique, la promesse d’Emmanuel Macron de 2017 de diviser par deux les effectifs des CP et CE1 de l’éducation prioritaire était a priori tout à fait pertinente. De surcroît, la mise en œuvre de cette politique a été particulièrement rapide. Dès la rentrée scolaire de septembre 2017, 2 200 classes de CP de REP+ ont été dédoublées. Dans les CP des REP+, l’effectif moyen est passé de 21,6 élèves par classe en 2016 à 13,1 dès 2017. Dès 2019, les réductions d’effectifs par classe ont été du même ordre en CP et CE1 en REP+ et REP (cf. tableau 1).

Cette politique de dédoublement a été menée plus tardivement en Grande Section (GS) des maternelles de l’éducation prioritaire. Le nombre moyen d’élèves scolarisés en GS est passé de 23,2 élèves par classe en 2018 à 15,1 en 2021 en REP+. En REP, l’effectif moyen des GS demeure élevé (18,6) (cf. tableau 1). En raison d’une politique de dédoublement des classes non encore terminée dans les grandes sections de l’éducation prioritaire, l’analyse est centrée sur la politique de dédoublement mise en place à l’école élémentaire dans les classes de CP et CE1.

(...)

... limiter les politiques d’égalité des chances aux seuls élèves scolarisés dans l’éducation prioritaire est par construction non satisfaisant lorsque moins de 30% des élèves en difficulté scolaire sont scolarisés dans les réseaux d’éducation prioritaire (318000/1073000) (cf. tableau 2). Dans le cadre d’une politique d’égalité des chances, les 70 % restants ne mériteraient-ils pas également une politique autre que des actions de soutien telles que les Coup de Pouce Clé (Goux et al., 2013), les internats d’excellence (Cour des comptes, 2014) ou les Programmes de réussite éducative (Bressoux et alli, 2016) dont la faible efficacité a été montrée ?

Une des alternatives à la politique de l’éducation prioritaire est de favoriser la mixité sociale et scolaire des établissements afin de réduire la ségrégation de l’école française (Felouzis et al, 2007 Merle, 2012 Ly et Riegert, 2016 Merle, 2021). Une politique de mixité sociale et scolaire a le triple avantage de favoriser les élèves les plus faibles grâce à des effets de pairs positifs caractéristiques des classes scolairement et socialement mixtes, de réduire les pratiques de discrimination ethnique, présentes notamment dans les établissements scolaires privés (Du parquet et al., 2014), et de renforcer la cohésion sociale. Mise en place de façon expérimentale lors du quinquennat Hollande, une politique de mixité sociale des collèges a montré son efficacité (Grenet et Souidi, 2021). En 2020, la réforme de l’affelnet parisien a également favorisé la mixité sociale et scolaire (Charousset, Fack, Grenet, 2022 Charousset et Grenet, 2022).

Si la loi du 24 août 2021 « confortant le respect des principes de la République », dite aussi loi « contre le séparatisme », poursuit effectivement les objectifs qu’elle se fixe, nul doute qu’une politique de mixité sociale et scolaire devrait être une priorité éducative. Elle est un rempart contre le séparatisme et la « sécession des riches » dans les écoles privées (Merle, 2010 Fourquet, 2018). Paradoxalement, au cours du premier quinquennat d’Emmanuel Macron, la thématique de la mixité sociale de l’école, antidote possible aux fractures sociales, a été absente des propositions ministérielles. Sans une réflexion spécifique relative à ce hiatus entre les discours et les pratiques, une politique d’égalité des chances risque fort de n’être qu’une promesse sans lendemain.

Pierre Merle, 31 mai

Texte complet à lire en cliquant ci-dessous

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PROFS, AIDES, CONDUCTEURS DE CARS... DES PÉNURIES À TOUS LES ÉTAGES MENACENT LA RENTRÉE 2022

1 Juin 2022 , Rédigé par bfmtv Publié dans #Education

Un bus de ramassage scolaire laisse un enfant sur le bord de la route

Crise des vocations, conditions de travail difficiles, rémunérations jugées trop faibles: le monde scolaire peine à attirer malgré les efforts du gouvernement.

Les grandes vacances approchent et il s'agira vraiment d'en profiter car si vous êtes parent, la rentrée scolaire prochaine s'annonce très compliquée. Les pénuries de personnels sont plus importantes que jamais: dans les classes, les réfectoires ou encore les cars de ramassage scolaire. A tous les étages, la situation est très tendue et rien ne dit qu'elle s'arrangera avant septembre. Panorama.

Des milliers de profs manquent à l'appel

C'est un peu la panique du côté de l'Education nationale avec un manque inquiétant d'enseignants, qu'il s'agisse de professeurs des écoles (primaire) ou de professeurs en collèges et lycées.

Or, les premiers résultats des concours officiels ne laissent présager rien de bon.

"Les taux de présence aux premières épreuves écrites du CRPE - concours de recrutement des professeurs des écoles - atteignent l'un des plus bas niveaux de l'histoire", s'alarmait le 10 mai le SNUipp-FSU, premier représentant des instituteurs.

Du côté du Capes (professeurs des collèges et lycées), selon les chiffres de l'Education nationale, en Mathématiques, sur 1035 postes, seuls 816 candidats ont passé la barre de l'écrit et sont donc admissibles. En Allemand, 215 postes sont vacants mais seulement 83 candidats sont admissibles.

Une crise des vocations qui oblige l'Etat à contourner les dispositifs classiques de recrutement par concours en organisant des "jobs datings" afin d'attirer des professionnels de tous bords qui souhaitent changer de vie et enseigner.

Rien qu'à l'Académie de Versailles et de Créteil, qui organise ces rendez-vous du 30 mai au 3 juin, 2035 postes de contractuels de la fonction publique sont à pourvoir. Le processus est simplifié au maximum avec des entretiens de 30 minutes réalisés avec des représentants des rectorats. Les candidats retenus sont alors convoqués pour un second entretien et pourront commencer à enseigner dès la rentrée prochaine de septembre.

Boucher les trous aussi vite que possible en recrutant des contractuels est-elle une solution viable? Professeurs titulaires et proviseurs s'inquiètent de voir ces futurs professeurs peu ou mal formés débarquer dans les collèges et les lycées.

"Ce Job dating n’est qu’un cataplasme collé sur une jambe de bois! Au lieu de s’attaquer aux réelles causes de la crise du recrutement, le gouvernement préfère recruter en masse des personnels contractuels qui seront précaires et non formés! Dans l’académie de Versailles, les contractuels représentent déjà 20% des effectifs. L’an prochain, ce sont encore plus de nouveaux personnels qui seront placés devant les élèves sans avoir appris à enseigner. Cette situation dégrade la qualité de l’enseignement dispensé et met en souffrance les personnels recrutés", s'inquiète le Snes, syndicat des enseignants du secondaire.

Pour autant, ce sont des biens des centaines de candidats en quête de reconversion qui se sont présentés ce lundi à ce job dating.

Cantines: des pénuries depuis janvier

De nombreuses cantines scolaires ont été perturbées voire fermées dans les premiers mois de l'année, essentiellement à cause de flambées de cas de covid. Les parents ont alors dû se débrouiller. Mais alors que la situation sanitaire s'est améliorée, le manque de personnels est encore patent.

Les infirmiers scolaires désertent

La profession souffrait déjà avant la crise sanitaire d'un manque d'attractivité et de mauvaises conditions de travail. En 2018, on dénombrait un infirmier pour 1300 élèves. Désormais, ce chiffre peut se hisser à 1 pour 1800 élèves dans un département comme la Seine-Saint-Denis.

Outre des conditions de travail difficiles, la profession dénonce une rémunération largement inférieure à celle proposée par les établissements de santé. Conséquence: 66% des infirmiers scolaires envisagent de changer de métier.

Face à cette pénurie, le gouvernement tente de rendre la profession plus attractive. Lors du Grenelle de l'éducation en 2021, une revalorisation de 400 euros annuels a été décidée. 

Pour autant, les revalorisations des salaires dans les établissements de Santé (à travers le Ségur de la Santé, soit 183 euros net par mois en plus) a provoqué d'importantes fuites car cette augmentation ne concernait pas les professionnels exerçant en milieu scolaire. En février dernier, un décret a permis de rétablir l'équité puisque ces professionnels oubliés du Ségur percevront bien cette augmentation.

Reste la question des créations de postes qui pour le moment n'est pas réglée.

Ramassage scolaire: il manque 15.000 conducteurs

De nombreux services de ramassages scolaires risquent en effet de ne pas fonctionner à la rentrée prochaine. En cause, le manque chronique de conducteurs de cars scolaires.

Selon la FNTV, la Fédération nationale des transports de voyageurs, il manque pas moins de 15.000 conducteurs dans la France entière (sur un effectif global de 100.000) contre 10.000 l'an passé. Toutes les régions sont concernées.

Les conditions de travail constituent le principal frein. La filière se démène pour faire bouger les lignes. Le gouvernement a abaissé l’âge d’accès au permis D à 18 ans au lieu de 20. Le secteur est également en train de revoir en profondeur la formation en créant de toutes pièces une filière d'apprentissage composé d'un nouveau CAP d’agent d’accueil et de conduite routière incluant le passage du permis D ainsi que l'installation de CFA.

Les salaires ont été revus à la hausse mais ça ne suffit pas. Près de 9 entreprises sur 10 du secteur éprouvent toujours des difficultés à recruter.

Olivier Chicheportiche

https://www.bfmtv.com/economie/emploi/profs-aides-conducteurs-de-cars-des-penuries-a-tous-les-etages-menacent-la-rentree-2022_AV-202205310353.html#xtor=CS9-144-[twitter]-[BFMTV]

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Comment les établissements scolaires français accueillent plus de 17 000 jeunes Ukrainiens

31 Mai 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

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EXTRAITS

Alors que la fin de l’année scolaire se profile, le seuil de 17 000 jeunes Ukrainiens accueillis dans les écoles, collèges et lycées français vient d’être franchi.

Certains ont quitté l’Ukraine aux premières heures de l’offensive russe et ont déjà, derrière eux, de deux à trois mois de scolarisation sur le sol français. D’autres, fraîchement débarqués de Kiev ou d’Odessa, trouvent tout juste leur place à l’école, en collège ou au lycée. Tous, âgés de 3 ans à 16 ans – l’âge, en France, de la scolarité obligatoire –, font l’objet d’un recensement régulier : en date du 24 mai, l’éducation nationale avait déjà pu accueillir 17 677 enfants et adolescents ukrainiens sur ses bancs.

La hausse est régulière, explique-t-on au sein de la « cellule Ukraine », installée, début mars, au ministère de l’éducation. « Ce sont entre 900 et 1 200 élèves qu’il nous faut intégrer chaque semaine depuis le début de cette crise », chiffre Amélie Miermont, de la direction générale de l’enseignement scolaire. Un flux à relativiser au regard des 70 000 jeunes allophones – dont la langue maternelle n’est pas le français –, toutes origines confondues, comptabilisés à l’école. Mais le rythme actuel est inédit : « Jamais l’éducation nationale n’a vu venir à elle autant de jeunes exilés sur un temps aussi resserré », reconnaît Rachel-Marie Pradeilles-Duval, l’une des pilotes de la « cellule Ukraine ».

De « temps », de « calendrier », il est aussi beaucoup question, à quelques semaines de la fin de l’année scolaire, dans les cercles d’enseignants. « A ce stade, il est difficile de penser la scolarité de ces enfants sur le temps long, rapporte Sophie Vénétitay, du syndicat SNES-FSU. Que se passera-t-il, pour eux, en septembre ? Qui retrouvera-t-on à la rentrée ? C’est la grande question qui remonte du terrain. » « Avec septembre viendra le moment de clarifier la stratégie d’accueil et de scolarisation, relève, dans la même veine, Catherine Nave-Bekhti, du SGEN-CFDT. C’est une des premières missions du nouveau ministre de l’éducation et de son cabinet que de penser l’accueil pérenne de ces enfants dans les classes, autrement qu’au jour le jour et dans l’urgence. »

(...)

« On ne s’en sort pas si mal »

Car sur le terrain, la communauté éducative raconte autre chose. Et d’abord que ces dispositifs UPE2A, qu’ils soient fixes ou mobiles – comme celui de Catherine Darenne, qui se déplace d’école en école dans sa circonscription de l’Yonne –, n’existent pas partout. « Les UPE2A sont souvent positionnées en centre-ville, dans les grandes métropoles, là où, habituellement, s’ancrent les flux migratoires, fait observer Véronique Couvreur, elle aussi en charge d’une UPE2A mobile, mais dans la métropole lilloise. Sauf que les arrivées d’Ukrainiens se font selon d’autres logiques : ils vont là où il y a des volontaires pour les héberger, là où a émigré la diaspora, là où ils ont des contacts, rapporte cette syndiquée au SGEN-CFDT. Ça interroge la géographie habituelle et met au défi notre maillage territorial. »

Son diagnostic, posé sur le premier degré, vaut aussi pour les collèges et lycées. « Quand il y a, implanté dans nos établissements, un dispositif UPE2A, l’intégration de ces jeunes se fait généralement sans problème, confirme Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du syndicat de proviseurs SNPDEN-UNSA. Le problème, c’est quand il n’y en a pas. L’accueil dépend, alors, du volontarisme et des possibilités d’établissements qui font au mieux mais, parfois, même avec de la bonne volonté, en viennent à bricoler. 

Muriel Dion en sait quelque chose : son école rurale de Bonny-sur-Loire (Loiret), qui accueille quatre enfants ukrainiens, tous cousins, est à une trentaine de kilomètres de l’UPE2A la plus proche, à Gien. « Il existe bien un dispositif mobile, mais il n’a pas les moyens de se déplacer jusqu’à nous », raconte cette directrice syndiquée au SNUipp. Les « premiers jours » ont été difficiles : les trois plus jeunes enfants, intégrés dans trois sections différentes de maternelle, pleuraient beaucoup ; ils restaient « accrochés » à leur maîtresse. « Il a fallu faire entrer des vélos dans les classes pour réussir à les attirer, progressivement, jusqu’à la cour de récréation. » La situation est différente pour l’aîné, en CM1 : « Lui progresse très vite, se réjouit l’enseignante. Il passe ses matinées au CP pour travailler le vocabulaire. On n’a pas trouvé d’autre solution. Mais il le vit bien, et ça lui semble profitable. »

(...)

Autre contexte d’enseignement, autre ressenti. A Paris, Cédric Maffre n’a pas le sentiment de devoir remettre en jeu sa pratique : cet enseignant de FLE au lycée Paul-Valéry, dans le 12arrondissement, dit accueillir les nouveaux venus – huit jeunes Ukrainiens – comme « tous les autres », et ne comptabilise à ce stade « que » 16 élèves dans son unité UPE2A, quand il pourrait en accueillir 24. Les difficultés se situent, pour lui, sur un autre plan : « J’ai face à moi des élèves qui n’attendent qu’une chose, que la guerre se termine pour rentrer chez eux ; en cela, ils sont très différents de leurs camarades venus d’autres pays et qui rêvent de parcours d’études stabilisés en France. »

Se stabiliser : c’est ce dont n’ose rêver Maria, 17 ans, partie de Kiev pour s’installer à Strasbourg, début mars, avec sa sœur aînée. « Même si la guerre s’arrêtait maintenant, je ne crois pas que la vie reprendrait normalement en Ukraine, surtout pas pour nous, les jeunes… » Au lycée Marie-Curie, où elle a intégré une classe de 1re après un « sas » de seulement quelques jours en UPE2A, ses résultats forcent l’admiration. « Elle a 18/20 partout ou presque », se réjouit Marie-Paule Andlauer, la principale.

Et pourtant, comme bien d’autres de ses camarades, elle se dit aujourd’hui « dans le flou ». « Mes études, j’ai du mal à les imaginer, confie, timidement, l’adolescente. Ce sera en France… ou ailleurs. »

Mattea Battaglia

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Les tarifs des cantines scolaires risquent d'augmenter à la rentrée prochaine.

31 Mai 2022 , Rédigé par TF1 Publié dans #Education

Les tarifs des cantines scolaires risquent d'augmenter à la rentrée prochaine.

La moitié des communes seraient concernées.

ÀSaint-Étienne-de-Chigny (Indre-et-Loire), ce mercredi, le menu de la cantine avait de quoi ravir les plus jeunes : frites, steak haché à la sauce tomate, carottes râpées en entrée et yaourt en dessert. Un menu à 3,80 euros pour les maternelles, 4,05 euros pour les grands. Mais à la rentrée prochaine, les parents vont faire grise mine, car la facture s'annonce plus salée. 

Sensible à l'inflation

Or, deux tiers des enfants de l'école y mangent tous les jours. "C'est très important une cantine. Même dans un petit village, les parents ne peuvent pas les garder à midi pour manger, c'est essentiel", reconnaît la responsable Jessica Azema dans la vidéo du 13H de TF1 en tête de cet article. Essentiel, mais sensible à l’inflation. Le prestataire cuisine est à plus de 100 kilomètres, et tout augmente. La mairie a donc dû revoir ses tarifs, et ce sera 26 centimes de plus par repas et par enfant à la rentrée. 

Ce qui inquiète un père de famille : "On est obligé de faire avec. J'ai trois filles scolarisées à l'école, donc c'est vrai que ça commence à faire une petite augmentation par mois", dit-il. "A la fin du mois, on va devoir se priver sur certaines choses pour pouvoir payer la cantine", renchérit un autre.

"La moitié des communes"

Le Conseil municipal n’avait pas beaucoup de choix. C’était soit casser le contrat avec le fournisseur de la restauration collective, soit avoir recours à "une baisse de la qualité du choix des produits, chose qu’on n’a pas voulu faire", explique le maire Régis Salic. La commune paye déjà 30% des repas et elle prendra à sa charge la fin de l’année scolaire. 

Mais toutes les collectivités territoriales ne pourront pas faire face. Pour Gilles Pérole, co-président du groupe de travail restauration scolaire à l’Association des maires de France (AMF), il s’agit ni plus ni moins que de "demander aux collectivités d’assumer seules le surcoût des contrats passés avec la restauration collective". En effet, aucune compensation n’a été prévue pour les gestionnaires de restauration collective, qui ont déjà dû "porter seuls" les surcoûts engendrés depuis deux ans par la crise sanitaire, rappelle l’adjoint au maire de Mouans-Sartoux, qui les a évalués à 1,20 euro par repas dans sa commune.

Une situation redoutée par Philippe Laurent, maire de Sceaux et vice-Président de l'AMF, qui demande l’ouverture de discussions de fond avec le gouvernement pour faire face à l’augmentation des prix des denrées alimentaires : +3,4 % en un an. Selon lui, "la moitié des communes" du territoire vont appliquer une augmentation à la rentrée prochaine "de 5 à 15% selon les entreprises", a-t-il souligné ce mercredi matin sur RTL.

V. Fauroux | Reportage vidéo Jean-Philippe Elme et Pascal Schély

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À l’Éducation nationale, l’arrivée d’un nouveau ministre peut-elle vraiment changer l’école ? - Par Claude Lelièvre

31 Mai 2022 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education

À l’Éducation nationale, l’arrivée d’un nouveau ministre peut-elle vraiment changer l’école ? - Par Claude Lelièvre
À l’Éducation nationale, l’arrivée d’un nouveau ministre peut-elle vraiment changer l’école ?
Claude Lelièvre, Université Paris Cité

Normalien, spécialiste de l’histoire sociale des États-Unis, Pap Ndiaye a été nommé vendredi 20 mai ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse. Son parcours et ses positions marquent une rupture par rapport à celles de son prédécesseur, ont noté les observateurs politiques. Mais quelle portée un changement à la tête de l’Éducation nationale a-t-il sur le terrain ? De quelle marge de manœuvre un ministre dispose-t-il vraiment à son arrivée étant donné que l’administration ne change pas ? Remise en perspective avec trois questions à Claude Lelièvre, historien de l’éducation.


The Conversation : Pap Ndiaye est historien. Par son domaine de recherche, en quoi s’inscrit-il dans une tradition au ministère de l’Éducation nationale ?

Claude Lelièvre : Deux historiens ont été deux grands ministres de l’Instruction publique : François Guizot, célèbre pour son importante loi de 1833 sur l’enseignement primaire, organisant un système scolaire public, et Victor Duruy, connu pour sa loi de 1865 sur l’enseignement spécial, une sorte de secondaire technologique. C’est ce qui a pu accréditer une « tradition » de nominations d’historiens à la tête du ce ministère. En réalité, ils sont peu nombreux.

Durant la Vᵉ République, avant la nomination de Pap Ndiaye, il y a eu dix ex-professeurs nommés ministres de l’Éducation nationale (sur une trentaine) : quatre agrégés – du supérieur – en droit ou sciences politiques (Edgar Faure, Jack Lang, Luc Ferry, Jean-Michel Blanquer) ; trois agrégés de lettres classiques (Lucien Paye, François Bayrou, Xavier Darcos), un agrégé de philosophie (Vincent Peillon), un agrégé de géographie (René Haby) et un seul agrégé d’histoire (Louis Joxe). On remarquera que tout se passe comme s’il était hors de question que des enseignants d’un autre « rang » puissent être à la tête du ministère de l’Éducation nationale. Et Pap Ndiaye, onzième professeur qui vient d’être nommé à la tête du ministère, est bien un agrégé (d’histoire) et ne déroge pas à la règle.

L’historien des minorités Pap Ndiaye, la surprise à l’Éducation nationale (France 24).

En revanche, il se distingue des dix autres qui ont eu, avant d’être nommés ministres de l’Éducation nationale, des expériences dans l’administration du ministère – deux d’entre eux étaient devenus recteurs, un autre président du Conseil national des programmes – ou en politique, pour sept d’entre eux.

Cette nomination est donc vraiment exceptionnelle et comporte manifestement un risque, qui a dû être calculé. On peut en particulier formuler l’hypothèse que la trajectoire, les travaux et les positions argumentées et mesurées de Pap Ndiaye sur certains sujets sensibles ayant à voir avec les « valeurs républicaines » (et donc avec l’objectif majeur de « refondation de l’École », à savoir « forger des esprits républicains ») ont pu jouer un rôle majeur, voire décisif. Il devait être clair, pour Emmanuel Macron, qu’il ne s’agissait pas de mettre en œuvre une ligne portée par des personnalités s’en prenant à tout va à « l’islamo-gauchisme », au « séparatisme » à la « cancel culture » voire au « wokisme ». Et, sur ce plan là, Pap Ndiaye peut apparaître comme un garant de sérieux, d’équilibre et de fermeté quant aux « valeurs républicaines » ; en tout cas aux yeux du président de la République nouvellement réélu.

TC : Quelle est la mission du ministère de l’Éducation nationale par rapport à l’école française ? Le ministère a-t-il plus de poids en France que dans d’autres pays où l’administration est moins centralisée ?

C.L. : L’école est effectivement plus centralisée en France que dans beaucoup d’autres pays comparables, et son ministère y a plus de poids. Cela tient sans doute à la centralisation en général de l’administration en France, mais a aussi des raisons spécifiques qui renvoient pour l’essentiel au fait que la France a été perçue comme « le pays des révolutions » et des « changements de régime ». Une École centralisée est apparue comme un outil central pour faire face aux risques d’instabilité. Les trois grands fondateurs de cette école-là sont très clairs là-dessus.

Quand en 1806 Napoléon crée l’Université (c’est-à-dire non pas l’enseignement supérieur mais le mode d’organisation et de direction étatique de l’école en France), il ne fait pas mystère de la finalité profonde de l’opération. En témoigne le rapport de Fourcroy du 27 février 1806, rapportant ses paroles :

« Il n’y aura pas d’État politique fixe s’il n’y a pas un corps enseignant avec des principes fixes. Tant qu’on n’apprendra pas, dès l’enfance, s’il faut être républicain ou monarchique, catholique ou irréligieux, l’État ne formera point une nation ; il reposera sur des bases incertaines et vagues ; il sera constamment exposé aux désordres et aux changements ».

L’État central se fait éducateur pour que l’ordre – son ordre – règne. Il doit donc, ce faisant, subordonner le local, le « remettre à sa place ». Comme le dit Guizot dans sa célèbre Lettre aux instituteurs du 16 juillet 1833 à propos de sa loi sur l’enseignement primaire : « Ce n’est pas pour la commune et dans un intérêt purement local […] ; c’est aussi pour l’État lui-même. L’instruction primaire universelle est désormais en effet une des garanties de l’ordre et de la stabilité sociale […]. C’est assurer l’empire et la durée de la monarchie constitutionnelle. »

Jules Ferry s’est inscrit lui aussi dans le droit fil de cette doctrine de l’État (central) éducateur, dans son Discours programme à la chambre des députés du 26 juin 1879 :

« Quand nous parlons d’une action de l’État en éducation, nous attribuons à l’État le seul rôle qu’il puisse avoir en matière d’enseignement et d’éducation. S’il lui convient, dans un intérêt public, de rétribuer des chimistes, des physiologistes, s’il lui convient de rétribuer des professeurs, ce n’est pas pour créer des vérités scientifiques ; ce n’est pas pour cela qu’il s’occupe d’éducation : il s’en occupe pour maintenir une certaine morale d’État, certaines doctrines d’État qui sont nécessaires à sa conservation. »

À partir des débuts de la IIIe République, il s’agit avant tout de conforter le régime républicain. Emmanuel Macron vient de déclarer qu’il fallait « refonder l’École ». Et il s’est nettement inscrit lui aussi dans la ligne de l’État-éducateur en mettant en avant qu’il fallait « agir pour une école toujours plus inclusive, formant aux savoirs fondamentaux et forgeant des esprits républicains » lors de son discours d’investiture du 7 mai dernier. C’est à partir de là que l’on peut situer la nomination surprise de Pap Ndiaye.

TC : Si les ministres changent, les administrations restent. Quelle est la marge de manœuvre du ministre de l’Éducation nationale ?

CL : Quand un ministre arrive, il sait que l’administration de son ministère est pour l’essentiel pérenne et que les changements de fond (surtout d’ordre culturel et pédagogique) sont difficiles, nécessitant généralement beaucoup de temps avant d’être effectifs. Or il ne sait pas combien de temps il va rester à la tête du ministère, même s’il peut savoir que la durée moyenne est de deux années sous la Ve République.

« Islamo-gauchisme », « blackface"… Entre Pap Ndiaye et Jean-Michel Blanquer, le grand écart des idées (Le Huffington Post, mai 2022).

Il existe par ailleurs au sein du ministère une puissante DGESCO (Direction générale des enseignements scolaires) qui a rassemblé en son sein depuis les débuts du XXIe siècle l’essentiel des services qui étaient auparavant structurés par degrés d’enseignement (écoles, collèges, lycées…). Cette situation est telle que l’on parle parfois du Directeur de la DGESCO comme d’un « vice-ministre », surtout s’il dépasse les compétences normales de ce poste qui devrait être celui de premier exécutant (ou de principale cheville ouvrière) pour devenir aussi concepteur voire stratège de la politique éducative menée. Cela a été par exemple le cas lorsque Jean-Michel Blanquer a été le DGESCO du ministre Luc Chatel, réduisant le rôle de celui-ci plutôt à celui de principal communicant du ministère que de véritable ministre.

Jean-Marc Huart vient d’être nommé directeur de cabinet du nouveau ministre de l’Éducation nationale Pap Ndiaye, avec le concours de l’Elysée, comme c’est généralement l’usage. Il a été auparavant DGESCO au début du ministère de Jean-Michel Blanquer. Certains y voient déjà une mise sous tutelle de fait du nouveau ministre. Mais cela n’a rien d’évident car Jean-Marc Huart ne s’est pas montré du tout sous le jour d’un « vice-ministre » (concepteur et stratège) lorsqu’il était DGESCO mais sous celui d’un fidèle exécutant. Surtout, on peut penser qu’il est nommé là pour ce qu’il connait le mieux comme l’atteste le déroulé de sa carrière, à savoir le secteur de la formation professionnelle, c’est-à-dire pour l’autre projet auquel tient aussi beaucoup Emmanuel Macron, à savoir la réforme des lycées professionnels et des instances ou modalités d’orientation.

Les ministres de l’Éducation nationale peuvent avoir, sous la Ve République, une marge de manœuvre effective s’ils se concentrent sur quelques dossiers décisifs, sans se disperser, et qu’ils ont pour cela un ferme soutien du chef de l’État – en l’occurrence, pour Pap Ndiaye, il s’agira de renouer le dialogue, apaiser les esprits et s’investir sur la question de « forger des républicains ».The Conversation

Claude Lelièvre, Enseignant-chercheur en histoire de l'éducation, professeur honoraire à Paris-Descartes, Université Paris Cité

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Seconde 9 : comment les élèves perçoivent l'avenir de l'école ?

31 Mai 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

France Télévisions a retrouvé les élèves de Seconde 9 du lycée Angela Davis, à Saint-Denis. Dans ce nouvel épisode, la question centrale est l'avenir de l'école. 

Qu'attendent les jeunes de Seconde 9 du lycée Angela Davis, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), de l'école ? "Si on veut bosser, on bosse", estime une élève. "Quand tu choisis une filière, ça va être difficile de changer. Dès que tu es rentré dans un cadre, (…) si tu t'es trompé ça va être très compliqué de changer", avance une autre. Les idées sont nombreuses pour une école idéale : le modèle américain, une semaine de vacances en moins contre des journées plus courtes… 

"On dit des choses, mais ça va pas changer" 

Christophe Barrand, auteur de Monsieur le proviseur aux éditions Grasset, a rencontré les élèves. Ils abordent notamment la question des écarts de niveaux entre écoles privées et publiques. "Peut-être que dans certaines écoles privées, les parents et les élèves acceptent mieux le travail, le projet collectif", avance Christophe Barrand, qui rappelle qu'il faut "accepter de discuter ensemble". Un message dans l'ensemble bien reçu par les élèves, même si certains ne sont pas très optimistes. "On dit des choses, mais ça va pas changer. On a galéré, mais [nos petits frères et petites sœurs] vont galérer aussi", estime une jeune. 

H. Pozzo, M. Birden, S. Guibout, C. Baume, J. Martin, N. Pagnotta - France 3

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