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Vivement l'Ecole!

culture

De la culture avant toute chose !

25 Juillet 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Culture, #Education

Culture images libres de droit, photos de Culture | Depositphotos

De la culture avant toute chose !...

Il y avait jadis, sur France Inter, une émission intitulée "De la musique avant toute chose".

Sans verser dans une nostalgie toujours trompeuse, ce temps-là semble s'être perdu dans un autre: celui de la vitesse et de la bêtise triomphante dominée toutes deux par un maître aux dents longues: le marché, ce marché organisateur de ce que Tzvetan Todorov a appelé "Le nouveau désordre mondial". De la musique avant toute chose, nous sommes passés, sans nous en rendre compte tant la perversité du "système" est grande, à "de la bêtise avant toute chose". Il suffit pour cela d'allumer son téléviseur et cette bêtise ruisselle sur tous les plateaux des chaînes dites d'informations en continu, à quelques très rares exceptions près, rendant celles-ci plus précieuses encore.

Je ne définirai pas ici ce concept de "bêtise" triomphante. Bernard Stiegler l'a fait avant et mieux que moi. Philippe Meirieu, Denis Kambouchner et, encore, Bernard Stiegler en parlent aussi fort bien dans L'Ecole, le numérique et la société qui vient paru aux éditions Mille.et.une.nuits. (Vous pouvez aussi écouter leur entretien à ce sujet ICI )

En revanche il me semble nécessaire de dire que l' Ecole, au sens le plus large et institutionnel du terme, a un rôle capital à jouer pour contrer les effets ravageurs de cette "bêtise" installée, chaque soir sur nos écrans. Je dis "chaque soir" car nos élèves ont encore la chance de ne pas être scotchés devant la télévision durant la journée, passant d'émissions d'une rare stupidité à des feuilletons profondément, n'ayons pas peur des mots, stupides. A moins bien entendu de "zapper" vers des chaînes dites "culturelles" mais, autre perversion organisée sciemment, destinées aux initiés. La culture, les arts, aujourd'hui en France, ne sont pas partagés. Ils sont "réservés".

L'Ecole donc, au-delà de l'Histoire des Arts - à laquelle il conviendrait d'adjoindre une "Histoire des sciences" - qu'il faut maintenir et renforcer par tous les moyens, de la maternelle à la terminale, dans toutes les filières, doit être un fer de lance, une "base avancée" du développement, de la vulgarisation DES cultures, DES arts, de TOUS les arts. Je suis aujourd'hui - et depuis fort longtemps - persuadé que les dictatures qui nous écrasent, qui s'installent dans nos "parts de cerveau disponible", dictatures de la bêtise et du marché, seront combattues par la possibilité offerte à toutes et tous d'entrer dans ces "mondes réservés", de les investir et d'y investir.

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N'est-il pas scandaleux, dramatique, que quatre-vingt pour cent des élèves d'un collège rural - le mien, mais pas que le mien - n'aient jamais mis les pieds plus d'une fois, en troisième, dans un musée, dans un théâtre, dans une salle de concert ? Ne parlons pas de "galeries de peinture" ! L'une de mes élèves a cru que j'évoquais la galerie marchande du supermarché voisin !

N'est-il pas tragique que des élèves de collège n'aient pas accès à l'Art sauf une heure par semaine grâce à nos collègues professeurs d'Arts plastiques et de musique qui font tout ce qui est dans leur pouvoir, avec passion, mais dont la parole "compte" si peu lors des conseils de classe ?

N'est-il pas signifiant de constater avec tristesse que de nombreux collègues souhaitent la disparition pure et simple de l'Histoire des Arts au collège ? Si tel était le cas, ce serait alors laisser porte grande ouverte à la "misère symbolique", dernière marche avant la misère tout court*, dont les victimes sont toujours les mêmes enfants, des mêmes catégories sociales, écrasés par la bêtise médiatico/politique.

L'Ecole doit être rempart et fer de lance: rempart contre les assauts d'un néo-libéralisme d'une perversité extrême et fer de lance d'une conquête à venir, celle d'une "Education artistique vivante" ! Nous, enseignants, quel que soit notre "niveau", quelle que soit la matière enseignée, DEVONS être les phares d'une nouvelle culture républicaine à diffuser par tous les moyens imaginables, y compris les plus contemporains (Internet).

Redonnons la parole à l'intelligence partagée! Redonnons la parole à l'Art ! Travaillons main dans la main avec les artistes! Luttons ensemble contre le formatage de l'esprit !

Une révolution à venir !...

Christophe Chartreux

A lire absolument: Education artistique: l'échec n'est pas permis par Philippe Meirieu

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Culture - En Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez ne retient pas ses coupes

21 Mai 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Culture

Laurent Wauquiez réélu à la tête de la région Auvergne-Rhône-Alpes, et  maintenant ?

Culture en Auvergne-Rhône-Alpes: Laurent Wauquiez et sa majorité se payent la tête de l’art

Dans un document interne consulté par «Libération», et dont l’existence est niée par l’entourage de Laurent Wauquiez, le financement de la vie culturelle, en baisse dans toute la région, serait attribué selon des critères politiques. Un clientélisme dénoncé par des élus régionaux d’opposition.

C’est une liste de plus de 300 occurrences détaillant les aides que la région Auvergne-Rhône-Alpes projette d’accorder aux acteurs culturels de son territoire en 2022. Un tableau bardé de chiffres, qui regroupe grandes institutions et petits établissements, compagnies et associations, festivals, organismes de formation, industries du cinéma, du livre et du numérique, arts plastiques, spectacle vivant, musique, patrimoine… Dans ce document interne que Libération s’est procuré, on retrouve les budgets de fonctionnement alloués en 2021 et ceux que les services de la collectivité préconisent pour 2022. La première colonne qui suit ces recommandations est estampillée «arbitrage président».

Il s’agit bien sûr du très droitier Laurent Wauquiez, réélu en 2021 à la tête de la deuxième région de France (8 millions d’habitants), pourtant classée avant-dernière en matière de financement de la culture. Fin avril, la collectivité a annoncé réduire drastiquement les subventions accordées à un certain nombre d’institutions culturelles, en majorité situées dans les métropoles de Lyon et de Grenoble. La raison invoquée : un «rééquilibrage solidaire et équitable», afin «d’irriguer la culture jusque dans les territoires les plus éloignés». Depuis, le cabinet de Wauquiez se retranche derrière l’argument du maintien d’un budget culturel équivalent à celui de 2021, à hauteur de 62 millions d’euros en 2022. Et indique que depuis 2016, les métropoles de la région percevaient 60 % des aides accordées – un chiffre invérifiable, faute de documents fournis aux élus.

«Ce qui est dingue, c’est ce surarbitrage du président qui cible Lyon, Villeurbanne et Grenoble, souligne une source interne à la région. Ce sont les deux plus grosses métropoles de la région, mais surtout les territoires de ses opposants politiques [les écologistes et la gauche] Ce rééquilibrage n’aurait pourtant «absolument rien à voir avec un sujet politique», a assuré à Libération le cabinet de Laurent Wauquiez, indiquant par ailleurs qu’«il n’existe pas de liste», puisque les «subventions seront soumises au vote des élus au fil de l’eau lors des commissions permanentes à venir». Certes, les chiffres avancés dans cette liste – qui existe bel et bien – sont provisoires, mais l’équipe de Wauquiez dispose de la majorité au sein de l’hémicycle régional.

«Un mélange d’absurdité, de bêtise et de méconnaissance»

La prochaine commission permanente du 25 mai est précédée ce vendredi d’une commission culture qui s’annonce tendue. Dans un courrier adressé le 9 mai à Wauquiez, des conseillers de l’opposition régionale (Europe Ecologie-les Verts, Parti socialiste et Parti radical de gauche) se sont insurgés contre l’absence de «critères transparents» et ce qui leur semble «plutôt relever en permanence de l’arbitraire ou sans doute du clientélisme»«C’est un mix des deux : du clientélisme et du n’importe quoi, qui mélange absurdité, bêtise et méconnaissance», confirme une source à la région. A qui pourrait bénéficier ce rééquilibrage ? Aux «petits festivals éloignés des grands centres urbains», a indiqué le cabinet de Wauquiez, ajoutant que «la filière livre, la filière arts plastiques et la filière cinéma» ne seraient pas concernées par les baisses.

Le document interne démontre le contraire. Les secteurs les plus touchés sont le livre (-30 % du budget global) et les arts plastiques (-28,5 %), derrière les festivals (-32 %). Le cinéma, en revanche, voit ses dotations augmenter à la marge (près de 1 %). Le secteur de la formation et celui du spectacle vivant sont, eux, concernés par des diminutions, respectivement de 18,5 % et 16 %. Une curiosité : la coupe de 39 % sur le patrimoine, un faire-valoir pourtant cher à Wauquiez. En fait, deux établissements portent à eux seuls cette amputation, qui pourrait provoquer leur fermeture : le musée Tony-Garnier de Lyon, dont la subvention, prévue de passer de 35 000 euros à zéro, pourrait faire l’objet d’un rétropédalage de la région, et ARC-Nucléart à Grenoble, un atelier-laboratoire spécialiste de la conservation et la restauration archéologique unique en Europe, dont l’enveloppe de 75 000 euros est supprimée.

Tollé dans l’opposition

Comment de telles diminutions sont possibles alors qu’un budget global constant est annoncé ? Le cabinet de Wauquiez souligne la «mise en œuvre d’un fonds Covid de 500 000 euros mobilisés en fonction des demandes des structures»«plutôt à court terme». Mais hormis cela, «il y a la volonté de la direction des finances de se désendetter, de geler le budget par anticipation, explique une source. Déjà, durant le premier mandat, il y a eu des transferts de lignes de fonctionnement à des lignes d’investissement, des tableaux budgétaires ont été trafiqués pour fabriquer de l’investissement. Là, c’est encore plus direct, on sabre dans du fonctionnement». Selon les élus de l’opposition, les baisses appliquées s’élèveraient à plus de 4 millions d’euros depuis le début de l’année.

En septembre 2021, une note interne du directeur général des services (DGS), que Libération a consultée, a fixé un «objectif d’une baisse de dépenses [de fonctionnement] d’une cinquantaine de millions d’euros au global» pour 2022, devant se traduire par une diminution de 7 % des budgets de chaque branche. L’information a suscité un tollé dans l’opposition. Alors «il y a eu un démenti du DGS puis le vote en reconduction du budget culture, retrace une source. Mais ensuite, à l’oral, on nous a demandé de cibler -13 % ». Cette gestion verticale, exempte de concertation, instaure une forme de «terreur budgétaire», estime Cédric van Styvendael, maire de Villeurbanne et vice-président à la culture de la métropole de Lyon, qui constate que «les acteurs culturels sont tétanisés face à cette œuvre de déconstruction menée sur les territoires». Le maire écologiste de Lyon, Grégory Doucet, dénonce pour sa part une «instrumentalisation» de la culture, qu’il assimile à «des méthodes d’extrême droite», dignes de «régimes autoritaires».

Des villes de droite privilégiées

La fameuse liste permet d’établir un parallèle troublant avec une carte électorale favorable à Laurent Wauquiez. En Isère et dans la métropole de Lyon, les baisses globales atteignent plus de 22 %. Dans la métropole de Grenoble, parmi les structures lourdement touchées, on trouve notamment la salle de spectacle la Belle Electrique (-54 % en 2022 et une mention dans le tableau indiquant un «retrait possible en [20]23»). L’orchestre de chambre de Grenoble les Musiciens du Louvre perd, lui, l’intégralité de sa dotation de 100 000 euros. A titre de comparaison, l’Ensemble orchestral contemporain de Saint-Etienne (une autre métropole, mais de droite) conserve ses 125 000 euros.

En Isère, des villes font figure de privilégiées : pas de baisse pour la régie municipale des Abattoirs de Bourgoin-Jallieu, ex-bastion de la gauche ravi en 2014 par le maire Les Républicains Vincent Chriqui, ancien conseiller de François Fillon. La subvention de 150 000 euros du festival Jazz à Vienne est reconduite à l’identique : c’est Thierry Kovacs, conseiller régional LR, qui dirige cette ville de 30 000 habitants. A Lyon, l’hécatombe s’élève selon l’opposition à près de 2 millions d’euros en moins pour les acteurs installés sur le territoire municipal et à une baisse de 2,5 millions sur celui de la métropole. Deux structures sortent indemnes de la moulinette budgétaire : le Centre chorégraphique national de Rillieux-la-Pape, la commune d’Alexandre Vincendet, à la tête de la fédération LR du Rhône, et l’association Pôles en scènes de Bron, tenue depuis 2020 par un jeune maire proche de Wauquiez, Jérémie Bréaud.

L’arbitrage du président

Dans onze des treize départements que comprend la région Auvergne-Rhône-Alpes, les baisses restent contenues, avec une moyenne de 10,3 %. Allier, Cantal, Rhône, Puy-de-Dôme, Savoie, Haute-Savoie, Ain, Haute-Loire, Loire, Drôme, Ardèche : tous les conseils départementaux de ces territoires sont dirigés par des présidents LR ou des centristes à la tête d’une alliance de la droite. Au Puy-en-Velay, dont Wauquiez a été maire de 2008 à 2016, l’office du tourisme qui organise depuis 2013 le festival des Nuits de Saint-Jacques bénéficie toujours d’une dotation généreuse (42 500 euros). Dans la Drôme, la Comédie de Valence, ville dirigée par le LR Nicolas Daragon, est épargnée. Et la scène nationale Lux, pour qui les services prévoyaient une baisse de 13 %, est repêchée par l’arbitrage du président, qui la réduit à 5 %. Tandis qu’une baisse de près de 14 % est appliquée au théâtre de Die, une ville de 4 800 âmes dirigée par une maire divers gauche…

A Montélimar (40 000 habitants), remportée par le LR Julien Cornillet en 2020, le festival De l’écrit à l’écran voit même son enveloppe enfler de 15 000 à 25 000 euros. Cette ligne budgétaire est accompagnée d’une annotation : «A valider avec Ange Sitbon pour que le festival ne revienne pas en plus sur le FIC». Le FIC, c’est le fonds d’intervention culturelle, qui devrait bénéficier d’un budget de fonctionnement de 511 150 euros en 2022. Cet outil a été créé sur mesure pour Ange Sitbon, spécialiste de la carte électorale à l’UMP puis à LR, qui a intégré le cabinet de Laurent Wauquiez en 2016. Très proche du président de région, en charge des relations avec les territoires, il dispose du FIC pour rétribuer les élus locaux postulant à des subventions sans toutefois remplir les critères établis par les services. Le même Ange Sitbon dont la rémunération (9 000 euros par mois), jugée disproportionnée par la Chambre régionale des comptes, fait aujourd’hui l’objet d’une enquête du Parquet national financier.

Maïté Darnault

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Bilan Macron. La culture en cadette de ses soucis

5 Mars 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Culture

Franche-Comté - Culture. A Ornans, Emmanuel Macron sur les terres de  Gustave Courbet pour le bicentenaire de sa naissance

Verticalité poussée à son comble : le bilan d’Emmanuel Macron en matière de culture se résume au rapport du président avec celle-ci. Symboles à tous les étages, déclarations jonglant avec les discordances du « en même temps ». Et pour finir, un passe.

Au risque d’apparaître toujours prêts à mordre dans la main qui les subventionne, les responsables d’institutions culturelles tiennent à peu près ce langage, que résume abruptement pour Mediapart, sous couvert de l’anonymat, le directeur d’un centre dramatique national : « Macron n’est pas pire que Hollande, qui n’était finalement pas pire que Sarkozy – le problème avec les socialistes en fin de cycle, c’est qu’ils s’estimaient légitimes au point de nous emmerder jusqu’à la gauche, alors que la droite nous laissait en définitive une paix royale ! »

La paix faillit bien être celle des cimetières quand surgit, voilà deux ans, le virus que nous savons. La culture a bénéficié du « quoi qu’il en coûte » macronien plus souvent qu’à son tour. Les chiffres, impressionnants, en témoignent, avec des allures de cataractes. Du premier confinement de mars 2020 à la fin de l’année 2021, l’État a débloqué en faveur du secteur près de 14 milliards (c’est-à-dire plus du double des crédits dévolus pour la même période au ministère de la rue de Valois – dont le budget annuel s’élève à 3,3 milliards).

Toutefois, cette manne est allée vers les institutions les plus visibles et prestigieuses – l’Opéra national de Paris au premier rang. Pour le coup, les petites structures, en souffrance, risquent de mettre la clef sous la porte lorsque sera venue l’heure des comptes ; après l’élection présidentielle, bien entendu. Parce qu’enfin si l’édition et les librairies ont profité du remarquable regain pour le livre ayant accompagné la crise sanitaire, tous les autres domaines de la direction de l’esprit ont ployé sous les coups du destin, plus ou moins amortis par les aides publiques.

Surtout, malgré les secours intervenus, le champ culturel s’estime dévasté depuis le constat tombé lors des confinements et vécu comme annihilant par un milieu éperdu de reconnaissance : vous n’êtes pas essentiels. Les palinodies présidentielles n’y firent rien, tel ce prétendu cri du cœur lancé à Nevers, le 21 mai 2021 : « Si est essentiel ce qui m’aide à être moi ou à vivre, l’art l’est à coup sûr. »

Emmanuel Macron veut être au centre de tout et sous les feux des projecteurs, ainsi qu’en témoigna, en mai 2020, lors d’une fameuse visioconférence dysfonctionnelle appelant à « enfourcher le tigre », le rôle de moins que rien dévolu à son ministre de la culture par le président jupitérien.

Usul démonte impitoyablement la visioconférence du 6 mai 2020 et ce qu'elle induisait sous couvert d'enfourcher le tigre... © Mediapart

Le huitième président de la VRépublique en fait toujours trop. De l’inauguration de son quinquennat devant la pyramide du Louvre à sa photographie officielle, la sémiotique casse des briques, la culture s’étale : tout est submergé, gorgé, saturé de symboles et de références kaléidoscopiques. Empiler, accumuler, agglomérer compulsivement, comme lors de la panthéonisation de Maurice Genevoix, mêlée à l’exposition d’Anselm Kiefer sous les fresques de Puvis de Chavannes. Comment, dans un tel vide-grenier permanent, distinguer le moindre fil rouge ?

C’est le tout et son contraire, baptisé « en même temps ». Dans le sillage du rapport Savoy-Sarr (2018) qu’il avait missionné, le président Macron prône la restitution des œuvres pillées par la France lors de rapines coloniales. « Woke », vocifère la droite paranoïaque. Cependant, le président Macron fétichise le patrimoine, avec Stéphane Bern et un loto à la clef. La droite identitaire, ivre d’enracinement, s’extasie.

Mais le patrimoine, c’est aussi le décor rêvé pour la « marque » France : un must du marketing, digne d’un plan com’ boostant tout sur son passage et à même de ravir les petits faisans franglaisants affairés ! Mais oui, on va rebâtir la cathédrale Notre-Dame, embellie pendant qu’on y est, en moins de cinq ans : le gothique se retrouvant soudainement indexé sur le quinquennat !

Un « en même temps » peut en cacher un autre. Voici déjà l’indéfinissable et insaisissable président Macron qui frétille, à La Samaritaine ripolinée qu’il inaugure, aux côtés de Bernard Arnault. La consommation s’esthétise à outrance, si bien que triomphe une nouvelle ère : l’art pour le marché (après l’art pour les dieux dans l’Antiquité, l’art pour les nobles sous l’Ancien Régime et l’art pour l’art depuis le XIXsiècle). Voilà ce qu’impose aujourd’hui l’hypercapitalisme effréné, dont le locataire de l’Élysée se fait le vecteur et le truchement sous couvert de culture – illustrant par là même l’essai de Gilles Lipovetsky et Jean Serroy : L’Esthétisation du monde. Vivre à l’âge du capitalisme artiste.

Qu’ils sont loin, oubliés ou dévoyés, les engagement du candidat Macron du printemps 2017 : « Affirmer la politique culturelle comme une priorité du mandat [...] Convoquer un sommet des chefs d’État et de gouvernements européens pour affirmer le rôle central de la culture [...] Lancer un Erasmus de la culture pour la circulation des artistes [...] Ouvrir les bibliothèques en soirée comme le dimanche [...] Faire de l’architecture le symbole d’une nouvelle approche de l’urbanisme et du cadre de vie [...] Accompagner le parcours des artistes. » Nada ! Walou ! Du vent !

Surnagent quelques avancées : adoption par le Parlement européen de la directive sur le droit d’auteur à l’heure du numérique (2018) ; l’Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle (2022) ; projet, dans le château de Villers-Cotterêts rénové, d’une Cité internationale de la langue française (automne 2022 ?), qui ne considère pas la francophonie comme un ultime confetti de l’Empire mais insiste sur le plurilinguisme et la diversité enrichissante...

Outre procéder à des nominations – souvent pertinentes et qui respectent la parité – en mettant sur la touche trois ministres successives (Françoise Nyssen, Franck Riester et Roselyne Bachelot), qu’a donc fait de marquant Emmanuel Macron ? Un passe (écrit sans e, à l’américaine), non plus sanitaire mais culturel. Il devait s’élever à 500 euros mais se trouve rabaissé à 300 euros. Il devait concerner la jeunesse française dans sa 18année mais s’élargit aux 15-16-17 ans.

Le président est content de lui. Il en gazouille de joie. Les libraires se réjouissent, les théâtres font grise mine et les géants yankees de la Toile se frottent les mains dans la coulisse. Benjamin Lucas, porte-parole de Yannick Jadot, se gausse : « C’est vrai que les bienfaits pour les jeunes de cinq années de présidence Macron peuvent se résumer sur un post-it. Pour les méfaits, il va falloir sortir une ramette entière. »

Jean-Luc Mélenchon s’indigne : « Le pass profite essentiellement aux entreprises qui véhiculent une culture de consommation de masse et participe de la marchandisation de la culture. Je pense ici aux Gafam, aux plateformes des multinationales US. En somme, le pass culture privilégie l’individualisme, alors que l’action culturelle devrait plutôt favoriser le lien social. »

Jean-Luc Mélenchon est issu d’un temps où le Parti socialiste, auquel il appartenait, réfléchissait sur la culture. Dans les années 1970, des personnalités comme Catherine Tasca, Bernard Faivre d’Arcier, Jérôme Clément, François-Régis Bastide et tant d’autres phosphoraient. En 1981, un programme était prêt, foisonnant. Jack Lang allait s’en saisir en oubliant hélas en route une dimension essentielle qu’avait envisagée une gauche alors impliquée, intelligente et généreuse : la culture populaire.

En 2022, Emmanuel Macron régnant, la culture populaire sonne comme un oxymore. La gauche gît par les fonds. L’implication, l’intelligence et la générosité sont aux abonnées absentes. Ne demeure qu’un président, qui se targue à grand frais de sa singularité – chimérique, sinon usurpatrice, en la matière...

Antoine Perraud

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Sortir - Portraits de France, une autre Histoire de France - Musée de l'Homme, Paris. Jusqu'au 14 février

26 Janvier 2022 , Rédigé par Musée de l'Homme Publié dans #Histoire, #Education, #Culture

De Jean-Baptiste Belley à Gisèle Halimi en passant par Joséphine Baker, découvrez les parcours de vie exceptionnels de 58 personnalités issues de l’immigration et des Outre-mer, acteurs et actrices décisifs du grand récit national ! 

Qui se souvient de Do Huû Vi, cet aviateur originaire de Saïgon venu combattre et mourir dans les rangs de l’armée française pendant la Première Guerre mondiale ; de Sanité Belair, considérée comme l’une des héroïnes de l’indépendance d’Haïti ; de l'immense compositrice tchèque Vítězslava Kapralova, formée à l’École normale de musique de Paris ou encore de Raphaël Elizé, l’un des premiers maires noirs d’une commune de France métropolitaine, engagé dans la Résistance avant de mourir en déportation à Buchenwald ?  

Toutes et tous ont en commun leur engagement, direct ou indirect, pour la France.  

À travers l’exposition « Portraits de France » , vous cheminerez parmi les itinéraires de vie atypiques de 29 femmes et de 29 hommes qui ont participé à notre récit national. Méconnues, célèbres ou oubliées, ces personnalités incarnent la diversité française.  

Sous les traits de l’illustrateur Jacques Floret, ces visages vous emmèneront sur les traces d’événements, de temps forts économiques, politiques, sociaux et culturels qui nous sont familiers. 

Partez à la découverte de périodes historiques étalées sur 230 années : de la Révolution française à la Belle Époque, de la Grande Guerre aux Années folles, de la Seconde Guerre mondiale à la fin de l’empire colonial, de la France black-blanc-beur aux défis du XXIe siècle.  

Dans le foyer Germaine Tillion et l’atrium Paul Rivet, vous ferez la découverte d’œuvres inédites : des photographies, des documents d’époque ou encore des objets d’art populaire !

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Coup de coeur... Albert Camus...

21 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Culture

Image

Dordogne. Ici la terre est rose, les cailloux couleur chair, les matins rouges et couronnés de chants purs. La fleur meurt en un jour et renaît déjà sous le soleil oblique. Dans la nuit, la carpe endormie descend la rivière grasse; des torches d'éphémères flambent aux lampes du pont, laissent aux mains un plumage vivant et couvrent le sol d'ailes et de cire d'où rejaillira une vie fugitive. Ce qui meurt ici ne peut passer. Asile, terre fidèle, c'est ici voyageur qu'il faut revenir, dans la maison où se garde la trace et la mémoire, et ce qui dans l'homme ne meurt pas avec lui mais renaît dans ses fils.

Albert Camus - Carnets Juillet 1951

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La culture, «grande oubliée» des débats - Appel de 114 artistes à voter à la primaire populaire

21 Janvier 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Culture

Plan de relance Culture : La filière Exposition, grande oubliée du plan de  relance

Dans une pétition publiée ce jeudi dans «les Inrocks», cent artistes, dont l’actrice Juliette Binoche ou encore l’acteur Charles Berling, estiment que l’union est la seule façon de faire gagner la gauche.

A moins de 90 jours du premier tour de l’élection présidentielle, la gauche tente de sortir de son marasme. Cent personnalités du monde de la culture, dont l’actrice Juliette Binoche et le réalisateur Jean-Marc Barr, appellent les partis de gauche à rejoindre la primaire populaire, initiative citoyenne qui plaide pour une candidature commune à gauche. Car «en avril, il sera trop tard», précise le texte.

«La compétition qui s’annonce entre les candidates et les candidats de la gauche et de l’écologie n’est pas à la hauteur des enjeux de la prochaine élection présidentielle. […] Perdre cinq ans de plus serait insensé», écrivent ces personnalités dans une tribune publiée dans le magazine les Inrocks. On retrouve parmi les signataires le directeur du Théâtre national de Strasbourg, Stanislas Nordey, ou les acteurs Jean-Pierre Darroussin et Charles Berling.

La culture, «grande oubliée» des débats

A trois mois du premier tour de la présidentielle, ils appellent les sept candidats issus de la gauche à se soumettre au vote de la primaire populaire, «meilleure voie possible pour faire gagner ce que nous avons en partage, la lutte contre le dérèglement climatique et les inégalités».

Les organisateurs de cette initiative ont revendiqué mercredi 311 000 inscrits pour ce vote d’«investiture», prévu du 27 au 30 janvier et qui doit départager sept personnalités présélectionnées. Un chiffre désormais très supérieur à celui de la primaire écologiste ou LR. Mais Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Anne Hidalgo ont refusé d’y participer, et se retrouvent inscrits au scrutin malgré eux. On y retrouve aussi des quasi-inconnues : la militante écologiste Anna Agueb-Porterie et l’experte de la santé Charlotte Marchandise. Sans oublier l’eurodéputé et militant écologiste Pierre Larrouturou qui vient d’achever une grève de la faim placée sous le signe de l’union après une semaine.

Dernière candidate à avoir pris le train de la campagne en marche, Christiane Taubira a choisi de jouer le jeu. Les signataires appellent également les candidats à davantage s’intéresser à la culture, «grande oubliée des débats et des programmes des candidates et des candidats», et à défendre l’exception culturelle française. «La culture n’est pas un bien de consommation comme les autres, assujettis à une simple logique de rentabilité. C’est la responsabilité de l’Etat et des collectivités locales de défendre notre exception culturelle. Les multinationales du numérique participent d’une uniformisation de la culture, comme elles appauvrissent notre démocratie», peut-on lire dans la tribune.

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« Le clip de campagne électorale d’Eric Zemmour exacerbe un phénomène maintes fois vérifié : la culture n’est jamais un sujet de propositions, elle est instrumentalisée »

4 Décembre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Culture, #Politique

Opinion] Pour une nouvelle époque de l'action culturelle publique

EXTRAITS

Dans sa chronique, Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde », analyse la vision culturelle ébauchée par le polémiste d’extrême droite dans la vidéo annonçant sa candidature à la présidentielle.

Alors que les milieux de la création déplorent depuis des décennies l’absence quasi totale du mot culture dans la bouche des candidats à la présidentielle, voilà que le sujet est omniprésent chez un concurrent déclaré, qui plus est sous la forme artistique d’un clip. Et pourtant – on ne prend pas trop de risques à l’écrire –, ils auraient préféré que cette longue jurisprudence du rien se prolonge plutôt que d’avoir à découvrir, mardi 30 novembre, sur le coup de midi, dix minutes venues d’outre-tombe.

Arrêtons-nous sur la vision culturelle ébauchée par Eric Zemmour, dont les propos et les images sont si éloignés du sentiment d’amour que YouTube les diffuse avec un avertissement – « cette vidéo peut être inappropriée pour certains utilisateurs » – et a interdit son accès aux mineurs. Dix-neuf créateurs sont cités, ce qui est énorme, dont le profil est pourtant loin du film gore : Hugo, Chateaubriand, Pascal, Descartes, La Fontaine, Molière, Racine, Voltaire, Rousseau, Gabin, Delon, Bardot, Belmondo, Hallyday, Aznavour, Brassens, Barbara, Sautet, Verneuil.

Ajoutons Beethoven, qui a signé la partition du clip musical. Son deuxième mouvement de la 7e Symphonie est répétitif, un peu martial, presque dansant, émouvant sûrement, crescendo. Ce tube de la musique classique est utilisé dans des dizaines de films, dont on retiendra, non sans corrélation avec la rhétorique zemmourienne, Le Discours d’un roi, dans lequel George VI (Colin Firth) surmonte son bégaiement pour signifier à la radio l’entrée en guerre du Royaume-Uni en 1939.

L’orchestration des créateurs dans le clip exacerbe un phénomène vérifié maintes fois dans des campagnes électorales, tous candidats confondus : la culture n’est jamais un sujet de propositions, elle est instrumentalisée. Elle n’est pas citée pour ce qu’elle dit mais au service d’un projet qui la dépasse. Elle sert un candidat sans que ce dernier la serve.

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C’est plus commode que les vivants, les morts. C’est de la pâte à modeler. Ils ne réclament rien, ne s’indignent pas. Dans le clip, ils sont réduits à l’état de patrimoine à côté de Versailles ou de Notre-Dame, d’une 2CV dans une rue déserte, de livres d’un autre siècle rangés en fond d’écran, dans un coloris sépia, des livres si proches de ceux apparaissant sur les images officielles des présidents de la République d’antan que l’on affiche dans les mairies. Le tout est cohérent, faisant du candidat un mort parmi les morts, retranché dans un bunker à la lumière fragile.

Les commentaires vont bon train depuis trois jours pour cerner le décalage vertigineux entre le profil des créateurs cités et les idées du candidat. L’exemple le plus criant est la chanteuse Barbara, suffisamment contemporaine pour ne pas risquer l’anachronisme. Elle fut une égérie socialiste, pour ne pas dire une groupie mitterrandienne, à qui on doit Regarde, chanté en public juste après la victoire de son champion en mai 1981, qu’elle élève au rang de guide suprême : « Quelque chose a changé/L’air semble plus léger/C’est indéfinissable. (…) Un homme/Une rose à la main/A ouvert le chemin/Vers un autre demain. »

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Pour lui, un créateur ne s’appartient plus. Et la définition de la culture est à prendre non dans sa dimension artistique, mais sociétale et morale. Donald Trump pensait la même chose, qui, lors de ses meetings, a diffusé les musiques de Neil Young, Adele, Queen, Pharrell Williams ou Guns N’Roses, malgré l’indignation de ces derniers. Mais le droit d’auteur étant bien plus protégé en France, les procès à venir pourraient coûter cher au candidat.

Dernier point. Le clip ne dit rien d’un programme présidentiel mais tout d’une politique culturelle. Zemmour entend « préserver notre patrimoine architectural et culturel ». Il tranche un débat qui n’a cessé d’osciller, avec les budgets, entre soutien au patrimoine et soutien à la création. Son choix est unilatéral, on pouvait s’en douter, tant il colle à sa lecture du pays.

Michel Guerrin(Rédacteur en chef au « Monde »)

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Sortir... Exposition Vivian Maier, Musée du Luxembourg

26 Novembre 2021 , Rédigé par Musée du Luxembourg Publié dans #Art, #Culture

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A lire... "Race et histoire dans les sociétés occidentales XVe-XVIIIe siècle" - Jean-Frédéric Schaub et Silvia Sebastiani

25 Novembre 2021 , Rédigé par Mollat - Libération Publié dans #Histoire, #Culture

Couverture du livre Race et histoire dans les sociétés occidentales (XV-XVIIIe siècle)

Ce livre présente les processus de racialisation qui ont ponctué la transformation de l'Europe et de ses colonies de la fin du Moyen Âge à l'âge des révolutions. Cette histoire éclaire l'évolution des sociétés, des institutions, des cultures et des théories. Elle décrit la volonté de catégoriser les individus et les groupes, de les enclore dans des identités présentées comme intangibles, de discriminer les collectifs dominés, voire d'organiser l'oppression à grand échelle contre des populations définies par leur race.

La racialisation procède par naturalisation des rapports sociaux et des caractères physiques et moraux qui se transmettent de génération en génération, à travers la procréation. Elle repose sur une contradiction : le racisme affirme que les gens sont prisonniers de leur race et s'emploie néanmoins à gérer la transformation des races.

Quatre coups de projecteur permettent de rendre compte de cette histoire : la noblesse de naissance face à l'anoblissement, la nature juive ou musulmane qui persiste dans le sang des convertis, l'origine ineffaçable des métis dans l'Amérique coloniale, la déshumanisation des Africains par la traite esclavagiste.

Ces phénomènes sont les expériences séculaires sur lesquelles les auteurs des Lumières se sont fondés pour classer l'humanité en races. Ils hiérarchisent les groupes humains mais proclament aussi l'universalité des droits de l'homme. Le siècle des philosophes peut alors se lire comme le fruit d'une histoire passée, autant que comme le fondement d'une histoire inachevée, la nôtre.

Librairie Mollat

https://www.mollat.com/livres/2538949/jean-frederic-schaub-race-et-histoire-dans-les-societes-occidentales-xve-xviiie-siecle#

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