Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Face à l’urgence écologique, comment transformer les programmes des écoles et universités ?

11 Octobre 2022 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education

Face à l’urgence écologique, comment transformer les programmes des écoles et universités ?
Face à l’urgence écologique, comment transformer les programmes des écoles et universités ?
Yoann Guntzburger, SKEMA Business School et Marine Hadengue, SKEMA Business School

Depuis plusieurs années, en France comme ailleurs, l’enseignement supérieur est questionné sur son rôle et ses responsabilités dans les crises socio-environnementales actuelles. En réponse, de nombreuses recherches et initiatives ont émergé visant à mieux intégrer dans les différents cursus les principes et les objectifs du développement durable, en particulier depuis L’Initiative de l’Enseignement supérieur pour le Développement durable (HESI) lancée en marge de la Conférence Rio+20 des Nations unies.

Mais malgré la prise en compte croissante de ces enjeux à travers des parcours, des cours ou des séances spécifiques sur l’éthique ou le développement durable, des activités de sensibilisation, telles la Fresque du Climat ou celle du Numérique, ou encore des test d’évaluation comme le Sulitest, la pression s’accroit sur les établissements d’enseignement supérieur, en particulier en ingénierie et en management.

Le Manifeste Étudiant pour un réveil écologique lancé en 2018, ou encore les très récents appels à bifurquer ou à se rebeller montrent que, malgré des efforts certains, les jeunes estiment que les cursus continuent à perpétuer le modèle dominant ayant conduit aux crises complexes actuelles et à venir.

3 questions au Manifeste étudiant pour un réveil écologique (L’Étudiant, 2019).

Il faut reconnaitre que cette approche intégrative – ajout d’un cours ou d’une session quand les programmes, déjà bien remplis, le permettent – reste contradictoire et crée de la confusion en diffusant des injonctions paradoxales entre les cours restés inchangés et les nouvelles activités pédagogiques, sans pour autant former à gérer ces contradictions.

Il conviendrait donc d’aller au-delà, en engageant les cursus dans une approche transformative. Ne plus intégrer le développement durable en ingénierie ou en management, mais plutôt enseigner l’ingénierie et le management pour le développement durable. C’est en transformant les programmes en profondeur que chaque étudiant et étudiante aura les connaissances et les compétences nécessaires pour être des acteurs et actrices responsables et engagé·e·s dans les transitions à venir, tant personnellement que professionnellement.

Quelles compétences intégrer ?

Face à ce constat, un trouble et une fébrilité semblent saisir le monde de l’enseignement supérieur. Comment transformer les cursus ? Doit-on tout déconstruire ? Quelles compétences intégrer ? En France, de récentes initiatives d’envergure abordent ces questions, comme le groupe de travail présidé par Jean Jouzel dont le rapport a été remis au gouvernement en février 2022, ou encore le Shift Project et leur projet ClimatSup Business.

[Plus de 80 000 lecteurs font confiance à la newsletter de The Conversation pour mieux comprendre les grands enjeux du monde. Abonnez-vous aujourd’hui]

Bien que ces initiatives apportent des bases solides de réflexion et d’action, la réflexion générale reste encore trop souvent concentrée sur l’identification des compétences clés pour le développement durable sans suffisamment aborder d’autres questions pourtant fondamentales.

Les compétences sont en effet déjà connues. La littérature académique (par exemple Redman et Wiek (2021), Moosmayer et coll. (2020) ou encore Lozano et Barreiro-Gen (2021)) ainsi que les rapports internationaux, dont ceux de l’Union européenne, de l’Unesco ou de l’OCDE, convergent depuis plusieurs années vers un ensemble clair de compétences.

Au travers de nos recherches et de nos activités institutionnelles, nous avons été amenés à produire un cadre global de 13 compétences intégrant ces différentes sources :

Author provided

Ces 13 compétences représentent un cheminement structuré en trois blocs se superposant progressivement :

  • se comprendre et comprendre les autres ;

  • comprendre le monde ;

  • transformer le monde.

Ce cadre n’est pas propre à une discipline et vise à soutenir les élèves, les professeurs, les directions de programmes, les gouvernances d’institution d’enseignement supérieur et les décideurs publics dans leurs efforts de transformation des cursus.

La transition prendra du temps

Si l’identification de ces compétences, au cours des dernières années, n’a pas été simple, le plus dur reste peut-être à venir. Leurs définitions respectives sont encore floues et leur opérationnalisation l’est plus encore.

Que veulent dire précisément ces compétences pour l’ingénierie et le management ? Quel devrait être le degré d’autonomie que les étudiantes et les étudiants devraient atteindre pour chacune d’entre elles ? Comment les traduire en objectifs d’apprentissage précis ? Quelles devraient-être les situations d’apprentissage permettant de les acquérir ? Quelles sont les situations d’évaluation de ces apprentissages ?

Des initiatives institutionnelles, comme à Pennsylvania State University, ou internationales, comme le projet i5 du PRME ou le programme de formation de l’EFMD, émergent pour aborder ces questions. Mais ces dernières restent complexes, et développer les réponses et les mettre en application à grande échelle prendra du temps.

La pression concurrentielle, en particulier en France, limite la capacité des établissements à s’engager pleinement dans cette évolution. Surtout, cette pression limite les réflexions collectives, alors que c’est au travers de la collaboration, dans et entre les disciplines, que les nouveaux modèles d’enseignement supérieur pourront être développés et déployés.

Outre les collaborations institutionnelles, ces réflexions ne doivent pas rester qu’une démarche d’experts et d’expertes et de politiques publiques. En particulier, il est essentiel que les étudiants et les étudiantes, et la jeunesse en général, soient pleinement intégrés à ces transitions. Par exemple, lors de la rentrée 2022 de SKEMA Business School, près de 800 d’entre eux en première année du Programme Grande École ont été invités à participer au Hackathon d’une semaine sur l’Enseignement supérieur en Transition, avec pour objectif d’intégrer leur travail à la transition de l’établissement.

Par ailleurs, en octobre 2022, l’Observatoire Mondial des Jeunesses sera lancé avec une première consultation d’intelligence collective massive : Youth Talks. Soutenu par un ensemble de plus de 30 partenariats internationaux avec des institutions d’enseignement supérieur et des regroupements de jeunesses, l’objectif de cette initiative internationale est de toucher plus de 200 millions de jeunes entre 15 et 29 ans à travers le monde afin de collecter les aspirations d’au moins 150 000 d’entre eux.

La transition nécessaire des modèles d’enseignement supérieur demande un réel changement de paradigme, basé non seulement sur de nouvelles compétences, mais également sur une transformation profonde des narrations, des valeurs, des métaphores et des symboles qui structurent de façon explicite ou implicite les modèles actuels.

Ce n’est qu’au travers de ces mutations que nous pourrons enfin développer de nouveaux horizons communs et tendre vers des modèles d’éducation dits humanistes en management ou en ingénierie qui privilégieraient la dignité humaine et le bien-être collectif, plutôt que la richesse, le pouvoir ou le statut.The Conversation

Yoann Guntzburger, Professeur en management, SKEMA Business School et Marine Hadengue, Professor of Innovation & Entrepreneurship, SKEMA Business School

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

Lire la suite

"L'école est finie": un documentaire au cœur du malaise enseignant

11 Octobre 2022 , Rédigé par SQOOL Publié dans #Education

Documentaire visible à partir du vendredi 7 octobre pendant un mois sur le site france.tv

Lire la suite

Dans l’Education nationale, la punition des mutations pour les syndicalistes

11 Octobre 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Stages en non-mixité : la justice rejette la dissolution du syndicat Sud  Éducation 93 (MàJ) - Fdesouche

Professeur de maths à Nanterre et très engagé au sein de SUD éducation, Kai Terada a été suspendu puis muté fin septembre sans explications. Une affaire emblématique de la «répression syndicale» à l’œuvre depuis plusieurs années, dénoncent l’enseignant et ses collègues, qui participent ce mardi à une journée d’action.

Depuis le 26 septembre, Kai Terada est en grève. Ce lundi-là, le professeur de mathématiques aurait dû prendre son nouveau poste au lycée Jean-Baptiste-Poquelin de Saint-Germain-en-Laye, ville cossue des Yvelines, et tourner la page de ses seize années au lycée Joliot-Curie de Nanterre, plus difficile. Une promotion ? Plutôt une punition. «Je ne suis pas du tout attiré par les lycées de centre-ville, je veux enseigner en éducation prioritaire, c’est là que je me sens le plus utile. Si je suis nuisible, pourquoi ils me “récompensent” ?» interroge-t-il. Depuis la rentrée, son cas agite ses confrères et consœurs. Au ministère de l’Education nationale, l’intersyndicale a même quitté le comité technique, le mois dernier, pour protester contre cette mutation imposée et réclame depuis d’être reçue par le cabinet de Pap Ndiaye. Une journée de grève et de rassemblements est organisée ce mardi pour soutenir Kai Terada et dénoncer, plus largement, la «répression antisyndicale» dans l’Education nationale.

Car ce professeur de 44 ans est militant, cosecrétaire départemental de SUD éducation dans les Hauts-de-Seine, de toutes les grèves, que ce soit pour la défense de l’éducation prioritaire (il fut l’un des initiateurs du mouvement Touche pas à ma ZEP) ou contre les épreuves anticipées du baccalauréat, du genre à aller tonner devant la direction académique pour que son établissement ne perde pas d’heures de cours. «On est fiers de ce qu’on fait et on revendique le fait de faire ce qu’il faut pour les élèves. Dans les années 2000, il y avait 60% de réussite au bac dans ce lycée. C’était 90 % en 2022. Qu’on ne vienne pas nous raconter qu’on fait n’importe quoi», dit-il de sa voix calme. Début septembre, il apprenait qu’il était suspendu pour quatre mois, sans motif. «J’ai consulté mon dossier administratif, il était vide», soupire-t-il. Bronca. Une partie de ses collègues se met en grève, des enseignants d’autres établissements lui apportent leur soutien. Kai Terada a été reçu au rectorat de Versailles, à la direction académique de Nanterre, au ministère. «A chaque fois, ils ont refusé de me donner les éléments concrets qui fondaient les procédures. C’était extrêmement pesant, parce que je ne pouvais pas m’expliquer», poursuit-il. D’aucuns s’interrogent : est-il coupable de faits graves ? L’an passé, des professeurs d’un collège du XVIIIe arrondissement de Paris s’étaient mis en grève en apprenant qu’un de leurs collègues était suspendu pour quatre mois, sans motif. Ils ignoraient alors qu’il faisait l’objet d’une plainte pour agression sexuelle de la part d’une élève. «Des gens se sont demandé s’il y avait une affaire de mœurs, c’est pas très agréable, glisse Kai Terada. C’est pour ça que je voulais qu’ils [le rectorat et le ministère, ndlr] disent de quoi j’étais accusé. Ils m’ont répondu “ce n’est pas une procédure disciplinaire, on n’est pas obligés de vous le dire”. C’est commode pour eux.»

Vieil outil

Sa suspension n’aura finalement pas duré les quatre mois annoncés : dès le 22 septembre, décision fut prise par le rectorat de Versailles de le muter «dans l’intérêt du service». Dans son arrêté de mutation, il est écrit que «le nom de M. Kai Terada revient régulièrement comme participant activement, en dehors des instances du dialogue social de l’établissement ainsi que de l’exercice normal d’une activité syndicale, à la dégradation du climat au sein de la communauté éducative». Qu’est-ce que l’exercice normal d’une activité syndicale ? s’interroge l’intéressé. Le même arrêté indique que son comportement et ses propos «ne sont pas constitutifs d’une faute de nature à justifier l’ouverture d’une procédure disciplinaire», d’où le recours à une mutation dans l’intérêt du service. Il a déposé un recours en référé et un recours au fond pour contester cette décision. Son syndicat, SUD éducation, a par ailleurs saisi la Défenseuse des droits, la semaine dernière, pour deux motifs : recours abusif aux mutations dans l’intérêt du service et répression syndicale à l’encontre des militants de SUD éducation. Sollicité par nos soins, le rectorat n’a pas répondu aux questions que nous lui avons posées, nous renvoyant à un communiqué de presse générique, qui mentionne «la situation très insatisfaisante dans laquelle se trouve l’établissement [de Kai Terada], tant du point de vue des élèves que des personnels» et indique que quatre mutations dans l’intérêt du service ont été prononcées dans ce lycée afin de «créer des conditions renouvelées pour reconstruire un climat apaisé», sans plus de précisions. Le cabinet du ministre de l’Education nationale n’a, pour sa part, pas souhaité réagir, nous renvoyant vers le rectorat.

Les mutations dans l’intérêt du service sont un vieil outil de la fonction publique. «L’agent n’est pas titulaire de son poste, il est titulaire de son grade, de son titre – dans le cas de Kai Terada : professeur de mathématiques agrégé, explique l’avocat Emilien Batôt. Donc l’administration procède aux affectations des agents sur les postes qu’elle a à disponibilité en fonction de l’intérêt du service. Très souvent, ça consiste à dire “il me manque un professeur de mathématiques dans un lycée, je vais l’y affecter”.» Toutefois, poursuit-il, la mutation dans l’intérêt du service est également utilisée pour résoudre des conflits, «même si l’agent muté n’est pas la cause de ces tensions». «Aujourd’hui, quand on mute quelqu’un dans l’intérêt du service, ça permet de contourner tout l’aspect disciplinaire. On n’a plus à justifier quoi que ce soit et les agents n’ont plus la possibilité de se défendre. On les mute et on clôt le sujet», résume la déléguée générale de Solidaires fonction publique, Gaëlle Martinez.

Catalyseur d’un mécontentement grandissant

Avant la loi de transformation de la fonction publique de 2019, des commissions administratives paritaires, où siégeaient des responsables syndicaux, se prononçaient sur les opérations de gestion du personnel. Y compris, donc, les mutations. Si leur avis n’était que consultatif, elles pouvaient au moins être tenues informées des mouvements et s’opposer à des mesures qu’elles jugeaient iniques. «Ça obligeait l’administration à constituer un peu plus solidement son dossier et probablement à s’autoréguler», éclaire la secrétaire général du SE-Unsa, Stéphane Crochet. Désormais, ces commissions n’ont plus leur mot à dire. «N’ayant plus de comptes à rendre, l’administration peut prendre des décisions un peu rapides, au risque qu’elles soient arbitraires. Les collègues peuvent craindre, à chaque fois qu’un souci apparaît, d’être mutés s’ils ne rentrent pas très vite dans le rang», poursuit Stéphane Crochet. «On déplace les collègues sans en référer à la commission administrative paritaire, avec le fait du prince, en disant “toi tu nous embêtes, tu fais un peu trop de bruit, tu es en dehors de ce qu’on attend d’un délégué syndical”», dénonce Christophe Campguilhem, secrétaire académique de la CGT éduc’action dans l’académie de Clermont-Ferrand et membre du collectif Sois prof et tais-toi, qui fédère les enseignants s’estimant victimes de répression pour leur engagement.

L’histoire de Terada fait l’objet d’une mobilisation qui dépasse le seul milieu enseignant. Des tribunes de soutien ont été signées par des députés de la Nupes, des écrivains, dessinateurs, historiens, sociologues… Elle n’est que le catalyseur d’un mécontentement grandissant depuis l’ère Blanquer. «Il y a, depuis l’arrivée de Macron au pouvoir, plus d’affaires de syndicalistes mis en cause, chez les enseignants ou autres militants pédagogiques. Ça passe souvent par de l’intimidation : convocation par le chef d’établissement ou au rectorat, visites d’inspecteurs, mauvaise note… avance Laurent Frajerman, chercheur associé au Centre de recherche sur les liens sociaux (Cerlis) de l’Université de Paris, spécialiste de l’engagement enseignant. Mais paradoxalement, il y a moins de sanctions contre les fonctionnaires [tous corps confondus] qu’auparavant.» Est-ce justement parce que l’administration fait l’économie des mesures disciplinaires, chronophages et qui impliquent le respect du contradictoire, en recourant aux mutations dans l’intérêt du service ? Dur à dire, puisque seuls les rectorats peuvent tenir les comptes. «A mon avis, c’est rare», dit Laurent Frajerman. Quant à la répression syndicale, est-elle réellement en hausse ? «Ça s’est toujours un peu fait, répond l’historien de l’éducation Claude Lelièvre. Ça se pratiquait sous la IIIe ou IVe République très facilement, pour éliminer des opposants syndicaux, politiques, ou pour contenter un notable qui se plaignait. Dans la période récente, c’est difficile à dire, parce que d’un côté, il y a une plus grande opacité institutionnelle, depuis qu’il n’y a plus les commissions paritaires, et, de l’autre côté, il y a une plus grande publicité par les réseaux sociaux.»

«Volonté de faire des exemples»

Le collectif Sois prof et tais-toi, lui, n’a aucun doute. «On a fait un travail de recensement de tous les cas qui s’étaient produits en même temps que nous et qui n’avaient pas été révélés : c’est vraiment un phénomène de répression syndicale. On a vu que, dans chaque académie, il y avait cette volonté de faire des exemples et de poursuivre des représentants syndicaux ou des luttes symboliques», affirme Aladin Lévèque, un des «quatre de Melle», ces enseignants sanctionnés pour avoir contesté, en 2020, la réforme du bac de Jean-Michel Blanquer. A Saint-Denis, Clermont-Ferrand, Rennes, Strasbourg… ils sont plusieurs, ces autoproclamés «réprimés» de l’Education nationale, à faire état d’une plus grande surveillance de leur activité et à dénoncer des sanctions visant à les faire taire. «Avec du recul, je pense sincèrement que je faisais trop de bruit», juge ainsi Sophie Thoraval. Ex-collègue de Kai Terada au lycée Joliot-Curie de Nanterre, elle a été mutée dans l’intérêt du service quelques semaines avant lui. Pas syndicaliste, elle est tout de même «très militante, pour la ZEP, contre les effectifs à 30 par classe. Dans ce lycée, quand on n’est pas d’accord avec notre hiérarchie, on le dit. Sans violence aucune, mais on le dit». Dans l’académie d’Amiens, Aude Marécaille, agrégée d’histoire, prof en prépa et syndiquée au Snes-FSU, est passée en conseil disciplinaire en juillet, puis a été mutée d’office… sur un poste de prof d’économie. «Ils n’ont aucune faute grave contre moi, rien, pas un mot plus haut que l’autre, pas une insulte. Ils disent que j’ai contesté de manière répétée la direction. La contestation de sa direction n’est désormais plus possible en France», déplore-t-elle. Certains de ses collègues ont été suspendus, pour des durées variées. «Pourquoi, pour les mêmes faits reprochés, on n’a pas les mêmes sanctions ? Je suis la seule syndiquée et la seule mutée d’office», indique-t-elle. Les divers professeurs incriminés que nous avons interrogés continuent de se battre pour voir leurs différentes sanctions annulées, mais cela leur coûte. Littéralement. «On en est à près de 30 000 euros de frais d’avocat», indique Aladin Lévèque. Sophie Thoraval, elle, estime que, quelle que soit l’issue, le mal est fait : «On va gagner quand ? Dans deux ans ? Trois ans ? Même si on gagne, ça y est on est partis du lycée.»

Elsa Maudet

Lire la suite

Miles Davis...

10 Octobre 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

Lire la suite

Coup de coeur... Pierre Adrian...

10 Octobre 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Litterature

Je ne revins pas à la grande maison par hasard. On ne retourne jamais quelque part par hasard. Secrètes sans doute, j’avais mes raisons après tant d’années de revoir la grande maison au mois d’août. Il y avait le temps qui passait et la certitude désormais que rien n’était éternel. Un jour viendrait où ce paysage, tel que je l’avais laissé enfant, n’existerait plus. Il appartiendrait à d’autres. Il serait abattu et reconstruit. D’autres familles s’y retrouveraient en été et les enfants d’autres noms joueraient sous les arbres. Grand-mère allait bientôt mourir. Grand-père était déjà mort. Les oncles et les tantes, les cousins vieillissaient.

 

Longtemps j’avais préféré des pays plus lointains, des mers qui étaient chaudes et me semblaient plus belles. J’avais abandonné la grande maison, certain qu’elle serait là pour toujours. Elle n’avait pas besoin de moi. Elle m’attendrait de toute façon. Je sais désormais que c’est un mépris immature qui me faisait penser cela, ou bien l’orgueil des vingt ans. Car j’avais cru voir le monde. J’avais connu d’autres mois d’août. Et il le fallait bien, au fond, pour découvrir mon erreur. Après m’être trompé, je voulais savoir ce que je pressentais avant d’autres vieillesses et l’évanouissement de nouveaux visages. À la grande maison depuis toujours, c’est-à-dire depuis que j’existe, rien n’avait changé. Là, sur la route de la mer, après le portail blanc, dissimulées derrière les haies de troènes, les tilleuls et les hortensias, se trouvaient les vacances d’août en Bretagne.

 

Cet été-là, je revins avec un sentiment familier mais que j’identifiais seulement. Celui de renouer avec un bonheur certain. Chaque année se rejouaient ici les mystères d’une vie entière résumée en quelques semaines. Il y avait d’abord la monotonie des jours qui se confondent. Et puis l’attente. Avant le basculement de la mi-août, la précipitation douloureuse de dernières soirées dans la lumière d’automne, déjà. La fin.

 

Août était le mois qui ressemblait le plus à la vie.

 

Pierre Adrian - Que reviennent ceux qui sont loin

Coup de coeur... Pierre Adrian...
Lire la suite

Purges des manuels, fantasmes pédophiles: en Floride, l’école au cœur de la «guerre culturelle» des fanatiques républicains

10 Octobre 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Visiter la Floride - L'essentiel et bon plans - Guide de la Floride

Au nom d’une croisade biblique menée notamment par le gouverneur Ron DeSantis, l’école s’est muée en nouvelle ligne de front idéologique. Un frein à l’apprentissage des élèves, sur fond de racisme et d’homophobie.

Non loin du tournant de la quatrième heure des débats, c’est un pasteur qui se présente au micro, toisant l’estrade où siègent les neuf membres exténués du conseil scolaire du district de Miami-Dade, pour pousser un peu plus haut encore la violence des discours qui tournent en boucle depuis le début de cette audience tenue début septembre. Les dizaines de prises de parole précédentes ont certes déjà déployé un nuancier très fourni de considérations haineuses, d’invocations très littérales de «Sodome et Gomorrhe», de cris à «l’innocence violée», au «péché biblique» ou à l’argent du contribuable spolié.

Mais nul avant lui ne s’était aventuré à se faire si virulemment menaçant : «Un vrai pasteur ne se cache pas dans l’église mais combat les loups au-dehors. Je suis venu ici non seulement pour vous demander de rejeter cette mesure, mais aussi des excuses publiques, et la démission de tous ceux ici qui ont osé la considérer. […] Cette mesure relève de l’abus sexuel. Combien d’agresseurs sexuels parmi vous, dans ce conseil ? Êtes-vous prêts à entrer dans l’histoire comme les responsables d’abus sexuels institutionnalisés sur nos enfants ? Attention : on vous demandera des comptes. Pas seulement votre démission, mais des poursuites criminelles contre quiconque votera cette mesure.» Tonnerre d’applaudissements dans les travées.

«Ouverture, empathie, solidarité à l’endroit de milliers d’élèves»

Le point en question à l’ordre du jour se proposait de décréter octobre «mois de l’histoire LGBTQ», en commémoration des luttes passées et célébration au présent de la mosaïque d’identités minoritaires – tout comme le calendrier comportait déjà un «mois de l’histoire noire», ou un «mois de la sensibilisation au cancer du sein», dont la proclamation fut d’ailleurs votée, sans faire de vagues, quelques heures plus tôt. La même disposition, dont les effets ne sont que symboliques, avait déjà été adoptée pour la première fois l’an passé, «en cinq minutes», se souvient avec amertume Scott Galvin, conseiller municipal de Miami depuis plus de vingt ans et directeur d’une organisation de soutien aux jeunes personnes LGBTQ.

Comme un petit nombre d’autres, enseignants, parents, lycéens, élus ou activistes parmi les premiers citoyens à prendre la parole ce jour-là dans la vaste salle tendue de rideaux bleus, il est venu, la voix étreinte d’émotion, défendre la mesure au nom de valeurs d’«ouverture», d’«empathie», de «solidarité» à l’endroit «de milliers d’élèves à qui, ne pas reconnaître ce mois, reviendrait à dire qu’ils ne comptent pas». Sans grand espoir face à l’homophobie arborée sans rougir par des dizaines d’opposants, largement issus de la très catholique communauté latino-américaine et venus en masse à bord des bus affrétés par leurs églises, ou mobilisés par des organisations ultraconservatrices telles que Moms for Liberty et la Coalition chrétienne. Eux revendiquent avec fureur et aplomb leur droit exclusif de parents à présider aux valeurs morales et religieuses auxquelles sont exposés leurs enfants, dénonçant, forts de leur majorité dans l’assistance, l’«endoctrinement» et la «sexualisation» des gosses, délirant sur des «cours de masturbation» susceptibles de remplacer les dictées, ou encore, dépeignant l’homosexualité comme «une maladie mentale», «une aberration du comportement humain», «un rituel satanique».

«Nationalisme et fondamentalisme chrétiens»

Dans la bascule, à seulement un an d’intervalle, du vote express de ce même dispositif par sept voix favorables contre une en 2021, à son rejet presque unanime (huit votes hostiles à un) par le même conseil scolaire au terme de six heures de palabres citoyennes essentiellement fétides, il n’y a pas lieu de voir le fait d’une opération divine ou du diable. Entre-temps, la Floride a en effet vu prospérer depuis le sommet de ses institutions gouvernementales un faisceau de discours et de politiques qui œuvrent de concert à muer l’école en ligne de front idéologique. C’est même là désormais le principal avant-poste des «guerres culturelles» conduites par le gouverneur Ron DeSantis, au nom d’une croisade aux accents volontiers bibliques contre l’épouvantail d’un endoctrinement de masse par «la gauche woke», accusée d’insinuer sa propagande jusque dans les exercices d’arithmétique – une cinquantaine de manuels furent retoqués en avril au prétexte de donner dans la «théorie critique de la race» et les «maths woke» (sic).

«Nous avons la responsabilité de nous assurer que les élèves qui sortent de notre système scolaire comprennent ce qu’être Américain veut dire, revendiquait DeSantis lors d’un meeting aoûtien, en campagne pour sa réélection lors des «midterms» du 8 novembreIls doivent comprendre que nos droits viennent de Dieu, pas du gouvernement». A cette fin, il a initié au début de l’été un nouveau programme de formation aux normes civiques, destiné aux enseignants. Plusieurs participants à la première session menée fin juin, sur la base du volontariat, en sont sortis accablés par un contenu baigné de «nationalisme et de fondamentalisme chrétiens», où l’histoire américaine de l’esclavage se trouvait outrageusement minorée et l’attachement des Pères fondateurs à la séparation entre l’Etat et l’Eglise était présenté comme une «idée reçue». Parmi eux, Barbara Segal, professeure de sciences politico-sociales depuis dix-neuf ans à Fort Lauderdale. Auprès de Libération, elle s’inquiète d’y avoir perçu un prélude «effrayant et biaisé à l’entrée en vigueur, annoncée l’an prochain, de nouveaux programmes pédagogiques, très axés sur le patriotisme, la fierté nationale, etc., où il ne sera plus question des grandes décisions de la Cour suprême» marquant des conquêtes de droits par les minorités.

Dès le lendemain de sa victoire par un écart minime en 2018, DeSantis et son commissaire à l’Education (Richard Corcoran, selon qui «l’école est 100 % idéologique – c’est notre épée, notre arme») se sont constitués en relais d’organisations comme Florida Citizens Alliance, dont l’activisme consiste à faire bannir des rayonnages scolaires toutes sortes de livres susceptibles de froisser leur idéologie – par une «obscénité», un propos antiraciste ou encore l’enseignement de la notion de réchauffement climatique, dont la Floride s’invite pourtant aux premières loges à chaque nouvel ouragan plus dévastateur que le précédent. Sur son site web, le groupuscule fustige l’école publique en tant que «système qui sape les droits individuels des enfants et détruit les principes fondateurs de notre nation et les valeurs familiales». Une vision que DeSantis n’a cessée ces derniers mois de traduire en actes politiques, au nom de la défense des «droits parentaux». Dont, au premier chef, celui à un contrôle autoritaire de la teneur de l’enseignement reçu par leurs enfants.

Dérives interprétatives

Promulgués à quelques mois d’intervalle seulement, le «Stop Woke Act», le «Parental Rights in Education Act» (surnommé loi «Don’t Say Gay» par ses détracteurs) et d’autres textes cousins placent les enseignants, établissements et districts scolaires sous la menace de poursuites intentées par n’importe quel citoyen mécontent d’une discussion survenue en classe, ou de la mise à disposition de tel ouvrage jugé «inapproprié» voire «pornographique» – mais encore faut-il définir ces notions. Explicitement ciblées, les questions raciales, de genre et d’orientation sexuelle le sont dans des termes aux contours très vagues, qui ouvrent sciemment la porte aux dérives interprétatives et incitent dès lors à l’autocensure.

Heather, maîtresse de CP dans un comté rural du nord de Tampa, explique ainsi à Libération qu’il n’y est désormais plus possible de s’appuyer sur des livres sans qu’ils soient au préalable «approuvés par le district. Et si les enfants veulent faire des recherches, c’est encore une tout autre bataille.» «Cela entrave réellement l’apprentissage des élèves, déplore-t-elle. L’an dernier, un parent s’est énervé parce que j’avais en classe un bouquin dont la couverture montrait «deux filles» en train de s’embrasser – c’était une mère qui embrassait sa fille. Ça devient vraiment révoltant.»

Une de ses consœurs, qui enseigne les arts plastiques en primaire dans le comté d’Osceola, au centre de l’Etat, relate sous condition d’anonymat la réception récente d’«un e-mail disant que nous ne sommes plus autorisés à montrer des œuvres d’art à nos élèves par peur des «nouvelles lois DeSantis». A présent, je dois écrire un essai sur chaque œuvre avant de la présenter aux élèves.» Plusieurs témoignages font aussi état de bibliothèques de classe condamnées, aux livres retournés de sorte que même leur tranche ne soit plus lisible, dans l’attente qu’un media specialist se prononce sur leur approbation ou non. A l’échelle de l’Etat, plus d’une centaine de titres au moins ont fait l’objet de contestations spécifiques et de retraits a minima préventifs, des best-sellers pour ados en rut de Judy Blume à une biographie de l’icône antiraciste Rosa Parks.

Un tel climat attise les suspicions et récriminations à l’endroit du personnel éducatif : «De plus en plus de parents se sentent autorisés à venir nous hurler dessus en plein cours, devant vingt-cinq élèves», témoigne Barbara Segal. Quand les profs ne sont pas jetés en pâture au public par les outrances toxiques du gouverneur lui-même, qui n’hésite pas à faire siens le lexique et l’imaginaire de mouvances complotistes à la QAnon, telle sa conseillère en com taxant les opposants à la loi «Don’t Say Gay» de «groomers» en puissance. Soit une injure intraduisible – et devenue archipopulaire depuis dans les sphères d’extrême droite –, qui désigne peu ou prou l’activité d’établir un lien de confiance avec un enfant à la seule fin de le soumettre à des abus.

Le terme revient ainsi sans cesse dans les dizaines commentaires injurieux postés sous un message vidéo bravache de veille de rentrée, adressé à DeSantis depuis les réseaux sociaux par Brandt Robinson, un professeur d’histoire du lycée de Dunedin. Au passage, celui-ci se trouve également taxé de «pervers», de «marxiste», de «pédophile», en réponse à sa détermination à «ne pas céder à l’intimidation» et ne rien changer de son enseignement, malgré le climat de «terreur et de harcèlement» instauré par le gouverneur.

Coups d’éclat applaudis par Fox News

Le recours incendiaire aux «paniques morales» en milieu scolaire n’est bien sûr ni dépourvu d’histoire, ancienne et récente, ni propre à la Floride – il y a simplement trouvé un exécutant dont le cynisme et l’abattage surclassent les standards de ses pairs en exercice. Du Tennessee au Texas, d’autres ambitieux républicains fondent des politiques des plus autoritaires dans la mise en scène de semblables affrontements du bon sens conservateur contre l’intoxication des innocents écoliers par le gauchisme et ses dérivés. Novice en politique, le businessman Glenn Youngkin a ainsi ravi l’an dernier la Virginie aux démocrates en trouvant dans le champ éducatif le terreau de ses mots d’ordre les plus mobilisateurs. Sa campagne, qui a depuis fait beaucoup d’émules à droite, fut notamment marquée par la promotion des fameux «droits parentaux» et ses assauts répétés contre la lecture en classe de Beloved, grand roman sur l’esclavage de l’écrivaine nobélisée Toni Morrison – une obsession alors dénoncée par beaucoup comme lestée d’un implicite raciste.

DeSantis, qui s’était alors surtout fait un nom dans l’écosystème républicain en combattant férocement toutes formes de restrictions sanitaires dans son État, même au pic de la pandémie, et notamment à l’école, y a très certainement discerné une inspiration fertile et le genre de registre porteur dont il s’efforce depuis de s’ériger en absolu champion. Avec en mire, non seulement sa réélection, mais surtout l’édification d’une aura nationale à force de coups d’éclat applaudis sur Fox News, lui qui se rêve en héraut républicain d’une course à la Maison Blanche post-Trump, dès 2024. Avec quelques raisons de croire en ses chances, car il n’est de loin pas le seul à s’y voir : non sans fatalisme, Scott Galvin, qui a vu l’animal affûter ses ambitions de près depuis ses premiers mandats au Congrès, nous assure être persuadé que c’est lui «le prochain président des Etats-Unis».

Numéro deux du principal syndicat enseignant de l’Etat, United Teachers of Dade (UTD), Antonio White veut encore croire à la possibilité d’une défaite dès novembre, dans «cette double campagne que DeSantis mène en ce moment, pour les mandats de gouverneur et de président». Le challenger sous pavillon démocrate, l’ex-gouverneur républicain Charlie Crist – distancé d’une dizaine de points dans les sondages –, a d’ailleurs fait le choix très signifiant de désigner pour colistière la présidente de l’UTD, Karla Hernández-Mats. Mais si White ne veut pas parler de malheur, il prévient : «De Santis, c’est Trump sous stéroïdes. Il s’entoure mieux, il est plus réfléchi, très éduqué et intelligent. En cela, je le crois beaucoup plus dangereux.»

Julien Gester

Lire la suite

Mort de Bruno Latour : comprendre "le philosophe français le plus célèbre et le plus incompris"

10 Octobre 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Environement, #Philosophie

EXTRAIT

Philosophe de l'écologie politique, l'anthropologue et intellectuel Bruno Latour est mort ce 9 octobre 2022 à 75 ans.

"Le philosophe français le plus célèbre et le plus incompris" selon le New York Times, un "dynamiteur des mythes modernes et penseur de la crise climatique" présente L'Obs, un "penseur du vivant"choisit Le Monde . Sociologue, anthropologue et philosophe des sciences et des techniques, professeur émérite associé au médialab de Sciences Po , Bruno Latour jouissait d'une grande notoriété internationale en tant qu'intellectuel français - et presqu'aucun article de presse ne manquait de le rappeler. Reconnu pour ses travaux sur l'écologie et le vivant, mais aussi le numérique et les arts politiques, il intégrait en 2007 le cercle prisé des dix auteurs les plus cités dans les travaux académiques en sciences humaines. Il est mort ce 9 octobre, à l'âge de 75 ans.

Comme de nombreux intellectuels, Bruno Latour s'était récemment saisi de la crise pandémique comme objet de réflexion écopolitique. Dans ses "leçons du confinement à l'usage des terrestres" (sous-titre de son essai Où suis-je ?, paru aux éditions La Découverte en 2021, juste après l'immense succès d'Où atterrir ? Comment s'orienter en politique), on se découvrait avec lui changés au réveil en cancrelats, Gregor Samsa version anthropocène, engoncés dans une "carapace de conséquences chaque jour plus affreuses que [l'on doit] apprendre à traîner" - une gorgée de café au goût de sol tropical ruiné, un tee-shirt taché par la misère d'un enfant bangladais, un repas dégageant des bouffées de méthane… - et sommés de réapprendre à vivre sur le terrain de nos termitières. Cette description métaphorique du (re)devenir-insecte, stimulante pour les uns, agaçante pour d'autres , était l'une des récentes inventions de Bruno Latour. Une voix influente parmi les penseurs contemporains qui, au croisement de l'anthropologie et de la philosophie, nous invitait à repenser le vivant en situation de crise écologique - ou plutôt de "nouveau régime climatique" comme il l'exprimait dans Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique (La Découverte, 2015), équivalent sur le plan politique de ce qu'est l'anthropocène en géologie. Depuis 2020, il avait justement mis en place avec le consortium Où atterrir ? des ateliers de description des conditions matérielles d’existence des habitants, pour appréhender cette crise écologique dont la pandémie lui semblait, en quelque sorte, sonner la répétition générale.

S'exprimant en différentes langues de sciences humaines et sociales, la pensée de Bruno Latour ne se bornait pas au seul thème de l'écologie politique. Pour jauger la largeur du champ "latourien", rappelons qu'on lui doit aussi une ethnographie du Conseil d'Etat, une analyse du projet (raté) de métro automatique "Aramis", ou encore une enquête sur le quotidien d’un laboratoire de neuroendocrinologie américain. Latour est aussi le penseur de concepts novateurs comme la "zone à défendre" ou la théorie sociologique de "l'acteur-réseau", et l’initiateur de projets institutionnels visant à décloisonner les sciences, via la fondation du Medialab de Science Po (un "laboratoire de recherche interdisciplinaire sur la place du numérique dans nos sociétés") ou la création d'un enseignement d’expérimentation en Arts Politiques (SPEAP) . Ces dernières années, le chercheur s'était aussi fait commissaire d'expositions : Iconoclash (2002) et Making Things Public (2005) au Centre d'art et de technologie des médias de Karlsruhe, ou plus récemment, en tant que curateur de la Biennale de Taipei en 2020.

(...)

Pauline Petit

Suite et fin en cliquant ci-dessous

Lire la suite

Adeline Hazan : "42.000 enfants sans domicile fixe, c'est inadmissible dans un pays développé"

10 Octobre 2022 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education, #Enfance

Les difficultés psychologiques des enfants SDF - Santé Mentale

Résumé

Journée mondiale de la santé mentale . L'Unicef France alerte sur la santé mentale des enfants sans domicile fixe : Adeline Hazan présidente de l'Unicef France est l'invitée de 6h20.

En savoir plus

Elle réagit d'abord à la suppression annoncée de 14.000 places d'hébergement d'urgence en deux ans : "Je le dénonce, c'est dans le projet de loi de finances. Alors qu'il y a déjà un manque criant de places ! C'est ce cri d'alarme que nous voulons porter aujourd'hui avec le Samu social : il y a environ 42.000 enfants qui sont aujourd'hui sans domicile fixe, à la fois à la rue, en hôtel, et en foyer d'hébergement. C'est un chiffre inadmissible dans  un pays développé."

"Ce chiffre a plutôt tendance à augmenter", précise Adeline Hazan. "Ce qu'il faut savoir c'est que ce n'est pas un chiffre officiel, nous avons dû le constater nous-mêmes avec les autres organisations humanitaires. Nous avons même dû élaborer  un baromètre pour savoir exactement le nombre d'enfants qui vivaient à la rue. Au cours d'une nuit du mois d'août, nous avons compté 1.600 enfants qui dormaient dans la rue. C’est un angle mort des politiques publiques, parce qu'il n'y a pas de statistiques ni d'action pour contrer ce phénomène."

"Vivre dans la rue, dans un hôtel ou un foyer, c'est vivre en danger"

Le rapport publié par l'Unicef France revient justement sur la santé mentale de ces enfants sans domicile fixe, un lien "primordial", selon sa présidente. "C'est au moment de l'enfance que le cerveau se construit. Or vivre dans la rue, dans un hôtel ou dans un foyer d'hébergement, ça veut dire vivre en danger, vivre dans la proximité familiale avec des risques de tension et de violences. Ça veut dire ne pas aller à l'école, pour ceux qui vivent dans la rue, car souvent les mairies n'acceptent pas les enfants de famille sans adresse. Et même s'ils arrivent à se faire inscrire, ils ne pourront pas apprendre dans des conditions satisfaisantes."

"Tout ça engendre de l'angoisse, de l'insécurité, des relations familiales perturbées", s'inquiète Adeline Hazan. "Et tous ces troubles qui s'inscrivent dans l'enfance vont perdurer à l'âge adulte."

A écouter en cliquant ci-dessous

Lire la suite

Camille Thomas... Ukrainian Melody...

8 Octobre 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

Lire la suite

Coup de coeur... Albert Camus...

8 Octobre 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Litterature

La Peste - Poche - Albert Camus - Achat Livre ou ebook | fnac

 

Maintenant, je sais que l'homme est capable de grandes actions. Mais s'il n'est pas capable d'un grand sentiment, il ne m'intéresse pas.

- On a l'impression qu'il est capable de tout, dit Tarrou.

- Mais non, il est incapable de souffrir ou d'être heureux longtemps. Il n'est donc capable de rien qui vaille.

Il les regardait, et puis :

- Voyons, Tarrou, êtes-vous capable de mourir pour un amour ?

- Je ne sais pas, mais il me semble que non, maintenant.

- Voilà. Et vous êtes capable de mourir pour une idée, c'est visible à l’œil nu. Eh bien, moi, j'en ai assez des gens qui meurent pour une idée. Je ne crois pas à l'héroïsme, je sais que c'est facile et j'ai appris que c'était meurtrier. Ce qui m’intéresse, c'est qu'on vive et qu'on meure de ce qu'on aime.

...

- L'homme n'est pas une idée, Rambert.

...

- C'est une idée, et une idée courte, à partir du moment où il se détourne de l'amour. Et justement, nous ne sommes plus capables d'amour.

 

Albert Camus - La peste

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>