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Vivement l'Ecole!

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Quelques liens Education de France Culture...

3 Novembre 2020 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

Quelques liens Education de France Culture...

 

 

L'INVITÉ(E) DES MATINS
Émancipation générale ! Les combats pour l’éducation avec Monique Canto Sperber
Comment l’idéal laïc est-il enseigné ? Est-ce que l’école résisterait mieux avec l’évolution des institutions ? Que peut la pensée libérale contre l’obscurantisme ?
Écouter (42 min) →
 
LA GRANDE TABLE IDÉES
Faut-il repenser la laïcité à l'école ?
Comment traiter de la laïcité à l'école? En cette journée d'hommage à Samuel Paty, professeur assassiné à Conflans-Sainte-Honorine le 16 octobre 2020, rendez-vous avec Vincent Peillon, ancien ministre de l'Education nationale, et la sociologue Dominique Schnapper.
Un rassemblement en mémoire de Samuel Paty le 18octobre 2020 à Paris
Écouter (33 min) →
 
ENTENDEZ-VOUS L'ÉCO ?
Entre ghettos scolaires et collèges huppés, comment lutter contre les inégalités ?
L'éducation en France est très inégale. Si l'école de la République est excellente dans certains établissements, elle a aussi des points de faiblesses où se concentrent les difficultés : ce sont les ghettos scolaires.
Façade d'une école dans le 18e arrondissement parisien, où les difficultés socio-économiques sont plus concentrées qu'ailleurs dans la capitale.
Écouter (58 min) →
 
PARTENARIAT
Citéphilo 2020 à retrouver dans Les Chemins de la philosophie
L’édition 2020 de Citéphilo est annulée dans sa forme actuelle, face au public. Certaines séances seront enregistrées sous une forme adaptée à la diffusion sur FaceBook et sur la chaîne Youtube du Festival.
CITEPHILO
 
 
SOCIÉTÉ
Paroles de professeurs avec Beauvoir, Ricœur, Sartre...
"Il suffit de repenser aux attentes de nos élèves pour se dire qu'on n'a pas le droit de baisser les bras". Célèbres ou anonymes, écoutez ces enseignants parler de leur métier.
Une enseignante devant ses élèves
Voir la vidéo (4 min) →
 
SOCIÉTÉ
Centre de déradicalisation de Pontourny : un échec riche d'enseignements
Qu’est-ce que la "radicalité" politico-religieuse, comment accompagner les jeunes concernés ? Dans une enquête sociologique, trois maîtres de conférences à l’université de Tours reviennent sur la brève expérience du centre de déradicalisation au château de Pontourny, en Indre-et-Loire.
Manifestation de riverains contre l'ouverture du centre de déradicalisation de Pontourny, en Indre-et-Loire, le 13 septembre 2016.
Lire l'article 
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« Un catéchisme républicain à l’école ne permet pas d’aborder sereinement les faits religieux »...n

3 Novembre 2020 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

EXTRAITS

Après l’assassinat de Samuel Paty, le 16 octobre, Philippe Gaudin, directeur de l’Institut européen en sciences des religions, et auteur « Tempête sur la laïcité. Comment réconcilier la France avec elle-même », défend un renforcement de l’enseignement des faits religieux à l’école.

Après l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty, à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), le renforcement de l’enseignement laïque des faits religieux à l’école est défendu par nombre d’acteurs du monde de l’éducation. Un enseignement que promeut l’Institut européen en sciences des religions depuis sa création en 2002 dans la foulée du rapport de Régis Debray intitulé « L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque ». Son directeur, Philippe Gaudin, auteur de Tempête sur la laïcité. Comment réconcilier la France avec elle-même (Robert Laffont, 2018), revient sur cet enseignement auquel il a consacré une thèse.

Depuis l’assassinat de Samuel Paty, des voix se font à nouveau entendre pour réclamer un renforcement de l’enseignement de la laïcité et des faits religieux. Depuis quand la question se pose-t-elle en France ?

Depuis plus de trente-cinq ans avec des avancées mais des blocages aussi. Alors qu’elle avait été mise en sourdine pendant près d’un siècle à la suite de la création de l’école laïque, c’est dans les années 1980 que l’idée d’un enseignement des faits religieux a émergé pour différentes raisons. La France est alors en pleine période de massification scolaire, l’école s’ouvre considérablement, notamment aux jeunes issus de l’immigration. Le profil des élèves évolue donc, dans un contexte de sécularisation de la société, d’effondrement du socle de culture religieuse dans la jeunesse depuis les années 1960, et d’effritement de la foi en un avenir meilleur sur le plan économique et social.

En 1985, un rapport de l’anthropologue Jacques Berque sur les enfants de l’immigration à l’école de la République insistait sur la nécessité pour l’école de relever le défi de cette nouvelle pluralité des cultures, notamment religieuses, de lui donner du sens auprès des élèves pour assurer notre cohésion nationale et politique future. Alors qu’en 1989 le rapport Joutard pointait aussi le besoin d’un nouvel enseignement d’histoire des religions, les années 1990 voient l’apparition dans les programmes scolaires de timides éléments autour par exemple des « trois religions monothéistes dans la Méditerranée du XIIe siècle ». Il faudra attendre le rapport de Régis Debray, en 2002, pour que l’enseignement des faits religieux soit plébiscité en tant que tel pour « passer d’une laïcité d’abstention à une laïcité d’intelligence » à l’école.

(...)

Qu’en est-il alors de l’enseignement moral et civique, que Jean-Michel Blanquer a récemment annoncé vouloir renforcer dès la rentrée prochaine ?

On aurait pu en effet compter sur l’enseignement moral et civique qui bénéficie, lui, depuis 2015 d’horaires dédiés et de programmes. Mais là encore, ce sont souvent les professeurs d’histoire-géographie qui en ont la charge, sans formation suffisante. Et ces programmes n’abordent qu’en filigrane la question religieuse, en la cantonnant au respect des convictions de chacun grâce à une laïcité pas toujours définie en profondeur. D’autant plus que, depuis les attentats de 2015, cet enseignement croule sous une avalanche de « valeurs de la République » à transmettre, en quelques heures, démarche qui ne fait selon moi pas assez la place à l’esprit critique, la mise en perspective, etc. Le problème des valeurs, contrairement aux principes ou aux droits, c’est qu’elles évoluent en permanence et peuvent être contestées. Un catéchisme républicain à l’école ne permet pas d’aborder sereinement les faits religieux. Evoquer l’islam et les autres religions uniquement, ou presque, par le prisme de la liberté d’expression (et celle de caricaturer…), c’est mettre en difficulté les enseignants et, drame après drame, les inciter à s’autocensurer.

(...)

Séverin Graveleau

L'entretien complet est à lire en cliquant ci-dessous

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/11/03/un-catechisme-republicain-a-l-ecole-ne-permet-pas-d-aborder-sereinement-les-faits-religieux_6058278_3224.html?xtor=EPR-33281056-[education]-20201103-[_titre_1]

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Revue de Presse Education... Le ton est donné — Réflexions — Incidents — Supérieur...

3 Novembre 2020 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Médias

Revue de Presse Education... Le ton est donné — Réflexions — Incidents — Supérieur...

Le retour de vacances dans les établissements est marqué à la fois par l’hommage à Samuel Paty et les contraintes sanitaires.

Le ton est donné

Une rentrée dans l’inquiétude et l’humiliation
Sous le poids d’une double crise mal gérée, la rentrée du 2 novembre restera dans la mémoire des enseignants. Le ministre leur demande d’accepter une cérémonie bâclée en mémoire de leur collègue assassiné. Ils doivent aussi rentrer en pleine épidémie avec un protocole sanitaire officiellement "durci" mais en réalité qui change peu de choses par rapport au protocole ultra léger précédent.”

« L’impression d’être des pions » : le désarroi des enseignants avant une rentrée inédite
Hommage à Samuel Paty, protocole sanitaire, préavis de grève... Avant la rentrée scolaire lundi, les enseignants contactés par « l’Obs » font part de leurs inquiétudes.” abonnés

Journée spéciale : France Bleu Roussillon soutient les enseignants et la liberté d’expression
Comme le 43 autres stations locales du réseau France Bleu, votre radio apporte son soutien aux enseignants et à la défense de la liberté d’expression. De 5h à 19h, témoignages et invités vont se succéder sur notre antenne pour nourrir la réflexion. Découvrez les rendez-vous de cette journée spéciale.”

Hommage à Samuel Paty : ce que dit la « Lettre aux instituteurs » de Jaurès
Lundi 2 novembre, au retour des vacances de la Toussaint, ce texte de Jean Jaurès entré dans le patrimoine républicain résonnera dans tous les établissements de France, en hommage à Samuel Paty, le professeur d’histoire-géographie victime d’une attaque terroriste à Conflans-Sainte-Honorine le 16 octobre. En voici le contenu.” Denis Peiron

 

Réflexions

 

L’école déconfite par Lucien Marboeuf sur son blog l’instit Humeur
L’école vient de vivre une semaine ubuesque, une de plus en cette année 2020. Entre impréparation, improvisation et injonctions contradictoires, les enseignants ont assisté atterrés à la grande virevolte de la rentrée du lundi 2 novembre.”

Laurence De Cock : Laïcité : Contre la morale dogmatique, retrouver la raison
Comment réagir à l’assassinat de Samuel Paty ? Certes il faut renforcer la transmission des valeurs démocratiques et donc l’enseignement moral et civique. Mais comment faire ? Professeure en lycée et chargée de cours à Paris Diderot, Laurence De Cock va chercher chez C. Freinet une réflexion sur ce qu’est cette transmission. "Meubler l’enfant d’habitudes de dévouement et de serviabilité envers un milieu social dont on l’isole, en dehors de la situation réelle et des besoins concrets auxquels il devra répondre par sa conduite morale, c’est, à la lettre, lui enseigner à nager hors de l’eau". L De Cock appelle à renforcer la formation des enseignants mais aussi à revenir aux programmes de 2015 d’EMC, capables d’articuler la transmission des principes et leur mise en oeuvre.”

Faut-il repenser la laïcité à l’école ?
Comment traiter de la laïcité à l’école ? En cette journée d’hommage à Samuel Paty, professeur assassiné à Conflans-Sainte-Honorine le 16 octobre 2020, rendez-vous avec Vincent Peillon, ancien ministre de l’Education nationale, et la sociologue Dominique Schnapper.”

Najat Vallaud-Belkacem : « Dans le combat pour la laïcité, ce n’est pas l’école qui a failli mais bien ce qui l’entoure » Tribune de Najat Vallaud-Belkacem ancienne ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche
Symbole de l’anti-obscurantisme, l’école de la République est attaquée parce qu’elle est un rempart et non une faiblesse, souligne l’ancienne ministre de l’éducation nationale, appelant à cesser d’en faire un champ de bataille politique.
On le sait, le temps de l’école est long. Les réformes produisent leurs effets dans une durée guère compatible avec le rythme de la vie politique. Encore moins avec l’accélération foudroyante du temps de l’histoire, lorsque la tragédie frappe cette institution républicaine qui, selon les mots de Jean Zay (1904-1944), devrait pourtant rester « l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas ». J’ai été ministre de l’éducation nationale alors que le terrorisme frappait notre pays. J’ai dû agir en temps d’intense émotion. J’en retiens quelques leçons indélébiles
.”

 

Incidents

 

Jean-Michel Blanquer, si l’hommage à Samuel Paty est perturbé : "Il y aura peut-être des sanctions"
Jean-Michel Blanquer, Ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, est l’invité du Grand entretien de France Inter pour la journée spéciale "Tous solidaires des enseignants". Si la minute de silence en hommage à Samuel Paty n’est pas respectée, "ça ne sera pas accepté", a-t-il averti.”

Nantes : ils jettent des projectiles sur des membres du corps enseignant le jour de l’hommage à Samuel Paty
Environ 30 personnes ont jeté des projectiles sur des membres du corps enseignant d’un lycée nantais ce lundi, journée hommage à Samuel Paty. Un jeune homme de 18 ans a été interpellé. Deux bouteilles d’acide ainsi qu’un sachet contenant du liquide inflammable ont également été retrouvés sur place.”

 

Supérieur

 

Enseignement supérieur : cours en présentiel pour les BTS, IUT et prépas
Salomé Vincendon avec AFP
Dans l’enseignement supérieur, la règle sera désormais le "distanciel" pour tous les cours, à l’exception des travaux pratiques et de "l’enseignement professionnel nécessitant du matériel spécialisé", a précisé jeudi le Premier ministre Jean Castex en détaillant les règles du reconfinement.”

Facs fermées, prépas ouvertes : l’enseignement supérieur à marche différenciée Par Jessica Gourdon et Léa Iribarnegaray
Lundi, les étudiants des classes préparatoires et des BTS, formations assurées dans des lycées, pourront suivre leurs cours en présentiel, contrairement aux étudiants de l’université.”

Laïcité : face aux demandes religieuses, la diplomatie est de mise dans les universités
Sarah Nafti sur l’Etudiant-Educpros
Avec l’assassinat de Samuel Paty, c’est l’ensemble du monde enseignant qui a été touché. EducPros s’intéresse à la manière dont la question de la laïcité est traitée dans ces établissements depuis le début des années 2000. Entre élaboration d’un guide, mise en place des référents laïcité ou encore formation des enseignants, si la réponse des universités est multifacette, elle n’en reste pas moins complexe.”

 

Pendant ce temps

 

De SOS Éducation au business de la santé naturelle : les étranges méthodes de Vincent Laarman
Après avoir lancé des associations utilisant des techniques marketing pour récolter des dons autour de l’éducation et de la justice, Vincent Laarman a créé une société spécialisée dans les conseils de santé "alternatifs". Enquête sur un parcours atypique, et des méthodes qui ne le sont pas moins.”

 

Bernard Desclaux

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Coronavirus: les lycéens filment leur rentrée dans des conditions inquiétantes...

2 Novembre 2020 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Education

La distanciation sociale et la limitation des flux de personnes, autant de consignes pour réduire la propagation du virus qui ont volé en éclat dans ces collèges et lycées.

(...)

A lire en cliquant ci-dessous

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Najat Vallaud-Belkacem : « Dans le combat pour la laïcité, ce n’est pas l’école qui a failli mais bien ce qui l’entoure »...

2 Novembre 2020 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Najat Vallaud-Belkacem : « Dans le combat pour la laïcité, ce n’est pas l’école qui a failli mais bien ce qui l’entoure »...

EXTRAITS

Symbole de l’anti-obscurantisme, l’école de la République est attaquée parce qu’elle est un rempart et non une faiblesse, souligne l’ancienne ministre de l’éducation nationale, appelant à cesser d’en faire un champ de bataille politique.

Tribune. On le sait, le temps de l’école est long. Les réformes produisent leurs effets dans une durée guère compatible avec le rythme de la vie politique. Encore moins avec l’accélération foudroyante du temps de l’histoire, lorsque la tragédie frappe cette institution républicaine qui, selon les mots de Jean Zay (1904-1944), devrait pourtant rester « l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas ». J’ai été ministre de l’éducation nationale alors que le terrorisme frappait notre pays. J’ai dû agir en temps d’intense émotion. J’en retiens quelques leçons indélébiles.

Si l’école de la République est l’ennemie du terrorisme, c’est parce que, par définition, elle est l’anti-obscurantisme. Si elle est attaquée, c’est parce qu’elle est un rempart, et non pas une faiblesse. C’est bien parce qu’il portait la mission que la République lui a confiée que Samuel Paty a été assassiné : émanciper par la culture et l’esprit critique, cultiver la curiosité, l’ouverture, la tolérance, accepter la différence et la liberté d’expression.

Il le faisait dans le cadre de l’enseignement moral et civique, cette pédagogie qui transmet la morale républicaine de la laïcité donne à comprendre la complexité du monde, explicite les médias et le sens de l’information pour lutter contre les ravages de la désinformation et du complotisme.

(...)

Que ceux qui, à droite ou à l’extrême droite, pour des raisons tactiques, s’opposaient en 2016 au renforcement des contrôles sur les écoles hors contrat ou à la transformation des enseignements de langue et de culture d’origine (ELCO) en enseignements de langues étrangères normaux, intégrés comme les autres langues et pareillement contrôlés dans les établissements, reconnaissent qu’ils ont fait perdre un temps précieux à notre pays. Que leur soudaine conversion à ces mêmes réformes, parce que portées par un autre gouvernement, n’y change rien.

Que ceux qui continuent à prétendre, comme je l’ai si souvent entendu lorsque j’étais ministre, que la mixité sociale n’est qu’un sujet annexe de l’école sur lequel nous devrions cesser de nous focaliser – et c’est d’ailleurs exactement ce qui se passe depuis trois ans – nous épargnent leurs lamentations en découvrant les méfaits de cette homogénéité sociale dans des établissements où on ne croit tout simplement plus aux valeurs de la République.

« Profs bashing »

Enfin que ceux qui se sont précipités depuis ce tragique 16 octobre pour scruter une nouvelle fois les failles de l’école se rendent compte que ce n’est pas l’école qui a failli, mais bien ce qui l’entoure : parents, vous avez des droits mais aussi des devoirs, dont celui de respecter absolument le primat de l’institution sur le contenu pédagogique.

(...)

De grâce, à tous ces égards et plus encore : cessons de faire de l’école un champ de bataille. Assurons-y la continuité de l’action publique, déployons ce qui a fonctionné, améliorons ce qui mérite de l’être, innovons en toute honnêteté, à l’écoute de nos enseignants, moins obsédés par les effets de communication que par l’impact sur la vie de nos établissements. Sans esprit de tactique, sans mensonge, sans exagération. Bref, soyons dignes de la mémoire de Samuel Paty.

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LAURENCE DE COCK AUTOUR DE RÉVOLUTION ECOLE... (Vidéo)

2 Novembre 2020 , Rédigé par CinéMutins Publié dans #Education

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Samuel Paty : des profs s’inquiètent d’un «hommage au rabais»...

2 Novembre 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Samuel Paty : des profs s’inquiètent d’un «hommage au rabais»...

Après le rétropédalage de Jean-Michel Blanquer, qui a annulé le temps d’échange prévu autour de la mort de leur collègue, les enseignants ont l’impression croissante de n’être pas considérés.

«Ecœurés», «remontés»… Au moment de rendre hommage à leur collègue Samuel Paty, assassiné le 16 octobre près de son collège de Conflans-Sainte-Honorine, une partie du corps enseignant ne décolère pas. Et fustige l’impréparation de cette rentrée de la Toussaint, déjà chamboulée par un «protocole sanitaire renforcé». En cause : le rétropédalage du ministre de l’Education, qui a renoncé à l’idée d’un temps d’échange entre professeurs préalable à l’accueil des élèves à 10 heures.

«Tournis»

Dans une note envoyée vendredi, Jean-Michel Blanquer précise que «tous les élèves reprendront les cours comme à l’habitude», avant la lecture d’un texte de Jean Jaurès, la «Lettre aux instituteurs et institutrices», puis une minute de silence nationale à 11 heures. Tout en laissant la porte ouverte à «un temps pédagogique, en classe» autour des «valeurs de la République et de son école». sur la base d’outils pédagogiques fournis par le ministère.

Rompue à «ces décisions de dernière minute», Florence Delannoy, secrétaire générale adjointe du SNPDEN, syndicat majoritaire pour les directeurs de collèges et de lycées, dénonce cette «impression d’être une variable d’ajustement». Pour cette proviseure d’un lycée lillois, ce changement de pied vient avant tout répondre à un problème d’organisation pour l’accueil des élèves. Un argumentaire repris dimanche dans un entretien au Parisien par Jean-Michel Blanquer, exprimant sa volonté de sécuriser «l’accueil des élèves dans le contexte beaucoup plus sensible que nous traversons depuis l’attentat de Nice».

«Ça me donne le tournis», s’agace Christine Guimonnet, en parcourant le courrier qu’elle vient de recevoir dans sa boîte académique. Pour la secrétaire générale de l’association des professeurs d’histoire et de géographie (APHG), enseignante au lycée Pissarro de Pontoise (Val-d’Oise), le temps de réunion avec ses collègues était «nécessaire». Elle regrette, sans lui, un «hommage au rabais», lors de cette journée «particulière» dont l’objectif «ne sera pas de débattre pour débattre», mais de sonder, d’abord, l’état de santé de ses élèves, avant de réaffirmer les points cardinaux républicains, «sans faire de leçon de morale». Et d’aborder la liberté d’expression dans le cadre d’un cours d’initiation au droit avec ses terminales, en insistant sur le rôle des réseaux sociaux.

Elsa, elle, n’a «pas la moindre idée» de la manière dont elle abordera la question de la laïcité avec sa classe de quatrième. D’autant que la jeune femme n’enseigne l’espagnol que depuis deux ans dans son collège de Seine-Saint-Denis. Désarçonnée, sans avoir «le recul de [ses] collègues qui ont déjà vécu ça avec les attentats de 2015», elle soutient le préavis de grève déposé par le Snes-FSU, principal syndicat enseignant des collèges et lycées, pour cette semaine de rentrée.

«Anxiogène»

«Si un élève me demande pourquoi Samuel Paty avait montré la caricature de Charlie Hebdo, qu’est-ce que je vais lui dire ?» s’interroge pareillement un enseignant d’une école élémentaire parisienne, malgré ses vingt ans d’expérience. «L’important, ce n’est pas la forme, c’est le fond, et le fond, ça va être le moment de recueillement», glisse-t-il. A l’heure d’accueillir sa classe de CM1-CM2, il ne s’interdira pourtant pas de leur parler «de terrorisme ou d’islam». «Comme ils sont pour beaucoup issus de la diversité, je vais essayer de partir de leur situation à eux pour déconstruire certains préjugés, comme l’amalgame entre arabe et musulman.

Pour adapter son discours aux plus petits, Sophie Grenon, directrice et enseignante à l’école primaire rurale d’Eguzon-Chantôme, cosecrétaire du SnuiPP-FSU de l’Indre, le sait, «ça ne servira à rien de tenir un discours anxiogène» alors que ses élèves porteront un masque pour la première fois. Dans son établissement, seuls les enfants de plus de 8 ans observeront une minute de silence, à l’intérieur de leur classe, pour des raisons sanitaires. Son respect devrait être l’une des préoccupations de Jean-Michel Blanquer, qui rencontrera ce lundi, avec Jean Castex, le personnel éducatif du collège de Samuel Paty, dans les Yvelines, où la rentrée est décalée à mardi.

Maxime Lemaître

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Hommage à Samuel Paty : l'étrange tripatouillage de la lettre de Jean Jaurès...

1 Novembre 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Hommage à Samuel Paty : l'étrange tripatouillage de la lettre de Jean Jaurès...

Le texte, qui sera lu aux élèves ce lundi de rentrée, est en fait une version courte, expurgée des passages où Jaurès défend l’autonomie de l’enseignant et critique le recours excessif aux évaluations.

«Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants.» Ainsi s’ouvre la «Lettre aux instituteurs et institutrices» de Jean Jaurès, publiée le 15 janvier 1888 dans le journal la Dépêche de Toulouse. Après la lecture d’extraits lors de la cérémonie d’hommage à Samuel Paty à la Sorbonne le 21 octobre, le même texte sera lu par les professeurs lundi devant leurs élèves, juste avant la minute de silence.

Mais quel texte ? De nombreux enseignants ont eu la surprise de découvrir qu’il leur avait été envoyé une version fortement raccourcie. Alertée par des collègues, Pauline (1), professeure de philosophie dans un lycée en Occitanie, vérifie en recherchant l’original dans un recueil de 1899 sur le site de la BNF. Elle découvre que dans la version qu’elle vient de recevoir, il manque trois paragraphes. Et même que la «fierté alliée à la tendresse», mentionnée par Jean Jaurès pour expliquer la «grandeur» de l’enseignant, s’est transformée en «fermeté» – un mot qui n’apparaît à aucun moment dans la lettre. Pour la professeure qui s’intéresse «pile en ce moment aux théories du complot» dans sa classe de collège, ces omissions sont «une grosse maladresse, voire un peu révoltantes», surtout pour «un hommage à Samuel Paty et à la liberté d’expression».

Un «manque de confiance»

Il semble que cette version expurgée ait été diffusée par plusieurs rectorats, a minima dans la région Centre et en Occitanie. Elle émane en fait d’un espace de ressources pédagogiques pour le premier degré de l’académie de Poitiers, et, selon la communication de ce rectorat, «a été mise en ligne en 2016 dans le cadre de la semaine pour la laïcité». C’est surtout le premier résultat référencé sur Google avec le titre de la lettre.

Au ministère de l’Education, on renvoie les enseignants au portail officiel Eduscol, où se trouvent cette fois deux versions du texte : l’une, d’une page, «adaptée pour un public plus jeune» et une seconde «pour les lycéens». Jusqu’à samedi soir, seul le texte de la version courte était en ligne, comme l’a constaté Amélie Hart-Hutasse, professeure d’histoire-géographie. Elle qui trouvait déjà «ce texte très beau mais extrêmement ardu pour les élèves» déplore auprès de Libération le «manque de confiance» alors que «notre travail est justement de savoir utiliser des extraits pertinents».

Le ministère justifie ces coupes par «la volonté de fournir un outil clé en main», rappelant que «ce genre de modalités pédagogiques sont très courantes pour les commémorations». Depuis, la version longue est disponible sur Eduscol… mais toujours pas l’intégrale. Manque encore le paragraphe où Jaurès défend l’autonomie de l’enseignant et critique vertement le recours excessif aux évaluations.

«Sacrifier la réalité à l’apparence»

«Et est-ce que quelques lignes tronquent le message global ?» s’interroge la chargée de communication du ministère, qui «trouve personnellement ce passage très daté». Ce qui interpelle Jérôme Pellissier : «Il fallait dans ce cas couper les parties anachroniques sur les enfants des campagnes qui reviennent après les récoltes», s’amuse cet écrivain et animateur du site Jaurès.eu. Il a justement participé à retranscrire mot à mot le texte numérisé pour le rendre plus lisible.

Le passage tronqué révèle, selon lui, «combien Jaurès était soucieux de l’autonomie de l’enseignant et de ne pas faire des élèves des bêtes à concours». Extrait qui résonne fortement pour les professionnels de l’éducation interrogés par Libération, notamment avec la «réforme du baccalauréat» ainsi que «la politique d’évaluation permanente mise à l’œuvre par Jean-Michel Blanquer». Ce dimanche, le ministère ajoutait une indication visuelle pour marquer l’endroit où le passage a été supprimé, sans toutefois rétablir le texte complet. Quitte, comme le disait précisément Jaurès, à «sacrifier la réalité à l’apparence».

(1) Le prénom a été modifié.

Grégoire Souchay

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Après la mort de Samuel Paty, les professeurs parlent à cours ouverts...

1 Novembre 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Après la mort de Samuel Paty, les professeurs parlent à cours ouverts...

EXTRAITS

Le choc, la colère, puis le temps des questions. Que peuvent dire les enseignants à leurs élèves après l’assassinat d’un des leurs ? Comment adapter leur discours selon l’âge ? Et, plus globalement, comment aborder avec eux des sujets sensibles ? Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie dans un collège tranquille de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), a été tué il y a quinze jours pour avoir montré, dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression, des caricatures de Mahomet à ses élèves de quatrième. Lundi, alors que les écoles, collèges et lycées rouvrent en plein confinement, les enseignants vont retrouver leurs élèves, avec qui ils observeront une minute de silence en hommage à Samuel Paty.

Avant ce retour en classe si particulier, Libération a tenu à offrir une tribune à ces enseignants qui exercent dans toute la France, du primaire au lycée. Ils ont accepté d’écrire pour défendre un métier souvent méprisé, et pourtant jugé indispensable pour guider de jeunes esprits vers la connaissance, un rempart contre l’obscurantisme et les fake news. Les enseignants le savent : le savoir est la meilleure arme face aux idées fausses et aux préjugés.

(...)

Je n’ai pas peur de retourner travailler, je crains la fronde, l’ingérence de parents trop inquiets

Par Julie (le prénom a été changé), 34 ans, directrice d’une école primaire dans la région nantaise

Comme tous, j’ai été profondément touchée par l’assassinat abject dont a été victime notre collègue, œuvrant au quotidien, comme les enseignants que je côtoie chaque jour, pour défendre les valeurs chères à la République française. J’ai été littéralement atterrée d’apprendre l’origine des maux qui ont conduit au drame. Puis vient le temps de la colère.

Moi-même victime récemment d’une agression violente dans l’exercice de ma fonction, on m’a accusée d’actes islamophobes, racistes et de dérives sectaires pour avoir simplement fait mon métier, dans le respect de la laïcité. Il faut s’insurger devant tant de haine et de détresse. Et il faudra dépasser ce sentiment premier pour former, éclairer, nourrir les esprits de demain ; dans la réflexion et l’ouverture, sans rejet. Si l’école de la République ne s’en charge pas, qui le fera ? Allumer aujourd’hui les lumières de demain pour un avenir éclairé, cela reste notre mission principale, essentielle.

On me demande parfois depuis une semaine si j’ai peur de retourner travailler. La réponse est non. Je crois intimement à l’importance de la fonction des enseignants à condition qu’on leur fasse confiance. Qui soufflerait au médecin un diagnostic ? Qui indiquerait à l’avocat ou l’ingénieur la procédure ? Mais l’éducation, tout le monde s’en mêle. Et les parents en premier lieu. Partenaires essentiels d’un cheminement éducatif réussi, ils doivent accepter de déléguer la mission aux professionnels qui la mènent.

Je n’ai pas peur de retourner travailler. Je crains la fronde, l’intrusion, l’ingérence de parents trop inquiets armés de moyens numériques trop présents. Alors qu’ils devraient être des alliés précieux. Aujourd’hui, je suis une enfant blessée de la République, une enseignante endeuillée, une directrice effrayée, mais une professionnelle plus que jamais mobilisée pour La mission de l’avenir : former les citoyens de demain.

(...)

Les professeurs sont-ils désormais des cibles ?

Par Mohaze Medini 42 ans, professeur de lettres-histoire-géographie dans un lycée professionnel d’Ille-et-Vilaine

Mes nuits n’ont pas été sereines et mes jours sont tourmentés depuis la mort de Samuel Paty, cet enseignant qui, comme j’aspire à le faire, a souhaité susciter l’échange pour transmettre nos valeurs républicaines. Avec l’intrusion de téléphones inquisiteurs et de parents amères au sein des classes et des établissements scolaires, les professeurs sont-ils désormais des cibles ? Je reste songeur quand je pense au fait que ce sont des élèves qui ont donné un professeur pour de l’argent. Que représentons-nous pour les élèves, pour leurs parents, pour la société ?

Français, enfant d’immigrés maghrébins et professeur de lettres-histoire-géographie en lycée professionnel, d’abord à Choisy-le-Roi en région parisienne, puis en province, j’ai conscience des difficultés de transmettre à la fois les valeurs républicaines à certains élèves, mais également les codes de l’écoute et de l’échange à d’autres.

L’essentiel pour un professeur ne réside-t-il pas dans le lien qu’il tisse avec ses élèves ? Cette relation de confiance qui permet de transmettre quelconque enseignement, y compris celui sur la liberté d’expression au travers de caricatures ou autres supports.

Avoir le temps, de créer ce lien, d’enseigner… cela va-t-il de pair avec les récentes réformes du lycée professionnel et la réduction des heures de français et d’histoire-géographie au profit d’un enseignement conjoint avec les matières professionnelles ? Quelle société souhaitons-nous ? Que nos jeunes soient de bons exécutants ou des véritables citoyens ?

A l’adolescence, les jeunes s’interrogent sur ces questions d’identité. Nous les abordons seulement en classe de terminale à travers une thématique «Identité et diversité». Au lieu de se nourrir de réflexions, de témoignages, d’expériences, dont la leur, pour se forger une identité, à la fois plurielle et unique, nos jeunes essayent déjà d’intégrer les cases que leur assigne la société au travers de termes devenus trop redondants ces derniers temps : «gaulois», «islamo-fascistes» et j’en passe. Républicain et profondément humain, je refuse le clivage qui se dessine : une dérive droitière face à un obscurantisme religieux véhiculé par le prosélytisme de certains. Il en va du devenir de notre démocratie.

Il faut créer du lien entre les élèves, impliquer tous les parents, y compris ceux qui contestent l’enseignement ou ceux qui ne viennent plus, il faut sacraliser l’école et replacer l’enseignant en son sein comme chef d’orchestre de la transmission du respect, des valeurs républicaines qui sont les nôtres, qui sont celles qui m’ont permis d’être ce que je suis : la liberté d’apprendre à l’école peu importe d’où l’on vient, la liberté de s’exprimer peu importe qui l’on est, la liberté de s’affirmer pour être un citoyen de demain… unique au sein d’un collectif national.

Lundi 2 novembre 2020, l’institution réunira ses enseignants pour échanger et nous faire part du déroulé de la journée, notamment la minute de silence à respecter dans l’ensemble des établissements du territoire. L’unité nationale ne doit pas être mesurée en minutes, elle se cultive et se façonne par la liberté, l’égalité et la fraternité.

(...)

Etre là

Par François da Rocha 50 ans, professeur d’histoire-géographie dans un lycée des Hauts-de-France

Etre là pour tous et pour chacun·e. Depuis un quart de siècle, c’est ainsi que je vois mon métier de professeur dans un lycée sensible de Roubaix. Des élèves, j’en ai tant rencontré.e.s que beaucoup de noms sont aujourd’hui perdus dans les limbes de l’oubli. Mais aucun visage n’a disparu de ma mémoire. Des ministres aussi, parfois, y ont fait un rapide passage, de celle qui, il y a si longtemps, avait exigé une classe édulcorée pour mieux passer à l’antenne, à ceux qu’une armée de courtisans protégeait d’une insupportable rencontre avec le bas peuple de professeur·e·s que nous sommes. Sans parler de tous ceux et de toutes celles qui ont ignoré ce «territoire perdu de la République». Mais nous, nous sommes là.

Etre là pour enseigner à chacune de mes classes l’histoire, la géographie et ce qu’on appelle désormais l’enseignement moral et civique. Etre là pour travailler avec celles et ceux que la nation me confie, sur l’occupation de leur ville pendant la Première Guerre mondiale ou sur la fin de la guerre du Péloponnèse, sur les paradoxes de l’agriculture brésilienne ou sur l’étalement de Londres. Etre là pour réfléchir ensemble à ce qui fait une société, à ses fondements comme à ses doutes, et pour les aider à y trouver une place que les racistes de tout poil ou leurs propres freins voudraient leur interdire.

Etre là pour voir des êtres humains grandir, sur une année ou parfois sur l’ensemble d’une scolarité au lycée, pour celles et ceux que j’ai en seconde et qui se retrouvent jusqu’au baccalauréat. Etre là pour partager un peu plus que ce que prévoient les programmes officiels (je l’avoue, il m’arrive de commenter le dernier but de Riyad Mahrez). Etre là aujourd’hui, lorsqu’un·e adolescent·e vient me voir à la fin d’un cours et me demande si je me souviens d’une élève dont je fus le professeur à la fin du siècle dernier, et l’entendre me dire : «C’est ma mère et elle vous passe le bonjour.»

Marie Piquemal , Cécile Bourgneuf , Maxime Lemaitre

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Lettre aux instituteurs et institutrices, Jean Jaurès - Texte non censuré...

1 Novembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Lettre aux instituteurs et institutrices, Jean Jaurès - Texte non censuré...

"Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication. Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse. Il faut qu’ils puissent se représenter à grands traits l’espèce humaine domptant peu à peu les brutalités de la nature et les brutalités de l’instinct, et qu’ils démêlent les éléments principaux de cette œuvre extraordinaire qui s’appelle la civilisation. Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort.

Eh quoi ! Tout cela à des enfants ! Oui, tout cela, si vous ne voulez pas fabriquer simplement des machines à épeler. Je sais quelles sont les difficultés de la tâche. Vous gardez vos écoliers peu d’années et ils ne sont point toujours assidus, surtout à la campagne. Ils oublient l’été le peu qu’ils ont appris l’hiver. Ils font souvent, au sortir de l’école, des rechutes profondes d’ignorance et de paresse d’esprit, et je plaindrais ceux d’entre vous qui ont pour l’éducation des enfants du peuple une grande ambition, si cette grande ambition ne supposait un grand courage.

J’entends dire, il est vrai : À quoi bon exiger tant de l’école ? Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ? Est-ce que, par exemple, au contact d’une démocratie ardente, l’enfant devenu adulte ne comprendra point de lui-même les idées de travail, d’égalité, de justice, de dignité humaine qui sont la démocratie elle-même ? Je le veux bien, quoiqu’il y ait encore dans notre société, qu’on dit agitée, bien des épaisseurs dormantes où croupissent les esprits. Mais autre chose est de faire, tout d’abord, amitié avec la démocratie par l’intelligence ou par la passion. La vie peut mêler, dans l’âme de l’homme, à l’idée de justice tardivement éveillée, une saveur amère d’orgueil blessé ou de misère subie, un ressentiment et une souffrance. Pourquoi ne pas offrir la justice à des cœurs tout neufs ? Il faut que toutes nos idées soient comme imprégnées d’enfance, c’est-à-dire de générosité pure et de sérénité.

Comment donnerez-vous à l’école primaire l’éducation si haute que j’ai indiquée ? Il y a deux moyens. Il faut d’abord que vous appreniez aux enfants à lire avec une facilité absolue, de telle sorte qu’ils ne puissent plus l’oublier de la vie et que, dans n’importe quel livre, leur œil ne s’arrête à aucun obstacle. Savoir lire vraiment sans hésitation, comme nous lisons vous et moi, c’est la clef de tout. Est-ce savoir lire que de déchiffrer péniblement un article de journal, comme les érudits déchiffrent un grimoire ? J’ai vu, l’autre jour, un directeur très intelligent d’une école de Belleville, qui me disait : « Ce n’est pas seulement à la campagne qu’on ne sait lire qu’à peu près, c’est-à-dire point du tout ; à Paris même, j’en ai qui quittent l’école sans que je puisse affirmer qu’ils savent lire. » Vous ne devez pas lâcher vos écoliers, vous ne devez pas, si je puis dire, les appliquer à autre chose tant qu’ils ne seront point par la lecture aisée en relation familière avec la pensée humaine. Qu’importent vraiment à côté de cela quelques fautes d’orthographe de plus ou de moins, ou quelques erreurs de système métrique ? Ce sont des vétilles dont vos programmes, qui manquent absolument de proportion, font l’essentiel.

J’en veux mortellement à ce certificat d’études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes. Quel système déplorable nous avons en France avec ces examens à tous les degrés qui suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence ! Mon inspection serait bientôt faite dans une école. Je ferais lire les écoliers, et c’est là-dessus seulement que je jugerais le maître.

Sachant bien lire, l’écolier, qui est très curieux, aurait bien vite, avec sept ou huit livres choisis, une idée, très générale, il est vrai, mais très haute de l’histoire de l’espèce humaine, de la structure du monde, de l’histoire propre de la terre dans le monde, du rôle propre de la France dans l’humanité. Le maître doit intervenir pour aider ce premier travail de l’esprit ; il n’est pas nécessaire qu’il dise beaucoup, qu’il fasse de longues leçons ; il suffit que tous les détails qu’il leur donnera concourent nettement à un tableau d’ensemble. De ce que l’on sait de l’homme primitif à l’homme d’aujourd’hui, quelle prodigieuse transformation ! et comme il est aisé à l’instituteur, en quelques traits, de faire sentir à l’enfant l’effort inouï de la pensée humaine !

Seulement, pour cela, il faut que le maître lui-même soit tout pénétré de ce qu’il enseigne. Il ne faut pas qu’il récite le soir ce qu’il a appris le matin ; il faut, par exemple, qu’il se soit fait en silence une idée claire du ciel, du mouvement des astres ; il faut qu’il se soit émerveillé tout bas de l’esprit humain, qui, trompé par les yeux, a pris tout d’abord le ciel pour une voûte solide et basse, puis a deviné l’infini de l’espace et a suivi dans cet infini la route précise des planètes et des soleils ; alors, et alors seulement, lorsque, par la lecture solitaire et la méditation, il sera tout plein d’une grande idée et tout éclairé intérieurement, il communiquera sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l’émotion de son esprit. Ah ! sans doute, avec la fatigue écrasante de l’école, il vous est malaisé de vous ressaisir ; mais il suffit d’une demi-heure par jour pour maintenir la pensée à sa hauteur et pour ne pas verser dans l’ornière du métier. Vous serez plus que payés de votre peine, car vous sentirez la vie de l’intelligence s’éveiller autour de vous. Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l’enseignement aux enfants que de le rapetisser.

Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable : « Les enfants ont en eux des germes, des commencements d’idées. » Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde ; leur âme recèle des trésors à fleur de terre : il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. Il ne faut donc pas craindre de leur parler avec sérieux, simplicité et grandeur.

Je dis donc aux maîtres, pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs.

Dans chaque intelligence il y aura un sommet, et, ce jour-là, bien des choses changeront."

Jean Jaurès dans La Dépêche, le dimanche 15 janvier 1888

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A comparer avec le texte proposé par le site Eduscol et qui devrait être lu demain lundi 2 novembre. 

Il manque la partie la plus "gênante" pour le Ministère... 

https://cache.media.eduscol.education.fr/file/021120/95/3/Lettre_aux_instituteurs_et_institutrices_version-longue_1344953.pdf

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