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Vivement l'Ecole!

Bob Seger...

27 Septembre 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #musique

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Coup de coeur... Diaty Diallo...

27 Septembre 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Litterature

 

Je vais pénétrer dans le parking. L’odeur caractéristique des endroits sans soleil me saute au nez, agite l’hippocampe dans mon crâne et mes souvenirs d’enfant. D’une fois qu’on cherchait une cachette dans les caves de notre immeuble avec mes grands frère et sœur, que je collais comme leur ombre, et qu’une porte coupe-feu s’était refermée sur mon annulaire, le diminuant à tout jamais de deux millimètres. De quand j’allais accrocher mon vélo dans ces mêmes couloirs sombres, le dos trempé et les doigts tremblants de la peur d’être suivi. Cette humide odeur de terre, c’est aussi celle de la fête immergée où jamais rien de liquide ne se paye avec de l’argent. L’odeur de l’underground. Des mélanges d’alcool et de soft dans des bouteilles d’eau de source. De la fumée de clopes achetées en Espagne. Du partage de goulots, de la fusion des ivresses, de la musique de Chicago. Où chacun vibre à sa singulière cadence, défie les impacts des basses propulsées.

C’est l’odeur de la part qu’on nous laisse. Des mètres de trottoir, quelques bancs, des triangles d’herbe, des bouts de bois morts qu’on transforme en braise pour cuire la viande. Le moindre coffre de voiture est un possible sound system.

On est débrouillards. On est joyeux.

Mais nos réjouissances n’en sont pas pour tout le monde. Il y en a qui ne nous voient que comme les rejetons braillards d’ascendants qui avaient au moins la délicatesse de la fermer. C’est vrai qu’on fait ça, parler fort, mais on est quand même loin de passer toutes nos nuits à beugler sous des fenêtres. On a juste besoin d’agitation, un peu. Attiser des feux, se raconter des trucs pour passer les jours qui rallongent et même ceux qui raccourcissent en fait et puis danser parfois.

Pas grand-chose en somme

Diaty Diallo - deux secondes d'air qui brûle

Deux secondes d'air qui brûle - Diaty Diallo - Babelio

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Réforme du collège : Pap Ndiaye rouvre un débat vieux de cinquante ans

27 Septembre 2022 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Réforme du collège : Pap Ndiaye rouvre un débat vieux de cinquante ans

EXTRAITS

Le ministre de l’éducation nationale a qualifié le collège d’« homme malade du système ». Si observateurs et acteurs de terrain confirment l’existence de tensions, ils se méfient d’une énième réforme.

Eclipsé des débats pendant cinq ans, le collège revient au cœur des discours politiques. Dans un entretien accordé à Midi libre, mi-septembre, le ministre de l’éducation nationale, Pap Ndiaye, a affiché sa volonté de « s’attaquer » au collège, qu’il qualifie d’« homme malade du système ». Depuis sa nomination, fin mai, le locataire de la Rue de Grenelle multiplie les prises de parole sur cette étape de la scolarité. Il a plusieurs fois évoqué l’« attention particulière » qu’il tenait à accorder au collège, « pris en sandwich » entre l’école primaire, érigée en « priorité » sous son prédécesseur Jean-Michel Blanquer, et le lycée, objet de la plus vaste réforme éducative du premier quinquennat d’Emmanuel Macron.

Pourquoi se focaliser sur le collège ? Pap Ndiaye insiste sur le « faible » niveau des élèves à la fin de la 3e, surtout en mathématiques et en anglais, et sur les inégalités qui se « creusent » en 6e pour justifier la nécessité d’une transformation. Les tests passés en début de 2de montrent, en effet, qu’une partie des élèves n’a pas une maîtrise suffisante des compétences et des connaissances évaluées en maths et en français, et que les importants écarts de niveaux sont fortement corrélés à l’origine sociale des élèves.

Pour l’heure, le ministre de l’éducation nationale ne se risque à aucune annonce d’ampleur et renvoie à la concertation qui va se mettre en place dans le cadre du Conseil national de la refondation, cette instance de dialogue lancée par Emmanuel Macron début septembre. Seuls des dispositifs spécifiques ont été proposés pour la rentrée, comme la poursuite du « plan mathématiques » ou le déploiement d’un « plan d’urgence » pour améliorer le niveau d’anglais des collégiens. La Rue de Grenelle met également l’accent sur les expérimentations prévues pour « mieux accompagner la transition » entre le CM2 et la 6e ou pour encourager la « découverte des métiers » pour les élèves dès la 5e.

(...)

Observateurs et acteurs de terrain le reconnaissent cependant : il y a bien un « sujet collège », niveau de la scolarité où « se concentrent beaucoup de difficultés liées aux apprentissages », selon les mots de Sophie Vénétitay, responsable du SNES-FSU. « Au collège comme à l’école, des élèves de tous les horizons sont ensemble, sauf qu’au collège les problématiques liées à l’adolescence s’ajoutent au cumul des lacunes qui devient psychologiquement difficile à supporter pour des élèves qui vivent toute leur scolarité obligatoire en échec », abonde Jérôme Fournier, du SE-UNSA.

Sur le terrain, les enseignants témoignent, en outre, de tensions croissantes dans la gestion de l’hétérogénéité des classes. « Dans une même classe, j’ai un élève non francophone, des élèves qui doivent être accompagnés par des AESH [accompagnants d’élèves en situation de handicap] et n’en ont pas, ou pas à tous les cours, des élèves en très grandes difficultés scolaires… », énumère Emilie (qui n’a pas souhaité donner son nom), professeure d’anglais en REP + à Sedan (Ardennes). « C’est très compliqué de gérer seule autant de problématiques dans un groupe de 25 élèves, surtout quand on n’y est pas formé. »

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La réforme de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale de François Hollande, avait été pensée pour le consolider et pour clarifier ses finalités. Après l’inscription du « socle commun de connaissances, de compétences et de culture » dans la loi en 2005 et sa déclinaison pédagogique précise en 2013 (quarante ans après la création du collège unique), la réforme de 2015 avait pour ambition « de réorganiser le système pour assurer l’acquisition du socle commun par tous les élèves », souligne Alexis Torchet, du SGEN-CFDT.

Jean-Michel Blanquer a cependant détricoté les fondements de cette réforme dès son arrivée Rue de Grenelle, en 2017, et les changements mis en œuvre depuis 2016 (les marges d’autonomie, les heures d’enseignement pratiques interdisciplinaires…) et leurs conséquences sur la scolarité des élèves n’ont jamais été évalués – pas plus, d’ailleurs, que toutes les précédentes réformes. « Des choses ont été mises en place dans les collèges, mais elles passent sous les radars institutionnels », regrette Alexis Torchet.

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Eléa Pommiers et Sylvie Lecherbonnier

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« Innovation pédagogique » : les injonctions paradoxales d’Emmanuel Macron

27 Septembre 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

« Innovation pédagogique » : les injonctions paradoxales d’Emmanuel Macron

Le président de la République veut soutenir financièrement les projets innovants. Mais les tenants d’une pédagogie critique sont parfois ignorés, voire combattus au sein de l’Éducation nationale. Débat sur les chausse-trappes de « l’innovation » et le risque de libéralisation du système scolaire.

Des débats, partout, impliquant les enseignant·es, mais aussi les collectivités, les associations, les entreprises, et la constitution de « projets pédagogiques innovants », pour donner à chacune et chacun la possibilité de réussir à l’école. Voici, en quelques lignes, les annonces d’Emmanuel Macron pour cette rentrée, assorties de quelque 500 millions d’euros pour les écoles dont le projet passerait la barre d’un « jury », dont la nature reste encore assez mystérieuse.

C’est la mise en œuvre, sur tout le territoire, d’une expérimentation lancée à Marseille il y a à peine un an.

De quoi parle-t-on ? Est-ce que des pédagogies alternatives ne sont déjà pas possibles à l’école ? Y a-t-il un risque à créer une concurrence entre les établissements ? Surtout, comment accueillir ces annonces, alors que certain·es des militant·es des pédagogies critiques, intéressé·es à la réussite de tous les enfants dans le secteur public, dénoncent l’absence de soutien, voire la répression dont ils et elles font l’objet ? Le détour pédagogique peut-il résoudre à lui seul les inégalités sociales que reproduit l’école ?

C’est toute l’ambiguïté de l’institution Éducation nationale vis-à-vis des « pédagogies nouvelles », dans un système scolaire de plus en plus découpé en autant de parts de marché, comme l’explique Ghislain Leroy, auteur d’une Sociologie des pédagogies alternatives (La Découverte). Il en débat avec Hélène Careil, enseignante, militante à l’Icem-pédagogie Freinet, mutée de son école « pour les besoins du service » en 2021, et Sébastien Fournier, secrétaire départemental adjoint du syndicat enseignant SNUipp des Bouches-du-Rhône, dans la nouvelle émission de Mediapart consacrée à l’éducation, « À bonne école ».

Mathilde Goanec

(Vidéo de l'émission en cliquant ci-dessous)

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Mark Knopfler et Eric Clapton...

26 Septembre 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #musique

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Coup de coeur... Umberto Eco... "Reconnaitre le fascisme"

26 Septembre 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Litterature

Reconnaître le fascisme, de Umberto Eco, Myriem Bouzaher | Éditions Grasset

"Puisque aucune quantité d'êtres humains ne peut posséder une volonté commune, le Leader se veut leur interprète. Ayant perdu leur pouvoir de délégation, les citoyens n'agissent pas, ils sont seulement appelés, pars pro toto, à jouer le rôle du peuple. Ainsi le peuple n'est plus qu'une fiction théâtrale. Pour avoir un bon exemple de populisme qualitatif, il n'est plus besoin de Piazza Venezia ou du Stade de Nuremberg. Notre avenir voit se profiler un populisme qualitatif télé ou Internet, où la réponse émotive d'un groupe sélectionné de citoyens peut être présentée et acceptée comme la "voix du peuple"."

Umberto Eco - Reconnaitre le fascisme

                           ___________________________

La première caractéristique du fascisme éternel est le culte de la tradition. Il ne peut y avoir de progrès dans la connaissance. La vérité a été posée une fois pour toutes, et on se limite à interpréter toujours plus son message obscur.

Le conservatisme implique le rejet du modernisme. Le rejet du monde moderne se dissimule sous un refus du mode de vie capitaliste, mais il a principalement consisté en un rejet de l’esprit de 1789 (et de 1776, bien évidemment [Décalaration d’indépendance des États-Unis]). La Renaissance, l’Âge de Raison sonnent le début de la dépravation moderne.

Le fascisme éternel entretient le culte de l’action pour l’action. Réfléchir est une forme d’émasculation. En conséquence, la culture est suspecte en cela qu’elle est synonyme d’esprit critique. Les penseurs officiels fascistes ont consacré beaucoup d’énergie à attaquer la culture moderne et l’intelligentsia libérale coupables d’avoir trahi ces valeurs traditionnelles.

Le fascisme éternel ne peut supporter une critique analytique. L’esprit critique opère des distinctions, et c’est un signe de modernité. Dans la culture moderne, c’est sur le désaccord que la communauté scientifique fonde les progrès de la connaissance. Pour le fascisme éternel, le désaccord est trahison.

En outre, le désaccord est synonyme de diversité. Le fascisme éternel se déploie et recherche le consensus en exploitant la peur innée de la différence et en l’exacerbant. Le fascisme éternel est raciste par définition.

Le fascisme éternel puise dans la frustration individuelle ou sociale. C’est pourquoi l’un des critères les plus typiques du fascisme historique a été la mobilisation d’une classe moyenne frustrée, une classe souffrant de la crise économique ou d’un sentiment d’humiliation politique, et effrayée par la pression qu’exerceraient des groupes sociaux inférieurs.

Aux personnes privées d’une identité sociale claire, le fascisme éternel répond qu’elles ont pour seul privilège, plutôt commun, d’être nées dans un même pays. C’est l’origine du nationalisme. En outre, ceux qui vont absolument donner corps à l’identité de la nation sont ses ennemis. Ainsi y a-t-il à l’origine de la psychologie du fascisme éternel une obsession du complot, potentiellement international. Et ses auteurs doivent être poursuivis. La meilleure façon de contrer le complot est d’en appeler à la xénophobie. Mais le complot doit pouvoir aussi venir de l’intérieur.

Les partisans du fascisme doivent se sentir humiliés par la richesse ostentatoire et la puissance de leurs ennemis. Les gouvernements fascistes se condamnent à perdre les guerres entreprises car ils sont foncièrement incapables d’évaluer objectivement les forces ennemies.

Pour le fascisme éternel, il n’y a pas de lutte pour la vie mais plutôt une vie vouée à la lutte. Le pacifisme est une compromission avec l’ennemi et il est mauvais à partir du moment où la vie est un combat permanent.

L’élitisme est un aspect caractéristique de toutes les idéologies réactionnaires. Le fascisme éternel ne peut promouvoir qu’un élitisme populaire. Chaque citoyen appartient au meilleur peuple du monde; les membres du parti comptent parmi les meilleurs citoyens; chaque citoyen peut ou doit devenir un membre du parti.

Dans une telle perspective, chacun est invité à devenir un héros. Le héros du fascisme éternel rêve de mort héroïque, qui lui est vendue comme l’ultime récompense d’une vie héroïque.

Le fasciste éternel transporte sa volonté de puissance sur le terrain sexuel. Il est machiste (ce qui implique à la fois le mépris des femmes et l’intolérance et la condamnation des mœurs sexuelles hors normes: chasteté comme homosexualité).

Le fascisme éternel se fonde sur un populisme sélectif, ou populisme qualitatif pourrait-on dire. Le Peuple est perçu comme une qualité, une entité monolithique exprimant la Volonté Commune. Étant donné que des êtres humains en grand nombre ne peuvent porter une Volonté Commune, c’est le Chef qui peut alors se prétendre leur interprète. Ayant perdu leurs pouvoirs délégataires, les citoyens n’agissent pas; ils sont appelés à jouer le rôle du Peuple.

Le fascisme éternel parle la Novlangue. La Novlangue, inventée par Orwell dans 1984, est la langue officielle de l’Angsoc, ou socialisme anglais. Elle se caractérise par un vocabulaire pauvre et une syntaxe rudimentaire de façon à limiter les instruments d’une raison critique et d’une pensée complexe.

Umberto Eco, Reconnaître le fascisme, Grasset, 2017

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COP26 : l'éducation face au changement climatique

26 Septembre 2022 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Environement

COP26 : l'éducation face au changement climatique

Résumé

A l'ère de l'Anthropocène, faut-il repenser l'éducation et la manière de parler du futur aux enfants ?

avec :

Frederick Heissat (Cofondateur du réseau Profs en transition), Lydie Lescarmontier (docteure en glaciologie), Monique Dupuis (Inspectrice générale chargée de mission en Education au Développement Durable (EDD)), Nathanaël Wallenhorst (Maître de conférences à l'UCO, docteur en sciences de l'environnement et de l'éducation).

En savoir plus

À quelques jours de la COP 26, qui commence le 1er novembre à Glasgow, nous nous  interrogeons sur le rôle que l’école, les enseignants et nous tous peuvent jouer pour faire comprendre aux enfants et adolescents les mécanismes et les effets du réchauffement climatique. Cette question, il faut le signaler, est présente dans les textes internationaux : l’Article 12 des Accords de Paris, rédigés à la suite de la COP 21 et ratifiés par 55 pays, stipule que les parties doivent prendre des mesures pour développer l'éducation au changement climatique.

Alors nous parlerons de la place qu’occupe le sujet dans les programmes des sciences de la vie et de la terre, de physique ou de géographie, mais aussi en économie, géopolitique ou en philosophie… ou encore dans l’éducation scientifiques dès l’école primaire… Mais il ne s’agit pas juste d’une question de contenus disciplinaires ou interdisciplinaires, car c’est aussi la manière de parler de l’avenir, de s’y projeter, qui se trouve engagée à travers cette éducation au changement climatique. Et que faire des émotions que suscite le sujet, chez les enfants comme chez les adultes, ces inquiétudes sur notre futur commun et celui de la planète qu’on appelle aujourd’hui l’éco-anxiété ? Quid aussi de la défiance voire du refus des conclusions des scientifiques chez certains ?

(...)

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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Professeurs absents : des parents d'élèves portent plainte contre l’Éducation nationale

26 Septembre 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Face à l'absence de professeurs, plus d'une centaine de requêtes ont été déposées pour obtenir des indemnisations à hauteur de 50 euros par jour non remplacé et 500 euros de préjudice moral. 

Attaquer l’Éducation nationale en justice comme dernier recours. Dans cette école, un enseignant n'a pas pu être remplacé l'année dernière. La mère d'un élève a décidé de déposer une requête indemnitaire auprès du ministère : "En tant que maman je n’avais pas de solution pour ma fille qui était en CE2 et qui n'a pas eu de maître ou de maîtresse devant elle pendant sept semaines". Avec cette requête, un parent d'élève peut réclamer à l’état 50 euros par jour de cours non remplacé et 500 euros pour le préjudice moral.

Deux mois pour répondre aux requêtes   

Pour que l'État apporte enfin des solutions, ce sont des parents de toute la France qui ont soumis des requêtes. 121 ont été déposées au ministère, mais ce n'est qu'un début. "Le fait de traiter ce sujet avec des milliers de dossiers permettra de faire réagir et donc d'obtenir la mise en place de vraies solutions d’État", explique Maître Joyce Pitcher, avocate des parents d’élèves. Le ministère a deux mois pour réagir aux requêtes. À défaut, les avocats saisiront le tribunal administratif de chaque académie.

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Débat : Après le classement de Shanghai, penser d’autres modèles d’excellence scientifique

26 Septembre 2022 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education, #Universite

Quatre universités françaises parmi les 100 meilleures du monde selon le  classement de Shanghai

Débat : Après le classement de Shanghai, penser d’autres modèles d’excellence scientifique
Marion Paoletti, Université de Bordeaux

Ninon Junca, cheffe de projet RESET au sein de l’Université de Bordeaux, a participé à la rédaction de cet article avec Marion Paoletti.


Si elle ne manque pas d’ironie, l’invitation lancée en avril 2022 par le président chinois aux universités de son pays de quitter, près de 20 ans après son invention, le classement de Shanghai constitue peut-être un moment charnière pour promouvoir d’autres modèles de classement des institutions d’enseignement supérieur.

L’Union européenne parait particulièrement bien armée pour proposer des critères de classement qui reposent sur d’autres valeurs propres et un modèle scientifique véritablement universel. Son action en la matière, ancienne, mais peut-être trop discrète jusqu’à présent compte tenu de la puissance du modèle de Shanghai, mérite sans doute d’être mieux affirmée au moment où celui-ci est un peu déstabilisé.

Un moment propice pour la réflexion

Rendu public à l’été 2003, le premier classement international des universités a eu un impact majeur sur le secteur académique mondial et ses agents. Pensé au départ pour permettre aux universités chinoises de se moderniser en s’alignant sur les standards américains de mesure de la productivité scientifique (nombre de publications, de citations, de prix scientifiques, etc.), ce classement a très vite gagné en visibilité à l’international et exacerbé la concurrence entre établissements d’un continent à l’autre. Chaque université dans le monde veut renforcer son positionnement pour obtenir davantage de financements et attirer les meilleurs étudiants et chercheurs.

L’impact en France a été particulièrement important, coïncidant avec l’abandon d’un discours égalitaire entre chercheurs et établissements. Certes, la compétition sur le marché académique n’est pas que capitaliste, et elle n’est pas due pas qu’aux seuls effets des classements mais aussi à la diffusion du Nouveau Management Public (NMP), doctrine de réforme de l’État à l’œuvre dans tous les secteurs publics depuis les années 1990 et contribuant à la mise en concurrence des agents, des services, des administrations.

Conjuguant leurs logiques et effets, classement et Nouveau Management Public ont bouleversé les politiques universitaires. La compétition commence à l’intérieur des établissements, elle s’élargit au niveau national à travers les nouvelles agences de l’État chargées de l’évaluation des structures académiques (HCERES) ou des projets de recherche financés (ANR, appels nationaux lancés par l’État) et elle se joue aussi sur la scène européenne et mondiale.

Au niveau des établissements, la politique de fusion, dans le but premier de progresser dans le classement grâce à un effet de masse, est majeure en France, au premier rang des pays européens par le nombre de fusions réalisées entre 2000 et 2015. Au niveau des individus, la mesure de la performance s’effectue principalement à travers deux critères : la quantification des publications et l’internationalisation.

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L’annonce de la part de la Chine d’un repli sur un modèle national constitue un moment propice pour la réflexion, incitant à se pencher sur les projets de transformation commune des établissements que l’Union européenne finance de longue date, dans un sens favorable à l’égalité des carrières et à l’équité. C’est notamment le cas du projet RESET (Redesigning Equality and Scientific Excellence Together) que l’université de Bordeaux coordonne et qui associe les universités de Porto, Thessalonique, Lodz, Oulou, Ruhr-Bochum et Sciences Po.

Dans le cadre de ce projet ont été menées en 2021 dans les établissements partenaires des enquêtes quantitatives sur les inégalités de carrière, et des enquêtes qualitatives sur la perception de l’excellence scientifique par les agents chargés de la mettre en œuvre. Leurs résultats amènent à interroger le modèle scientifique promu par l’université de Shanghai et à questionner la notion d’excellence scientifique à l’aune de la notion d’équité. Le constat a fondé l’engagement commun, rendu public en juin 2022, des sept présidents d’universités européennes concernées en faveur d’une excellence scientifique inclusive, tenant compte des inégalités qui traversent les institutions académiques.

Des critères aveugles aux inégalités de genre

L’excellence peut être définie comme ce qui présente « des caractéristiques exceptionnelles ». Quand l’exception devient la norme, la notion perd de sa pertinence pour les agents chargés de la mettre en œuvre. Les données qualitatives recueillies dans le projet RESET, à travers plusieurs focus groups dans quatre universités (Bordeaux, Lodz, Porto, Thessalonique) au printemps 2021 et composés de manière homogène de chercheurs, d’enseignants, de personnels administratifs et de membres de l’équipe de gouvernance, signalent, au-delà des différences liées au contextes nationaux, l’ambivalence partagée de la notion.

Pour la majorité des personnes, l’excellence scientifique est une notion qui devrait être positive et constitue parfois un puissant moteur individuel. Elle se trouve aussi associée aux idées de pression et de surcharge de travail. Un élément a été souligné en particulier par les personnels administratifs : le manque de reconnaissance de leur participation, notamment dans les services de soutien à la recherche.

Les participants aux groupes de discussion ont également souligné la difficulté à concilier vies et environnements personnels et professionnels pour atteindre l’excellence. La « recherche constante de l’excellence » semble lui faire perdre son sens. L’« excellence » a perdu sa partie « supra » et s’est transformée en un élément « normal » et parfois « insensé ». Par ailleurs, la pression liée au nombre de publications est perçue par les chercheurs comme une menace pour la qualité de leurs résultats de recherche. La notion d’excellence scientifique associée aux publications parait étroite par rapport à l’étendue des tâches à l’université, elle n’intègre pas l’activité pédagogique ou administrative : il faudrait plutôt parler d’excellence académique.

La notion est par ailleurs associée dans la littérature à celle de méritocratie que le principe de sélection est supposé garantir. Or l’objectivité des critères quantitatifs de mesure de la productivité scientifique demeure aveugle aux inégalités sociales que l’université enregistre et reproduit, au risque d’une association peu convaincante des termes « excellence » et « mérite ». Les données sur les inégalités sexuées dans le milieu académique sont bien renseignées, à tous les niveaux (établissements, États, Union européenne). Celles, inédites, produites dans le cadre de RESET, montrent la persistance d’injustices liées au genre, en particulier dans les carrières scientifiques, moins dans les carrières administratives.

Quel que soit le marché du travail académique en Europe, les mêmes inégalités genrées sont à l’œuvre, avec sensiblement la même répartition sexuée à toutes les étapes de la carrière. Alors que les femmes réussissent mieux leurs études universitaires et sont nettement majoritaires en master, elles ne sont plus en 2018 que 48 % en doctorat au sein de l’UE (43 % en France), 42 % au niveau Maître de conférences, et 26 % au niveau professeur des universités. Six présidents d’universités sur sept au sein de l’UE sont des hommes.

Redéfinir le mérite

Les causes de ces inégalités sont désormais bien renseignées. On sait aussi quelles sont les politiques à mettre en œuvre pour les résorber de manière transversale, en ouvrant la boite noire des recrutements et des promotions, de la production et du transfert des connaissances. Associées, dans une perspective intersectionnelle, à la lutte contre les discriminations, ces politiques tendent à rendre effective l’égale capacité à être reconnu excellent et excellente.

La prise en compte de l’égalité et de la diversité comme critère de classement semble devoir trouver facilement sa place dans un modèle européen, sans laisser l’initiative comme aujourd’hui à des groupes privés.

Cette redéfinition du mérite dans l’excellence scientifique pourrait d’autant plus amener à faire évoluer les critères à l’œuvre depuis 2003 qu’elle est associée à d’autres politiques dont les effets peuvent aller dans le même sens :

  • une attention aux impacts sociaux des recherches dans leur évaluation – ce que porte particulièrement en matière d’égalité des sexes le Gender Impact Assessment ;

  • une réflexion en cours sur l’empreinte environnementale des universités et des activités de recherche, conformément aux objectifs de développement durable de l’ONU ;

  • un modèle de science ouverte, qui pourrait à terme déboucher sur une évaluation plus qualitative des recherches.

Le moment est sûrement venu d’intégrer l’ensemble de ces évolutions pour lesquelles l’UE œuvre à bas bruit depuis longtemps pour diffuser un nouveau classement des universités.The Conversation

Marion Paoletti, Professeure de Science politique, Université de Bordeaux

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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Vieux Farka Touré et Khruangbin...

24 Septembre 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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