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Vivement l'Ecole!

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A Lire... Louis Chauvel, La spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions...

1 Août 2017 , Rédigé par La Vie des Idees Publié dans #Sociologie

A Lire... Louis Chauvel, La spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions...

La France en général, et ses classes moyennes en particulier, sont touchées par un phénomène de déclassement systémique. Dans un essai tonique, Louis Chauvel contribue à l’analyse des inégalités en y intégrant la prise en compte de la fracture générationnelle.

Recensé : Louis Chauvel, La spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions, Seuil, Paris, 2016, 147 p., 16 €.

La société française subit depuis une quarantaine d’années des transformations en profondeur, dont la persistance d’un niveau élevé de chômage n’est que l’un des signes. Aucun pays sur la planète n’échappe à cette lame de fond dont les retentissements se font sentir dans la vie quotidienne de tous les citoyens. Le monde, à l’évidence, est entré dans une nouvelle phase à laquelle chaque État fait face à sa manière. Il est donc urgent pour les sciences sociales d’identifier et d’analyser en profondeur ces transformations et de tenter d’en comprendre les causes, les logiques et les conséquences. Les travaux de Thomas Piketty [1] apportent déjà une pierre substantielle à l’édifice explicatif en montrant que, dans la conjoncture actuelle, une croissance faible et des rendements du capital supérieurs au taux de croissance tendent à déséquilibrer les sources et le partage de la richesse. Le capital accumulé dans le passé reprend peu à peu la place et le rôle hégémonique qu’il avait conquis au cours des siècles antérieurs à la seconde moitié du XXe siècle. Avec toutes les conséquences de ce retour au passé sur la composition de la société française.

Le grand mérite du livre de Louis Chauvel consiste à tenter, lui aussi, d’accéder à une vision d’ensemble des grandes tendances d’évolution de la société française et de sa structure de classe. Il mobilise à cette occasion des données diverses et de bonne qualité. Il adopte une perspective historique de moyen terme, en saisissant les transformations en cours dans leur dynamique temporelle. Il situe le cas français dans un contexte mondial grâce à des comparaisons internationales. Son approche, principalement statistique, est globale. Sa recherche est originale par deux traits : il prend en compte une dimension dont il a depuis longtemps éprouvé la fécondité, la rupture générationnelle qui creuse aujourd’hui de profonds fossés entre les niveaux de vie, les conditions d’emploi et de travail et surtout les perspectives d’avenir entre celles et ceux qui sont nés avant et après les années 1950. Il concentre son étude sur un segment de la réalité sociale particulièrement sensible et révélateur des transformations en cours, les classes moyennes, centre de gravité selon lui de notre structure sociale [2].

Inégalités, déclassements, fractures

Les grands traits de son argumentation sont les suivants. Grâce à la forte croissance de l’après-guerre, la deuxième moitié du XXe siècle a réussi à construire une « civilisation de classe moyenne », animée par les valeurs de la méritocratie et les idéaux du progrès. Il s’agissait pour les familles d’assurer à leurs enfants des conditions de vie et de travail meilleures que celles de leurs parents. Et beaucoup y sont parvenues. Or, depuis les premiers chocs pétroliers plusieurs facteurs ont gravement dégradé cet édifice social au point d’en menacer l’existence même. L’accroissement vertigineux des inégalités dans la répartition des richesses, en partie provoquée par la distorsion croissante entre les revenus du travail et du capital, comme l’a montré Thomas Piketty, ruine les bases morales et matérielles de la méritocratie : une part croissante de la richesse ne provient plus du travail mais du capital. Le centre de gravité de la société, les classes moyennes, se trouve ainsi déstabilisé par un processus de déclassement systémique : les écarts se creusent avec les catégories supérieures tandis qu’ils se comblent avec les classes populaires.

Plus gravement encore, une fracture générationnelle oppose désormais les nouvelles générations aux plus anciennes : on constate une baisse sensible du niveau de vie des premières, un rendement décroissant des diplômes, une mobilité intergénérationnelle descendante et un déclassement résidentiel provoqué par la hausse vertigineuse des prix de l’immobilier dans les grandes métropoles. Le pacte générationnel d’hier est brisé : impossible désormais aux nouvelles générations de laisser un monde meilleur à leurs enfants. Tous ces bouleversements internes se traduisent aussi par une régression de la place de la France dans « la verticale du pouvoir socio-économique mondial » (p. 152). Celle-ci se traduit à son tour par un rattrapage du bas et du milieu de notre édifice social par les élites populaires des pays en voie de développement. Les classes populaires et moyennes ne se comparent plus aux cadres des pays du Nord mais aux ouvriers du Sud.

Loin d’êtres clairs et intelligibles à celles et ceux qui les subissent, ces bouleversements de fond ne sont pas non plus perçus à leur juste valeur par les dirigeants politiques et les responsables de tous ordres qui pourraient les contrecarrer, Ils font l’objet d’un déni général. « L’aliénation politique des jeunes générations » (p. 125) est telle qu’une spirale des illusions devant le changement social vient doubler la spirale des déclassements objectifs. Face à une conjoncture aussi dramatique, le premier devoir du sociologue est de faire œuvre de lucidité. C’est l’objectif explicite de ce livre et de son auteur qui prend ainsi la pose d’un lanceur d’alerte.

(...)

Christian Baudelot

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Education... N'oublions pas les écoles et collèges en milieu rural...

1 Août 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Education, #Sociologie

Education... N'oublions pas les écoles et collèges en milieu rural...

Enseignant depuis trente-quatre ans en collège rural du Pays de Caux (Seine-Maritime, quelque part entre Rouen et Dieppe, sur les bords de la vallée de la Scie), je suis bien placé pour observer les ravages provoqués par les pauvretés de toutes sortes, pauvretés alourdies par le fait qu'elles naissent et se développent en milieu rural :

- pauvreté financière;
- pauvreté intellectuelle;
- pauvreté des ambitions. (Comment être ambitieux quand il y a si peu à ambitionner);
- pauvreté des situations familiales (Mères isolées ; divorces difficiles);
- pauvreté des moyens de divertissements (A peine 10% des enfants du collège partent en vacances);

etc...

J’utilise le mot « pauvre » dans sa signification la plus large. On parle souvent des difficultés des enfants des cités. Beaucoup moins souvent de celles des élèves en milieu rural. Elles sont certes d'un autre ordre mais mériteraient une attention plus soutenue.

Ce tableau très noir n'est évidemment pas le seul. Il existe un tableau blanc. Avec des élèves et des familles heureuses. Mais la croissance des « grandes misères » doit nous inquiéter. Leur gravité et leur durée également.

Aucun enseignant ne peut ignorer, lorsqu'il est dans sa classe, qu'il a face à lui des élèves évidemment, mais toutes et tous porteurs d'un vécu social, bagage léger pour certains, extraordinairement lourd pour d'autres. Aucun professeur ne peut ignorer cela sous peine de passer à coté d'une réalité qui vit et qu'il vit pourtant chaque jour sous ses yeux, les « enfants/pré-adolescents » ne cherchant même plus à la cacher.

Sans verser dans la compassion, il est néanmoins criant d'évidence que lorsqu'on est pauvre, une pauvreté qui n'est pas circonscrite à la misère financière (on peut être riche et « pauvre »...), l'effort demandé à l'élève pour s'élever est souvent surhumain. Contrairement à des idées reçues et véhiculées par confort ou par lâcheté, l’École est certes un havre de paix, de transmissions de savoirs et de savoirs-faire, mais elle n'est pas, par je-ne-sais quel enchantement, épargnée ou dispensée des malheurs qui frappent celles et ceux dont nous partageons les journées.

Il nous faut repenser la pauvreté, repenser nos manières d'y répondre, cette pauvreté aux mille visages qui frappe des filles et des garçons auxquels on demande l'excellence sans se soucier parfois des obstacles invisibles, cachés, tus dans un lourd silence qui rendent l'objectif absolument inaccessible. Alors ils deviennent des « mauvais élèves » dans cette école qui ne tolère encore trop souvent que la "bonne" réponse, sanctionnant la "mauvaise". Et s'ils étaient déjà en difficultés, c'est la double peine qui les attend au sortir des conseils de classe :

pauvres chez eux et pauvres à l'école, pauvres partout!

Pourtant - et je me pose souvent la question - le « mauvais élève » n'est-il pas tout simplement un bon élève laissé à lui-même, depuis la maternelle ? Les seules explications culturelles à la pauvreté sont très éloignées de la réalité. Très insuffisantes en tout cas. Si seulement on pouvait comprendre vite, très vite et très tôt, que beaucoup de « mauvais » élèves le seraient moins si l'institution les aidait, ainsi que leurs parents, à prendre les bonnes décisions, à faire les bons choix, à saisir les bonnes opportunités, à s'engager dans la bonne orientation.

Hélas, ces bonnes décisions, ces bons choix, ces bonnes opportunités, ces bonnes orientations semblent encore trop souvent réservés à ceux qui ont échappé - et heureusement pour eux ! - aux pauvretés accablantes, qu'elles soient sociales, morales, intellectuelles ou toutes à la fois !

Christophe Chartreux

Education... N'oublions pas les écoles et collèges en milieu rural...
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Radioscopie... Jacques Chancel... Jeanne Moreau...

31 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Cinéma, #Jeanne Moreau

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Jeanne Moreau...

31 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique, #Jeanne Moreau

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Coup de coeur... Octave Mirbeau... Le Journal d'une Femme de Chambre... (+ vidéo)

31 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Ah ! qu'une pauvre domestique est à plaindre, et comme elle est seule !... Elle peut habiter des maisons nombreuses, joyeuses et bruyantes, comme elle est seule, toujours !... La solitude, ce n'est pas de vivre seule, c'est de vivre chez les autres, chez des gens qui ne s'intéressent pas à vous, pour qui vous comptez moins qu'un chien, gavé de pâtée, ou qu'une plante, soignée comme un enfant de riche... Des gens dont vous n'avez que les défroques inutiles ou les restes gâtés :

- Vous pouvez manger cette poire, elle est pourrie... Finissez ce poulet à la cuisine, il sent mauvais...

Chaque mot vous méprise, chaque geste vous ravale plus bas qu'une bête... Et il ne faut rien dire ; il faut sourire et remercier, sous peine de passer pour une ingrate ou un mauvais coeur... Quelquefois, en coiffant mes maîtresses, j'ai eu l'envie folle de leur déchirer la nuque, de leur fouiller les seins avec mes ongles...

Heureusement, on n'a pas toujours de ces idées noires... On s'étourdit et on s'arrange pour rigoler de son mieux, entre soi.

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Je n'aime pas cette France qu'on nous construit...

31 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique, #Macron

Je n'aime pas cette France qu'on nous construit...

Je n'aime pas, mais alors pas du tout, cette France qui se construit...

J'écris ces mots et ces phrases comme ils me viennent à l'esprit. La France que j'appelle "macronienne" ne me dit rien qui vaille et ne m'attire pas. Elle a le visage d'un pays que je ne connais pas et ne veux pas connaître.

Celui d'une grande bourgeoisie - ce n'est pas péjoratif - dictant au reste du "bon peuple" ce qu'il convient de penser, de dire, de faire. Celui d'une France urbanisée mais urbanisée autour de quatre ou cinq grands pôles dont évidemment Paris. Paris intra muros. Celui d'un espace fracturé mais artificiellement "rassemblé" par la seule volonté d'un discours présidentiel croyant pouvoir effacer les différences quand il faudrait au contraire les constater pour les réduire par l'action bien plus que par les mots ou les phrases simplistes et vidées de tout sens. Celui d'un champ politique dont on voudrait éliminer les clivages et le débat d'idées. Bruno Bonnell, candidat "La République En Marche" à Villeurbanne face à Najat Vallaud-Belkacem, n'affirmait-il pas, sans rire ou avec ce sourire des cyniques certains de leur triomphe : "Le débat entre la droite et la gauche c'est vintage". (Libération). 

"Vintage"... Comme si la politique devenait soudain un produit de consommation courante. 

Une France sans débat d'idées, aseptisée, qui commence déjà à mourir d'ennui. A mourir d'ennui et à souligner le danger qui s'annonce: celui d'une majorité présidentielle écrasante qui aura choisi, construit son opposition formée par la France Insoumise et le Front National. L'objectif tellement visible étant d'obtenir des victoires électorales grâce aux futurs millions de votes par défaut. Ceux-là même qui ont porté Emmanuel Macron au pouvoir. L'invention d'une "dictature douce".

Celui d'une France d'où la gauche serait absente. Je parle ici de la gauche de gouvernement, celle qui a, par le passé très récent, exercé le pouvoir avec courage et opiniâtreté, réussissant parfois, échouant parfois. La tragique absence - ou l'extrême rareté -  de ses représentants élus à l'Assemblée Nationale confirmerait alors mes craintes. La France ne serait plus celle qui a porté si haut la confrontation des idées, le débat raisonné et argumenté. Devrons-nous dire à nos élèves: "Plus de débat! Soyons dogmatiquement consensuels!"? 

Relisant récemment Spectrum de Perry Anderson, je fus arrêté par cette phrase : « L’art n’est vivant que si l’on se dispute à son sujet. » Il en va de même pour la politique... Sans dispute, point de vie...

Si la France d'Emmanuel Macron et de son parti - qui désormais en est un, quoi qu'il en dise - est celle qui imposerait aux français le concept de "la seule ligne possible", telle une évidence qu'il serait outrecuidant, voire blasphématoire, de nier, alors refusons absolument cette vision-là et combattons-la. Elle défigure Marianne!

Si la France d'Emmanuel Macron est celle qui imposerait à toutes et à tous le fait que seul le parti présidentiel est capable de défendre l'intérêt général, alors combattons cet "idéal" illustré par des des phrases aussi convenues que banalement médiocres :

"Il faut du renouvellement!". Qui n'est, si l'on y songe, que la variante édulcorée du "Virez-les tous" de Jean-Luc Mélenchon. Il existe parfois des complicités involontaires...

"Vous ne pouvez être objectifs puisque que vous appartenez à un parti!". Le "parti" étant LE repoussoir brandi par les militants marcheurs. Eux qui participent pourtant à la construction d'un ultra-parti...

"Le Président DOIT avoir une majorité pour appliquer les réformes". Oubliant que ce Président fut élu, non par consentement large, mais par l'apport de voix destinées uniquement à faire barrage au Front National. 

Si la France d'Emmanuel Macron est celle d'une école fabriquée pour les meilleurs et éliminant les plus faibles, oubliant jusqu'au principe d'éducabilité, revenant en - marche -  arrière pour appliquer de vieilles recettes ayant toutes échoué, passant à coté des enjeux véritables, autonomisant les collèges et lycées dans un ultra libéralisme dangereux, n'hésitant pas à tolérer des mouvements pour le moins douteux quant à leurs motivations laïques - je pense à Sens Commun, à Espérance Banlieues - alors luttons pied à pied contre cette politique-là...

Si la France d'Emmanuel Macron est celle de la pensée unique, autoritaire et sans contradiction possible, alors disons-le haut et fort. Sinon:

l'économie aura pris le pas sur la raison;

l'esprit d'entreprise triomphera de toute sagesse;

la rentabilité sera, même à l'école, partout la norme;

l'évaluation de tout, y compris de l'individu, sera le seul et redoutable instrument de mesure;

la bourgeoisie "CSP++++" détiendra les clefs du pouvoir et du savoir. Le sien.

Pour toutes ces raisons, j'appelle chacun et chacune à donner à la France une VERITABLE opposition, pour des débats d'idées, pour construire un pays aux sensibilités multiples et respectées !

Christophe Chartreux

Publié également ci-dessous

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La « bonne pioche » Blanquer invoque l'«esprit Montessori »... Par Claude Lelièvre...

31 Juillet 2017 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education, #Politique, #Pédagogie

La « bonne pioche » Blanquer invoque l'«esprit Montessori »... Par Claude Lelièvre...

La semaine dernière, le nouveau ministre de l'Education nationale s'en est encore pris ouvertement à ''l'égalitarisme'' et mezzo voice au ''pédagogisme'' tout en invoquant avec ferveur ''l'esprit Montessori''...

Jean-Michel Blanquer n'a pas manqué de recevoir pour cela les encouragements empressés de « Valeurs actuelles » (un hebdomadaire qui s'affiche comme ''libéral et conservateur'' ; et qui s'était déjà réjoui de sa nomination à la tête du ministère de l'Education nationale) : « Jean-Michel Blanquer apparaît de plus en plus être la bonne pioche du gouvernement Philippe. Critiquant à mots couverts le pédagogisme qui prévaut dans l'Éducation nationale depuis plusieurs décennies et qui a connu son acmé avec Najat Vallaud-Belkacem, Jean-Michel Blanquer précise sa pensée : "Le vrai ennemi du service public, c'est l'égalitarisme ; son ami, c'est la liberté. La liberté bien conçue favorise l'égalité'' »

A vrai dire, la charge du ministre de l'Education nationale contre « l'égalitarisme » n'a rien de bien nouveau. Elle est apparue chaque fois qu'il y a eu des tentatives pour mettre vraiment en place un « collège unique », et dès ses débuts. Jean-Michel Blanquer était encore en culotte courte au collège quand, par exemple, Jean-Marie Benoist s'en est pris avec une verve toute particulière à la création du collège unique voulu personnellement par le président de la République Giscard d'Estaing. Il accuse cette réforme  d' «aller vers le règne de l’uniformité, digne des démocraties populaires et vers la dépersonnalisation absolue, celle des steppes et des supermarchés ». Il condamne cet « égalitarisme absurde, forcené, uniformisateur ». « Ce mythe égalitaire précise-t-il est digne de ce peuple de guillotineurs que nous sommes depuis 1793, et se traduit par la culpabilisation de tout aristocratisme, de tout élitisme dans le savoir : raccourcir ce qui dépasse, ce qui excelle, voilà le mot d’ordre » (« La génération sacrifiée ; les dégâts de la réforme de l’enseignement », 1980).

En revanche l'invocation de « l'esprit Montessori » appartient en propre à Jean-Michel Blanquer : un signe des temps, de notre temps ?  « Je suis pour la créativité, la diversité des expériences. Je ne dis pas que Montessori doit être appliqué partout. D'ailleurs c'est plus l'esprit Montessori, qui doit être revisité, dans des modalités qui doivent évoluer. Au-delà du génie pédagogique qu'était Montessori, c'est sa démarche qui est importante [...]. Au lieu de voir ces expériences menées dans l'école privée comme bizarres, voire inquiétantes, j'aimerais à l'avenir qu'elles puissent être inspirantes pour le service public » ( « Matins de France Culture », 27 juillet 2017). Et le nouveau ministre de l'Education nationale précise : « Mon fil directeur, c'est d'abord une philosophie de l'éducation, qui mène à la liberté. Ce qui donne sens à toute éducation, c'est de donner plus de liberté, d'émancipation, à l'enfant. Une liberté de construction [...]. Les conceptions universalisantes de l'égalité vont à l'encontre de l'égalité réelle […]. C'est par plus de liberté que l'on peut aller vers plus d'égalité ».

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le choix « Montessori » peut paraître surprenant de la part d'un ministre de l'Education nationale. En effet, si l'on envisage de prendre en compte des expériences réelles mises en œuvre par des mouvements pédagogiques existants, pourquoi prendre appui sur la mouvance ''Montessori'' (pour l'essentiel en établissements privés) plutôt que sur la mouvance ''Freinet'' (qui existe bel et bien au sein de l'Education nationale) ? L'une comme l'autre ont des ''choses à dire'' (à nous dire) en matière de « liberté », de « liberté de construction » , d' « émancipation » . Il existe certes des différences. Mais c'est sans doute ce qui fait vraiment problème en l'occurrence...

Célestin Freinet loue Maria Montessori d’ « avoir rendu pratique, au moins dans une certaine mesure, l’auto-éducation des jeunes enfants [...] Mme Montessori a voulu placer ses élèves dans un milieu favorable à l’auto-éducation. […] Dans ce milieu, l’influence directe de l’institutrice est réduite au minimum. Chaque enfant s’occupe de l’objet choisi, le temps qu’il veut, et cette volonté correspond à la nécessité de la maturité intime de l’esprit, maturité qui demande un exercice constant, prolongé dans le temps. Aucun guide, aucun maître ne pourrait deviner l’exigence intime de chaque élève et le temps de maturation nécessaire à chacun ; mais c’est l’enfant lui-même qui nous les révèle dans la liberté. » (« Ecole émancipée » n°29, 19 avril 1925, pp 379-380)

En définitive, Célestin Freinet partage avec Maria Montessori un même ''matérialisme pédagogique'' ; mais il porte un jugement contrasté sur le matériel de la pédagogue au regard de la liberté de l’enfant. Et cela parce que, chez Freinet, il y a non seulement des ''outils physiques'', mais aussi des ''outils sociaux'' (correspondance interscolaire, responsabilité d'ateliers, conseils de coopérative...). Le maître mot revient en définitive à la ''coopération''. Et ce n'est pas un détail  pour ce qui concerne la conception de la liberté qui est effectivement mise en œuvre (découverte et ''expérimentée'' par les élèves eux-mêmes) .

C'est vraiment fondamental, pour Freinet et les siens, aussi bien dans le domaine politique que pédagogique. La première tâche assignée à l'Ecole de la troisième République était de faire des ''républicains''. Pour Freinet et les siens, il faut préparer à une ''République sociale'', voire ''socialiste'', en tout cas ''démocratique''. Et un vecteur majeur pour cela est la « coopération ». La « coopération » entre les élèves, en vue d'une responsabilisation progressive par le collectif, dans le collectif, pour le collectif. Mais aussi une « coopération » entre les instituteurs eux-mêmes pour qu'ils partagent leurs valeurs, leurs outils , leurs expériences «  afin que la libération pédagogique soit l'oeuvre des éducateurs eux-mêmes », et soit pleinement et effectivement une libération à la fois pédagogique et politique.

Mais on est là, à l'évidence, aux antipodes de « la liberté » versus Jean-Michel Blanquer (ou « Valeurs actuelles ») qui prend « une drôle de liberté » en tant que ministre de l'Education nationale.

Claude Lelièvre

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Lilicub...

30 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Jean-Marie Gustave Le Clézio...

30 Juillet 2017 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Jean-Marie Gustave Le Clézio...

C'était comme s'il n'y avait pas de noms, ici, comme s'il n'y avait pas de paroles. Le désert lavait tout dans son vent, effaçait tout. Les hommes avaient la liberté de l'espace dans leur regard, leur peau pareille au métal. La lumière du soleil éclatait partout. Le sable ocre, jaune, gris, blanc, le sable léger glissait, montrait le vent. Il couvrait toutes les traces, tous les os. Il repoussait la lumière, il chassait l'eau, la vie, loin d'un centre que personne ne pouvait reconnaître. Les hommes savaient bien que le désert ne voulait pas d'eux: alors ils marchaient sans s'arrêter, sur les chemins que d'autres pieds avaient déjà parcourus, pour trouver autre chose. L'eau, elle était dans les aiun, les yeux, couleur de ciel, ou bien dans les lits humides des vieux ruisseaux de boue. Mais ce n'était pas de l'eau pour le plaisir, ni pour le repos. C'était juste la trace de sueur à la surface du désert, le don parcimonieux d'un dieu sec, le dernier mouvement de la vie. Eau lourde arrachée au sable, eau morte des crevasses, eau alcaline qui donnait la colique, qui faisait vomir. Il fallait aller encore plus loin, penché un peu en avant, dans la direction qu'avaient donnée les étoiles. Mais c'était le seul, le dernier pays libre peut être, le pays où les lois des hommes n'avaient plus d'importance. Un pays pour les pierres et pour le vent, aussi pour les scorpions et pour les gerboises, ceux qui savent se cacher et s'enfuir quand le soleil brûle et que la nuit gèle.

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