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Vivement l'Ecole!

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Réforme du collège : Pap Ndiaye rouvre un débat vieux de cinquante ans

27 Septembre 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Réforme du collège : Pap Ndiaye rouvre un débat vieux de cinquante ans

EXTRAITS

Le ministre de l’éducation nationale a qualifié le collège d’« homme malade du système ». Si observateurs et acteurs de terrain confirment l’existence de tensions, ils se méfient d’une énième réforme.

Eclipsé des débats pendant cinq ans, le collège revient au cœur des discours politiques. Dans un entretien accordé à Midi libre, mi-septembre, le ministre de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, a affiché sa volonté de « s’attaquer » au collège, qu’il qualifie d’« homme malade du système ». Depuis sa nomination, fin mai, le locataire de la Rue de Grenelle multiplie les prises de parole sur cette étape de la scolarité. Il a plusieurs fois évoqué l’« attention particulière » qu’il tenait à accorder au collège, « pris en sandwich » entre l’école primaire, érigée en « priorité » sous son prédécesseur Jean-Michel Blanquer, et le lycée, objet de la plus vaste réforme éducative du premier quinquennat d’Emmanuel Macron.

Pourquoi se focaliser sur le collège ? Pap Ndiaye insiste sur le « faible » niveau des élèves à la fin de la 3e, surtout en mathématiques et en anglais, et sur les inégalités qui se « creusent » en 6e pour justifier la nécessité d’une transformation. Les tests passés en début de 2de montrent, en effet, qu’une partie des élèves n’a pas une maîtrise suffisante des compétences et des connaissances évaluées en maths et en français, et que les importants écarts de niveaux sont fortement corrélés à l’origine sociale des élèves.

Pour l’heure, le ministre de l’éducation nationale ne se risque à aucune annonce d’ampleur et renvoie à la concertation qui va se mettre en place dans le cadre du Conseil national de la refondation, cette instance de dialogue lancée par Emmanuel Macron début septembre. Seuls des dispositifs spécifiques ont été proposés pour la rentrée, comme la poursuite du « plan mathématiques » ou le déploiement d’un « plan d’urgence » pour améliorer le niveau d’anglais des collégiens. La Rue de Grenelle met également l’accent sur les expérimentations prévues pour « mieux accompagner la transition » entre le CM2 et la 6e ou pour encourager la « découverte des métiers » pour les élèves dès la 5e.

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Observateurs et acteurs de terrain le reconnaissent cependant : il y a bien un « sujet collège », niveau de la scolarité où « se concentrent beaucoup de difficultés liées aux apprentissages », selon les mots de Sophie Vénétitay, responsable du SNES-FSU. « Au collège comme à l’école, des élèves de tous les horizons sont ensemble, sauf qu’au collège les problématiques liées à l’adolescence s’ajoutent au cumul des lacunes qui devient psychologiquement difficile à supporter pour des élèves qui vivent toute leur scolarité obligatoire en échec », abonde Jérôme Fournier, du SE-UNSA.

Sur le terrain, les enseignants témoignent, en outre, de tensions croissantes dans la gestion de l’hétérogénéité des classes. « Dans une même classe, j’ai un élève non francophone, des élèves qui doivent être accompagnés par des AESH [accompagnants d’élèves en situation de handicap] et n’en ont pas, ou pas à tous les cours, des élèves en très grandes difficultés scolaires… », énumère Emilie (qui n’a pas souhaité donner son nom), professeure d’anglais en REP + à Sedan (Ardennes). « C’est très compliqué de gérer seule autant de problématiques dans un groupe de 25 élèves, surtout quand on n’y est pas formé. »

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La réforme de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale de François Hollande, avait été pensée pour le consolider et pour clarifier ses finalités. Après l’inscription du « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » dans la loi en 2005 et sa déclinaison pédagogique précise en 2013 (quarante ans après la création du collège unique), la réforme de 2015 avait pour ambition « de réorganiser le système pour assurer l’acquisition du socle commun par tous les élèves », souligne Alexis Torchet, du SGEN-CFDT.

Jean-Michel Blanquer a cependant détricoté les fondements de cette réforme dès son arrivée Rue de Grenelle, en 2017, et les changements mis en œuvre depuis 2016 (les marges d’autonomie, les heures d’enseignement pratiques interdisciplinaires…) et leurs conséquences sur la scolarité des élèves n’ont jamais été évalués – pas plus, d’ailleurs, que toutes les précédentes réformes. « Des choses ont été mises en place dans les collèges, mais elles passent sous les radars institutionnels », regrette Alexis Torchet.

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Eléa Pommiers et Sylvie Lecherbonnier

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« Innovation pédagogique » : les injonctions paradoxales d’Emmanuel Macron

27 Septembre 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

« Innovation pédagogique » : les injonctions paradoxales d’Emmanuel Macron

Le président de la République veut soutenir financièrement les projets innovants. Mais les tenants d’une pédagogie critique sont parfois ignorés, voire combattus au sein de l’Éducation nationale. Débat sur les chausse-trappes de « l’innovation » et le risque de libéralisation du système scolaire.

Des débats, partout, impliquant les enseignant·es, mais aussi les collectivités, les associations, les entreprises, et la constitution de « projets pédagogiques innovants », pour donner à chacune et chacun la possibilité de réussir à l’école. Voici, en quelques lignes, les annonces d’Emmanuel Macron pour cette rentrée, assorties de quelque 500 millions d’euros pour les écoles dont le projet passerait la barre d’un « jury », dont la nature reste encore assez mystérieuse.

C’est la mise en œuvre, sur tout le territoire, d’une expérimentation lancée à Marseille il y a à peine un an.

De quoi parle-t-on ? Est-ce que des pédagogies alternatives ne sont déjà pas possibles à l’école ? Y a-t-il un risque à créer une concurrence entre les établissements ? Surtout, comment accueillir ces annonces, alors que certain·es des militant·es des pédagogies critiques, intéressé·es à la réussite de tous les enfants dans le secteur public, dénoncent l’absence de soutien, voire la répression dont ils et elles font l’objet ? Le détour pédagogique peut-il résoudre à lui seul les inégalités sociales que reproduit l’école ?

C’est toute l’ambiguïté de l’institution Éducation nationale vis-à-vis des « pédagogies nouvelles », dans un système scolaire de plus en plus découpé en autant de parts de marché, comme l’explique Ghislain Leroy, auteur d’une Sociologie des pédagogies alternatives (La Découverte). Il en débat avec Hélène Careil, enseignante, militante à l’Icem-pédagogie Freinet, mutée de son école « pour les besoins du service » en 2021, et Sébastien Fournier, secrétaire départemental adjoint du syndicat enseignant SNUipp des Bouches-du-Rhône, dans la nouvelle émission de Mediapart consacrée à l’éducation, « À bonne école ».

Mathilde Goanec

(Vidéo de l'émission en cliquant ci-dessous)

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COP26 : l'éducation face au changement climatique

26 Septembre 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Environement

COP26 : l'éducation face au changement climatique

Résumé

A l'ère de l'Anthropocène, faut-il repenser l'éducation et la manière de parler du futur aux enfants ?

avec :

Frederick Heissat (Cofondateur du réseau Profs en transition), Lydie Lescarmontier (docteure en glaciologie), Monique Dupuis (Inspectrice générale chargée de mission en Education au Développement Durable (EDD)), Nathanaël Wallenhorst (Maître de conférences à l'UCO, docteur en sciences de l'environnement et de l'éducation).

En savoir plus

À quelques jours de la COP 26, qui commence le 1er novembre à Glasgow, nous nous  interrogeons sur le rôle que l’école, les enseignants et nous tous peuvent jouer pour faire comprendre aux enfants et adolescents les mécanismes et les effets du réchauffement climatique. Cette question, il faut le signaler, est présente dans les textes internationaux : l’Article 12 des Accords de Paris, rédigés à la suite de la COP 21 et ratifiés par 55 pays, stipule que les parties doivent prendre des mesures pour développer l'éducation au changement climatique.

Alors nous parlerons de la place qu’occupe le sujet dans les programmes des sciences de la vie et de la terre, de physique ou de géographie, mais aussi en économie, géopolitique ou en philosophie… ou encore dans l’éducation scientifiques dès l’école primaire… Mais il ne s’agit pas juste d’une question de contenus disciplinaires ou interdisciplinaires, car c’est aussi la manière de parler de l’avenir, de s’y projeter, qui se trouve engagée à travers cette éducation au changement climatique. Et que faire des émotions que suscite le sujet, chez les enfants comme chez les adultes, ces inquiétudes sur notre futur commun et celui de la planète qu’on appelle aujourd’hui l’éco-anxiété ? Quid aussi de la défiance voire du refus des conclusions des scientifiques chez certains ?

(...)

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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Professeurs absents : des parents d'élèves portent plainte contre l’Éducation nationale

26 Septembre 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Face à l'absence de professeurs, plus d'une centaine de requêtes ont été déposées pour obtenir des indemnisations à hauteur de 50 euros par jour non remplacé et 500 euros de préjudice moral. 

Attaquer l’Éducation nationale en justice comme dernier recours. Dans cette école, un enseignant n'a pas pu être remplacé l'année dernière. La mère d'un élève a décidé de déposer une requête indemnitaire auprès du ministère : "En tant que maman je n’avais pas de solution pour ma fille qui était en CE2 et qui n'a pas eu de maître ou de maîtresse devant elle pendant sept semaines". Avec cette requête, un parent d'élève peut réclamer à l’état 50 euros par jour de cours non remplacé et 500 euros pour le préjudice moral.

Deux mois pour répondre aux requêtes   

Pour que l'État apporte enfin des solutions, ce sont des parents de toute la France qui ont soumis des requêtes. 121 ont été déposées au ministère, mais ce n'est qu'un début. "Le fait de traiter ce sujet avec des milliers de dossiers permettra de faire réagir et donc d'obtenir la mise en place de vraies solutions d’État", explique Maître Joyce Pitcher, avocate des parents d’élèves. Le ministère a deux mois pour réagir aux requêtes. À défaut, les avocats saisiront le tribunal administratif de chaque académie.

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Débat : Après le classement de Shanghai, penser d’autres modèles d’excellence scientifique

26 Septembre 2022 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Universite

Quatre universités françaises parmi les 100 meilleures du monde selon le  classement de Shanghai

Débat : Après le classement de Shanghai, penser d’autres modèles d’excellence scientifique
Marion Paoletti, Université de Bordeaux

Ninon Junca, cheffe de projet RESET au sein de l’Université de Bordeaux, a participé à la rédaction de cet article avec Marion Paoletti.


Si elle ne manque pas d’ironie, l’invitation lancée en avril 2022 par le président chinois aux universités de son pays de quitter, près de 20 ans après son invention, le classement de Shanghai constitue peut-être un moment charnière pour promouvoir d’autres modèles de classement des institutions d’enseignement supérieur.

L’Union européenne parait particulièrement bien armée pour proposer des critères de classement qui reposent sur d’autres valeurs propres et un modèle scientifique véritablement universel. Son action en la matière, ancienne, mais peut-être trop discrète jusqu’à présent compte tenu de la puissance du modèle de Shanghai, mérite sans doute d’être mieux affirmée au moment où celui-ci est un peu déstabilisé.

Un moment propice pour la réflexion

Rendu public à l’été 2003, le premier classement international des universités a eu un impact majeur sur le secteur académique mondial et ses agents. Pensé au départ pour permettre aux universités chinoises de se moderniser en s’alignant sur les standards américains de mesure de la productivité scientifique (nombre de publications, de citations, de prix scientifiques, etc.), ce classement a très vite gagné en visibilité à l’international et exacerbé la concurrence entre établissements d’un continent à l’autre. Chaque université dans le monde veut renforcer son positionnement pour obtenir davantage de financements et attirer les meilleurs étudiants et chercheurs.

L’impact en France a été particulièrement important, coïncidant avec l’abandon d’un discours égalitaire entre chercheurs et établissements. Certes, la compétition sur le marché académique n’est pas que capitaliste, et elle n’est pas due pas qu’aux seuls effets des classements mais aussi à la diffusion du Nouveau Management Public (NMP), doctrine de réforme de l’État à l’œuvre dans tous les secteurs publics depuis les années 1990 et contribuant à la mise en concurrence des agents, des services, des administrations.

Conjuguant leurs logiques et effets, classement et Nouveau Management Public ont bouleversé les politiques universitaires. La compétition commence à l’intérieur des établissements, elle s’élargit au niveau national à travers les nouvelles agences de l’État chargées de l’évaluation des structures académiques (HCERES) ou des projets de recherche financés (ANR, appels nationaux lancés par l’État) et elle se joue aussi sur la scène européenne et mondiale.

Au niveau des établissements, la politique de fusion, dans le but premier de progresser dans le classement grâce à un effet de masse, est majeure en France, au premier rang des pays européens par le nombre de fusions réalisées entre 2000 et 2015. Au niveau des individus, la mesure de la performance s’effectue principalement à travers deux critères : la quantification des publications et l’internationalisation.

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L’annonce de la part de la Chine d’un repli sur un modèle national constitue un moment propice pour la réflexion, incitant à se pencher sur les projets de transformation commune des établissements que l’Union européenne finance de longue date, dans un sens favorable à l’égalité des carrières et à l’équité. C’est notamment le cas du projet RESET (Redesigning Equality and Scientific Excellence Together) que l’université de Bordeaux coordonne et qui associe les universités de Porto, Thessalonique, Lodz, Oulou, Ruhr-Bochum et Sciences Po.

Dans le cadre de ce projet ont été menées en 2021 dans les établissements partenaires des enquêtes quantitatives sur les inégalités de carrière, et des enquêtes qualitatives sur la perception de l’excellence scientifique par les agents chargés de la mettre en œuvre. Leurs résultats amènent à interroger le modèle scientifique promu par l’université de Shanghai et à questionner la notion d’excellence scientifique à l’aune de la notion d’équité. Le constat a fondé l’engagement commun, rendu public en juin 2022, des sept présidents d’universités européennes concernées en faveur d’une excellence scientifique inclusive, tenant compte des inégalités qui traversent les institutions académiques.

Des critères aveugles aux inégalités de genre

L’excellence peut être définie comme ce qui présente « des caractéristiques exceptionnelles ». Quand l’exception devient la norme, la notion perd de sa pertinence pour les agents chargés de la mettre en œuvre. Les données qualitatives recueillies dans le projet RESET, à travers plusieurs focus groups dans quatre universités (Bordeaux, Lodz, Porto, Thessalonique) au printemps 2021 et composés de manière homogène de chercheurs, d’enseignants, de personnels administratifs et de membres de l’équipe de gouvernance, signalent, au-delà des différences liées au contextes nationaux, l’ambivalence partagée de la notion.

Pour la majorité des personnes, l’excellence scientifique est une notion qui devrait être positive et constitue parfois un puissant moteur individuel. Elle se trouve aussi associée aux idées de pression et de surcharge de travail. Un élément a été souligné en particulier par les personnels administratifs : le manque de reconnaissance de leur participation, notamment dans les services de soutien à la recherche.

Les participants aux groupes de discussion ont également souligné la difficulté à concilier vies et environnements personnels et professionnels pour atteindre l’excellence. La « recherche constante de l’excellence » semble lui faire perdre son sens. L’« excellence » a perdu sa partie « supra » et s’est transformée en un élément « normal » et parfois « insensé ». Par ailleurs, la pression liée au nombre de publications est perçue par les chercheurs comme une menace pour la qualité de leurs résultats de recherche. La notion d’excellence scientifique associée aux publications parait étroite par rapport à l’étendue des tâches à l’université, elle n’intègre pas l’activité pédagogique ou administrative : il faudrait plutôt parler d’excellence académique.

La notion est par ailleurs associée dans la littérature à celle de méritocratie que le principe de sélection est supposé garantir. Or l’objectivité des critères quantitatifs de mesure de la productivité scientifique demeure aveugle aux inégalités sociales que l’université enregistre et reproduit, au risque d’une association peu convaincante des termes « excellence » et « mérite ». Les données sur les inégalités sexuées dans le milieu académique sont bien renseignées, à tous les niveaux (établissements, États, Union européenne). Celles, inédites, produites dans le cadre de RESET, montrent la persistance d’injustices liées au genre, en particulier dans les carrières scientifiques, moins dans les carrières administratives.

Quel que soit le marché du travail académique en Europe, les mêmes inégalités genrées sont à l’œuvre, avec sensiblement la même répartition sexuée à toutes les étapes de la carrière. Alors que les femmes réussissent mieux leurs études universitaires et sont nettement majoritaires en master, elles ne sont plus en 2018 que 48 % en doctorat au sein de l’UE (43 % en France), 42 % au niveau Maître de conférences, et 26 % au niveau professeur des universités. Six présidents d’universités sur sept au sein de l’UE sont des hommes.

Redéfinir le mérite

Les causes de ces inégalités sont désormais bien renseignées. On sait aussi quelles sont les politiques à mettre en œuvre pour les résorber de manière transversale, en ouvrant la boite noire des recrutements et des promotions, de la production et du transfert des connaissances. Associées, dans une perspective intersectionnelle, à la lutte contre les discriminations, ces politiques tendent à rendre effective l’égale capacité à être reconnu excellent et excellente.

La prise en compte de l’égalité et de la diversité comme critère de classement semble devoir trouver facilement sa place dans un modèle européen, sans laisser l’initiative comme aujourd’hui à des groupes privés.

Cette redéfinition du mérite dans l’excellence scientifique pourrait d’autant plus amener à faire évoluer les critères à l’œuvre depuis 2003 qu’elle est associée à d’autres politiques dont les effets peuvent aller dans le même sens :

  • une attention aux impacts sociaux des recherches dans leur évaluation – ce que porte particulièrement en matière d’égalité des sexes le Gender Impact Assessment ;

  • une réflexion en cours sur l’empreinte environnementale des universités et des activités de recherche, conformément aux objectifs de développement durable de l’ONU ;

  • un modèle de science ouverte, qui pourrait à terme déboucher sur une évaluation plus qualitative des recherches.

Le moment est sûrement venu d’intégrer l’ensemble de ces évolutions pour lesquelles l’UE œuvre à bas bruit depuis longtemps pour diffuser un nouveau classement des universités.The Conversation

Marion Paoletti, Professeure de Science politique, Université de Bordeaux

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Appel à la grève Sur la réforme des lycées pro, Emmanuel Macron crée l’union contre lui

24 Septembre 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Appel à la grève Sur la réforme des lycées pro, Emmanuel Macron crée l’union contre lui

Le projet du Président, qui vise à augmenter considérablement le poids de l’entreprise dans la voie professionnelle, est parvenu à fédérer des syndicats qui font habituellement bande à part. Ils appellent à la grève le 18 octobre.

Ils passent à l’offensive. Vendredi, seize syndicats de l’éducation ont décidé d’appeler à la grève le 18 octobre afin qu’Emmanuel Macron retire son projet de réforme des lycées professionnels. Une telle union syndicale autour de la voie pro n’a rien d’anodin. Déjà depuis cet été, la quasi-totalité des syndicats de professeurs de lycée professionnel (PLP) a décidé de s’unir dans une intersyndicale inédite, à laquelle le Snetaa-FO, majoritaire mais habituellement plus prompt au compromis, s’est joint. Les élèves ne devraient pas être en reste, puisqu’ils vont aussi être invités à se mobiliser dans les semaines à venir, notamment à l’initiative du collectif Une voie pour tous.

Tutelle du ministère du Travail

Le Président a annoncé la couleur dès sa campagne : il veut faire de la voie professionnelle un axe majeur de son projet pour l’école. Une bonne chose, tant les enjeux sont grands : un lycéen sur trois étudie en filière professionnelle, mais c’est là que se concentrent les deux tiers des décrocheurs et seuls 41 % des élèves de CAP et 53 % des élèves de bac pro n’ayant pas poursuivi leurs études ont un emploi deux ans après l’obtention de leur diplôme. Macron souhaite donc à la fois rendre la voie professionnelle, plus souvent subie que choisie, plus attractive et plus insérante. Comment ? En la rapprochant du monde de l’entreprise. L’assertion, vieille comme l’enseignement professionnel lui-même, fait bondir les enseignants, qui ne cessent de rappeler qu’une bonne partie de leur boulot consiste justement à entretenir des liens avec le monde du travail.

Insuffisant pour le Président, qui décidait notamment, début juillet, de nommer une ministre déléguée à l’Enseignement et à la Formation professionnelle, Carole Grandjean, sous la double tutelle des ministères de l’Education nationale et du Travail. Une première, les portefeuilles de ce type ayant toujours échu au seul ministère de l’Education. Depuis, il continue d’avancer ses pions, vantant le modèle de l’apprentissage, qui a certes explosé ces dernières années, mais dans le supérieur, chez des étudiants majeurs et issus de catégories sociales plus favorisées que les lycéens professionnels. Et se disant notamment favorable au recrutement, dans les lycées pro, de professeurs associés issus du monde de l’entreprise, qui pourraient éventuellement présider les conseils d’administration – un rôle normalement dévolu aux proviseurs.

«Coupure scolaire»

Si la réforme des lycées pro baigne encore dans le flou, une mesure concrète cristallise les oppositions : à compter de la rentrée 2023, la durée des stages – 22 semaines en bac pro – augmentera de 50 %. Et ces «périodes de formation en milieu professionnel» (PFMP) seront gratifiées par l’Etat, une nouveauté. «C’est très bien d’être payé. Il y a une rémunération attrayante parce que ce sont des élèves issus de milieux défavorisés. Mais à quel prix ? Quelle place on laisse à la scolarité ? interroge Dylan Ayissi, fondateur du collectif Une voie pour tous, lui-même ancien élève de lycée pro. 50 % de stages en plus, ils ne se rendent pas compte de ce que ça représente comme coupure scolaire.» Car pour augmenter le temps en entreprise, il faudra bien rogner sur les enseignements.

Macron assure que les heures de matières générales – français, histoire, maths… – ne diminueront pas. «Ce sont des enseignements fondamentaux», défendait récemment l’Elysée auprès de la presse. Une position contraire aurait mis le feu aux salles des profs, ces matières ayant déjà été amputées lors de la précédente réforme de la voie pro, en 2018. Le Président évoque même la possibilité de renforcer ces matières. Comment ? Il renvoie aux concertations qui doivent avoir lieu dans les semaines à venir et qui permettront à chaque établissement de définir sa propre feuille de route. Mais suggère notamment l’idée d’échelonner les départs des élèves en stage et d’en profiter pour dédoubler les classes afin d’assurer des cours en plus petits effectifs.

Reste que si les périodes en entreprise s’allongent et les heures de matières générales ne diminuent pas, il faudra rogner sur les enseignements professionnels, qui mêlent théorie et pratique. «Les entreprises disent des élèves “il lui manque de la culture générale” ou “il lui manque du savoir-être, il ne doit pas agresser le client, il doit être zen, mettre à distance les choses”», déroule Pascal Vivier, secrétaire général du Snetaa-FO. Elles ne disent jamais “c’est un mauvais menuisier ou un mauvais chauffeur poids lourd”.» Hors de question, donc, de toucher à ces enseignements professionnels qui permettent d’inculquer un certain nombre de codes.

Discrimination en stage

Sur le terrain, on craint par ailleurs certains effets de bord à l’allongement du temps en entreprise. «La discrimination en stage, on la constate. Une fille en maintenance des équipements industriels ou un jeune issu de l’immigration en commerce, il est difficile de leur trouver un terrain de stage. Donc plus on va augmenter les PFMP, plus on va augmenter les inégalités entre les élèves», alerte Philippe Dauriac, professeur de lettres-histoire à Chasseneuil-sur-Bonnieure (Charente) et secrétaire national de la CGT Educ’action en charge du pôle enseignement professionnel. Les élèves handicapés, sur-représentés en lycée pro et qui ont déjà des difficultés à être accompagnés à la hauteur de leurs besoins lorsqu’ils partent en stage, risquent aussi d’être lésés.

D’aucuns se demandent s’il ne faudrait pas réduire les congés pour pouvoir rallonger les stages sans amputer les enseignements, mais «la plupart de nos élèves travaillent pendant les vacances et ont besoin de cet argent», tempère Laurence Colin, proviseure d’un lycée hôtelier à Arcachon et secrétaire générale adjointe du SNPDEN-Unsa, principal syndicat des personnels de direction.

Autre gros morceau de la réforme : la refonte de la carte des formations. Une opération que tout le monde appelle de ses vœux, les déséquilibres étant parfois criants entre les envies des élèves, les besoins des entreprises et les formations offertes. Mais les avis divergent quant à l’objectif à atteindre. Dans l’esprit de l’exécutif, «il y a une volonté de calibrer les filières professionnelles vers des métiers qui peinent à recruter. On veut instrumentaliser l’orientation des jeunes post-troisième vers des métiers qui sont aujourd’hui désertés par les actifs du fait de conditions de travail et salariales déplorables : l’hôtellerie-restauration, l’aide à domicile, le bâtiment. C’est un scandale scolaire. Le ministère préfère répondre aux besoins particuliers, immédiats et locaux de certaines entreprises et abandonne l’ambition scolaire pour un tiers de la jeunesse lycéenne», attaque Sigrid Gérardin, cosecrétaire générale du Snuep-FSU. «On se dit “il manque des gens pour tourner des boulons à droite, donc on va créer une formation pour tourner des boulons à droite”. Mais on ne se demande pas si les gens s’épanouissent. Le lycée professionnel ne doit pas avoir pour simple vocation de suivre un marché économique, il faut que ce soit un lieu où les élèves s’éclatent aussi», plaide Dylan Ayissi, qui pousse pour le développement de formations en communication, jeu vidéo ou sport.

«L’école doit rester un sanctuaire»

Emmanuel Macron, lui, parle rénovation thermique, chaudronnerie ou grand âge. Et entend faire germer des envies dès le collège. Pour cela, les établissements volontaires peuvent, depuis cette rentrée, proposer des «demi-journées avenir» à leurs élèves de cinquième, dans le cadre desquelles des professionnels de tous secteurs et des PLP peuvent venir parler de divers métiers et les adolescents aller visiter des entreprises. «L’idée est de faire en sorte que la voie professionnelle soit mieux connue de tous, qu’elle attire tous les élèves qui ont envie d’y aller véritablement en connaissance de cause et donc que les élèves y arrivent motivés», précise l’Elysée. Sur le papier, l’idée a du potentiel, mais soulève plus d’interrogations que de réponses.

Quels enseignants vont chapeauter ces demi-journées ? A quel rythme ? Le cabinet de Carole Grandjean nous répond que c’est, là encore, laissé à l’appréciation de chaque collège, la mesure étant en phase expérimentale. Du côté du Snetaa-FO, on adhère… si les professeurs de lycée pro prennent les rênes. «Qui peut vraiment permettre de mettre au mieux l’entreprise au cœur de l’école tout en faisant en sorte qu’elle reste autonome, indépendante, laïque ? Ce sont les PLP. Chez nous, l’entreprise n’est pas une ennemie, c’est une alliée. Mais elle n’est qu’un support pédagogique, ce n’est pas elle qui décide de quand elle vient, ce qu’elle fait, quels sont ses objectifs. L’école doit rester un sanctuaire», soutient Pascal Vivier.

La ministre déléguée à l’Enseignement professionnel n’ignore pas l’hostilité que provoque la réforme et a consulté en cascade les différents syndicats les heures qui ont précédé l’intersyndicale de jeudi. Sans succès. «Il faut l’unité la plus importante pour être en capacité de mener le combat, insiste Philippe Dauriac, de la CGT. Il n’y a pas une personne qui travaille sur cette réforme qui mettrait son enfant en lycée pro. Ils se disent “c’est bon pour les enfants des autres, mais pas les nôtres”. On ne va pas laisser faire ce projet de démantèlement.»

Elsa Maudet

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Mais qui veut encore être prof de nos jours ?

24 Septembre 2022 , Rédigé par Slate Publié dans #Education

Mais qui veut encore être prof de nos jours ?

En pleine crise du recrutement des enseignants, les nouveaux profs font leur première rentrée. Qui sont ceux qui rentrent dans le métier au moment où il peine à attirer ?

816 candidats admissibles pour 1.035 postes au Capes externe de mathématiques en mai 2022, des classes de plus en plus chargées… En cette période de rentrée scolaire, le manque de professeurs dans l'Éducation nationale se fait de plus en plus criant. Pourtant, comme chaque année, de nombreux candidats ont passé le concours et commencent leur nouveau métier d'enseignant.

Valentine vient d'obtenir l'agrégation de mathématiques. Affectée en lycée en région parisienne, elle réalise un rêve de longue date. «Je suis tellement contente ! Enseigner, pouvoir apporter quelque chose aux élèves, j'ai commencé à y penser l'année après mon bac. Pendant mes études, j'avais tellement le nez dans mes bouquins que je ne savais plus pourquoi je faisais tout ça. Je me disais “quand je serai prof, je me sentirai utile”.»

Frédéric, lui, n'a pas eu le Capes en 2021. Contractuel depuis trois ans, il compte bien retenter sa chance l'année prochaine, car son travail de professeur de sciences économiques et sociales lui plaît beaucoup. «Être devant une classe, le contact avec les élèves, c'est génial. Je n'ai jamais été aussi content de me lever le matin. On a une grande liberté dans nos emplois du temps : tu peux faire des semaines hyper intenses, d'autres plus allégées ensuite. Et il y a la dynamique de l'établissement, le travail avec d'autres enseignants pour monter des projets... Ainsi que la liberté et l'autonomie que je n'avais pas dans mes précédents boulots.»

Des «variables d'ajustement»

Au-delà de leur enthousiasme, ni l'un ni l'autre ne sont naïfs sur les conditions de travail particulières de l'Éducation nationale. D'après Valentine, «c'est une vérité. J'ai commencé la semaine dernière, et à peine ma prérentrée faite, j'apprends que je dois enseigner une seconde matière qui s'appelle “SNT, sciences numériques et technologiques”, alors que je n'ai absolument pas été formée pour ça.» L'annonce tardive lui a laissé peu de temps pour préparer ses cours. «Quand j'ai su ça, tout le monde autour de moi m'a dit: “Bienvenue dans l'Éducation nationale !”»

Pour Frédéric, qui travaille dans un lycée privé, l'un des pires aspects est le «mépris» de l'administration. «Pendant ma troisième année, j'ai fait un remplacement dans une classe prépa. À peine sorti du premier cours, le directeur me dit : “On a un problème, l'inspecteur général refuse que vous fassiez cours aux prépas parce que vous n'êtes pas titulaire.” Le fait qu'ils aient attendu que je me retrouve devant la classe pour me le dire alors que j'avais passé deux ou trois mois à préparer les cours, ce n'est pas très agréable –en matière d'estime de soi et de reconnaissance. Un mois plus tard, l'établissement m'a proposé de me rémunérer sur ses fonds propres pour faire cours parce qu'il n'y avait personne d'autre. On a vraiment l'impression d'être des variables d'ajustement.»

Frédéric évoque aussi la précarité du statut de contractuel : «Quand j'ai commencé, j'étais toujours renouvelé par périodes de quinze jours car je remplaçais un congé maladie. Ce qui m'a permis de le faire, c'est d'être en couple avec une personne qui a un salaire fixe. Je ne sais pas si j'aurais pu tenir longtemps si j'avais été célibataire.»

Nouveaux profs, nouveaux profils ?

Pour Victoria David, doctorante en sciences de l'éducation et spécialiste de l'attractivité du métier de professeur, il y a deux évolutions majeures dans le recrutement des enseignants. «Depuis quelques années, pour pouvoir passer le concours de l'enseignement, il faut un master, c'est-à-dire un plus haut niveau d'éducation qu'auparavant, note-t-elle. Ça change un peu la composition sociale des entrants: tout le monde ne peut pas aller jusqu'au master, socialement parlant.»

Elle observe par ailleurs une part croissante de personnes en reconversion dans les lauréats du concours: «Entre les différents concours de l'enseignement public, 37% des admis ont été précédemment actifs. Cela varie selon les concours: il y a beaucoup plus de reconversions dans le primaire que dans le secondaire. Et dans les concours du secondaire, ça concerne surtout le lycée professionnel et l'enseignement technologique. Ce qui est naturel: on va enseigner le métier qu'on a exercé précédemment.»

«Il est intéressant de mettre en perspective cette évolution avec l'évolution de l'activité elle-même, explique Victoria David. L'école traditionnelle française, c'est plutôt un enseignant qui transmet son savoir de manière descendante. Mais ces dernières décennies, il y a eu une évolution vers une démocratisation de l'enseignement, vers une complexification du métier. On demande aux enseignants plus de compétences, c'est pour ça qu'on augmente le niveau d'études nécessaire.»

Une crise partie pour durer

Mais l'arrivée de personnes en reconversion professionnelle ne suffit pas à résoudre la crise de l'attractivité du métier. D'après Victoria David, elle est multifactorielle. «Une des raisons, c'est un vieillissement du corps enseignant: les enseignants du baby-boom arrivent à la retraite. Ça n'a pas forcément été anticipé correctement.»

Pour elle, il faut également prendre en compte les conditions de travail, qui peuvent dissuader les candidats: un salaire insuffisant par rapport au niveau d'études, un manque de reconnaissance lié à une image dégradée du métier, ou encore la possibilité d'être muté n'importe où en France. C'est d'ailleurs pour cette raison que Frédéric, qui habite Nantes, souhaite passer le concours dans le privé: «Je préfèrerais aller dans le public, mais je sais que je vais me retrouver en banlieue parisienne. Là, je viens d'avoir un enfant, autant dire que je n'ai pas du tout envie de vivre loin de ma famille.»

De plus, selon Victoria David, il existe une tension entre le profil des enseignants et l'évolution de leur métier«C'est une profession assez étrange, l'enseignement, quand on y pense: ce sont des professionnels avec un statut de cadre mais le contenu de tout ce qu'ils doivent faire est prescrit par en haut. On attend d'un côté une plus grande compétence, et de l'autre, une plus grande obéissance. C'est très inconfortable, et je pense qu'il y a un malaise.»

Ce qui ne change pas, ce sont les motivations des nouveaux enseignants. «Quand on leur demande pourquoi ils veulent enseigner, les gens continuent à répondre “c'est par passion pour ma matière, par passion pour l'enseignement, parce que j'ai envie de partager mon savoir”, etc., comme avant», témoigne la doctorante.

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, «les motivations que l'on pourrait appeler “extrinsèques” –parce qu'il y a des vacances, pas beaucoup d'heures de travail, etc. dont on entend beaucoup parler dans le débat public– sont en fait assez peu invoquées, assure-t-elle. Et quand elles le sont, elles sont associées à une plus grande insatisfaction et à un plus grand turnover.»

«Pour moi, enseigner, c'est participer au développement de l'enfant, au niveau de ses connaissances, mais aussi de toute sa vie, résume Valentine. C'est vrai qu'il y a des contraintes. Mais moi, ce qui me porte, c'est le fait de transmettre.»

Hélène Paquet

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Le nouveau « filon » pour muter des profs gênants sans s’encombrer d’une sanction

22 Septembre 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

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Le cas de Kai Terada, enseignant non sanctionné mais muté « dans l'intérêt du service » dans les Hauts-de-Seine à la rentrée scolaire, relance le débat sur la manière dont l’Éducation nationale se jouerait du droit administratif pour déplacer les militants syndicaux les plus bruyants.

Pour Kai Terada, le coup fut brutal. Enseignant en mathématiques à Nanterre (Hauts-de-Seine), militant actif et connu auprès de jeunes sans papiers, cosecrétaire départemental du syndicat Sud Éducation, l’homme a appris par voie d'huissier, le 5 septembre 2022, sa suspension, pour quatre mois, sans qu’aucun motif ne lui soit signifié. « La nuit suivante, j’avoue que je n’ai pas très bien dormi. »

Kai Terada conserve son salaire mais n’a plus le droit de se présenter dans le lycée où il exerce sans discontinuer depuis seize ans et se retrouve également sous la menace d’une mutation dans « l’intérêt du service », c’est-à-dire d’être déplacé dans un autre établissement, contre son gré.

Son cas a soulevé une large indignation dans la sphère enseignante, une manifestation de soutien a eu lieu mercredi 21 septembre 2022 sous les fenêtres du nouveau ministre de l’éducation nationale, en présence de plusieurs représentants syndicaux nationaux et de quelques député·es et élu·es de la Nupes. Car cette affaire a une histoire, qui voyage de Nanterre à Bobigny, en passant par Clermont-Ferrand, Nantes ou Bordeaux. Celle d’enseignant·es qui ont comme point commun d’être notoirement impliqué·es auprès de leurs élèves, très actifs et actives syndicalement, sur qui tombe le couperet d’une mutation, sans que rien d’explicite ne leur soit pourtant reproché.

Benoît Arvis est avocat, spécialisé dans les litiges opposant les agent·es à l’administration. La « mutation dans l’intérêt du service » est un procédé qui n’a rien de neuf et elle est surtout utilisée dans la fonction publique d’État, mais jusqu’ici tenue « à l’écart de l’organisation du mouvement des enseignants, assez étrangère même à l’Éducation nationale ». Et pour cause, considère l’avocat, « cette mesure discrétionnaire signe un acte d’autorité, une crispation hiérarchique, elle se manie normalement avec une extrême précaution ». Depuis 2018 et les années Blanquer, du nom du ministre de l’éducation nationale lors du premier quinquennat d'Emmanuel Macron, les procédures se sont pourtant multipliées.

Pour Kai Terada, c’est un audit de plusieurs semaines mené en mars 2022 qui déclenche la procédure. L’enseignant se doute qu’il est « dans le collimateur », notamment à la suite d’un mouvement de grève assez dur, en 2020, à l’occasion de la réforme du baccalauréat. Il demande le 30 juin à consulter son dossier administratif : « Il n’y avait rien dedans, le vide, même pas de “chemise discipline”. » En septembre, quelques jours après que sa suspension lui est notifiée, il est convoqué au rectorat de Versailles, accompagné de défenseurs syndicaux et d’un avocat. « Toujours rien dans le dossier, et il m’a été répété que ce n’était surtout pas une sanction disciplinaire. Mais alors, pourquoi je suis muté ? »

Interrogé, le rectorat de Versailles se justifie : « Des situations de tensions au sein du lycée Joliot-Curie ont été remontées auprès des services académiques. Elles ont conduit à une mission de l’IGÉSR [l’inspection générale de l’éducation nationale et du sport –ndlr] à la demande du rectorat. Les faits portés à la connaissance des services du rectorat de Versailles nous ont conduits à arrêter un certain nombre de mesures afin de garantir le fonctionnement serein de cet établissement. » Parmi elles, la suspension de Kai Terada, une « mesure conservatoire » qui ne revêt pas « le caractère d’une procédure disciplinaire » mais qui a été prise « dans l’intérêt du service ».

Hélène a été mutée en 2021, en cours d’année, dans l’intérêt du service, en quinze jours c’était plié.

Jules Siran, Sud Éducation

Un processus opaque, assez similaire à celui vécu en 2019 par quatre enseignants du collège République de Bobigny, en Seine-Saint-Denis, sanctionnés et mutés d’office. Un an plus tard, c’est au tour des « trois de Melle », dans les Deux-Sèvres, d’être suspendu·es, pour finir par écoper de sanctions allant du blâme à l’abaissement d’échelon, en passant par la mutation. Des mesures qui sont toutes contestées devant la justice.

À Clermont-Ferrand, la même année, six enseignant·es syndicalistes sont poursuivi·es pour « intrusion non autorisée dans un établissement scolaire » dans le cadre d’une grève, et placé·es sous la menace de sanctions disciplinaires, un fait alors inédit selon les organisations syndicales nationales. À Rennes, c’est au tour d’Édouard Descottes, lui aussi syndicaliste et très engagé au sein du réseau RESF (Réseau éducation sans frontières) d’être muté d’office, pour avoir notamment « encouragé à des actions consistant à entraver le fonctionnement du service public d’éducation ».  Une « première vague », selon Jules Siran, cosecrétaire fédéral de Sud Éducation, à la suite de la très forte mobilisation contre les « E3C », ces épreuves communes de contrôle continu, mises en œuvre dans la nouvelle formule du baccalauréat.

Puis vint le cas d’Hélène Careil, enseignante engagée de l’école Marie-Curie de Bobigny (93), syndicaliste et adepte de la pédagogie Freinet, en poste dans l’école longtemps dirigée par Véronique Decker, connue pour ses nombreux écrits sur l’éducation en Seine-Saint-Denis. « Hélène a été mutée en 2021, en cours d’année, dans l’intérêt du service, en quinze jours c’était plié », raconte Jules Siran. Deux mois avant la fin de l’année scolaire, en 2022, six enseignant·es de l’école Pasteur de Saint-Denis sont eux aussi brutalement muté·es « dans l’intérêt du service », une affaire racontée ici par MediapartLà encore, c’est totalement inédit.

« À chaque fois, on est dans le haut du panier des bastions syndicaux, décrit Jules Siran. Il n’y a pas d’éléments pour une vraie sanction, mais le rectorat veut ramener “le calme” et la “sérénité” dans l’établissement. Le mode opératoire est toujours le même : on lance une procédure contre des militants sans fondement disciplinaire. » Interrogé sur une forme de récurrence dans le motif, le ministère de l’éducation nationale ne nous a pas répondu.

Le risque d’une sorte de « fait du prince »

En droit public, une procédure disciplinaire exige un cadre d’examen paritaire, avec des délais de convocation, la réunion d’une commission paritaire académique, réunissant administration et représentants syndicaux. Cette commission instruit un dossier, avec des délais de convocation, la possibilité pour les agent·es accusé·es de se défendre et d’être accompagné·es d’un syndicat ou d’un avocat, commission qui aboutit à un vote, dans lequel l’administration garde une voix prépondérante. « C’est très imparfait, mais on est dans une sorte d’État de droit », argue Jules Siran.

Depuis la loi de transformation de la fonction publique (votée en 2018, appliquée depuis 2019), qui a réduit comme peau de chagrin le pouvoir et le périmètre de ces commissions paritaires, la mutation dans l’intérêt du service n’est plus soumise à une commission préalable. Le risque est alors grand d’une sorte de « fait du prince ».

« La procédure de mutation dans l’intérêt du service, c’est un bon filon, un nouveau totem pour l’administration », critique Grégory Thuizat, secrétaire du syndicat SNUipp en Seine-saint-Denis. Une véritable « zone grise », qui n’est « malheureusement pas bien contrôlée par le juge », ce qui peut donner l’impression que « le processus est hors de contrôle », ajoute l’avocat Benoît Arvis. « Ce n’est cependant pas totalement en dehors du droit, car souvent précédé d’une enquête interne. Mais ces enquêtes dans l’Éducation nationale sont une catastrophe, elles sont menées par des membres académiques qui n’ont pas de vraie indépendance, ce n’est pas sérieux. »

« L’administration marche sur une ligne de crête dans ce genre d’affaires : la mutation dans l’intérêt du service lui permet de se protéger, car les recours portés devant le tribunal sont irrecevables à moins de prouver une discrimination puisqu’il n’y a pas officiellement sanction, confirme Bérenger Jacquinet, l’avocat des six enseignant·es de l’école Pasteur, muté·es contre leur gré. Mais les conditions permettant de qualifier une telle mesure sont quand même assez strictes, on ne peut pas qualifier d’“intérêt du service” tout et n’importe quoi, au bon vouloir du recteur ou de la rectrice. Nous considérons en l’espèce que la mutation est abusive. »

Abusive et incompréhensible, surtout, s’entête l’un·e des plaignant·es de Pasteur, toujours en accident de service (l’équivalent de l’accident de travail dans la fonction publique) plusieurs mois après l’annonce de sa mutation : « C’est extrêmement violent. Oui, nous étions à 100 % engagés pour les élèves, dans des conditions d’exercice difficiles, sans jamais hésiter à signaler les dysfonctionnements. Il n’aurait jamais fallu les dire puisque nous risquions de le payer… C’est d’autant plus injuste que mes collègues et moi avons toujours été très protocolaires, en passant d’abord par la hiérarchie, puis les instances de santé et sécurité, jamais par la presse ou en essayant d’en faire une grosse histoire. »

Toutes ces procédures ont été contestées, d’abord en référé (procédure rapide pouvant suspendre une décision de l’administration, en attendant un jugement sur le fond), le plus souvent perdues, mais également sur le fond du dossier, et sont en attente d’audience et de jugement pour la plupart. « Les rectorats jouent sur le temps long, la disproportion financière et un terrain juridique qui ne nous est pas favorable, fustige Aladin Lévêque, l’un des enseignants visés à Melle. Nous nous battons contre des dossiers complètement à charge, anonymisés, avec des pièces falsifiées, sans aucune vraisemblance. »

« Il n’y a que Pap Ndiaye pour arrêter ça »

Rassemblé·es dans le collectif « Sois prof et tais-toi », ces enseignant·es sont soutenu·es par une intersyndicale très large qui n’hésite plus à parler de « répression syndicale », qui viserait les organisations syndicales les plus contestataires, sans exclusive, allant de Sud Éducation à la CGT, en passant par FO ou le SNES-FSU. Des organisations prônant et pratiquant, pour certaines, une lutte de plus en plus dure ces dernières années dans les établissements, y compris par la grève, arguant du caractère totalement verrouillé du dialogue social ordinaire.

La conséquence à la fois d’une politique de « concertation » tous azimuts qui masque mal une relation devenue totalement délétère entre un ancien ministre, Jean-Michel Blanquer, et toutes les organisations syndicales, mais également d’une volonté plus profonde de rapprocher la fonction publique du fonctionnement managérial en entreprise.

« Avec le cas de Kai Terada, qui intervient au début de ce nouveau quinquennat, nous sommes à la croisée des chemins, assure Grégory Thuizat. Est-ce que le signal que va envoyer l’institution c’est la rupture ou la continuité du mandat Blanquer ? C’est tout l’enjeu du rassemblement de mercredi. » Même son de cloche chez Aladin Lévêque, depuis les Deux-Sèvres. « Ils ont tout essayé ces dernières années, en passer par la voie pénale à Clermont-Ferrand, la suspension puis la procédure disciplinaire, le blâme sans sanction disciplinaire, et ce nouveau cocktail de l’arbitraire, suspension sans motivation et mutation dans l’intérêt du service. Il n’y a que Pap Ndiaye pour arrêter ça. »

Jules Siran peine à y croire, son syndicat prépare d’ailleurs une saisine de la Défenseure des droits pour « présomption de discrimination syndicale » vis-à-vis de Sud Éducation, notoirement et depuis longtemps dans le viseur. « Au moment de la nomination du nouveau ministre, nous avons noté la volonté d’afficher un symbole progressiste. Pap Ndiaye, c’est quand même un historien qu’on cite dans les bibliographies de nos formations syndicales ! Mais les cas de répression se poursuivent et se ressemblent. »

Se refusant à commenter sur le fond ces décisions, le ministère a néanmoins reçu en audience une délégation assez conséquente à l’issue de la manifestation de mercredi, ce qui signe, sur la forme, un petit changement de pied. Kai Terada sera lui fixé sur son sort jeudi 22 septembre, à l'issue de sa convocation par le rectorat de Versailles.

Mathilde Goanec

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Dans l’enseignement privé, de plus en plus d’élèves très favorisés

22 Septembre 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

L'enseignement privé se porte bien

EXTRAITS

Au collège, le secteur privé sous contrat compte 40 % d’élèves très favorisés, contre 20 % dans le secteur public, et l’écart ne cesse de se creuser. Alors que l’entre-soi se renforce, le ministre de l’éducation nationale veut relancer une politique de mixité sociale.

C’est une note des services statistiques du ministère de l’éducation nationale, parue pourtant au cœur de l’été, qui ne cesse d’alimenter les débats dans les cercles éducatifs, tant les chiffres y sont éloquents. Si l’enseignement privé sous contrat accueille environ un élève sur cinq en France depuis plusieurs décennies, l’entre-soi s’y est davantage renforcé que dans le public, indique cette étude, alors que le ministre, Pap Ndiaye, a fait de la mixité sociale une de ses priorités. A la rentrée 2021, 40 % des élèves scolarisés dans un collège privé sous contrat étaient issus d’un milieu social très favorisé, contre à peine 20 % dans le public.

 

Inversement, 18 % des collégiens du secteur privé sous contrat faisaient partie de classes sociales défavorisées, contre 42 % des élèves du secteur public. Des écarts qui n’ont fait que croître, alors que la ségrégation parmi les collèges publics suit une tendance légèrement à la baisse depuis 2018. En 1989, la proportion d’élèves de milieu social très favorisé était déjà supérieure de 11 points en classe de sixième dans les collèges privés par rapport au public. Elle grimpe aujourd’hui à plus de 20 points, avec une accélération depuis les années 2010. Le collège concentre les enjeux de mixité sociale, il est vrai. A l’école élémentaire, les familles font le choix de la proximité.

Au lycée, l’orientation entre filière générale, technologique et professionnelle provoque un tri social, les classes défavorisées étant plus représentées dans les deux dernières voies. Au-delà des chiffres nationaux, c’est à l’échelle locale que tout se joue, tant lieu de résidence et milieu social sont liés. Historiquement, les collèges et lycées privés se sont davantage implantés dans les centres-villes, volontiers plus bourgeois. Aujourd’hui, si un dixième des collèges privés scolarisent moins de 6 % d’élèves de milieu défavorisé, un dixième en accueille au moins 39 %, note l’étude du ministère de l’éducation nationale.

De fait, les écarts de composition sociale entre le privé et le public atteignent leur paroxysme en Ile-de-France, dans le sud méditerranéen et les départements et régions d’outre-mer. Le cas de Paris est, à ce titre, exemplaire. Dans la capitale, 37 % des collégiens sont scolarisés dans l’enseignement privé sous contrat, qui compte 3 % d’élèves défavorisés dans ses effectifs, selon les calculs de l’économiste de l’éducation Julien Grenet. Selon une étude qu’il a conduite en 2017, la « ségrégation sociale » dans les collèges de la capitale est due pour moitié à la typologie du quartier de résidence lui-même, et pour l’autre moitié à la part des élèves inscrits dans l’enseignement privé, une faible part (5 %) relevant d’inscriptions dans un collège public hors secteur.

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L’entrée en sixième, point de bascule

Si, pour une part, les familles scolarisent leur enfant dans le privé par conviction religieuse notamment, pour une autre, ce choix n’était pas acquis au départ. L’entrée en sixième marque le plus souvent le point de bascule. La réputation du collège de secteur, la volonté de « donner le meilleur à son enfant » ou des craintes sur le niveau scolaire ou des violences supposées au sein de l’établissement jouent à plein pour éviter le public. Un dilemme qui touche davantage les classes moyennes et supérieures des grandes villes, où la concurrence entre public et privé est plus frontale, mais qui n’épargne pas d’autres territoires.

« Dans ce système scolaire devenu marché, des tensions existent entre l’intérêt général et les intérêts particuliers, entre l’égalité et la liberté », décrypte le sociologue Aziz Jellab. Cadre dans la fonction publique territoriale près de Clermont-Ferrand, Violaine (elle n’a pas souhaité donner son nom) n’imaginait pas un instant « mettre ses enfants dans le privé ». Une infirmière scolaire sème le doute pour son fils aîné, détectant une précocité en classe de CE1. « Il sera peut-être davantage dans son élément dans le privé », souffle-t-elle. Issue d’une « famille de profs », Violaine se dit bousculée et réfléchit tout au long de l’école élémentaire, avant d’opter pour un collège privé à l’entrée en sixième. « Il s’agissait de le protéger », raconte-t-elle, toujours en « dissonance cognitive » face à cette décision quelques années plus tard.

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« Enseignement semi-public »

En parallèle de la fermeture de deux collèges publics ghettoïsés et d’une répartition des élèves dans les autres établissements du territoire, le conseil départemental de la Haute-Garonne module depuis 2019 une partie de la dotation de fonctionnement qu’il attribue aux collèges en fonction de leur composition sociale. Un dispositif d’incitation financière, sous forme de bonus-malus, qui ne concerne que les crédits pédagogiques, de l’ordre de 54 euros par élève en moyenne. Résultat, en 2022 : 56 collèges, tous publics, ont bénéficié d’un bonus, 40 structures publiques et sept privées ont reçu une dotation stable, et quatorze collèges, tous privés, se sont vus appliquer un malus.

 

Comment Pap Ndiaye pourra-t-il construire sa politique de mixité sociale face à cet état des lieux ? Y inclura-t-il l’enseignement privé sous contrat ? Cette question a tout d’un tabou dans la sphère politique, car la crainte de raviver la « guerre scolaire » est grande. D’un côté, l’enseignement privé ne veut pas entendre parler d’intégration à la carte scolaire ou de politique de quota. De l’autre, certains défenseurs du public crient au « séparatisme ».

Pour le secrétaire général du Comité national d’action laïque, Rémy-Charles Sirvent, « distinguer les enfants sur les bancs de l’école selon leur origine sociale pose problème pour la réussite de tous les élèves et du système scolaire dans son ensemble. C’est aussi un obstacle à la laïcité, car c’est là où se concentre le plus de pauvreté que ces questions sont aussi les plus vives ». L’enquête Pisa, initiée par l’Organisation de coopération et de développement économiques, le rappelle à chaque édition : la France est l’un des pays où l’origine sociale des élèves détermine le plus fortement leurs performances scolaires.

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Sylvie Lecherbonnier

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Une école (encore) genrée - Par Claude Lelièvre

22 Septembre 2022 , Rédigé par AOC Publié dans #Education

Une école (encore) genrée - Par Claude Lelièvre

EXTRAIT

Comment se fait-il que l’École soit encore victime d’une socialisation genrée qui véhicule l’image discriminante d’une fille douce et soumise ainsi que celle d’un homme viril et fort tandis que la société, notamment avec les mouvements féministes, évolue dans le sens opposé. Manque de coopération volontaire ou naïveté des politiques publiques ?

Selon les informations délivrées par France Inter le 7 septembre dernier, le ministère de l’Éducation nationale et celui chargé de l’Égalité entre les hommes et les femmes comptent renforcer la lutte contre les stéréotypes de genre à l’École. «Les garçons sont trop souvent élevés dans un idéal de force, de virilité, quand on a encore tendance à associer les filles à la douceur et à la soumission » décrypte un conseiller ministériel en charge de faire bouger les lignes.

Encore faudrait-il que l’on tire les leçons d’une longue histoire pour que cela puisse être pris en considération...

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Claude Lelièvre

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