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Vivement l'Ecole!

economie

Emmanuel Macron prône l'hyper-privatisation de l'enseignement supérieur

20 Janvier 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Université, #Economie

Etudiants, comment choisissez-vous votre université?

Pour le chef de l’Etat, l’université de demain doit opérer un changement systémique qui passerait par une forte augmentation des frais d’études et le développement de filières professionnalisantes privilégiant des parcours à rendement sûr et rapide.

Après s’être attaqué, entre autres, à la relation d’emploi et à la protection sociale, Emmanuel Macron a donné un aperçu de ce qu’il prévoit pour l’enseignement supérieur lors du congrès de France Université (ex-Conférence des présidents d’université). Il a plaidé pour une «transformation systémique» qui signifierait en gros la fin du service public d’enseignement supérieur.

Dans un discours mélangeant poncifs réactionnaires et clichés néolibéraux, il a repris le vieux thème de l’autonomie des universités avec lesquelles l’Etat devrait passer des contrats d’objectifs et de moyens pluriannuels. Les objectifs seraient l’employabilité des étudiants à la sortie, ce qui transformerait l’université, en principe généraliste, en simple école professionnelle spécialisée dont les formations devraient «répondre aux besoins des métiers», ce qui ne va pas être simple puisque ça change tout le temps selon Macron («nous vivons dans un monde où faire une carrière dans un même métier va devenir de plus en plus rare»).

L’enseignement supérieur qu’il souhaite aurait un segment de prestige, probablement lié d’une façon ou d’une autre aux grandes écoles, accueillant les meilleurs étudiants et accaparant l’essentiel des fonds de recherche, ainsi qu’un ensemble d’établissements beaucoup moins prestigieux accueillant le gros des lycéens et principalement destinés à offrir des formations courtes et «professionnalisantes».

L’objectif : faire baisser les dépenses publiques

Emmanuel Macron situe le principal problème de l’université dans le fait que «l’enseignement supérieur n’a aucun prix pour la quasi-totalité des étudiants» et qu’il y a des difficultés avec un modèle «beaucoup plus financé sur l’argent public que partout dans le monde». Outre le fait que ce dernier point est faux (la proportion de financement public est plus élevée dans les pays nordiques ou même l’Allemagne), on ne voit pas bien en quoi cela constituerait un problème, sauf à avoir pour objectif de baisser les dépenses publiques. Et c’est précisément ça l’objectif.

Il y a un côté idéologique dans le discours de Macron. L’étudiant guidé par les signaux de prix néglige sa formation (d’où, selon Macron, les taux d’échec élevés en première année) car elle est quasiment gratuite. Si elle était payante (et suffisamment chère), l’étudiant ferait plus d’effort pour rentabiliser cet investissement dans son «capital humain».

Ce côté idéologique révèle la vision du monde de Macron mais c’est secondaire par rapport aux changements «systémiques» qu’impliquerait une forte augmentation du coût des études pour l’étudiant (ou sa famille). La logique est que l’augmentation des frais d’études permettrait de pallier la baisse du financement public de l’enseignement supérieur. Les dépenses privées se substitueraient aux dépenses publiques.

La première conséquence serait de faire une ségrégation entre d’une part les étudiants issus de familles aisées qui pourront financer les études de leurs enfants, lesquels seront donc relativement libres de leur choix d’orientation, et d’autre part ceux qui n’iront pas à l’université ou s’endetteront pour suivre de préférence des parcours à rendement sûr et rapide comme les fameuses filières professionnalisantes dont Macron réclame le développement.

Ensuite, les familles aisées finançant les études de leurs enfants vont faire face à une charge supplémentaire ; elles seront alors d’autant plus réticentes à payer des impôts finançant une dépense publique dont elles ne bénéficieront que peu, ce qui alimentera des attentes parfaitement compatibles avec la mise en œuvre du projet néolibéral de transformation sociale dont Macron est porteur. Enfin, le développement des prêts étudiants favorisera l’activité des établissements financiers, un secteur que le pouvoir affectionne tout particulièrement. Cela conduira à terme à une dette étudiante comme il en existe dans certains pays (pour comparaison : le gouvernement britannique prévoit un encours de 560 milliards de livres sterling en 2050) et, bien sûr, une partie de ces prêts ne pourra pas être remboursée, le coût devant être au moins en partie pris en charge par l’Etat.

En 1986, un important mouvement de contestation s’opposait avec succès à un projet de réforme de l’enseignement supérieur prévoyant la sélection et l’augmentation des frais d’inscription. Cette réforme était une version édulcorée d’un projet plus radical. Ce qu’on devine du projet Macron va plus loin que celui des ultras de 1986 que le ministre Alain Devaquet avait jugé inacceptable. On peut supposer sans risque qu’il pourrait tout aussi bien avoir la faveur de Valérie Pécresse ou d’autres candidats à droite.

Bruno Amable, professeur à l'université de Genève

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"Il faudra plus que des coups de com' sur Twitter pour assurer notre survie sur cette planète" - Najat Vallaud-Belkacem

8 Décembre 2021 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Economie, #Politique, #Environnement

COP26] Il reste dix ans pour sauver la planète

"Un monde plus juste, c’est l’ambition de ONE. Cela doit aussi être celle de nos futurs élus", résume Najat Vallaud-Balkacem, directrice de l'ONG et ancienne ministre socialiste.

La pandémie de Covid-19 et ses conséquences économiques, additionnées aux conflits et aux effets des changements climatiques, n’en finissent pas d’accroitre les inégalités. Pour la première fois depuis les années 90, le nombre de personnes dans le monde vivant sous le seul de l’extrême pauvreté -soit avec moins de 1,60 euro par jour- est en augmentation, tandis qu’en France, le Secours catholique rapporte que près de 10% de la population française auraient eu recours à l’aide alimentaire en 2020.

Le nombre de catastrophes naturelles quant à lui a été multiplié par 5 sur les 50 dernières années. Et si tous les continents en ont été les victimes, 90% des personnes qui en sont décédées vivaient dans les pays en développement.

Nous ne pouvons plus l’ignorer, l’aggravation des sécheresses et des inondations vont non seulement affecter la production alimentaire mondiale, mais également accroitre le potentiel épidémique de certains virus et la transmission de maladies infectieuses. L’inaction contre le changement climatique tue déjà, sous nos yeux, et la crise du Covid-19 nous prouve qu’il n’est plus possible de penser l’avenir de notre pays sans se soucier de ce qui se passe dans le reste du monde.

“Assurer notre survie sur cette planète”

Pourtant, les échecs des récents sommets du G20 à Rome et de la COP26 à Glasgow nous le rappellent cruellement. Les actions politiques concrètes continuent de se faire attendre, éclairant le poids des intérêts économiques contraires à ce qui répond pourtant aux attentes majoritaires des populations du monde, et plus globalement à l’intérêt général humain le plus élémentaire : assurer notre survie sur cette planète. Triste illustration de de la gravité des crises mondiales face auxquelles il nous revient d’agir et du manque de volonté de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui pour s’en donner les moyens.

Récemment, le directeur du Programme alimentaire mondial des Nations Unies a lancé un défi sur Twitter au milliardaire Elon Musk: serait-il cap’ de consacrer à peine 2% de sa fortune personnelle pour lutter contre la faim dans le monde? Ce à quoi le mégalomane a rétorqué que si on pouvait lui prouver que ces 2%, soit 6 milliards de dollars, pouvaient réellement éradiquer les famines, il ferait immédiatement un chèque. Comme si les crises climatiques, les conflits et la fuite des capitaux, créés ou entretenus par un système inégalitaire dont il est le grand gagnant, celui-là même qui lui a permis de bâtir sa fortune, n’entraient pas dans l’équation. Comme si tout s’arrangeait toujours simplement à coup de chèques et de milliards. Comme s’il ne valait même pas la peine de dépenser 2% de sa richesse si ce n’était “que” pour sauver la vie de 42 millions de personnes au bord de la famine.

Comment en est-on arrivé à accepter une société ou les milliardaires s’affranchissent de payer leur juste part d’impôt presque légalement, puis viennent dicter leurs conditions aux institutions internationales qui les supplient publiquement de participer à l’effort collectif pour sortir des populations entières de la misère?

“Les plus grandes fortunes rivalisent d’égoïsme”

Le fossé qui ne cesse de se creuser entre les plus pauvres et les plus riches sur la planète sape la lutte contre la pauvreté et les inégalités, nuit à nos économies et fragmente nos sociétés. Pourtant, loin de prendre leur juste part à cet effort collectif pour notre survie, les plus grandes fortunes et leurs multinationales, soumises aux taux d’imposition les plus bas depuis des décennies, rivalisent encore d’égoïsme.

Mais pour agir efficacement et sur le long terme contre la pauvreté et les inégalités, et permettre d’atteindre en 2030 les Objectifs du développement durable sur lesquels la communauté internationale s’est accordée en 2015, il faudra plus que des coups de com’ sur Twitter. Les multimilliardaires ne sont pas plus légitimes que n’importe quel citoyen français pour demander comment sera dépensé leur argent pour faire face aux grands défis de notre époque.

"Un monde plus juste, c’est ni plus ni moins l’ambition de ONE et des citoyens engagés partout en France. Cela doit aussi être celle de nos futurs élus." Najat Vallaud-Belkacem, directrice France de l'ONG One.

C’est pourquoi l’ONG One lance une grande consultation citoyenne avec Make.org et pose la question. “Comment l’État, les entreprises et les associations peuvent-ils mettre fin à l’extrême pauvreté et aux inégalités dans le monde?”.

À quelques mois de l’élection présidentielle, il est temps de mettre en avant les solutions: comment enclencher un processus de réduction des inégalités en France et dans le monde? Que devraient faire nos représentants, nos industries et notre société civile pour lutter contre les flux financiers illicites, le manque d’accès aux soins ou à une éducation de qualité, les inégalités entre les femmes et les hommes, le pillage des ressources naturelles ou encore le manque de représentation des pays pauvres dans les négociations internationales?

Œuvrer pour un monde meilleur là-bas, c’est aussi participer à la construction d’un monde meilleur ici. Un monde plus juste, c’est ni plus ni moins l’ambition de ONE et des citoyens engagés partout en France. Cela doit aussi être celle de nos futurs élus.

Najat Vallaud-Belkacem, Directrice France de l'ONG One

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L'histoire d'un ascenseur tombé en panne...

8 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Société, #Politique, #économie

L'ascenseur social toujours en panne ! - Dal 77 - Droit au Logement

La France a connu, pendant les Trente Glorieuses, une mobilité sociale forte et très ascendante. Les trajectoires descendantes restent moins nombreuses aujourd’hui, mais elles se multiplient, notamment pour certaines catégories de population. Qui sont les laissés-pour-compte de l'ascenseur social ?

Alors que la Chine affiche un taux de croissance de 18,4% au premier trimestre 2021, l’Union Européenne est à la traîne avec son 0,4% de récession. La France, elle, affiche 0,4% de croissance. Et cette atonie de la croissance dans les économies en développement, accentuée par la crise actuelle, n’est pas nouvelle : depuis 2001, la France n’a pas dépassé les 3% de croissance annuelle. Les possibilités d’enrichissement individuel et de mobilité sociale se sont taries avec la croissance dans les économies développées depuis les années 1990.

Il semble que, depuis les années 1990, il y ait plutôt une peur du déclassement, qui doit tout de même être prise avec beaucoup de sérieux parce qu'elle ne veut pas dire qu'il n'y a pas de réalité. Mais c'est plutôt un sentiment que la vie est plus dure pour ces générations que pour les générations précédentes. Il y a tout de même une précarisation de l'emploi, qui était moins forte pendant l'âge d'or des Trente Glorieuses. - Hélène Périvier

Pourtant, depuis la construction des tables de mobilité par l’INSEE en 1953, la mobilité sociale a augmenté en France, et elle a été plus souvent ascendante que descendante. Le taux d’immobilité sociale a presque été divisé par deux en cinquante ans : en 2012, 36 % des fils avaient un statut socioprofessionnel similaire à celui de leur père, contre près de 70 % en 1953. Pendant longtemps, cependant, ces changements de catégories socioprofessionnelles entre père et fils ont été majoritairement dus à des modifications structurelles du marché du travail.

C'est important de raisonner sur l'ensemble de la distribution. On a mis l'accent, à raison, sur la croissance de l'écart entre les 1% et les 99% restants, mais quand on regarde l'ensemble de la distribution des revenus, on n'arrive pas à des conclusions du même type : l'indice de Gini, qui mesure l'inégalité de revenu, est resté relativement stable pendant longtemps en France. - Louis-André Vallet

Depuis les années 1990, le marché du travail subit des transformations moins fortes et la mobilité sociale est moins dynamique, en France comme dans le reste des pays développés. Le chômage est devenu un phénomène de masse, la croissance est presque atone, et l’emploi s’est précarisé : face à ces phénomènes, est-il possible de renouer avec l’enrichissement continu des Trente Glorieuses ? Ne doit-on pas modifier les outils avec lesquels on mesure la mobilité sociale depuis maintenant presque 70 ans alors que la société s’est tant transformée ?

Pour en parler, nous avons fait appel à Louis-André Vallet, sociologue et directeur de recherches au CNRS et à Hélène Périvier, économiste à l’OFCE Sciences Po, directrice du programme PRESAGE (Programme de Recherche et d’Enseignement des Savoirs sur le Genre).

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Festival des Idées - Crise : qui doit payer l'addition ? Avec Najat Vallaud-Belkacem (entre autres)

5 Septembre 2020 , Rédigé par Festival des Idées Publié dans #Economie, #Politique

Festival des Idées - Crise : qui doit payer l'addition ? Avec Najat Vallaud-Belkacem (entre autres)

Crise : qui doit payer l'addition ?

Carte blanche de Regards.

Intervenants

Manon Aubry
Gilles Finchelstein
Aurore Lalucq
Aurélie Trouvé
Najat Vallaud-Belkacem
Animateur
Pierre Jacquemain
Ce débat abordera notamment la question de la fiscalité, de la relance par le soutien aux entreprises, aux citoyens, etc.
Date: 5 septembre 14h30 - 16h
Festival des Idées - Crise : qui doit payer l'addition ? Avec Najat Vallaud-Belkacem (entre autres)
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"Nous manquons tellement d'audace"...

27 Décembre 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Economie

"Nous manquons tellement d'audace"...

Les anomalies de notre système politico-économique doivent mener à la révolution. Pas pour couper les têtes, mais pour changer radicalement de modèle.

Tribune. Les résistances et contestations sont nombreuses. Elles fleurissent partout. Mais, pour l’essentiel, elles visent à tempérer des réformes, à infléchir des dérives, à corriger des erreurs. C’est heureux. Mais n’est-il pas temps de demander beaucoup plus ? Ou plutôt : d’exiger tout autre ?

Le philosophe Thomas Kuhn décrivait l’avancée des sciences comme une succession de périodes «normales», suivies par l’amoncellement d’anomalies conduisant aux révolutions qui mènent à des changements de paradigmes. Il semble difficile de ne pas considérer aujourd’hui que notre modèle politico-économique, loin du fonctionnement «normal», est grevé de tant d’anomalies que tout plaide pour un changement radical de paradigme.

Ces anomalies ne sont pas marginales, mais existentielles. La vie sur Terre est en train de s’effondrer, et tous les chiffres sont affolants. La catastrophe dépasse largement le problème du réchauffement climatique : elle exige une révolution de notre rapport à l’espace, à la nature, à l’altérité. D’indécentes, les inégalités sociales sont devenues obscènes. Elles engendrent même une baisse de l’espérance de vie dans plusieurs des pays les plus riches. L’Occident moderne n’est plus que prédateur, il est maintenant suicidaire.

Pourtant, un peu partout, les pouvoirs politiques se raidissent, optent pour des mesures gravement liberticides, musellent les lanceurs d’alerte, décuplent les pouvoirs de la police et des autorités de surveillance, durcissent la répression, développent une dialectique du mensonge qui ne se dissimule même plus, nient l’intérêt commun au profit de celui de quelques-uns, affichent un cynisme qui confine à la provocation, humilient les minorités, précarisent les populations, encouragent les forces mortifères et répriment les résistances salvatrices.

Mais pourquoi faudrait-il se contenter de résister ? A quoi bon sauver quelques meubles quand tout le territoire est en feu ? N’est-il pas précisément temps d’envisager la révolution ? Certainement pas, évidemment, pour couper les têtes ou prendre revanche : de brutalités, nous fûmes abreuvés à la nausée. Il s’agit tout simplement de devenir enfin un peu sérieux et raisonnable - donc révolutionnaire - dans un monde qui nie la vie elle-même, en elle-même, dans un monde qui commet le pire : un crime contre l’avenir.

On peut - on doit - se battre sur «l’âge pivot» pour éviter que la réforme des retraites ne soit trop dévastatrice. Certes. Mais puisqu’il est question d’un régime «universel», ne serait-ce pas le moment de considérer ces mots avec sérieux ? Poser une question simple et de bon sens : une femme de ménage ayant, durant toute sa vie, mené un travail éreintant et sous-payé ne mérite-t-elle pas, au moins, la même retraite qu’un directeur de grande entreprise ayant déjà largement profité des douceurs de l’opulence et jouissant sans doute des économies suffisantes pour ne jamais y renoncer ? Le mot «universel» prendrait ici son sens ! La retraite doit-elle refléter les immenses disparités de la vie professionnelle qui la précède, et donc entériner - voire renforcer - les inégalités sociales ?

La pollution tue 800 000 personnes par an en Europe. L’Australie brûle, dévastée par une insoutenable canicule. Les animaux meurent partout. Les pays pauvres sont, matériellement et symboliquement, pillés avec une indolence qu’on pourrait presque dire sans précédent. Et le monde occidental découvre la vacuité d’un large pan de son axiologie, incapable de comprendre les enjeux sociaux, écologiques, décoloniaux, féministes, religieux, animalistes… C’est le moment ou jamais.

Trois choix s’offrent à nous. Premièrement, nous pouvons continuer sur notre lancée et précipiter le pire. Emporter le monde entier dans le suicide sale de la dernière éjaculation meurtrière d’une minorité d’humains décidant du sort de tous. Deuxièmement, il est envisageable de ralentir un peu le processus : alterner, en quelque sorte, chimio et radiothérapies pour tempérer la prolifération tumorale. Troisièmement, il pourrait être tentant de devenir sérieux. C’est-à-dire d’oser tout mettre sur la table : interroger nos valeurs et comprendre comment nous avons pu en arriver à trouver que préférer la vie à l’argent est une position «radicalisée».

Changer profondément notre système financier - et ce n’est qu’une partie de la solution - semble impossible. Il y a, dit-on, des «réalités économiques». Peut-être. Mais, il y a aussi des réalités physiques, climatiques, biologiques, médicales… Et, qu’on le veuille ou non, elles ne sont pas contractuelles : on ne peut pas les renverser par une simple décision. Elles relèvent d’un niveau de réalité plus «profond», moins arbitraire, et témoignent toutes d’un monde à l’agonie.

Pourquoi le système économique - celui-là même qui confère autant de richesse à une poignée d’humains qu’à la moitié de la population mondiale - nous apparaît-il comme intouchable alors même qu’il est une pure convention, absolument contingente et réfutable par simple décision ? Les dégâts irréversibles qu’il engendre relèvent hélas, quant à eux, de réalités non conventionnelles. Les incendies immenses et les espèces disparues ne peuvent être défaits par décision collégiale. Il est temps enfin d’être sérieux et posé, rationnel et raisonnable. Donc radical dans la recherche d’un ailleurs. Il est temps de voir que les anomalies innombrables appellent une révolution. Une révolution contre la mort, contre la bêtise, contre la suffisance. Une révolution bienveillante, aimante et prégnante. Il est temps de vouloir plus que quelques thérapies ciblées : il est temps de guérir.

Aurélien Barrau professeur à l’université Grenoble-Alpes, astrophysicien au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie

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A lire... Extensions du domaine du don - Alain Caillé

19 Octobre 2019 , Rédigé par Actes sud Publié dans #Economie, #Sociologie

A lire... Extensions du domaine du don - Alain Caillé

"Extensions du domaine du don" rassemble et synthétise la plupart des fils patiemment tissés par Alain Caillé et ses amis du Mouvement anti-utilitariste en science sociale (MAUSS) depuis près de quarante ans. Longtemps le MAUSS s’est limité à critiquer la montée en puissance de l’économisme et à lui opposer les leçons qu’il est possible de tirer d’un paradigme puissant — celui du don —, issu d’un ouvrage méconnu du grand public qui a nourri la réflexion de nombreux intellectuels et chercheurs, l’*Essai sur le don* de l’anthropologue Marcel Mauss (1925).=

Œuvre extraordinairement pertinente qui montre que l’homme n’a pas toujours été “un animal économique doublé d’une machine à calculer” : les sociétés premières ne s’organisaient pas selon les principes du marché, mais selon la “triple obligation de donner, recevoir et rendre”. Ce paradigme n’a rien à voir avec ce qu’on entend le plus souvent par “don” — geste désintéressé, proche de la charité ou du sacrifice.

“Le don, explique Alain Caillé, est un acte chargé d’ambivalence, désintéressé en un sens, mais tout autant intéressé, à la fois libre et obligé.”

Cette triple obligation régit en réalité l’essentiel de nos rapports aux autres. Et il faut dès à présent l’universaliser pour jeter les bases d’une véritable philosophie politique alternative, qui permettra de dépasser le néolibéralisme et la vision économiciste des sujets humains. "Extensions du domaine du don" montre à quel point il est éclairant d’étendre l’approche par le don à tous les secteurs de la vie sociale : le jeu, le rapport à la nature, les relations internationales, le sport, l’art, la consommation, les psychothérapies, la religion, la question du pouvoir, etc.

 

✪ Également disponible en livre numérique.

[https://www.actes-sud.fr/…/lit…/extensions-du-domaine-du-don]

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Esther Duflo : "Repenser la pauvreté" - Vidéo/France Culture

16 Octobre 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Economie, #Pauvreté

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A Lire... La fascination de l'ogre - Ou comment desserrer l'étau de la finance, par Laurence Scialom/Fayard

6 Mars 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #economie

A Lire... La fascination de l'ogre - Ou comment desserrer l'étau de la finance,  par Laurence Scialom/Fayard
Pour démystifier la finance et rendre le citoyen capable d’intervenir dans ce domaine, Laurence Scialom explique avec limpidité pourquoi nos dirigeants sont fascinés par cet «  ogre  » que représente le monde de la finance... et comment les sortir de cet état.
 
La finance fonctionne aujourd’hui en vase clos, au service avant tout de ses propres intérêts. Or les banques sont censées répondre aux besoins des sociétés.
 
De financer des projets et de gérer les risques : comment a-t-on pu oublier ainsi l’essentiel ? Pourquoi les États servent-ils aussi docilement les intérêts du secteur financier ? Pareilles questions échappent au débat démocratique car le jargon qui règne dans ces milieux les rend inintelligibles aux citoyens.
 
L’essai de Laurence Scialom ambitionne de démystifier la finance et de permettre une réflexion autonome de chacun sur ces interrogations. Il renforce les capacités d’autodéfense de nos économies face à une finance souvent devenue prédatrice : cessons de nourrir l’ogre ! En appliquant les réformes esquissées dans cet ouvrage, nous parviendrions à considérer la finance avec lucidité et à la remettre à sa juste place.

Laurence Scialom est professeure à l’Université Paris Nanterre. Elle est membre du conseil scientifique de l’Autorité de contrôle  prudentiel et de résolution (ACPR) et de la commission consultative épargnants de l’Autorité des marchés financiers (AMF), responsable du pôle régulation financière du think tank Terra Nova et membre qualifiée de l’ONG Finance Watch.

Extrait

Une société capturée par la finance

Une finance peu ou mal régulée est nécessairement instable et produit des crises à répétition. En témoignent les crises financières et bancaires récurrentes depuis la fin des années 1980, c’est-à-dire précisément depuis la généralisation de la déréglementation et de la libéralisation financière dans les pays développés. Sans souci d’exhaustivité, en voici un petit florilège : crise des savings and loans aux États-Unis à la fin des années 1980, crises bancaires scandinaves du début des années 1990, crise mexicaine et krach obligataire en 1994, crise asiatique en 1997, crise russe en 1998, faillite du hedge fund LTCM dans la foulée, crise des valorisations d’actifs en 2002 à la suite des scandales Enron, Worldcom et autres firmes adeptes de la « comptabilité créative ». Enfin, la grande crise financière de 2007-2008, qui fut une sorte d’apothéose dans cette chronique de crises. Par sa gravité et son étendue géographique, par ses effets dévastateurs sur les finances publiques, par son impact négatif sur la croissance et le chômage, cette crise financière hors norme atteste la nécessité d’une finance plus et mieux régulée. Plus de dix ans après, la finance reste une menace peut-être encore plus grave qu’elle ne l’était dans les années 2000, car les États n’ont plus les moyens de soutenir massivement les banques et autres intermédiaires financiers comme ils l’ont fait à l’automne 2008.

La finance ou Dr Jekyll et Mr Hyde

Pour autant, ne nous trompons pas de combat. La finance n’est pas un mal en soi. Au contraire, les banques et la finance sont vitales pour le bon fonctionnement de l’économie, pour sa prospérité et son dynamisme. Elles permettent de s’endetter et de ne pas être contraint à tout moment par ce que l’on gagne, de financer les études de nos enfants ou une nouvelle voiture. C’est aussi grâce aux institutions de la finance que l’on peut mettre de l’argent de côté dans les périodes où l’on dépense moins que ce que l’on gagne et le faire fructifier. La finance nous permet donc, à l’échelle personnelle, de différer nos consommations pour nous assurer que notre pouvoir d’achat ne sera pas trop écorné au moment de la retraite. Elle permet également aux entreprises de financer un investissement sur la base des anticipations de rentabilité de celui-ci, et non pas uniquement sur la base de l’autofinancement. En d’autres termes, pour se projeter dans l’avenir, pour desserrer la contrainte de financement à chaque période, la finance est indispensable. C’est le carburant d’une économie en mouvement, elle fait le lien entre le présent et le devenir de nos sociétés. La finance ainsi entendue crée du lien social et de la confiance. Pour emprunter, il faut que quelqu’un accepte de prêter, ce qui fondamentalement signifie avoir confiance dans le fait d’être remboursé. Mais tout cela n’est pas sans risque. Les aléas de la vie des individus, des firmes et des sociétés peuvent faire que certaines dettes ne seront pas remboursées. Dettes des uns, créances des autres, enchevêtrement des trajectoires individuelles, c’est précisément ce qui fait une société, et la finance y a toute sa place.

Créanciers et débiteurs n’ont pas les mêmes préférences quant à leur rapport au temps et au risque. Les premiers souhaitent le plus souvent que leur investissement financier soit réversible afin de pouvoir rapidement récupérer de la liquidité en cas de besoin. Les emprunteurs, quant à eux, ont au contraire souvent besoin que les fonds leur soient prêtés sur des périodes longues. Pour dire les choses simplement, ceux qui peuvent prêter – les épargnants – préfèrent en général le faire sur de courtes périodes sans prendre trop de risque, alors que les emprunteurs préfèrent souvent emprunter à moyen ou long terme. La finance, quand elle fonctionne bien, ajuste et réconcilie ces préférences qui semblent irréconciliables.

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La face cachée des startups... Bienvenue dans le "monde neuf"... (Vidéos)

28 Décembre 2017 , Rédigé par Youtube Publié dans #Politique, #Economie

Mathilde Ramadier, auteur de "Bienvenue dans le nouveau monde - Comment j'ai survécu à la coolitude des startups"(Premier Parallèle), dénonce, à travers ses expériences professionnelles, l'enfer des start-up. Sous une apparence de "cool attitude", les start-up prônent en réalité une concurrence impitoyable entre leurs jeunes employés jetables et sous-payés...Ecorama du 13 juin 2017 présenté par David Jacquot, sur boursorama.com.

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Les enfants et l'esprit d'entreprenariat : elle n'est pas belle la start up nation?...

29 Novembre 2017 , Rédigé par Europe1 Publié dans #Education, #Economie, #Societe

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