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Vivement l'Ecole!

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Pap Ndiaye ou le pacte faustien

26 Mai 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Faust dans son cabinet | Paris Musées

Comment siéger au sein du gouvernement aux côtés de ceux qui ont fait monter l’extrême droite ? Comment l’universitaire de talent, plus «cool» que «woke», évitera-t-il la liquidation libérale de l’Education nationale ?

L’extrême droite ne déçoit jamais. Jadis, Maurras, Daudet, Béraud et consorts traquaient, dans les listes des députés, la moindre consonance ashkénaze : malheur aux suffixes -blum, -berg ou -feld ! Quelques décennies plus tard, les Zemmour, Le Pen ou Ciotti font des chocs allergiques à la mélanine : ils ont suffoqué de voir Taubira nommée garde des Sceaux en 2012, ils défaillent devant Pap Ndiaye. Hier, Taubira détruisait la France avec le mariage pour tous. Aujourd’hui, Ndiaye est un cheval de Troie du «wokisme» importé des Etats-Unis, un suppôt de l’«indigénisme» et on en passe. Clameurs obsidionales (les blancs sont assiégés), apocalyptiques (la fin de la civilisation est proche) et menaçantes, bien propres à la rhétorique réactionnaire inaugurée dans les années 1790, face à la Révolution française : après le complot juif, puis judéo-maçonnique et judéo-bolchevique, voici la conjuration guyano-sénégalaise ou, mot affectionné par Blanquer, Vidal et Macron, qui accusait les universitaires d’avoir «cassé en deux la République», islamo-gauchiste. Détruire la France, vraiment ? Ne voient-ils pas que le nouveau ministre est ce que ce pays a de meilleur ? Le concert des insultes ne fait que débuter : il poursuit toujours Christiane Taubira, ou Kofi Yamgnane, ingénieur né au Togo, maire d’une ville bretonne et secrétaire d’Etat aux Affaires sociales (1991-1993). Cette violence démontre par l’exemple la justesse des thèses de ces chercheurs, dont Pap Ndiaye fait partie, qui montrent la persistance, dans l’ancienne métropole coloniale, de préjugés, clichés et peurs à l’égard des citoyens issus de l’ancien empire. Il faut du courage pour s’exposer à cette violence, pour la regarder droit dans les yeux, et pour la faire plier.

C’est sans doute la raison qui a poussé cet universitaire de grand talent à accepter des missions exposées – la direction du musée de la Porte-Dorée, puis le ministère : être un exemple et une inspiration, comme on dit aux Etats-Unis. Fin connaisseur du modèle américain d’intégration, Ndiaye revendique d’être un role model qui, par sa seule présence en responsabilité, fait comprendre à toutes les personnes de couleur que, malgré tout, quelque chose change – un peu comme une femme à Matignon, ou un noir à la Maison Blanche.

Entre violences policières et néolibéralisme darwinien

Mais comment siéger aux côtés de ceux qui ont fait sciemment et cyniquement monter l’extrême droite pour avoir une assurance réélection à vie ? Comment supporter un Darmanin qui «s’étouffe» à l’évocation des violences policières, qui n’existent pas, selon Macron ? Comment être solidaire de la politique d’un gouvernement qui veut la retraite pour les morts (25% des plus pauvres ne sont plus en vie à 65 ans) et s’obstine mordicus dans l’abolition de l’ISF ? Comment tolérer ce néolibéralisme darwinien, qui ne fait rien contre les inégalités et qui laisse la planète se consumer ?

Peut-être le souvenir de Jean Zay inspire-t-il l’historien ? Ministre de l’Education nationale du Front populaire, Zay a poursuivi sa mission après la dislocation de l’alliance de gauche, d’avril 1938 à septembre 1939. Lui aussi siégeait dans un gouvernement de droite à une époque, on le sait depuis le Récidive. 1938 de Michaël Fœssel, troublante de liens avec la nôtre. Pari risqué, tant les petits calculateurs qui tiennent le «château», l’Elysée, le seul lieu qui compte, sont cyniques : jeter un ministre de couleur en pâture à CNews comme, naguère, le mariage pour tous, c’est dresser un paratonnerre commode pour faire parler d’autre chose que de casse sociale, de destruction des services publics et «muscler» supposément sa «jambe gauche».

Mais de quelle gauche parle-t-on ? Celle des démocrates américains est souvent irréprochable dans la lutte contre les discriminations raciales et sexuelles, mais indifférente aux autres injustices : le sociétal en proue, mais le social en berne. Pap Ndiaye se dit plus cool que woke – question de génération, ajoute-t-il. Question de sociologie, surtout : Obama était cool, car il est plus facile d’avoir un regard apaisé sur le monde quand on est docteur en droit de Harvard ou, en France, normalien, agrégé et professeur des Universités. On s’accommode mieux de la destruction de l’hôpital de proximité quand on peut débourser 20 000 euros pour une prise en charge à l’Hôpital américain de Neuilly – anticipation sinistre de ce qui nous attend si on laisse faire les brutes qui laissent volontiers «ceux qui ne sont rien» accoucher dans leurs voitures, car la maternité locale a fermé.

Puisqu’il a conclu un pacte faustien avec ces brutes-là, puisse Pap Ndiaye éviter la liquidation libérale de l’Education nationale, promise par celui qui l’a nommé, revenir sur une «réforme» illisible du Capes, corriger la «réforme» du baccalauréat – si son gouvernement obtient une majorité aux élections législatives, ce qui n’est pas joué, et qui a sans doute précipité sa nomination.

Johann Chapoutot

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Élèves traqués par les publicitaires du Net : le casse-tête des enseignants français

25 Mai 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

L'Ademe dénonce des publicités Cdiscount qui incitent à la surconsommation

EXTRAITS

Avec seulement deux applications mises en cause, la France fait figure de bonne élève dans le rapport de Human Rights Watch sur la collecte de données durant la pandémie. Mais, dans les salles de classe, la situation est en réalité plus complexe, notamment en raison de l’usage d’outils non validés par le gouvernement.

À la lecture du rapport de Human Rights Watch (HRW) sur la collecte des données privées des enfants à des fins publicitaires par les outils numériques éducatifs durant la pandémie, la France fait figure de bon élève.

Alors que certains pays ont imposé à leurs élèves des outils permettant leur géolocalisation, enregistrant leurs moindres faits et gestes et les pistant lors de leur navigation pour leur proposer des publicités ciblées, la France n’est épinglée que pour deux outils. Les sites internet English for Schools et Deutsch für Schulen, édités par le ministère de l’éducation nationale, intégraient chacun des pisteurs : un de Google Analytics, un outil de mesure d’audience, et un de doubleclick.net, une régie publicitaire appartenant au géant américain.

Mais la réalité est plus complexe qu’il y paraît.

« Il est important de clarifier un point : le nombre de pisteurs ou de trackeurs n’est pas un bon indicateur en termes de gravité, explique la chercheuse Esther Onfroy, cofondatrice de la société de cybersécurité Defensive Lab Agency, créatrice de deux outils d’analyse d’applications, Exodus privacy et Pithus, et ayant collaboré au rapport de HRW. « Tout dépend du type de trackeur », poursuit-elle.

De plus, « le problème ne se résume pas à une entreprise. C’est tout un système », reprend Esther Onfroy. Le pistage est en effet assuré par une multitude d’outils dont « le but est de toujours mieux connaître la personne pour mieux la cibler »« Les données sont généralement collectées à votre insu. Puis, les entreprises vont se les repartager et elles vont finir dans des silos géants. Une fois qu’une donnée qui vous concerne a été collectée, vous n’avez plus la main dessus. Il suffit d’une fois. »

Pour illustrer ce système, la chercheuse rappelle le scandale, révélé par le site Vice au mois de novembre 2020, de la société X-Mode. Cette entreprise publicitaire américaine est spécialisée dans la collecte et la revente de données de géolocalisation issues des téléphones portables. Or, il s’est avéré que, parmi ses clients, figurait notamment un sous-traitant de l’armée américaine qui a ainsi pu mettre la main sur de nombreuses données, dont celles des 98 millions d’utilisateurs d’une application destinée à des musulmans.

Concernant les EdTech, les outils éducatifs numériques, il est important de souligner que le rapport de HRW se concentre sur ceux officiellement recommandés par des gouvernements dans le cadre de la pandémie. Et, effectivement, dans ce cadre, la France n’a pas imposé à ses élèves des outils développés par des Gafam comme ont pu le faire d’autres pays. Et, sur ceux proposés par le ministère de l’éducation nationale, seuls deux semblaient ne pas respecter le règlement général sur la protection des données personnelles (RGPD) en incluant deux cookies, sans que cela soit précisé dans ses conditions générales d’utilisation.

Mais la situation est en réalité beaucoup plus compliquée. En effet, de nombreux enseignant·es ont pris l’habitude de recourir à des outils non officiellement recommandés par leur ministère, et par ailleurs mis en cause dans le rapport de Human Rights Watch. C’est par exemple le cas de Minecraft : Education Edition.

Cette version éducative du célèbre jeu édité par Microsoft depuis 2016 a en effet connu un succès fulgurant durant la pandémie. Au mois de septembre 2020, la presse rapportait ainsi que pas moins de 2,6 millions de « leçons » avaient été téléchargées en France depuis le début du confinement. Or, selon les analyses menées par HRW, cette application fait partie de celles attribuant un identifiant persistant à ses utilisatrices et utilisateurs, afin de pouvoir les pister par la suite plus facilement, et collectant leurs données de géolocalisation horodatées.

(...)

Contacté par Mediapart, le ministère de l’éducation nationale défend de son côté les outils qu’il a mis en place « dès le début de la pandémie »« Les enseignants disposent, au travers de la solution “Ma classe à la maison” (MCALM) mise en place par le Cned, d’un outil de classe virtuelle reposant sur l’outil Blackboard », explique-t-il. « Les ressources pédagogiques de cette plateforme, conçue pendant l’hiver 2019-2020, ont été utilisées par plus de deux millions de familles, détaille encore le ministère. Les classes virtuelles proposées dans le cadre de ce service – non exclusif – ont été utilisées par plus de 500 000 professeurs. Pendant la période de confinement, plus de 3 millions d’élèves ont bénéficié chaque jour, par ce biais, d’une ou plusieurs classes virtuelles. »

Il souligne également la forte croissance durant la pandémie de l’usage des espaces numériques de travail (ENT) mis à la disposition des enseignant·es. « De mars à juin 2020, les ENT ont contribué massivement à la continuité pédagogique (+ 346 % de visites pour le mois de mars 2020). Ils absorbent jusqu’à 57,91 millions de pages vues par jour », explique-t-il. Désormais, « 80 % des élèves du second degré et 20 % des élèves du premier degré (ainsi que leurs parents et leurs enseignants) bénéficient d’un ENT et du cadre de confiance assorti, avec une sécurité pour les données personnelles nécessaires au fonctionnement des services, sous l’autorité du chef d’établissement – ou du Dasen [directeur académique des services de l’Éducation nationale – ndlr] pour le premier degré – en tant que responsable de traitement. »

Concernant l’utilisation d’outils non officiellement recommandés, le ministère précise avoir « fortement déconseillé […] l’utilisation des logiciels Zoom et Discord […], en raison de leur faible niveau de protection et leur modèle économique reposant essentiellement sur l’exploitation des données utilisateurs ».

Dans sa réponse à Mediapart, le ministère n’évoque cependant pas le cas des deux applications citées dans le rapport de Human Rights Watch (lire la réponse complète du ministère de l’éducation nationale dans la page Annexes).

Jérôme Hourdeaux

https://www.mediapart.fr/journal/france/250522/eleves-traques-par-les-publicitaires-du-net-le-casse-tete-des-enseignants-francais?at_medium=custom7&at_campaign=1046&fbclid=IwAR0zFC1KVDJJ78Ta81O5Su3oqKUEKhZUijTo2SDflv8Sk_ea34qT9zfq-oA

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Salaires, rentrée 2022, avenir de nos métiers.. retour sur nos premiers échanges avec le ministre de l’Education nationale.

25 Mai 2022 , Rédigé par Snes FSU Publié dans #Education

Vidéo : compte-rendu à la sortie du ministère

Le SNES, avec la FSU, était reçu en audience par le nouveau ministre de l’Education nationale, Pap Ndiaye. Si le ministre a acté un changement dans la méthode, sur le fond bien peu de réponses ont été apportées.

Les exigences du SNES-FSU

Le SNES a rappelé les urgences auxquelles le ministre doit apporter des réponses rapidement :

 urgence sur les salaires : le déclassement salarial de nos professions est incontestable (en novembre dernier, un rapport du Sénat), les enseignants en début de carrière sont éligibles à la prime d’activité, c’est-à-dire un dispositif de lutte contre la pauvreté ! Ce déclassement salarial pèse lourdement sur la crise de recrutement qui s’aggrave d’année en année comme en attestent les premiers résultats aux concours de la session 2022. Le SNES-FSU exige un dégel du point d’indice, un rattrapage des pertes de pouvoir d’achat de ces dernières années et une reconstruction des grilles indiciaires qui doit permette de revaloriser l’ensemble de carrières. Plus aucun professeur, CPE, Psy-EN ne doit être recruté en dessous de 2 000 € nets ). Aucun-e agent-e (AED, AESH) ne devrait être rémunéré-e à moins de 1850 euros nets pour un temps plein.


– urgence pour la rentrée 2022 : les 7900 suppressions d’emplois du dernier quinquennat continuent d’avoir des conséquences visibles : augmentation des effectifs dans les classes, suppression d’options et réduction de l’offre de formation. Par ailleurs, rien n’est prévu pour surmonter les difficultés des élèves conséquences d’une scolarité perturbée pendant le Covid. De plus, tout montre qu’on va manquer de professeurs à la rentrée 2022. Pour le SNES-FSU, la rentrée ne peut pas se dérouler ainsi !

Le SNES-FSU est aussi revenu sur la situation des DROM en pointant la nécessité pour le ministre de prendre la mesure des difficultés économiques, sociales et scolaires de ces territoires. Pour le SNES-FSU tous les établissements des DROM doivent être classés en REP+.

Gagner pour nos salaires et nos pensions, pour nos métiers, pour nos statuts et le service public d’Education, retrouvez le projet du SNES-FSU dans l’appel du congrès de Montpellier.

Les réponses du ministre

Pap Ndiaye s’est posé en rupture des méthodes de Jean-Michel Blanquer : il a mis en avant sa volonté d’écoute et de dialogue, tout en se disant conscient de l’état de fatigue des personnels de l’Education nationale. Le ministre a reconnu également la nécessité d’agir rapidement pour les DROM.

Sur les autres dossiers, bien peu de réponses ont été apportées : Pap Ndiaye a rappelé les engagements du président de la République sur la question des salaires des enseignants, tout en précisant que les modalités ainsi que le cadre de discussion seront précisés plus tard. Le SNES-FSU a rappelé que la revalorisation devait se faire sans contreparties et qu’elle est une urgence : des mesures peuvent, et doivent, être prises dès les prochaines semaines.

Sur la rentrée 2022, aucune réponse n’a été donnée, si ce n’est que le retour des maths dans le tronc commun était acté, sans préciser l’année de mise en place !

Pour le SNES-FSU et la FSU, au regard de la situation dans l’Education nationale, l’heure n’est plus aux commentaires de symboles (communiqué du SNES-FSU à la nomination de P.Ndiaye), ou aux discours sur la méthode. Il faut des actes, maintenant !

Le communiqué de la FSU

https://www.snes.edu/article/compte-rendu-de-la-rencontre-avec-pap-ndiaye/

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Dédoublement des classes: vices de réforme

25 Mai 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Dédoublement des classes: vices de réforme

Manque d’espace, vivier de remplaçants ponctionné... Etendard de la politique sociale d’Emmanuel Macron, la mesure n’est pas vécue de la même façon suivant les écoles. Les résultats, eux, sont jugés insuffisants par le Sénat au vu de l’enveloppe consacrée.

Emmanuel Macron n’est pas de droite. La preuve ? Il a allégé les effectifs de certaines classes dans les quartiers où sont scolarisés les élèves les plus en difficulté. C’est en tout cas l’argument inlassablement brandi par ses soutiens dès lors que l’on reproche au Président de ne donner qu’aux riches. Le dédoublement des classes de grande section, CP et CE1 en REP et REP+ – dits réseaux d’éducation prioritaire – fut un marqueur fort de son premier quinquennat en matière d’éducation, sur lequel le chef de l’Etat entend capitaliser : il prévoit d’étendre le dispositif jusqu’au CM2 dans ces établissements et aux classes de sixième et de seconde «partout où c’est nécessaire». Sollicité par Libération, le ministère de l’Education nationale n’était pas encore en mesure de nous apporter des précisions quant à ce déploiement, le nouveau ministre venant tout juste d’être nommé.

«Ce n’est pas forcément pertinent de le faire sur tous les niveaux parce que là où ça marche le mieux, c’est quand les élèves sont jeunes : CP, CE1, CE2. Un peu moins en CM1 et CM2, moins encore au collège et plus du tout au lycée», recadre Pascal Bressoux, professeur en sciences de l’éducation à l’université Grenoble-Alpes. Sans compter que le dispositif, s’il présente certains atouts, ne fait pas l’unanimité.

Diviser une classe en deux implique d’avoir deux professeurs au lieu d’un, deux salles au lieu d’une. Ceci multiplié par le nombre de classes dédoublées au sein d’une école – tous les CP et CE1 de l’éducation prioritaire le sont, ainsi que 90% des grandes sections en REP+ et 50% en REP. Or souvent, la place est insuffisante. Ainsi, dans nombre d’écoles, la bibliothèque a disparu, afin de pouvoir y installer une nouvelle classe. «Ça manque, dans un quartier très défavorisé où les élèves n’ont pas de livres. On avait un système de prêt, un bel espace avec des fauteuils, c’était un moment suspendu. Maintenant, ça se retrouve dans un petit coin», regrette Sophie Despax, qui enseigne en CP dédoublé en REP+ à Toulouse (Haute-Garonne).

Accepter de ne plus être seul maître à bord

Des salles informatiques, d’art ou dédiées aux réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased) sont parfois récupérées pour y installer une nouvelle classe à effectifs réduits. Des constructions préfabriquées sont installées dans la cour, quand il ne s’agit pas d’une cloison au milieu d’une salle. «Ça se fait au détriment de la vie générale de l’école», déplore Haydée Leblanc, élue dans la Somme du SnuiPP-FSU, le principal syndicat du primaire.

Et alors que l’intérêt du dispositif était d’avoir de petits effectifs – on compte 12,5 élèves en moyenne en CP et CE1 dédoublés –, faute d’espace, des enseignants réunissent leurs classes dans une même salle et font du coenseignement – ils étaient 9% en CE1, en 2018-2019. Les enfants se retrouvent alors de nouveau à 22 ou 24, avec deux maîtresses et éventuellement les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH). Ça commence à faire du monde. Sans compter que faire classe à deux n’est pas toujours aisé. Il faut s’entendre sur la pédagogie, les manuels, l’organisation… Accepter de ne plus être seul maître à bord.

L’an passé, Valérie, enseignante en CP dédoublé dans le Val-de-Marne, a pratiqué le coenseignement avec une collègue et amie. Mais le tempérament volcanique de la première et le calme de la seconde ont eu du mal à s’accorder. La salle, elle, était trop petite. Valérie était soulagée de revenir à une classe seule, cette année. Mais «c’est un CP dédoublé bâtard. On n’est pas 12, on est 16, quand on n’est pas 17. Parce qu’on n’a pas les locaux, mais on a les élèves», grince-t-elle.

Un climat de classe plus agréable

A l’inverse, quand les planètes sont alignées, les profs sont aux anges. A Sarcelles (Val-d’Oise), Emilie a pu conserver la salle qu’elle occupait lorsqu’elle avait 26 élèves de grande section ; ils sont désormais 10. Comme elle, nombre d’enseignants bien lotis en profitent pour aménager différents coins : cuisine, arts, bibliothèque… Quant au coenseignement, il est parfois choisi alors que les conditions matérielles ne l’imposent pas. C’est le cas de Cordélia (1) et de son CE1 dédoublé en REP+ à Montpellier.

La première année, elle a dû partager l’espace avec une collègue. «On devait courir après les salles libres pour pouvoir se dédoubler», se souvient-elle. L’année suivante, une classe a fermé dans l’école. Une salle s’est donc libérée. «Mais on avait tellement adoré travailler ensemble qu’on a décidé de continuer de la même façon», poursuit Cordélia. Avec, cette fois, le luxe d’avoir deux salles. Les 24 bureaux sont réunis dans la même et tous les élèves s’y installent chaque début et chaque fin de journée. Entre les deux, les enseignantes font des groupes «en fonction des besoins» des enfants.

Quelles que soient les façons de s’organiser – et elles sont nombreuses –, les professeurs pointent dans leur majorité un climat de classe plus agréable. Moins de bruit, plus de temps à accorder à chacun et donc une adaptation au plus près des besoins individuels. «Ça change fondamentalement tout, parce qu’en REP et REP+, la difficulté, c’est le langage et ça se répercute sur tous les enseignements. A 24-25, on n’a pas assez de temps, estime Séverine Plagnet, à Lille. Chez des élèves de grande section en REP+, j’ai la moitié de l’effectif qui commence à lire et à écrire des mots simples, c’est une révolution.»

«On ne peut pas résoudre tous les problèmes de la société»

Sophie Despax parle d’une «vigilance particulière à ce que chacun s’exprime beaucoup dans la journée» : «Je suis absolument persuadée d’emmener les élèves beaucoup plus loin que si la classe n’avait pas été dédoublée. C’est la première année qu’on n’a pas d’enfants non lecteurs en CM2 et c’étaient les premiers qui ont eu une classe dédoublée. Je ne crois pas que le dispositif permette de rattraper le niveau des élèves de milieu favorisé, mais ça les aide.» Là était pourtant l’objectif du dédoublement.

«Mon enfant de 3 ans a plus de vocabulaire que certains de mes élèves. Ils n’entendent le français qu’à l’école et on a beaucoup d’absentéisme. On n’est pas magiciens. On prend nos rames», lâche Anaïs (1), qui compte beaucoup d’élèves allophones, c’est-à-dire dont le français n’est pas la langue maternelle, dans son CE1 dédoublé de REP+ à côté de Saint-Etienne. Si elle considère que le dédoublement est «un super dispositif», elle juge qu’il y a un «enfumage communicationnel» autour de ça : «C’est une fumisterie. On n’a pas 100% de réussite en CP. On ne peut pas résoudre tous les problèmes de la société à l’école.»

En automne 2021, la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp), le service statistique de l’Education nationale, a publié un rapport d’évaluation de la réforme. Duquel il ressort que les élèves de classes dédoublées en REP+ progressent en CP et que ces progrès se maintiennent en CE1, mais «sans effet supplémentaire». Les résultats s’améliorent un peu en mathématiques, mais pas en français. Et dans l’ensemble, les enfants conservent un niveau inférieur à celui des enfants scolarisés hors éducation prioritaire. «On pourrait peut-être s’attendre à des effets un peu plus forts, néanmoins on n’est pas si loin que ça des standards internationaux», défend Pascal Bressoux, qui a participé à l’évaluation du dispositif avec la Depp, tout en concédant s’être attendu à «un petit peu plus» d’améliorations. «Le CE1 n’a pas ajouté d’effet positif, mais il a probablement contribué à maintenir ce gain que les élèves ont eu au CP. Plus vous restez longtemps dans une classe réduite, plus vous avez de chances que l’effet se maintienne dans le temps», indique le chercheur.

Puiser dans le vivier de remplaçants

Dans un rapport remis en février, le Sénat parle de «premiers résultats mitigés au regard des moyens importants consacrés», précisant que «le dédoublement de ces classes a un coût en ETP [équivalents temps plein, ndlr] important», évalué à 16 686 postes. «Le budget conséquent n’a pas permis une inversion franche des difficultés scolaires rencontrées par les élèves de REP et REP+», considère la chambre haute. Hors éducation prioritaire, les effectifs de grande section, CP et CE1 sont censés être plafonnés à 24 élèves – c’était effectif à la rentrée dernière pour 86% des classes concernées –, ce qui nécessite là aussi des effectifs supplémentaires. Entre le dédoublement et le plafonnement, le Sénat évalue les besoins à 19 300 postes.

«Mettre l’accent sur le dédoublement a empêché de mettre des moyens sur les remplacements ou les enseignants spécialisés», observe Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa. Il a en effet fallu puiser dans le vivier de remplaçants pour occuper les postes et des dispositifs tels que «Plus de maîtres que de classes» ou les Rased, qui permettent aux élèves en grande difficulté de travailler en petit groupe sur leurs points faibles, sont en voie de disparition. «Je m’interroge sur tout ce que ça représente en termes d’investissement et les résultats que ça peut avoir. Avant cette mesure, le seuil pour ouvrir une classe était de 21 élèves en moyenne. Maintenant, en moyenne sur le CE2, le CM1, le CM2, on est à 24 ou 25, constate Sophie Despax dans son établissement. C’est bien pour les enfants des classes dédoublées, mais j’aurais trouvé ça plus juste de baisser les effectifs de tous les niveaux.»

Effet de bord

La plupart des enseignants interrogés notent par ailleurs un effet de bord. «Les élèves sont beaucoup moins autonomes parce que je suis trop là. Quand on était deux enseignantes à 22, il n’y avait plus d’autonomie du tout. Quand une ne répondait pas, ils allaient voir l’autre. Et une fois en CE2, ils n’essayent pas de comprendre seuls une consigne», regrette Valérie. «Dans les travaux internationaux, on n’a jamais montré que la réduction de la taille des classes avait des effets monstrueux. Simplement, parmi toutes les variables de contexte sur lesquelles on peut agir, c’est probablement celle qui a l’effet le plus fort et le plus direct», analyse Pascal Bressoux.

Dans le Val-de-Marne, Juliette a hérité d’un CE1 dédoublé en REP cette année. Pour sa première année en tant que titulaire. «Je ne suis pas du tout formée, c’est très difficile quand on débute. C’est tellement chronophage de préparer la classe – il y a beaucoup de réunions, de formations – que je n’ai le temps de faire que des méthodes traditionnelles, pas d’exploiter tout le potentiel du dispositif, déplore-t-elle. C’est dommage pour les élèves que des débutantes se retrouvent dessus.»

Sonia Princet

(1) Le prénom a été changé.

https://www.liberation.fr/societe/education/dedoublement-des-classes-vices-de-reforme-20220524_HVM4DGHUEFD3RORD3CB2WVPLZE/

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Baromètre Unsa : près d'un professionnel de l'éducation sur trois "ne trouve plus de sens" à son travail

24 Mai 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education

Baromètre Unsa : près d'un professionnel de l'éducation sur trois "ne trouve plus de sens" à son travail

Le syndicat Unsa Éducation publie la 10e édition de son baromètre annuel qui interroge les personnels de l'Éducation. S'ils disent toujours aimer leur métier, ils sont de moins en moins nombreux à se dire heureux, avec un désaccord croissant vis-à-vis de la politique du gouvernement.

"Réparer plutôt que persister" : c'est le mot d'ordre de l'Unsa Éducation, qui publie les résultats de son 10e baromètre des métiers de l'Éducation, de la Recherche et de la Culture. Selon le syndicat d'enseignants, qui a collecté 42 836 réponses parmi tous les métiers de l'éducation (un record, avance le rapport), l'évolution entre le début du premier quinquennat Macron et aujourd'hui est très visible : 87% des répondants se disent en désaccord avec les choix politiques faits dans leur secteur d'activité, contre 65% il y a cinq ans. Quand on leur demande quels mots caractérisent le mieux leur état d'esprit, ceux qui arrivent en tête sont "incertitude", "fatigue", et "colère".

Moins d'un personnel sur cinq recommanderait son métier à un jeune

Le mal-être est lui aussi en progression : en 2016, 46% des personnels disaient ressentir de la reconnaissance et du respect. Six ans plus tard, ils ne sont plus que 27%. Au total, le taux de répondants qui se disent heureux d'exercer leur profession est en léger recul, passant de 80% en 2017 à 74% en 2022. Et seuls 59% des sondés disent attendre quelque chose du prochain gouvernement, ce qui témoigne d'un espoir assez limité.

Ainsi, 92% des sondés disent aimer leur profession… mais les signes de faiblesse sont de plus en plus nombreux : 29% disent ne plus trouver de sens à leurs missions, alors qu'ils n'étaient "que" 21% en 2017. Et seulement 22% conseilleraient aujourd'hui leur métier à un jeune homme ou une jeune femme : c'est 15 points de moins qu'il y a cinq ans. "C'est inquiétant, parce qu'on voit qu'ils sont de moins en moins heureux. C'est un point d'appui, il faut absolument le travailler : on a besoin de réparer des choses, il y a eu de vraies ruptures dans ce quinquennat", analyse Frédéric Marchand, secrétaire général de l'Unsa Éducation. "Cela tombe bien, on est au début d'un quinquennat qui s'ouvre : on a besoin, dans le dialogue, dans la construction, de créer les moyens de mieux reconnaitre les personnels", ajoute-t-il.

Pouvoir d'achat et niveau des élèves parmi les préoccupations majeures

Le pouvoir d'achat est, de loin, la première préoccupation des personnels sondés, suivis par la charge de travail et les perspectives de carrière – un trio de tête qui, pour sa part, n'a pas changé par rapport à 2017. "Le trio ne change pas, mais chaque préoccupation est encore plus forte : il y a ce besoin d'un choc sur la question de la revalorisation, pour tous les personnels", explique Frédéric Marchand. Conséquence, 38% des sondés se disent près à changer de métier pour rester dans le public, et même 29% pour aller vers le privé (là encore, la progression par rapport à il y a dix ans est considérable, avec 10 points de plus qu'il y a cinq ans).

Dans les thèmes d'actualité retenus par les sondés, figure aussi le niveau général, dont 48% estiment qu'il devrait être la priorité numéro un des politiques d'éducation. "Mais il y a aussi d'autres thèmes qui ressortent, comme la question de l'orientation ou celle du climat scolaire, et des sujets majeurs du moment comme l'inclusion, la mixité sociale ou les enjeux écologiques", des sujets qui ont été pour certains absents du débat présidentiel, note Frédéric Marchand. "Il faut créer les conditions d'un débat apaisé sur ces sujets-là", conclut-il, "pour réparer le lien avec les personnels, et leur laisser le temps d'appropriation, de construire avec eux".

Julien Baldacchino et Sonia Princet

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Mystère au ministère : quelle politique éducative va mener Pap Ndiaye ?

24 Mai 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

Mystère Banque d'images et photos libres de droit - iStock

Résumé

Organisation, recrutement des enseignants, pédagogie, bac, orientation : quelles ruptures, quelles continuités ?

avec :

Gurvan Le Guelec (Journaliste à l’Obs.), Luc Cédelle, Marie Duru-Bellat (sociologue, professeur émérite à Sciences Po Paris, chercheuse à l'Observatoire sociologique du changement et à l'IREDU)

En savoir plus

Pap Ndiaye n'est pas le premier des ministres dans l'ordre protocolaire, mais on rappellera que l'école demeure la première dépense (ou le premier investissement !) de la nation, et que le budget de l'éducation nationale et de la jeunesse représente 57 milliards d'euros en 2022, que la dépense éducative totale - si on ajoute celle des collectivités - s'élève à 161 milliards d'euros en 2020. Rappelons également que notre pays compte 13 millions d'élèves et 881 400 enseignants (du premier et second degrés).

Louise Tourret s'entretient avec Gurvan Le Guelec,  journaliste éducation à L’ObsMarie Duru-Bellat, sociologue, professeure émérite à Sciences Po, co-auteure avec François Dubet de L’école peut-elle sauver la démocratie ? (Seuil, 2020), et Luc Cédelle, journaliste au Monde à la rubrique "Débats", spécialiste des questions liées à l’éducation et auteur de Le système Blanquer (L'Aube, 2022).

La citation

" Pour qu'une politique éducative marche il faut un consensus relativement ouvert, il faut bien sûr l'accord des enseignants, mais aussi des parents et des employeurs"Marie Duru-Bellat

Pour aller plus loin

Lien vers l'article d'Elsa Maudet sur le site de Libération le 23/05/22 : Recrutements de profs: face à la pénurie, des exigences revues à la baisse?

Lien vers l'article de Marie Duru-Bellat sur le site d'Alternatives économiques le 25/03/22 : Education : à chaque camp son chiffon rouge électoral

Illustrations sonores

Extrait du discours d'investiture de Pap Ndiaye (BFMTV, 20 Mai 2022)

Reportage de France Inter du 11 et 12 Mai 2022, par Sonia Princet, avec Anissa et Mathis, deux jeunes lycéens qui passent le bac

Bande originale du film Et j’aime à la fureur : « Rue longue vie » de et par Benjamin Biolay, label : B original

A ECOUTER:

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/etre-et-savoir/mystere-au-ministere-1501711

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Changer l’école : pour « une nouvelle politique des savoirs, ambitieuse pour tous »

24 Mai 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Encourager les élèves à parler en classe

EXTRAITS

Quelles finalités donnons-nous à l’école ? Quels savoirs, quelle culture souhaitons-nous que les futurs citoyens maîtrisent ? A la veille des élections législatives des 12 et 19 juin, un collectif de spécialistes du système éducatif et des programmes scolaires interpelle en ce sens les candidats à la députation.

Depuis le début du siècle, nous avons vécu deux grandes concertations nationales nourrissant un débat parlementaire approfondi sur la politique éducative, en 2005 et en 2013. Elles ont conduit au vote, par le Parlement, de deux lois d’orientation, celle pour l’avenir de l’école (2005), puis celle de refondation de l’école (2013), qui ont tenté d’aborder la question essentielle de ce que les élèves devraient apprendre en tous les cas, en instituant un socle commun de connaissances et de compétences, devenu socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

Une troisième loi d’orientation, votée sous le dernier quinquennat par l’Assemblée nationale, qui va être renouvelée, s’est inscrite, dans le domaine des savoirs, en rupture avec les précédentes, en privilégiant, au détriment de l’objectif d’un socle commun de culture, la maîtrise de « savoirs fondamentaux » (lire, écrire, compter, respecter autrui), dont Jules Ferry avait déjà souligné l’insuffisance auprès des instituteurs de la fin du XIXsiècle. L’ambition affichée en 2019 d’une « école de la confiance » a été démentie par une crise de confiance générale à l’égard de l’école.

Il y a donc urgence, en début de législature, à poser dans des termes nouveaux la question fondamentale que chaque société ne peut pas ne pas se poser à propos de son école : quelles finalités lui donnons-nous, pour préparer nos enfants et nos jeunes à vivre, et dans quelle société ? Et, bien évidemment, en corollaire de cette question, quels savoirs, quelle culture souhaitons-nous que tous les futurs citoyens maîtrisent ?

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Tri et sélection sociale

Cette école des cloisonnements est donc aussi celle du tri et de la sélection sociale, assurant la réussite par l’excellence à quelques-uns et aux autres, un parcours d’obstacles, qui les élimine au fil des années et les assigne à des destins scolaires et professionnels qu’ils n’ont pas choisis, et à certains savoirs, en leur en interdisant d’autres, décrétés hors de portée pour eux.

(...)

L’enjeu de la nouvelle législature est donc clair. Soit l’école française continue sur le même modèle, creusant les inégalités au lieu de lutter contre elles, se contentant d’assurer à la masse des élèves une employabilité de travailleur peu qualifié et de poursuivre la distillation d’une élite dirigeante. Pour préparer une société toujours plus inégalitaire, ce peut être le bon chemin. Soit, en conscience, la nation et ses représentants élus en juin dessinent une nouvelle politique des savoirs, ambitieuse pour tous.

(...)

Cela passe également par une conception nouvelle :

  • . de la culture scolaire, ouverte à toutes les cultures du monde et non plus limitée à la transmission d’une culture nationale ;
  • . de la gouvernance des organisations scolaires, le pilotage bureaucratique laissant place au respect du travail et des décisions collectives au niveau des écoles et des établissements scolaires en y associant les élèves et les familles ;
  • . des temps et espaces scolaires, mieux adaptés à la formation physique, intellectuelle, pratique, sensible et sociale des futurs citoyens ;
  • . du recrutement et de la formation de tous les professionnels de l’éducation ;
  • . des modalités d’affectation, d’évaluation et de certification des élèves, en privilégiant la mixité sociale des établissements et des modalités formatrices d’évaluation et d’examen fondées sur autre chose qu’une moyenne générale dépourvue de sens.

Tel est le sens de la lettre ouverte adressée par le Collectif d’interpellation du curriculum aux candidates et candidats aux élections législatives pour les appeler à promouvoir une grande consultation démocratique sur l’école que nous voulons : une école émancipatrice pour tous.

Les membres du Collectif d’interpellation du curriculum signataires : André Canvel ; Philippe Champy ; Roger-François Gauthier ; Michèle Haby ; Mélanie Jonquiere ; Régis Malet ; Denis Paget ; Patrick Rayou ; André-D Robert ; Mariem Siala ; Vincent Troger ; Jean-Pierre Veranmembres du Collectif d’interpellation du Curriculum

https://www.lemonde.fr/education/article/2022/05/24/changer-l-ecole-pour-une-nouvelle-politique-des-savoirs-ambitieuse-pour-tous_6127411_1473685.html?xtor=EPR-33281056-[education]-20220524-[_titre_2]&M_BT=115764035545371

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Jean-Marc Huart, la ligne Blanquer sur la route de Pap Ndiaye

23 Mai 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

https://focus.courrierinternational.com/2022/05/20/0/0/4000/2672/1280/0/60/0/8eea3e4_2022-05-20t173450z-1111495330-rc25bu9bfc32-rtrmadp-3-france-politics.JPG

Fraîchement nommé directeur de cabinet du nouveau ministre de l’Education nationale, l’ancien directeur général de l’enseignement scolaire fait partie du «noyau de fidèles» de Jean-Michel Blanquer. Il était notamment impliqué dans le scandale Avenir Lycéen, du nom du syndicat largement subventionné par la rue de Grenelle pour défendre la politique du gouvernement.

Jean-Marc Huart est un homme à ruches. Formé à l’apiculture, l’homme en possède quelques-unes, est fier de son miel et, à la manière de ses abeilles, aime butiner. On l’avait laissé à l’académie de Nancy-Metz, où il occupait depuis 2019 le poste de recteur après ses années passées en tant que directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco), puissant numéro 2 du ministère Blanquer à un poste-clé au sein de la grosse machine de l’Education nationale. Désormais, voilà l’ancien professeur de sciences économiques et sociales de retour à Paris, fraîchement nommé en tant que directeur de cabinet du nouveau ministre Pap Ndiaye.

Officiellement, ce sont les ministres qui nomment leurs lieutenants. Officieusement, l’imprimatur peut remonter jusqu’à Matignon, voire l’Elysée. Et le retour de Jean-Marc Huart rue de Grenelle, dans l’ombre de celui qui est considéré comme une prise d’ouverture de Macron, interroge. D’abord, parce qu’il était à la tête de la direction générale de l’enseignement scolaire lorsque l’affaire Avenir Lycéen a éclaté. En novembre 2020, Mediapart démontrait, relevés bancaires à l’appui, la façon dont ce syndicat lycéen, officiellement apolitique, avait touché 65 000 euros de subventions publiques du ministère en 2019 afin d’organiser un congrès qui n’a jamais eu lieu. Les membres fondateurs d’Avenir Lycéen préférant flamber l’argent en bouteilles de champagne, chambres d’hôtel à près de 300 euros et autres mignardises.

Mauvaise utilisation des subventions publiques

Dans son enquêteLibération avait montré comment l’idée de créer cette organisation lycéenne avait germé rue de Grenelle, au sein de l’entourage proche de Jean-Michel Blanquer. Son objectif : défendre les mesures gouvernementales, servir la communication du ministre et bien évidemment rompre tout dialogue avec les syndicats lycéens. Pour certaines personnes interrogées par Libé, l’idée de créer cette organisation serait venue du Dgesco de l’époque, un certain Jean-Marc Huart. Un an après les révélations, l’Inspection générale de l’Education, du sport et de la recherche confirmait dans un rapport publié en décembre 2021 la mauvaise utilisation des subventions publiques.

Avec sa nomination comme directeur de cabinet de Pap Ndiaye, doit-on y voir un signe de continuité de la politique de Jean-Michel Blanquer ? En tout cas, la nomination de Huart s’inscrit dans ce qui a beaucoup été dit de l’ère Blanquer à l’Education nationale : l’ex-ministre aura marqué en profondeur le système éducatif et placé beaucoup de ses fidèles à des postes-clés. Une manière pour lui de voir son «œuvre» prolongée après son départ.

Car entre Jean-Marc Huart et Jean-Michel Blanquer, l’histoire est ancienne. Entre 2009 et 2012, Jean-Michel Blanquer occupe le poste de directeur général de l’enseignement scolaire aux côtés de Luc Chatel, alors ministre de l’Education nationale. Jean-Marc Huart, lui, est alors son sous-directeur chargé des lycées et de la formation professionnelle.

Ministre de l’ombre

A l’arrivée de la gauche au pouvoir en 2012, les deux hommes quittent quasiment au même moment leur poste après la victoire de François Hollande. «Huart est parti de lui-même, pour des raisons idéologiques», affirmait à Libération un ancien cadre de la Dgesco. Avant de faire le chemin inverse et de revenir rue de Grenelle, en 2015. «Nous avions hésité à valider sa nomination, vu qu’il était marqué à droite. Mais ses qualités professionnelles étaient reconnues. Pour nous, c’est ce qui primait. Et il a fait le job. Il a été loyal», expliquait en 2020 Olivier Noblecourt, l’ancien directeur de cabinet de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale entre 2014 et 2017.

Emmanuel Macron élu, Jean-Michel Blanquer prend la tête du ministère. Et n’oublie pas son ami Jean-Marc Huart, nommé Dgesco dans la foulée. A la tête de l’organisme, il est entre 2017 et 2019 une sorte de ministre de l’ombre, qui pilote et met en musique les politiques décidées par le ministre. Un poste ingrat, difficile, où «on a les emmerdes sans les dorures», résume un connaisseur du ministère de l’Education.

C’est donc bien plus qu’un bureau que partagent Jean-Michel Blanquer et Jean-Marc Huart. «La proximité idéologique et professionnelle entre eux ne fait aucun doute. Huart fait partie du noyau de fidèles du ministre», assure un ancien cadre de la Dgesco. Ce connaisseur des arcanes de la rue de Grenelle pourra sans nul doute éclairer le chemin du néophyte Pap Ndiaye. Reste à garder un œil sur la composition à venir du reste du cabinet du ministère de l’Education et sur l’éventuelle nomination d’un conseiller spécial. Et de voir si pour cette nouvelle mission, le mordu de miel a prévu de servir la soupe Blanquer.

Charles Delouche-Bertolasi

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Revue de Presse Education...

23 Mai 2022 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education

Revue de Presse Education...

EXTRAIT

Semaine chargée, revue chargée ! L’attente dura jusqu’à vendredi. Jusque-là le départ de Blanquer fut accompagné de nombreux articles, et celui de Vidal se fit dans un silence lourd médiatique. Et depuis les nominations, c’est l’emballement. Celle au MEN est particulièrement commentée. L’extrême-droite se déchaîne et crie au wokisme. Espérons, au contraire, que ce nouveau ministre restera éveillé et attentif aux nombreux problèmes que les médias ont rappelé tout au long de cette semaine.

Les messages se multiplient sur les réseaux sociaux à propos du décès d’André Antibi. Il a créé un choc et mis à mal l’évidence de l’évaluation en France avec sa conception de la constante macabre. Voir sur Youtube une de ses conférences à ce propos. André Antibi – Évaluation scolaire : comment ne pas tomber dans la “Constante macabre” ? ainsi que cet article sur Antibi sur le site des Cahiers, La constante toujours macabre.

Politique

On pensait que le coup des maths était son dernier coup avant de quitter le ministère, mais non, Jean-Michel Blanquer lance l’opération “Un livre pour les vacances” 2022. “Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, s’est rendu le jeudi 12 mai à l’école de la commune de Sourdun pour lancer la distribution de la version 2022 des fables de la Fontaine.”

Et du coup, Le ministre Jean-Michel Blanquer en visite en Seine-et-Marne. “Une classe de CM2 de l’école de Sourdun (Seine-et-Marne) a reçu la visite du ministre de l’Éducation nationale. Il leur a remis un exemplaire des fables de La Fontaine.”

Noémie Bonnin pour FrancInfo propose un bilan : Cinq ans de réformes et quelques couacs… Le bilan de Jean-Michel Blanquer au ministère de l’Éducation nationale.Jean-Michel Blanquer fait partie des rares ministres à être restés à leur poste sur l’ensemble du quinquennat d’Emmanuel Macron. Il a marqué le monde de l’éducation par ses réformes multiples, mais aussi par un désamour de plus en plus fort d’une bonne partie des enseignants.” Et pour Sonia Princet et Xavier Demagny toujours sur FranceInfo : Réforme du bac, classes dédoublées, Covid, boulettes et tensions : c’était Jean-Michel Blanquer. “Il est celui qui sera resté le plus longtemps au ministère de l’Éducation nationale. Que retenir du bilan de Jean-Michel Blanquer ? Résumé des cinq dernières années.”

Bien sûr on s’interroge, Ministre de l’Education nationale : Blanquer, Attal… Qui est pressenti pour le ministère ? GOUVERNEMENT. Alors que le gouvernement est en pleine recomposition, les ministères les plus importants sont convoités. A l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer ne devrait pas être reconduit et dans les couloirs on souffle le nom de Gabriel Attal.” Ainsi que du côté du supérieur.  Remaniement: les universités vont-elles garder leur ministère? Article réservé aux abonnés de Libération. “Avant chaque nouveau gouvernement, les universitaires craignent de perdre leur ministère. La période ne fait donc pas exception, d’autant plus qu’a été annoncé un exécutif «resserré». Tour d’horizon des différents scénarios.”

En attendant, on rappelle les promesses d’Emmanuel Macron. “Lors de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait longuement présenté son programme et notamment le volet concernant l’éducation. Voici les propositions que le président réélu pourrait mettre en œuvre.” Les syndicats éducation présentent à E. Borne les « priorités à engager dès le début du quinquennat » publié par Elsa Doladille sur Nousvousils.“Une intersyndicale a envoyé un courrier à la Première ministre Elisabeth Borne pour que des mesures soient prises « de toute urgence » pour l‘éducation.” Et “Christian Couturier, secrétaire national du SNEP-FSU, revient sur la situation de l’EPS aujourd’hui et évoque ses attentes concernant le futur ministre de l’Education.” « Le futur ministre de l’éducation devra revenir sur tous les dysfonctionnements introduits par Blanquer ».

Le Café Pédagogique avait rappelé le Plan maths : Un programme politique menacé d’enlisement… “” Les objectifs du plan, très ambitieux, ne sont pas encore atteints. La proportion de professeurs des écoles formés est, dans la plupart des académies, en deçà des attentes initiales ; l’impact sur les pratiques d’enseignement, sur le travail collectif des enseignants, et, en fin de compte, sur les apprentissages des élèves, est encore modeste“. Le rapport des inspecteurs généraux Ghislaine Desbuissons et Oilivier Sidokpohou montre comment le plan maths s’enlise dans les réalités de l’éducation nationale. Alors que JM Blanquer quitte l’éducation nationale, les objectifs sont loin d’être atteints. Et l’avenir du plan maths loin d’être assuré.”

Le Café pédagogique a présenté les objectifs du NUPES : Un programme contre les inégalités scolaires. “Nous affirmons très clairement qu’il doit y avoir zéro décrocheur et que pour avoir un service public de qualité il est indispensable de recruter des personnels en nombre et de réduire le nombre d’élèves par classe“. C’est Marie Jeanne Gobert, responsable des services publics au PCF, qui a présenté le 19 mai la partie du programme de Nupes, l’alliance des gauches, concernant l’Ecole. Le programme fixe trois priorités : lutter contre la ségrégation scolaire, renforcer l’enseignement professionnel et revaloriser les personnels Education Nationale. Il est nettement en rupture avec celui d’E Macron.” Jean-Pierre Veran, formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université, interroge, Projet éducatif de la NUPES : et la politique des savoirs ? “Le programme de la NUPES ne manque pas de propositions utiles pour réduire l’impact des origines scolaires sur les destins scolaires. Mais en dehors de nouveaux enseignements pratiques, il ne modifie pas l’équilibre actuel des savoirs enseignés, qui est un facteur actif de ségrégation scolaire.”

Finalement ce vendredi le Café pédagogique annonce, Pap Ndiaye ministre de l’Education nationale. “C’est une nomination surprise, un tournant et pourtant une continuité. La nomination de Pap Ndiaye à l’éducation nationale et à la jeunesse est une surprise. Il ne figurait pas dans les noms qui revenaient pour ce ministère et ce n’est pas un politique. Un tournant car il va rompre avec le populisme anti wokisme agité par JM Blanquer. Une continuité car il aura à appliquer la politique décidée par E Macron, c’est à dire continuer ce qui avait été dessiné dès 2017.” Cécile Blanchard l’avait interviewé dans un article publié le 1 avril 2022 pour les Cahiers pédagogiques : « Les musées ne font pas à eux seuls l’histoire ». “Dans l’actuelle période électorale, il n’est pas forcément facile, pour un établissement culturel, de trouver sa place. Rencontre avec Pap Ndiaye, directeur général du Palais de la Porte dorée, à Paris, qui abrite le Musée national d’histoire de l’immigration et un aquarium tropical.”

Sud-Ouest s’interroge : Comment Jean-Michel Blanquer, rigide et clivant pilier de la macronie, a fini par tomber.Longtemps apprécié de la macronie et titulaire du record de longévité au ministère de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer quitte le gouvernement au terme de cinq années qui ont vu son étoile pâlir.” Sud-Ouest et l’AFP. De même que Claude Lelièvre. Pap Ndiaye à la tête du MEN : surprise et continuité ? Une surprise : personne ne l’annonçait, et il a un passé au rebours de Blanquer. Une continuité dans sa catégorie de nomination : il est le onzième ex-professeur nommé à la tête du MEN, et ses dix prédécesseurs ex-enseignants ont tous été comme lui agrégés. Une continuité problématique : le sens que peut avoir cette nomination pour Macron couplée à son projet de « refondation » de l’Ecole…” Libération propose quelques réactions. Nomination de Pap Ndiaye : «L’Education nationale ne se gouverne pas uniquement à coups de symboles». “Les enseignants, échaudés par cinq années de Jean-Michel Blanquer, sont satisfaits de constater une rupture dans le choix de l’historien nommé rue de Grenelle, mais n’oublient pas qu’il sera chargé d’appliquer la politique libérale d’Emmanuel Macron.“ Le Monde fait son édito : Pap Ndiaye ministre de l’éducation nationale, le poids d’un symbole.  Et pour le FigaroPap Ndiaye à l’Éducation nationale : la droite fulmine, l’extrême gauche s’incline. La CHRONIQUE de Alain Mabanckou, Ecrivain dans l’Obs, Pap Ndiaye et l’éducation française. “Pour l’écrivain de « Black Bazar » et du « Sanglot de l’homme noir », lauréat du prix Renaudot en 2006 et enseignant à l’université Ucla de Los Angeles, une tâche rude attend l’historien Pap Ndiaye au ministère de l’Education nationale.” Et je ne cite pas tous les médias qui publient le portrait de ce nouveau Ministre de l’Education nationale et de la jeunesse. Un exemple, Les EchosGouvernement Borne : avec Pap Ndiaye à l’Education nationale, un changement radical de profil. “Le nouveau ministre de l’Education nationale va devoir s’atteler au « chantier majeur » dessiné par Emmanuel Macron pendant la campagne. Plusieurs réformes particulièrement sensibles sont sur la table.”

(...)

Bernard Desclaux

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