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Vivement l'Ecole!

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6 août 1945... 6 août 2022... "Tu n'as rien vu à Hiroshima" - Par Christophe Chartreux

6 Août 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire, #Art, #Photographie

Hiroshima mon amour... Et si nous n'avions rien vu à Hiroshima...

Sortait chez Gallimard, en 2009, un livre magnifique, intitulé "Tu n'as rien vu à Hiroshima", illustré de centaines de photos prises par l'actrice Emmanuelle Riva, l'héroîne du cultissime film de Resnais : "Hiroshima mon amour".

On y voit l'Hiroshima d'après la bombe, celui des années 1958-1960, ces années au cours desquelles les possibles étaient aux coins des rues, réalisables. La guerre était dans les mémoires mais l'espoir d'un futur primait, un futur à construire sur les ruines d'un passé trop lourd, à ensevelir.

Les sourires des petites filles et garçons d'Hiroshima, pris dans l'objectif d'Emmanuelle Riva, sont autant d'appels à croire que l'Histoire, même la plus tragique, tragiquement absurde, peut prendre d'autres routes, plus sereines, par la grâce de ces enfants jouant au milieu d'un terrain vague. Derrière eux, des ruines. Devant eux, le Japon tout entier, celui d'aujourd'hui, déjà. A Hiroshima, on n'a toujours vu que la bombe.

Et si l'Histoire était ailleurs?

Et si nous n'avons rien vu à Hiroshima...

Alain Resnais, lui, a vu.

"Hiroshima mon amour" est un film imprévu, inclassable, Il rompt avec tout ce qui existait avant. Il n'a jamais été imité, approché, atteint dans la rareté qui en fait la beauté unique. Lui aussi est né sur les ruines d'un cinéma dépassé. D'un cinéma atteint par les bombes d'une génération qui donnera Truffaut, Chabrol, Godard. Entre autres. Ils n'étaient pas "de leur temps"... Ils en créaient un autre.

Ce sont les hommes et les femmes qui ont le courage de rompre avec leur passé, avec leurs habitudes, qui font et sont l'avenir. Ils ne subissent pas l'Histoire. Ils l'utilisent pour écrire des histoires et les donnent à partager, les offrent à la réflexion, contribuent à d'autres "possibles", ouvrent des portes quand celles-ci, une à une, se ferment au nez de celles et ceux auxquels on a confisqué les clefs.

Il en est même qui vivent des histoires d'amour.

Hiroshima. Mon amour.

Nous sommes loin, très loin de ces petites filles et garçons d'Hiroshima, souriants et heureux, qui offrent à Emmanuelle Riva leurs visages d'enfants déjà grands…

Oui, nous n'avons rien vu à Hiroshima...

Christophe Chartreux

Tu n'as rien vu à Hiroshima de Emmanuelle Riva - Livre - Decitre

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A voir... "Les travaux et les jours" d'Anders Edström et C.W. Winter...

22 Juin 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Cinema, #Art

Sur plus de huit heures, la chronique de C.W. Winter et Anders Edström suit, au fil des saisons, le quotidien d’une communauté paysanne dans les montagnes de Kyoto. Une expérience bouleversante qui mêle fiction et réalité où transperce la permanence des choses mais aussi de leur finitude.

Le temps – étendu, dilaté, répété – est ce qui permet aux cinéastes C.W. Winter et Anders Edström de faire advenir les Travaux et les Jours. Etalée sur plus de huit heures et trois longs métrages, cette chronique de la vie d’un village des montagnes de la préfecture de Kyoto s’organise autour de cycles. Celui des jours et des nuits, des levers et des couchers, celui des repas, de la besogne quotidienne et agricole qui s’adapte au temps météorologique. On semait hier, on sème aujourd’hui, on sèmera demain. En cinq saisons et quatorze mois, le film compose le portrait d’une famille, d’une communauté, d’un territoire autour d’un village de 47 habitants de la vallée de Shiotani. Un espace à la fois hors du temps – et des cadences de la ville – et en plein dedans, puisqu’un décompte plane au-dessus de ces montagnes. A mesure que les jeunes quittent les lieux, ces espaces se dépeuplent. Condamnés par la marche de l’histoire.

Il est justement question d’histoire dans la première scène du film – bien que la période de référence semble un peu floue. Autour d’un kotatsu (ces tables basses qui servent de chauffage collectif) sur lequel s’empilent les bières, une douzaine d’hommes racontent des conneries en riant. Ils ont entre 40 et 60 ans. La nuit est déjà bien avancée. Le plus loquace explique que, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, en France, il n’y avait pas de toilettes. Les gens faisaient caca dans la rue, assure-t-il. Et c’est parce qu’il y avait de la merde partout que les Français ont inventé le talon aiguille. Pour marcher dans la fange, mais sans la toucher. Depuis l’extérieur de la maison, on entend encore les explosions de rires quand un invité remonte dans son camion et s’en va jusqu’à la maison de Tayoko Shiojiri. Avec son mari, Junji, cette vieille dame, qui résume pour nous sa journée à chaque aurore, sert de point d’ancrage à un film rythmé par ses gestes. On la regarde dans ses tâches domestiques, nettoyer l’autel familial, en rendez-vous médical, ou s’activer sur le lopin de terre où elle cultive des radis blancs.

Cohabitation du naturel et de l’artificiel

En ne se comportant pas comme les films bien élevés qui ne s’étirent pas au-delà de trois heures, les Travaux et les Jours s’affranchit de toute forme de hiérarchie. Si cette femme revient à l’écran jusqu’à ce que se forme un récit de vie, le film s’intéresse tout autant aux mues de la nature qu’aux mots de l’humain. A la parole et aux échanges, qui constituent les temps forts du film, s’ajoutent une multitude de temps «faibles». Tout sauf faibles, en réalité, encore moins «morts» puisqu’ils montrent l’étendue du vivant. C.W. Winter et Anders Edström dessinent un lieu. Regarder une journée, c’est s’attarder sur la disposition d’un quartier pavillonnaire de la vallée et voir comment le logement est rhabillé par les saisons. C’est observer comment chacun fait ses courses, mais aussi un talus pilonné par le soleil, l’écoulement de la pluie sur un bout de grillage, une fenêtre couverte d’insectes, les bâches qui couvrent les légumes. Des formes sans cesse renouvelées par l’heure, la lumière, le climat. C’est observer la cohabitation du naturel et de l’artificiel, du beau et du moche. En regardant et regardant encore, le film montre la permanence des choses et leur finitude.

Ces moments de stase, hors de l’humain et de la narration, établissent un autre type de transaction avec le spectateur. Le plein et le vide. Sauf qu’il ne faudrait pas chercher à remplir ces vides. Un couloir, la nuit, n’est pas une métaphore ou un outil surexpressif à la manière des pillow shots d’Ozu dont ces natures mortes semblent pourtant hériter. C’est un couloir vide. Passés au tamis de ce regard horizontal, à plat, les plans composent un écosystème. Une concomitance. Il faut voir et écouter. Regarder la route, les pins centenaires, mais également embrasser le chant des oiseaux, le ronflement des bagnoles ou d’une tronçonneuse. Apprécier le son mat d’un orage sur la neige comme le tac-tac régulier d’un robot ménager qui remue de la pâte à beignet. Le flish-flosh de la chaussure mouillée sur le béton comme la sérénade d’un insecte en surrégime qui éclipse le chant des grillons l’été. Le film s’entend autant qu’il s’observe. Les deux sens entrant parfois en contradiction, ou établissant des liens neufs, lorsque l’image dit une chose et que le son en dit une autre. Ainsi le récit d’une mythologie familiale (Iwo Jima, le paludisme et l’aubergine) partagé dans une voiture lancée sur l’autoroute est-il sonorisé par un chant d’hirondelles. Façon de dire que tout se déroule en même temps, tout le temps. Qu’examiner les humains ne fait pas disparaître les arbres.

Lettre d’amour posthume

Dans son extension infinie, les Travaux et les Jours habite le spectateur différemment. Invité surprise dans une famille éloignée qu’on ne se connaissait pas, on suit une discussion d’après repas. Dos à nous, un homme en pull vert raconte ses années d’étudiant. Plan fixe à la Ozu : caméra au ras du sol, avec des gens qui entrent et sortent au premier plan. Il dit sa bataille avec ses parents pour faire des études. La magie de sa découverte de Tokyo. Ses examens ratés et le futur retour au village. Il pleure, cherche des mouchoirs. On a envie de crier qu’ils sont là, sous la table. On ne sait pas qui sont ces gens, mais ils nous offrent leur intimité, leurs regrets, leurs joies.

Une précision. Que le film ne donne pas, sauf à scruter les crédits. Les Travaux et les Jours est un documentaire et aussi une fiction. Tayoko est la belle-mère d’Anders Edström et a déjà joué dans les films des deux cinéastes. Ce film-là devait être son portrait ainsi que celui de son mari Junji. Mort subitement deux semaines avant le début du tournage, l’homme est ici interprété par un ami d’enfance de la dame. Chaque reproche, chaque mot doux prononcé par elle se charge alors d’une autre portée. Lettre d’amour posthume. La maladie, l’affaiblissement et la mort traversent le film. Dès les premières minutes, Junji l’acteur regardait la vie dans un album de photos. Des paysages, des soirées mémorables, un enterrement. Probablement le sien. Les cycles de la nature se confondent avec ceux du corps. Le temps du film est du temps volé à la vie. On s’aimait hier, on s’aime aujourd’hui, on s’aimera demain.

Marius Chapuis

«Les Travaux et les Jours, parties 1, 2 et 3», d’Anders Edström et C.W. Winter, avec Tayoko Shiojiri, Hiroharu Shikata, Ryô Kase… 3h33, 2h10 et 2h28.

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Sortir... Le musée de Cluny ou la renaissance du Moyen-Âge

16 Mai 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Histoire, #Art

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Sortir... Machu Picchu et les trésors du Pérou - Cité de l'architecture et du patrimoine - Jusqu'au 4 septembre

30 Avril 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Architecture, #Art, #Histoire

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EXPO - “ENGAGÉ.E.S ! Chanter pour des idées“, à découvrir au Printemps de Bourges

28 Avril 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Musique, #Art

Cette exposition organisée dans le cadre du Printemps de Bourges est le fruit de la collaboration entre la Documentation de Radio France et la SACEM. Elle regroupe 200 pochettes d’albums, ainsi que de nombreux documents d’archives montrant la chanson "à message" française dans toutes ses formes.

Mettre son œuvre au service d’une cause politique, économique, sociale, humanitaire, écologique. Chanter, rapper pour dénoncer les abus et les injustices. Prendre position, interpeller, témoigner, alerter au moyen des mots et de la voix ; tel est le thème de l’exposition ENGAGÉ.E.S !, que la Documentation de Radio France vous invite à découvrir.

Miroirs de notre société et de ses soubresauts, nombreuses en France sont les chansons contestataires, ou chansons « engagées », qui depuis la Révolution de 1789 ont marqué de leur empreinte la mémoire collective : le Temps des cerises lors de la Commune de Paris en 1871, Le Chant des partisans, hymne de la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, Le Déserteur de Boris Vian, chanson antimilitariste publiée à la fin de la guerre d’Indochine en 1954, Le Bruit et l’odeur de Zebda, devenu l’emblème de l’antiracisme en 1995, Ma France à moi de Diam’s qui revendique, à l’aube de la Présidentielle de 2007, une France de la diversité, tolérante et métissée. Depuis 2015, de jeunes porte-paroles s’élèvent autour des questions de genre – Eddy de Pretto et l’injonction à la « virilité abusive » dans son titre Kid (2017) – et de la libération de la parole des femmes – Angèle et le mouvement #MeToo dans Balance ton quoi (2019).

Combattants d’une vie ou simplement le temps d’une chanson, les artistes manifestent leur engagement de différentes manières. Mais si l’investissement varie, les chansons, elles, restent ; leur message prend vie, touche l’auditeur et pousse à la réflexion. Comme autant de débats agitant notre société, elles contribuent, à leur échelle, à faire vivre la liberté d’expression et la démocratie.

Liberté d'opinion et censure

La partition, la pochette et l'étiquette du vinyl du « Déserteur »

La partition, la pochette et l'étiquette du vinyl du « Déserteur » © Radio France / Musée SACEM

La censure était très présente dans les années 1950. Radio France et sa discothèque abritent les archives du comité d'écoute de la radiotélévision française. Ce comité a fiché les chansons jusqu'en 1964 et en fouillant dans cette base de données, on tombe parfois sur des surprises.

La censure, Boris Vian l'a connu de son vivant. Vous avez ci-dessus l’exemplaire de l’album de Boris Vian Chansons « possibles » et « impossibles » parut en 1956. C’est le seul album de l’artiste publié de son vivant, mais la quasi-totalité des titres furent censurées dès leur sortie. On peut voir qu’ici la pochette a été annotée et raturée par le comité. Les titres des chansons interdites sont rayés, la tête de Boris Vian gribouillée et l’étiquette « interdite par le comité d’écoute » y a été aposée.

(...)

Léocadie Couturier

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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Sortir... "L'aventure Champollion" à la Bibliothèque Nationale de France...

26 Avril 2022 , Rédigé par BnF Publié dans #Histoire, #Art

Tous les renseignements en cliquant ci-dessous

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Sortir - Juifs et Musulmans, de la France coloniale à nos jours - Musée National de l'Histoire de l'immigration

6 Avril 2022 , Rédigé par Musée de l'Histoire d el'immigration Publié dans #Histoire, #Art

Les juifs dans le Coran

L’exposition Juifs et musulmans de la France coloniale à nos jours porte un regard neuf et documenté sur l’histoire des relations entre juifs et musulmans en France en révélant le rôle essentiel de la France et de l’État dans la transformation de ces relations, tant en Afrique du Nord qu’en France métropolitaine.

L’histoire des relations entre juifs et musulmans en France est mouvante, complexe et ancienne. Souvent réduite aux tensions actuelles et à l’image d’un conflit héréditaire entre deux groupes présentés comme des « frères ennemis », elle prend sa source dans l’espace colonial du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie) et se poursuit depuis les années 1960 en France métropolitaine. La France est aujourd’hui le pays qui compte les populations juives et musulmanes les plus importantes d’Europe.

L’exposition montre sur près de deux siècles comment les transformations résultant de la colonisation tendent parfois à rapprocher juifs et musulmans dans une même communauté de destins, tantôt au contraire à les séparer selon différentes lignes de fracture et à les déterminer à quitter leur terre natale. Ces départs, de gré ou de force, se font majoritairement vers la France où la vie intercommunautaire se recompose difficilement après la décolonisation. Malgré de nombreux points communs, la séparation se creuse en raison du malentendu historique sur la place de chacun dans la société française et du conflit israélo-palestinien. L’État français, par le jeu de la citoyenneté accordée ou non, par les dispositifs de reconnaissance officiels, a été partie prenante constante de cette histoire.

Réunissant plus de 100 œuvres d’art historiques et contemporaines, photographies, objets et de nombreux documents et archives, notamment audiovisuelles Juifs et musulmans de la France coloniale à nos jours explique comment et pourquoi plusieurs siècles de vie et d’histoire communes, d’imaginaire et de comportements communs se sont effacés en quelques décennies et quels possibles sont envisageables aujourd’hui, pour réinventer cette relation historique.

Le mini-site de l'exposition:

https://www.histoire-immigration.fr/juifs-et-musulmans-de-la-france-coloniale-a-nos-jours

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L’appel de 1 600 archéologues à Roselyne Bachelot : « Ne coupez pas les vivres à l’archéologie programmée ! »

20 Février 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Art, #Histoire

VIDEO. Rennes: Des archéologues débusquent des fioles de vin… et retracent  l'histoire de la mondialisation

EXTRAITS

Dans une tribune au « Monde », un collectif de chercheurs alerte sur la baisse brutale des subventions du ministère de la culture aux fouilles archéologiques. Asséchant un écosystème scientifique fragile, ces coupes pourraient conduire au déclassement de la discipline en France.

Tribune. L’archéologie est la science qui étudie les sociétés passées par le biais de leurs vestiges matériels. Avec l’histoire, elle est l’un des deux moyens fondamentaux d’acquérir des connaissances sur ces sociétés, et même le seul pour les – nombreux – peuples passés sans écriture. Elle permet d’appréhender les évolutions qui ont construit le monde actuel et sa genèse dans un temps long.

Encore visibles à la surface, enfouis dans le sol ou conservés sous l’eau, les vestiges archéologiques sont retrouvés et étudiés lors de campagnes de fouilles conduites par des chercheurs qualifiés, aux compétences reconnues, et dont tous les travaux sont contrôlés et validés par leurs pairs. Loin de l’image romanesque ou aventurière véhiculée par les fictions, l’archéologue est un scientifique, en général titulaire d’un master, souvent d’un doctorat, qui coordonne une équipe de recherche interdisciplinaire, multi-institutionnelle, souvent internationale.

En France, cette recherche est organisée en deux systèmes principaux, indissociables et complémentaires. L’archéologie préventive œuvre en amont des opérations d’aménagement du territoire, toute intervention sur le sol national étant susceptible d’entraîner la destruction des vestiges. Elle dispose de ses propres sources de financement. L’archéologie programmée rassemble des opérations réalisées à l’initiative d’équipes de recherche, en fonction de problématiques scientifiques précises, sur des sites non ou peu menacés, souvent dans des zones géographiques peu concernées par les opérations d’aménagement.

Fouilleurs bénévoles

Les opérations programmées sont majoritairement financées par le ministère de la culture, sous forme de subventions annuelles. Celles-ci restent modestes, et il n’est pas rare que la fouille d’un site s’étale alors sur une dizaine d’années ou plus. Bien que ne représentant qu’une part infime du budget du ministère, de l’ordre de 0,4 %, ce système de financement public national, rare à l’échelle mondiale et envié par beaucoup de nos collègues étrangers, permet d’organiser chaque année plusieurs centaines de chantiers qui produisent des connaissances inédites, de la préhistoire ancienne à l’époque moderne.

C’est donc avec surprise et consternation que nous avons appris que des baisses draconiennes de ces subventions allaient être appliquées dès cette année, de l’ordre de − 25 % à − 50 %, selon les régions, alors que dans le même temps le ministère annonce une hausse de 7,5 % de son budget global.

(...)

Cette décision est d’autant plus incompréhensible dans un contexte préélectoral où l’instrumentalisation et la manipulation politique de l’histoire atteignent des sommets rarement égalés jusqu’ici. Couper les vivres à ceux qui font du passé un objet d’étude scientifique, laisser donc le champ un peu plus libre aux imposteurs et aux falsificateurs, ne peut être un choix anodin.

Cela va également mettre en péril la formation des étudiants en archéologie, qui constituent l’essentiel des équipes de fouille et acquièrent là une part fondamentale de leurs compétences. En effet, si l’université dispense un savoir théorique essentiel, il est crucial que les étudiants soient aussi formés le mieux possible aux méthodes de terrain ; et c’est un domaine dans lequel la France fait partie des références mondiales, comme en témoigne le nombre d’étudiants d’universités étrangères régulièrement accueillis sur nos chantiers. Porter atteinte à cette activité, c’est préparer le déclassement de l’archéologie française.

(...)

A tous ces points de vue, une telle baisse du soutien du ministère de la culture aux fouilles archéologiques programmées est inacceptable et constituerait une très grave faute scientifique et patrimoniale. Nous vous demandons, madame la Ministre, de revenir sur cette décision que nous ne pouvons voir que comme inconsidérée et de rétablir le financement public de l’archéologie programmée à une hauteur au moins égale à ce qu’il était jusqu’à récemment, et n’aurait pas dû cesser d’être.

Thomas Perrin, directeur de recherche au CNRS, laboratoire TRACES, Toulouse (Haute-Garonne) ; Jean-Marc Pétillon, chargé de recherche au CNRS, laboratoire TRACES, Toulouse ; Ludovic Mevel, chargé de recherche au CNRS, laboratoire TEMPS, Nanterre (Hauts-de-Seine)

 

Voir la liste complète des signataires ici

L’appel de 1 600 archéologues à Roselyne Bachelot : « Ne coupez pas les vivres à l’archéologie programmée ! » (lemonde.fr)

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Comédie-Française : lancement des visioconférences pour les enseignants « Lire Molière aujourd’hui »

18 Février 2022 , Rédigé par Comédie Française Publié dans #Education, #Art

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"... l’évolution des méthodes d’apprentissage de l’art (...) Loin du moule contraignant de l’éducation classique.

18 Février 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Art

L'Art d'apprendre | Museums-PASS-Musées

Ecole buissonnière

A Metz, apprendre l’art du large

Au centre Pompidou-Metz, une exposition questionne l’évolution des méthodes d’apprentissage de l’art et explore les fertiles années 60 et 70 durant lesquelles un esprit libertaire et novateur animait les écoles. Loin du moule contraignant de l’éducation classique.

De loin en loin, sur les cimaises du centre Pompidou-Metz, s’affichent des images bigarrées où des gens, de tous âges, tirent tous ensemble et chacun de leur côté sur des filets élastiques, déambulent dans les rues, la tête coiffée d’un fatras de bouts de tissus, de lettres et de biscuits, se déguisent en sorcières ou construisent des cabanes avec des palettes de chantier et des bouts de ferrailles. L’extravagance bon enfant qui règne dans ces ateliers de création mis en place par des artistes reflète bien l’esprit libertaire et novateur que veut réanimer l’Art d’apprendre : celui qui souffla fort dans les écoles (d’art mais pas seulement) autour des années 60-70.

En Allemagne, en France, en Belgique, au Brésil, aux Etats-Unis, des artistes prennent l’initiative de casser le moule de l’éducation stricte et mortifère qui est dispensée à des élèves qu’on veut sages et immobiles. La révolution des apprentissages passe ainsi d’abord par la libération des corps et des mouvements du carcan du pupitre, représenté dans l’installation d’Eva Koťátková, sous forme d’une espèce de petit musée des tortures pédagogiques avec des gravures de têtes maintenues hautes et droites par des corsets, des dos redressés par des prothèses, et la panoplie de la raideur géométrique (équerre, triangle…). A laquelle s’opposent les lignes continues mais biscornues et tremblotantes tracées sur les murs d’une des premières salles de l’exposition.

Se relayant jour et nuit

Pour les tracer, les étudiants de l’Ecole d’art de Metz ont mis leurs pinceaux dans ceux de leurs aînés de l’Ecole de Hambourg qui, en 1959, ont appliqué le programme débridé que leur proposa le poète Bazon Brock et l’artiste Hundertwasser : peindre ensemble, en se relayant jour et nuit, une ligne qui serpente du sol au plafond de la salle 213 de leur institution pour filer ensuite à travers toute la ville. Elle n’ira pas si loin. Symbole d’un enseignement qui prend la tangente, mise en œuvre aussi d’«une lenteur méditative» qui tient du rituel initiatique collectif, la ligne sera interrompue nette par la direction de l’Ecole tandis que ses initiateurs prendront la porte.

Tout comme Joseph Beuys, viré des Beaux-arts de Düsseldorf pour avoir accepté sans sélection aucune tous les étudiants et étudiantes dans son atelier. Une vidéo le montre d’ailleurs installé devant l’une d’elles, perplexe et dubitative, face au maître qui tente de lui faire comprendre qu’il n’en est pas un, qu’il n’a rien à lui enseigner, rien qu’elle n’ait besoin de savoir ni de savoir-faire, que de se lancer, intuitivement, qu’il n’en sait au fond pas plus qu’elle.

«Ni élève ni maître»

La mise à plat, à bas, de la verticalité de l’enseignement, fut un des aiguillons de ces années-là. Robert Filliou, qui publia en 1970 une somme collaborative, intitulée Enseigner et apprendre, arts vivants résumait ainsi le programme : «Echange insouciant d’information et d’expérience. Ni élève ni maître. Parfaite licence, parfois parler, parfois se taire». Plutôt que de dispenser des leçons, les formations proposées par les artistes consistent alors à établir des listes de questions. Sans réponse. A commencer par celle que peint Lea Lublin, en 1974, sur une toile si interminable qu’elle en traîne au sol : «L’art est-il une illusion ? L’art est-il une sensation ? L’art est-il une marchandise ?…»

Non loin, l’exposition déroule une centaine d’autres interrogations scrupuleusement écrites à la main par Jef Geys, sur une feuille de papier kraft longue de six mètres que l’artiste et enseignant en primaire, dans la petite ville belge de Balen, avait accroché au fond de sa classe, où ses jeunes élèves eurent droit non seulement d’expérimenter ses Boîtes de jeux sensoriels dont un exemplaire ouvre l’exposition, mais aussi d’accueillir dans leur classe des œuvres d’artistes contemporains tels que Buren ou Broodthaers.

Comme elles s’en fichent

Ce qui frappe dans l’expo, c’est aussi la géographie de ces formations buissonnières : elles naissent souvent dans des coins paumés, à la faveur d’initiatives isolées. Comme s’il avait fallu passer par la périphérie pour avoir un peu de latitude pédagogique. L’éphémère université de Vincennes, accessible aux non-bacheliers et le premier département d’arts plastiques qu’elle abrite, trouvent ainsi leur place avec les affiches sérigraphiées qui défendent d’autres causes que celles de la condition étudiante. Les artistes, ou apprentis artistes, font passer le mot de l’agitation à laquelle ils ont été formés. Si l’art a bouleversé la hiérarchie instituée naguère entre le maître et l’élève, il doit contribuer à répandre la bonne nouvelle.

Et se mettre aux nouvelles technologies. C’est l’une des sections les plus captivantes de l’exposition. Comment ces artistes qui ne veulent plus rien savoir, se saisissent-ils, dans les années 70, de la caméra accessible au commun des mortels ? Cinq lycéennes, dans la fleur de l’âge, gloussent et s’expriment fort intelligemment sur leur avenir, celui que leur réserve le conseil de classe et la conseillère d’orientation. Ce sera broderie, couture ou aide maternelle. Face caméra, dans un jardin public, à la nuit tombée, leur gouaille et leur attitude, crânement nonchalante, disent, à l’écran, comme elles s’en fichent, qu’elles savent qu’on ne leur a guère laissé leur chance. En filmant ces mômes d’un collège d’enseignement technique de Vaux-le-Pénil, un village près de Melun, en 1972, Liliane Terrier, (leur prof de français) et Jean-Louis Boissier (prof à Vincennes, à l’époque) appliquent les leçons (de bon sens) mises en œuvre par Beuys ou Broodthaers : laisser parler l’élève, le laisser prendre tout le cadre. Le centre Pompidou-Metz ne pouvait guère faire autrement que d’appliquer à lui-même et à son exposition cette obligation. L’art d’apprendre se finit donc par «une salle de classe expérimentale» aménagée par le studio de design de Stéphanie Marin et où les enfants de quelques écoles de Metz, assis, debout, assis sur des chaises qui leur permettent de rebondir, feront ce qu’ils peuvent et veulent, accomplissant, peut-être sans le savoir, cet idéal pédagogique fixé par Filliou : «Ce que la vie signifie pour l’homme est l’opportunité (et l’obligation) de se créer soi-même.» Sans avoir besoin de personne ?

Judicaël Lavrador

«L’Art d’apprendre, une école des créateurs», au centre Pompidou Metz, à Metz (57) jusqu’au 29 août.

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