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Vivement l'Ecole!

divers

Chers amis...

29 Juin 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

Chers amis...

Chers amis,

Très occupé ce week-end, puis retenu par la surveillance du Brevet des collèges, le blog reprendra sa route mercredi.

Avec sans doute quelques publications de temps en temps...

CC

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Les pieds nus...

27 Juin 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

Résultat de recherche d'images pour "pieds nus henné"

Un jour de juin, sur l’autoroute reliant Rouen à Paris… Je raccompagnais une amie chez elle. Depuis Dieppe… Contact... Moteur...

J’ai passé toute mon enfance au Maroc. Toute ou presque. J’y suis arrivé à l’âge de deux ans, dans les bagages de mes parents fuyant une Algérie en pleine guerre d’indépendance.

Je suis devenu cet enfant de « là-bas », même pas expatrié puisque né en Afrique du nord, français mais ne découvrant et ne redécouvrant cette France du lointain que deux mois par an, l’été, pour les vacances. Jusqu’à quinze ans, jusqu’à ce jour où mes souvenirs ont été noyés dans les remous provoqués par les hélices du bateau me séparant presque définitivement de « mon » pays. Je ne peux penser à Tanger sans un pincement au cœur.

Enfant, à la maison, j’allais toujours pieds nus. 

Le carrelage de la maison rafraîchissait mon corps tout entier. Je ne supportais pas les chaussures. Je ne les supporte toujours pas lorsque je suis chez moi. 

Je marche dans les pas de mon enfance…

Assise à mes côtés dans la voiture, mon amie se pencha et ôta ses escarpins. Je ne fus ni surpris ni choqué. Elle était maintenant pieds nus, incommodée par des chaussures portées depuis le matin et qui, peut-être, l’endolorissaient. Elle avait accompli ce geste naturellement, sans rien me demander, comme si elle avait deviné que ces pieds nus étaient pour elle et moi le signe d’une liberté partagée, d'une confiance offerte, d'une complicité évidente. Tous deux étions « nés pour un jour limpide », d'après Hölderlin. En ce jour limpide, sur une autoroute aussi laide que peuvent l’être toutes les autoroutes du monde, j’étais heureux - et elle l’était aussi - de retrouver en ce geste somme toute banal, le souvenir de la fraîcheur des carrelages de mon enfance au Maroc. Une femme ou un homme marchant pieds nus manifestent bien plus leur amour d’une forme de liberté qu’en pratiquant le naturisme ou, pour une femme, en dévoilant sa poitrine sur une plage au milieu de la foule.

Lorsque je rentrais de l’école, du lycée, à huit ans, à quinze ans, je prenais toujours soin d’ôter mes chaussures. J’étais ainsi en permanence « comme à la plage ». Les couloirs de la maison, les pièces, la cave, le garage, tout me ramenait à la fraîcheur de l’eau que je prenais plaisir à faire exploser en gerbes de lumières, courant vers elle pour fuir la brûlure du sable, inonder mes pieds, mes mollets, mes cuisses, ma taille, mon corps entier plongeant dans l’Atlantique, quelques secondes immergé, dans le silence soudain, seulement bercé par le bouillonnement des rouleaux, puis surgissant à la lumière dans une explosion de joie solitaire avant quelques brasses comme autant de caresses partagées avec l’océan. Je revenais ensuite, essoufflé, me jetant sur ma serviette et, contemplant le ciel, cet autre océan dont la profondeur me plongeait dans des abîmes de réflexions naïves, je regardais défiler des nuages imaginaires, tout enivré de bleu.

Du coin de l’œil, et furtivement car je devais fixer la route, je regardais les pieds nus de mon amie. Ils étaient jolis…Elle est très belle...

Me revinrent alors en mémoire d’autres pieds nus…

Ceux de Khadija, que j’appelais khaddouj. Elle était notre bonne au Maroc - Je déteste ce terme. Il était utilisé par les familles françaises. Pas par mes parents. Elle était d'abord, avant tout et seulement la grande sœur à qui je me confiais lorsqu'enfant j'avais à partager un moment heureux ou moins heureux. Cette femme ne savait ni lire ni écrire mais savait mieux que personne lire dans mon regard et écrire dans ma mémoire. Rien d'elle ne s'est jamais effacé. J'ai appris énormément d'une femme illettrée… Paradoxe intéressant.

Elle aussi, dès son arrivée à la maison jusqu’à son départ, retirait ses chaussures et restait pieds nus. Des pieds peints de la cheville aux orteils. Ces figures me fascinaient car je ne les comprenais pas. C’était une jeune femme de vingt-cinq ans, brune aux yeux sombres, très mince, le visage toujours illuminé d’un sourire. Souvent, elle chantait en travaillant. Jamais elle ne se plaignait. Ses pieds nus rendaient sa démarche, d’une noblesse infinie acquise depuis l’enfance par le port de divers récipients sur la tête, légère, élégante, délicate. Elle ne touchait pas le sol, elle le frôlait, l’effleurait, le caressait. C’était une fée, ma fée.

Au plus fort de la chaleur du jour, elle m’invitait à la cave. Il y faisait si frais. S’asseyant en tailleur et, dans un geste ample sculptant l’espace,  ramenant son sarouel entre ses jambes repliées, elle m'invitait à me blottir dans le berceau ainsi formé. Alors, caressant mon front, je l’entendais reprendre une mélopée ancienne. Jamais je n’ai entendu la fin. Je m’endormais, tranquille. Mes pieds nus reposant au sol, secoués de quelques soubresauts provoqués par des rêves oubliés.

D’autres pieds nus…

Ceux de ces femmes, de ces hommes, de ces enfants entassés dans des embarcations de fortune – quelle « fortune » ? – fuyant l’enfer d’une Afrique en souffrance, naufragée. Je ne cesse de penser à ces foules rendues malades par les mouvements des vagues, ne sachant pas nager pour la plupart d’entre elles. Le corps brûlé par l’essence s’échappant de moteurs antédiluviens, les pieds nus dans l’eau de mer envahissant leur fragile embarcation. Hurlant dans la nuit, appelant au secours jusqu’au silence parfois. Le silence des noyés. Le silence des âmes perdues dont personne n’a voulu. À leur silence apeuré, même la France en son sommet répondit par le silence officiel. Jamais je ne pardonnerai à quiconque de rester sourd aux cris de ces silences. Ces pieds nus m’obsèdent et m’obséderont longtemps. Ils sont ceux des naufragés d’un monde dont l’honneur fut sauvé par quelques marins à bord d’un navire nommé « Aquarius »

La route défilait…

Mon amie aux pieds nus partageait avec moi quelques chansons…

J’ai tellement aimé celle d’Anwar… « How can I do »

Écoutez-la… Pieds nus…

Christophe Chartreux

"Depuis cinq jours que la pluie coulait sans trêve sur Alger, elle avait fini par mouiller la mer elle-même."

Albert Camus – L'Été

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"Marie-dé"... Une femme de ma vie... "Les souvenirs sont du vent; ils inventent les nuages" - Jules Supervielle

23 Juin 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

 Marie-dé…

(A lire en écoutant El Condor Pasa… Par Los Incas…)

Elle s'appelait Marie-Andrée… Ma mère lui avait choisi un autre prénom… "Marie-dé" Pourquoi ? Je ne l'ai jamais su mais sans doute n'y avait-il aucune raison sinon l'envie de se rapprocher d'elle. D'elle qui n'était pas sa fille…

Marie-dé est arrivée un jour de mi-septembre, en 1965 ou 1966… Je ne sais plus… J'avais sept ou huit ans et le Maroc était le pays de mon enfance émerveillée, ensoleillée, heureuse et parfumée… Elle devait en avoir à peine vingt-quatre. Ce jour-là, ma mère écoutait « El Condor Pasa ». J'étais allongé quasi nu sur le carrelage rafraîchissant...  Elle a frappé à la porte de la maison. C'est moi qui suis allé ouvrir…

Et je l'ai vue !

Très brune, mince, des jambes interminables jaillissant d' un short noir dans lequel était négligemment glissée une chemise d'homme, informe et d'un tissu bleuté, léger, dévoilant à peine son épaule droite. Elle souriait…

" Bonjour ! Tes parents sont là ?"

Sa voix était claire, joyeuse et assurée. Pour la première fois sans doute, aussi loin que remontent mes souvenirs, la beauté d'une femme me touchait, me paralysait, m'emportait.

Et me laissait muet…

"Eh bien ? Tu as perdu ta langue ?"

Réveillé soudain, j'appelai ma mère…

"Maman ! Il y a une dame qui veut te voir !"

Je ne savais pas encore ce jour-là, à cette heure-là, à cette seconde-là, que j'allais vivre cinq ou six années parmi les plus belles de ma vie…

Marie-dé arrivait de France, du bassin d'Arcachon, d'Andernos… Des lieux qui ne me disaient rien ou si peu, moi qui étais né en Algérie pour arriver au Maroc à deux ans, sur la côte Atlantique rongée par les assauts du sel et du soleil… Elle était professeure et venait enseigner chez moi... Dans mon pays.

« Bonjour madame… Excusez-moi de vous déranger. Je cherche une maison en location et on m'a dit que vous auriez peut-être quelque chose à me proposer »

Mes parents vivaient dans une vaste demeure trop grande pour nous trois, ma mère, mon père et moi… De nombreuses pièces restaient inoccupées.

« Si vous voulez, vous pouvez vous installer dans la partie inutilisée. Venez, je vous montre… »

Je les ai suivies… Observant cette jeune femme… Tout chez elle semblait léger, rieur, insouciant. Le bonheur en écharpe, elle épousait le sol de ses ballerines colorées… Je rêvais… J'étais un autre… J'allais avoir une amie… Moi l'enfant unique…

« C'est formidable ! Exactement ce qu'il me faut » dit-elle après avoir fait le tour des pièces. « Et pour le loyer… »

Ma mère ne la laissa pas achever sa phrase…

« Mais rien. Vous êtes chez vous. Nous vous accueillons »

Elle était comme ça ma mère… Donner était dans sa nature… Donner pour rendre les gens heureux, pour dépanner, pour rien en fait… Une femme du Nord…

A compter de ce jour, Marie-dé allait s'installer dans la maison, dans les jours qui passeraient sans heurts ni malheurs. Elle allait partager mes jeudis et dimanches à la plage, mes promenades à vélo. Elle allait devenir ma grande sœur. L'une des femmes de ma vie… Un jour, plus tard, j’aurai à nouveau une « petite sœur » cette fois… Une autre histoire…

Chaque matin, c'est moi qui étais chargé de la réveiller. Entre ma chambre et la sienne, il n'y avait qu'un mur contre lequel je cognais jusqu'à l'entendre crier:

« Oui !! Je me lève ! »

Je souriais… Elle se levait avec le jour et j'en étais responsable… Souvent elle prenait le petit-déjeuner avec nous… Le corps nu sous une blouse fine et tissée de motifs chérifiens… Jamais je ne fus choqué ni gêné par sa liberté. Mes parents étaient aussi libres qu'elle. Les années soixante-dix… "Peace and love" si loin de toute ambiguïté, qu'il n'y eut jamais…

Doucement venait l'été. Les grandes vacances. Nous rentrions pour deux mois en France. Un voyage en voiture depuis le Maroc jusque dans la Pas-de-Calais où vivaient mes grands-parents, mes tantes et oncles, mes cousines et cousins. Une odyssée ces voyages ! Mais j'avais Marie-dé !

Car Andernos se trouvait sur notre chemin… Après la traversée épuisante de l'Espagne franquiste, nous faisions halte sur le bassin d'Arcachon et passions une nuit chez ses parents. Au retour, à la fin de l'été, nous effectuions le même trajet, respections le même arrêt pour emmener ma "grande-soeur. La ramener "chez moi".

Nous passions les trois ou quatre jours que durait ce périple sur la banquette arrière de l' "Aronde Simca" verte écrasée sous le poids des valises et des malles entassées sur le toit. Parfois je m'endormais, la tête posée sur ses cuisses. Ma joue épousant la douceur de sa peau, partageant sa chaleur. J'étais heureux. J'avais dix ans. Le monde avait la forme des jambes et du ventre de Marie-dé…

Combien de fois ai-je fait semblant de prolonger mon sommeil ! Comment aurais-je pu avoir envie d'interrompre la caresse de sa main sur mon front ? Comment aurais-je pu cesser de jouir du contact de mon visage sur son corps ? Je ne savais pas ce que pouvait être la sensualité. Je découvrirai plus tard qu'elle avait un nom et que c'était le sien… J'étais amoureux comme peut l'être un enfant. Amoureux de ces moments qui font du présent l'architecte de vos souvenirs…

Un jour, Marie-dé nous a présenté un homme… Elle avait rencontré celui qui allait devenir son mari… Il était professeur d'espagnol. Grand, brun. Très beau.

Et moi j'ai eu très peur ! J'ai eu très mal ! J'ai éprouvé colère et jalousie ! Il allait me la prendre !

Marie-dé a su contourner mon chagrin et mes angoisses. J'ai continué de la réveiller. C'était désormais inutile puisqu'elle n'était plus seule… J'ai continué de partager avec elle nos courses sur la plage, nos parties de badminton, nos anniversaires, nos Noëls loin de France, nos chasses aux œufs de Pâques. Son futur mari m'adorait. Il m'apprenait la pêche sous-marine et l'ivresse des profondeurs…

Je m'endormais encore, parfois, lors des longues soirées d'été passées au jardin sous un ciel piqueté de milliards d'étoiles, sur ses genoux… Et je faisais exprès de ne pas me réveiller… Exercice difficile que je maîtrisais parfaitement !

Elle est rentrée en France. Pour ne plus revenir au Maroc où moi je resterai quelques années encore. Les lettres sont devenues plus rares. Puis ont disparu… Je ne sais pas ce qu'est devenue Marie-dé…

Mes joues et mon front ont gardé le souvenir de sa peau, de la douceur infinie des caresses qui savaient faire de moi un enfant heureux…

Et, à chaque fois que quelqu'un frappe à ma porte, je me souviens du jour où je l'ai vue pour la première fois…

Resplendissante, sublimement belle et heureuse de vivre…

L'une des femmes de ma vie…

Et El condor pasa…

Christophe Chartreux

«Les souvenirs sont du vent; ils inventent les nuages »
Jules Supervielle

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Le chat... A lire en écoutant la Chaconne de Bach et Busoni par Hélène Grimaud au piano...

22 Juin 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

Le chat…

Sous les tonnelles de bougainvilliers en fleurs, je regardais mon chat étendu à l’ombre. Il dormait comme dorment les félins, à l’affût du moindre bruit, de l’intrus possible, du parfum de la cuisine, oreilles et narines aux aguets. J’avais quatorze ans. Il en avait six. Peut-être était-ce sa quatrième ou cinquième vie. Je restais là des heures à observer cet animal immobile ou presque. Seule l’extrémité de sa queue, par d’imperceptibles ou plus amples mouvements, m’indiquait qu’il était en vie.

J’ai toujours été un enfant contemplatif. Mon chat, un insecte dans la poussière, une goutte d’eau glissant doucement sur le carreau de ma chambre me retenant enfermé par temps de pluie, le mouvement des feuilles d’eucalyptus bruissant sous le vent… Tout m'était spectacle. Plus tard, adolescent puis devenu homme, je passerai de longs moments, ou d’autres plus brefs mais les faisant durer par le souvenir, à regarder une femme passant devant moi, sculptée par la robe qu’un pas pressé animait sensuellement en courbes suspendues aux balancements discrets de ses hanches. Jamais je n’oserai lui adresser la parole. Rompre le silence, c’eût été rompre le charme du conte que j « écrivais » en la suivant, immobile, jusqu’à la voir disparaître, là-bas, au bout de la rue. Il en viendrait une autre, plus tard...

De retour de Paris pour retrouver Dieppe, je me suis souvenu d’un sourire croisé un jour, ou peut-être était-ce un soir, dans une salle à manger superbe au milieu de laquelle trônait une table immense. Nous étions une dizaine. Je mangeais, buvais, mais n’ai rien conservé en mémoire des mets ni des vins offerts en cette occasion. Je n’ai gardé précieusement au creux de ma mémoire que le sourire et l’attention bienveillante portée par notre hôtesse à chacune et chacun. Un merveilleux moment.

J’étais redevenu l’enfant observant son chat, admirant sa patience naturelle, subjugué par la grâce de ses mouvements, jaloux de son intelligence.

Aujourd’hui encore, cinquante ans après les moments passés sous les bougainvilliers, j’ai un chat. Peut-être est-ce celui que j’observais enfant...

Les chats, comme l’amour, ne meurent que pour renaître…

Christophe Chartreux
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« En toi je vis, où que tu sois absente
 En moi je meurs, où que je sois présent. »

Maurice Scève

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Bougainvilliers, mimosas et thé à la menthe...

16 Juin 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

Bougainvilliers, mimosas et thé à la menthe…

(À lire en écoutant, doucement, « Scènes d’enfance » de Schumann par Martha Argerich)

Je suis un grand amoureux. De Kerouac, des « road movies », de ces chansons qui invitent à emprunter les routes mythiques, la Nationale 7 ou la « Route 66 ». J’aime conduire. Mon amie cherche fébrilement une chanson à me faire écouter. Elle s’enthousiasme pour tout ou presque. On ne peut qu’être bon lorsqu’on s’acharne à ce point pour seulement trouver une chanson. Non? Les kilomètres sont avalés. Elle a trouvé ! Juliette… « Une Petite Robe Noire »… Appuyée contre la portière, légèrement tournée vers moi, les pieds nus, le regard perdu vers la liberté… Elle écoute... Et je me souviens...

Il y avait tellement de couleurs dans mon jardin ! Des géraniums aux fleurs énormes, des arums à donner le vertige, en cornettes de bonne sœur avec un rayon de soleil au milieu, des pois de senteur, des soucis et mes chers bougainvilliers qui escaladaient tout, en retombant lourdement, épuisés… Je m’enivrais des parfums mélangés… J’étais au paradis.

Au printemps explosaient d’autres senteurs. Celles de fleurs d’orangers. De l’oranger devrais-je dire. Il n’y en avait qu’un. Mon bel oranger.

Au marché d’El Jadida, tout dégoulinait de fruits et de légumes divers. À mourir de plaisir au milieu des cris et des bousculades. Les paniers s’emmêlaient. Même l’étal du boucher, ruisselant de sang, attirait mon regard. Ce rouge virant au noir sur les tabliers blancs…

Et puis les mimosas ! Ma mère les adorait. Elle en faisait des bouquets décorant la maison de jaune à la Van Gogh. Le vase sur le piano était toujours le plus fourni. Je n’ai jamais su pourquoi. Un hommage à la musique sans doute…

Elle est belle cette chanson de Juliette…

« Tu as remarqué. Il n’y a plus de débats en France » me dit-elle aux environs de Mantes…

Mon père et ses amis enseignants débattaient souvent. Politique, pédagogie, que sais-je encore ? La France est le pays de la « disputatio », du débat humaniste. Quel repas de famille, quelle rencontre entre collègues ne contient pas son débat, ses propos contradictoires, ses arguments défendus pied à pied ? Nos assemblées résonnent encore, des siècles après, des envolées lyriques d’un Hugo, d’un Jaurès, d’un Mitterrand. Tout en France fait débat.

J’adorais le bleu des fleurs de Volubilis. Plus tard, je découvrirai les ruines du même nom. Mon Tipasa à moi… Sans la mer ni les absinthes. Mais la même caresse sur les pierres et le ciel incrusté dans la brûlure du temps. Ici pas de « maître des horloges ». Quel orgueil de seulement croire pouvoir le devenir !

La France en effet se voit privée de débats. Se voit privée de politique. Le nouveau pouvoir autoproclamé « nouveau monde » ne veut ni droite ni gauche. Le citoyen, au sens étymologique du terme, devient un « collaborateur » dans une France startupisée. Les oppositions sont sommées de ne pas exister. Même la presse, le « quatrième pouvoir », se voit accusée de « ne pas chercher la vérité ». Alors qu’elle ne fait que cela. Le peuple est délégitimé.

- C’est bien pire que la disparition du débat. Car ce sont nos libertés qui risquent la disparition

Le regard de mon amie sembla s’assombrir. Je m’en voulus de la peiner.

J’aimais tant courir sur le sable vers la mer. Antoine Doinel à la fin des « Quatre Cents Coups ». Mais je ne m’arrêtais pas. Je ne me retournais pas pour, face caméra, regarder s’éloigner mon enfance. Non ! Je plongeais tête la première dans les rouleaux Atlantique pour hâter la caresse de l’eau sur mon corps. Et je priais n’importe qui pour que cela ne s’arrête jamais. Le sel brûlait mes yeux que je gardais ouverts, toujours !

- Il faudra qu’on partage un thé à la menthe bientôt...

Oui mais servi dans un verre, tombant de haut. La théière ventrue souplement soulevée, dessinant dans l’espace une hanche de femme… J’aimais tant les parfums de Khadija qui se mêlaient à ceux du thé et de la menthe… A ceux des fleurs et des arbres du jardin…

- Oui, nous partagerons un thé à la menthe. C’est promis.

Son sourire était revenu…

Christophe Chartreux

"L’imagination est la liberté de l’esprit"

Angel Parra

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Le goéland de Varengeville...

12 Juin 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

Le goéland de Varengeville…

(À lire en écoutant « La petite fille de la mer » de Vangelis…)

«Regarde !»…

Je le vois tournoyer d’abord, puis fondre dans l’espace et frôler les vagues en une courbe parfaite. Il remonte vers moi pour se poser enfin, délicatement, au bord de la falaise… Un goéland… Un de ces oiseaux perdus de vue depuis longtemps, tant je m’y habitue. Nos regards se croisent… Qui suis-je pour lui sinon l’intrus respectant son repos, le temps de lisser les plumes de ses ailes fatiguées ? S'il savait à quel point l'épuisement parfois me gagne… Les combats sont rudes… Il est dans ses éléments, l'oiseau marin. L’air, l'eau, la roche… Je suis l'étranger. La houle de la vie m'a porté, bousculé… La houle des faits du monde battant les flancs des hommes, les secouant, les ballottant à en vomir parfois, l'Histoire faisant peu de cas des trop piètres marins. Elle avance, et la presse la reflète, la relate, la transforme, l'embellit, la rend plus laide, la torture et nous laisse assommés, au coin d'une table, dans un fauteuil, dans nos voitures, partout, envahissant tout. Elle nous noie dans de beaux textes ou d'immondes messages, de belles paroles ou quelques mots abjects. L'oiseau regarde la mer… Que voit-il, l'oiseau, sinon l'univers liquide qui est le sien ? Sinon l’azur, absolument… Que voit-il l'homme, sinon sa vie, là, devant lui, tempétueuse ou tranquille, sa vie de houle et de clapot, de grands calmes et d'ennui? Notre Histoire n'est pas la demeure des oiseaux… Un univers entier où nous sommes étrangers. L' Histoire se déroule sans nous… Elle nous échappe… Nous croyons la faire quand c'est elle qui nous modèle, nous fait grands ou petits. L' Histoire… Un tragique océan… Des humains s’y noient… À l'ère médiatique, technologique, technocratique, internétique, algorithmique, l'oiseau dispose du bien dont nous rêvons, toutes et tous, que nous cherchons, qui nous fait rêver, vivre et mourir... Le Graal : la liberté en mille reflets divers… Mille reflets éblouissants qui ferment mes yeux à demi quand l'oiseau, reposé, décide de regagner son paradis marin… Il vole dans son Histoire… En coups d'ailes presque lents au point qu'on craint qu'il tombe… Il est un balancement, puis un point, puis plus rien… J'ai vu voler le temps… Hommes, nous sommes tous des étrangers. Au milieu du fracas universel. Regardez l'oiseau se poser devant vous, croiser votre regard. Laissez-le en paix et vivez avec lui le moment privilégié qui vous berce… Vouloir « faire l'Histoire », avoir cette prétention, c'est Icare qui se tue, c'est l'eau qui nous aspire vers des fonds incertains, c’est l’oiseau que l’on chasse…

« Oui, j’ai vu »…  

Christophe Chartreux

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Le temps de l'enfance...

9 Juin 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

A une amie très chère...

Le temps de l’enfance…

(À lire en écoutant le "Lascia chi'o pianga" d'Haendel par Sonya Yoncheva)

Je n’ai jamais voulu maîtriser les horloges. Je ne porte pas de montre. J’ai un téléphone portable dont je ne me sers pas. Souvent mes élèves me font remarquer que je ne sais jamais l’heure. Ce n’est pas complètement vrai. Avec le temps, l’enseignant s’habitue à se passer de lui. La séance se faufile toute seule dans le créneau imparti. Un petit miracle amusant, m’offrant le luxe d’entendre celles et ceux qui me connaissent bien, au moment de l’abominable sonnerie signifiant la fin du cours et alors que je viens de terminer telle ou telle activité :

« Pile poil ! Comme d’hab’ Msieur ! » Bonheur indicible ! Il m’en faut peu…

Enfant, j’étais toujours en avance, en retard ou à l’heure. Par hasard. Le temps ne m’intéressait pas. Il ne m’intéresse pas plus aujourd’hui…

Mon enfance, comme la tienne, n’avait pas le temps de s’intéresser à lui. Au temps. J’étais heureux. Le bonheur n’a nul besoin de montre ni d’horloge pour être mesuré. Mes journées s’étalaient au soleil, sous le ciel bleu, ou sous la pluie plus souvent que le croient les touristes et leur Maroc de cartes postales, de brochures d’agence de voyages. Mon jardin, mes livres, mes jouets, mes chats, la plage, la mer, le vent, les amis, l’école… Tout cela suffisait à faire de mes jours des instants privilégiés, des « moments d’être »… Même l’ennui des averses et des orages me retenant prisonnier passait vite. Tout pour moi était spectacle. Jusqu’à l’odeur de la terre assoiffée exhalant des parfums suaves et doux.

Quant aux jeudi et dimanche, ils me permettaient d’offrir ma peau aux éclats de sel et aux étincelles de lumière, complices épousés pour transformer mon corps en statue de cuivre. Je quittais le sable aux premières étoiles. Je ne savais rien du temps. Il ne passait pas. Il me retenait !

Je croisais parfois, sur le chemin de l’école ou de la plage, cette petite fille vue avec son père, devant chez moi, dans le champ. Sans nous parler, nous jouions à reproduire les gestes de l’autre. Nous inventions, sans le savoir, le « copié-collé » vivant. Je courais… Elle courait… Je m’arrêtais… Elle s’arrêtait… Je riais… Elle riait… Je laissais filer mes doigts autour d’un tronc de palmier… Elle en faisait autant… Ma « petite sœur »… Avant l’heure… Avant toi aujourd’hui… Elle non plus n’avait pas de montre au poignet. Elle ne m’a jamais demandé l’heure, même par signes… Elle disparaissait comme elle était venue, légère, mystérieuse, aussi belle qu’un concerto pour piano… Je ne savais jamais quand je la reverrais. Pourtant je la retrouvais toujours. J’aimais jusqu’à ses silences…

Et le temps filait… Sans rien m’annoncer d’autre que le réveil, le chocolat et les BN, le départ vers l’école… Le dimanche, les jeux solitaires ou entre amis dans la rue, chez l’un, chez l’autre, selon les envies et le temps. Celui qu’il fait. Jamais celui qui tue. L’heure du déjeuner, l’arrivée de Khadija - notre employée qui fut tout sauf ça... Une seconde mère bien davantage - qui m’accueillait. Car c’est elle qui m’accueillait chez moi, d’un sourire explosant d' humanité. Sa modestie, sa pauvreté s'offraient sans rien attendre d’autre que j’aille me jeter dans ses bras !

Ce dont je ne me privais pas tant elle était douce et belle…

Dans son sarouel, assoupi, le temps n’existait plus. Une forme d’extase. Je retrouverai cela bien plus tard en écoutant, émerveillé, Sonya Yoncheva interprêtant le « Lascia ch'io pianga » d’Haendel… Ou Alison Balsom dans l’ouverture de l’ « Atalanta », encore d’Haendel… Ecoutez-les et vous me rejoindrez contre la poitrine de celle dont je n’ai jamais pu oublier la douceur de la main sur mon front, ni la voix veloutée qui me disait « Christophe, tu es le fils que je n’ai jamais eu »… Khadija, stérile, avait adopté une petite fille, orpheline du tremblement de terre d’Agadir en 1960… Elle n’a jamais été ma bonne… Elle fut la musique de mon enfance, ma Sonya Yoncheva, mon Alison Balsom avant l’heure…

Hors du temps…

Qui pour moi n’a jamais existé…

Christophe Chartreux

“Le souvenir est l'espérance renversée. On regarde le fond du puits comme on a regardé le sommet de la tour.”

Gustave Flaubert

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A ma mère...

26 Mai 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

Ma mère…

A une amie très chère...

(À lire en écoutant les 12 fantaisies pour violon seul de Telemann. Exclusivement par Arthur Grumiaux).

Je ne sais pas parler d’elle. Ou plus exactement, je ne peux rien écrire car très vite mon regard se noie de larmes…

Les larmes arrachées par les beaux souvenirs qu’elle m’a offerts, fabriqués, construits…

De  l’Algérie natale, je n’ai conservé que quelques photos en noir et  blanc. Je marche vers elle, mon père vient de me lâcher pour mes  premiers pas. Mon Algérie est encore en guerre. Nous sommes en 1960 ou  61. Bientôt "papa" décidera de mettre épouse et enfant à l’abri des  « événements », manière habilement politique de ne jamais parler de  guerre. Ce fut pourtant bien une guerre.

Ma  mère, accueillait tous les enfants des villages alentour. Français et  arabes. Cela lui fut reproché par les colons « pieds-noirs ». Elle  soignait ceux parfois atteints de teigne et de gale. Sans distinction.  Jamais !

Bien  des années plus tard, alors que mon père effectuait un stage à  l’Université d’Aix-en-Provence pour préparer le concours d’inspecteur de  l’Education Nationale, un des stagiaires se présenta à lui.

« Bonjour.  Je m’appelle Ahmed (ce n’est pas le véritable prénom) et je vous  connais bien. J’étais en Algérie en même temps que vous. Mais j’étais de  l’autre côté. Instituteur le jour et FLN la nuit. Un soir, il y a eu  une attaque. Des morts. Des blessés. Mais pas vous. J’avais reçu ordre  qu’aucun mal ne vous soit fait»

Mon père, surpris, lui demanda les raisons de cette bienveillance.

« Vous  n’aviez pas l’esprit colon, "Algérie Française". Chez vous, dans votre  classe, avec votre épouse, les enfants étaient tous traités de la même  manière. Vous respectiez nos familles, notre langue, nos fêtes  religieuses. Un jour, j’ai même partagé la rupture du jeûne du ramadan  avec vous. Vous étiez le seul français présent ! Alors, le FLN vous a  mis de coté, si je puis dire.

- Et si vous n’aviez pas reçu l’ordre ?

Ahmed a souri…

- Je l’ai reçu… Voilà... »

Oui, voilà…

Mes  parents, ma mère, c’était ça. La bonté, le partage, la solidarité. Elle  aussi aimait la petite fille aux pieds nus qui riait avec moi. Qui rit  toujours avec moi…

Le  dimanche, à El Jadida, un rituel. Qui n’était pas la messe. Ou de ces messes laissant quelques traces  aux commissures des lèvres... Elle me  prenait par la main et m’emmenait acheter un « palmier ». Ce biscuit  saupoudré de sucre. Nous revenions par la promenade devant la mer. Puis  remontions, en passant devant le cinéma Marhaba et ses grandes affiches  annonçant les films proposés et à venir, vers la rue Guynemer. Je  prenais le temps de ne terminer ma gourmandise qu’une fois arrivé à la  maison. Le plaisir est quelque chose qu’il faut savoir prolonger. Sinon,  à quoi bon…

« Ça va, mon fils ? Pourquoi es-tu si long à finir un si petit gâteau ? »

Parce que je n’aime pas les fins maman… Parce que je n’aime pas les fins…

Plus  tard, lorsque mon père aura décidé de vivre une autre vie avec une  autre femme, j’accompagnerai ma mère dans d’autres promenades. Sans  « palmier ». C’est moi qui tiendrai sa main pour l’empêcher de  précipiter sa vie du haut d’une falaise. Mais cela m’appartient…

Elle  s’est éteinte discrètement. Sans plainte malgré la maladie. Les  derniers jours, elle m’appelait « Monsieur ». Sa mémoire était allée  rejoindre ses souvenirs et mon père parti quelques mois avant, le jour  d’une rentrée scolaire, ces rentrées qui depuis restent pour moi tout à  la fois d’immenses bonheurs et le chagrin toujours présent d’un père  absent.

Ma mère aimait le soleil, le vent, la plage, les enfants, les amis à la maison…

Elle aimait les petites filles courant pieds nus dans les champs arides, alanguis sous la lumière tremblante des horizons brûlants...

Elle t’aurait tant aimée…

Christophe Chartreux

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Chers amis...

17 Mai 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

Chers amis...

Chers amis,

Retenu toute la journée par le festival "Festi Robot" avec mes élèves de 4e, le blog reprendra sa route demain...

Bonne journée à toutes et à tous...

CC

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Peut-être était-ce la définition du bonheur...

15 Mai 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

(A lire en écoutant Mozart...)

Juin 2018... Vers midi... Autoroute A13...

Paris était en vue... L'autoroute à cet endroit, après un péage, passe de "deux fois deux voies" à "deux fois quatre". Elle a faim !

La question que tu m'as posée est venue comme ça... Sans prévenir. 

« Dis, tu crois que c'était mieux avant ? »

Sans réfléchir, je t'ai répondu non. Évidemment non. 

« Pourtant, tes propos sont empreints de nostalgie souvent »

Sans doute oui. Mais pas la nostalgie d'une époque, ni d'une école qui aurait été parfaite quand celle d'aujourd'hui serait la cause de toutes les régressions. Ceux qui professent cela sont stupides ! Menteurs ! Idéologues ! Que sais-je encore! En tout cas ils se trompent...

Nostalgie bien davantage du parfum de ma mère, retrouvé dès la porte de la maison ouverte, là, dans le couloir. Il suffisait d'en suivre le souvenir laissé par son passage pour retrouver sa douceur. Assise dans la cuisine, ou lisant au salon, ou rêvant au jardin. Nostalgie des couleurs déposées par le jour sur les matins frais accompagnant ma marche vers l'école ou le lycée. Nostalgie des murs blanchis de chaux, caressés par mes doigts en attendant le rire de la petite fille du paysan. Nostalgie océane, salée, mouillée, sensuelle et chaude, mélangée au sable,  accroché sur ma peau. Nostalgie de la voix d'un père, un jour absent, à qui j'ai pardonné le silence imposé. J'attendais son retour chaque soir. Son retour du  lycée. Jusqu'à la disparition... Pas l'oubli. Nostalgie des amis, filles et garçons, enfants innocents, insouciants, joueurs, rieurs. Nostalgie des moments... 

Tout cela n'était pas « mieux »... C'était seulement « bien »... Juste bien... 

Peut-être était-ce la définition du bonheur...

Comme ce moment avec toi, aujourd'hui... Dont j'aurai bientôt la nostalgie...

Tu as souri et nous avons chanté...

Christophe Chartreux

“Le secret du bonheur en amour, ce n'est pas d'être aveugle mais de savoir fermer les yeux quand il le faut.” 

Simone Signoret

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