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Vivement l'Ecole!

Tout ce que font les professeurs allemands pour gagner beaucoup plus que leurs collègues français

22 Janvier 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Les enseignants exerçant en Allemagne donnent 26 cours par semaine, dans deux matières, sur six niveaux de la cinquième à la terminale. Sans compter la surveillance de la cour de récré, de la cantine… et parfois un bon coup de balai pendant l’interclasse… Extrait du magazine "Nous, les Européens" diffusé dimanche 23 janvier 2022 à 10h40 sur France 3.

Le salaire moyen d’un professeur débutant est de 6 300 euros brut par mois en Allemagne… mais cela demande quelques contreparties. Le magazine "Nous, les Européens" (replay) a suivi une journée de travail de Julia Kochanek qui arrive tous les matins au travail une demi-heure en avance pour peaufiner ses nombreux cours de la journée. Comme tous les profs de son lycée, elle enseigne deux disciplines.

La prof commence par un cours de littérature allemande… et enchaîne une heure plus tard avec un cours de français. Et elle enseigne ces deux matières sur six niveaux, car les collèges et les lycées sont fusionnés outre-Rhin. Les enseignants allemands préparent donc les cours de la cinquième à la terminale : "J’ai un master dans les deux matières, donc je peux les enseigner. Et je donne en tout 26 cours par semaine. C’est assez dense. Je pense qu’on ne peut pas faire plus. C’est déjà limite…" confie-t-elle.

Un enseignant allemand sur trois présenterait des signes d’épuisement

Les profs allemands assurent vingt-sept heures de présence par semaine contre vingt heures en France, sans compter bien sûr la préparation des cours, les corrections… et un bon coup de balai au moment de la récréation. Il n’est pas obligatoire mais la plupart des professeurs considèrent qu’il fait partie de leur travail : "L’image du professeur a beaucoup changé en Allemagne. Un professeur, c’est plus une convivialité avec des élèves, on se sent un peu plus comme à la maison. Tout le monde prend ses responsabilités", explique Julia Kochanek.

"A mon avis, les professeurs français sont, à mon avis, beaucoup plus distants des élèves. Ils sont plus comme des instructeurs. il y a quelqu’un qui sait tout et qui explique aux autres comment ça marche", précise-t-elle. En Allemagne, il n’y a pas de conseillers d’éducation, d’infirmières et de surveillants. Ce sont donc les professeurs qui assurent également toutes ces tâches. Alors, quand elle ne passe pas le balai, Julia surveille aussi les élèves dans la cour ou à la cantine, trois à quatre fois par semaine… Un enseignant allemand sur trois présenterait des signes d’épuisement.

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A quoi correspond la somme de 500 000 euros facturée par le cabinet de conseil McKinsey à l'Education nationale ?

22 Janvier 2022 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Nantes. Un gros gagnant Cash avec 500 000 euros - Nantes.maville.com

Une commission d'enquête du Sénat se penche sur l'influence des cabinets de conseil, qui fournissent régulièrement des prestations aux ministères. Chaque année, hors informatique, le montant de ces prestations s'élève en moyenne à 140 millions d'euros.

Près de 500 000 euros pour préparer un séminaire. Le cabinet McKinsey est de nouveau montré du doigt après l'audition de deux de ses cadres au Sénat, mercredi 19 janvier, dans le cadre d'une commission d'enquête sur l'influence des cabinets de conseil. Le directeur associé de McKinsey France, Karim Tadjeddine, a notamment été interrogé par la sénatrice communiste Eliane Assassi, à propos d'un contrat de 496 800 euros facturé à l'Education nationale. Le responsable s'est contenté d'évoquer l'organisation d'un "séminaire" pour "réfléchir aux grandes tendances des évolutions du secteur de l'enseignement".

Le directeur associé de McKinsey France a également décrit des "travaux de benchmarking, de comparaison" des évolutions du métier d'enseignant et des systèmes éducatifs en Europe. "Dans cette réflexion”, Karim Tadjeddine précise avoir accompagné la Direction interministérielle de la Transformation publique (DITP), qui dépend du ministère éponyme. Installée en 2017, la DITP fait office de guichet unique pour les ministères – à l'exception de celui de Défense – et son rôle est d'orchestrer le système général des commandes passées par les différents ministères.

Le ministère de l'Education nationale confirme à franceinfo avoir sollicité la DITP, en janvier 2020, pour obtenir des éléments de comparaison internationale en vue d'un colloque international, prévu trois mois plus tard à l'Unesco. La moitié du coût a été pris en charge par ce ministère, et l'autre a été assurée par la DITP. Le cabinet McKinsey avait pour mission d'apporter un "éclairage sur le positionnement/rôle du métier d'enseignant dans des pays faisant référence", ainsi que sur "certaines composantes du fonctionnement opérationnel des systèmes scolaires étrangers".

Mais le montant d'un demi-million d'euros a fait bondir la rapporteure de la commission d'enquête, la sénatrice Eliane Assassi, qui compile actuellement les différents bons de commande signés par les ministères.

Prévu pour un colloque... finalement annulé

Une source proche du dossier explique à franceinfo que "ces honoraires ont couvert trois mois de mobilisation, avec une équipe-projet de six personnes et la mobilisation de collaborateurs dans une quinzaine de pays”. Ce travail a donné lieu à un document de référence de 200 pages organisé en plusieurs thématiques (conditions d'enseignement, intérêt de l'innovation dans les systèmes éducatifs, nouveaux modes de gestion…) "Depuis trois ans, il s'agit de l'unique contrat de McKinsey avec l'Education nationale", poursuit cette source, sous couvert d'anonymat, tout en précisant que le cabinet appliquait généralement un rabais "d'au moins 25%" dans le cadre des commandes publiques.

Le colloque a finalement été annulé en raison du Covid, entraînant "une réorientation des travaux qui ont finalement duré jusqu'à la fin du mois de juin, sans modification du budget initial", précisait Amélie de Montchalin, la ministre de la Transformation et de la Fonction publique, en audition. Ce travail n'a donc servi à rien. Mais Amélie de Montchalin assure que le document de McKinsey a connu une seconde vie à la fin de l'année, à travers "la préparation et la rédaction" d'un rapport du Conseil scientifique de l'Education nationale (CSEN), "Quels professeurs au XXIe siècle ?".

L'occasion, enfin, de rentabiliser l'investissement ? Pas vraiment, à en croire l'auteur principal de ce document de 120 pages, Yann Algan, professeur d'économie et doyen de l'École d'affaires publiques de Sciences Po "Il est issu de mes travaux de recherche, notamment sur les problématiques de coopération des méthodes pédagogiques", explique-t-il à franceinfo, "et des travaux de mes confrères comme Stanislas Dehaene, sur les bénéfices de l'éducation". Dans la dernière partie, qui présente un benchmarking (une analyse comparative) des modes de gouvernance, Yann Algan a bien repris "quelques graphiques produits par McKinsey dans son document, mais cela représente un pourcentage tout à fait négligeable du rapport", estime-t-il. Par ailleurs, selon nos informations, la contribution du cabinet a reçu la note de 3/5 lors de son évaluation par la DIPT.

"Il y a déjà les compétences en interne"

Ce recours répété à des cabinets de conseil privés en agace plus d'un. "Il est incompréhensible que le ministère aille chercher, à l'extérieur, des cabinets, surtout pour de telles sommes, explique à franceinfo Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU. Il y a déjà les compétences en interne." Le Centre national d'étude des systèmes scolaires (Cnesco), une instance indépendante, a justement pour objectif d'accompagner les politiques de pratiques scolaires. Et tous les deux ans, la Direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) produit notamment un rapport comparatif sur l'Europe de l'éducation – le dernier date de 2020"Nous n'aurions pas été en capacité d'apporter notre concours à la mission", répond toutefois le service, "car la Depp n'a pas de mission de benchmarking international en dehors des données statistiques".

Au-delà des questions de compétence, qui peuvent être débattues, ces recours aux consultants privés sont parfois motivés par des contraintes de temps. Et quelles que soient les raisons ayant motivé ce recours, cette mission "a été menée dans la stricte application de [la règle du] tourniquet, qui permet à différents cabinets d'être sollicités sans qu'il y ait de choix favorisant untel ou untel", a fait valoir Amélie de Montchalin. Le sénateur Arnaud Bazin a toutefois rappelé à la ministre que le cabinet McKinsey avait décroché onze contrats auprès de l'Etat, pour un montant total de 13,5 millions d'euros...

Un autre exemple, justement, a frappé les membres de la commission d'enquête : une facture provenant de McKinsey de 235 620 euros pour la rédaction d'un guide du télétravail dans la fonction publique à destination des managers. "C'était un enjeu majeur pour l'administration", a justifié Amélie de Montchalin – la commande ministérielle avait été passée avant son arrivée. "C'était un travail mené pour accélérer notre capacité à déployer notre culture du travail. Un sous-traitant a [donc] été utilisé pour voir comment les bonnes pratiques étaient menées dans les autres organisations." La ministre précise que les deux documents, ici disponibles, sont désormais partagés par les collectivités locales, les employeurs publics, et resteront actualisés par l'administration.

Des questions "d'opacité et de souveraineté"

Aussi médiatique soit-il, le cabinet McKinsey n'est qu'un exemple de ces groupes plébiscités par l'Etat, comme Citwell, Accenture.... Entre 2018 et 2020, les ministères ont dépensé chaque année 140 millions d'euros en moyenne pour des prestations de conseil (hors informatique). Interrogée par franceinfo, la rapporteure de la commission, Eliane Assassi (PCF) dénonce des "dérives", alors même "qu'une réduction des fonctionnaires est prônée". Elle soulève également des questions "de dépense publique, d'opacité et de souveraineté – en raison des données en jeu." Et s'interroge sur l'influence de ces opérateurs."Il s'agit de sujets politiques confiés à des cabinets privés, mais c'est le rôle des ministères et de l'administration".

"Il n'est pas absurde, pour réformer l'Etat, d'avoir un œil extérieur", convient la sénatrice UDI de l'Orne Nathalie Goulet, "mais le lien entre le besoin et le montant devrait alors être regardé avec davantage d'attention". Remontée contre les "sommes astronomiques" engagées et de "possibles conflits d'intérêts", l'élue estime que "la ministre a été rattrapée par la patrouille". Le gouvernement promet d'avancer sur le dossier. "Nous avons tiré les leçons de la crise sanitaire", a assuré Amélie de Montchalin, "voyant bien que nous avons parfois eu recours à des cabinets de consultants externes parce que nous ne savions pas où étaient les compétences en interne, ou car elles manquaient tout bonnement."

Lors de son audition, la ministre a donc annoncé la signature prochaine d'une circulaire par le Premier ministre, afin d'établir de nouvelles règles. "Tous les bons de commande supérieurs à 500 000 euros devront être approuvés par un comité d'engagement présidé par le secrétaire général du ministère concerné", a commenté Amélie de Montchalin. Par ailleurs, les ministères devront prouver qu'ils n'ont pas les moyens en interne de réaliser la mission confiée au cabinet de conseil. Enfin, elle a annoncé dans L'Obs qu'ils devront diminuer cette année de "15 % au moins leurs dépenses sur les conseils en stratégie et en organisation".

Fabien Magnenou

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La gauche et l’éducation : l’impensé des savoirs scolaires

22 Janvier 2022 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

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EXTRAITS

D’un débat entre représentants des candidats de gauche et de l’écologie sur l’éducation ressort l’impensé partagé des savoirs scolaires.

Le 13 janvier, dans son émission A l’air libre, Médiapart a réuni, sous le titre Ecoles : la gauche a-t-elle encore des idées ? les représentant.e.s de quatre candidats (Hidalgo, Jadot, Mélenchon et Roussel) pour débattre d’éducation[1].

Les intervenant.e.s n’ont eu aucun mal à critiquer la politique « brutale », « irresponsable », « méprisante » du ministre du quinquennat actuel (crise sanitaire, traitement des personnels, ParcourSup, inégalités scolaires), voire parfois, pour certains d’entre eux, des quinquennats précédents.

Quant à leurs propositions, elles tournent autour d’un axe essentiel : lutter par divers moyens contre une école du tri social, de l’école maternelle à l’enseignement supérieur.

(...)

Alors, tout a-t-il été dit au cours de cette émission ? Eh bien non. La question des savoirs scolaires n’a jamais été évoquée. Le consensus le plus fort est sans doute celui-ci, et il dépasse largement les frontières de la gauche : les savoirs scolaires sont là, dessinés et sélectionnés une fois pour toutes.  ll y a des savoirs qu’on enseigne et d’autres qu’on n’enseigne pas, il y  a des savoirs référés à des disciplines scolaires au sein desquelles sont faits encore des choix et sélections de savoirs enseignés par rapport à d’autres qu’on n’enseigne pas. Il y en a d’autres confinés dans des « éducations à » dont les heures d’enseignement ne sont pas prescrites et difficiles à trouver (éducation aux médias et à l’information, au développement durable, etc.). Certains élèves sont assignés à ne pas accéder à certains savoirs (comme les lycéens professionnels interdits d’enseignement de la philosophie). (...)

(...)

S’il y a bien un domaine où l’on pourrait attendre de responsables progressistes une approche critique de l’existant, c’est bien celui  de la politique des savoirs installée depuis des décennies. Par leur silence sur cette question, les représentant.e.s des candidats de gauche et des écologistes se limitent, comme d’autres, à revendiquer l’effacement des dernières réformes, la résurrection d’anciens dispositifs, comme s’il suffisait de revenir au statu quo ante et d’injecter plus de crédits dans l’éducation nationale pour rompre avec l’école des inégalités. C’est une illusion : l’école des inégalités, c’est aussi l’école de l’inégalité des savoirs, et cela mérite un débat national prioritaire. Comme tous les autres candidats, les candidat.e.s Hidalgo, Jadot, Mélenchon, Roussel  sont pour le moment passés à côté de cette question de fond.

Jean-Pierre Veran, formateur, expert associé France Education International (CIEP), membre professionnel laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université

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Jean-Paul Delahaye, son devoir d’école

21 Janvier 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

L’ex-numéro 2 de l’Education nationale, fils d’une femme de ménage célibataire et sorte d’anti-Blanquer, milite pour une scolarité qui n’exclurait plus les classes populaires.

Pendant cinquante ans, il a tu son histoire. «Par pudeur sans doute, par honte peut-être.» Et puis, c’est sorti. Par bribes au début, à mots contenus (toujours). Un jour, alors qu’il venait d’être nommé inspecteur général de l’Education nationale, Jean-Paul Delahaye s’entend dire à une employée municipale qui passait le balai dans une classe : «Ma mère aussi était femme de ménage. Je l’aidais, souvent.» En 2012, quand il arrive rue de Grenelle comme numéro 2 du ministère de l’Education, les mots jaillissent, comme un geyser. Il se revoit au centre de la table, entouré de hauts fonctionnaires nés avec les poches pleines de billes. L’ombre de sa mère, Paulette Becquet, morte trente ans plus tôt, plane aussi. Elle semble être là, avec sa belle robe bleue. «Sa présence signifiait que mon milieu d’origine me rappellerait à mes obligations si j’oubliais d’où je venais.» L’urgence à agir, pour que le destin des enfants pauvres change enfin. En France, les inégalités se reproduisent comme des polycopiés : l’origine sociale détermine les destins scolaires, plus qu’ailleurs. «Et quoi qu’elle dise, l’élite de ce pays, de droite ou de gauche, s’en accommode bien. Tout comme la classe moyenne dont les enfants réussissent.»

En ce mois de mai 2012, Delahaye pensait avoir les moyens d’agir. Il vient d’atteindre le sommet de l’Education nationale, versant nord. Un Himalaya pour lui qui a grandi à Bernay-en-Ponthieu, un village de Picardie. Son enfance n’a pas été simple. La mère élève, seule et sans le sou, cinq enfants. Le père est présent par ellipse, puis disparaît. «Si “l’autre” n’était pas parti définitivement en 1962, j’aurais quitté l’école à 14 ans comme mon frère aîné», écrit Delahaye, retraité actif à l’orée de ses 70 ans, dans un livre, Une exception consolante, macéré pendant une vie. Le genre de bouquin écrit avec les tripes qui retourne (on a pleuré).

Jean-Paul Delahaye a un dehors qui ne colle pas avec le dedans. L’émotion qu’il transmet dans son ouvrage tranche avec le personnage, taiseux et pas sympathique. Il a cette froideur, que l’on retrouve souvent chez les hauts fonctionnaires . «Je me suis construit une carapace me permettant de garder pour moi toute expression démonstrative», plaide-t-il. Il dit ne s’être jamais senti à l’aise dans les mondanités et préféré les soirées chez lui, avec «mes endives et mes tomates». Dans son récit, il décrit avec justesse «l’insécurité permanente», enfant, de savoir le compte en banque vide. Ces heures aussi à guetter du bout de la rue l’arrivée du facteur, signe du versement des allocs. La honte de demander sans cesse à l’épicière de faire crédit. Le peu de livres à la maison, sinon la collection des Tout l’univers, «l’encyclopédie des pauvres, acheté à un représentant». Et cette culpabilité qui s’infiltre, quand on sent être «un poids» pour sa mère. A 11 ans, il découvre un autre monde, interne au lycée d’Abbeville. Ils sont quelques boursiers comme lui mêlés aux gens de bonne famille. «L’internat est un levier essentiel pour l’égalité des droits», défend Delahaye. Ado, il apprend à naviguer entre deux eaux : je suis devenu «un maestro de la métamorphose», jonglant entre les codes sociaux. «J’ai acquis une vraie habileté à parler peu mais bien c’est-à-dire au moment opportun.»

Jean-Paul Delahaye grimpe, la colère au fond du bide. Professeur de lettres-histoire géo, il devient inspecteur, directeur de l’école normale des Ardennes – «mes plus belles années». Sa femme, picarde aussi et chercheuse en littérature enfantine, le suit, avec leurs deux enfants (une fille est urbaniste, un fils prof de maths agrégé). En 1999, Claude Allègre, ministre, l’envoie inspecteur de l’académie de Seine-Saint-Denis, qui est un peu la ceinture noire première Dan de l’Education nationale. Le poste où l’on teste la résistance. Il en garde un plutôt bon souvenir. «Un parcours et un homme rares, sans esbrouffe», en dit l’historien de l’éducation Claude Lelièvre.

L’expression «quand on veut, on peut», le fait blêmir. Que sa «réussite» puisse servir d’alibi, «pour ne rien changer au sort de tous les autres». Rien ne le désole plus que d’être «une exception consolante», donnant bonne conscience aux riches, et espoir aux pauvres. Il a chipé le terme à Ferdinand Buisson, son mentor d’un autre siècle (celui de Jules Ferry). Un architecte de l’ombre, un peu comme lui.

En 2012, quand Jean-Paul Delahaye prend la tête de la direction de l’administration centrale de l’Education nationale (Dgesco), sorte de ministre bis, il a, jure-t-il, la ferme intention de donner les moyens de réussite à tous les élèves, et non plus à quelques-uns. C’était le sens de la réforme des rythmes scolaires, avec la classe le mercredi matin, «très importante pour les enfants qui ont moins que les autres à la maison». Le sens aussi de la réforme du collège, qui étendait, à tous les élèves de 5e, l’apprentissage d’une deuxième langue étrangère plutôt que de le réserver à quelques classes bilangues. «Nous avons été secoués et chahutés, et les critiques ne venaient pas que de nos adversaires de droite…» Echaudé, il quitte ses fonctions en 2014 et part dresser l’état des lieux de la pauvreté à l’école. Son rapport est salué. La réalité qu’il décrit, avec des enfants qui arrivent le matin le ventre vide, des professeurs qui apportent des vêtements à l’école, émeut. «J’ai toujours trouvé qu’il avait la préoccupation sincère, l’analyse juste et le mot fort», loue l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem. Mais l’élan s’arrête là. En 2017, Jean-Michel Blanquer reprend ses quartiers rue de Grenelle (il était Dgesco avant que Delahaye ne le déloge). Lui aussi prône – dans ses discours – la lutte contre les inégalités, avec le dédoublement des CP et CE1 en éducation prioritaire. Delahaye grince : «On aurait pu lui faire crédit de cette volonté s’il n’avait pas rayé d’un trait de plume tout ce que nous avions mis en place.» Il faudra s’en tenir là niveau critique. Il est à son max. Même sur ce séjour à Ibiza, il ne balance pas : «Je suis très gêné […]. Je ne suis pas chasse à l’homme.» L’expérience aidant, il a une conviction : «Notre système élitiste ne changera pas tant que les familles populaires n’arriveront pas à se faire entendre.» Se rêve-t-il ministre ? Il réfute. En octobre quand on a pris le temps de discuter, entre le buste de Jules Ferry et le dico de pédagogie de Ferdinand Buisson, au siège de la Ligue de l’enseignement, il semblait avoir pris de la distance. Il revenait de l’ascension à vélo du mont Ventoux avec l’une de ses petites filles. Mais la semaine dernière, le discours était autre : «Je suis disposé à aider, si on m’appelle», répond-il, sans lâcher le nom de son candidat de gauche chouchou. Il sort un nouveau livre début février, avec diagnostic et ses solutions. En fait, il y croit encore.

Marie Piquemal

14 février 1951 Naissance en Picardie.

2012 Prend la tête de la Dgesco.

Novembre 2021 Une exception consolante (éd. La librairie du labyrinthe).

Février 2022 L’école n’est pas faite pour les pauvres (éd. Le bord de l’eau).

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Bruce Springsteen et quelques amis...

21 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Albert Camus...

21 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Culture

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Dordogne. Ici la terre est rose, les cailloux couleur chair, les matins rouges et couronnés de chants purs. La fleur meurt en un jour et renaît déjà sous le soleil oblique. Dans la nuit, la carpe endormie descend la rivière grasse; des torches d'éphémères flambent aux lampes du pont, laissent aux mains un plumage vivant et couvrent le sol d'ailes et de cire d'où rejaillira une vie fugitive. Ce qui meurt ici ne peut passer. Asile, terre fidèle, c'est ici voyageur qu'il faut revenir, dans la maison où se garde la trace et la mémoire, et ce qui dans l'homme ne meurt pas avec lui mais renaît dans ses fils.

Albert Camus - Carnets Juillet 1951

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Le pic Omicron tarde et l'explication du Conseil scientifique ne va pas plaire à Blanquer

21 Janvier 2022 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Education

Selon une nouvelle étude, l'école jouerait un rôle mineur dans la  transmission du Covid

La cinquième vague de Covid-19 devait faiblir à la mi-janvier, mais les cas sont toujours à la hausse, et la cause est certainement à chercher dans les écoles.

Le pic ne se dessine pas et l'épidémie de Covid-19, portée par Omicron, repart à la hausse. Pour le Conseil scientifique, c'est certainement la faute des contaminations à l'école.

SCIENCE - Pas de vacances à Ibiza pour le coronavirus. Alors que les modèles de l’Institut Pasteur s’attendaient à un pic de la cinquième vague de Covid-19 à la mi-janvier, le nombre de cas quotidiens continue de battre des records ces derniers jours.

L’écrasante majorité de ces contaminations sont dues au variant Omicron, dont la gravité est “nettement moindre”, note le Conseil scientifique dans son dernier avis, publié jeudi 20 janvier. En ajoutant l’effet de protection des vaccins, les membres du conseil estiment “sauf surprise ou modifications majeures des comportements des citoyens” que “le système hospitalier devrait tenir” dans les semaines à venir.

Une bonne nouvelle donc, mais qui ne répond pas à ce mystère: pourquoi les cas de Covid-19 en France continuent d’exploser alors que le pic est clair au Royaume-Uni et en Afrique du Sud?

Explosion de cas de Covid chez les enfants

Si les projections de Pasteur ont été déjouées, c’est probablement à cause des écoles. “Il semble que cette remontée s’explique par un regain de l’épidémie chez les moins de 15 ans et chez les 30-44 ans, suggérant un effet important de la rentrée des classes: le virus circule de façon intense chez les plus jeunes et se propage ensuite aux parents”, note le Conseil scientifique.

Le graphique suivant permet de s’en rendre compte. L’incidence explose chez les mineurs, alors qu’elle avait commencé à stagner chez les adultes début janvier, avant de repartir doucement à la hausse.

On remarque aussi que si le nombre de tests réalisés baisse, l’incidence tout comme le taux de positivité augmente, la preuve que le virus circule fortement. En une semaine, le nombre d’élèves positifs recensés par le ministère de l’Éducation a augmenté de 40%.

Et si le Conseil scientifique se veut optimiste sur le système hospitalier, il précise que les modélisations de l’Institut Pasteur “ne prennent cependant pas en compte le rebond lié à la rentrée scolaire mentionné plus haut, et pourrait donc sous-estimer l’impact de cette vague sur l’hôpital si le rebond lié à la rentrée scolaire se traduit par un regain des infections chez les plus fragiles”.

Pour les écoles, des conseils non appliqués

Plutôt qu’espérer que tout se passe bien, que faudrait-il faire? Le Conseil scientifique dans son avis apporte une réponse à demi-mot, qui n’a certainement pas plu à Jean-Michel Blanquer. Ce n’est qu’une phrase, mais qui veut dire beaucoup: ” Le Conseil scientifique s’est par ailleurs déjà précédemment exprimé sur la stratégie de dépistage et sur l’ensemble des mesures à prendre au sein des écoles pour limiter la circulation du virus”.

De manière lapidaire, les chercheurs renvoient à plusieurs avis publiés par le passé où une stratégie globale de gestion de l’épidémie dans les écoles était détaillée. Le 8 décembre, dans un avis intitulé “comment concilier les enjeux sanitaires et sociétaux”, les chercheurs rappelaient qu’en pleine vague “l’application de la stratégie de dépistage réactionnel pose des difficultés opérationnelles et a un impact limité sur la transmission dans les classes car le dépistage intervient trop tardivement”.

Au vu de la rentrée de janvier chaotique et des multiples changements du protocole sanitaire à l’école, on peut clairement dire que le Conseil scientifique avait bien anticipé l’avenir. Surtout, les chercheurs proposaient une alternative: “le contrôle par le dépistage itératif”. Et de lancer une perche au gouvernement: “La question de sa généralisation pour la rentrée de janvier 2022 devra se poser, comme elle est réalisée dans de nombreux autres pays européens”.

Un avis atténué suite à “une réunion”

Si le Conseil scientifique se permet d’être si clair sur la question, c’est que ce n’est pas la première fois qu’il écrit cette recommandation. Dans un avis du 13 septembre conjoint avec le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, les chercheurs affirmaient que déjà face au variant Delta, il fallait adapter le protocole scolaire, notamment dans le primaire, où les élèves n’étaient pas vaccinés.

Les scientifiques proposaient au gouvernement une méthode claire

Une “surveillance avec un test par enfant scolarisé et par semaine, en maternelle et en élémentaire. La stratégie repose sur le volontariat et implique le recueil d’un consentement des familles. Il est indispensable que l’adhésion au protocole soit de 50% au minimum pour que la stratégie soit efficiente, ce qui suppose un effort spécifique d’information des familles sur l’intérêt décisif de la démarche pour contenir à la fois la circulation virale en milieu scolaire et les fermetures de classe”

Cet avis se basait sur plusieurs expérimentations, en France et à l’étranger. Et depuis, les preuves se sont accumulées, notamment avec une étude française réalisée par l’Inserm et publiée début décembre, qui démontrait que le dépistage en réaction, à postériori (le protocole actuel) a un faible impact. A l’inverse, un dépistage anticipé, systématique et itératif, permettrait d’éviter au moins un tiers des cas, soit trois fois plus que le protocole actuel.

L’avis du Conseil scientifique fut même plus accablant concernant la gestion actuelle de la crise à l’école. Une première version de cet avis (celle fournie au gouvernement le mercredi 19 janvier) a été publiée jeudi 20 janvier, à 17h. Puis, vers 18h20, elle a été mise à jour. C’est sur cette version que se base notre article. Dans la première, le passage sur l’école était quelque peu différent, rapporteLe Parisien.

Les chercheurs estimaient que “s’il s’avère que la reprise épidémique [...] est bien liée à une circulation très active du virus dans les écoles [...] il conviendra d’y aller au plus vite des moyens supplémentaires pour renforcer les protocoles sanitaires”. Un ton bien plus affirmatif qui a été modifié suite à une réunion jeudi midi où “il est apparu dans les discussions qu’en ce qui concerne la persistance de la cinquième vague, les écoles en sont un élément mais pas le seul”, selon Le Parisien.

Grégory Rozières

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La culture, «grande oubliée» des débats - Appel de 114 artistes à voter à la primaire populaire

21 Janvier 2022 , Rédigé par Liberation Publié dans #Culture

Plan de relance Culture : La filière Exposition, grande oubliée du plan de  relance

Dans une pétition publiée ce jeudi dans «les Inrocks», cent artistes, dont l’actrice Juliette Binoche ou encore l’acteur Charles Berling, estiment que l’union est la seule façon de faire gagner la gauche.

A moins de 90 jours du premier tour de l’élection présidentielle, la gauche tente de sortir de son marasme. Cent personnalités du monde de la culture, dont l’actrice Juliette Binoche et le réalisateur Jean-Marc Barr, appellent les partis de gauche à rejoindre la primaire populaire, initiative citoyenne qui plaide pour une candidature commune à gauche. Car «en avril, il sera trop tard», précise le texte.

«La compétition qui s’annonce entre les candidates et les candidats de la gauche et de l’écologie n’est pas à la hauteur des enjeux de la prochaine élection présidentielle. […] Perdre cinq ans de plus serait insensé», écrivent ces personnalités dans une tribune publiée dans le magazine les Inrocks. On retrouve parmi les signataires le directeur du Théâtre national de Strasbourg, Stanislas Nordey, ou les acteurs Jean-Pierre Darroussin et Charles Berling.

La culture, «grande oubliée» des débats

A trois mois du premier tour de la présidentielle, ils appellent les sept candidats issus de la gauche à se soumettre au vote de la primaire populaire, «meilleure voie possible pour faire gagner ce que nous avons en partage, la lutte contre le dérèglement climatique et les inégalités».

Les organisateurs de cette initiative ont revendiqué mercredi 311 000 inscrits pour ce vote d’«investiture», prévu du 27 au 30 janvier et qui doit départager sept personnalités présélectionnées. Un chiffre désormais très supérieur à celui de la primaire écologiste ou LR. Mais Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Anne Hidalgo ont refusé d’y participer, et se retrouvent inscrits au scrutin malgré eux. On y retrouve aussi des quasi-inconnues : la militante écologiste Anna Agueb-Porterie et l’experte de la santé Charlotte Marchandise. Sans oublier l’eurodéputé et militant écologiste Pierre Larrouturou qui vient d’achever une grève de la faim placée sous le signe de l’union après une semaine.

Dernière candidate à avoir pris le train de la campagne en marche, Christiane Taubira a choisi de jouer le jeu. Les signataires appellent également les candidats à davantage s’intéresser à la culture, «grande oubliée des débats et des programmes des candidates et des candidats», et à défendre l’exception culturelle française. «La culture n’est pas un bien de consommation comme les autres, assujettis à une simple logique de rentabilité. C’est la responsabilité de l’Etat et des collectivités locales de défendre notre exception culturelle. Les multinationales du numérique participent d’une uniformisation de la culture, comme elles appauvrissent notre démocratie», peut-on lire dans la tribune.

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"L'Oeil du 20h" : face à la pénurie d'enseignants, notre journaliste a été recrutée en quelques minutes via une annonce en ligne

21 Janvier 2022 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Comment les profs dégringolent l'échelle sociale - Challenges

Salaires peu attractifs, conditions de travail parfois difficiles... les établissements scolaires font face à une pénurie de candidats lorsqu'il s'agit de trouver des enseignants remplaçants. Des dizaines de petites annonces sont disponibles sur internet. L'Oeil du 20h a postulé, sans aucune expérience dans l'enseignement.

Qui pour remplacer les profs absents ? C’est la question que se posent beaucoup de parents d’élèves, face à la pénurie de suppléants. Le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer a récemment promis des renforts. Mais dans l’urgence, comment sont-ils recrutés ?

Entre les matelas et les voitures d’occasion, L’Oeil du 20H a répondu aux offres d’emploi sur internet. Sur les plateformes de petites annonces en ligne, on trouve des dizaines d'offres de postes : professeur d’allemand, de sciences économiques et sociales, de SVT... aucune matière n'y échappe. De nombreux établissements  recherchent des suppléants pour remplacer leurs enseignants titulaire en arrêt maladie. Nous avons candidaté à trois annonces : à chaque fois, mon absence d’expérience n’a pas été un obstacle.

Sur mon CV, nous précisons nos diplômes : notre licence en sciences politiques et communication, avec une option en lettres modernes semble suffisante pour être immédiatement convoquée à Grenoble, pour un poste de professeur de français. En caméra caché, nous filmons cette rencontre.

Rendez-vous est pris avec le directeur d'une institution privée sous contrat, qui a besoin d’un remplaçant en urgence pour des classes de 6e et 5e.

Aucune question sur notre cursus n'est posée et moins de dix minutes après notre arrivée, il propose de commencer dès le surlendemain, sans aucune formation. 

"Est-ce que vous avez déjà enseigné ? Non ? (...) Je suis prêt à marcher avec vous. Je mesure le risque."

Un directeur d'établissement privé sous contrat, anonyme

Seul préalable à l’embauche, un entretien avec le CPE qui tente de nous rassurer sur nos capacités à gérer une classe de trente élèves pour la première fois. "Des profils comme le vôtre, on en a 7 ou 8 sur les 80 professeurs en ce moment (...) On n'a plus de profs… ça n'attire plus personne"

Ce dernier se défend même de devoir recruter sur "Le Bon Coin", faute de candidats.

600€ nets par mois

En sortant de l'entretien, nous nous sommes désistés, avant que le rectorat ne valide le recrutement. Le salaire proposé : Six-cents euros nets par mois pour un temps partiel. Ces contrats et ces rémunérations rebutent sans doute de nombreux candidats concède une autre directrice d'école privée sous contrat avec l'Etat. Lors de ce second entretien d’embauche, elle nous met en garde : 

"Vous êtes à un peu plus que le SMIC (...) les frais de déplacements ne sont pas pris en charge, ça peut peser... à chaque fois que je trouve une personne, elle ne reste pas, elle trouve un autre job ailleurs. On ne peut pas vivre avec ça."

Une directrice d'établissement privé sous contrat, anonyme

Contactés, ni le rectorat de Grenoble, ni le ministère de l’Education nationale n’ont répondu à nos questions. 

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