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Vivement l'Ecole!

cinema

Coup de coeur... Honoré de Balzac...

29 Septembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Cinéma

Quand Charles vit les murs jaunâtres et enfumés de la cage où l'escalier à rampe vermoulue tremblait sous le pas pesant de son oncle, son dégrisement alla rinforzando. Il se croyait dans un juchoir à poules. Sa tante et sa cousine, vers lesquelles il se retourna pour interroger leurs figures, étaient si bien façonnées à cet escalier, que, ne devinant pas la cause de son étonnement, elles le prirent pour une expression amicale, et y répondirent par un sourire agréable qui le désespéra. - Que diable mon père m'envoie-t-il faire ici ? se disait-il. Arrivé sur le premier palier, il aperçut trois portes perdues dans la muraille sans chambranles, des portes perdues dans la muraille poudreuse et garnies des bandes en fer boulonnées, apparentes, terminées en façon de flammes comme l'était à chaque bout la longue entrée de la serrure. Celle de ces portes qui se trouvait en haut de l'escalier et qui donnait entrée dans la pièce située au-dessus de la cuisine, était évidemment murée. On n'y pénétrait en effet que par la chambre de Grandet, à qui cette pièce servait de cabinet. L'unique croisée d'où elle tirait son jour était défendue sur la cour par d'énormes barreaux en fer grillagés. Personne, pas même Grandet, n'avait la permission d'y venir, le bonhommes voulait y rester seul comme un alchimiste à son fourneau. Là, sans doute, quelque cachette avait été très habilement pratiquée, là s'emmagasinaient les titres de propriété, là pendaient les balances à peser les louis, là se faisaient nuitamment et en secret les quittances, les reçus, les calculs ; de manière que les gens d'affaires, voyant toujours Grandet prêt à tout, pouvaient imaginer qu'il avait à ses ordres une fée ou un démon. Là, sans doute, quand Nanon ronflait à ébranler les planchers, quand le chien-loup veillait et baillait dans la cour, quand madame et mademoiselle Grandet étaient bien endormies, venait le vieux tonnelier choyer, caresser, couver, cuver cercler son or. Les murs étaient épais, les contrevents discrets. Lui seul avait la clef de ce laboratoire, où dit-on, il consultait des plans sur lesquels ses arbres à fruits étaient désignés et où il chiffrait ses produits à un provin, à une bourrée près. L'entrée de la chambre d'Eugénie faisait face à cette porte murée. Puis, au bout du palier, était l'appartement des deux époux qui occupaient tout le devant de la maison. Madame Grandet avait une chambre contiguë à celle d'Eugénie, chez qui l'on entrait par une porte vitrée. La chambre du maître était séparée de celle de sa femme par une cloison, et du mystérieux cabinet par un gros mur. Le père Grandet avait logé son neveu au second étage, dans la haute mansarde situé au-dessus de sa chambre, de manière à pouvoir l'entendre, s'il lui prenait fantaisie d'aller et de venir. Quand Eugénie et sa mère arrivèrent au milieu du palier, elles se donnèrent le baiser du soir ; puis, après voir dit à Charles quelques mots d'adieu, froids sur les lèvres mais certes chaleureux au cœur de la fille, elles rentrèrent dans leurs chambres.

Honoré de Balzac - Eugénie Grandet

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La visite du Louvre en 9 minutes et 43 secondes, par Jean-Luc Godard

24 Septembre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Art, #Cinéma

Dans son film "Bande à part" (1964), Godard donne à voir la tentative de battre le record de la visite la plus rapide du Louvre. Une tentative couronnée de succès, et les vainqueurs sont : Anna Karina, Samy Frey et Claude Brasseur.

C'est une scène culte du cinéma, mais qui dure seulement quelques dizaines de secondes. Elle est extraite d'un film de Jean-Luc GodardBande à part, sorti sur les écrans français en 1964. C'est une traversée du Louvre, mais aussi une compétition sportive un peu idiote.

Sur l’écran, on voit trois acteurs : Anna KarinaSamy Frey et Claude Brasseur courir comme des fous dans les longs couloirs du Louvre. Pourquoi font-il cela ? Parce que l'un d'entre eux a lu le journal

On ignore si l'américain, le fameux "Jimmy Johnson de San Francisco" trouvé dans France Soir a seulement existé, ni s’il a vraiment accompli cette prouesse. Ou si c’est une invention complète de Jean-Luc Godard.

Toujours est-il que, dans cette séquence, Karina, Frey et Brasseur, alias Odile, Franz et Arthur, courent comme des dératés parmi les grandes galeries de peintures, celles où sont exposés les maitres italiens et français. Dans la scène suivante, ils débaroulent les escaliers qui descendent depuis la Victoire de Samothrace, et foncent entre les statues classiques du rez-de-chaussée. Les trois amis ont une technique pour améliorer la vitesse ; ils glissent sur les parquets cirés et sur les carrelages, comme des patineurs artistiques.

La scène a été improvisée par Godard et les acteurs au moment du tournage. Dans l’intrigue, déjà assez libre, de Bande à part, elle joue le rôle d’un entracte. Il n’empêche que cette digression est devenue une scène culte : un emblème confus de la jeunesse et de la fougue, de la nouvelle vague et de l’irrévérence, de Paris et d’un certain rapport à la culture. Bernardo Bertolucci en a même fait en 2003 une citation plan par plan dans un film Innocents (the Dreamers).

La légende raconte que Godard aurait demandé l'autorisation de pouvoir tourner dans les couloirs du musée au ministre de la culture en exercice de l’époque : l’écrivain André Malraux. Mais le cinéaste, cet étourdi, aurait oublié de demander aux autorités du Louvre la permission d’y introduire des caméras, et oublié aussi de prévenir qu’il allait y lâcher trois acteurs, comme des boulets de canons. On voit donc dans la scène plusieurs gardiens essayer en vain d'arrêter la course folle des trois zozos, et ils ont l’air de vouloir les arrêter pour de vrai. 

Filmer ainsi le Louvre, c’est pour Godard un geste évidemment canaille, comme une manière de s’affranchir d’une forme d'académisme. Mais pas seulement, le cinéaste qui a lu et aimé le Musée imaginaire du ministre Malraux, propose autre chose avec cette scène : une nouvelle manière de voir et de traverser les œuvres et le musée. Car le cinéma et l’image-mouvement, permettent de faire se succéder à l’écran de nombreuses œuvres de l’histoire de l’art. Procédé que Godard emploiera à foison dans ses films suivants et surtout dans les Histoire(s) du cinéma, où il crée plusieurs liens possibles entre les images.

Un exemple de ces liens pour finir : lors de leur course folle, Arthur, Odile et Franz passent devant Le serment des Horaces, un tableau de Jacques-Louis David, et la caméra de Godard s'y arrête pour quelques secondes. Ce n'est surement pas anodin, mais pourquoi ce tableau ? Peut-être pour évoquer le serment d'amitié qui lie les trois personnages du film comme les trois frères Horaces.

Romain de Becdelièvre

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6 août 1945... 6 août 2020... "Tu n'as rien vu à Hiroshima"... Par Christophe Chartreux

6 Août 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Histoire, #Cinéma

Hiroshima mon amour... Et si nous n'avions rien vu à Hiroshima...

Sortait chez Gallimard, en 2009, un livre magnifique, intitulé "Tu n'as rien vu à Hiroshima", illustré de centaines de photos prises par l'actrice Emmanuelle Riva, l'héroîne du cultissime film de Resnais : "Hiroshima mon amour".

On y voit l'Hiroshima d'après la bombe, celui des années 1958-1960, ces années au cours desquelles les possibles étaient aux coins des rues, réalisables. La guerre était dans les mémoires mais l'espoir d'un futur primait, un futur à construire sur les ruines d'un passé trop lourd, à ensevelir.

Les sourires des petites filles d'Hiroshima, prises dans l'objectif d'Emmanuelle Riva, sont autant d'appels à croire que l'Histoire, même la plus tragique, tragiquement absurde, peut prendre d'autres routes, plus sereines, par la grâce de ces enfants jouant au milieu d'un terrain vague. Derrière elles, des ruines. Devant elles, le Japon tout entier, celui d'aujourd'hui, déjà. A Hiroshima, on n'a toujours vu que la bombe.

Et si l'Histoire était ailleurs?

Et si nous n'avons rien vu à Hiroshima...

Alain Resnais, lui, a vu.

"Hiroshima mon amour" est un film imprévu, inclassable, Il rompt avec tout ce qui existait avant. Il n'a jamais été imité, approché, atteint dans la rareté qui en fait la beauté unique. Lui aussi est né sur les ruines d'un cinéma dépassé. D'un cinéma atteint par les bombes d'une génération qui donnera Truffaut, Chabrol, Godard. Entre autres. Ils n'étaient pas "de leur temps"... Ils en créaient un autre.

Ce sont les hommes et les femmes qui ont le courage de rompre avec leur passé, avec leurs habitudes, qui font et sont l'avenir. Ils ne subissent pas l'Histoire. Ils l'utilisent pour écrire des histoires et les donnent à partager, les offrent à la réflexion, contribuent à d'autres "possibles", ouvrent des portes quand celles-ci, une à une, se ferment au nez de celles et ceux auxquels on a confisqué les clefs. Il en est même qui écrivent des histoires d'amour.

Hiroshima. Mon amour.

Qu'en est-il aujourd'hui de l'Histoire? Elle est un produit. Un produit de consommation. Tout est "historique". Le but d'un footballeur, la sortie d'un nouveau modèle de voiture, un défilé de mode, des sommets du G20, 22, 27 qui pourtant ne changeront pas le monde. 

Nous sommes loin, très loin de ces petites filles d'Hiroshima, souriantes et heureuses, qui offrent à Emmanuelle Riva leurs visages d'enfants déjà grandes…

Oui nous n'avions rien vu à Hiroshima...

Christophe Chartreux

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A voir... "Un monde" de Laura Wandel - Où il est question de harcèlement scolaire... Un chef d'oeuvre!

9 Juillet 2021 , Rédigé par Première Publié dans #Cinéma

Dans son premier long présenté à Un Certain Regard, la réalisatrice belge raconte le harcèlement scolaire en filmant à hauteur d'enfant. Un film impressionnant, étouffant dont elle détaille la genèse.

Un monde met en scène Nora, une élève de primaire confrontée au harcèlement dont son grand frère Abel est victim, tiraillée entre son père qui l’incite à réagir, son besoin de s’intégrer et son frère qui lui demande de garder le silence, Pourquoi ce sujet- là pour un premier long ?

Laura Wandel: Mon impulsion d'écriture naît souvent d'un lieu. Et là j'ai eu spontanément l'envie de placer ma caméra dans une cour de récréation. Car j'ai le sentiment que c'est le premier lieu où, dans sa vie, on se retrouve en contact avec le monde extérieur et où on fait ses armes pour la suite. C'est l'apprentissage de l'intégration à une communauté. Et les graines qui poussent là, bonnes ou mauvaises, restent en nous et influencent nos vies d'adulte.

C'est aussi un des rares endroits auxquels les caméras n'ont pas accès, aujourd'hui où on a l'impression que tout le monde filme tout, tout le temps. Ca aiguise forcément votre appétit de cinéaste ?

Evidemment. C'est aussi la raison pour laquelle j'ai passé énormément de temps dans une cour d'école pendant toute la phase d'écriture. Car il fallait que je me remette à jour par rapport à mes souvenirs personnels. J'observais, je prenais des notes...

Vous alliez aussi parler aux enfants ?

Eux, surtout, venaient spontanément me parler car ils étaient curieux de savoir ce que je faisais là. Et en retour, je leur demandais à quoi ils jouaient. En parallèle, j'ai aussi rencontré des parents pour qu'ils me racontent leurs points de vue à eux quand ils se sont retrouvés plongés dans des situations de harcèlement. Cela m'a conforté dans l'idée que, dans ce type d'histoire, tout le monde essaie de faire quelque chose mais qu'on vit dans une société où tout va tellement vite qu'on n'a pas le temps de prendre le problème à la racine et qu'on essaie juste d'éteindre des incendies au lieu d'empêcher qu'ils se déclarent

Le processus d'écriture d'une histoire d'une telle violences est-il violent ?

Indéniablement car quand j'écris, j'ai besoin de me mettre dans l'émotion des scènes. Et ce processus d'écriture a duré 4 ans. Être tout le temps là- dedans n'a rien d'évident. Je me suis inspirée de choses qu'on m'a raconté, de mes propres souvenirs... Mais je n'entend pas pour autant raconter toutes les cours de récréation, juste la perception de cette petite fille face à la situation qu'elle rencontre devant le harcèlement dont est victime son frère et qu'elle a au départ le sentiment d'être la seule à voir. Et la violence qu'elle peut ressentir se traduit aussi par tout un travail sur le son. Car une cour de récré, c'est un brouhaha permanent et assourdissant.

Comment avez vous construit le casting d'Un monde ?

Pour mettre les enfants à l'aise dans cet exercice évidemment inédit pour eux, je leur demandais de dessiner leurs cours de récréation et de m'expliquer les jeux auxquels ils jouaient, C'était là encore une source d'inspiration pour moi et une manière de voir ce que chacun dégageait potentiellement. Le processus a duré plusieurs mois. J'ai vu une centaine d'enfants. Et quand Maya Vanderbeque s'est présentée, presqu'avant même de me dire bonjour, elle m'a dit cette phrase incroyable: "je veux donner toute ma force à ce film". Elle a 7 ans à ce moment- là. Ses mots m'ont bouleversée et il y avait dans son énergie quelque chose que je n'avais jamais vu avant. Elle a même modifié la vision que j'avais à l'écriture de son personnage, Nora.

Comment dirige t'on les enfants dans des situations aussi extrêmes et violentes tant moralement que physiquement ?

Ma responsabilité est évidemment décuplée. Dès le départ, il a été évident pour moi que je ne leur ferai pas lire le scénario, que je leur expliquerai juste les très grandes lignes du récit, à savoir qu'il est question de harcèlement Puis on a construit toute une méthode de travail avec deux coachs exceptionnels . D'abord pour habituer les enfants à ne pas regarder la caméra. Ensuite pour travailler leurs émotions afin qu'ils ne soient jamais débordés par elles. On a ainsi travaillé pendant trois mois, tous les week- end où je leur expliquais à chaque fois le début d'une situation et je leur demandais ce qu'ils feraient et ce qu'ils pourraient dire face à elle, dans la "vraie" vie. On construisait donc la scène ensemble pour arriver souvent à ce qui était écrit dans le scénario mais en leur permettant de s'approprier la situation. Et je leur demandais alors de dessiner dans un cahier la scène en question. Et ce cahier, cette succession de dessins, est devenu leur scénario qui les a accompagnés à chaque instant du tournage. Il était essentiel pour moi que cela passe par des jeux d'enfants, qu'ils s'amusent et qu'on construise ensemble cette histoire. De toute façon, sans ce travail préalable, nous n'aurions pas pu tenir les 25 jours de tournage

L'idée de filmer cette histoire à hauteur d'enfants est née dès l'écriture ?

Oui, j'ai eu très tôt cette intuition de rester tout le temps à la hauteur de Nora et uniquement dans son point de vue. J'avais en tête les images de Rosetta, du Fils de Saul... Mon directeur de la photo Frédéric Noirhomme avait donc harnaché une caméra autour de sa taille et suivait Maya partout. L'idée était de s'adapter à elle, d'être tout le temps à l'affût de ce qu'elle faisait. On ne voit donc les visages des adultes que quand ils se baissent à sa hauteur. Je voulais que le spectateur se sente engagé dans ce récit, le ressente physiquement. La même logique a prévalu au choix de l'école pour tourner. J'avais besoin d'un lieu qui crée une ambiance pesante et envie de longs couloirs interminables pour que Nora ait la sensation de se perdre dans un monde trop immense pour elle. Un sentiment qu'on a tous ressenti enfant, je crois.

Thierry Cheze

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A voir... "Soeurs", de Yamina Benguigui

30 Juin 2021 , Rédigé par Diacritik Publié dans #Cinéma

EXTRAITS

Il y a un arbre dans le film, cet arbre est un cœur végétal pour où le film s’arrête un instant, s’enracine et tend vers ciel. L’histoire raconte que c’est l’arbre du premier Tarzan, le film de 1932 avec Johnny Weissmuller. Cet arbre-cinéma et qui semble millénaire plonge ses racines dans le sol algérien, son tronc est immense, impossible à embrasser, les trois sœurs se taisent, s’approchent.

Il y a Zorah (Isabelle Adjani), Djamila (Rachida Brakni), et Norah (Maïwenn). Là, elles se promènent dans ce parc près d’Alger aux allures tropicales, elles sont venues de France pour visiter leur père malade, la caméra ralentit, Norah / Maïwenn enlace le tronc de l’arbre avec passion et hystérie, Zorah / Isabelle s’approche, regarde sa jeune sœur avec tendresse et inquiétude, pose son visage contre l’arbre, Djamila / Rachida reste en retrait, regarde ses deux sœurs, gênée, émue, elle sourit… Djamila est la plus française des trois, la plus républicaine, celle qui a fait le choix de la France, d’une certaine intégration, elle ne touchera l’arbre algérien qu’avec ses yeux.

(...)

Il y a des films qui fixent, des films fixés, et des films vivants, qui vivent. Sœurs de Yamina Benguigui est de ces derniers, un film vibrant et vivant, dont on garde la trace dans notre mémoire après la projection, comme un parfum ou un visage vraiment rencontré. L’histoire est celle d’une famille, d’un père terrible et d’une mère écrasante (remarquablement interprétés par Rachid Djaïdani et Fettouma Bouamari) une mère certes aimante mais qui règne en monarque totalitaire, une mère enfin qui fut une grande victime par le passé – la guerre, son mari violent. Peut-être faut-il devenir ça pour supporter cela, les coups, le viol, la guerre, les menaces, les humiliations ? Soeurs parle aussi d’un père qui fut la violence elle-même, qui fut le bourreau de toutes ces femmes. Soeurs parle enfin de filles en héritage, de sœurs au nombre de trois comme trois visages de l’Algérie d’aujourd’hui, trois destinées de ce pays, trois versions, trois réalités, trois hypothèses. Le ça, le moi et le surmoi algérien ? Allez savoir…

L’Algérie n’existe pas, et pourtant elle existe. Cela vaut peut-être pour tous les pays, plus ou moins. Yamina Benguigui nous raconte ici une histoire impossible. Jamais dans un film je n’avais vu un pays à ce point filmé comme une personne. Et j’ai eu envie de pleurer pour elle, avec elles. La scène du viol collectif au début du film est saisissante, on pense au Vieux Fusil de Robert Enrico. J’ai eu envie de maudire les hommes ou ma part d’homme avec elles, et j’ai eu envie d’espérer, quand même. Un vent de révolution et de démocratie finira peut-être par se lever, on a l’impression que le vent tourne, oui.

Mais c’est une histoire, avant tout, ce film, la narration y est souveraine, Yamina Benguigui nous prend par la main, il était une fois… Depuis trente ans, trois sœurs franco-algériennes, Zorah, Djamila et Norah vivent dans l’espoir de retrouver leur petit frère Redah, enlevé par leur père alors qu’il était enfant. Redah est un hors-champ, le frère disparu, le petit frère toujours à retrouver, « qu’il est bon est doux d’être tellement frères ensemble », disent les Psaumes.

(...)

Olivier Steiner

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A voir... Ibrahim, de Samir Guesmi...

23 Juin 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Cinéma

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A voir... "Playlist", de Nine Antico avec Sara Forestier...

1 Juin 2021 , Rédigé par Le Cafe Pedagogique Publié dans #Cinéma

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Coup de coeur... Laurent Mauvignier...

31 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Cinéma

Alors qu'il parle aussi et surtout quand la nuit tombe et que femme et enfants sont partis se coucher, qui a parlé ce soir-là, tellement parlé même, des années après les événements, leurs événements, enfin, lorsqu'ils avaient raconté, se retrouvant seuls et déjà éméchés, comment on avait du mal à vivre depuis, les nuits sans sommeil, comment on avait renoncé à croire aussi que l'Algérie, c'était la guerre, parce que la guerre se fait avec des gars en face alors que nous, et puis parce que la guerre c'est fait pour être gagné alors que là, et puis parce que la guerre c'est toujours des salauds qui la font à des types bien et que les types bien là il n'y en avait pas, c'était des hommes, c'est tout, et aussi parce que les vieux disaient c'était pas Verdun, qu'est-ce qu'on nous a emmerdés avec Verdun, ça, cette saloperie de Verdun, combien de temps ça va durer encore, Verdun, et les autres après qui ont sauvé l'honneur et tout et tout alors que nous, parce que moi, avait raconté Février, tu vois, moi, j'ai même pas essayé de raconter parce qu'en revenant il y avait rien pour moi, du boulot à la ferme, des bêtes à nourrir et puis regarder de loin, dans la ferme d'en face, la petite voiture d'où Éliane sortait tous les dimanches vers cinq heures, en revenant de chez ses beaux-parents. Parce que quand je suis rentré, se dire qu'elle était mariée, oui, ça, c'était vraiment dur. Et qu'elle était mariée avec un voisin, un pauvre type pour qui j'avais jamais eu le moindre respect parce que je savais que toute sa famille en quarante ça avait été des collabos, rien que des collabos retournant leur veste au dernier moment, toute cette saloperie chassant les derniers Allemands à coups de pelle, moi, on me l'a dit, ça, mon père me l'a dit, personne de plus furieux que les résistants des dernières heures, quelque chose à prouver, se rattraper, montrer qu'ils y sont, du bon côté, tout ce malheur c'est le souci d'être du bon côté, pour bien être du bon côté, je le sais, on me l'a dit, ce gars de vingt ans qu'ils ont achevé à coups de pelle et alors se dire qu'elle s'est mariée avec un gars de cette famille-là, cette engeance parce qu'il s'était fait réformer et qu'il avait de l'argent, pendant des mois en revenant je suis pas sorti de chez moi et même j'ai travaillé à la ferme comme jamais, j'ai refait les clôtures, j'ai marché pendant des heures dans la campagne et jamais j'ai trouvé que la boue c'était mieux que la pierraille, crois-moi, à ce moment-là, non, et la boue, les bottes, l'humidité et la lourdeur des champs, comment ça s'enlise, bon, le seul à qui je parlais sans gueuler c'était mon chien, dans les bois, quand je marchais pendant des heures et même le soir, c'était qu'à lui tout seul que je pouvais parler.

Bon, c'est toujours comme ça. Dans le bourg, des gars comme moi, il y en avait. L'Algérie, on n'en a jamais parlé. Sauf que tous on savait à quoi on pensait lorsqu'on disait nous aussi on est comme les autres, et les animaux valent mieux que nous, parce qu'ils se foutent pas mal du bon côté.

Laurent Mauvignier - Des hommes

Des hommes par Mauvignier

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A voir... Slalom, de Charlène Favier - Sur le harcèlement sexuel dans le sport

19 Mai 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Cinéma

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Antihéros ou super-héros : l’image tronquée du professeur au cinéma

15 Mars 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Cinéma

EXTRAITS 

A l’occasion de la 46e cérémonie des Césars, dont la sélection met une nouvelle fois en avant plusieurs figures de professeurs, focus sur la façon dont le septième art dépeint les enseignants.

Les Choristes, La Journée de la jupe, Etre et avoir, Entre les murs… Régulièrement, dans leur sélection, les Césars, dont la 46ᵉ cérémonie aura lieu vendredi 12 mars, choisissent des films mettant en scène la figure de l’enseignant. Le cru 2021 ne fait pas exception. Tandis qu’Antoinette dans les Cévennes de Caroline Vignal a pour héroïne une institutrice – certes, plutôt montrée hors de sa salle de classe, Eté 85 de François Ozon propose, cette fois-ci dans un second rôle, Melvil Poupaud en professeur de lycée.

Entre les enseignants et le grand écran, l’histoire ne date pas d’hier. Mais elle n’est pas vraiment d’amour… Auteurs du passionnant ouvrage L’Ecole à travers le cinéma (Mardaga, 2020), les chercheurs de l’université de Mons (Belgique) Antoine Derobertmasure, Marc Demeuse et Marie Bocquillon estiment que la première apparition d’un enseignant au cinéma dans un rôle majeur remonte à Topaze, signé Louis Gasnier en 1933, adaptation d’une pièce de théâtre de Marcel Pagnol.

(...)

La figure de l’enseignant sauveur

Car, à l’autre bout du spectre cinématographique, on trouve un autre archétype : l’enseignant sauveur. Celui qui ne compte pas ses heures, quitte à mettre son couple en péril comme dans Ecrire pour exister (2007). Qui tente, à l’instar de l’enseignant de Ça commence aujourd’hui (1999), de régler les difficultés sociales de ses élèves. Et qui finalement, est moins utile en transmettant du savoir qu’en « remplissant les vides laissés par les services sociaux », estime Marc Demeuse.

On peut aussi compter sur celui qui éclaire la conscience des élèves, est indéfectiblement à leur écoute, révèle les potentiels les plus enfouis… Dans cette catégorie, il existe une statue du Commandeur : John Keating, l’enseignant de littérature du Cercle des poètes disparus (1989), incarné par Robin Williams. Il incite ses élèves d’une stricte école américaine à penser par eux-mêmes et à s’écarter du troupeau. Difficile de ne pas trouver sympathique celui qui a fait soupirer d’envie des millions de spectateurs rêvant de se trouver face à lui dans une salle de classe.

(...)

Réalité tronquée du métier

Il semble par ailleurs que, pour bon nombre de cinéastes, le bon enseignant soit un enseignant seul. A l’instar du Cercle des poètes disparus, il doit faire face à une hiérarchie obtuse, à des collègues ternes. S’il n’est pas formé pour ce métier et réussit là où ses collègues ont échoué, comme l’ancienne militaire d’Esprits rebelles (1995), ou le publicitaire au chômage d’Opération Shakespeare (1994), c’est encore mieux. « Ce que nous disent ces films, c’est que le bon enseignant l’est sans formation initiale. Sous-tendant, par là même que ceux qui ont été formés sont mauvais », relève Antoine Derobertmasure. Autre motif récurrent de Will Hunting (1997) à Les Grands Esprits (2017) en passant par Les Choristes (2004) : la relation privilégiée avec un élève dont l’enseignant va déceler puis développer les talents.

(...)

Un film semble toutefois échapper aux clichés : Entre les murs (2008). Couronné d’une Palme d’or, le long-métrage de Laurent Cantet dépeint le quotidien d’une classe de collège d’un quartier populaire de Paris. Il est adapté du livre également intitulé Entre les murs (Verticales, 2006), de François Bégaudeau, lequel fut lui-même enseignant et joue le rôle du professeur dans le film. Un dispositif et une mise en scène qui le font parfois flirter avec le documentaire.

« La vue la plus complète que j’ai vue du métier, estime Nada Chaar. L’enseignant est montré dans sa confrontation à une réalité socioscolaire, mais aussi face à ses propres limites. » Ce n’est pas l’enjeu d’Antoinette dans les Cévennes qui dépeint majoritairement l’enseignante hors de sa classe. Chose étonnante d’ailleurs : sorti à une semaine d’écart, Les Apparences (2019) de Marc Fitoussi met aussi en scène une enseignante ayant une liaison avec un père d’élève. Deux personnages de « maîtresses » dans tous les sens du terme… Coïncidence ou volonté de montrer qu’au-delà de tout ce qu’on peut projeter ou espérer sur son métier, l’enseignant est, avant tout, un être humain comme les autres ?

Joséphine Lebard

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