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Vivement l'Ecole!

culture

Comment la crise sanitaire a boosté la soif de lire de certains ados

10 Avril 2021 , Rédigé par 20 Minutes Publié dans #Education, #Culture

Comment la crise sanitaire a boosté la soif de lire de certains ados

La réduction des activités extérieures a donné ou redonné l’envie de feuilleter à certains adolescents, qui témoignent de leur passion à « 20 Minutes »

  • Passant plus de temps chez eux, certains adolescents ont découvert le plaisir de la lecture ou s’y sont adonnés plus qu’à l’accoutumée.
  • Car le fait de plonger dans une histoire les éloigne des réalités anxiogènes du moment.
  • De la BD, en passant par l’heroic-fantasy jusqu’aux classiques, ils ont des goûts éclectiques.

Des sorties réduites, des activités culturelles et sportives suspendues, une vie sociale plus réduite… La crise sanitaire a bouleversé les loisirs des adolescents. Et si beaucoup d’entre eux se sont réfugiés sur leurs écrans pour trouver un peu de réconfort, certains ont découvert le plaisir de la lecture ou s’y sont adonnés plus qu’à l’accoutumée.

Caroline, 16 ans, fait partie de ceux que la crise du coronavirus a transformé en lecteurs, car ils étaient à la recherche de nouvelles activités. « J’ai commencé pendant le premier confinement. Je n’aimais pas forcément avant, mais n’ayant rien à faire, j’ai essayé et puis je suis tombée amoureuse de la lecture. Je passe environ une dizaine d’heures par semaine à lire. Je me suis récemment munie d’une liseuse, donc je le fais en version numérique. Mais j’achète encore énormément de livres. J’ai commencé à compter, depuis le 1er janvier 2021, combien de pages j’ai lues. J’en suis à plus de 1.700 pages tournées », annonce-t-elle fièrement.

En fouillant dans la bibliothèque…

Chez les adolescents qui aimaient déjà bien feuilleter avant la crise, le fait de passer plus de temps à la maison a avivé leur envie. A l’instar d’Arthur : « J’ai toujours beaucoup lu, mais c’est vrai que le confinement m’a fait davantage lire. J’ai lu notamment L’horloge de vie, de Marc Couvreux, que je conseille ! ». De son côté, Justine, 11 ans, est carrément devenue une lectrice compulsive depuis un an : « Je lis un bouquin et cinq BD par semaine. J’ai découvert les livres qui traînaient dans la bibliothèque et qui appartenaient à ma sœur. Et comme mes parents avaient peur que je m’ennuie et que je passe trop de temps sur les écrans, ils m’en ont offert plein depuis un an ».

Josse, 14 ans, passe aussi beaucoup plus de temps à tourner les pages qu’avant : « Je lisais un livre tous les deux mois avant la crise. Mais depuis, mon rythme, c’est plutôt deux livres par mois pendant la période scolaire et un livre par semaine pendant les vacances ».

« Il y a un véritable engouement autour des livres inspirés de séries Netflix »

Cette passion de certains adolescents pour la lecture, Coline Jason, professeur documentaliste au collège Jules Ferry de Mantes-la-Jolie (Yvelines), était aux premières loges pour la constater lorsque son établissement était encore ouvert : « Les élèves étaient très demandeurs, notamment de mangas. Ils avaient un véritable engouement pour L’atelier des sorciers, car le personnage Coco leur plaît beaucoup. Ils adorent aussi la BD Louca (Dequier) et se battaient pour avoir les tomes suivants. Plébiscite aussi pour Zombillenium (Pins). Cette année, les livres dont on est le héros, comme Loup-garou (Moon) ou Les larmes de Nuwa Jurdic) marchent bien aussi. Et il y a un véritable engouement les livres inspirés de séries Netflix, comme The witcher (d’Andrzej Sapkowski) ou Strangers things (de plusieurs auteurs selon les tomes) ».

Car les adolescents ont des goûts éclectiques, souligne Olivier Couderc, porte-parole du Centre national du livre (CNL) : « Ils lisent aussi bien des classiques, en raison des lectures imposées par les enseignants, que des mangas, de la BD, des comics, de l’heroic-fantasy, de la science-fiction… Les prescriptions de lectures leur proviennent aussi bien des amis, des réseaux sociaux (#BookTok sur Tik Tok), des youtubeurs (comme le compte "Le souffle des mots" d’Audrey) ». C’est le cas de Justine, qui passe d’un genre à un autre pour varier les plaisirs : « J’ai dévoré les 9 tomes du Journal d’Aurélie Laflamme (Desjardins), j’ai aussi lu Le journal de Cléopâtre (Diglee), les Harry Potter (Rowling), Les trois mousquetaires (Dumas) et même plusieurs Agatha Christie. En BD, j’ai adoré Le journal d’Esther (Varin, Sattouf), Les quatre sœurs (Rigal-Goulard), Les profs (Pica, Erroc), Les petits mythos (Larbier, Cazenove). Pour les choisir, je regarde la quatrième de couverture pour voir si l’histoire m’inspire et si le style d’écriture me plaît », explique-t-elle.

« A chaque fois que je lis, j’ai l’impression d’être dans ma bulle »

Josse, lui, fait carrément le grand écart : « Depuis un an, j’ai lu des classiques que j’ai trouvés chez moi : Germinal (Zola), Le lys dans la vallée (Balzac), Eugénie Grandet (Balzac), Le comte de Monte-Cristo (Dumas), Un sac de billes (Joffo), Le journal d’Anne Franck. Mais aussi des ouvrages économiques comme La richesse des nations (Smith), Le Capital (Marx), Capital et idéologie (Pïketty). Et quand je tombe sur des notions que je ne comprends pas, je regarde des vidéos de vulgarisation sur Internet. Récemment, je me suis mis à la philo, en lisant Le monde de Sophie (Gaarder) et L’existentialisme est un humanisme de (Sartre). Je vais chercher des mots dans le dictionnaire et je surligne les passages qui me plaisent. En parallèle, je lis des mangas comme One Piece (Oda) ou Death note (Ōba) ». Caroline, elle, a des goûts littéraires assez différents des ados de son âge, qu’elle assume pleinement : « Je lis principalement de la psychologie et la psychanalyse, mais aussi des biographies ou des histoires vraies ».

Leur point commun à tous reste le plaisir qu’ils trouvent à feuilleter : « La lecture est pour eux un moyen d’évasion », résume Olivier Couderc. Ce que confirme Justine : « A chaque fois, j’ai l’impression d’être dans ma bulle, mon monde ». « Cela permet de ne penser qu’au livre, à son histoire, de prendre du temps pour moi », témoigne Caroline.

Reste à savoir si leur plaisir des mots restera une fois la crise sanitaire passée. Josse y croit : « Après, je continuerai, car j’aime encore plus ça qu’avant. La preuve : je participe à des groupes de discussions sur Discord où l’on débat de nos lectures ». Justine pense aussi poursuivre dans cette voie : « Sauf si pendant ma crise d’ado, je me détourne des livres », confie-t-elle.

Delphine Bancaud

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Guerre culturelle, bataille sociétale : comment qualifier ce qui nous arrive ? (Audio)

10 Mars 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Culture

Black Lives Matter pourrait influencer la présidentielle américaine | Le  HuffPost

Des débats divers qui traversent nos sociétés de part et d'autre de l'Atlantique, peut-on définir une certaine continuité ? Existe-t-il un lien entre ces points de dissension, qui formerait la ligne de démarcation de ce que l'on se plaît à figurer sous le terme de "guerre culturelle" ?

Pour beaucoup d’entre nous ces termes recouvrent des idées difficiles à cerner. Mais pour les spécialistes de science politique, ils sont assez clairs et décrivent un ensemble a priori hétéroclite de débats qui agitent nos sociétés: la question du voile, de l’islamo-gauchisme, de la cancel culture, le débat sur le genre ou l’écriture inclusive font partie du combat pour ce que l’on appelle aussi l’hégémonie culturelle. Bref, des interpellations publiques sur des questions de mœurs, de religion, de sexualité ou de rapport à la nature.

Mais pourquoi ces débats deviennent-ils des scandales médiatiques ?

Les batailles sur ces notions, ces concepts  ont-elles remplacé les batailles sur les conditions de vie, les batailles sociales ? Et si oui, pourquoi ?

INTERVENANTS

Vincent Tiberj professeur d’université à Sciences Po Bordeaux

Mathieu Bock-Côté sociologue et chargé de cours à HEC Montréal. Il est aussi chroniqueur au Journal de Montréal et au Figaro

Cécile Alduy professeur de littérature française à l’université de Stanford, chercheuse associée au Cevipof – Sciences Po

Emission à écouter en cliquant ci-dessous

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La culture face au dilemme du vote barrage : «Rien qu’entendre parler de la présidentielle ajoute une angoisse terrible à celle qu’on éprouve»...

1 Mars 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Culture

France, le barrage hydroélectrique d'Artouste à 2000m | Flickr

EXTRAITS

Artistes et professionnels du secteur ont accepté de dire à «Libé» s’ils voteraient Macron au second tour pour faire barrage à l’extrême droite.

A l’arrêt, largement floué par les stratégies de déconfinements, souvent oublié des allocutions ou alors grossièrement sommé d’enfourcher le premier fauve qui passe, et volontiers ulcéré par la politique de l’exécutif, où en est le secteur culturel avec le macronisme comme rempart à l’extrême droite ? Parmi les artistes et acteurs de la culture sollicités par Libé, car présumés plus ou moins gauchistes de cœur et de vote, nombreux sont ceux qui ont poliment décliné de se livrer au jeu discutable de la politique-fiction. Les réponses des autres reflètent bien combien la notion de vote barrage est devenue délicate à gauche à l’épreuve du quinquennat en cours. Surtout, tous ou presque ont affirmé combien ils veulent croire que l’histoire ne peut être encore écrite et qu’un remake de 2017 n’est pas inéluctable.

Elsa Abderhamani, artiste et cofondatrice de la revue de BD Bien, monsieur

«Le Pen n’est évidemment pas une option. Mais il n’est pas question d’aller voter Macron. Je n’ai pas pu m’y résoudre il y a cinq ans, malgré les pressions de mon entourage, parce que rien n’allait dans son programme. Ni l’économie ni la culture… Rien. Quelque part, il a été fidèle à ses idées. Le spectre des Le Pen ne peut pas servir d’excuse pour voter pour n’importe qui tous les cinq ans. J’espère que Philippe Poutou se représentera. Mais au second tour, je n’irai voter que si le vote blanc est pris en compte.»

Swann Arlaud, acteur (Grâce à Dieu, Petit Paysan, Perdrix)

«La perspective du vote barrage est terrifiante, car c’est un renoncement. Ça m’horrifie d’être face à un tel ultimatum dans quelques mois. Aujourd’hui, je peux envisager l’abstention. Ce quinquennat qui n’est pas fini a été si catastrophique qu’on se demande parfois si pire est possible. Je pense notamment aux violences policières non assumées, à notre ministre de l’Intérieur qui explique à la télé que Marine Le Pen est «molle», ou à la manière dont la révolte des gilets jaunes a été entendue. Vis-à-vis de la culture, le gouvernement a fait le choix de la consommation. Un choix politique d’ouvrir les magasins où les gens s’entassent avant Noël et de fermer les lieux de culture alors que les épidémiologistes disent qu’on ne s’y contamine pas. Au-delà de la question des besoins vitaux, c’est un choix de société très inquiétant de nier la culture, ou de la considérer comme une variable dont l’absence ne priverait qu’une petite catégorie de la population et une corporation.»

(...)

Marie Desplechin, écrivaine (Verte, la Vie sauve, Sans moi)

«Je ne peux pas ne pas aller voter. Impossible. Le droit de vote, on l’a, on s’en sert. J’irais voter Macron, le cœur au bord des lèvres. Le niveau de l’arnaque et de la déception est gigantesque, mais avec toutes les lois liberticides qui ont été mises en place, comment filer les clés à Marine Le Pen ? Ce que je souhaiterais, c’est un changement constitutionnel, qui nous sorte de cette centralisation qui promeut des arrivistes. S’il y avait 18 ministres de l’Education nationale, on pourrait espérer que toutes les écoles maternelles ne soient pas broyées par la même réforme qui ignore ce qu’est un petit enfant, par exemple. Il y aurait quantité de tocards, mais aussi des gens bien. Ma porte reste ouverte, je ne suis pas du genre à me laisser abattre, et pourtant, sous le gouvernement Macron, j’ai du mal à ne pas être désespérée. Pour ne pas être triste, je vais sur des combats locaux qui sont eux aussi en grand danger, la ZAD du triangle de Gonesse, les comités inter-hôpitaux…»

(...)

Marion Siéfert, autrice, metteuse en scène et performeuse (Jeanne_Dark_, Du sale !, le Grand Sommeil)

«Je n’aime pas du tout cette question. La poser, c’est déjà participer à la fabrication artificielle d’un second tour Le Pen-Macron, comme si c’était une chose inéluctable. Macron et Le Pen au premier tour en 2017, c’est 45 % des suffrages. 55 % des électeur.ices ont décidé de ne pas voter pour eux, la majorité donc, et je ne compte pas ici la masse immense des abstentionnistes.

«60 % du programme de Le Pen père des années 1980 concernant l’immigration sont passés, ont été actés, ont donné lieu à des enfermements en prison et en centre de rétention administratif, à des ITF (interdictions du territoire français), à des OQTF (obligations de quitter le territoire français), à des dizaines de milliers de morts en Méditerranée et à des expulsions (y compris vers le Soudan et l’Erythrée). Il faut se rendre à l’évidence : tous les partis politiques considèrent que l’immigration est un problème et bafouent les droits humains les plus élémentaires.

«Pourquoi, plus d’un an avant les prochaines élections, nous devrions répondre à une question si loin de nos préoccupations actuelles, si ce n’est pour alimenter des pronostics médiatiques qui permettent de ne pas traiter de ce qui nous importe vraiment ? Libé n’a pas d’autres sujets plus brûlants ? Voilà la question que j’aimerais retourner à Libération.»

Anne Diatkine, Julien Gester, Didier Péron, Marius Chapuis et Lelo Jimmy Batista

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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'Islamo-gauchisme", histoire d'une notion" - Bien plus que de simples mots...

17 Février 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Culture

Depuis l'assassinat de Samuel Paty, l'explosion du terme "islamo-gauchisme" dans le débat public français est saisissant. Arme rhétorique de la droite pour décrédibiliser la gauche sur les questions liées à la laïcité, ce mot polémique dépasse aujourd'hui largement cet affrontement classique.

"Islamo-gauchisme", un terme qui sonne invariablement comme une expression de mépris voire une franche insulte aujourd’hui mais quelle est son histoire ? 

C’est la question que s’est posé Valentine Faure, dans un article du Monde cette semaine. "Islamo-gauchisme", employé par Jean-Michel Blanquer le 22 octobre dernier pour désigner une idéologie dangereuse, selon lui, quelques jours après l’assassinat du professeur d’histoire-géographie, Samuel Paty, à la sortie du collège de Conflans Sainte Honorine où il enseignait. "L’islamo-gauchisme" était entré dans le vocabulaire gouvernemental après un usage largement partisan depuis une vingtaine d’années.

"Islamo-gauchisme", c’est Pierre-André Taguieff qui l’aurait utilisé pour la première fois pour décrire, je cite : "une convergence entre intégristes musulmans et groupes d’extrême gauche, à la faveur d’ennemis communs". Le sociologue refuse d’assumer les usages postérieurs de son invention. 

L’usage médiatique "d'islamo-gauchisme" semblait jusqu’ici plutôt réservé à la droite, en témoigne un chiffre établi par un autre sociologue, Fabrice Dhume-Sonzogni, qui octroie au quotidien Le Figaro 50% des utilisations du terme depuis son apparition récurrente située entre  2003 et 2004 dans la presse quotidienne nationale. 

Comment ce qualificatif de défiance a pu prendre une telle ampleur ?

Selon l’historien Ismaïl Ferhat, la disparition du monde ouvrier en tant que force de contestation globale a poussé les forces de  gauche à s’interroger sur les nouveaux leviers du changement révolutionnaire. Dans les années 1970, les travailleurs immigrés attirent l’attention, avec l’oppression double de leur statut : discrimination raciale et pénibilité de leurs conditions de travail. Ils  apparaissent alors comme un groupe témoin de l’aliénation des individus dans les sociétés contemporaines. La référence à l’islam reste alors cantonnée au second plan.

C’est une lecture culturelle de la discrimination qui intègre pleinement la dimension religieuse et qui prend son essor dans les années 1980 au sein d’une gauche non-révolutionnaire à la volonté affichée que la démocratie libérale porte l’extension des droits de l’homme et de l’égalité selon Philippe Portier, également cité par Valentine Faure : la revendication d’un projet de "société multiculturelle, respectueuse des droits propres aux minorités issues de l’immigration", en ligne de mire : la critique de l’universalisme, grand effaceur des singularités.  

Avec une fracture au bord de laquelle vont désormais s’articuler tous les doutes de la gauche : la condamnation à mort de Salman Rushdie par l’ayatollah Khomeyni en 1989 pour son livre les Versets sataniques. L’islam politique ne semblait finalement pas porter les valeurs de la  gauche occidentale mais il fallait rester vigilant face aux débordements anti-musulmans. Une ligne d’équilibre délicate qui piège souvent les débats, toujours actuelle et amplifiée, depuis, par les aléas du conflit israélo-palestinien et les attentats terroristes qui se sont multipliés ces dernières années. S’affronter au parcours des usages du terme "islamo-gauchisme", c’est plonger dans une histoire tortueuse où les principes se heurtent à la nuance qui passe difficilement la frontière de l’efficacité de rigueur dans l’exercice du discours politique.

Liens :

Valentine Faure, "Islamo-gauchisme" : histoire tortueuse d’une expression devenue une invective, Le Monde, 11/12/2020.

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Luttons ensemble contre le formatage de l'esprit ! - Christophe Chartreux

7 Février 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Culture

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De la culture avant toute chose !...

Il y avait jadis, sur France Inter, une émission intitulée "De la musique avant toute chose".

Sans verser dans une nostalgie toujours trompeuse, ce temps-là semble s'être perdu dans un autre: celui de la vitesse et de la bêtise triomphante dominée toutes deux par un maître aux dents longues: le marché, ce marché organisateur de ce que Tzvetan Todorov a appelé "Le nouveau désordre mondial". De la musique avant toute chose, nous sommes passés, sans nous en rendre compte tant la perversité du "système" est grande, à "de la bêtise avant toute chose". Il suffit pour cela d'allumer son téléviseur et cette bêtise ruisselle sur tous les plateaux des chaînes dites d'informations en continu, à quelques très rares exceptions près, rendant celles-ci plus précieuses encore.

Je ne définirai pas ici ce concept de "bêtise" triomphante. Bernard Stiegler l'a fait avant et mieux que moi. Philippe Meirieu, Denis Kambouchner et, encore, Bernard Stiegler en parlent aussi fort bien dans L'Ecole, le numérique et la société qui vient paru aux éditions Mille.et.une.nuits. (Vous pouvez aussi écouter leur entretien à ce sujet ICI )

En revanche il me semble nécessaire de dire que l' Ecole, au sens le plus large et institutionnel du terme, a un rôle capital à jouer pour contrer les effets ravageurs de cette "bêtise" installée, chaque soir sur nos écrans. Je dis "chaque soir" car nos élèves ont encore la chance de ne pas être scotchés devant la télévision durant la journée, passant d'émissions d'une rare stupidité à des feuilletons profondément, n'ayons pas peur des mots, stupides. A moins bien entendu de "zapper" vers des chaînes dites "culturelles" mais, autre perversion organisée sciemment, destinées aux initiés. La culture, les arts, aujourd'hui en France, ne sont pas partagés. Ils sont "réservés".

L'Ecole donc, au-delà de l'Histoire des Arts - à laquelle il conviendrait d'adjoindre une "Histoire des sciences" - qu'il faut maintenir et renforcer par tous les moyens, de la maternelle à la terminale, dans toutes les filières, doit être un fer de lance, une "base avancée" du développement, de la vulgarisation DES cultures, DES arts, de TOUS les arts. Je suis aujourd'hui - et depuis fort longtemps - persuadé que les dictatures qui nous écrasent, qui s'installent dans nos "parts de cerveau disponible", dictatures de la bêtise et du marché, seront combattues par la possibilité offerte à toutes et tous d'entrer dans ces "mondes réservés", de les investir et d'y investir.

Résultat de recherche d'images pour "culture"

N'est-il pas scandaleux, dramatique, que quatre-vingt pour cent des élèves d'un collège rural - le mien, mais pas que le mien - n'aient jamais mis les pieds plus d'une fois, en troisième, dans un musée, dans un théâtre, dans une salle de concert? Ne parlons pas de "galeries de peinture"! L'une de mes élèves a cru que j'évoquais la galerie marchande du supermarché voisin!

N'est-il pas tragique que des élèves de collège n'aient pas accès à l'Art sauf une heure par semaine grâce à nos collègues professeurs d'Arts plastiques et de musique qui font tout ce qui est dans leur pouvoir, avec passion, mais dont la parole "compte" si peu lors des conseils de classe?

N'est-il pas signifiant de constater avec tristesse que de nombreux collègues souhaitent la disparition pure et simple de l'Histoire des Arts au collège? Si tel était le cas, ce serait alors laisser porte grande ouverte à la "misère symbolique", dernière marche avant la misère tout court*, dont les victimes sont toujours les mêmes enfants, des mêmes catégories sociales, écrasés par la bêtise médiaticopolitique.

L'Ecole doit être rempart et fer de lance: rempart contre les assauts d'un néo-libéralisme d'une perversité extrême et fer de lance d'une conquête à venir, celle d'une "Education artistique vivante"! Nous, enseignants, quel que soit notre "niveau", quelle que soit la matière enseignée, DEVONS être les phares d'une nouvelle culture républicaine à diffuser par tous les moyens imaginables, y compris les plus contemporains (Internet).

Redonnons la parole à l'intelligence partagée! Redonnons la parole à l'Art! Travaillons main dans la main avec les artistes! Luttons ensemble contre le formatage de l'esprit !

Une révolution à venir!...

Christophe Chartreux

A lire absolument: Education artistique: l'échec n'est pas permis par Philippe Meirieu

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Service civique dans la culture: "On se fait exploiter mais on est consentant"...

14 Décembre 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Culture, #Jeunesse

Service civique dans la culture: "On se fait exploiter mais on est consentant"...

EXTRAITS

Travail de larbin ou postes à responsabilité… «Libération» a recueilli une trentaine de témoignages de volontaires, de la Gaîté lyrique à Manifesta, dont les tâches dépassaient largement le cadre de leur mission d'intérêt général. Une dérive d'autant plus inquiétante que ces postes sont rendus indispensables au fonctionnement de structures associatives.

Dans le secteur culturel, les services civiques sont partout. Qu’on aille dans un centre d’art renommé, une friche culturelle en région parisienne ou une troupe de théâtre en milieu rural, il y a de fortes chances pour tomber sur l’un de ces volontaires âgés de 16 à 25 ans qui se consacrent, pour une durée de six mois à un an, à une mission d’intérêt général. Manifesta, la Biennale européenne de création contemporaine qui a posé d’août à octobre ses valises à Marseille – la manifestation a pris fin un mois avant la date prévue à cause du confinement – en a par exemple enrôlé une armada. Elle a engagé une vingtaine de personnes en service civique, notamment pour des tâches de médiations et d’accueil aux publics. «On espérait, avant le Covid, en engager 40», dit l’organisation, dont le budget visé pour cette édition de trois mois est de 6,5 millions d’euros. Dans le discours, le dessein est louable : renforcer la mixité sociale, aider des jeunes en décrochage scolaire, les former aux métiers de la culture… Dans les faits, les volontaires payés 580 euros par mois pour un 35 heures ont «plutôt le profil "diplômés d’école d’art" que celui de "jeunes des quartiers populaires"», assure une «service civique» de Manifesta, elle-même en master.

Pendant plusieurs mois, Libération a recueilli près d’une trentaine de témoignages, qui font part d’un véritable dévoiement de cet «engagement au service de l’intérêt général» dans la culture. Souvent, ces volontaires sont de jeunes femmes, fraîchement diplômées des Beaux-Arts ou en gestion de projets culturels, cherchant désespérément un emploi. Qu’elles soient dans une compagnie de théâtre en mal de financement ou un musée subventionné, leurs missions de volontariat ressemblent souvent à la fiche de poste d’un salarié. La plupart vont jusqu’à parler de «travail dissimulé» ou de «salariat précaire déguisé», dénonçant parfois «heures supplémentaires non payées» et tâches ne correspondant pas à la philosophie du service civique. En effet, certaines se sont retrouvées à faire du nettoyage ou du service au bar. Et la conjoncture actuelle n’annonce rien de bon. La culture traversant une crise sans précédent causée par la gestion du Covid-19, on peut imaginer que ce type d’arrangement n’aille qu’en s’aggravant.

(...)

Faire semblant d’être dans les clous

Ces volontariats ne viennent pas seulement combler le manque d’argent des associations culturelles en lutte pour leur survie. Certains organismes plutôt bien installés n’hésitent pas à recruter des étudiants diplômés au parcours déjà chargé de stages. Aux centres d’art Bétonsalon ou à la Gaîté lyrique à Paris, des anciens volontaires assurent passer un véritable entretien d’embauche. «Il fallait avoir un bon background, raconte Marie, qui a un master en histoire des arts. En 2018-2019, à la Villa Vassilieff [résidence d’artistes et second lieu d’exposition de Bétonsalon, ndlr], l’année où j’ai été prise, la direction cherchait des gens avec une solide culture en art contemporain, un bon niveau d’anglais qui pouvaient faire de la régie d’œuvres ou coordonner des projets.» La concurrence est parfois rude. Au Centre de création contemporaine Olivier-Debré (CCCOD) à Tours, la direction reçoit en moyenne 25 à 30 candidatures pour une offre. Ce n’est donc pas un hasard si les missions rangées dans la catégorie «culture et loisirs» par l’Agence du service civique sont celles où l’on trouve les volontaires les plus diplômés. Près de 35% d’entre eux ont au moins un bac+3 (contre 19% au niveau national).

(...)

«Faire le ménage, vider les poubelles»

Nombreux sont les volontaires à avoir occupé des postes à responsabilité. A la Gaîté lyrique, Charlotte (1) a géré certains budgets sans son tuteur (dont le budget prévisionnel d’une saison) et a été à plusieurs reprises la référente à contacter en cas d’urgence lors de concerts : «C’était comme si j’occupais un CDD de chargée de production. Ça nous faisait bien rire avec les autres volontaires d’être seulement payés 580 euros par mois pour occuper un vrai emploi.» Le service communication du BAL, espace d’exposition indépendant dédié à l’image contemporaine à Paris, ne pourrait quant à lui plus fonctionner sans son service civique chaque année renouvelé, estime une ancienne volontaire.

Si cela peut permettre à beaucoup d’acquérir de l’expérience, certains se plaignent d’avoir été pris pour des larbins. «On s’est retrouvées à faire le ménage, à vider les poubelles. On nous demandait aussi de faire à manger, mais on n’avait pas le droit de manger ce que l’on avait préparé», déplore une ancienne service civique du Jardin parallèle (JP), institution rémoise consacrée à l’art de la marionnette et qui jouit d’une réputation notable. A peine arrivée, Camille, une autre volontaire venue au JP avec l’envie d’apprendre à travailler les costumes, se retrouve dans un hangar à trier pendant une semaine des tas de tissus poussiéreux entassés pêle-mêle. «On m’a dit "tiens, ça pourrait être une de tes missions !" rapporte la jeune femme diplômée d’un BTS couture. On ne m’a rien confié d’autre et puis, les autres m’ont culpabilisée…» La même année, une autre volontaire se souviendra des allers-retours en mode «chauffeuse de taxi» pour les comédiens, tandis que Camille attire l’attention sur une collègue qui s’est occupée du poulailler. Mi-2019, tous quittent prématurément leur poste après l’alerte d’une volontaire, à l’agence, sur les abus de la structure. Depuis, le Jardin parallèle n’accueille plus de services civiques. «Nous avons toujours fait de notre mieux», se défendent sommairement par texto les directeurs, qui n’ont pas souhaité en dire plus à Libération.

(...)

«Travail déguisé et sous-payé»

Et même si certains parviennent à décrocher des contrats – au CCOD de Tours, sur 24 services civiques depuis 2015, 4 travaillent pour le centre, dont 3 en CDI –, les postes de volontaires viennent fragiliser un marché de l’emploi déjà à bout de souffle. «Avec ces offres, on découvre qu’il y a donc du travail, mais qu’il n’y a pas d’emploi. On veut bien que ce travail soit fait, mais on ne veut pas embaucher de façon pérenne les gens», tance Ophélie Latil. Derrière, c’est l’Etat qui se retrouve moteur de cette précarisation : «Quand on finance les associations par des subventions, on peut espérer créer de l’emploi salarié stable, estime la directrice de recherche Maud Simonet. Quand on diminue les subventions, et qu’en même temps on incite à prendre des services civiques, cela revient à précariser davantage le travail en l’invisibilisant et le "gratuitisant".»

(...)

(1) Les prénoms ont été modifiés.

Anna Mutelet , Annabelle Martella

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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Sortir... La Fabrique de l'Extravagance - Domaine de Chantilly - Jusqu'au 3 janvier 2021...

6 Septembre 2020 , Rédigé par Domaine de Chantilly Publié dans #Art, #Culture

Sortir... La Fabrique de l'Extravagance - Domaine de Chantilly - Jusqu'au 3 janvier 2021...
Sortir... La Fabrique de l'Extravagance - Domaine de Chantilly - Jusqu'au 3 janvier 2021...
Sortir... La Fabrique de l'Extravagance - Domaine de Chantilly - Jusqu'au 3 janvier 2021...
À la rentrée 2020, le Domaine de Chantilly accueillera, dans les Grands Appartements du château, une exposition inédite et joyeuse où porcelaines fines et excentrique modernité se rencontreront. Les porcelaines princières de Meissen et de Chantilly, qui ont marqué les arts décoratifs du Siècle des Lumières, seront mises à l’honneur grâce à une scénographie exceptionnelle signée Peter Marino.
 
Considérée comme "l’or blanc" du XVIIIe siècle, la porcelaine est désirée par les plus grands princes d’Europe.
 
Deux d’entre eux, Auguste le Fort, électeur de Saxe et roi de Pologne, et Louis-Henri de Bourbon, prince de Condé et premier ministre du roi Louis XV, mettent leur fortune au service de leur passion et fondent deux des plus prestigieuses manufactures de porcelaine, à Meissen et à Chantilly.
 
Pagodes et magots chinois, vases japonais, animaux en tous genres… le goût du Siècle des Lumières est à l’exotisme. Les manufactures de Meissen et de Chantilly imitent alors avec grande précision des pièces japonaises de style Kakiemon tout en s’adaptant aux formes et usages occidentaux.
 
Auguste le Fort ira jusqu’à repousser les limites techniques de la porcelaine en créant une fragile ménagerie, impressionnante par ses dimensions et sa technique.
 
Grâce à des prêts exceptionnels qui n’ont souvent jamais été montrés en France, cette exposition constituera une opportunité rare de contempler d’extraordinaires pièces, dont les gigantesques oiseaux en porcelaine de Meissen.
 
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Pourquoi je démissionne de la Fondation maison des sciences de l’homme....

23 Juillet 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Culture, #Sociologie

Pourquoi je démissionne de la Fondation maison des sciences de l’homme....

Le sociologue, qui dirigeait ce centre de recherches depuis 2009, vient d’annoncer qu’il quitte son poste, sur fond de désaccords profonds avec le ministère de la Recherche et le Campus Condorcet, qui regroupe désormais la recherche en sciences humaines et sociales.

Tribune. Que fait le pouvoir pour relancer les sciences humaines et sociales françaises (SHS) qui ont perdu beaucoup de leur aura internationale ? Sous la présidence Sarkozy, il a décidé de juxtaposer au nord de Paris plusieurs établissements universitaires et de recherches en SHS et de les doter de services communs : ce sera le Campus Condorcet. L’histoire dira si ce projet d’abord immobilier peut être plus que leur regroupement sur un même territoire et si une dynamique scientifique collective, de niveau international en naîtra. Il est trop tôt pour trancher.

Le pouvoir a aussi créé l’Alliance Athéna, censée «réunir les principaux acteurs de la recherche au service d’une stratégie commune de portée internationale». Mais avec quels résultats ? Qui a jamais entendu parler d’Athéna, en dehors de la bureaucratie universitaire française ?

La Fondation maison des sciences de l’homme (FMSH), une institution de taille modeste - 140 emplois, un budget de l’ordre de 17 millions d’euros - a été capable jusqu’ici, à contre-courant des tendances au déclin des SHS françaises, d’agir avec souplesse et efficacité à l’échelle internationale. Qu’on en juge : invitation et accueil de centaines de chercheurs étrangers chaque année en France et, symétriquement, mobilité «sortante» pour des chercheurs français ; politique scientifique novatrice avec la création en 2011 du Collège d’études mondiales dont les titulaires de chaires sont de belles figures de la recherche : Manuel Castells, actuel ministre espagnol des Universités, Hervé Le Bras, Saskia Sassen, Dominique Méda, Richard Sennett, Nancy Fraser, Michel Foucher, René Frydman, Marc Fleurbaey, François Jullien, etc., sans oublier le regretté Ulrich Beck, penseur prémonitoire de la société du risque ; installation de plateformes innovantes, où nombre de chercheurs du monde entier et de diverses disciplines coopèrent sur de grands chantiers (progrès social, sortie de la violence, racisme et antisémitisme, etc.) ; cycles de conférences «penser global», avec Edgar Morin ou Immanuel Wallerstein ; partenariats internationaux, débouchant sur d’innombrables initiatives en France et à l’étranger ; action pionnière en matière numérique, etc. Le rapport du Haut conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES), une institution d’évaluation indépendante mandatée officiellement, est ici positif. Et si un «référé» de la Cour des comptes conteste cette appréciation, on objectera qu’il n’est peut-être pas de sa vocation et de sa compétence que d’évaluer l’apport scientifique et le rayonnement mondial d’une fondation comme la FMSH.

Reconnue d’utilité publique, la FMSH est hybride et atypique, largement financée par l’Etat en même temps que de droit privé. Inscrite dans les réseaux des fondations internationales, elle abrite depuis janvier la délégation française de la Fondation Gulbenkian. Or, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche s’est comme réveillé en 2019 pour la mettre sous tutelle et contribuer à une entreprise de démolition où quelques hauts fonctionnaires et un quarteron de dirigeants universitaires se sont coalisés. Leur méthode ? Fouler ses statuts aux pieds, lui faire subir prédation et isolement, mépriser les personnalités qualifiées incarnant la société civile au sein de son conseil de surveillance, priver son directoire de ses prérogatives statutaires et finalement la vider de son sens pour en faire une agence de moyens au service exclusif du Campus Condorcet. Cette destruction a été facilitée par la politique néolibérale imposée sous Sarkozy et poursuivie ensuite. En 2010, trois quarts des personnels de la FMSH étaient des fonctionnaires, le ministère a exigé de remplacer ceux qui partaient par des salariés de droit privé et, en 2020, le rapport était inversé. Les salariés sont la majorité, la culture de l’institution s’est dégradée, le syndicalisme s’est affaibli. Le capitalisme n’est pas en cause ici, mais l’Etat, et les politiques qui le dirigent.

Avec Frédérique Vidal ministre, la déstructuration de la FMSH s’est accélérée, devant beaucoup à un système où les responsables politiques d’un Etat plutôt gazeux laissent une bureaucratie, ses réseaux et ses affidés universitaires développer des stratégies qui leur sont propres, et à courte vue. Ce qui s’observe ici, en moins dramatique, est du même ordre que ce que l’on a constaté en matière de santé, avec la question des masques et des tests. A ceci près qu’à l’impéritie s’ajoute une logique de démolition. Quelques hauts fonctionnaires du ministère désiraient la mise sous tutelle et même la destruction de la FMSH pour des raisons dont les seules avouables tiennent au fiasco qui guette le Campus Condorcet : puisque les financements et les personnels risquent de lui manquer, que les centaines de millions d’euros déjà investis ne suffisent pas, pourquoi, se sont-ils dit, ne pas dérouter les ressources affectées à la FMSH vers Condorcet, déshabiller Paris pour habiller Aubervilliers ? Le calcul ne pouvait que séduire celles des principales institutions engagées dans le Campus dont les dirigeants sont membres de droit du conseil de surveillance de la FMSH : ils s’en sont fait les promoteurs. Cela impliquait pour ces acteurs de prendre le contrôle de la fondation, en faisant rentrer dans son conseil de surveillance des personnalités gagnées à ce projet, et en nommant un commissaire du gouvernement qui soit aussi un directeur au ministère. Il fallait aussi l’affaiblir, disqualifier son action et court-circuiter le président de son directoire réélu en juin 2019 et perçu comme un obstacle : nous en sommes là.

C’est pourquoi je démissionne. Les deux autres membres du directoire font de même. Les quatre personnalités qualifiées incarnant la société civile au conseil de surveillance le quittent, rejoignant le représentant du FNRS (équivalent belge du CNRS), membre de droit qui demande depuis un an à ne plus y siéger - il n’y a plus désormais d’institution étrangère au sein du conseil. Le pouvoir, tout en maniant une logique néolibérale, a laissé agir une bureaucratie d’Etat et ses affidés universitaires pour dévitaliser une des rares structures françaises assurant dans son domaine une présence et un rayonnement mondial de notre pays. C’est peut-être ce qu’Antoine Petit, le président du CNRS, qui est partie prenante de cette casse, appelle une politique «darwinienne», celle que nous promet la loi, en gestation, de programmation pluriannuelle de la recherche.

Michel Wievorka

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De la culture, oui! Mais avec les pré-requis éducatifs...

24 Mai 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Culture

De la culture, oui! Mais avec les pré-requis éducatifs...

Edouard Philippe, Premier Ministre, est l'auteur d'un livre intitulé Des hommes qui lisent chez Lattès. Le chef du gouvernement y livre sa vision de la culture. Celle-ci permettrait, c'est la thèse sous-tendue par le contenu de l'ouvrage, d'assurer à la génération présente et à celles à venir un futur étincelant dont l'illustration se trouve sous nos yeux: le quinquennat actuel.

Il fallait y penser. 

Comme si la culture et ses pratiques diverses, notamment la lecture, suffisaient à elles seules, à bâtir les structures d'une politique. 

Comme si la culture, la lecture, la musique suffisaient ex nihilo à donner envie d'échafauder une société sans haine ni violence.

Comme si - et je ne parle plus ici du livre d'Edouard Philippe mais ne m'en éloigne pas vraiment - une "rentrée en musique" suffisait "magiquement" à créer du lien dans une école tout à coup bienheureuse. Par la magie de la baguette d'un chef.

Comme si la promotion des arts et de la culture, notamment par "le goût du livre et la pratique musicale", suffisaient à faire d'un enfant un être épanoui, complet et ouvert au monde. Un enfant "libre" en quelque sorte.

Comme s'il suffisait de chanter ou de pratiquer un instrument pour "créer du bonheur". Je cite le Ministre de l'Education Nationale dans un entretien donné au magazine Le Point et repris sur le site institutionnel Eduscol

"Le théâtre ou les pratiques musicales collectives, qu'il s'agisse de chorale ou d'orchestre, sont très importants, car ils supposent l'écoute de l'autre pour atteindre une harmonie collective. La musique crée tout simplement du bonheur. Et son bienfait cognitif est démontré." Jean-Michel Blanquer, entretien publié dans "Le Point" le 17 août 2017

On ne peut s'empêcher, tant en lisant Edouard Philippe que le ministre de l'Education Nationale, de soupçonner une forme d'instrumentalisation de la culture à des fins politiques. 

Comment peut-on croire, et surtout faire croire, que la seule apparition du bonheur à l'écoute d'un concerto ou à la lecture de Proust permettrait à n'importe quel élève de s'emparer des clefs de compréhension du monde qui l'entoure et, souvent, l'agresse ? C'est oublier très et trop aisément que la lecture, l'écoute d'un morceau, la pratique d'un instrument, le jeu d'un acteur disant un grand texte - Phèdre, cité un peu illusoirement (voir ici) par le locataire de la Rue de Grenelle - sont D'ABORD affaire d'éducation. 

C'est exactement ce qu'en dit la philosophe et historienne Perrine Simon-Nahum dans Libération, page 17, en date du 18 août :

"La culture est semblable à la démocratie. Pas plus que cette dernière n'est le régime du consensus, mais bien, comme le montrait l'historien François Furet, celui de la crise, la culture ne saurait se résumer au seul sentiment de plaisir et de facilité qu'Edouard Philippe se plait à décrire. Les livres sont, certes, les compagnons indispensables d'une vie mais ils se gardent d'être toujours dociles et sympathiques. Ils peuvent aussi être violents, voire hostiles, se dérober et nous échapper".

J'engage vivement  le Premier Ministre, le Ministre de l'Education Nationale et celui de la Culture à cesser de croire pouvoir transformer un peuple d'enfants en peuple apaisé par la pratique d'une culture détachée de tous pré-requis éducatifs.

N'oublions jamais que les allemands composaient l'un des peuples les plus érudits d'Europe avant de se donner à l'enfer du nazisme.

N'oublions jamais que les idéologues Khmers Rouges firent leurs études dans les plus prestigieuses universités françaises. Pour quels résultats?... 

Il n'existe aucune "culture magique". La culture à elle seule, détachée de tout et offerte à la seule pratique, ne sera jamais un viatique suffisant. Chanter, lire, jouer, quoi qu'en disent les "sciences cognitives", ne suffisent pas ex nihilo à rendre un enfant "libre"! 

Il n'est de "culture" que celle qui s'apprend, se pratique, s'apprivoise et se maîtrise. Toutes les autres approches ne peuvent rien entraîner de positif. Bien au contraire.

Christophe Chartreux

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L'Education Artistique et Culturelle existait avant 2017...

21 Mai 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Culture

L'Education Artistique et Culturelle existait avant 2017...

Alors que se profile le projet "2S2C",  dispositif « 2S2C » ayant pour objet de confier des groupes d’élèves (environ 15) à des animateurs payés par les communes pour des activités « Sport, santé, culture et civisme », l’ensemble étant réalisé à la place des cours et sur le temps scolaire, je me permets de rappeler que l’Éducation Artistique et Culturelle (EAC) existait avant 2017.

Deux liens ci-dessous pour illustrer mon propos

Dès 2015, Najat Vallaud-Belkacem annonçait:

"les épreuves écrites du Diplôme National du Brevet seront "complétées par un oral de 15 minutes (10 minutes d'exposé et 5 minutes de questions) également noté sur 100 points. Au cours de cette épreuve, vous devrez présenter un projet de votre choix, que vous aurez mené dans le cadre d'un EPI, ou d'un des trois parcours au programme du nouveau collège : artistique et culturelle (en remplacement de l'histoire des arts), avenir et citoyen. " (L'Etudiant/30 septembre 2015)

Voir ICI

Je tiens enfin à rappeler que l’éducation artistique et culturelle passe aussi par la formation de tous les acteurs concernés, irriguant toutes les disciplines et concernant tous les élèves.

Christophe Chartreux

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