Le temps est venu, début juillet, où l'on se penche avec gravité sur le gain ou la perte d'un ou deux points dans les taux de réussite aux différents baccalauréats. Et cette fois, en plein état de grâce présidentiel et avec la consigne versaillaise d'« en finir avec le déni de réalité ». On va voir ce qu'on va voir en matière de réforme du baccalauréat
 
En 2016, les taux de réussite (après les épreuves de rattrapage) ont été de 88,5% tous baccalauréats confondus (91,4% pour les bacs généraux ; 90,7% pour les bacs technologiques ; 82,2% pour les bacs professionnels). En 2016, 78,6 % des membres de la classe d'âge ont obtenu un baccalauréat (40,4% un bac général ; 15,7% un bac technologique ; 22,5% un bac professionnel).
 
Si on suit l'évolution des baccalauréats généraux (la plus longue, car les bacs technologiques n'arrivent qu'en 1970 et les bacs professionnels en 1986), on peut noter qu'au début des années 1960, les taux de succès aux baccalauréats généraux atteignent seulement les 60%. Puis (à l'exception de 1968 où il grimpe à 80%) le taux de réussite est d'environ 66% jusqu'en 1985. A partir de là (date de l'annonce de l'objectif de 80% d'une classe d'âge au niveau bac pour l'an 2000), le taux de réussite va augmenter de 10% en cinq ans, et rester à peu près à cette hauteur de 75% de 1990 à 1996. Puis le taux de succès reprend son ascension pour atteindre finalement 92% en 2013.
 
Le'' niveau'' aurait-il baissé ? On est tenté de l'affirmer, surtout si on a passé (comme moi) le baccalauréat au début des années 1960. Seulement 10% d'une classe d'âge a obtenu alors le baccalauréat (général, car il n'y en avait pas d'autres) contre 40% en 2016. Et, bien que nous ayons été nettement moins nombreux (et donc en principe plus ''sélectionnés'') pour tenter d'obtenir ces baccalauréats généraux, seuls 60% d'entre nous ont réussi l'examen (contre plus de 90% en 2016). On peut donc dire – à certains égards - que le ''niveau'' a baissé (vu du côté des ''chances'' – ou difficultés - de réussite).
 
Mais de quel ''niveau'' s'agit-il ? Quel(s) sens peut-il avoir ?
 
Le rapport motivant le décret du 18 août 1959 relatif au baccalauréat  était déjà pour le moins problématique... : « Il est normal qu’un examen de qualité incontestable sanctionne les études de l’enseignement du second degré. Mais il est anormal que ce même examen compromette les études dont il doit couronner le terme […]. Ces études, qui devraient être uniquement orientées vers l’acquisition de la culture générale, s’orientent de plus en plus vers le ‘’bachotage’’, c’est à dire l’acquisition hâtive, superficielle et indigeste d’un savoir encyclopédiqu». En 1960, nous avons donc été 10 % d'une classe d'âge à obtenir ce type de baccalauréat là, avec ce ''niveau'' là (et 40% à échouer...)
 
Puis, quelques années plus tard, le général de Gaulle nomme Alain Peyrefitte ministre de l’Education nationale en avril 1967, en lui confiant une mission à ses yeux essentielle : « Il faudra faire passer l’orientation et la sélection ». Alain Peyrefitte se montre en effet très préoccupé par les résultats du système universitaire français: « Tout se passe, dit-il, comme si l’université organisait un naufrage pour repérer les nageurs qui échappent à la noyade ». A vrai dire, une dizaine d'années avant, et alors même que moins de 10 % d’une classe d’âge obtenait le baccalauréat, le taux d’échecs à l’Université était déjà élevé puisque seulement 23% des étudiants en lettres obtenaient leur licence en trois ans ( la durée en principe normale des études), 35% en quatre ans, 22% en cinq ans et 10% en six ans...
 
Le Conseil des ministres du 24 avril 1968 traite des mesures envisagées pour « contrôler et normaliser la croissance des effectifs des étudiants : pas de sélection malthusienne, mais orientation, grâce à la diversification des voies ». « L’inscription automatique interviendra, dans la voie choisie, pour la moitié environ ou les deux tiers des bacheliers, soit : ceux qui ont obtenu une mention ; plus ceux qui ont obtenu 12 sur 20 dans les disciplines fondamentales de la voie choisie. Pour les autres, le droit à l’inscription ne sera pas automatique. Le bachelier pourra se porter simultanément candidat à plusieurs établissements. Les candidatures seront examinées, sur présentation du dossier scolaire, par des jurys d’établissement, lesquels pourront accepter ou refuser l’admission. Le gouvernement prendra des dispositions pour que l’ensemble des enseignements supérieurs diversifiés permette d’absorber la totalité des bacheliers désireux de poursuivre leurs études ». Mai 68 aura raison du projet.
 
Un demi-siècle a passé. Où en est-on ? Au cours de la campagne des présidentielles, le candidat Emmanuel Macron n'a pas hésité à se prononcer sur le sujet, avec des attendus divers.
 
Lors de la présentation de son programme, le 2 mars dernier, le candidat d'« En marche ! » a proposé un baccalauréat avec seulement 4 épreuves obligatoires, le reste étant composé d'un contrôle continu, en évoquant sa volonté de réduire le coût de l'examen jugé trop important à cause du nombre des épreuves .
 
Sur le site d'« En marche ! », fin mars, il ne s'agit plus de cela (même si la proposition est identique) : « Au lycée, revoir la forme du baccalauréat (4 matières obligatoires à l'examen final et le reste en contrôle continu) afin de rendre possible de nouvelles formes d’organisation du temps scolaire et de nouveaux parcours, qui prépareront mieux à la poursuite d’études et à l’insertion professionnelle ».
 
Ces considérations sont sans doute à rapprocher de celles indiquées dans un débat télévisé par le candidat Emmanuel Macron en vue de « libérer » les universités : la possibilité d’afficher des prérequis à l’entrée de la licence :« Pour une licence en sciences, ces prérequis pourront être des acquis minimaux en mathématiques, en sciences physiques ou en sciences de la vie et de la terre. Un lycéen ne disposant pas de ces prérequis pourra s’inscrire après avoir comblé ses lacunes, par des cours d’été ou par la validation de modules universitaires. ».
 
Le nouveau ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer se réfugie – lui – dans les métaphores : « muscler » le baccalauréat qui doit être « plus musclé qu'épais ». Et il est tellement content de ces '' éléments de langage'' qu'il les répète d'interview en interview afin d'éviter de se prononcer sur le fond (cf encore dimanche dernier sur BFMTV et Europe1). Oui, on sait, il faut faire « confiance » dans la « bienveillance ». Et Jean-Michel Blanquer en rajoute dans l'air du temps  (« donner du sens ») : « il faut que le baccalauréat ait plus de sens ». Mais quel(s) sens ? Dans quel(s) sens ? Le nouveau ministre de l'Education nationale se garde bien d'amorcer quelque réflexion précise que ce soit à ce sujet. Et il se refuse à tout calendrier. Une seule certitude (pour « en finir avec le déni de réalité ») : Jean-Michel Blanquer va « muscler » le baccalauréat avec ses ''petits bras musclés'' .
 
Dans sa déclaration de politique générale, le Premier ministre Edouard Philippe a donné – lui - un calendrier. « Une concertation sera lancée dès la rentrée prochaine, pour resserrer les épreuves finales autour d'un plus petit nombre de matière et définir ce qui relève du contrôle continu ». La concertation doit aboutir « avant septembre 2018 pour une mise en œuvre complète de cette réforme pour le bac 2021 ». Le Premier ministre a aussi promis pour la rentrée 2018 des « contrats de réussite » aux étudiants, avec des « prérequis ». Il y a donc bien un calendrier, mais sans que les différentes pièces du puzzle soient vraiment rassemblées et en bon ordre. La révolution est en marche. Et on verra ce qu'on verra.
 
Claude Lelièvre