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Vivement l'Ecole!

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"Cessez de penser que l’enseignement est réductible à la transmission d’un savoir et à l’évaluation de ce qui a été retenu !"

12 Février 2017 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Littérature

EXTRAITS

Daniel Pennac : « J’ai été d’abord et avant tout professeur »

Rendu célèbre par la tribu des Malaussène, l’écrivain fut aussi, et passionnément, professeur. Il vient de publier le septième volet de sa saga, « Le Cas Malaussène (tome 1). Ils m’ont menti ».

Je ne serais pas arrivé là si…

… si je ne m’étais pas sorti d’une scolarité désastreuse. Et je ne m’en serais pas sorti si je n’avais pas eu un père qui refusait de dramatiser. Et un frère aîné, Bernard, que j’adorais littéralement, qui m’a, d’une certaine façon, élevé. L’ironie affectueuse du père, la présence angélique du frère : tout cela calmait beaucoup mes angoisses.

C’était si dur que ça, d’être mauvais élève ?

La culpabilité ! Mes bulletins scolaires me le confirmaient tous les mois : si j’étais un crétin, c’était absolument de ma faute. D’où une détestation de moi, un complexe d’infériorité et surtout de culpabilité – cette vision catastrophique que les enfants peuvent avoir d’eux – mêmes quand ils ont le sentiment que leur personnalité dépend essentiellement des conséquences d’une évaluation scolaire.

De ce point de vue, moi, c’était le néant. Je me considérais comme un moins que rien. Car qui n’est bon à rien – ce que me répétaient les profs les uns après les autres – n’est rien… Je ne me voyais d’ailleurs aucun avenir, je n’avais aucune représentation possible de moi adulte. Pas parce que je ne désirais rien, mais parce que je me croyais inapte à tout.

Dans Chagrin d’école (Prix Renaudot 2007), votre livre le plus autobiographique, vous dites avoir été sauvé par quelques professeurs, et par la lecture…

On ne m’a pas lu d’histoires quand j’étais gosse. J’étais le petit dernier d’une tribu de quatre garçons, ma mère avait autre chose à faire, elle était crevée, et ce n’était pas dans son caractère. Mais quand on m’a mis en pension, en cinquième, pour cause de délinquance familiale (j’avais entrepris de percer le coffre-fort de la maison), la lecture est devenue un bonheur clandestin. Une lecture chipée, le soir au dortoir, avec la lampe électrique allumée sous les couvertures.

J’ai beaucoup lu à cette époque-là. Alexandre Dumas, pour le romanesque, Kipling pour les contes, Dickens pour son ironie que j’adorais. Enfant, avant la pension, deux lectures m’ont marqué. La chèvre de Monsieur Seguin – j’étais la chèvre bien sûr, seule dans un combat perdu d’avance ; je suppose que le loup représentait l’école, les adultes. Et le Mateo Falcone de Posper Mérimée, cette terrible histoire d’un père qui tue son fils d’une dizaine d’années parce que le gosse l’a déshonoré. C’est dire la défiance radicale dans laquelle j’étais vis-à-vis du monde adulte.

(...)

Si vous aviez aujourd’hui un message à délivrer à l’éducation nationale, quel serait-il ?

D’abord, recrutez vos inspecteurs parmi des professeurs innovants, dont les innovations peuvent être théorisées et exportées. Envoyez ces inspecteurs dans la France entière à la recherche d’enseignants pédagogiquement passionnés, sérieux, méthodiques et inventifs – il y en a beaucoup ! –, qui ont su convertir leurs classes à la joie d’apprendre… Cela améliorera probablement les choses.

Cessez de penser que l’enseignement est réductible à la transmission d’un savoir et à l’évaluation de ce qui a été retenu ! Ce qui marche, c’est le partage de l’enthousiasme. Vos professeurs ne sont pas là pour faire peur, mais pour vaincre la peur d’apprendre. Une fois cette peur vaincue, les élèves sont insatiables : les efforts consentis seront alors infinis. Apprendre à apprendre, c’est ce que l’on n’apprend pas aux professeurs. Et surtout, partout, toujours, que les enseignants cessent de faire peur ! Et d’avoir peur ! Je suis un militant de la dédramatisation.

Propos recueillis par Catherine Vincent

L'entretien complet se trouve en cliquant ci-dessous

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Enseignants : emmenez vos élèves voir les classiques de la Comédie-Française au cinéma...

12 Février 2017 , Rédigé par VousNousIls Publié dans #Education, #Theatre

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Moi président : "Les profs doivent s'armer pour répondre aux théories du complot"...

12 Février 2017 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Education, #Internet

Sophie Mazet, 36 ans, a lancé un cours d'autodéfense intellectuelle dans son lycée de Seine-Saint-Denis. L'idée ? Armer ses élèves face aux fake news, aux théories du complot et aux faux pas du monde médiatique.

Sa proposition

Assurer une formation pluridisciplinaire des profs pour qu'ils soient mieux armés face aux questions d'actualité des élèves. A mon sens, la formation d’un professeur ne devrait pas se concentrer uniquement sur sa discipline (les maths, l’anglais, etc.), mais demeurer pluridisciplinaire le plus longtemps possible. Cela aiderait les enseignants à répondre aux questions des élèves provoquées par l’actualité, qu’elles concernent les médias, la laïcité ou qu'elles soient teintées de complotisme.

Pourquoi les profs d’histoire se retrouveraient-ils seuls à s'occuper des cours d’éducation civique ? Bien souvent, ce sont eux qui ont été le moins désarçonnés après les attentats pour parler aux élèves : leur formation disciplinaire les a bien armés. Avoir des bases dans différents domaines m'a permis de m’aventurer dans un projet qui sortait de l’anglais : lancer des cours d’autodéfense intellectuelle.

J'apprécie beaucoup le fonctionnement par projet : les enseignants ont plus de libertés pour innover. Mais pour cela, il faut aussi que les équipes soient pérennes. Il faut donc fonctionner au maximum avec un corps d'enseignants titulaires, stables sur leur poste et suffisamment formés !”

Son histoire

Et soudain, une avalanche de livres. Au mur, Chomsky, Baillargeon, Fourest, Meddeb, Todorov. A peine le temps de souffler : Celui-ci, c’est un article scientifique qui essaie d’analyser le “baratin pseudo-profond”. Sophie Mazet reçoit dans un appartement à l'ambiance intello un brin décalée.

Cette prof d'anglais du lycée Auguste-Blanqui de Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, a servi d'exemple à la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem lorsqu'il a fallu répondre à une question de plus en plus pressante : que doit faire l'Education nationale face aux désormais célèbres fake news, à l'accélération du temps médiatique, au succès de Dieudonné. De Soral. De Trump. Au début de l'année 2016, lors d'une journée d'étude Réagir face aux théories du complot, la ministre a mis l'accent sur l'éducation aux médias et à l'information, au collège. Ce que fait Sophie Mazet va un peu plus loin. On rembobine.

En 2009-2010. Cette enseignante donne à lire à ses élèves de terminale différents textes, dont l’un est tiré de The Onion, site satirique américain, équivalent du Gorafi (qui n’existait pas encore à l'époque). Un faux discours de Barack Obama qui se termine par ces quelques mots bien peu présidentiels : God bless America, and fuck you. Je me suis dit : “C’est pas possible.” Ils avaient un bon niveau et savaient qu’il y avait des faux parmi les textes que nous allions étudier. Le problème, c’est qu’ils me faisaient confiance, ne remettaient pas en question la source que j’étais.

Elle peaufine alors un projet de cours qu’elle propose au chef d’établissement. Avec en exergue la phrase de l’égérie de la gauche radicale américaine, le linguiste Noam Chomsky : Si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle. A la même époque, elle remplace au débotté une collègue pour un voyage scolaire au Rwanda. J’ai eu une sorte de choc quand on a visité le principal mémorial du génocide à Kigali. C’est là que je me suis dit : “Qu’est-ce qui a fait que des gens normaux aient pu aller massacrer leurs voisins ?” Je m'interrogeais sur le mécanisme de déclenchement de la haine.

Elle passe donc un été à lire des études consacrées au négationnisme de la Shoah, à la propagande nazie, à la manipulation des foules. J’avais déjà entendu des élèves dire : “Madame, les juifs contrôlent tous les médias en France.” La voilà qui placarde des affiches partout dans le lycée. J’ai fait une sorte de campagne de recrutement avec des questions un peu étranges : “Qui est le plus méchant : la banane tueuse ou le concombre masqué ?” Derrière ces quiz saugrenus, de vraies histoires (sur les rumeurs alimentaires, par exemple). Des élèves mordent à l'hameçon. Premier cours.

L’idée est de proposer une boîte à outils, à utiliser chaque fois que les élèves reçoivent de l'information ou ce qui voudrait bien passer pour de l'information. On y parle d’Orwell, du greenwashing, des pièges de la perception, des biais statistiques. Son module évolue avec le temps : comment lancer une polémique sur Twitter grâce à l'astroturfing (technique qui consiste à donner l'impression d'un mouvement de masse) ? Comment retrouver les métadonnées d’une image et retracer son parcours pour débusquer les hoax ?

La théorie du complot est venue dans un second temps. Le jour où un élève lui assure que le 11 Septembre a été organisé par les services secrets ou les juifs : Je ne m’y attendais pas du tout. C’était très construit, il avait réponse à tout. C’est là qu’elle s'est mise à travailler sur le conspirationnisme. On commence par les vrais complots dans l’histoire, comme la dépêche d’Ems, un message falsifié qui a déclenché la guerre franco-prusse de 1870. Puis on travaille la rhétorique des complotistes. A ce stade, les élèves savent normalement reconnaître une généralisation hâtive, un argument d’autorité, un post hoc ergo propter hoc (prendre pour la cause ce qui n'est qu'un fait antécédent).

Bon, est-ce que ça sert à quelque chose ? Elle n'en sait rien. Mon but n’est pas de retourner des conspis. J’ai vite compris que, quand on était là-dedans, on ne peut pas en être sorti par un tiers, il faut s'en dégager tout seul. Mon but est plutôt d’aller vers ceux qui sont tentés mais qui n’ont pas basculé. Tout juste se contente-t-elle de constater que les théories du complot se sont rapprochées avec les attentats : Avant, c’était le 11 Septembre ou Elvis ; là, c’est chez nous. Il est vrai qu'on a le sentiment que ça s'accentue. Les raisons en sont probablement multiples : l'absence de hiérarchisation sur internet, les formats courts et l'absence de confiance dans les médias alimentée par la collusion entre journalistes et politiques et la concentration des titres, etc. Est-elle inquiète ? Je crois que c’est pas gagné, ça ne veut pas dire que c’est perdu. ♦

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Le Pen, Mélenchon, Macron : en quoi consiste ce fameux « système » auquel tous s’opposent ? (Vidéo)

12 Février 2017 , Rédigé par YouTube Publié dans #Politique

François Fillon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon... leurs idées sont bien différentes et pourtant ils ont un ennemi commun : le « système ». Mais à y regarder de plus près, on se rend très vite compte que derrière un même mot, ce sont des réalités bien différentes que décrivent les prétendants à la présidentielle. Comment Emmanuel Macron peut-il affirmer vouloir en finir avec ce « système » alors que tous ses concurrents voient justement en lui sa plus parfaite incarnation ? Pourquoi François Fillon s’est-il lui aussi mis à manier ce mot fourre-tout, auparavant utilisé surtout par le FN ? Et quel impact cette mode dans le langage politique a-t-elle finalement sur le débat démocratique ? Explications en quatre minutes.

Pour aller plus loin : Cécile Alduy, Ce qu’ils disent vraiment (Seuil, 2017).

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La France va-t-elle sombrer dans l'enfer du Front National? Comprendre pour empêcher le "grand basculement"... Vidéos + billet...

12 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #FN

Il existe évidemment des dizaines d'autres vidéos, livres, analyses et études universitaires très fouillées permettant de comprendre ce que dit et ce que "sous-dit" le discours lepéniste. Je devrais même dire les discours lepénistes tant ceux-ci changent au gré des auditoires et des moments de la vie politique.

Se plonger, comme l'a fait Cécile Alduy entre autres, dans le "texte lepéniste", est éprouvant pour celles et ceux inquiets de la montée des idées du Front National, montée se traduisant désormais, élections après élections, dans les urnes. Sans que rien, semble-t-il, ne puisse enrayer l'inexorable poussée du parti de Marine Le Pen, héritière de son père même si elle donne l'image de la candidate "apaisée" mais qui reprend tous les thèmes paternels dans un discours plus policé, plus lisse, plus "rose bleue" que "flamme bleu-blanc-rouge".

C'est éprouvant mais absolument nécessaire si l'on veut freiner puis empêcher ce que j'appelle, par opposition au soi-disant "Grand Remplacement" cher à Renaud Camus et repris par Marine Le Pen, le "Grand Basculement". Comprendre le discours lepéniste, c'est surtout et quasi exclusivement comprendre quels en sont les "non dits", les messages subliminaux, les doubles sens, les pièges. Mais aussi les incohérences, les contradictions, les mensonges, les impasses.

Mépriser, insulter l'électorat FN - je parle ici de l'électorat nouveau, de cet électorat lambda qui a basculé ces cinq dernières années en gros et qui, pour un nombre certain, n'avait voté qu'à gauche et même très à gauche jusque là - c'est se tromper totalement d' arguments pour contrer le Front National. Plus on insulte et méprise cet électorat-là, plus on renforce sa conviction. Pire on justifie le discours lepéniste consistant à dire:

"Français, le système vous rejette, vous oublie, vous humilie. Moi Marine, je vous ouvre les bras, je vous écoute et avec moi vous ne serez plus les éternels oubliés!".

Il est beaucoup plus utile et efficace de labourer le terrain de l'explication, d'analyser les discours puis de diffuser partout le résultat de ces explications, analyses et autres travaux de chercheurs.

Ce sera un long et difficile voyage mais il est indispensable de le préparer, de l'accomplir avec pour objectif suprême notre "Ithaque" collective:

la France!

La France définitivement à l'abri de ces prétendants extrémistes profitant du vide laissé par celles et ceux qui doivent désormais partir à la reconquête des électorats égarés.

Christophe Chartreux

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A (re)Lire... Lettre aux Français qui croient que 5 ans d'extrême droite remettraient la France debout... + ITW de l'auteur...

12 Février 2017 , Rédigé par Amazon.fr Publié dans #Politique, #FN

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Pour la première fois, mesdames, messieurs, vous allez voter Front national. C'est un bond pour vous, un petit pas dans notre vie démocratique, et vice versa. Vous préférez peut-être dire "Je vais voter pour Marine", tant le storytelling autour de cette dernière a été frénétique ces dernières années. (...) Vous voilà centre du monde, c'est-à-dire infantilisés, décomplexés, mythifiés. Alors que l'extrême droite gagne du terrain en France, Nicolas Lebourg s'adresse à une dizaine de personnages fictifs dont le parcours et les idées les amènent à se tourner vers le vote FN. Du professeur d'histoire-géographie d'Albi à l'étudiant gay nouvellement arrivé à Paris, en passant par l'ouvrier agricole de Senlis, tous sont confrontés à la globalisation, économique et culturelle, à la perte de légitimité des grands partis de droite et de gauche. Ecouter ces voix-là, entendre les déceptions politiques, le sentiment de déclin et de déclassement social, et comprendre comment le FN a su s'adresser à eux ouvre l'espace de dialogue indispensable à la vie démocratique. En écrivant à chacun de ces électeurs une lettre dédiée, Nicolas Lebourg nous éclaire sur la stratégie de communication sophistiquée dont use le FN pour gagner une grande part de l'électorat.

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Gérard Manset...

11 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Quand Camus appelait les journalistes à rester des hommes libres... (+ video: textes pour une presse libre)

11 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

“Il est difficile aujourd’hui d’évoquer la liberté de la presse sans être taxé d’extravagance, accusé d’être Mata-Hari, de se voir convaincre d’être le neveu de Staline.

Pourtant cette liberté parmi d’autres n’est qu’un des visages de  la liberté tout court et l’on comprendra notre obstination à la  défendre si l’on veut bien admettre qu’il n’y a point d’autre façon de  gagner réellement la guerre.

Certes, toute liberté a ses limites. Encore faut-il qu’elles  soient librement reconnues. Sur les obstacles qui sont apportés  aujourd’hui à la liberté de pensée, nous avons d’ailleurs dit tout ce  que nous avons pu dire et nous dirons encore, et à satiété, tout ce  qu’il nous sera possible de dire. En particulier, nous ne nous  étonnerons jamais assez, le principe de la censure une fois imposé, que  la reproduction des textes publiés en France et visés par les censeurs  métropolitains soit interdite au Soir républicain par exemple. Le fait qu’à cet égard un journal dépend de l’humeur ou de  la compétence d’un homme démontre mieux qu’autre chose le degré  d’inconscience où nous sommes parvenus.

Un des bons préceptes d’une philosophie digne de ce nom est de  ne jamais se répandre en lamentations inutiles en face d’un état de fait  qui ne peut plus être évité. La question en France n’est plus  aujourd’hui de savoir comment préserver les libertés de la presse. Elle  est de chercher comment, en face de la suppression de ces libertés, un  journaliste peut rester libre. Le problème n’intéresse plus la  collectivité. Il concerne l’individu.

Et justement ce qu’il nous plairait de définir ici, ce sont les  conditions et les moyens par lesquels, au sein même de la guerre et de  ses servitudes, la liberté peut être, non seulement préservée, mais  encore manifestée. Ces moyens sont au nombre de quatre : la lucidité, le refus, l’ironie et l’obstination.

La lucidité suppose la résistance aux  entraînements de la haine et au culte de la fatalité. Dans le monde de  notre expérience, il est certain que tout peut être évité. La guerre  elle-même, qui est un phénomène humain, peut être à tous les moments  évitée ou arrêtée par des moyens humains. Il suffit de connaître  l’histoire des dernières années de la politique européenne pour être  certains que la guerre, quelle qu’elle soit, a des causes évidentes.  Cette vue claire des choses exclut la haine aveugle et le désespoir qui  laisse faire. Un journaliste libre, en 1939, ne désespère pas et  lutte pour ce qu’il croit vrai comme si son action pouvait influer sur  le cours des événements. Il ne publie rien qui puisse exciter à la haine ou provoquer le désespoir. Tout cela est en son pouvoir.

En face de la marée montante de la bêtise, il est nécessaire également d’opposer quelques refus.  Toutes les contraintes du monde ne feront pas qu’un esprit un peu  propre accepte d’être malhonnête. Or, et pour peu qu’on connaisse le  mécanisme des informations, il est facile de s’assurer de l’authenticité  d’une nouvelle. C’est à cela qu’un journaliste libre doit donner toute  son attention. Car, s’il ne peut dire tout ce qu’il pense, il lui est  possible de ne pas dire ce qu’il ne pense pas ou qu’il croit faux. Et  c’est ainsi qu’un journal libre se mesure autant à ce qu’il dit qu’à ce qu’il ne dit pas.  Cette liberté toute négative est, de loin, la plus importante de  toutes, si l’on sait la maintenir. Car elle prépare l’avènement de la  vraie liberté. En conséquence, un journal indépendant donne l’origine de  ses informations, aide le public à les évaluer, répudie le bourrage de crâne, supprime les invectives,  pallie par des commentaires l’uniformisation des informations et, en  bref, sert la vérité dans la mesure humaine de ses forces. Cette mesure,  si relative qu’elle soit, lui permet du moins de refuser ce qu’aucune  force au monde ne pourrait lui faire accepter : servir le mensonge.

Nous en venons ainsi à l’ironie. On peut poser  en principe qu’un esprit qui a le goût et les moyens d’imposer la  contrainte est imperméable à l’ironie. On ne voit pas Hitler, pour ne  prendre qu’un exemple parmi d’autres, utiliser l’ironie socratique. Il  reste donc que l’ironie demeure une arme sans précédent contre les trop  puissants. Elle complète le refus en ce sens qu’elle permet, non plus de  rejeter ce qui est faux, mais de dire souvent ce qui est vrai. Un  journaliste libre, en 1939, ne se fait pas trop d’illusions sur  l’intelligence de ceux qui l’oppriment. Il est pessimiste en ce qui  regarde l’homme. Une vérité énoncée sur un ton dogmatique est censurée  neuf fois sur dix. La même vérité dite plaisamment ne l’est que cinq  fois sur dix. Cette disposition figure assez exactement les possibilités  de l’intelligence humaine. Elle explique également que des journaux  français comme Le Merle ou Le Canard enchaîné puissent  publier régulièrement les courageux articles que l’on sait. Un  journaliste libre, en 1939, est donc nécessairement ironique, encore que  ce soit souvent à son corps défendant. Mais la vérité et la liberté  sont des maîtresses exigeantes puisqu’elles ont peu d’amants.

Cette attitude d’esprit brièvement définie, il est évident qu’elle ne saurait se soutenir efficacement sans un minimum d’obstination.  Bien des obstacles sont mis à la liberté d’expression. Ce ne sont pas  les plus sévères qui peuvent décourager un esprit. Car les menaces, les  suspensions, les poursuites obtiennent généralement en France l’effet  contraire à celui qu’on se propose. Mais il faut convenir qu’il est des  obstacles décourageants : la constance dans la sottise, la veulerie  organisée, l’inintelligence agressive, et nous en passons. Là est le  grand obstacle dont il faut triompher. L’obstination est ici vertu  cardinale. Par un paradoxe curieux mais évident, elle se met alors au  service de l’objectivité et de la tolérance.

Voici donc un ensemble de règles pour préserver la liberté  jusqu’au sein de la servitude. Et après ?, dira-t-on. Après ? Ne soyons  pas trop pressés. Si seulement chaque Français voulait bien maintenir  dans sa sphère tout ce qu’il croit vrai et juste, s’il voulait aider  pour sa faible part au maintien de la liberté, résister à l’abandon et  faire connaître sa volonté, alors et alors seulement cette guerre serait  gagnée, au sens profond du mot.

Oui, c’est souvent à son corps défendant qu’un esprit libre de  ce siècle fait sentir son ironie. Que trouver de plaisant dans ce monde  enflammé ? Mais la vertu de l’homme est de se maintenir en face de tout  ce qui le nie. Personne ne veut recommencer dans vingt-cinq ans la  double expérience de 1914 et de 1939. Il faut donc essayer une méthode  encore toute nouvelle qui serait la justice et la générosité. Mais  celles-ci ne s’expriment que dans des coeurs déjà libres et dans les  esprits encore clairvoyants. Former ces coeurs et ces esprits, les  réveiller plutôt, c’est la tâche à la fois modeste et ambitieuse qui  revient à l’homme indépendant. Il faut s’y tenir sans voir plus avant.  L’histoire tiendra ou ne tiendra pas compte de ces efforts. Mais ils  auront été faits.

Albert Camus, 25/11/1939

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Education/Pédagogie... Petit catalogue d'idées-forces...

11 Février 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Pédagogie

Education/Pédagogie... Petit catalogue d'idées-forces...

Petit « catalogue » d’idées-forces
 
-       En près d’un siècle, la « révolution pédagogique », soi-disant responsable de TOUS les maux de l’école, n’a pas eu lieu ! Au contraire, l’Ecole reste prisonnière de son Histoire.
 
-       Les « adorateurs » d’un age d’or de l’Education Nationale se trompent et nous trompent !
 
-       Morale et Justice ne sont ni de droite ni de gauche ; elles sont nationales ! Ce que l’on en fait, en revanche, est soit de droite, soit de gauche, c’est certain !
 
-       Des réformes nombreuses ont voulu  transformer l’école ; bien peu ont été  effectivement appliquées. Aucune, de fond ni d’importance, ne l’a été sur des durées excédant 5 ans. (A ce jour)
 
-       L’Ecole, au féminin singulier…ça n’existe pas ! Elle n’est que DIFFERENCES ! 
 
-       L’école garde des règles de vie et des pratiques pédagogiques héritées du siècle dernier. L’échec scolaire a bon dos ! Il résume tout et n’explique rien ! 
 
-       Toute classe est une classe hétérogène.
 
-       L’hétérogénéité réduit extrêmement peu le niveau de l’élite en augmentant bien plus le niveau des plus faibles.
 
-       La constitution de classes homogènes a des effets préjudiciables sur le plan socio affectif, et ceci pour les élèves placés dans les groupes les plus faibles.
 
-       Education et Instruction sont inséparables
 
-       L’échec scolaire est aussi vieux que l’école obligatoire. Il n’a jamais existé d’age d’or de l’enseignement.
 
-       L’échec scolaire a une fâcheuse tendance à révéler impitoyablement les inégalités sociales
 
-       Le système éducatif tranche dans le vif. C’est à 6 ans que l’on trie les « bons » et les « mauvais ». (Le FN veut "déséduquer" dès 11/12 ans!)
 
-       La prétendue « baisse de niveau » est un fantasme engendré par une société inquiète de son avenir et de son Ecole. Ce qui ne signifie pas que tout aille bien.
 
-       Aucune lumière n’a jamais jailli des disputes entre tenants de la méthode globale de lecture (jamais appliquée) et tenants de la méthode alphabétique ou syllabique (B-A- BA).
 
-       Une seule chose est sûre : aucune méthode d’apprentissage de la lecture n’a su garantir à 100% la réussite des enfants.
 
-       83% des professeurs d’école donnent des devoirs écrits - et parfois évalués) à la maison ; leur non exécution n’est pas admise. ( POURTANT ILLEGAL EN ECOLE PRIMAIRE !)
 
-       De l’imagination pédagogique et des innovations naissent le malheur et le scandale, dit on ici et là ! On leur préfère donc un siècle de "savoir-faire" réécrit au goût du jour? Jusqu’ à l’ennui… Jusqu'à 150 000 décrocheurs par an (heureusement ramenés à 110 000 en 2015 grâce au travail acharné de Najat Vallaud-Belkacem et de ses prédécesseurs)
 
-       Il est nécessaire d’avoir des idées biodégradables en pédagogie. Il faut se débarrasser des stéréotypes.
 
-       Les professeurs d’école exerçant en maternelle pratiquent un militantisme pédagogique positif hors du commun.
 
-       Le « mérite » est aujourd’hui convoqué pour justifier la stratification sociale et les inégalités. C’est un vernis moral. 
 
-       Rien n’est plus important que la dimension affective dans l’enseignement du premier degré
 
-       TOUTES les études prouvent que les maîtres passent leur temps, bien au-delà des horaires officiels, à faire du Français et du Calcul et, plus précisément, de la lecture et des opérations.

-       L’enseignant a trop souvent tendance à se « couper du monde ». Il ne peut pourtant s’abstraire, contrairement à ce qu’affirme Jean Paul Brighelli dans ses « ouvrages » par exemple, de l’environnement de son établissement.
 
-       Les inégalités sociales de « carrière scolaire » sont très fortes en France ; trop fortes.
 
-       Le développement culturel de l’enfant est SOCIAL,
 
-       En deux ans (5ème/4ème surtout), autant d’inégalités « socio/scolaires » se créent que pendant TOUTE la scolarité primaire.
 
-       Les inégalités sociales de carrière scolaire s’expliquent pour une part équivalente :
 
par les inégalités de réussite académique;

par les inégalités de choix scolaires et d’orientation
 
-       Améliorer l’efficacité de l’école, dès lors que ce sont les moins favorisés qui sont les plus sensibles à son influence, est donc une manière de réduire les inégalités entre élèves mais AUSSI les inégalités sociales.
 
-       Le fonctionnement même des classes fabrique et reproduit certaines inégalités sociales
 

-       Tout un pan de la lutte contre les inégalités sociales passe par une « formation » des parents.
 
-       L’éducation sert aussi à se classer par rapport aux « concurrents ». Et au fur et à mesure que les scolarités s’allongent, les écarts sociaux se déplacent plus avant en prenant par exemple la forme de l’accès à telle ou telle filière : c’est la « démocratisation ségrégative » (négative)
 

-       Des politiques d’allongement du tronc commun ou le développement des passerelles entre filières sont susceptibles d’atténuer les inégalités sociales.
 
-       Il FAUT aller vers une attitude plus expérimentale où enseignants ET chercheurs concevront et évalueront les effets précis de tel dispositif sur tel public
 
-       La question de la réduction des inégalités socio scolaires est fondamentalement POLITIQUE.
 
-       La violence à l’école est constituée de faits ténus, mais répétitifs et nerveusement usants, du genre « incivilités », « harcèlements » ou « micro-violences ».
 
-       Les « mauvais élèves » manifestent une agressivité impuissante à l’encontre des professeurs qui n’est en fait qu’une contestation impuissante de leur place scolaire
 
-       La pédagogie pratiquée (style coopératif) et le style de gestion de la Direction (participatif) sont des facteurs de protection bien identifiés.
 
-       L’existence des classes de niveau est un facteur majeur de risques, deux fois plus explicatif que la monoparentalité par exemple. La ségrégation scolaire est LE danger réel.
 
-       Les écoles, dans lesquelles les élèves perçoivent des règles claires, des actions valorisantes et des sanctions sans ambiguïtés, bénéficient de moins d’indisciplines.  
 
-       Un encadrement compétent et formé initialement puis de manière continue ACCOMPAGNE d’un travail éducatif et culturel AVEC PROJET porte TOUJOURS des fruits.
 
-       Le combat contre la violence à l’école est un combat politique contre la démagogie.
 
-       La promotion du « marché » en matière scolaire est bien une politique de classe.
 
-       La relation Professeur/Elève est CENTRALE dans la vie quotidienne de l’institution scolaire
 
-       Pour vivre ensemble, enseignants et élèves doivent gérer, dans les collèges et lycées, l’arrivée d’une "culture juvénile" de plus en plus légitime
 
-       Il faut OFFICIELLEMENT reconnaître que la réussite éducative est diversement difficile à atteindre selon l’environnement des écoles et des collèges. Il faut donc mettre en place une très forte diversification qualitative et quantitative des moyens d’enseignement.
 
-       Le redoublement a fait la preuve de sa totale inefficacité.  
 
-       Il est prouvé que retirer 5 élèves sur un effectif de 25 n’aura aucun effet ; que plafonner des effectifs à 25 n'a aucun effet; en revanche, passer de 15 élèves à 10 est porteur d’excellents résultats.
 
-       Les élèves faibles qui redoublent progressent moins que les élèves faibles qui sont promus. Il faut donc explorer d’autres pistes que le redoublement.
 
-       Le cours magistral (et frontal) en Primaire et en Collège (voire même en lycée) est plus qu’une erreur : c’est une faute professionnelle.
 
-       Quand le scolaire dévisse, le social se lézarde… 
 
-       Travailler dur pour être récompensé, certes mais récompenser chacun à hauteur des efforts fournis…

Christophe Chartreux
 

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Fake, manipulations et réseaux sociaux: pourquoi il faut vite comprendre ce qu’est “l’astroturfing”...

11 Février 2017 , Rédigé par Les Inrocks Publié dans #Médias, #Internet

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Fake, manipulations et réseaux sociaux: pourquoi il faut vite comprendre ce qu’est “l’astroturfing”

A l’ère de la post-vérité, au milieu des fake news et alternative facts, émerge l’astroturfing. Cet anglicisme un brin barbare, qui évoquerait plutôt un délire mystique ou une nouvelle façon de lire son horoscope, fait référence à un procédé perfide qui sévit sur internet : la simulation d’une activité ou d’une initiative qui serait issue du peuple, en réalité montée de toutes pièces par un acteur souhaitant influer sur l’opinion.

Fabrice Epelboin, qui a donné plusieurs cours à Sciences Po Paris sur la disruption sociale et politique apportée par les réseaux sociaux, nous éclaire sur ce phénomène qu’il étudie depuis plusieurs années. Le sujet d’abord ignoré puis dédaigné, a finalement obtenu plus de considération et une réelle légitimité : le Brexit, la montée des extrêmes, et l’élection de Donald Trump sont passés par là.

Juste pour être certains d’avoir bien compris, pouvez-vous nous donner une définition complète de l’astroturfing ?

Fabrice Epelboin –  L’astroturfing englobe l’ensemble des techniques – manuelles ou algorithmiques – permettant de simuler l’activité d’une foule dans un réseau social. On peut commencer à parler d’astroturfing quand plusieurs personnes interagissent de concert et sans dévoiler leur connivence dans un même fil de discussion, pour tromper ceux qui ne sont pas dans le secret. Mais l’astroturfing implique le plus souvent des identités créées de toutes pièces, destinées à mettre en scène des phénomènes de foule dans un environnement tel que Facebook, de façon à influencer la perception des utilisateurs de la plateforme ou à donner plus de visibilité à un sujet, en fabriquant de façon artificielle sa popularité.

Quand le terme a-t-il été utilisé pour la première fois ?

Le terme est issu d’une marque créée par l’entreprise américaine Monsanto qui a imaginé un faux gazon pour le stade de baseball de Houston, dont l’équipe s’appelle les Astro – d’où la marque, “astroturfing”, qui désigne un faux gazon. En anglais, un mouvement populaire spontanée est appelée “grassroot”, du coup, astrotrufing peut être compris comme “faux grassroot”. Ceci dit, le concept date de bien avant. Nixon avait une équipe à la Maison Blanche dont les membres se faisaient passer pour des citoyens ordinaires en écrivant aux courriers des lecteurs des médias américains pour chanter les louanges de sa politique. Dans Jules César de Shakespeare, Cassius envoie à Brutus de faux courriers censés être écrits par des citoyens ordinaires l’incitant à renverser César.

Qui, exactement, met en place des stratégies d’astroturfing ? Les gouvernements ?

Nombreux sont les Etats à pratiquer l’astroturfing dans le but d’influencer l’opinion publique. La Chine est célèbre pour sa “water army”, une véritable armée de plus de 280 000 fonctionnaires, qui passe son temps à diffuser les messages du gouvernement sur les réseaux sociaux. La Corée du Sud également, a par exemple lourdement influencé l’opinion publique lors des présidentielles de 2012 avec une vaste opération de diffamation du candidat de l’opposition, orchestrée à travers un vaste réseau de faux comptes sur Twitter, opéré par les services secrets.

Les Etats-Unis, suite à une fuite orchestrée par Anonymous, ont montré qu’ils développaient des outils pour mettre en place des opérations d’astroturfing. Snowden a révélé que le CGHQ – les services de renseignement anglais – faisait de même et savait manipuler n’importe quel sondage, tels que ceux que vous trouvez quotidiennement sur les sites médias. Cela n’inquiétait personne jusqu’à ce que l’astrotrufing apparaisse, avec la Big Data, la psychométrie et les fake news, comme le fer de lance de la campagne électorale de Donald Trump.

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