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Vivement l'Ecole!

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Blanquergate - "Le ministère a fait du démarchage pour le syndicat Avenir lycéen"

27 Novembre 2020 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Blanquer

Blanquergate - "Le ministère a fait du démarchage pour le syndicat Avenir lycéen"

Un ex-lycéen a raconté à Mediapart, documents à l’appui, comment un responsable de son rectorat l’avait démarché lors de la création d’Avenir lycéen. Au même moment, un compte officiel du ministère diffusait des messages favorables au syndicat pro-Blanquer.

De rebond en rebond, l’affaire « Avenir lycéen » n’en finit par d’interroger sur la responsabilité du ministère de Jean-Michel Blanquer. Un ancien lycéen de l’académie de Normandie a raconté à Mediapart comment un responsable de son rectorat l’a démarché pour le compte du syndicat Avenir lycéen, en décembre 2018, au moment de grèves intenses contre Jean-Michel Blanquer et de la création de cette organisation pro-exécutif alors inconnue du grand public.

Alors en terminale, Martin*, qui venait d’être élu au conseil académique de la vie lycéenne (CAVL) du rectorat de Caen, a eu la surprise de recevoir, à son lycée, un tract pour adhérer au syndicat Avenir lycéen, qui venait tout juste d’être créé.

Dos du tract d’Avenir lycéen remis à Martin. © Document Mediapart
Dos du tract d’Avenir lycéen remis à Martin. © Document Mediapart

Le message lui a été transmis, selon son récit, par la conseillère principale d’éducation de son lycée au nom du proviseur vie scolaire (PVS), un fonctionnaire qui assure des missions de conseiller technique (notamment sur les sujets de vie lycéenne) auprès du directeur académique. Au dos du tract qui lui a été adressé (voir ci-contre), figure d’ailleurs l’annotation suivante : « De la part de M. Marie [le PVS – ndlr], transmis par le PVS pour vous, pour votre information. » « Ma CPE a servi de facteur pour le PVS, j’étais très surpris de recevoir un tract d’une organisation lycéenne », témoigne Martin, qui était alors âgé de 17 ans.

Le lycéen est à l’époque d’autant plus étonné qu’il se renseigne autour de lui et se rend compte qu’il est le seul élu de son CAVL, sur 24, à faire l’objet d’une telle attention. Pourquoi a-t-il été ciblé si précisément ? Martin explique que, quelques jours plus tôt, lors de l’installation du CAVL le mercredi 12 décembre 2018, en pleine grève lycéenne contre Jean-Michel Blanquer, les échanges ont été « un peu tendus » entre les représentants lycéens et le recteur et le PVS David Marie. « Des élus affichaient clairement leur soutien aux blocages dans les lycées, moi je disais que ce n’était pas notre rôle de nous prononcer sur les blocages », raconte-t-il. Au cours de la réunion, Martin devient ainsi un allié du recteur et de son PVS avant, donc, de recevoir le fameux tract d’adhésion quelques jours plus tard dans son lycée.

Le tract est titré « Avenir Lycéen : enfin une organisation lycéenne au service des lycéens ». Il comporte en en-tête le mot-dièse : #AvenirLyceen. Et se conclut par la phrase suivante : « Nous invitons tous les lycéens soucieux de leur avenir et de leur éducation à nous rejoindre, à nous faire part de leurs problèmes quotidiens, et à nous communiquer leurs revendications (avenirlycéen@gmail.com) afin d’engager des débats dans les mois qui viennent. » Le document, signé des « fondateurs d’Avenir Lycéen », est daté du 11 décembre 2018, à Paris.

Comment le PVS de l’académie de Caen se l’est-il procuré ? Pourquoi l’a-t-il ainsi transmis à Martin ? Sollicité par Mediapart, David Marie n’a pas donné suite à nos demandes d’explications.

Tweet de la déléguée nationale à la vie lycéenne de l’époque. © Twitter / @Agnes_davlc
Tweet de la déléguée nationale à la vie lycéenne de l’époque. © Twitter / @Agnes_davlc

Cet étrange épisode n’est pas sans rappeler un mail envoyé, le 9 décembre, dans l’académie d’Orléans-Tours. Révélé par Liberation, le message montre comment un membre du rectorat a donné des conseils à un lycéen sur la façon de communiquer sur les réseaux sociaux, en l’invitant à rajouter le mot-clé #Avenirlyceen à chaque fois qu’il poste « un message sur la vie lycéenne ».

Interrogé par La République du Centre, mardi 24 novembre, le rectorat a contesté « toute tentative de manipulation » : « Le fonctionnement a été tout à fait normal et démocratique »a-t-il expliqué, en se disant prêt à fournir des explications aux syndicats plutôt que « communiquer à travers la presse ».

Au même moment, début décembre 2018, un compte officiel du ministère (@VieLyceenne) a aussi relayé en masse de nombreux messages favorables à « Avenir Lycéen », en utilisant à chaque fois le mot-dièse #AvenirLyceen.

Dès le 6 décembre 2018, le compte ministériel, mais aussi celui de la déléguée nationale à la vie lycéenne (DNVL) de l’époque, Agnès Bertrand, bras armé du ministre, relaient les messages des futurs co-fondateurs du syndicat projeté – qui n’a alors pas encore vu le jour – en y ajoutant spontanément #AvenirLycéen.

Le 11 décembre, l’un des co-fondateurs d’Avenir lycéen s’exclame : « C’est le grand jour. Après le lancement du #, #AvenirLyceen devient une association ». La DNVL, Agnès Bertrand, relaie ce message aussi.

Pourquoi un compte officiel du ministère a-t-il ainsi soutenu une organisation syndicale avant même sa création officielle ? Relancés à plusieurs reprises, le ministère de l’éducation nationale et l’ex-DNVL Agnès Bertrand n’ont pas répondu à nos sollicitations sur ce sujet.

Antton Rouget

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Jean-Michel Blanquer, un ministre dans la tourmente...

26 Novembre 2020 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Blanquer

Jean-Michel Blanquer, un ministre dans la tourmente...

EXTRAITS

(...)

Lundi 23 novembre. Jean-Michel Blanquer sort d’un week-end de lessiveuse médiatique et politique. Mediapart et Libération l’ont mis en cause pour son soutien au syndicat Avenir lycéen, une structure progouvernement, créée en 2018, sur laquelle a veillé le ministère de l’éducation nationale en lui distribuant de l’argent public ; 65 000 euros de subventions ont été versés en 2019. Des sommes pour partie dilapidées, selon Mediapart, en frais de bouche et hôtels de luxe. Le ministre réplique par une offensive très politique. « Il y a des médias, en l’occurrence tout un secteur de l’ultragauche, qui ne pensent qu’à créer de la polémique à partir de rien. Cette histoire, ça n’est rien », balaie-t-il sur BFM-TV.

(...)

Le cabinet du ministre a fourni aux parlementaires des éléments de langage pour répondre sur le fond aux mises en cause publiées par Mediapart. Ces élus appartiennent pour la plupart au « fan-club JMB », une boucle Telegram lancée en 2018 par la députée LRM des Yvelines, Aurore Bergé. Une transfuge du parti Les Républicains (LR), qui se retrouve, comme ses camarades, dans la ligne d’« athéisme militant » – selon les termes d’un ministre – défendue par M. Blanquer. « Jean-Michel Blanquer a toujours porté la même ligne politique, en étant au combat pour les valeurs républicaines et laïques, vante Aurore Bergé. Certains ont pu croire que sa ligne était minoritaire ; elle est fortement soutenue au sein de la majorité parlementaire et elle est celle du président de la République. »

D’autres macronistes goûtent pourtant peu ces attaques contre la presse. « Tous ces trucs-là me donnent plus envie de quitter la politique qu’autre chose », soupire un ministre. Sur Twitter, le député (LRM) du Cher, Loïc Kervran, assume publiquement sa différence. « Mon rôle de parlementaire est de contrôler l’action du gouvernement, pas de défendre un ministre en affaiblissant la démocratie », écrit-il, ajoutant à l’intention de ses collègues qu’« une classe politique qui se respecterait et respecterait les journalistes se grandirait ». (...)

(...)

« Ego surdimensionné »

Depuis la rentrée, l’intéressé a des fourmis dans les jambes sur le plan électoral. Après avoir rechigné à se lancer dans la course aux élections régionales en Ile-de-France, il a fini par y mouiller un doigt de pied, à la demande de M. Macron. Le ministre a pris la tête d’un groupe de travail pour bâtir le projet de la majorité dans la région. « Jean-Michel va poser un certain nombre de conditions à sa candidature : pas de sortie du gouvernement en cas de défaite, et un droit de regard sur la composition des listes », assure un proche. Le lancement de sa campagne, prévu à l’origine fin octobre, devait enclencher la dynamique des régionales pour LRM au niveau national. Une manière d’achever la mue de cet expert des sujets éducatifs. « On n’arrive pas à Matignon sans risques », sourit un ministre.

Lors du remaniement, en juillet, son nom figurait sur la courte liste des remplaçants potentiels d’Edouard Philippe. « Blanquer se dissipe », grince un responsable de la majorité. « Il n’a pas découvert la politique en 2017. Même quand il était directeur de grandes administrations, il en faisait à sa manière », défend la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa, qui se trouve souvent en phase avec lui sur les questions de laïcité et le juge « incontournable ».

Signe de cette montée en puissance : la plupart de ses détracteurs n’osent pas assumer de propos critiques à visage découvert. Plusieurs membres de la commission des affaires culturelles et de l’éducation au Palais-Bourbon dressent le portrait d’un homme à l’« ego surdimensionné », qui ne supporterait pas la contradiction.

(...)

Alexandre Lemarié, Julie Carriat et Olivier Faye

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

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L'ultra-gauche n'est pas du tout ce que Jean-Michel Blanquer désigne...

25 Novembre 2020 , Rédigé par Slate Publié dans #Education, #Blanquer

EXTRAITS

La dénonciation de l'ultra-gauche par une partie de la sphère politico-médiatique s'inscrit dans des traditions anciennes de différents partis, qui cherchent à créer un ennemi de l'intérieur.

La dénonciation de la figure de l'ennemi est une forme récurrente de la vie politique. Après l'invention de l'islamo-gauchisme et de l'islamo-fascisme, une autre figure prend sa place dans le paysage politico-médiatique: l'ultra-gauche.

Comme l'Hydre de Lerne, les figures et les constructions repoussoirs viennent régulièrement pimenter les dénonciations publiques, responsables des maux de la société ou des attaques contre les hommes politiques. Elles s'inscrivent dans des traditions anciennes qui de droite comme de gauche cherchent à créer un ennemi de l'intérieur et pour souder un camp à désigner à la vindicte soit le camp adverse soit un bouc émissaire.

«Voilà l'ennemi»

La dénonciation de l'extrême gauche est une forme récurrente de la vie politique. Depuis le XIXe siècle la formule est utilisée. De la dénonciation des anarchistes lors des attentats des années 1893-1894 ou lorsque Georges Clemenceau s'en prenait à la CGT en 1906.

Plus tard, Albert Sarraut dénonçait les communistes en expliquant le 23 avril 1927 le «communisme voilà l'ennemi». En 1951, Charles de Gaulle s'en prend au séparatisme communisme. Charles Pasqua en 1986 voit «des gauchistes et des anarchistes de tout poil et de toute nationalité».

Depuis les années 2000, l'ultra-gauche a souvent été placée sur le banc des accusés, tantôt comme responsable de sabotages dans l'affaire dite de Tarnac durant laquelle Libération, par exemple, a supposé en novembre 2008 que l'ultra-gauche était responsable du sabotage du réseau TGV, tantôt comme initiatrice des mouvements émeutiers, ce dont certains courants de la gauche se sont toujours réclamés.

(...)

Dans les années 1960, elle converge avec l'analyse de certains groupes libertaires eux aussi hostiles à l'action syndicale. L'expression d'ultra-gauche définit alors également une partie des libertaires, les situationnistes et des militants révolutionnaires sans attache partisane particulière piochant dans les différents corpus militants pour constituer de nouvelles pistes de réflexion en rupture avec la société.

Par commodité, l'expression ultra-gauche désigne alors tous les groupes aux marges externes de l'extrême gauche léniniste –trotskiste ou maoïste– et de la gauche antiautoritaire –libertaire, autogestionnaire. Le qualificatif d'ultra-gauche intègre alors la gauche émeutière, qui aujourd'hui se définit comme telle et revendique cette pratique sociale et politique.

Tous ces groupes se méfient des institutions et de la presse officielle, les déclarations actuelles sur leur lien supposé avec Libération et Mediapart ayant suscité des remarques aussi amusées que narquoises, tant les liens semblent et sont inexistants.

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#Blanquergate - JM Blanquer refuse une enquête administrative indépendante...

25 Novembre 2020 , Rédigé par Le Café Pédagogique Publié dans #Education, #Blanquer

#Blanquergate - JM Blanquer refuse une enquête administrative indépendante...

EXTRAITS

Comment appeler ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale le 24 novembre ? A trois reprises des députés de gauche et de droite ont demandé des explications à JM Blanquer sur son implication dans la création et l'action de l'association Avenir lycéen. Le premier ministre a estimé que l'accusation "est dénuée de tout fondement". Par la suite, JM Blanquer, interrogé à deux reprises a pris soin de ne jamais répondre aux questions en répondant à des questions qui ne lui étaient pas posées. Il a refusé d'affirmer qu'il n'avait eu aucun rôle dans la création d'Avenir lycéen. Le gouvernement fait peu de cas des questions des députés.

(...)

JM Blanquer refuse une enquête administrative indépendante

Sylvie Tolmont (PS) interroge à son tour JM BLanquer. "Mon propos n’est pas de vous interroger sur l’origine de la création et la nature de ce syndicat dont nombre de ses membres sont issus de votre parti politique, ni sur le bon usage des subventions importantes qui lui ont été versées… Il appartiendra par ailleurs à la justice, saisie de plaintes de plusieurs syndicats, de faire en toute indépendance la lumière sur les éléments de ce dossier qui seraient pénalement répréhensibles. Cela dit, on ne peut balayer la gravité des faits révélés d’un revers de main, comme vous le faites. Un ministre ne peut créer ses interlocuteurs et en faire des instruments de promotion de ses réformes tout en affaiblissant les oppositions existantes... Afin de garantir la nécessaire impartialité qu’une enquête interne ne saurait offrir, allez-vous consentir à ce qu’une enquête soit diligentée non par vos services, qui seraient alors juge et partie, mais par l’inspection générale de l’administration, comme on est en droit de l’exiger dans un État de droit ?" JM Blanquer répond sur la subvention versée à Avenir lycéen et sur le fait qu'il a rencontré les dirigeants de cette association : "mon cabinet et moi-même voyons sans arrêt des interlocuteurs de cette nature". De fait l'un d'eux a été embauché au ministère. "Troisièmement, vous me demandez s’ils ont fait un bon usage de leur argent. Je vous répondrai que ce n’est pas sûr" etc. A aucun moment le ministre n'a même fait mine de répondre à la question de la députée.

(...)

F Jarraud

Billet complet à lire en cliquant ci-dessous

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Blanquer ne jure que par l' «ultra-gauche»... Une trumpisation accélérée...

25 Novembre 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Blanquer

Blanquer ne jure que par l' «ultra-gauche»... Une trumpisation accélérée...
Blanquer ne jure que par l' «ultra-gauche»... Une trumpisation accélérée...

L'«ultra-gauche», concept ultra-flou

Le ministre de l'Education nationale estime que les polémiques autour du syndicat Avenir lycéen sont «cousues de fil blanc par des secteurs de l’ultra-gauche». Mais de quelle gauche parle-t-il ? La super-extra-gauche, la méga-gauche ou bien l'hyper-gauche ?

Interrogé sur des soupçons d’instrumentalisation du syndicat Avenir lycéen, révélés par Médiapart et Libération, Jean-Michel Blanquer a rejeté «un non-sujet, monté en épingle par un secteur de l’ultra-gauche». Une sortie médiatique qui n’a pas manqué de susciter son lot de commentaires savoureusement moqueurs sur les réseaux sociaux. «Mais c’était pas censé être nous l’ultra-gauche», a ironisé sur Twitter le média d’extrême gauche Lundi matin«Si tout devient ultra-gauche, il va falloir inventer de nouveaux termes pour s’y retrouver : super-extra-gauche, méga-gauche, über-gauche, archi-gauche, hyper-gauche», a suggéré le chercheur Mathieu Tricot. Ou encore «Bon mais, si Libé c’est l’ultragauche, on est où nous ?» s’interrogeait l’informaticien Laurent Chemla. Cette piètre défense du ministre «me paraît ultra gauche», résumait à son tour le sociologue Arnaud Saint-Martin.

Changement absolu de la société

Que signifie ce terme, que recouvre-t-il vraiment ? En principe, on parle davantage d’extrême gauche ou de gauche radicale, plutôt que d’ultra-gauche. Quelle que soit la terminologie empruntée, il désigne en règle générale une matrice idéologique prônant la rupture avec le système capitaliste et formulant une critique de la gauche institutionnelle, dite sociale-démocrate ou réformiste. En France, ce courant, aussi nébuleux soit-il, a ses têtes d’affiche : le journaliste et éditeur Eric Hazan, l’économiste Frédéric Lordon, la philosophe belge mais influente auprès de la France insoumise Chantal Mouffe et son congénère Alain Badiou, pour ne prendre que quelques exemples. Mais tous n’entretiennent pas le même rapport à l’idée d’une radicalisation de la gauche. Dans de nombreux essais, Chantal Mouffe la théorise «populiste» tandis qu’Alain Badiou propose de «ressusciter l’hypothèse communiste».

La gauche ultra ou radicale est multiple et protéiforme. Tous y portent un projet de changement absolu de la société mais diffèrent par les modalités pour y parvenir. Certains rêvent du «grand soir» et de renverser le pouvoir, d’autres d’une autonomie politique sinon d’une totale autarcie. L’ultra-gauche peut donc aussi bien être anarchiste que situationniste, nihiliste que zadiste, marxiste ou léniniste, trotskiste ou maoïste. Ces deux dernières années, à l’occasion du mouvement des gilets jaunes, le terme a largement été associé aux Black bloc, souvent présent en tête de cortège. Outre l’intention de revivifier l’idée révolutionnaire, l’action violente, pratique ou simplement théorique, jalonne en effet la mouvance qualifiée d’ultra-gauche.

Pourrir le débat public

Bref, il y aurait presque autant de nuances que d’acteurs rattachés de loin comme de près au courant. On peut par exemple y ajouter Julien Coupat, devenu célèbre pour son implication dans l’affaire Tarnac. Or, il se trouve que Libé, représentant de l’ultra-gauche selon Blanquer donc, s’est particulièrement distingué dans son traitement du dossier. En 2008, le journal consacre sa une du 18 novembre à un groupe soupçonné de sabotage de caténaires. «Sabotages du réseau TGV. L’ultra gauche déraille», titre l’édition du jour. Avec ce sous-titre : «Selon le gouvernement, les personnes interpellées hier dans le cadre de l’enquête sur les dégradations des voies ferrées appartiennent à la mouvance "anarcho-autonome".» Un torrent de critiques s’abat alors sur le journal, ainsi que le rappelait Checknews en 2018, accusé de participer à la fabrication d’un mythe terroriste. La qualification de «terroriste» ne sera finalement pas retenue par la Cour de Cassation.

Cette affaire emblématique montrera à quel point la notion de radicalité est co-construite par ceux-là mêmes qui la dénoncent. Mais surtout, en utilisant le qualificatif d’ultra-gauche pour ramasser l’ensemble de ses détestations et tenter de décrédibiliser les enquêtes journalistiques dont il est l’objet, Jean-Michel Blanquer en dit peut-être davantage sur lui-même que sur ce qu’il vise. Après avoir qualifié les universités et l’Unef de lieux où sévirait «l’islamo-gauchisme», il confirme un peu plus sa volonté de pourrir un débat public, ou de le «trumpiser» diront certains – Trump qualifie sans nuances les démocrates américains d’ultra-gauchistes – en abusant d’anathèmes flous que l’on retrouve à foison dans le corpus sémantique de la droite. Et achève de ranger le parti présidentiel de ce côté-ci de l’échiquier idéologique et politique ?

Simon Blin

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Affaire #Avenirlycéen : les documents qui montrent l'implication des rectorats...

24 Novembre 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Blanquer

Affaire #Avenirlycéen : les documents qui montrent l'implication des rectorats...

Alors que le ministre Jean-Michel Blanquer dénonce une «polémique à partir de rien» au sujet de l'organisation lycéenne, «Libération» publie les messages qui prouvent l'implication de son administration.

Après la métaphore culinaire de la «sauce» et du «lapin» dimanche, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, et ses soutiens ont entrepris lundi une violente contre-attaque médiatique après les révélations de Libération sur la genèse de l’organisation Avenir lycéen, qui revendique 400 adhérents. Plus proche de l’amalgame et de l’injure que d’une réponse sur des faits et éléments concrets.

 

Interrogé par BFM TV ce lundi matin, le ministre a ainsi dénoncé «tout un secteur de l’ultra-gauche qui ne pense qu’à créer de la polémique à partir de rien», voire «une affaire cousue de fil blanc par des secteurs de l’ultra-gauche». Et de proclamer qu’«il n’y a pas d’affaire», avant d’indiquer à la chaîne qu’elle n’est pas «obligée de relayer cela». Dans la même veine, Blanquer a également soutenu qu’«aujourd’hui, le sujet c’est : est-ce qu'[Avenir lycéen] a fait un mauvais usage [de sa subvention] ?» Or, notre enquête publiée samedi allait au-delà des premières révélations de Mediapart, montrant comment l’administration de l’Education nationale avait été à la manœuvre pour la création d’une organisation plus en phase avec les actions du locataire de la rue de Grenelle. Ce lundi, Mediapart a publié un autre article apportant de nouveaux éléments en ce sens.

Lundi, une tribune signée d’une trentaine de députés LREM (peut-être les membres de la boucle Telegram «Fan-Club JMB») vole au secours du ministre, dans un texte évoquant pêle-mêle l'«islamo-gauchisme», l'«extrême gauche» et allant jusqu’à affirmer que «dénoncer Edwy Plenel, lui qui a trouvé des excuses aux assassins des JO de Munich comme aux frères Kouachi, entraîne un déchaînement, repris sans aucune nuance par certains médias comme Libération»

Dans sa stratégie de défense, le ministre assure que l’enquête repose uniquement sur des témoignages. C’est erroné. Elle est également étayée par des preuves écrites : mails, captures d’écran de discussions… Nous avons sollicité le ministère vendredi, avant la publication de notre article, pour le faire réagir sur tous ces points précis. Malgré nos relances, il n’a pas répondu. Et toujours pas à cette heure. Nous avons donc décidé de publier ces éléments écrits, qui ont servi, entre autres, de matière à notre enquête.

La rédaction de communiqués de presse

Retour début décembre 2018, quelques jours avant la création d’Avenir lycéen. Alors que la mobilisation dans les lycées gagne du terrain, des fonctionnaires, en poste dans plusieurs rectorats, proposent à de jeunes lycéens, fraîchement élus dans les CAVL (conseil académique de la vie lycéenne) de faire des communiqués pour apaiser la situation. Ces élus, mineurs pour la grande majorité, sont des sortes de «superdélégués de classe», qui représentent les élèves dans des instances du rectorat, et qui parfois participent à des comités de suivi de réforme (par exemple, la réforme du bac). Elus depuis quelques jours, plusieurs se lancent donc, sur les conseils du rectorat, dans la rédaction de communiqués de presse. Mais ce qu’ils n’avaient pas prévu, c’est que leur correspondant au rectorat allait corriger leur copie. Avec plus ou moins de formes…

 

Exemple de réponse reçue par Zoée Perochon-de Jametel, dans l’académie de Créteil :

#avenirlycéen

 

#Avenirlycéen

Autre exemple, dans l’académie d’Orléans-Tours cette fois. Le fonctionnaire encourage Teddy mais propose tout de même des changements importants dans son texte.

Cet échange prend ensuite une autre dimension. Au lendemain de l’épisode du communiqué, Teddy Wattebled reçoit un nouveau mail daté du 9 décembre : cette fois, le fonctionnaire du rectorat lui donne des conseils sur la façon de communiquer sur les réseaux sociaux. Et l’invite à rajouter le #Avenirlyceen à chaque fois qu’il poste «un message sur la vie lycéenne».

#AvenirLycéen

Le message date du 9 décembre, donc avant la création d’Avenir lycéen – les statuts de l’association ont été déposés le 12 décembre en préfecture. Cela pose question. Au moins une, centrale : qui est à l’origine de cette consigne ? Il est difficile de croire que ce référent du rectorat ait eu seul l’idée de conseiller aux élèves d’ajouter ce hashtag, qui commençait à circuler chez les jeunes macronistes.

Sylvain Mouillard , Marie Piquemal , Charles Delouche Bertolasi

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Monsieur Blanquer, vous ne voyez pas de lapin, mais l’affaire lève un lièvre...

24 Novembre 2020 , Rédigé par Telerama Publié dans #Education, #Blanquer

Monsieur Blanquer, vous ne voyez pas de lapin, mais l’affaire lève un lièvre...

L’HUMEUR DU JOUR – Le tout jeune syndicat Avenir lycéen, subventionné par l’État, a-t-il été créé “pour servir sa communication” ? Le ministre de l’Éducation, Jean-Michel Blanquer, balaie les accusations d’un revers de main. L’avenir des lycéens, lui, semble bien mal servi.

« Il y a beaucoup de sauce et peu de lapin, comme on dit chez moi », lâchait Jean-Michel Blanquer ce dimanche sur RTL à propos du scandale qui menace de lui exploser à la figure. On prédit un bel avenir à cette formule probablement pesée au trébuchet (elle joue le bon sens paysan face à l’agitation médiatique parisienne). Un peu comme l’expression « les yeux dans les yeux », désormais associée pour l’éternité à Jérôme Cahuzac. Car du lapin, il semble y en avoir à s’en péter la sous-ventrière (comme on dit chez moi).

Rappelons les faits, tels que révélés par Mediapart et Libération. En décembre 2018, pour contrer la contestation lycéenne qui menace de converger avec le mouvement des Gilets jaunes, l’entourage du ministre a l’idée du siècle : créer Avenir lycéen, un syndicat d’élèves qui serait d’accord avec lui. Objectif, jouer la carte de l’apaisement auprès des jeunes pyromanes qui brûlent des poubelles devant leur établissement et plus généralement porter la bonne parole ministérielle. Un outil de propagande, en somme. Dûment subventionné (au contraire de syndicats lycéens moins d’accord avec le ministre, qui ont vu dans le même temps fondre leur ressources).

Jean-Michel Blanquer pouvait-il ne pas être au courant ? Quoi qu’il en soit, on ne sait trop ce qui choque le plus : que l’appareil d’État se prête à pareilles magouilles ou qu’il instrumentalise des mineurs. Car parmi les membres d’Avenir lycéen, on compte manifestement des jeunes gens sincèrement investis, fiers d’avoir eu l’oreille du rectorat, voire du ministère. Et qui découvrent qu’ils étaient manipulés. Dur…

Marc Belpois

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Scandale du syndicat lycéen: les échanges qui plombent la défense de Jean-Michel Blanquer

23 Novembre 2020 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Blanquer

Scandale du syndicat lycéen: les échanges qui plombent la défense de Jean-Michel Blanquer

Depuis nos premières révélations sur Avenir Lycéen, le ministère de l’éducation assure ne jamais avoir entretenu de relation « politique » avec ce syndicat pro-gouvernement. Une réunion et des échanges impliquant directement le ministre prouvent le contraire.

L’affaire s’envenime pour Jean-Michel Blanquer. Contrairement aux affirmations du ministère depuis les premières révélations de Mediapart sur le fonctionnement d’Avenir Lycéen, la Rue de Grenelle a bien entretenu des relations politiques avec ce syndicat lycéen pro-gouvernement.

Selon de nouveaux documents et témoignages recueillis par Mediapart, Jean-Michel Blanquer a même personnellement échangé avec plusieurs dirigeants du syndicat, par ailleurs militants chez les Jeunes avec Macron, sur des projets politiques en cours.

Le 5 novembre, le ministère nous a pourtant assuré par écrit que le « ministère n’a jamais été sollicité, sous quelque forme que ce soit, pour la création d’“Avenir Éducation” », une nouvelle filière du syndicat, visant à rassembler étudiants, professeurs et parents d’élèves et à concurrencer les organisations existantes. « Le ministère a découvert l’existence [d’Avenir Éducation] au moment de son officialisation », avaient ajouté les services de Jean-Michel Blanquer (lire ici).

Ce que le déroulé des événements, désormais reconstitué par Mediapart, vient démentir formellement.

Dans la matinée du jeudi 2 juillet, le ministre a d’abord reçu, seul, dans son bureau de la rue de Grenelle quatre membres du syndicat pour évoquer le sujet, hors la présence de son directeur de cabinet du ministre ou de son délégué national à la vie lycéenne (DNVL), d’après nos informations. Jean-Michel Blanquer a, ce jour-là, donné son approbation à la création d’Avenir Éducation, selon le témoignage d’un participant.

« On lui a dit qu’on allait partir sur une nouvelle voie qui concernerait plus les professeurs et le personnel de l’éducation nationale […] et le ministre nous a encouragés, il nous a dit :“Oui pourquoi pas, ça pourrait être une bonne idée de votre initiative” », explique le jeune homme à Mediapart. La rencontre, à laquelle n’a pas pris part le président de l’époque du syndicat Nicolas* (plusieurs membres d’AL étant mineurs, nous avons décidé d’anonymiser toutes les identités – lire notre Boîte noire), a été initiée par sa prédécesseure Gaëlle*, également militante des Jeunes avec Macron et présente au rendez-vous. « Cela a été un des sujets que l’on a abordé avec le ministre, très, très rapidement parce qu’on avait plein d’autres choses à dire et qu’un ministre est pressé par définition », explique Gaëlle.

Interrogé, Jean-Michel Blanquer, qui a déclaré dimanche soir sur RTL que cette affaire ne reposait sur « rien », n’a pas répondu à nos questions.

Onze jours après le rendez-vous avec le ministre, Avenir Éducation est créé le 13 juillet par une poignée de militants à Lyon. La structure, qui selon ses statuts a notamment pour objet « de favoriser le dialogue et les réflexions au sein des instances démocratiques et de représentation », est présidée par Franck*, qui est également militant des Jeunes avec Macron et était présent au ministère le 2 juillet.

Le 24 juillet, lors d’une assemblée générale, Avenir Lycéen vote à son tour pour la création et son intégration à Avenir Éducation. Juste après le résultat positif, Gaëlle* écrit à Jean-Michel Blanquer, en message privé sur Twitter, pour l’en informer. Le ministre répond à la militante : « Bravo ». À Mediapart, Gaëlle explique que ce type d’échange direct avec le ministre était exceptionnel : « Je me suis dit que j’allais l’envoyer parce qu’on avait parlé du fait qu’on allait lancer ça [Avenir Éducation] dans les prochaines semaines, et ça s’est arrêté là. J’ai échangé très, très peu avec Jean-Michel Blanquer sur Twitter. »

L’implication directe de Jean-Michel Blanquer contredit la défense de son ministère dans ce dossier. Samedi 21 novembre, au lendemain de la publication d’une enquête de Libération renforçant les soupçons sur la proximité d’Avenir Lycéen avec le pouvoir, un conseiller politique du cabinet du ministre a rédigé une note sur les « éléments de langage » à diffuser dans la presse, en insistant sur le fait qu’« il n’y a jamais eu de discussions “politiques” entre le cabinet et [Gaëlle*, identité modifiée] ».

« Depuis des semaines, LFI [La France insoumise] et Edwy Plenel [directeur de publication de Mediapart] ciblent le ministre qui a dénoncé l’islamogauchisme », a aussi écrit le conseiller dans sa note. Une tentative de diversion reprise par quelques députés de la majorité tout le week-end, et dans une tribune publiée dans Atlantico ce lundi 23 novembre.

C’est au moment même où Jean-Michel Blanquer échangeait en juillet avec plusieurs dirigeants d’Avenir Lycéen proches de la Macronie que des alertes orales et écrites ont été adressées, notamment le 25 juillet, à son délégué national pour la vie lycéenne (DNVL), bras droit politique du ministre, sur les dérapages financiers du syndicat et la mauvaise utilisation de la subvention de 65 000 euros qui lui avait été accordée (relire ici).

Comme nous l’avons révélé, les réserves de l’association, constituées à 99 % par de l’argent public, sont passées de 40 829 euros au 1er juillet 2020 à 21 965 euros à la fin du même mois. Les dépenses comprenaient des frais dans des restaurants et hôtels de luxe – que l’association s’est engagée à rembourser en partie ce dimanche 22 novembre – mais aussi l’achat de matériel informatique.

Un iPad, un iMac et un vidéoprojecteur ont notamment été achetés, neufs, pour 8 411,93 euros dans un magasin spécialisé à Lyon. L’iMac et le vidéoprojecteur sont depuis stockés chez Franck*, qui n’a aucune fonction exécutive chez Avenir Lycéen, mais nous a confirmé qu’il les a aussi utilisés occasionnellement pour le fonctionnement d’« Avenir Éducation », dont il est le président.

En-tête des statuts d’Avenir Education. © Document Mediapart
En-tête des statuts d’Avenir Education. © Document Mediapart

Depuis nos premières révélations, et la cascade de démissions qui s’est ensuivie de la part de militants ne tolérant pas les malversations, c’est aussi Franck qui a repris en main la présidence d’Avenir Lycéen, selon un document que nous avons pu consulter. Le trésorier d’Avenir Lycéen est aussi celui d’Avenir Éducation depuis sa création.

Au ministère, le DNVL a été informé des transferts de matériel informatique et a réclamé, le 27 juillet, deux jours après avoir reçu une alerte particulièrement circonstanciée par mail, à Gaëlle* de faire signer des conventions de mise à disposition, pour borner juridiquement leur utilisation. Des conventions ont bien été rédigées, mais elles n’ont pas été signées par Nicolas*, qui présidait pourtant le syndicat depuis le 27 juin 2020.

C’est aussi à cette même période que le ministère a accepté d’octroyer une nouvelle subvention de 30 000 euros à Avenir Lycéen – conformément aux vœux du syndicat. Avant de la suspendre immédiatement et de lancer une enquête administrative, dès les premières révélations de Mediapart.

Antton Rouget

https://www.mediapart.fr/journal/france/231120/scandale-du-syndicat-lyceen-les-echanges-qui-plombent-la-defense-de-jean-michel-blanquer?utm_source=20201123&utm_medium=email&utm_campaign=ALERTE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[ALERTE]-20201123&M_BT=16590131223

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Affaire Blanquer - "Si ce n’était que ça"...

22 Novembre 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Blanquer

 Affaire Blanquer - "Si ce n’était que ça"...

Avenir lycéen : pour Jean-Michel Blanquer, une affaire mineure

Après la publication de l’enquête de «Libération» démontrant que le syndicat a été créé pour servir les intérêts de la Rue de Grenelle, le ministre a balayé ces accusations dimanche soir sur RTL.

Circulez. Deux jours après la publication par Libé de l’enquête démontrant comment l’organisation Avenir lycéen avait été créée pour servir la communication du ministère, Blanquer a nié être impliqué dans cette histoire. Invité du Journal des sports de RTL dimanche soir, le ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports a assuré qu’il n’avait jamais «téléguidé» cette jeune organisation lycéenne. «Non, bien sûr que non !» a-t-il balayé en toute fin d’émission après avoir passé plus d’une demi-heure à défendre les sommes promises par le gouvernement pour aider le sport amateur en cette période de crise sanitaire. Ne refusant pas la mise en place d’une commission d’enquête, notamment réclamée par La France insoumise, le ministre a rappelé qu’il avait déjà lancé une «enquête administrative et estimé que Libération et Mediapart en font "une affaire a partir de rien", s’essayant à la formule culinaire : "Si quelqu’un regarde de près, il y a beaucoup de sauce et peu de lapin, comme on dit chez moi"».

Que dit-on au gouvernement ?

Rien. Du moins officiellement. Mais comme souvent en macronie après la mise en cause d’un ministre, on commence en off par minimiser les révélations de Libération et Mediapart. «Honnêtement, il n’y a pas grand-chose dans votre dossier», démine un conseiller. «Ce n’est pas l’affaire du siècle», ajoute un ministre. Au sein de l’exécutif, on dresse tout de même depuis quarante-huit heures un cordon sanitaire entre Blanquer, élément important du dispositif Macron depuis 2017, et son administration. Preuve qu’il faut éviter que le navire amiral prenne l’eau… «Ce n’est pas Blanquer qui a agi en direct mais je ne comprends pas ce que c’est que ce bazar», s’agace ce même ministre. «Ce sont des apprentis sorciers, abonde un conseiller. Encore faut-il établir et apporter la preuve que c’est Blanquer qui est derrière tout ça. Et, surtout, pour le moment, aucune information judiciaire n’a été ouverte. On ne refera pas l’erreur Rugy : une démission juste parce que, éthiquement, ce qu’il a pu faire n’était pas moral.» La stratégie de faire sauter un fusible semble donc privilégiée : «A la rigueur, c’est l’ex-directeur général de l’enseignement scolaire [DGesco, ndlr] qui peut être impliqué», dit-on dans un ministère.

Les dirigeants de la majorité ont une autre ligne de défense : rappeler que la politisation des mouvements lycéens n’est pas nouvelle et que d’autres, à gauche, par le passé, n’ont pas été non plus très clean. «S’il y a commission d’enquête, j’attends avec impatience qu’on cause de tous les syndicats étudiants et lycéens et de leur financement», avance un ministre. Sauf que, dans le cas d’Avenir lycéen, ce n’est pas un parti politique ou même un simple courant qui est mis en cause, mais bel et bien une partie de l’administration, donc de l’appareil d’Etat. Mise en cause sur Twitter, l’ex-ministre de l’Education nationale PS Najat Vallaud-Belkacem a démenti avoir pu utiliser les mêmes méthodes : «Qu’il me soit permis de dire que jamais il ne serait venu à mon esprit […] de traiter avec autant de mépris et de cynisme la démocratie lycéenne, les élèves concernés, les instances de concertation. Autres temps autres mœurs.»

Que réclame l’opposition ?

Des explications et une commission d’enquête. Sitôt l’article de Libération publié, les députés insoumis, rejoints par quelques communistes, ont dégainé une proposition de résolution, en construction depuis le premier papier de Mediapart sur le sujet. Les socialistes décideront mardi, en réunion de groupe, s’ils s’y associent. Les élus rappellent que, certes, Blanquer a déjà ouvert une enquête administrative, mais pointent un risque de partialité, ce travail ayant été confié «à la DGesco, le même service soupçonné par les deux journaux». «C’est la raison pour laquelle la représentation nationale doit […] faire toute la lumière sur l’activité du syndicat Avenir lycéen, ses liens avec le pouvoir exécutif et les actions de contrôle du ministère de l’Education sur ses membres et son action», écrivent les députés.

Mais cette commission d’enquête a très peu de chances d’aboutir. Les trois groupes d’opposition ont tous utilisé leur «droit de tirage» : les socialistes sur les violences policières, les insoumis sur l’indépendance de la justice et les communistes sur les conséquences de l’épidémie de Covid-19 sur la jeunesse. Or ils n’ont le droit d’utiliser cette arme de contrôle du pouvoir exécutif qu’une seule fois par session. «Et je doute que Richard Ferrand [le président de l’Assemblée] nous aide sur ce coup-là», pointe, réaliste, un député de l’opposition. Mardi, Blanquer devrait donc être sollicité, à l’Assemblée, pour les questions d’actualité. Il est déjà la cible privilégiée de Jean-Luc Mélenchon : «Blanquer est un ennemi juré de l’école publique, de l’université libre et des lycéens indépendants. Il prend sa place au Panthéon des ministres les plus détestés de la macronie», a-t-il écrit sur son blog.

Quelles réactions dans le monde éducatif ?

Dès vendredi soir, les organisations lycéennes ont crié au scandale. Sur Twitter, Mathieu Devlaminck, président de l’UNL, voit en Avenir lycéen un «instrument de Blanquer pour faire taire l’UNL, qui était opposé à ses réformes»«Si les faits révélés mettent en lumière son implication, il faut rendre l’argent et démissionner», écrit-il Même son de cloche du côté de la FIDL. Dans un communiqué, l’organisation dénonce ainsi le «dévoiement total de la cause syndicale» et «une insulte faite aux jeunes dont le ministère aurait organisé l’étouffement de la parole face à des réformes du bac et du lycée catastrophiques». Si l’UNL avait déclaré déposer plainte après les premières révélations de Mediapart, la FIDL a annoncé étudier les suites à donner. Le mouvement national lycéen (MNL) va plus loin et exige la démission de Jean-Marc Huart et Jean-Michel Blanquer. Pour ce syndicat historique, classé à gauche et qui a, par le passé, formé de nombreux cadres socialistes, leur concurrent, Avenir lycéen, n’est autre qu’un «outil de propagande», «une entreprise politique n’ayant pas hésité à manipuler certains de nos camarades lycéens […] afin de servir les intérêts du ministre». Du côté des parents d’élèves, la FCPE a rappelé que les activités militantes des élèves doivent «bénéficier d’un accompagnement sain, juste et honnête, à l’abri de toute tentative d’influence ou mainmise des institutions».

Que répond Avenir lycéen ?

D’abord par la voix de son cofondateur Nathan Monteux, président par intérim depuis les démissions en cascade : «Comme jeunes engagés, nous refusons d’être pris en otage par les opposants à la politique du ministère de l’Education nationale à des fins purement électoralistes.» Dans la foulée, et en lien «avec l’enquête administrative du ministère», leur trésorier a précisé dimanche qu’il a été demandé aux bénéficiaires des restaurants et hôtels de luxe de rembourser. Justification mais aussi attaque. Ce dernier évoque des «faux témoignages», des «mensonges» et souhaite que le ministère puisse «démentir» dans les prochains jours. Il tente maladroitement de s’expliquer dans un communiqué : «Plusieurs billets de train sont des billets de première classe. Plusieurs restaurants présentent des repas dépassant les 50 euros par personne (brasserie de luxe et hôtels 4 étoiles). Nous n’étions pas formés, nous n’avions pas les réelles valeurs des choses.» Si ce n’était que ça.

Marie Piquemal , Lilian Alemagna , Charles Delouche Bertolasi

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Ce que Najat Vallaud-Belkacem disait, faisait... A comparer avec la politique éducative actuelle... (Fin de l'état de grâce)

20 Mars 2019 , Rédigé par Najat Vallaud-Belkacem Publié dans #Education, #Politique, #Blanquer

Ce que Najat Vallaud-Belkacem disait, faisait... A comparer avec la politique éducative actuelle... (Fin de l'état de grâce)

Il semblerait que l'état de grâce dont bénéficiait le Ministre de l'Education Nationale ne soit plus qu'un souvenir.

Je n'ai personnellement jamais cru à cet état de grâce.

Il n'existait que chez les électeurs de droite (donc les macroniens), soutenus par quelques éditorialistes matinaux et/ou omniprésents sur les plateaux des talk-show, béats d'admiration pour le "Ministre le plus populaire du gouvernement".

CC

                       ________________________________________________________

C'était en octobre 2018

EXTRAITS (Le surlignage est réalisé par mes soins/CC)

Najat Vallaud-Belkacem
Paris, mai 2017.

Au moment de quitter le ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, je souhaite livrer quelques réflexions issues de mon expérience qui n’ont pas d’autre ambition que de servir, dans un état d’esprit républicain, ce que je crois être l’intérêt général dans le cadre d’une alternance démocratique qui doit marquer des changements, mais aussi une certaine forme de continuité dans les politiques publiques.

Je ne souhaite rien d’autre, en effet, que la réussite des prochains gouvernements dans les réformes qu’ils entreprendront pour faire progresser l’École de la République, assurer la réussite de tous et vaincre des inégalités qui altèrent la confiance que chacun des citoyens porte en elle.

(...)

Depuis 2012, nous avons ainsi pour la première fois depuis plus de dix ans investi massivement dans l’École pour faire de l’éducation le premier budget de la Nation, avec la création de 60 000 postes, le rétablissement de la formation des enseignants, la priorité à l’école primaire et à l’acquisition des fondamentaux, la refonte des programmes de la scolarité obligatoire, la réforme du collège, la carte des langues vivantes, la refondation de l’éducation prioritaire et la mise en place d’une politique durable pour l’école rurale, la lutte contre le décrochage, la revalorisation de l’enseignement professionnel mais aussi la refonte des cursus de l’enseignement supérieur et l’augmentation sans précédent du nombre d’étudiants boursiers qui accèdent à l’enseignement supérieur.

Qui peut aujourd’hui nier que cet effort inédit par son ampleur et son caractère global était nécessaire, et qu’il doit trouver une prolongation plutôt qu’une négation ?

(...)

Parce que nous sommes entrés dans une société de la connaissance, nous devons renforcer et systématiser les liens entre la (les) recherche(s) en éducation, d’une part, et la formation – initiale et continue – des enseignants et les pratiques pédagogiques, d’autre part. C’est le sens du travail que j’ai engagé autour d’une alliance de recherche en éducation.

(...)

Depuis 2012, la formation initiale en alternance a été rétablie et plus de 60 000 futurs professeurs sont désormais en formation chaque année dans les Espe au sein des universités, au plus près des lieux où les savoirs sont interrogés. La formation continue a été relancée en commençant par les nouveaux programmes de la scolarité obligatoire et la réforme du collège. 320 000 enseignants du 1er degré ont été formés aux nouveaux programmes ; 170 000 enseignants de collèges ont été formés aux nouveaux programmes, aux nouveaux dispositifs et aux usages pédagogiques du numérique à hauteur de cinq jours en moyenne en 2015-2016. Près de 200 M€ ont été consacrés, rien que sur l’année 2016, au financement de la transition numérique et 72 M€ à la formation continue des enseignants, soit 75 % de plus par rapport à 2012.

(...)

... Nous avons commencé à recréer les postes de remplaçants indispensables pour autoriser le départ en formation de nos enseignants avec 1 500 emplois de remplaçants supplémentaires dans le 1er degré et des centaines de nouveaux emplois dans le 2d degré.

Mais ce n’est pas tout : nous devons aussi être capables d’attirer les bons enseignants là où les apprentissages des élèves y sont plus difficiles. Avec la réforme de l’éducation prioritaire, nous avons doublé l’indemnité perçue par les personnels exerçant dans les Rep+ et augmenté de 50 % celle perçue en Rep. Ces personnels bénéficient d’un accès plus rapide à la hors-classe et sont éligibles à la nouvelle classe exceptionnelle. L’efficacité de ces mesures devra faire l’objet d’une évaluation constante afin d’en assurer le succès, mais aussi envisager et mettre en œuvre tous les dispositifs complémentaires qui s’imposeront.

(...)

L’École des savoirs fondamentaux réunit aujourd’hui l’école élémentaire et le collège. Or les tout premiers apprentissages démarrent dès l’école maternelle. C’est pourquoi, je suggère de revoir maintenant l’âge de la scolarité obligatoire en le faisant débuter à 3 ans, en amplifiant dans le même l’effort de scolarisation précoce, dès 2 ans, qui a été conduit dans les territoires les plus fragiles. C’est par un apprentissage progressif de la petite section de maternelle jusqu’à la classe de 3e, c’est par le lien pédagogique toujours renforcé entre l’école maternelle et l’école élémentaire, puis entre l’école élémentaire et le collège que tous les élèves de France parviendront à une véritable maîtrise du socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

(...)

J’ai, en particulier, la conviction qu’il faudra poursuivre le développement du dispositif Plus de maîtres que de classes au cycle 2 et l’élargir au cycle 3 : le maître surnuméraire est un appui à la différenciation pédagogique et permet notamment que les élèves en difficulté ne soient plus extraits des classes. Alors que sa mise en œuvre fait l’objet d’un consensus large dans la communauté éducative, en favorisant l’autonomie et l’accompagnement personnalisé des élèves qui en ont le plus besoin, toute remise en cause précipitée serait un grave recul.

(...)

La réflexion sur ce que doit être l’autonomie des établissements se poursuivra, mais il ne faudra pas omettre l’enjeu d’une gouvernance plus horizontale, qui fasse davantage confiance à ses professionnels, qui leur laisse prendre plus d’initiatives. J’ai ainsi engagé la simplification des tâches administratives des directeurs d’école, l’amélioration de leurs décharges et la mise à disposition d’assistants administratifs. Ces derniers sont aujourd’hui des contrats aidés. Comme nous l’avons fait pour les assistants de vie scolaire progressivement transformés en accompagnants d’élèves en situation de handicap au statut pérenne, il m’apparaîtrait très vertueux à l’avenir de procéder à cette pérennisation pour les assistants administratifs et d’éducation.

(...)

Nous avons agi partout, y compris là ou tant d’autres avaient renoncé : dans les 1 095 réseaux d’éducation prioritaire et dans les 450 lycées les plus fragiles, les moyens et le nombre d’adultes sont renforcés. Tous les territoires fragiles sont aidés : en Seine-Saint-Denis, 1 566 postes auront été créés depuis 2012. Pour les écoles de l’académie d’Aix-Marseille, nous avons créé 1 129 postes dans le 1er degré pour 11 800 élèves de plus : 1 enseignant supplémentaire pour 10 élèves de plus. Pour les écoles de l’académie de Créteil, nous avons créé 2 713 postes dans le 1er degré pour 23 168 élèves de plus : 1 enseignant supplémentaire pour 9 élèves de plus. Pour les écoles de l’académie de Lille, nous avons créé 835 postes dans les écoles alors même que le nombre d’élèves reculait de 5 200. C’est un choix clair, concret que j’ai porté : mettre plus d’enseignants, baisser le nombre d’élèves par classe dans les territoires qui le nécessitent. C’est cela l’égalité des chances en actes.

Pour les lycées et lycées professionnels relevant de l’éducation prioritaire, ainsi que pour ceux qui scolarisent les élèves les plus défavorisés, une réforme d’ampleur sera nécessaire. Elle devra à la fois être cartographique pour actualiser la liste des établissements, financière et pédagogique, avec l’élaboration d’un référentiel permettant d’atteindre les ambitions fixées à l’éducation prioritaire. Dans cette attente, j’ai mobilisé 450 ETP pour la prochaine rentrée scolaire et pris les dispositions pour sécuriser jusqu’en 2019 les indemnités des enseignants de ces lycées et leurs droits pour mutation.

Je souhaite aussi insister sur l’importance d’amplifier encore la politique de mixité sociale au collège. Voilà une politique construite à partir des acteurs de terrain, fondée sur l’autonomie, la confiance et la responsabilité. Une politique qui fait l’objet d’une évaluation et d’un accompagnement scientifiques rigoureux. Une politique qui crée des solutions à partir d’une analyse partagée des acteurs concernés, sans chercher à imposer telle ou telle modalité. À ce jour, 47 départements sont engagés au sein de 82 territoires pilotes qui concernent 249 collèges. En dépit de tous les scepticismes, la dynamique est réelle et les réussites incontestables sur le terrain. Toutefois, il faudra maintenir l’impulsion nationale et l’implication au plus haut niveau du ministère pour la prolonger.

(...)

Au-delà de l’indispensable rétablissement de l’autorité des maîtres et de la transmission des principes laïques, renforcer la pédagogie de la laïcité nécessite d’agir sur tous les leviers pour permettre à nos élèves d’être capables de penser les savoirs dans leur contexte, dans leur environnement. C’est tout l’enjeu de l’esprit critique dans un contexte où se développent le complotisme, la radicalisation, la pensée en kit. L’enjeu des prochaines années sera d’actualiser sans cesse les contenus, les dispositifs ou actions proposés, les formations en lien avec les chercheurs pour adapter nos réponses à l’évolution rapide des nouvelles pratiques des élèves.

Il est plus que jamais besoin d’outiller nos élèves dans leur construction citoyenne. Nous avons pour cela démultiplié les partenariats avec les acteurs de la citoyenneté au sens le plus large pour bâtir de véritables alliances éducatives : associations, fédérations et grands mouvements d’éducation populaire engagés sur le terrain de la citoyenneté, de l’égalité filles-garçons et de la lutte contre les discriminations, institutions mémorielles, musées, acteurs sociaux, culturels et sportifs, professionnels des médias et de l’information, et tous ceux qui avec eux ont immédiatement proposé de nous aider dans cette mission. Nous avons créé un portail de ressources sur les valeurs de la République avec le concours de chercheurs, de penseurs, de praticiens et d’intellectuels parmi les plus reconnus pour la qualité de leurs travaux et réflexions.

(...)

La politique de lutte contre le harcèlement porte ses fruits. Les élèves se sentent bien à l’École dans leur immense majorité mais ce n’est pas encore le cas d’environ 10 % d’entre eux. Un tabou a donc été brisé dans ce domaine, mais nos efforts doivent se poursuivre, chaque jour, pour que le harcèlement cesse de détruire l’enfance et l’adolescence de certains de nos élèves. Ces violences reposent sur le rejet de l’autre, sa mise à l’écart, le refus de sa singularité. Éduquer prend ici tout son sens : dans la famille, à l’École, dans les médias pour que cessent ces violences répétées, subies. De même, il faut faire cesser les cyberviolences subies quotidiennement par de nombreuses jeunes filles et jeunes femmes mais aussi combattre les haines anti-LGBT. Une prise de conscience des élèves et de notre société est urgente : l’École a tout son rôle à jouer.

Parler de bien-être, c’est parler de la santé. Le parcours éducatif de santé relève en effet de la protection, de la prévention, mais aussi de l’éducation. Le Président de la République a engagé un plan national pour le bien-être et la santé des 11-21 ans. J’estime incontournable que les mesures expérimentées dans trois académies et par trois agences régionales de santé, puissent être menées jusqu’au bout et diffusées sur l’ensemble du territoire.

Garantir le bien-être des élèves, c’est aussi le moyen de lutter contre le décrochage. Redonner, à tous ceux qui l’ont perdu, le goût d’apprendre est essentiel. Dans ce domaine, je ne crois pas à la coercition, mais à l’accompagnement grâce à des dispositifs adaptés à la vie des jeunes d’aujourd’hui, au plus près des réalités de terrain. Pour cela, l’implication des enseignants est essentielle : un vaste programme de formation a été lancé en 2016 afin de mobiliser, autour de l’objectif de la prévention, l’ensemble des personnels intervenant dans la lutte contre le décrochage scolaire (enseignants, corps d’inspection, chefs d’établissement, responsables des réseaux « formation qualification emploi » et « référents décrochage scolaire » en établissement). Il s’agit de sensibiliser les professeurs aux signes précurseurs du décrochage (absentéisme, évolution soudaine du comportement, baisse des résultats scolaires, etc.). Cette action de prévention bénéficie aussi de la création du nouveau corps unique des psychologues de l’éducation nationale dont le rôle et les actions pour prévenir les ruptures scolaires et prendre en charge les jeunes sortis sans qualification ont été inscrits récemment dans leur circulaire de mission.

Les progrès qui ont été réalisés ces dernières années sont considérables, puisque moins de 100 000 jeunes étaient en situation de décrochage scolaire à la rentrée 2016, contre 136 000 il y a cinq ans. Et nous avons renforcé l’effort pour la prochaine rentrée, notamment pour favoriser le maintien au lycée en cas d’échec au bac, pour diminuer le nombre des décrocheurs jusqu’à 80 000.

(...)

Pour créer un lien plus étroit avec les parents, nos premiers alliés pour l’éducation et la réussite des enfants, nous avons posé les bases, au nom de la coéducation, de leur association plus étroite à la vie des écoles et établissements. Le statut du parent délégué, tant attendu, a été mis en place en 2016. Il structure la participation des parents dans les instances et la vie de l’école ou de l’établissement scolaire et facilite la reconnaissance de l’engagement des parents d’élèves délégués. La création des espaces parents permet désormais la mise en place d’un dialogue plus régulier tandis qu’avec la mallette des parents ou l’expérimentation du dernier mot laissé aux parents, j’ai voulu répondre aux demandes des parents, soucieux de transparence et de dialogue, de mieux comprendre l’École dans ses attentes, comme ses décisions.

(...)

Je veux surtout lui dire à quel point le débat public sur l’éducation est piégé, et combien il est important de lui consacrer du temps, de l’énergie, de la patience et de la pédagogie pour que nos concitoyens perçoivent le sens de l’action conduite. Pour cela, il faudra affronter au quotidien, sans se désespérer ni rien mépriser, un bruit de fond fait de polémiques permanentes, de faits divers élevés au rang de généralités qui feront foi bien davantage que tous vos faits, chiffres et arguments toujours suspects de manipulation. Il faudra se battre, ligne à ligne, contre les difficultés de l’opinion, à voir et à tenir compte de ce qui réussit et qui fonctionne, ce qui constitue malgré tout la réalité d’ensemble de l’École aujourd’hui. Il faudra ne jamais renoncer à faire face aux fake news propagées par les réseaux sociaux en continu, aux procès d’intention, à la mauvaise foi caractérisée dans l’interprétation des études et enquêtes dont personne ne veut jamais comprendre qu’elles n’évaluent pas la mesure décidée en début de semaine, mais la réforme d’il y a dix ans. Tout cela ne devra pas venir à bout de vos nerfs et de votre capacité profonde à faire confiance à l’ensemble des acteurs de la communauté éducative, en dialoguant et en travaillant toujours avec elle, quelles que soient les circonstances, le contexte politique ou syndical. Affrontez tous les jours cette mer démontée du débat sur l’éducation en même temps que vous agissez car sinon, vous n’aurez plus qu’une seule chose à faire: rien. C’est arrivé à d’autres par le passé. Croyez-moi, persévérer dans l’action fera de vous un ministre de l’Éducation nationale heureux. Je vous souhaite courage, et réussite dans ce que vous entreprendrez.

Najat Vallaud-Belkacem,
Mai 2017

Commentaire

Outre l'honnêteté politique et intellectuelle remarquable contenue dans ce texte, il était essentiel de rappeler ce qui a été fait.

Najat Vallaud-Belkacem et avec elle, Vincent Peillon puis Benoit Hamon, ont porté un projet POUR l'Ecole.

Le discours politique actuel consiste trop souvent (toujours?) à laisser penser que rien n'a été réalisé avant l'élection d'Emmanuel Macron. C'est un déni du passé récent. C'est un mensonge.

L'actualité récente a entraîné, dans la précipitation, l'annonce de  mesures qui ne correspondent en aucun cas aux besoins des élèves, des enseignants, des personnels de direction, des parents. Il s'agit seulement de gesticulations politiques à destination de parents-électeurs. 

Le quinquennat précédent n'a sans doute pas TOUT réussi. Nul ne s'est jamais prévalu de la perfection. Mais chaque ministre de l'Education Nationale, entre 2012 et 2017, Najat Vallaud-Belkacem plus longtemps que ses deux collègues locataires de la Rue de Grenelle, a œuvré dans le souci de l'EDUCATION avant toute autre considération. 

Très loin heureusement des mesures strictement comptables déjà appliquées pendant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, mesures qui ont toutes démontré leur inefficacité.

Christophe Chartreux

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