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Vivement l'Ecole!

baccalaureat

Vers la disparition de l’écriture d’invention???...

10 Mars 2018 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Baccalaureat

Vers la disparition de l’écriture d’invention???...

EXTRAIT

Propositions pour sauver l’écriture littéraire au lycée

Le ministre de l’Éducation nationale envisagerait la disparition de l’écriture d’invention au baccalauréat de français, au profit de deux dissertations. Une proposition qui ne va pas sans inquiéter nombre d’enseignants de Lettres. Voici les pistes proposées par l’une d’entre eux pour améliorer l’épreuve d’écriture d’invention plutôt que la supprimer.

À l’heure où l’on critique le manque de créativité des élèves français, est-on bien sûr qu’il faille supprimer le travail sur l’écriture d’invention ? Nous nous replierions vers des formes d’écriture très académiques et franco-françaises, puisque les codes rigides de la dissertation et du commentaire n’existent pas dans les autres pays. Le fait de supprimer cet exercice risque d’avoir un gros impact sur la pédagogie du français au lycée dans son ensemble : on sait bien que si un type d’écriture n’est pas à l’examen, il risque de disparaître des pratiques de classe, les tensions liées à la préparation du baccalauréat étant très grandes. Or, nous sommes un certain nombre de professeurs à mener des projets d’écriture créatives ambitieux au lycée, qui, loin de faire sombrer nos élèves dans des abysses de médiocrité, sont à la fois stimulants, exigeants et formateurs, tout en associant l’écriture et la lecture au plaisir de l’invention.

Plutôt que d’épiloguer en regrettant les choix annoncés, j’aimerais proposer ici quelques pistes qui permettraient d’améliorer le devoir d’invention tel qu’il était pratiqué jusqu’à présent au baccalauréat.

Du sujet d’invention à l’écriture littéraire

Le sujet d’invention serait un sujet de repli pour les « mauvais élèves » qui croient pouvoir écrire n’importe quoi, au nom de cette appellation qui semble faire l’éloge de l’imagination la plus débridée, sans entraves, par rapport aux autres types de sujets réputés plus difficiles. Pourquoi ne pas changer l’expression qui désigne cet exercice ? Le renommer « écriture littéraire » serait une façon d’insister sur son sérieux et son exigence. D’autre part, il faut se demander si le fait de retirer ce qui semblait une planche de salut pour les élèves les plus faibles est un argument tout à fait recevable : allons-nous pour autant supprimer les élèves en difficulté parce que nous allons supprimer cette épreuve ?

Le sujet d’invention serait difficile à préparer car nous ne pourrions pas assez anticiper sa forme potentielle, dont les variables sont trop nombreuses pour être préparées sérieusement en classe : lettre, discours, dialogue théâtral, poème, article, éditorial, suite de texte, etc. Pourquoi ne pas orienter davantage cet exercice vers le pastiche ? Il y aurait alors une méthode à enseigner, moins aléatoire : le pastiche part du repérage de procédés d’écriture pour les reprendre. Cet exercice n’est pas forcément si difficile, ses procédés sont rationnels, et cela aurait l’avantage de réconcilier les partisans de l’exigence et ceux de la créativité, car il s’agit aussi d’un jeu avec les textes. L’autre solution serait de limiter le sujet d’invention à une seule forme, par exemple celle du discours : c’est ce que les premiers bacheliers, dans les années 1880, devaient faire dans leur composition française. Et l’on pourrait entraîner les élèves à partir de grands textes maniant l’art de l’éloquence.

Le sujet d’invention est également souvent présenté comme étant plus difficile à évaluer, car les critères relevant de l’esthétique et du sensible seraient plus subjectifs que ceux permettant d’évaluer une dissertation réussie. Parfois je m’interroge sur le fait qu’on devrait supprimer un devoir sous prétexte qu’il est inconfortable pour les enseignants – alors qu’il convient tout à fait aux élèves !

Toutefois, il est évident que les professeurs seraient plus à l’aise avec le devoir d’invention ou l’une de ses variantes, si ce type d’écriture avait été davantage expérimenté dans leur propre cursus universitaire. Pourquoi ne pas développer la formation des enseignants à ces formes d’écriture ? À l’Université, des masters d’écriture créative se développent, comme le Master Création littéraire à Paris 8, au Havre ou à Lyon 2, le Master Métiers de l’écriture et de la création littéraire à Cergy. Le modèle anglo-saxon de creative writing provoquerait-il des allergies dans le secondaire alors même que l’Université commence à l’intégrer ?

(...)

Françoise Cahen

Suite et fin à lire en cliquant ci-dessous

Exemples de projets d’écriture créative au lycée :

Le Britannicus Blog : ces « manigances tragiques » menées par deux classes de seconde ont vu le jour au lycée Charlie Chaplin de Décines-Charpieu (69) : les élèves ont inventé les « journaux extimes » des personnages de Britannicus.

le blog « i-voix » :Le travail créatif mené par les élèves de Jean-Michel Le Baut depuis des années conjugue écritures poétiques, réécritures numériques de romans, une forme d’appropriation de la littérature par les lycéen.ne.s extrêmement stimulante.

Horace Bianchon : dix classes de lycées de la région lyonnaise ont enquêté sur ce personnage récurrent de la Comédie humaine, médecin, à travers les œuvres de la fresque de Balzac : Horace Bianchon n’avait pas « son » roman, et les élèves ont réparé ce manque.

Les vraies-fausses archives de Voyage au bout de la nuit en première L.

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La réforme Macron de l’université.. Analyse/La Vie des Idées...

21 Février 2018 , Rédigé par La Vie des Idées Publié dans #Education, #Politique, #Baccalaureat, #Université

La réforme Macron de l’université.. Analyse/La Vie des Idées...

EXTRAITS

Alors que l’université accueille les enfants de la démocratisation scolaire, la réforme Macron permet aux établissements d’enseignement supérieur de sélectionner leurs étudiants. Défendant l’université comme lieu de formation et de recherches, S. Beaud et M. Millet invitent à s’interroger sur le sens de la poursuite d’études dans une société démocratique.

Au moment où commencent les choses sérieuses, à savoir la mise en place concrète de la loi ORE (Orientation et Réussite des Étudiants) qui, à travers la production par chaque formation universitaire de prérequis (appelés « attendus »), remet en cause le principe sacré de la liberté d’accès à l’université de tous les bacheliers de France et de Navarre [1], ce texte souhaite revenir sur certains enjeux de cette réforme qui semblent insuffisamment évoqués dans les débats en cours. Celle-ci est en effet historique dans la mesure où, depuis l’échec du projet Devaquet de 1986, toute idée de sélection à l’université a été exclue par les gouvernements de notre pays. Or cette loi, malgré ses précautions sémantiques, vise à faire sauter ce verrou et entrer l’université française dans une nouvelle ère.

Au delà des questions pratiques, bien sûr importantes, que pose le pilotage de cette réforme et de la situation actuelle de l’université, affaiblie par la conjonction de 10 ans de LRU, de disette budgétaire et de plusieurs décennies d’accroissement des effectifs étudiants, il apparaît essentiel de replacer au cœur des débats la réflexion sur la fonction sociale de l’université en France. Depuis 30 ans, il a été assigné à la plupart des formations universitaires (hormis le secteur de Médecine/Pharmacie, protégé par le concours de fin de première année) la fonction d’accompagner, le plus souvent avec les moyens du bord, le puissant mouvement de poursuite des études issu de ce qu’on a coutume d’appeler la « seconde explosion scolaire » [2] (Chauvel, 1998). Aussi l’université a-t-elle été avec les STS [3], de tous les segments de l’enseignement supérieur, celui qui a accueilli la plus forte proportion des « enfants de la démocratisation scolaire » (Beaud, 2002) issus de la politique des 80 % au bac décidée par J.-P. Chevènement en 1985. La loi ORE vise clairement à rompre avec cette mission. Elle donnera sans doute satisfaction à tous les partisans du tour de vis qui espèrent ainsi pouvoir choisir (enfin) leur public. Mais elle laisse en suspens, dans le flou ou le non-dit, la question - décisive à nos yeux - du sens et de la forme que doit prendre la dynamique de poursuite d’études supérieures pour les nouvelles générations de bacheliers, appelée par l’économie de connaissance qui est celle désormais des pays développés.

(...)

...  la loi ORE - tant sur sa forme, brutale, que sur le fond - procède essentiellement d’un regard d’en haut sur l’université qui est lui-même intimement lié à l’« élitisme républicain » (Baudelot, Establet, 2009) dont on peut souligner qu’il imprègne de part en part les premiers mois de la Présidence Macron. La priorité est accordée à la promotion de filières d’excellence comme fer de lance de la start up nation qui se conjugue avec l’abandon de toute conception progressiste et démocratique de l’université.

La mise en place de la loi ORE ne manquera pas, à terme, d’avoir de profonds effets structurels, déjà inscrits dans la loi LRU (2007) : une nouvelle hiérarchisation des universités et des filières, une tendance à leur polarisation, sans compter un sérieux coup de pouce pour le secteur privé du supérieur qui pourrait s’engouffrer un peu plus [14] dans les brèches ouvertes par le flou institutionnel (voir Graphique 5) et les très probables, et durables, dysfonctionnements de l’usine à gaz qui s’annonce dans ce secteur stratégique de la première année post-bac, à l’université.

Sans compter que cette réforme du premier cycle universitaire, en instaurant une sélection à l’entrée de l’université, feint de ne pas voir deux processus essentiels qui lui sont associés. D’une part, sa mise en œuvre pratique a de fortes chances de finir de détruire l’investissement dans leur métier de personnels administratifs sous-payés et d’enseignants-chercheurs soumis à rude épreuve depuis la mise en place de la LRU, devant faire face à une criante pénurie de moyens. D’autre part, cette réforme, en rompant avec la fonction sociale objectivement assignée depuis 30 ans au premier cycle universitaire - celle d’amortisseur social de la crise, de régulation de la longue transition professionnelle des bacheliers « moyens » - ne dessine aucune perspective d’avenir aux futurs refusés à l’entrée de l’université. Parce que cette réforme fait payer aux nouveaux étudiants les conséquences de politiques d’ouverture inconséquentes, jamais accompagnées ni assumées jusqu’au bout, cette politique de sélection à l’entrée dans l’université ne débouche, pour eux, sur aucun autre horizon que celui du précariat et de la galère.

Stéphane Beaud et Mathias Millet

Stéphane Beaud & Mathias Millet, « La réforme Macron de l’université », La Vie des idées , 20 février 2018. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-reforme-Macron-de-l-universite.html

A lire dans son intégralité en cliquant ci-dessous

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Baccalauréat : «Le scénario retenu n’a rien d’une réforme historique»...

15 Février 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Baccalaureat

Baccalauréat : «Le scénario retenu n’a rien d’une réforme historique»...

Pour l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, en ne prenant pas le risque d’instaurer un vrai contrôle continu, Jean-Michel Blanquer passe à côté d’une réforme d’ampleur.

Claude Lelièvre, historien de l’éducation à l’université Paris-V, replace la réforme du bac dans son contexte historique.

De quand date la dernière réforme du bac ?

Si l’on s’en tient au bac général, la grande période de turbulence, c’était sous De Gaulle. A l’époque, l’enjeu était déjà le même qu’aujourd’hui : alléger l’examen, considéré comme trop lourd et chronophage. Rappelons que de 1874 à 1959, les élèves passaient des épreuves sur chaque matière en fin d’année de première, puis les repassaient à la fin de la terminale. Avec à chaque fois, des écrits et des oraux. La question de la simplification s’est alors posée de façon encore plus drastique qu’aujourd’hui. Il a été décidé en 1959 de supprimer tous les oraux sauf en français et en langues, et, en 1969, de s’en tenir à l’épreuve de français en première. Depuis, à part quelques ajustements, comme le changement des appellations des séries en 1993, le bac n’a jamais été modifié en profondeur.

La réforme annoncée mercredi peut-elle être qualifiée d’historique ?

L’enjeu historique était de parvenir à introduire du contrôle continu, c’est-à-dire la prise en compte des notes obtenues par l’élève en première et terminale. Sur ce point, personne n’y est à ce jour arrivé.

Depuis l’origine du bac, il y a eu plusieurs tentatives de réforme : la première date de 1896, c’était une initiative d’Emile Combes. Puis il y a eu Michel Debré en 1950, Lionel Jospin en 1989, Claude Allègre en 2000, François Fillon en 2005. Aucun n’y est parvenu, tous se sont heurtés à de fortes oppositions, notamment à cause de la querelle public-privé. Car introduire le contrôle continu, c’est reconnaître que les lycées privés participent pleinement à la certification du bac. Ce n’est pas rien. Pendant longtemps, cela était inconcevable pour beaucoup. Il est très étonnant de voir qu’aujourd’hui cette question n’est même pas soulevée.

Aujourd’hui, les conditions vous semblent-elles favorables pour que cette réforme du bac passe ?

Je pense que Jean-Michel Blanquer avait la chance historique de faire une réforme d’ampleur que personne n’a réussi à faire avant lui. Il pouvait y arriver, l’opinion publique était mûre. Mais dans ses annonces aujourd’hui, il n’a en réalité pas pris le risque politique.

Le vrai enjeu, comme je l’ai dit, c’était d’introduire du contrôle continu. Il n’y a pas cinquante définitions du contrôle continu : il s’agit de prendre en compte les bulletins scolaires de première et terminale. Point. Or, dans le scénario qu’il a retenu, les bulletins ne comptent qu’à hauteur de 10% de la note finale. A côté, il crée des épreuves ponctuelles, étalées sur l’année. Ce n’est là qu’une façon déguisée de faire des épreuves terminales. Cela n’a rien d’une réforme historique et, pire, on perd l’objectif recherché de simplification : les élèves vont encore plus perdre leur temps à bachoter.

Marie Piquemal

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Baccalauréat : "Bravo l’artiste : une simplification ultra-compliquée !" - Claude Lelièvre...

14 Février 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Politique, #Baccalaureat

Baccalauréat : "Bravo l’artiste : une simplification ultra-compliquée !" - Claude Lelièvre...

EXTRAITS

Baccalauréat : " Le ministre de l'éducation nationale a manqué son rendez-vous avec l'Histoire "

Dans une tribune au « Monde », le professeur Claude Lelièvre, spécialiste de l’éducation, considère que le ministre Jean-Michel Blanquer n’a pas été jusqu’au bout de la demande de simplification demandée par le président Macron.

Tribune. Le premier choix que le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, était amené à faire était normalement de respecter l’annonce d’Emmanuel Macron lors de la dernière campagne présidentielle : quatre épreuves terminales, le reste en « contrôle continu ». Encore convient-il d’être très clair en l’occurrence.

Les tenants de ce type de proposition (ainsi que ses adversaires) ont toujours compris « contrôle continu » dans le sens qu’il a dans l’une des trois propositions faites par la mission Mathiot. C’est d’ailleurs l’un des trois scénarios qu’elle a proposés : les matières autres que celles figurant dans les épreuves terminales seraient évaluées en « contrôle continu » (c’est-à-dire avec les notes de première et de terminale).

(...)

Quasi-constante historique

(...)

On mesure ainsi à quel point Jean-Michel Blanquer a été exposé à une décision d’ordre historique. Allait-il être à la hauteur ? Allait-il réaliser ce que d’autres personnages illustres avaient envisagé mais n’avaient pas réussi à faire ? Entre autres Emile Combes en 1896, Michel Debré en 1950, Lionel Jospin en 1989, Claude Allègre en 2000 et François Fillon en 2005 ?

Eh bien non ! Le ministre de l’éducation nationale a manqué son rendez-vous avec l’Histoire en préférant ruser : 10 % de « vrai contrôle continu » (prise en compte des notes « ordinaires », comme dans les dossiers de candidatures aux formations post-bacs recherchées) ; mais 30 % de « faux contrôle continu » reposant sur des « partiels » ad hoc en première et terminale (pouvant avoir lieu en janvier et en avril pour la première, et en décembre pour la terminale).

La « simplification » demandée et proclamée par le chef de l’Etat Emmanuel Macron se solde par un étalement et une prolifération des moments possibles de « bachotage ». Bravo l’artiste : une simplification ultra-compliquée !

Claude Lelièvre

La tribune est à lire (pour abonnés) en cliquant ci-dessous

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Un "nouveau" Bac surtout symbolique...

14 Février 2018 , Rédigé par La Croix Publié dans #Education, #Baccalaureat

Un "nouveau" Bac surtout symbolique...

Bac, la question du contrôle continu s’est toujours posée

Jean-Michel Blanquer dévoile mercredi 14 février la nouvelle réforme du bac, prévue pour 2021. Importance du contrôle continu, changement des filières, grand oral… Pour Claude Lelièvre, historien spécialiste des questions d’éducation, cette réforme ne révolutionne pas l’examen.

Depuis sa création en 1808, le bac a-t-il vraiment changé ?

Claude Lelièvre : Ce qui a réellement changé, c’est le statut qu’on accorde au baccalauréat. Au départ, il constituait un examen d’entrée à l’université et non de sortie du secondaire. Ce n’étaient pas les professeurs du lycée qui interrogeaient pendant les épreuves, mais les universitaires. Pour cette raison, tout était fait à l’oral : on considérait qu’en une demi-heure, il était possible d’évaluer si un élève avait un niveau suffisant pour quitter le lycée. Dans l’Entre-Deux-Guerres, les enseignants ont pris le relais sur les universitaires, et le bac est devenu un rituel de sortie du lycée. Pourtant, juridiquement, encore aujourd’hui, le bac est un examen d’entrée en études supérieures, puisque sans lui on ne peut pas y être accepté.

Chaque proposition de réforme du bac crée des polémiques. Comment comprendre celle créée aujourd’hui par l’annonce d’une revalorisation du contrôle continu ?

C. L. : Au début du siècle déjà, on considérait que le contrôle continu avait moins de prestige que les examens finaux. Car le bac, alors appelé « brevet de bourgeoisie », était un examen réservé à une élite intellectuelle. Par la suite, les ministres de l’éducation qui se sont succédé ont envisagé de revaloriser le contrôle continu à plusieurs reprises. Émile Combe en 1896, Michel Debré en 1950, Lionel Jospin 1989, Claude Allègre en 2000 et François Fillon en 2005. Mais ça a toujours été un échec. D’abord, parce qu’au début du bac, tout le monde payait le lycée, et donc les parents d’élèves auraient pu faire pression sur les professeurs pour améliorer leurs notes en contrôle continu. Les examens finaux permettaient d’échapper à ce rapport de force qui aurait défavorisé certains élèves. Aujourd’hui, le problème de l’équité du contrôle continu se pose toujours, mais plutôt après l’examen, avec la crainte de « diplômes maison » (1).

La tendance est aujourd’hui à la « simplification » du bac. C’est une bonne idée ?

C. L. : Majorer le contrôle continu ne veut pas dire simplifier le bac, loin de là. Ce qui se passait en juin sera juste étalé sur la durée du cursus, surtout si l’on part du principe que les examens seront de véritables épreuves de bac. Concernant les filières, même si l’on passe à deux filières (L/ES et une S), il y aura vraisemblablement des majeures, des mineures et des matières supplémentaires, comme le droit ou les humanités numériques et scientifiques. Quant à la réforme phare de Jean-Michel Blanquer, le « grand oral », où l’élève devrait présenter un projet pluridisciplinaire, le terme me semble un peu pompeux. S’il ajoute du travail de préparation, nous n’allons définitivement pas vers une simplification. Sans parler de l’université qui, jusqu’à aujourd’hui, ne fonctionne pas du tout avec des examens oraux. Ce « nouveau » bac me paraît pour l’instant surtout symbolique.

Aurore Esclauze
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Au-delà du bac, les bacs... (France Inter)

12 Février 2018 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Baccalaureat

Au-delà du bac, les bacs... (France Inter)

D’abord, il y a une bonne nouvelle : il nous est annoncé que le nouveau bac coûtera moins cher. Les établissements scolaires ne consacreront plus tout le mois de juin à l’organisation des dix-quinze épreuves qui les mobilisent présentement. C’est… au mois d’avril que l’examen aura lieu, autour d’une discipline « majeure » et d’une « mineure » que chaque élève aura choisie.

Le contrôle continu pourra compter désormais pour 40% du résultat

Mais il faudra pondérer les résultats qu’afficheront les établissements. Il y a donc aussi une mauvaise nouvelle : l’harmonisation mobilisera l’administration pendant des semaines et elle coûtera cher.

« Un nouveau baccalauréat pour construire le lycée des possibles »… A cette formule, on reconnaît la poésie inimitable de l’administration de la rue de Grenelle. Mais la question est aussi de savoir quels seront les établissements d’enseignement supérieur dont l’accès sera impossible à certains bacheliers. Pour la moitié d’entre eux, ils seront titulaires d’un bac général, pour le tiers d’un bac technique, pour 20% d’un bac professionnel.

Au total, ils seront 30 ou 40 000 de plus que l’an passé. Il nous est dit qu’avec les établissements d’enseignement supérieur, ils se choisiront les uns les autres. La formule dissimule évidemment beaucoup d’inégalités. La ministre de l’enseignement supérieur observe que la vraie démocratisation, ce n’est pas de dire « Fais ce que tu veux » mais « On va t’aider à y arriver ». Ses services parlent, dans leur langage, de « remédiation, les plus anciens se souviennent de la propédeutique qui précédait l’entrée en licence. » Qu’en sera-t-il ?

Le Conseil des ministres prendra connaissance mercredi du contenu précis de la réforme

Mais le débat est appelé à s’élargir. Chaque Français, à son métier, n’en  ajoute-t-il pas au moins deux  autres ? Délégué à la sécurité routière, on l’a vu récemment à propos de la limitation de vitesse. Mais aussi ministre de l’Education nationale.

Programmation musicale : Kraftwerk "Radioactivity" 

Invité: Claude Lelièvre, historien de l'éducation

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Pierre Merle : « Les réformes du bac et de l’accès à l’université suscitent de multiples réserves »

29 Janvier 2018 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Baccalaureat

Pierre Merle : « Les réformes du bac et de l’accès à l’université suscitent de multiples réserves »

EXTRAITS

Dans une tribune au « Monde », le sociologue Pierre Merle juge que l’importance accordée aux notes et au contrôle continu pour le baccalauréat pose problème. Il estime notamment qu’il faudrait aussi tenir compte du rapport entre compétences et aptitudes des élèves à suivre avec succès un enseignement supérieur.

(...)

Des pratiques de notation différentes

Séduisantes dans leur principe, ces deux réformes (Lycée et "Parcoursup"/Note du webmaster) suscitent de multiples réserves. On se limitera à trois d’entre elles. La première tient à l’importance cardinale accordée aux notes. Au début du XXe siècle, de nombreux chercheurs ont contribué à la naissance d’une science des examens dont l’objet a été d’étudier la fiabilité statistique des évaluations scolaires. Certes, la notation permet de distinguer les bons élèves des plus faibles.

Mais, pour l’écrasante majorité des élèves « moyens », l’estimation de leurs compétences relève de la loterie en raison d’un ensemble de biais cognitifs d’évaluation, quelles que soient les qualités individuelles des correcteurs et l’existence ou non d’un barème. Plus d’une centaine de recherches ont montré l’existence d’effets de halo, effets de flou, effets de contraste, effets d’assimilation, etc. A titre d’exemple, l’ordre de correction des copies influence sensiblement les notes obtenues. Après une bonne copie, le correcteur note toujours plus sévèrement la suivante. Après une mauvaise, il se montre plus indulgent.

La faible pertinence du recours aux notes dans le futur processus de sélection tient aussi au fait que les pratiques de notation diffèrent sensiblement selon le niveau scolaire des élèves, la place des lycées dans la hiérarchie des établissements, les différences de pratiques des professeurs. Une telle sélection repose sur une hypothèse absolument non validée : l’ensemble des professeurs partagerait une échelle commune d’évaluation des compétences.

Depuis près d’un siècle, toutes les recherches démontrent le contraire. Lorsqu’une copie est évaluée par un nombre élevé de professeurs, la distribution des notes s’approche d’une moyenne. Plus étonnant encore, un professeur n’est pas fidèle à lui-même. Amené à corriger une centaine de copies dactylographiées, il ne notera pas de la même façon la même, placée en début ou en fin de paquet…

Un grand oral inéquitable

(...)

La création d’un « grand oral » est également surprenante. Depuis les années 1930, les recherches montrent une évaluation encore plus incertaine des prestations orales par rapport aux épreuves écrites. Par ailleurs, la qualité des oraux est directement liée aux compétences sociolinguistiques des élèves, à des « savoir dire » et « savoir être » en rapport direct avec leur origine sociale. Dans la prestation orale, la forme compte parfois autant, voire davantage que le contenu !

(...)

Pierre Merle est également auteur des « Pratiques d’évaluation scolaire. Historique, problèmes, perspectives », à paraître en mai 2018 chez PUF.

Tribune à lire dans son intégralité en cliquant ci-dessous

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L'école française ne prépare absolument pas à passer un grand oral au bac...

26 Janvier 2018 , Rédigé par Slate Publié dans #Education, #Baccalaureat

EXTRAIT

Une grande épreuve orale au bac n’aura de sens que si l’oral est vraiment travaillé en classe, et pas seulement en maternelle! Car réussir un oral, c’est maîtriser un savoir et savoir en parler. Cela n’a rien de naturel et doit s’apprendre à l’école.

Ça y est, on commence à savoir à quoi ressemblera le bac new look promis par Emmanuel Macron pendant la campagne et cela va au-delà de l’examen avec quatre grandes disciplines dont le président avait parlé. La réflexion menée par le ministère va prendre pour support le rapport de la mission dirigée par Pierre Mathiot (ex patron de Sciences Po Lille) rendu public cette semaine. Plusieurs nouveautés notables attirent l’attention dans ce document: le nom des séries va disparaître (détenteurs d’un bac L, ES et S des séries générales, vous allez dorénavant vous-aussi avoir un bac de vieux), le bac sera modulaire avec deux disciplines majeures et deux mineures, la place des épreuves va bouger ainsi que l’équilibre entre épreuve finale et contrôle continu…

Et, parmi ces changements majeurs, un grand oral de trente minutes qui devrait compter pour 15% de la note. Ce qui devrait modifier radicalement la préparation et le travail des élèves en vue de l’examen.

Petite histoire d'un symbole républicain

Si le baccalauréat se passe surtout et d’abord à l’écrit, dont le coefficient est plus important que l’oral, presque personne ne sait que le bac est à l’origine un examen qui se passait à l’oral, comme l’explique très bien cet article paru sur le site de France Culture il y a trois ans:

«La première session du baccalauréat, en juillet 1809, n’accueille que trente-neuf candidats, tous issus de la haute bourgeoisie. L'examen est alors quasi donné: il n’existe pas encore d’épreuve écrite, l’épreuve consiste simplement en un entretien oral.»

Mais quelques année plus tard, l'obtention du baccalauréat est jugée trop facile, notamment en raison d'entretiens uniquement oraux. 

«En 1830, la première épreuve écrite facultative est introduite, avant de devenir obligatoire en 1840. L’objectif est de rendre plus difficile l’examen, afin de faire concurrence à l’École polytechnique.»

Quoiqu’on pense de la nouvelle réforme, on pourrait dire que si l’examen est un symbole républicain, c’est un symbole plastique, maintes fois réformé dans son organisation (épreuves anticipées, place de l’oral) et dans sa diversité (création du bac pro en 1985, poids croissant des options). Sans compter de très nombreux projets de réformes non menés à terme. On peut prédire sans risque que nombre de débats vont porter sur la place des disciplines dans le cursus des lycéens. Cela a déjà commencé avec cette intéressante tribune d’enseignants de SVT dans Libération ou d’enseignants de sciences économiques et sociales dans Le Monde. Mais l’arrivée d'un grand oral (ou ce retour si l’on veut) marque un vrai tournant.

Une épreuve potentiellement discriminante

Cette épreuve qui s’inspire du «colloquio» italien, un exercice très déterminant, donnerait une place très importante aux capacités d’expression des candidats –en plus de leur travail effectif pour connaître et maîtriser les points du programme. Pour la petite histoire, l’Italie est également en train de transformer l’équivalent du bac, la maturità, pour faire régresser la place de l’oral. Il est important de s’arrêter sur la place de l’oral dans l’éducation et dans l’enseignement scolaire. L’oral en soi n’a rien d’évident (repenser à vos propres oraux si vous en avez passés devrait suffire à vous en convaincre). On sait que pour le bac il faut réviser (et même bachoter), mais pour décrocher une bonne note à l’oral, il ne suffit pas de dire ce que l’on sait…

On peut commencer par s’interroger sur les biais possibles. La façon de présenter son sujet, c’est-à-dire une certaine aisance rhétorique, compte forcément –sinon à quoi bon faire un oral? La manière de parler, et même de poser sa voix, influenceront éventuellement la notation des examinateurs. On peut même craindre que cette épreuve soit discriminante entre ceux qui «présentent bien» et ceux qui en plus d’avoir à trouver leurs mots n’auront pas ce fameux savoir-être, une attitude conforme à la norme sociale dont on pense ce qu’on veut mais qui compte dans le jugement des adultes. Est-ce que ce qui s’entend lorsque l’on parle –l’accent, l’intonation, les liaisons– pourra avoir une influence positive ou négative sur le jugement du candidat? Même chose pour tout ce que l’on voit quand on a quelqu’un en face de soit: style vestimentaire, origine, genre.

Par ailleurs le documentaire À voix haute: La Force de la parole, qui a remporté un vif succès l’année dernière, montre à quel point l’oral se travaille et combien ce travail, cette rigueur, permettent de passer d’une expression approximative chez des jeunes gens déjà étudiants à un résultat brillant.

(...)

Louise Tourret

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Rapport Mathiot : vers un lycée modulaire et à la carte?...

25 Janvier 2018 , Rédigé par VousNousIls Publié dans #Education, #Baccalaureat

Rapport Mathiot : vers un lycée modulaire et à la carte?...

EXTRAITS

Dans le rapport qu'il a remis à Jean-Michel Blanquer, l'universitaire Pierre Mathiot propose d'alléger le Bac en renforçant le contrôle continu. Mais il préconise aussi de réorganiser totalement le lycée, en le rendant à la carte.

(...)

Un lycée modulaire et la fin des séries

Concernant le “lycée des possibles” dont rêve Pierre Mathiot, le rapport propose de le réorganiser totalement et de le rendre modulaire, sur le modèle de celui existant en Grande-Bretagne. Finies les séries S, ES, L et technologiques. Le cursus serait structuré autour “d’Unités” – des “ensembles d’enseignements” proches des unités qui existent à l’université.

Le rapport préconise de créer d’abord une “unité générale”, sorte de tronc commun qui “regrouperait les enseignements  suivis  par l’ensemble  des  élèves  et  correspondant  à  ce  qui  relève  de  la culture  de  ‘l’honnête homme’” (français, langues vivantes, maths, histoire-géo, EPS). Les programmes proposés, les volumes horaires et les méthodes pédagogiques pourraient varier, mais pas les disciplines.

Ensuite, une “unité d’approfondissement et de complément” regrouperait “les enseignements disciplinaires choisis par les élèves pour construire progressivement leur projet d’études supérieures”. Ces enseignements, que les élèves choisiraient eux-mêmes et seraient libres de changer en cours de route afin de se construire un “parcours de formation personnalisé”, seraient répartis dans trois catégories : la “Majeure”, la “Mineure”, et la “Mineure optionnelle”.

Pour créer leur “Majeure”, les lycéens auraient à choisir parmi des “couples” de disciplines, qui sont pour Pierre Mathiot “complémentaires” et qui associées permettraient de “former de ‘vrais’ scientifiques, technologues, littéraires, spécialistes des sciences sociales – à travers une Majeure “sciences et ingénierie”, une Majeure “sciences et technologies” ou une Majeure “lettres-humanités-société”.

Parmi les 16 couples de disciplines au choix : maths-physique-chimie ; SVT-physique-chimie ; informatique-mathématiques ; maths-SES ; SES-histoire-géo ; littérature-art ; littérature-langues anciennes. Ces majeures seraient les mêmes dans tous les lycées de France, mais les chefs d’établissements, autonomes, seraient libres d’en créer de nouvelles.

Finalement, le rapport propose de créer une troisième unité, dite “d’accompagnement”, qui correspondrait à un temps scolaire dédié à la préparation du projet présenté lors du grand oral du Bac, au mentorat, ou au travail en petit groupe.

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Des syndicats sur leurs gardes

Du côté des syndicats, le SNES, opposé à cette réforme, note qu’en observant le fonctionnement du lycée britannique, « cas presque pur de lycée modulaire », il est facile de remarquer que « ce type d’organisation ne serait absolument pas un progrès par rapport au principe des séries. »

Ainsi, le SNES constate que « le lycée modulaire,  tel qu’il  se pratique en Grande Bretagne, est en réalité très cloisonnant, car il enferme très tôt les élèves dans une spécialisation disciplinaire précoce ». Pour le syndicat, le lycée modulaire ne changerait « rien à la hiérarchie des disciplines et séries », mais la rendrait « plus insidieuse ».

Opposé à une « structure en modules qui instaure une culture générale morcelée, compromettant le sens des apprentissages des élèves, en particulier pour les les plus fragiles », le SNES appelle à la mobilisation et à la grève les 1er et 6 février.

Le SGEN, qui prône l’instauration d’un lycée modulaire depuis presque dix ans, salue l’idée d’une Seconde répartie entre « un premier semestre d’installation » et « un second permettant des premiers choix », puis d’un « cycle terminal d’approfondissement ». Mais le syndicat trouve « très inquiétante » la définition « figée » des majeures, avec « une modularisation imposée qui créerait deux catégories de classes (scientifiques et non scientifiques) », au lieu de permettre « une spécialisation progressive ». Enfin, le SGEN constate que les élèves de la voie professionnelle « sont ignorés », les propositions pour la voie technologique et pour la voie générale étant « dissociées ».

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Derrière la réforme du bac, le lycée à la carte...

25 Janvier 2018 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Baccalaureat

Derrière la réforme du bac, le lycée à la carte...

Ces dernières semaines, toute l’attention (agitation ?) était focalisée sur les pistes de réforme du bac, dévoilées mercredi, au point parfois d’oublier de dire qu’il ne s’agit que de propositions : le ministre de l’Education, Jean Michel Blanquer, se laisse jusqu’à mi-février pour faire ses arbitrages. En réalité, ce qui se joue va bien au-delà de la réforme du bac (moins d’épreuves finales, un grand oral, et une dose de contrôle continu). Ce rapport propose une refonte totale du lycée. Le découpage en série S, L, ES et technologique vole en éclats. A la place, Pierre Mathiot, chargé par le ministre du dossier «nouveau bac», imagine un «lycée des possibles», autrement dit un lycée à la carte.

Il découpe les enseignements en trois «unités», terme emprunté à l’université. On trouverait donc «une unité générale», tronc commun de disciplines mais avec des programmes et volumes horaires différents selon les cursus. Ensuite, une unité dite «d’accompagnement», dédié à l’orientation, à la préparation du grand oral, au «mentorat», au travail en petit groupe. Enfin, une unité dite «d’approfondissement et de complément», composée d’une majeure (deux disciplines) et de deux mineures. Les élèves composeraient leur menu à leur guise, avec la possibilité d’en changer en cours de route. Les mineures seraient modifiables d’un semestre à l’autre. Quant à la majeure, l’élève pourrait changer l’une des deux disciplines en fin de première.Mathiot se dit attaché au «droit à l’hésitation».

«Pour répondre à ce défi organisationnel, le lycée doit bénéficier d’une large autonomie de fonctionnement», poursuit-il. Nous y voilà. Blanquer n’a jamais caché son appétence pour plus d’autonomie dans la gestion des établissements, avec le risque d’accroître les inégalités territoriales. Le rapport Mathiot est dans cette logique, parlant d’une «autonomie régulée». En pratique, les lycées seraient tenus (dans la mesure du possible) de proposer à leurs élèves entre 15 et 17 combinaisons de majeures «nationales» (filières générales et technologiques confondus). Mais libre ensuite aux établissements d’en inventer d’autres, à leur guise, pour améliorer leur «attractivité.»

Marie Piquemal

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