Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Norman Mailer...

18 Novembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Un Rêve Américain [An American Dream] par Mailer, Norman: Fine Softcover  (1967) First French Edition; Signed by Author., Signed by Author(s) | Books  Tell You Why - ABAA/ILAB

Ses yeux brillaient d’une rare gourmandise, le plaisir était dans sa bouche, elle était heureuse. J’étais prêt à poursuivre, gavé, prêt à lancer le premier jet au bord du choix, comme un chat pris entre deux fils je sautais de l’un à l’autre, un coup chaque fois, portant les dépouilles et les secrets de l’enfer au Seigneur, rapportant des messages de défaite du ventre désolé, puis je choisis -ah ! mais j’avais le temps de changer- je choisis son vagin. Ce n’était plus un cimetière, un entrepôt, non, plutôt une chapelle désormais, un endroit décent, modeste, aux parois confortables, à l’odeur verte. Il y avait là une douceur étouffée, respectueuse, entre des murs de pierre. « Voilà ce que sera la prison pour toi », dit ma voix intérieure dans un dernier effort. « Reste là ! » me dit une autre voix. Je pouvais sentir la cuisine du diable dont les feux traversaient le plancher, j’attendais que la chaleur me parvienne, monte des caves inférieures pour apporter l’alcool, la chaleur et les langues agiles, j’étais au bord d’un choix qui me lancerait sur un vent ou sur l’autre, il fallait me donner, je ne pouvais me retenir, et il y eut une explosion, furieuse, traîtresse et brûlante comme les portes d’un slalom glacé et la vitesse de mes talons dépassa ma tête, je connus une de ces fractions de seconde où s’envolent les sens et à cet instant même le désir me saisit et me fit sortir et je m’enfonçai dans son cul pour jaillir comme si j’avais été lancé au travers de la chambre. Elle eut un cri de rage. Sa jouissance dut prendre un tournant féroce. Les yeux fermés, je pouvais sentir des eaux basses et stagnantes, autour d’un tronc d’arbre mort dans un étang la nuit.

Norman Mailer - Un rêve américain

Lire la suite

Le cyberharcèlement entre action publique et angles morts

18 Novembre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Blanquer

Cyberharcèlement: l'Irlande se dote d'une nouvelle loi | lepetitjournal.com

À l'occasion de la journée nationale de mobilisation contre le harcèlement à l’école, Jean-Michel Blanquer est attendu ce jeudi sur le sujet du cyberharcèlement. Comment les réseaux sociaux alimentent-ils la spirale du harcèlement ?

Aujourd'hui se déroule la journée nationale de mobilisation contre le harcèlement à l’école : comment procèdent les harceleurs sur les réseaux sociaux ?

Malgré la multiplication d’initiatives de prévention, le harcèlement scolaire reste prévalent en France : il concerne 700.000 enfants, soit environ un enfant sur 10. Et le cyberharcèlement est en nette augmentation; la période de confinement a ainsi fait flamber la cyberviolence. Selon le Figaro, “dans une étude réalisée à l’automne 2020 par e-Enfance, association pour la protection de l’enfance et des jeunes sur internet, 27 % des adolescents expliquent «liker», commenter ou partager un commentaire insultant « pour rigoler» et 26 % «pour faire comme les autres. Pour 15 % d’entre eux, il ne s’agit pas de «cyberharcèlement »."

Parmi les causes de ces violences, la "jalousie ou l'envie" arrivent en tête des réponses, suivies du "physique" et de la "vengeance". Les modes du cyberharcèlement sont diverses. D’une manière générale, les attaques se font avec la complaisance du groupe. Il peut s’agir de commentaires ou de publications humiliantes, de création de faux profils pour humilier la victime ou d’exclusion par la création de groupes dont certains sont sciemment exclus. Les comptes “fisha” (du mot affichage) exhibent des photos intimes de filles, souvent avec le numéro du département de la victime et ses coordonnées, appelant à des raids de haine à l’encontre de la personne. Certains groupes Telegram rassembleraient jusqu'à 230.000 personnes. La pratique s’assimile à ce qu’on appelle aujourd’hui le "doxing", qui consiste à jeter en pâture une personne sur internet.

Le traumatisme de l’affaire Dinah, cette jeune fille de 14 ans qui s’est suicidée à Mulhouse le 5 Octobre dernier rappelle l’importance de préjugés sexistes et racistes dans les démarches de harcèlement. Cela faisait deux ans que Dinah se faisait insulter, notamment sur un groupe WhatsApp qu’elle entretenait avec des jeunes filles côtoyées au collège et auxquelles elle avait confié son homosexualité. Mais peut-on dire que les élèves qui harcèlent en ligne sont toujours ceux qui harcèlent à l’école ? Réponse de la chercheuse en psychologie Violaine Kubiszewski, dans Le Monde d'hier : pas systématiquement. “Plusieurs résultats invitent à considérer que les caractéristiques des cyberespaces, comme l’anonymat ou l’absence de retours émotionnels de l’interlocuteur, peuvent générer de la désinhibition et des conduites nuisibles qui n’auraient pas eu lieu en face à face.”

Dernier conseil, comme l’explique le site dédié aux parents qui suspectent leurs enfants d’en harceler d’autres : ne gérez pas vous-même la situation, ne tentez pas de contacter la victime : cela pourrait aggraver la situation. Appelez le 3018 pour recevoir des conseils avisés.

Baptiste Muckensturm

Lire la suite

JM Blanquer ne donne pas tort au Figaro Magazine

18 Novembre 2021 , Rédigé par Le Cafe Pedagogique Publié dans #Education, #Blanquer

https://static.mediapart.fr/etmagine/default/files/2021/11/13/inked248083043-10158731350834538-3625766503787996605-n-li.jpg?width=274&height=342&width_format=pixel&height_format=pixel

EXTRAIT

" Décolonialisme, islamo-gauchisme, communautarisme, promotion du transgenrisme : au nom de la diversité et de son corollaire pédagogique, l'inclusion, les idéologies ont pénétré le temple scolaire avec la complicité d'une partie du corps enseignant et par le biais des outils pédagogiques". Les accusations du Figaro Magazine du 12 novembre jetaient les enseignants en pature à l'opinion publique. La participation de S Ayada, présidente du Conseil supérieur des programmes, donnait au dossier une reconnaissance officielle. Manquait la réfutation ou la confirmation de JM Blanquer. Jusque là le ministre s'était gardé de dire mot.

(...)

F Jarraud

Suite et fin en cliquant ci-dessous

Lire la suite

Mauvaises langues, un député LREM et Jean-Michel Blanquer assurent la promo du pronom neutre iel

18 Novembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Langue, #Blanquer

Les pronoms « iel​​​ » et « ielle​​​ » consacrés par le Petit Robert (MàJ :  Un député LREM soutenu par Blanquer dénonce le « wokisme » et écrit à  l'Académie française) - Fdesouche

François Jolivet, soutenu dans la foulée par le ministre de l’Education nationale, s’est élevé contre la décision du dictionnaire «le Robert» d’ajouter «iel» dans son édition numérique. Ignorant qu’une langue est une convention échappant par essence à toute censure.

Depuis quelques jours, le mot «iel» est partout dans les médias. Presque chaque site d’information a écrit un article avec ce pronom dans le titre, iel résonne sur toutes les ondes et dans pas mal de conversations. Et ce, grâce à l’action d’un député de la majorité soutenu par le ministre de l’Education nationale.

Dans un tweet mardi, François Jolivet, soutenu dans la foulée par Jean-Michel Blanquer, s’est élevé contre la décision du dictionnaire le Robert d’ajouter iel dans son édition numérique. Précédé de la mention «rare», il est ainsi défini : «Pronom personnel sujet de la troisième personne du singulier et du pluriel, employé pour évoquer une personne quel que soit son genre.» Le dictionnaire mentionne aussi la variante «ielle» et les pluriels «iels», «ielles». Et ça, c’est révoltant pour le député, qui s’est carrément fendu d’une lettre ouverte aux membres de l’Académie française «pour connaître leur point de vue sur une initiative» qu’il juge «très malheureuse» car elle consiste à introduire des «des mots que je méconnais». Pour l’élu LREM, «cette orientation du Petit Robert serait le stigmate de l’entrée dans notre langue de l’écriture dite inclusive sans doute précurseur de l’avènement de l’idéologie woke». Et ça, ce n’est pas tolérable.

Evolution de la langue

Le dictionnaire explique avoir décidé d’inclure iel car son usage, bien que faible, «est en croissance forte depuis quelques mois». Comme son sens «ne se comprend pas à sa seule lecture, […] il nous est apparu utile de préciser son sens pour celles et ceux qui le croisent, qu’ils souhaitent l’employer ou au contraire… le rejeter», a indiqué le directeur général des éditions Le Robert, Charles Bimbenet. Selon lui, ce choix ne vaut pas adhésion au mot, il s’agit d’une simple observation de l’évolution de la langue. On peut d’ailleurs s’étonner que des politiciens veuillent censurer les termes d’un dictionnaire, publié par un éditeur privé. Une entreprise vouée à l’échec, et démontrant une ignorance crasse de ce qu’est une langue, une convention en évolution perpétuelle entre ses locuteurs, impossible à contrôler.

Car si le pronom iel est de plus en plus écrit et parlé, c’est qu’il y a des besoins. On le convoque notamment lorsqu’on ne souhaite pas donner un genre féminin ou masculin à une personne ou à un groupe de personnes («iels seront douze élèves cette année», par exemple) et lorsqu’on veut exprimer des identités de genre non conformes au stéréotype binaire homme-femme. Le français n’ayant pas de genre neutre comme l’allemand ou le norvégien, on invente de nouvelles formes ou on en réactive d’anciennes.

Certes iel ne met pas tout le monde d’accord. Certains préfèrent d’autres pronoms neutres comme «ael», «al», «ol» ou «ul». Alpheratz, qui se genre au neutre avec le pronom al, et se définit donc comme «enseignanx-cherchaire» au laboratoire STIH à Sorbonne-Université explique : «Iel est une contraction de “il” et “elle”, contrairement à al, ol et ul, qui ne contiennent pas de reproduction de la pensée binaire». Des linguistes mettent également en avant le fait que iel retranscrit un ordre androcentré avec le masculin en premier et le féminin ensuite, ce qui n’est pas le plus pertinent pour les promoteurs d’une langue non sexiste.

«Le pronom neutre existait en ancien français»

Par ailleurs ces pronoms ne sont pas tous des créations modernes. «Le genre neutre est attesté dès le IXe siècle. Le pronom neutre existait en ancien français, il s’agissait de “el”. Il y avait aussi deux variantes régionales, al et ol», retrace Alpheratz.

La quête de nouvelles formes neutres se retrouve dans un grand nombre de langues. L’anglais a réactivé l’utilisation de «they» comme pronom singulier neutre, qui était attesté au XIVe siècle avant de s’effacer. En Suède, c’est un livre pour enfants qui a ancré un nouveau pronom dans la langue, comme le racontent les chercheurs Pascal Gygax, Sandrine Zufferey et Ute Gabriel dans Le cerveau pense-t-il au masculin ? L’album met en scène Kivi, un personnage androgyne. Pour le désigner, l’illustratrice et l’auteur du livre ont décidé d’utiliser le pronom «hen», une variante neutre alors très rare en suédois. Lors de la publication en 2012, les réactions du public furent relativement hostiles. Mais – n’en déplaise à Jean-Michel Blanquer – en seulement trois ans, hen s’est répandu dans les médias, dans les discours des femmes et hommes politiques, dans certains textes juridiques. En 2015, il a été inclus dans le dictionnaire de l’Académie suédoise et l’hostilité initiale s’était estompée.

Après les pronoms, l’autre écueil, c’est le lexique. C’est-à-dire, que fait-on des adjectifs, des noms et des participes qui ne sont pas invariables en genre ? «Les mots de genre neutre existent, encore faut-il les connaître», répond Alpheratz. Sur son site, al recense plusieurs centaines de propositions issues de son ouvrage Grammaire du français inclusif, comme «amiralx», «Françaix», «députæ» ou «comédian». Mais est-ce compréhensible par le plus grand nombre ? Sur ce point, les études sont encore balbutiantes. Alpheratz justifie : «La recherche a toujours un temps de retard sur l’émergence des phénomènes.» Mais pas autant que certains politiques.

Eva Moysan

Lire la suite

Pourquoi Le Robert a-t-il intégré le mot « iel » dans son dictionnaire en ligne ?

18 Novembre 2021 , Rédigé par Le Robert Publié dans #Langue, #Blanquer

Chères lectrices, chers lecteurs,

Suite à l’ajout il y a quelques semaines du mot « iel » dans notre dictionnaire en ligne Dico en ligne Le Robert (https://dictionnaire.lerobert.com/definition/iel), un débat animé nourrit les réseaux sociaux, débat qui a été repris par certains médias et par des personnalités politiques.

Si une majorité d’entre vous a fait part de sa satisfaction à voir apparaître ce mot dans un dictionnaire Le Robert, d’autres ont pu se montrer surpris, sinon indignés. Positivons : que la controverse autour de notre langue, de son évolution et de ses usages, puisse parfois être vive, parfois houleuse, ce n’est pas nouveau, on peut même y voir un excellent signe de sa vitalité.

Nous souhaitons néanmoins préciser ici pourquoi nous avons intégré ce mot dans Dico en ligne Le Robert et vous donner un éclairage sur les critères et les circuits de décision qui président à l'intégration d'un mot dans un dictionnaire Le Robert.

Depuis quelques mois, les documentalistes du Robert ont constaté un usage croissant du mot « iel ». La fréquence d’usage d’un mot est étudiée à travers l’analyse statistique de vastes corpus de textes, issus de sources variées. C’est cette veille constante qui nous permet de repérer l’émergence de nouveaux mots, locutions, sens, etc.

Le mot « iel » a été discuté début octobre en comité de rédaction Le Robert, au cours duquel il a été décidé de l’intégrer dans notre dictionnaire en ligne : si son usage est encore relativement faible (ce que nous avons souligné dans l’article en faisant précéder la définition de la marque « rare »), il est en forte croissance depuis quelques mois. De surcroît, le sens du mot « iel » ne se comprend pas à sa seule lecture – dans le jargon des lexicographes, on dit qu’il n’est pas « transparent » –, et il nous est apparu utile de préciser son sens pour celles et ceux qui le croisent, qu'ils souhaitent l’employer ou au contraire… le rejeter.

Est-il utile de rappeler que Le Robert, comme tous les dictionnaires, inclut de nombreux mots porteurs d’idées, présentes ou passées, de tendances sociétales, etc. ? Ce qui ne vaut évidemment pas assentiment ou adhésion au sens véhiculé par ces mots. Dit plus clairement : ce n’est pas le sujet pour nos lexicographes. La mission du Robert est d’observer l’évolution d’une langue française en mouvement, diverse, et d’en rendre compte. Définir les mots qui disent le monde, c'est aider à mieux le comprendre.

Charles Bimbenet

Directeur général des Éditions Le Robert  

https://dictionnaire.lerobert.com/dis-moi-robert/raconte-moi-robert/mot-jour/pourquoi-le-robert-a-t-il-integre-le-mot-iel-dans-son-dictionnaire-en-ligne.html

Lire la suite

Le Robert ajoute le mot "iel" dans son édition en ligne et se défend d'avoir été "atteint de 'wokisme'"

18 Novembre 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Langue, #Blanquer

Le Robert ajoute le mot "iel" dans son édition en ligne et se défend d'avoir été "atteint de 'wokisme'"

S'il reconnaît que l'usage de ce mot est "encore relativement faible", le directeur général du célèbre dictionnaire explique que "depuis quelques mois", ses documentalistes ont constaté qu'il était de plus en plus utilisé.

"Définir les mots qui disent le monde, c'est aider à mieux le comprendre." Le directeur général des éditions Le Robert, Charles Bimbenet, a défendu mercredi 17 novembre l'ajout à la version en ligne de son prestigieux dictionnaire du pronom non genré "iel", après des critiques de Jean-Michel Blanquer.

Dans un tweet écrit mardi, le ministre de l'Education nationale a apporté son soutien au député de la majorité François Jolivet. Celui-ci avait dénoncé, dans une lettre à l'Académie française, l'entrée dans le dictionnaire de ce mot, parfois utilisé pour désigner une personne qui ne se reconnaît pas dans un genre binaire"Alors même que nos élèves sont justement en train de consolider leurs savoirs fondamentaux, ils ne sauraient avoir cela pour référence", a protesté le ministre, s'étranglant une nouvelle fois devant "l'écriture inclusive".

"Observer l'évolution d'une langue en mouvement"

Dans un communiqué publié sur le site internet du Robert, Charles Bimbenet confirme l'ajout il y a "quelques semaines" du mot "iel" dans son édition en ligne et se défend de tout militantisme. S'il reconnaît que l'usage de ce mot est "encore relativement faible", il explique que "depuis quelques mois, les documentalistes du Robert" ont constaté qu'il était de plus en plus utilisé.

"De surcroît, le sens du mot 'iel' ne se comprend pas à sa seule lecture (...) et il nous est apparu utile de préciser son sens pour celles et ceux qui le croisent, qu'ils souhaitent l'employer ou au contraire… le rejeter", écrit-il. Et de rappeler que "la mission du Robert est d'observer l'évolution d'une langue française en mouvement, diverse, et d'en rendre compte"

"N'en déplaise à certains, Le Robert n'a pas été subitement atteint de 'wokisme' aigu, un mot 'non transparent' [pas encore défini] dont nous vous promettons bientôt la définition", conclut-il.

Lire la suite

Bertrand Belin...

17 Novembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

Lire la suite

Coup de coeur... Charles Baudelaire...

17 Novembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

« Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu’il guérirait à côté de la fenêtre.

Il me semble que je serais toujours bien là où je ne suis pas, et cette question de déménagement en est une que je discute sans cesse avec mon âme.

« Dis-moi, mon âme, pauvre âme refroidie, que penserais-tu d’habiter Lisbonne ? Il doit y faire chaud, et tu t’y ragaillardirais comme un lézard. Cette ville est au bord de l’eau ; on dit qu’elle est bâtie en marbre, et que le peuple y a une telle haine du végétal, qu’il arrache tous les arbres. Voilà un paysage selon ton goût ; un paysage fait avec la lumière et le minéral, et le liquide pour les réfléchir ! »

Mon âme ne répond pas.

« Puisque tu aimes tant le repos, avec le spectacle du mouvement, veux-tu venir habiter la Hollande, cette terre béatifiante ? Peut-être te divertiras-tu dans cette contrée dont tu as souvent admiré l’image dans les musées. Que penserais-tu de Rotterdam, toi qui aimes les forêts de mâts, et les navires amarrés au pied des maisons ? »

Mon âme reste muette.

« Batavia te sourirait peut-être davantage ? Nous y trouverions d’ailleurs l’esprit de l’Europe marié à la beauté tropicale. »

Pas un mot. — Mon âme serait-elle morte ?

« En es-tu donc venue à ce point d’engourdissement que tu ne te plaises que dans ton mal ? S’il en est ainsi, fuyons vers les pays qui sont les analogies de la Mort. — Je tiens notre affaire, pauvre âme ! Nous ferons nos malles pour Tornéo. Allons plus loin encore, à l’extrême bout de la Baltique ; encore plus loin de la vie, si c’est possible ; installons-nous au pôle. Là le soleil ne frise qu’obliquement la terre, et les lentes alternatives de la lumière et de la nuit suppriment la variété et augmentent la monotonie, cette moitié du néant. Là, nous pourrons prendre de longs bains de ténèbres, cependant que, pour nous divertir, les aurores boréales nous enverront de temps en temps leurs gerbes roses, comme des reflets d’un feu d’artifice de l’Enfer ! »

Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie : « N’importe où ! N’importe où ! Pourvu que ce soit hors de ce monde ! »

Baudelaire, Petits poèmes en prose, 1861, « Anywhere out of the world », Pléiade, p.357

Lire la suite

Défendre l'école publique contre toutes les attaques qui visent à la détruire - Par Laurence De Cock

17 Novembre 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Défendre l'école publique contre toutes les attaques qui visent à la détruire - Par Laurence De Cock

Des collectifs pédagogiques réagissent au dossier publié dans Le Figaro Magazine qui salit la profession et l'école publique. Ils rappellent que l'école publique mérite d'être soutenue et protégée contre ces attaques récurrentes des milieux droitiers et que le silence ministériel est lourd de sens.

Ce 12 novembre 2021, le Figaro Magazine a titré sa une " École. Comment on endoctrine nos enfants". Le sous-titre est encore plus racoleur : "Antiracisme, idéologie LGBT+, décolonialisme... Enquête sur une dérive bien organisée". À l'heure où le ministère de l'Éducation nationale clame la nécessité de « revenir » aux valeurs de la république, cet article dénonce des enseignant ·e s qui les mettent en œuvre !

La charge se fait par l'intermédiaire de témoignages anonymes. La dénonciation en particulier d'une enseignante d'EMC à partir des déclarations d'une élève n'a rien à envier aux méthodes qui ont conduit à la décapitation de notre collègue Samuel Paty : le mensonge, la calomnie, la dénonciation publique d' enseignant·es. 

Le vocabulaire employé relève d'un complotisme qu'on s'étonne de trouver dans un magazine lancé d'un quotidien national. De quel côté se situe l'endoctrinement ? Faudrait-il donc sanctionner des enseignant·es qui luttent contre toutes les discriminations et les préjugés qui mènent à la violence ?

Hier, ils dénigraient l'Université publique en taxant les universitaires d'Islamo-gauchistes. Aujourd'hui, c'est au tour de l'École publique et de toute la profession enseignante, sans égards pour les attaques dont elle souffre depuis de nombreuses années.  

Cet article est une caricature outrancière. Il est l'illustration et le résultat de l'abandon d'un service public d'éducation depuis trop d'années. Au lieu de parler des moyens, à l'heure où le ministère de l'Éducation nationale rend pour la troisième fois en deux ans des dizaines de millions d'euros à Bercy tandis que l'école publique implose, on préfère lancer des anathèmes et discréditer une institution dans son ensemble. Un cap dans la stratégie de délégitimation de l'école publique vient d'être franchi. Il ne s'agit plus seulement de détruire, il faut maintenant salir.

Trop c'est trop !

Depuis trop d'années, l'école est la cible d'attaques organisées si bien que le prof-bashing est devenu un sport national, désormais alimenté par le ministère. La réalité des salles de classes, des cours de récréation et des établissements scolaires, où le savoir se construit avec un recul critique, n'est lue nulle part, entendue nulle part. Au lieu de cela, ce sont les commentateurs et commentatrices  les plus éloigné·es de la sphère scolaire qui font naître des peurs et de véritables paniques morales plaquées sur une école qui n'existe que dans leurs fantasmes. Nous ne sommes pas responsables des comptes qu'ils ont à régler avec l'institution scolaire. 

Ici, un nouveau pas est franchi, puisque depuis la publication du dossier et le tollé qu'il a suscité, par son silence, Jean-Michel Blanquer lui apporte sa caution. Du titre aux articles, le torrent de boue déversé, les accusations infondées, auraient pourtant mérité réaction d'autant plus que certaines  "valeurs de la République" y sont malmenées, tel l'antiracisme ou la lutte contre les LGBT+-phobies qui s'inscrivent bien, aux dernières nouvelles, dans le principe de fraternité. Pire, par la voix de Souâd Ayada, présidente du Conseil Supérieur des Programmes, on peut lire une caution de la rue de Grenelle à des  propos pourtant faiblement étayés. Elle va jusqu'à souhaiter contrôler et épurer l'édition scolaire, pratique qui masque mal un désir inassouvi de censure de certains débats.

Ajoutons que ce dossier opère une opportune diversion et sert les intérêts d'un ministère désormais incapable d'assurer à tous les enfants de la République des conditions d'accueil scolaire conformes au code de l'éducation. Le manque d'enseignantes et d'enseignants est criant dans certaines académies, et prive des enfants toujours plus nombreux de leur droit essentiel à l'éducation. Quant à l’intégration des élèves en situation de handicap, elle est d’une insuffisance au-delà du scandale. Devant cette rupture majeure du principe d'égalité, largement dénoncée, le silence est pourtant de mise dans les Rectorats concernés comme rue de Grenelle. 

Les collectifs signataires de cette tribune dénoncent, sans réserve, ces attaques infondées. L'école publique n'endoctrine personne. Au contraire, chaque jour, des centaines de milliers d'enseignant·es œuvrent pour que chaque élève, chaque enfant, chaque jeune puisse apprendre, progresser, grandir et former son jugement, loin du spectaculaire médiatique et des fake-news. Qu'ils et elles soient ici remercié·es et félicité·es, pour ce labeur quotidien, le plus souvent exercé dans l'ombre de ces coups médiatiques scandaleux et dangereux, faisant le lit de l'extrême-droitisation des discours sur l'école. Ça suffit !

La profession enseignante, à plusieurs reprises endeuillée et meurtrie ces derniers mois, a droit à un peu de reconnaissance et de tranquillité. Que ses ennemis récurrents le lui accordent, est-ce trop demander ? 

Au court terme des échéances électorales et des discours caricaturaux répond le temps long de l'éducation. Nous en appelons dès lors à ce que l'école soit protégée de ces attaques. Nous adressons notre plus entière solidarité aux collègues et collectifs nommément visés dans le dossier du Figaro Magazine. Sans faire fi de notre diversité, nous exprimons avec force et clarté notre attachement au service public d'éducation nationale. Puissions-nous collectivement trouver le courage nécessaire à la continuation de notre métier car nos élèves, nos enfants, en ont besoin et se tiennent fort heureusement loin du monde ténébreux dessiné par le Figaro Magazine.

Signataires :

- Collectif Aggiornamento Histoire-Géo

- Collectif Questions de classe(s) - N'Autre école 

- ICEM Pédagogie Freinet

- Institut bell hooks/Paulo Freire 

- Collectif Pédagogie Solidaire 

- collectif Lettres vives 

- collectif SVT Égalité

- collectif Enseignant·e·s Pour La Planète

- Cahiers de pédagogie radicale 

Lire la suite

Blanquer contre la menace woke... Vidéo...

17 Novembre 2021 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>