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Vivement l'Ecole!

Articles récents

Si les robots remplacent les humains, pourquoi l'école leur apprend-elle à se comporter comme des machines?...

17 Février 2017 , Rédigé par Slate Publié dans #Education

Résultat de recherche d'images pour "contresens"

Notre approche de l’éducation est peut-être devenue un contresens.

«A l’ère des robots, les écoles apprennent aux enfants à être obsolètes». Le titre de cette tribune publiée dans le Guardian résume le propos de son auteur, George Monbiot. Que l’école –en l’occurrence britannique, mais le même constat pourrait être fait pour la France– soit centrée sur le bachotage et une organisation plutôt disciplinaire n’est pas un constat très nouveau. En revanche, souligne l’auteur, cette approche de l’éducation est devenue un contresens, alors qu’on ne parle que du remplacement de l’humain par les machines, les algorithmes et l’intelligence artificielle pour effectuer de plus en plus de tâches cognitives.

«A l’avenir, si vous voulez trouver un boulot, vous devez ressembler le moins possible à une machine: être créatif, avoir une distance critique et des compétences relationnelles. Alors pourquoi apprend-on aux enfants à se comporter comme des machines?»

Pour l’auteur, le succès dans la vie adulte passe par la collaboration. «Alors pourquoi collaborer lors des tests et des examens est-il considéré comme de la triche?» Et plutôt que d’encourager créativité, expression de la personnalité et inspiration pour donner envie d'apprendre, pourquoi l'école ressemble-t-elle à une entreprise organisée sur le principe du micro-management? On rétorquera peut-être à l'auteur que son approche de la scolarité au XXIe siècle pêche par utopie, cependant le coeur de son argumentation consiste à rappeler que l'école telle qu'elle existe a été pensée pour la force de travail de l'ère industrielle, supposant obéissance, conformisme et peur de la sanction. Or, la productivité suppose actuellement d'autres dispositions sociales et psychologiques, et il est surprenant qu'une école qu'on attend en phase avec la société et le marché du travail ne prenne pas cet argument au sérieux.

Jean-Laurent Cassely

A noter

La refondation du collège et toutes les réformes mises en place pendant le quinquennat 2012-2017 vont dans le (bon) sens indiqué ci-dessus:

encourager la créativité;

exprimer sa personnalité;

inspirer pour donner envie d'apprendre.

Christophe Chartreux

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Comment les dérives des hommes politiques imprègnent mes élèves...

17 Février 2017 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Education

L'actualité sape bien trop souvent mon propos car mes élèves, très observateurs, ne sont pas idiots.

Les dérives de nos hommes politiques me créent des difficultés, et c'est un comble. Lorsque je sermonne mes élèves qui arrivent en retard le matin au lycée et qui ne travaillent pas assez, je me sens mal. L'actualité sape bien trop souvent mon propos car mes élèves, très observateurs, ne sont pas idiots.

Mais le problème n'est pas là où l'on pense. Et il est plus grave qu'on imagine.

Si mes élèves trouvaient pénible d'être obligés de travailler en cours alors que des gens sont payés à ne rien faire, je pourrais me contenter d'expliquer que certains adultes, en principe irréprochables, donnent le mauvais exemple. J'essayerais de trouver les mots. De faire avec. Je me débrouillerais toujours... Hélas, le problème est plus compliqué: beaucoup de mes élèves, au lieu d'être scandalisés par des attitudes révoltantes, sont totalement admiratifs. Sous le charme. Ceux-là ont trouvé leur leader: le plus futé, le plus rusé, c'est qui?

- Ben lui, là... Le premier ministre... Il est trop fort!

Que dire?

Heureusement, il y a quelques jours, la lucidité d'Abdel m'a aidé à revenir sur terre:

- Oh, les gars, arrêtez, c'est pas normal, quand même!

Ouf.

Lueur d'espoir.

Mais parfois, c'est sans issue: le prof, il est bien gentil avec ses consignes et ses règles mais, comme dit Irchad: "Il est pas à jour".

(...)

Dominique Resch Prof dans les quartiers nord de Marseille, écrivain

Le billet complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Michel Lussault : "Je plaide pour une licence aux deux premières années très générales"...

17 Février 2017 , Rédigé par EducPros.fr Publié dans #Education, #Université

Résultat de recherche d'images pour "université"

Un enseignement moins spécialisé dans le secondaire, une licence universitaire ouverte à tous avec deux premières années non disciplinaires… Michel Lussault, ancien président d'université, aujourd'hui président du Conseil supérieur des programmes, donne à EducPros sa vision du bac - 3/bac + 3.

Dans une interview à EducPros, Thierry Mandon a annoncé vouloir "supprimer le tirage au sort à l'université". Que pensez-vous de ce mode de sélection ?

Ce système est profondément insatisfaisant. Le tirage au sort est le symptôme le plus visible du dérèglement du système d'orientation et d'une crise qui dure depuis plus d'une décennie.

Ce qui amène au tirage au sort est en fait le résultat d'événements qui se déroulent dès la seconde, où les premiers processus de sélection, que l'on appelle orientation, se mettent en place. La centrifugeuse Éducation nationale fonctionne à plein, entre ceux appelés à choisir les meilleurs cursus et les autres. Ce qui conduit, par exemple, les meilleurs élèves à aller en filière scientifique, même s'ils n'ont aucune appétence pour les sciences.

Nous n'avons pas totalement digéré les conséquences de la démocratisation de l’éducation et ne savons pas quoi faire d'un système qui accueille un maximum de personnes d'origines diverses. Nous sommes encore dans le palliatif. Depuis que je suis universitaire, j'ai toujours vécu les soins palliatifs… Nous ne parvenons pas à tirer profit de la mise en place du système LMD (licence, master, doctorat). Le continuum bac – 3/bac + 3 reste un slogan, alors que cela pourrait être mobilisateur.

Que proposez-vous alors pour réduire l'échec en première année de licence ?

Tout d'abord, ce constat doit être relativisé. On considère l'échec simplement sous le prisme des chiffres et non sous celui des flux. Si certains étudiants échouent en première année de licence, c'est aussi pour se réorienter dans une filière où ils réussiront.

Lorsque j'étais président d'université, j'ai toujours dit que j'étais partisan d'une restructuration totale de la licence. Tous les élèves de France doivent pouvoir suivre une formation de haut niveau, avec, pourquoi pas, un système de majeure et de mineure, comme la réforme Bayrou le proposait, ce qui n'avait pas que des mauvais côtés. Un maximum de bacheliers doit poursuivre ses études pour gagner en compétence, même si, pour moi, le BTS doit rester la voie naturelle pour les bacheliers professionnels.

C'est pourquoi je plaide en faveur d'une licence généraliste où les deux premières années ne seraient pas disciplinaires. Nous devons avoir le courage, comme le propose d'ailleurs, à l'origine, le LMD, de mettre en place deux premières années très générales, avec de la modularité, de l'interdisciplinarité, une plus grande proximité avec les enseignants, de l'auto-évaluation des étudiants…

"Un maximum de bacheliers doit poursuivre ses études pour gagner en compétence."

Cela pourrait passer par une refondation des universités sous la forme des "colleges" anglo-saxons, qui compteraient cinq grandes familles de premier cycle universitaire : la santé, les sciences humaines et sociales, la technologie, les sciences et droit-économie-gestion. Des passerelles seraient possibles et, ensuite, les étudiants enchaîneraient avec une "graduate school".

Aujourd'hui, nous sommes dans la caricature : d'un côté, on souhaite que l'on n'oppose rien aux étudiants ; de l'autre on veut absolument mettre en adéquation l'université avec le marché de l'emploi. Or, l'université est d'abord un endroit où l'on se forme !

Les programmes et méthodes pédagogiques du lycée et de l'université doivent-ils se rapprocher, afin de faciliter la transition ?

Je n'y suis pas favorable. L'intérêt du supérieur est de changer de registre. Les universités doivent être des lieux où l'on redécouvre des savoirs. C'est pour cela, mais pas uniquement bien entendu, que je suis opposé aux classes préparatoires : les élèves doivent sortir du lycée.

(...)

Suite et fin à retrouver en cliquant ci-dessous

Propos recueillis par Erwin Canard

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Montée des intégrismes en milieu scolaire?... Mr Fillon savait tout en 2004 et n'a rien fait... Les preuves...

17 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Fillon

"Les contestations politico-religieuses"

Un grand nombre d’élèves d’origine maghrébine, Français voire de parents français, la majorité sans doute dans certains établissements, se vivent comme étrangers à la communauté nationale, opposant à tout propos deux catégories : « les Français » et « nous ». Se revendiquant hier, lorsqu’on les interrogeait, d’une identité « arabe », d’ailleurs problématique pour des maghrébins, ils se revendiquent de plus en plus souvent aujourd’hui d’une identité « musulmane ». Un endoctrinement qui peut commencer dès l’école primaire, comme en témoignent certains instituteurs. Beaucoup de collégiens, interrogés sur leur nationalité, répondent de nos jours « musulmane ». Si on les informe qu’ils sont Français, comme dans ce collège de la banlieue parisienne, ils répliquent que c’est impossible puisqu’ils sont musulmans !

L’identité collective, qui se référait souvent hier chez les élèves à une communauté d’origine, réelle ou imaginaire, et qui avait fait parler à certains sociologues de « l’ethnicisation » des rapports entre les jeunes, semble se transformer de nos jours en un sentiment d’appartenance assez partagé à une « nation musulmane  », universelle, distincte et opposée à la nation française. Ses héros sont à la fois les adolescents palestiniens qui affrontent à mains nues les blindés israéliens, et dont les images des corps ensanglantés passent en boucle sur les chaînes satellitaires des pays arabes, et les chefs « djihadistes » responsables des attentats de New York et de Madrid. De nombreux témoignages, comme celui de ce principal du collège d’une sous préfecture d’un département rural, racontant ce car scolaire acclamant Ben Laden en arrivant devant son établissement, semblent montrer que de plus en plus d’élèves vibrent à l’unisson de « la massification du soutien à Al-Qaïda » révélée par les sondages d’opinion dans le monde arabe.

Il est particulièrement significatif de constater à cet égard que dans la plupart des établissements visités, les instants de recueillement national organisés à la suite de ces événements tragiques ont été contestés ou perturbés de l’intérieur, parfois de l’extérieur, ou bien n’ont pu avoir lieu, ou encore ont été détournés de leur objet officiel par des chefs d’établissement soucieux qu’ils puissent se dérouler dans le calme (par exemple en invitant les élèves à se recueillir sur « tous les morts de toutes les guerres ».) Comme dans la plupart des pays musulmans, Oussama Ben Laden est en train de devenir, chez les jeunes de nos « quartiers d’exil », et donc pour une part notable de nos élèves, qui craint d’ailleurs de moins en moins de l’exprimer, la figure emblématique d’un Islam conquérant, assurant la revanche symbolique des laissés-pour-compte du développement en rejetant en bloc les valeurs de notre civilisation. C’est sans doute là, et de loin, l’aspect de nos observations le plus inquiétant pour l’avenir."
                                           __________________________
 
Vous pensez peut-être que ces lignes ont été écrites très récemment...

Pas du tout  !

Elles sont extraites du rapport de Jean-Pierre Obin et ont été rédigées en juin 2004.

Ce rapport fut remis à François Fillon, à l'époque Ministre de l'Education Nationale.

Ce dernier prit soin de le ranger très soigneusement dans un tiroir. Suivi en cela par ses successeurs de droite qui "oublièrent" d'ouvrir ce tiroir. C'est bien dommage...

Comparons avec 2012-2017:

La ministre de l'Éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem a présenté onze mesures symboles de la grande mobilisation de l'école:

Laïcité, transmission des valeurs républicaines, citoyenneté, culture de l'engagement, lutte contre les inégalités, mixités sociales, mobilisation de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, ont été au centre des priorités.

Ces mesures sont aujourd'hui au coeur des programmes scolaires, notamment en Enseignement Moral et Civique (EMC), mais pas seulement.

Le rapport complet de Jean-Pierre Obin est lisible en cliquant sur le lien ci-dessous

“Les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires”

Christophe Chartreux

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Elysée 2017... Trou d'air et "résignation version rose"...

17 Février 2017 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Education

Se résigner à Emmanuel Macron, «c’est "La La Land"»

Trou d’air. Prise en otage chaque semaine par les révélations du Canard enchaîné - on ne l’en blâme pas -, la campagne s’installe sur un faux plat où l’on ne parle plus que d’affaires, de morale et de droit. La faute à une droite républicaine qui, après avoir convoqué 4 millions d’électeurs à la primaire pour plébisciter une candidature qui lui semblait éthique, fait le dos rond en attendant que le mauvais temps passe. Il ne peut y avoir aveu plus cruel de sa déconnexion vis-à-vis d’une société qui n’accepte pas d’être convoquée à l’effort par des puissants qui ne reculent devant aucun confort pour eux-mêmes.

Trou d’air encore : l’assoupissement qui gagne. La preuve ? L’incroyable émission télévisée avec Marine Le Pen. Hormis deux trop brefs moments de contestation de ses propos par une chef d’entreprise et par Najat Vallaud Belkacem qui auront permis de mesurer le vide de ses propositions, la soirée de la dirigeante d’extrême droite aura été de tout repos. Sept millions de chômeurs, selon elle ? Personne pour lui rappeler la statistique. Les détournements à grande échelle de fonds européens pour financer son parti ? Un complot de l’Europe ! Là encore, mutisme général. Dans la même émission, elle affirme que l’euro est trop fort puis qu’il aurait beaucoup baissé ? Pas de problème. Elle peut tout dire et son contraire, l’anesthésie a imposé sa loi.

Jusqu’à faire gober à des téléspectateurs hébétés la présence du théoricien de la droite extrême Patrick Buisson comme contradicteur surprise : plus c’est gros plus ça passe. Entre vices publics affichés et passivité face à l’odieux qui vient, la France hésite. Elle peut s’abandonner à la résignation version brune, s’enfermer entre soi, se convaincre qu’on était mieux avant et croire que la marche arrière est possible dans la vie des peuples.

Résignation version rose qui reste de l’abandon : se livrer pieds et cerveaux liés aux bonimenteurs et hommes providentiels en tout genre, qui plus est quand ils apparaissent sympathiques : c’est La La Land au pays du président. Elle peut aussi faire le choix de faire face. Chaque jour, des millions de Français le font à leur façon, dans leur ferme, leur association, leur métier, leurs études, leur vie. Créer, agir, vouloir, espérer, raisonner : valeurs d’avenir. On a retrouvé l’écho de cette France-là dans la primaire de la gauche de gouvernement, dans l’espoir qui s’y est réveillé. Elle s’était déjà mobilisée dans le quinquennat, face aux adversités qui n’ont pas manqué. Prendre appui sur elle, rassembler : allez Benoît, il faut y aller maintenant.

Thierry Mandon, Secrétaire d'Etat à l'enseignement supérieur

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« Le socle idéologique du FN repose sur la purification du corps social de tout élément étranger » Par Cécile Alduy...

16 Février 2017 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Politique, #FN

EXTRAITS

Pour Cécile Alduy, professeure à l’université Stanford, le cœur du projet de Marine Le Pen repose sur l’homogénéisation et la purification du corps social de tout élément « étranger ».

« Réunir les Français de droite et de gauche, de Mayotte à l’Ardèche, du berceau à la canne, de l’usine au bureau. » C’est par cette formule œcuménique que Marine Le Pen a présenté son programme de gouvernement, début février à Lyon.

« De droite et de gauche », c’est effectivement l’impression que donne au premier abord le catalogue des 144 engagements publiés dans la foulée, tant il pioche ses propositions de part et d’autre des lignes de clivage traditionnelles.

Dans ce patchwork hétéroclite se côtoient dans un méli-mélo calculé mesures estampillées « de gauche » – retraite à 60 ans, maintien des 35 heures, retrait de la loi El Khomri, droits des femmes, défense de la Sécurité sociale, revalorisation des petites retraites, du point d’indice pour les fonctionnaires – et promesses « de droite » – défiscalisation des heures supplémentaires, allégement de charges sociales, exonérations fiscales sur la transmission du patrimoine, taux d’impôt sur les sociétés réduit, abrogation du mariage pour tous, autorité du maître, etc.

(...)

L’extrême droite, comme tradition politique qui puise ses racines idéolo­giques dans le national-populisme des années 1880 et le nationalisme intégral maurrassien, n’est pas une droite qui serait simplement « extrême ». C’est une pensée originale de l’homme et de la société qui place au-dessus de tout l’unité, la pureté du groupe et un ordre social et moral autant conservateur qu’autoritaire.

Cette philosophie conceptualise la nation comme une entité charnelle et spirituelle, un corps politique organique fondé sur les liens du sang et les « solidarités naturelles » (famille, village, nation). Ce positionnement, de Déroulède à Boulanger, Maurras puis Jean-Marie Le Pen, a toujours été à la fois conservateur, voire réactionnaire sur l’identité nationale et les valeurs morales (ordre, autorité, travail, propriété), et dans le même temps étatique et populiste.

L’unité du « moi » national suppose en effet de ­résorber les fractures sociales à coups de compensations corporatistes ciblées ; le patriotisme d’embrigader toutes les classes sociales dans un projet trans­partisan et de désarmer les révoltes populaires – d’où la proposition du Front national de supprimer les syndicats.

(...)

La première phrase du programme donne le ton : « Remettre la France en ordre. » L’objectif est de « défendre l’unité de la France et son identité nationale ». Une unité et une identité qui se traduisent par un idéal de pureté ethnique autant que culturelle.

(...)

Cécile Alduy

Cécile Alduy est l’auteure de Ce qu’ils disent vraiment. Les politiques pris aux mots (Seuil, 400 pages, 21 euros) sur le discours des présidentiables, et de Marine Le Pen prise aux mots. Décryptage du nouveau discours frontiste (Seuil, 2015).

La totalité de la chronique de Cécile Alduy est à retrouver en cliquant ci-dessous (pour abonnés)

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Vivaldi... Cécilia Bartoli... Exceptionnelle!...

16 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Raphaël Enthoven parle de Camus et de Noces...

16 Février 2017 , Rédigé par YouTube Publié dans #Education, #Philosophie

Où l'on entend, où l'on comprend, que Noces est bien autre chose, en tout cas bien davantage, qu'une oeuvre seulement réduite à la sensualité...

Affirmer que Noces est un "chemin" menant de la sensualité à l'intellect, c'est trahir Camus...

CC

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Coup de coeur... Albert Camus...

16 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

« Des millions d'yeux, je le savais, ont contemplé ce paysage, et pour moi il était comme le premier sourire du ciel. Il me mettait hors de moi au sens profond du terme, il m'assurait que sans mon amour et ce beau cri de pierre, tout était inutile. Le monde est beau, et hors de lui point de salut. La grande vérité que patiemment il m'enseignait, c'est que l'esprit n'est rien ni le cœur même, et que la pierre chauffée par le soleil ou le cyprès que le ciel découvert agrandit limitent le seul univers où avoir raison prend un sens : la nature sans hommes. Et ce monde m'annihile, il me porte jusqu'au bout, il me nie sans colère. Dans ce soir qui tombait sur la campagne florentine, je m'acheminai vers une sagesse où tout était déjà conquis, si des larmes ne m'étaient venues aux yeux, et si le gros sanglot de poésie qui m'emplissait ne m'avait fait oublier la vérité du monde.

C'est sur ce balancement qu'il faudrait s'arrêter, singulier instant où la spiritualité répudie la morale, où le bonheur naît de l'absence d'espoir, où l'esprit trouve sa raison dans le corps. S'il est vrai que toute vérité porte en elle son amertume, il est aussi vrai que toute négation contient une floraison de « oui ». Et ce chant d'amour sans espoir qui naît de la contemplation peut aussi figurer la plus efficace des règles d'action : au sortir du tombeau, le Christ ressuscitant de Piero della Francesca n'a pas un regard d'homme. Rien d'heureux n'est peint sur son visage - mais seulement une grandeur farouche et sans âme, que je ne puis m'empêcher de prendre pour une résolution à vivre. Car le sage comme l'idiot exprime peu. Ce retour me ravit. Mais cette leçon, la dois-je à l'Italie, ou l'ai-je tirée de mon coeur ? C'est là-bas, sans doute, qu'elle m'est apparue, mais c'est que l'Italie, comme d'autres lieux privilégiés, m'offrait le spectacle d'une beauté où meurent quand même les hommes, ici encore la vérité doit pourrir et quoi de plus exaltant ? Même si je la souhaite, qu'ai-je à faire d'une vérité qui ne doive pas pourrir ? Elle n'est pas à ma mesure. Et l'aimer serait un faux-semblant. On comprend rarement que ce n'est jamais par désespoir qu'un homme abandonne ce qui faisait sa vie. Les coups de tête et les désespoirs mènent vers d'autres vies et marquent seulement un attachement frémissant aux leçons de la terre. Mais il peut arriver qu'à un certain degré de lucidité, un homme se sente le cœur fermé et, sans révolte ni revendication, tourne le dos à ce qu'il prenait jusqu'ici pour sa vie, je veux dire son agitation. Si Rimbaud finit en Abyssinie sans avoir écrit une seule ligne, ce n'est pas par goût de l'aventure, ni renoncement d'écrivain. C'est « parce que c'est comme ça » et qu'à une certaine pointe de la conscience, on finit par admettre ce que nous nous efforçons tous de ne pas comprendre, selon notre vocation. On sent bien qu'il s'agit ici d'entreprendre la géographie d'un certain désert. Mais ce désert singulier n'est sensible qu'à ceux capables d'y vivre sans jamais tromper leur soif. C'est alors, et alors seulement, qu'il se peuple des eaux vives du bonheur. À portée de ma main, au jardin Boboli, pendaient d'énormes kakis dorés dont la chair éclatée laissait passer un sirop épais. De cette colline légère à ces fruits juteux, de la fraternité secrète qui m'accordait au monde à la faim qui me poussait vers la chair orangée au-dessus de ma main, je saisissais le balancement qui mène certains hommes de l'ascèse à la jouissance et du dépouillement à la profusion dans la volupté. J'admirais, j'admire ce lien qui, au monde, unit l'homme, ce double reflet dans lequel mon cœur peut intervenir et dicter son bonheur jusqu'à une limite précise où le monde peut alors l'achever ou le détruire. Florence ! Un des seuls lieux d'Europe où j'ai compris qu'au cœur de ma révolte dormait un consentement. Dans son ciel mêlé de larmes et de soleil, j'apprenais à consentir à la terre et à brûler dans la flamme sombre de ses fêtes. J'éprouvais... mais quel mot ? quelle démesure ? comment consacrer l'accord de l'amour et de la révolte ? La terre ! Dans ce grand temple déserté par les dieux, toutes mes idoles ont des pieds d'argile. »

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