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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Christine Angot...

2 Novembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Extraits et passages de Le Voyage dans l'Est de Christine Angot

— La semaine dernière, il y avait une émission à la télévision, je ne sais pas si vous l’avez regardée…
— De Jean-Luc Delarue. Oui, en partie.
— Plusieurs victimes reconnaissaient avoir éprouvé du plaisir…
— Ah ben… il faut bien participer un peu au bla bla, et à la vulgarité ordinaire, de la plupart des conversations sexuelles, surtout à la télé, sur le mode « on va pas se mentir », « il faut dire ce qui est », et compagnie. Ces victimes, alors qu’elles sont vues comme des pestiférées, vous croyez qu’elles avaient envie d’ajouter cette honte-là à leur palmarès ? Elles pouvaient faire autrement, vous pensez, dans leur situation, que d’essayer d’avoir l’air cool, avec la sexualité, comme tout le monde, comme celui qui les interrogeait, les gens qui regardent, etc. Pour se sentir un peu intégrées. C’est la question qui est obscène. Ça m’a révoltée. L’inceste est une mise en esclavage. Ça détricote les rapports sociaux, le langage, la pensée… vous ne savez plus qui vous êtes, lui, c’est qui, c’est votre père, votre compagnon, votre amant, celui de votre mère, le père de votre sœur ? L’inceste s’attaque aux premiers mots du bébé qui apprend à se situer, papa, maman, et détruit toute la vérité du vocabulaire dans la foulée.

Christine Angot - Le Voyage dans l'Est

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Petite leçon d'Histoire adressée au "non-candidat" fasciste...

2 Novembre 2021 , Rédigé par Archives Publié dans #Histoire, #Politique

https://la1ere.francetvinfo.fr/image/vUTr2LZuD8UmlEiU4wNjf4uYRRk/600x400/outremer/2020/10/15/5f889029d535a_6568389-ce-que-l-esclavage-a-fait-a-l-afrique-1497858.jpg

"Les habitants et communauté de Champagney ne peuvent penser aux maux que souffrent les Nègres dans les colonies, sans avoir le cœur pénétré de la plus vive douleur, en se représentant leurs semblables, unis encore à eux par le double lien de la religion, être traités plus durement que ne le sont les bêtes de somme. Ils ne peuvent se persuader qu'on puisse faire usage des productions desdites colonies, si l'on faisait réflexion qu'elles ont été arrosées du sang de leurs semblables : Ils craignent avec raison que les générations futures, plus éclairées et plus philosophes, n'accusent les Français de ce siècle d'avoir été anthropophages, ce qui contraste avec le nom de Français et plus encore celui de chrétiens"

Extrait des cahiers de doléances de la commune de Champagney, Franche-Comté, 1789

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Comment parler du changement climatique aux enfants

2 Novembre 2021 , Rédigé par Slate Publié dans #Education, #Enfance

Dénoncer les effets du changement climatique en images | Lense

Dénoncer les effets du changement climatique en images | Lense

Une discussion nécessaire pour prévenir et limiter leurs inquiétudes.

Fonte des glaces, inondations, incendies, hausse des températures: le monde se trouve chaque jour confronté un peu plus à une réalité anxiogène, celle du changement climatique. Une réalité qui préoccupe toutes les générations, notamment la jeunesse. Près de 45% d'entre eux disent même souffrir d’éco-anxiété, selon une étude menée sur les jeunes du monde entier.

En tant que parents, une question se pose: quelle attitude adopter face aux potentielles angoisses que peuvent ressentir ses enfants, jeunes ou adolescents, face au réchauffement climatique et à ses conséquences? Le média Wired s'est penché sur le sujet, en interrogeant plusieurs spécialistes.

Tout dépend de l'âge

Tout d'abord, il faut savoir que votre enfant a probablement déjà entendu parler du changement climatique, même les plus jeunes. Pour autant, les quelques informations que ces derniers ont pu intercepter sont souvent partielles, et, mal comprises, elles peuvent être source de détresse émotionnelle. Raison de plus pour aborder le sujet.

Ensuite, il est important d'adapter son discours en fonction de l'âge de l'enfant. Pour les moins de 6 ans, Leslie Davenport, autrice d'un cahier d'exercices pour aider les jeunes à comprendre le changement climatique, préconise de plutôt cultiver l'amour de l'enfant envers la nature à travers, par exemple, la beauté des plantes ou l'observation des changements de saison. Étant trop jeune pour comprendre ce qu'est véritablement le changement climatique, mieux vaut donc lui apprendre le respect de l'environnement par le biais de phrases telles que «la planète est notre maison, nous devons donc en prendre soin.».

Dans les discussions, l'important est surtout d'être le plus rassurant possible, ajoute le média américain, en expliquant, par exemple, «que le changement climatique est un gros problème, mais qu'il y a beaucoup de gens qui travaillent ensemble pour le résoudre.». Rester dans du positif.

Connexion, action, honnêteté

Entre 7 et 12 ans, les enfants peuvent commencer à être particulièrement intéressés par la science du climat. Un moment charnière, où un sentiment d'angoisse peut aussi survenir. Pour aborder le sujet, il est conseillé de demander ce que votre enfant sait déjà sur le changement climatique. L'objectif ici est surtout de créer une connexion entre les deux interlocuteurs pour, ensuite, trouver ensemble des actions à mettre en place pour changer les choses à votre échelle. L'occasion parfaite pour stimuler son désir d'agir, tout en vous rapprochant de lui.

Passé l'âge de 13 ans, les discussions autour du climat changeront sûrement du tout au tout, prévient Wired: l'enfant aura ses propres sources. À cet âge-là, la meilleure des choses à faire est de répondre à ses questions, ses interrogations, tout en s'appuyant sur des sources fiables et vérifiées. C'est aussi l'occasion pour vous d'être véritablement honnête, en avouant peut-être vos propres craintes sur le sujet, ou même que vous n'avez pas toutes les réponses. Engager une conversation transparente, basée sur des données justes.

De manière générale, il faut toujours rester positif. «Essayer de les rassurer en les sensibilisant sans être dans le déni, en leur disant que nous allons faire notre part et être raisonnables dans la mesure du possible»explique au HuffPost la pédopsychiatre Christine Barois. Faire sa part, c'est aussi être exemplaire dans son comportement, en essayant de changer les choses au quotidien, pour donner de l'espoir.

Robin Tutenges

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Le « Dictionnaire de pédagogie » de Meirieu est vraiment « inattendu » par Claude Lelièvre

2 Novembre 2021 , Rédigé par Médiapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education, #Pédagogie

 

On a vérifié : seules 6 de ses 48 entrées figurent parmi les entrées de l'un au moins de trois dictionnaires importants spécialisés . Cela lui permet de faire des ''pas de côté'' significatifs et d'étonner son lecteur . A lire en ces temps moroses voire délétères.

Seulement quatre de ses entrées figurent  parmi les 1550 articles du célèbre « Nouveau dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire » paru en 1911  sous la direction de Ferdinand Buisson : adolescence, catéchisme, poésie, théâtre. Uniquement trois de ses entrées peuvent être retrouvées parmi les 450  du « Dictionnaire encyclopédique de l'éducation et de la formation » paru chez Nathan en 1994 : adolescence, cinéma, théâtre. Enfin seulement deux entrées figurent parmi les 210 du « Dictionnaire de l'éducation » paru sous la direction d'Agnès Van Zanten en 2008 : adolescence et attention.
Finalement 42 des entrées sur 48 du «Dictionnaire inattendu de pédagogie » qui vient d'être rédigé par Philippe Meirieu ne figurent pas parmi les entrées des trois dictionnaires cités, pourtant très nombreuses. Ce « Dictionnaire pédagogique » mérite donc bien son qualificatif : « inattendu ». 

Certaines de ces entrées paraissent au premier abord ésotériques voire incongrues dans ce « Dictionnaire pédagogique » . Mais elles piquent notre curiosité et Philippe Meirieu sait y répondre . On peut citer par exemple :  anachorète, clinamen, obscène, placebo, puzzle, village.

D'autres entrées au contraire peuvent être situées dans le monde mental on physique ordinaire et familier des enseignants dans leur vie professionnelle quotidienne. Cinématographe, curseur, découragement, dépistage, deuil, émotion, ennui, étonnement, fondamentaux, frontière, glissement, imputation, médecine, obéissance, objection, parler, photocopieuse, résistance, télécommande, trajet. Philippe Meirieu a le mérite de les choisir, de les développer et de les commenter alors qu'elles ne sont généralement pas présentes telles quelles dans les débats plus ou moins savants, en tout cas dans les « Dictionnaires » de références.

Enfin quelques autres entrées relèvent ordinairement de débats savants ou spécialisés, mais ne sont pas le plus souvent invoquées dans les réflexions pédagogiques : abyme, algorithme, différance, intelligibilité, universalisme, utopie.

La plupart de ceux qui s'en prennent à Philippe Meirieu ne l'ont pas lu ou à peine. C'est l'occasion pour eux de se rattraper. Quant aux autres, ils ne perdront pas leur temps car , comme le dit lui-même Philippe Meirieu, il continue ainsi à « creuser obstinément le sillon » tout en se renouvelant. Eh bien, ce n'est pas facile ; mais il le fait.

Claude Lelièvre

Philippe Meirieu, « Dictionnaire inattendu de pédagogie » paru aux éditions ESF en septembre 2021, 525 pages, 26 euro

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Ivo Pogorelich joue Bach, Scarlatti, Chopin...

1 Novembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Jakuta Alikavazovic...

1 Novembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Comme un ciel en nous

 

Je pars de chez moi en métro. C’est la première nuit que je passerai loin de mon fils, qui a neuf mois depuis quelques jours. Il fait noir, déjà. Il pleut. J’hésite à prendre un taxi, mais le taxi berce, le taxi endort, j’ai besoin de descendre sous la ville, les sens en alerte ; de descendre sous la ville et puis d’émerger à l’air libre, dans la nuit de rues qui ne sont jamais obscures. De sentir, s’il le faut, la pluie sur mon visage – si la pluie est synonyme, ce soir, de cette ville dans laquelle je suis née.

Dans le métro, personne ne sait ce que je m’apprête à faire, et cela me procure un sentiment sauvage de liberté. J’aime tous ces secrets qui se bousculent dans Paris. Personne ne fait attention à moi. Je porte un manteau noir, j’ai à l’épaule un sac week-end en cuir et toile, un sac qui semble respectable, bourgeois, bien plus respectable ou bourgeois que je ne le suis. C’est sa qualité qui lui donne cet air-là. Son coût n’est pas exorbitant, loin de là, mais il dénote des moyens autres que financiers, une certaine confiance en soi, comme si l’on méritait, à ses propres yeux, un sac de bonne facture. Une confiance en soi mais aussi en l’avenir, car c’est un bagage robuste, on le voit tout de suite ; fait pour durer. Or il se trouve que ce sac a été volé. Disons plutôt : trouvé. Ou mieux encore, emprunté, selon l’euphémisme de rigueur. Robuste mais léger ; il donne une impression d’élégance, et son histoire est séduisante puisqu’il s’agit d’un objet entré en ma possession presque par inadvertance. Il a été oublié dans une librairie, près du Panthéon, après une rencontre avec quelqu’un qui n’écrivait pas ; pas réellement. Son nom était sur la couverture, et son visage ; mais les phrases n’étaient pas les siennes. Son livre avait en réalité été écrit par quelqu’un que je connaissais bien et espérais mieux connaître encore, et c’est à cette fin que je m’y étais rendue ; avec un certain succès puisque le prête-plume est resté après le départ de l’auteur officiel – celui que les gens, une quarantaine de personnes, étaient venus écouter ; son visage, ils le voyaient souvent à l’écran, ils avaient l’impression de le connaître. Mais bien des choses arrivent, y compris aux visages, dans le passage de deux à trois dimensions, de l’écran au réel. Ils étaient surpris, je crois ; un peu décontenancés par celui qu’ils voyaient là, qu’ils reconnaissaient, oui, pourtant ils ne s’étaient pas attendus à ça ; pas tout à fait. Peut-être est-ce pour cela que quelqu’un, désarçonné, a oublié ce sac. Quoi qu’il en soit, cette surprise, ou cette déception, ne les avait pas empêchés d’acheter le livre, sans jamais se douter que les phrases qu’ils liraient en pensant à ses traits, ce soir-là et les suivants, que ces phrases n’avaient pas été écrites par celui qu’ils croyaient mais par le jeune homme à mes côtés. Que personne ne regardait sinon moi. Je n’arrivais pas à ne pas le regarder. Cela ne m’arrive pas si souvent et c’est pour cela, et non pour le livre ni son auteur présumé, que j’étais là. Chaque fois que j’échouais à ne pas le regarder, je croisais son regard, car lui non plus n’arrivait pas à ne pas me regarder, et c’était embarrassant et merveilleux à la fois. Nous nous sommes attardés et c’est ainsi que nous avons trouvé ce sac, oublié sous une table.

Le prête-plume l’a gardé. Je n’aurais pas d’ordinaire cautionné ce geste, pourtant ce soir-là je n’ai rien dit. Ce n’était pas qu’une affaire de désir. C’est que le sac semblait avoir été fait pour lui, au point que l’on aurait même pu penser que c’était lui, depuis le début, qui était venu avec. Une fois qu’on l’avait vu avec ce sac à l’épaule, on avait l’impression que, sans le sac, quelque chose manquait.

Le jeune homme que je n’arrivais pas à ne pas regarder y avait vu un signe. Avec l’argent du livre qu’il avait écrit mais pas signé, et avec le sac dont il ne savait pas qu’il lui manquait avant de le trouver, il est parti en voyage. Un long voyage, pour ainsi dire un tour du monde, si ce n’est qu’il s’arrêtait ici, et s’arrêtait là, puis plus longuement encore, si bien qu’il a semblé ne plus devoir bouger du tout. Plus il s’attardait, moins il donnait de nouvelles, et un jour il a cessé de m’écrire. Parti pour toujours, semblait-il. En apparence sa vie a été davantage déviée que la mienne par cette rencontre. Cette rencontre avec moi – ou avec le sac. Quelques mois plus tard, j’avais trouvé sur un site d’articles d’occasion une réplique de ce dernier, je l’avais achetée, et parfois je me surprenais à croire que c’était moi, et non lui, qui l’avais gardé. Moi qui étais partie. Mais en réalité, moi, j’étais restée, et l’histoire entre nous s’était, en apparence, arrêtée là.

Ce soir-là, le sac contenait un pull noir, un duvet couleur bronze très léger, roulé dans sa pochette en toile parachute, un petit nécessaire de toilette (brosse à dents, crème hydratante, peigne en corne), un étui à lunettes et des lentilles de contact, une bouteille d’eau, un carnet orange que j’ai depuis perdu, deux stylos, un chargeur de téléphone, un cube de nougat sous cellophane. Et une dernière chose, dont je me demandais si elle passerait, ou pas, les contrôles de sécurité.

Les aliments sont interdits au Louvre. On me l’avait dit ; on me l’avait redit ; on me l’avait écrit ; il semblait évident que cette restriction était à prendre au pied de la lettre. Le nougat était là pour détourner l’attention de l’autre chose. Le nougat était là pour que je sache à quel degré de sérieux, à quel degré de littéralité m’attendre de la part de cette institution. S’il passait le poste de contrôle, alors les choses, peut-être, seraient moins difficiles que je ne l’imaginais.

 

Jakuta Alikavazovic - Comme un ciel en nous

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A lire... "Rêver sous les coups - Mon combat contre les violences faites aux enfants" + vidéo

1 Novembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Enfance

Rêver sous les coups - Dernier livre de Mohamed Bouhafsi - Précommande &  date de sortie | fnac

Ma vie bascule

Quand je replonge dans mon passé, tout est flou. J’ai des bouffées de souvenirs, des bribes de quotidien. La maternelle joyeuse à Paris, Samuel, mon meilleur ami qui m’invite toujours, mais que je n’invite jamais, le déracinement en banlieue, les posters de Zinédine Zidane et les allers-retours aux urgences pour recoudre une arcade. La mienne ou celle de maman.

J’ai une impression chaotique, diffuse. Je n’ai pas d’albums photo, pas de films de vacances, peu de Noëls en famille. Ma mémoire défaillante a fait le tri. Elle a opté pour un reset général. Pourtant, même si, au fil des années, je me suis employé à tout cacher, à tout enfouir, à tout gommer, je dois essayer de parler aujourd’hui. Il est temps de puiser au plus profond de moi. Ma tribune pour le Journal du dimanche publiée après le drame de Daoudja et ces cris perdus dans la nuit parisienne ont été un déclic et ont amorcé mon travail de résilience. Devant les réactions unanimes après mes prises de parole chez Jean-Jacques Bourdin ou à Quotidien, je dois continuer, poursuivre le chemin. Tous me l’ont demandé. Anonymes, stars, hommes politiques. Mais surtout celles et ceux au front, Fabienne Quiriau, la directrice générale de la CNAPE, une fédération d’associations pour la protection de l’enfance, Isabelle Debré, la présidente de L’Enfant bleu, qui me propose d’en devenir le parrain. Il s’agit maintenant de concrétiser mon engagement. D’aider.

Mon credo doit être utile à d’autres : se construire avec et jamais contre.

Je suis le porte-voix de dizaines d’enfants. Je n’ai pas de rôle ni de mission, mais j’éprouve une responsabilité. Ma parole doit en libérer d’autres. Je me sens le grand frère de tous ces enfants meurtris et maltraités.

Ce sont eux qui me donnent le courage de tout raconter.

 

Né le 17 mai 1992, à Oran

 

Quand je demande à maman de me raconter ma naissance, elle reste évasive.

« Tu es né sans pleurer. Dès que la sage-femme t’a mis dans les bras de ton papa, tu t’es recroquevillé et tu as hurlé de toutes tes forces. »

Rien d’autre, maman ? Je finissais par me calmer, j’avais droit à une berceuse, je m’endormais contre lui ? « Non, tu pleurais et c’est tout. Je devais te reprendre à chaque fois. Mais il n’y a pas eu beaucoup de fois. »

 

Maman

 

Je vois bien que maman m’aime plus que M., papa, mon père. Maman, c’est les câlins, les baisers, les compliments, les rires, les sorties scolaires, les vêtements Sergent Major et TonyBoy trop stylés, les anniversaires surprises au McDo de la Gare du Nord, les histoires pour m’endormir, les promesses, les rêves. Lui, c’est les critiques, les absences, les gifles, les cris, les dents cassées, les cuites, les meubles renversés. J’ai beau chercher, fouiller, la fin de l’histoire avec lui est toujours dégueulasse.

Je comprends que maman me donne tout l’amour qu’il est incapable de m’offrir. Elle est là pour équilibrer et j’ai de la chance. Ma petite enfance est une succession de coups à prendre et de coups à éviter. Maman et moi, on doit faire bloc. J’ai peur pour elle et je sens qu’elle a peur pour moi. On est indissociables, liés pour toujours contre lui.

Si je la lâche, elle meurt ; si je faiblis, elle ne s’en sortira pas.

Maman est mon héroïne, ma vie. Elle est belle, forte, courageuse. Je la suis partout à la trace. Il est hors de question que je reste seul à la maison en attendant qu’elle rentre du travail. On ne sait jamais. Je suis encore trop petit. Et c’est dangereux.

 

Let me Raï

 

Maman gère le Paris Athènes en face de la Gare du Nord. Le bar est à papa, mais c’est maman qui y travaille. J’adore cet endroit. Il y a des gens de tous les styles et de toutes les couleurs. Les éboueurs prennent un café avec les migrants qui prennent une cigarette avec les petits vieux du quartier. Il y a toujours des croissants sur l’immense comptoir et Douha Alia de Cheb Mami dans les enceintes. Kader, un sans-papiers avec des trapèzes de boxeur, m’apprend à jouer au baby-foot et au flipper Demolition Man. J’ai droit à un sandwich thon-crudités pour dîner puis je m’endors sur la banquette en skaï marron qui fait transpirer ma joue. Je suis le roi du Paris Athènes.

À 23 heures, maman me réveille, c’est la fermeture. Elle me prend dans ses bras, je cale mon visage dans son cou. Elle est épuisée par sa journée à rallonge, mais on habite tout à côté et elle insiste pour me porter.

La porte s’ouvre. Papa est assis sur le canapé, entouré de cadavres de bières. Son regard de reproche quoi qu’on fasse ou dise. On est surpris qu’il soit déjà rentré, et avec maman on n’a pas trop confiance dans les surprises. Normalement, il rentre plus tard. Ivre, plus ou moins agacé suivant le montant perdu aux dominos ou aux machines à sous, mais si on dort, il ne nous réveille pas.

Maman me donne les instructions comme une automate. « Va dans ta chambre, mon chéri. Pyjama, les dents et dodo. » Papa se lève. Il se met à la cogner. Il y a du sang. Je veux protéger maman, je tente de m’interposer. Mon petit corps se bloque entre les jambes de maman comme un rempart, une barrière. Je valdingue. Papa est en train de la démolir. Maman se recroqueville, le supplie d’arrêter. J’ai peur que maman meure sous mes yeux. Ça sera de ma faute. Je pleure, je morfle, il se défoule sur moi.

 

Mohamed Bouhafsi (avec Géraldine Maillet) - Rêver sous les coups - Mon combat contre les violences faites aux enfants 

 

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Grand remplacement... « Un inquiétant imaginaire de purification ethnique et culturelle »

1 Novembre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Histoire

La République coloniale - Poche - Pascal Blanchard, Nicolas Bancel,  Françoise Vergès - Achat Livre | fnac

Entretien avec Nicolas Bancel, historien de la colonisation, coauteur de La République coloniale (Albin Michel, 2003, rééd. Hachette, « Pluriel », 2006).

Quelle est votre réaction d’historien à la théorie d’un « grand remplacement» d’un peuple français par l’immigration?

Elle met en évidence quelques uns des présupposés récurrents de l’extrême droite dans sa définition des « populations allochtones ». Premièrement, les « descendants d’immigrés » sont, par définition, français, puisque nés sur le sol français. Considérer ces populations comme étrangères revient à valider une définition biologique de l’appartenance au peuple français, en ignorant l’ensemble des processus de socialisation qui anime le creuset français, en particulier le métissage. Les études de l’INSEE montrent par ailleurs que les descendants d’immigrés se rapprochent des niveaux de rémunération, d’emploi et d’étude du reste de la population par rapport à leurs parents. Mais pour les théoriciens du « grand remplacement », les « descendants d’immigrés », dans leur acception biologique, seront éternellement des étrangers à la Nation, génération après génération. C’est évidemment ignorer les effets du métissage (mariages mixtes) et de l’intégration au sein du creuset français. Mais c’est aussi oublier que la part en France des résidents étrangers (11 %) la situe dans la moyenne des pays de l’Union européenne.

Peut-on parler d’un socle biologique « de souche » en France ?

Cette théorie d’un « changement de peuple », très anxiogène, suppose qu’une population blanche, stable, constituerait le « socle biologique » de la France, et que ce socle serait en voie d’être corrompu, voire détruit. Or, comme le démontrent toutes les études démographiques, la constitution historique de la population française repose, depuis le XVIIIe siècle, sur d’incessants mélanges, y compris extra-européens, qui altèrent considérablement la foi que l’on pourrait placer dans une « population blanche » française originelle. Mais on ne peut pas nier, par ailleurs, que les populations extra-européennes constituent la majorité des flux migratoires depuis le milieu des années 1970, favorisant des « angoisses anthropologiques » savamment exploitées par l’extrême droite.

Ce type d’angoisse ne date pas d’aujourd’hui…

On retrouve l’idée récurrente, d’une « submersion » depuis la fin du XIXe siècle. Avec l’ouverture coloniale et les premières grandes vagues d’immigration, l’activation d’un sentiment de submersion est en effet récurrente. Que l’on pense aux ouvrages du capitaine Danrit (L’Invasion noire, publié en 1895, puis L’Invasion jaune, en 1905). Il y a eu des campagnes de presse anti-immigrés dans les années 1890, et lors de la grand crise économique des années 1930, celles-ci portant spécifiquement sur les nord-africains. Le thème de la submersion fut utilisé dès la fin des années 1970 par le Front national, qui en fit l’un de ses credo, repris plus ou moins ouvertement par une partie des élites politiques, majoritairement (mais pas seulement) à droite. Dans le contexte de crise sociale et politique actuelle, les vieilles idées de l’extrême droite ont irradié dans le champ intellectuel, puisque de nombreux analystes brodent sur le thème de la submersion biologique (Renaud Camus) ou culturelle (Alain Finkielkraut). Souterrainement, se dessine un inquiétant imaginaire de purification de la société de ses éléments « allogènes », supposés à l’origine de la dilution biologique et culturelle de la nation. 

Propos recueillis par Frédéric Joignot

Entretien en illustration du billet à lire en cliquant ci-dessous

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La jeunesse à genoux vue par Emmanuelle Bayamack-Tam : «Le vocabulaire de la soumission et de l’humiliation est toujours le même»

1 Novembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

A partir de la vidéo glaçante de jeunes gens interpellés par les forces de l’ordre à Mantes-la-Jolie en 2018, l’autrice d’«Il est des hommes qui se perdront toujours» réfléchit sur tout ce que l’autoritarisme policier, les réformes Blanquer ou les mesures sanitaires infligent à une jeunesse sommée de se tenir «sage».

 

À l’occasion des 10 ans du BAL, plateforme indépendante d’exposition et de pédagogie dédiée à l’image contemporaine, une ou un écrivain s’empare chaque semaine d’une image pour porter un regard sur notre histoire collective, que celle-ci touche au politique, au social, au corps, qu’elle témoigne des derniers bouleversements ou fasse appel à une mémoire plus lointaine en résonance avec notre actualité.

Le 6 décembre 2018, 151 jeunes sont arrêtés, mis en rang, agenouillés, mains dans le dos, sur la tête ou sur la nuque. Ils resteront plusieurs heures dans cette position – de midi à seize heures pour certains. Le plus jeune a 12 ans, le plus âgé 21. Bien que tous ne soient pas lycéens, leur arrestation intervient en marge de contestations lycéennes contre la réforme du bac et celle de Parcoursup. Ces images proviennent d’une vidéo, sans doute filmée par un représentant des forces de l’ordre. On y entend distinctement un homme prononcer une formule qui fera florès : «Voilà une classe qui se tient sage !» Diffusée le soir même sur les réseaux sociaux, la vidéo sera massivement relayée et provoquera une vague d’indignation compréhensible, en France mais aussi à l’étranger. Chargée d’enquêter sur les faits, l’IGPN conclut à un non-lieu en juillet 2019. Un collectif de familles déposera plainte avec constitution de partie civile, histoire que soit ouverte une information judiciaire – qui à ce jour n’a pas abouti et semble traîner en longueur.

Les trois vidéogrammes que j’ai sélectionnés, parmi d’autres tout aussi saisissants, ont le mérite de montrer la scène sous différents angles et avec différents protagonistes. Sur le premier, les jeunes sont de dos, face à un mur qui pourrait être d’exécution. En dépit de la piètre qualité de l’image, on peut voir que les jeunes sont menottés au serflex. Sur le deuxième, ils sont de profil, agenouillés sur ce qui semble être de la terre battue. Au premier plan, un policier est campé sur une dalle de béton, jambes légèrement écartées, matraque à la main. À quelques mètres de lui, on distingue une dizaine d’autres policiers, équipés de la même façon. Au dernier plan, on aperçoit un établissement scolaire. Il s’agit du lycée Saint-Exupéry, dont sont originaires une bonne partie des 151 jeunes gens arrêtés. Sur le troisième, la plupart sont de face. La doudoune siglée de l’un, et les trois bandes du jogging de l’autre ancrent la scène dans une réalité très contemporaine – et très familière. L’arsenal du policier au deuxième plan sur la droite remplit la même fonction : nous convaincre que ces photos n’appartiennent pas à l’Histoire. Car la posture imposée aux jeunes relève d’un imaginaire intemporel – et qu’on le veuille ou non, ces images en font resurgir d’autres, plus anciennes, peintures ou photos : celles de l’exécution des Fédérés au cimetière du Père-Lachaise, ou celles de jeunes résistants durant la Seconde Guerre mondiale, par exemple.

«Bend the knee»

Il ne nous échappe pas qu’aucun jeune n’est mort le 6 décembre 2018 à Mantes-la-Jolie, mais si la mémoire collective produit involontairement ces associations, c’est que le vocabulaire de la soumission et de l’humiliation est toujours le même. «Bend the knee», intime Daenerys Targaryen à Jon Snow, dans la série la plus populaire de tous les temps. On plie beaucoup le genou dans Game of Thrones, et si on s’y refuse, on finit généralement très mal – à part Jon Snow, évidemment. Mais GOT se déroule dans un univers fictif de fantasy pseudo médiévale, un univers ultra-violent et a priori très éloigné du nôtre, où il s’agit sans cesse d’imposer sa domination et d’obtenir de l’autre qu’il traduise sa soumission et son allégeance en signes immédiatement intelligibles : mettre genou à terre, courber la tête.

Les images filmées à Mantes-la-Jolie relèvent donc à mon sens d’un anachronisme perturbant, mais il faut croire que l’on trouvera toujours des gens pour en faire s’agenouiller d’autres, au nom du maintien de l’ordre, mais surtout en vertu d’un principe de jouissance beaucoup moins avouable. Car si la vidéo dont elles sont extraites a paru scandaleuse à beaucoup, elle a également suscité une vague de jubilation narquoise : finalement, ils l’avaient bien cherché, ces jeunes, banlieusards de surcroît, qui auraient dû être à l’école au lieu de manifester et de faire brûler des poubelles. C’est cette jubilation narquoise que l’on entend dans la phrase prononcée (sans doute par l’auteur même de ces images), et si la formule a eu un tel succès, c’est probablement aussi parce qu’elle traduit une sorte d’idéal pédagogique – à la fois fantasmatique et réactionnaire. S’il y a des gens pour croire qu’une bonne classe, c’est précisément «une classe qui se tient sage», les enseignants savent que c’est exactement l’inverse.

Une classe, des élèves, ça s’agite, ça remue, ça discute. Une classe dans laquelle on a «figé la situation», pour reprendre les mots d’un représentant de l’UNSA Police, est une classe dans laquelle il ne se passe rien, hormis l’ingurgitation passive de contenus privés de sens. Sans compter que des classes, il n’y en a quasi plus dans les lycées généraux, la réforme Blanquer ayant pulvérisé ce qui relevait somme toute d’un collectif, soit un groupe d’une trentaine de jeunes gens, réunis pour deux ou trois ans, partageant des cours, des enseignants, des horaires, et donc du temps de réflexion, des questionnements et des émotions. Aujourd’hui, par le jeu des options, les élèves de première et de terminale n’appartiennent plus vraiment à des groupes-classes. Ils ont cours tantôt avec certains, tantôt avec d’autres, et se croisent sans avoir le temps de se connaître vraiment.

Répression de plus en plus brutale

Les faits datent de presque trois ans, et le moins qu’on puisse dire, c’est que les classes (enfin, ce qu’il en reste dans les lycées généraux) ne se sont jamais tenues plus sages qu’en ces deux dernières années scolaires, pandémie aidant. On m’objectera que les virus ne relèvent pas d’une intentionnalité humaine, et que personne n’a souhaité confiner la jeunesse, entraver à ce point sa liberté d’action et de mouvement. Certes, mais cela n’enlève pas leur caractère étrangement prémonitoire à ces images. Pour «figer une situation», rien de tel que la maladie, la mort, et les mesures sanitaires que l’on prend pour s’en prémunir. Évidemment, c’est tout le pays (voire tous les pays) que la pandémie a contraint à l’obéissance et à l’immobilité, mais c’est bien le sort fait à la jeunesse qui est le plus préoccupant.

Qu’on la mette à genoux pendant des heures, ou que l’on accepte qu’elle ne puisse plus aller en cours, sortir, voir ses amis, manger dehors, aller danser, j’y vois un effarant continuum de violence et de mépris. On a continué à maltraiter cette jeunesse. On a continué à la préférer «sage», soumise, arrêtée dans ses projets, enrayée dans ses désirs. Et c’est très grave. Car ce n’est pas la même chose d’être confiné à 18 ans et de l’être à 40 ; il est beaucoup plus délétère d’être privé d’émulation, de rencontres et d’échanges imprévus, alors que l’on est un être en pleine mutation et en pleine formation.

Si ces images dérangeantes nous ont finalement trop peu dérangés, elles ont été jugées suffisamment emblématiques pour que le journaliste David Dufresne intitule Un pays qui se tient sage (2020) le documentaire qu’il a consacré aux violences policières, opérant par ce titre un changement d’échelle tout à fait éclairant : si les jeunes des quartiers sensibles subissent quasi quotidiennement ces violences, ils n’en ont pas, ou plus, l’apanage, puisque des manifestations de citoyens lambda, pas forcément jeunes ni issus des banlieues, font l’objet d’une répression de plus en plus brutale. Notons d’ailleurs que dans les jours qui ont suivi l’interpellation des jeunes de Mantes-la-Jolie, la posture qui leur a été imposée a été reprise et mimée par ces manifestants lambda (gilets jaunes, lycéens de tous milieux sociaux…), qui entendaient transformer la posture humiliante en manifestation de solidarité et finalement, en acte d’insoumission.

En ces temps de rentrée scolaire et universitaire, souhaitons-nous de retrouver des classes qui ne soient pas trop «sages», parce que la sagesse qui s’obtient par la coercition et l’humiliation n’a aucune valeur et aucun intérêt. Et souhaitons-nous aussi de retrouver des jeunes que les mesures prophylactiques n’auront pas conditionnés à l’atonie, à l’immobilisme, à l’isolement, au confort apparent du «distanciel» et de ce qu’Alain Damasio appelle la «grande couveuse» ou le «techno cocon» – et dont il a très justement dénoncé le caractère préjudiciable. Une situation figée, ça ressemble quand même furieusement à la mort…

Emmanuelle Bayamack-Tam

Dernier ouvrage paru (sous le pseudonyme Rebecca Lighieri) : Il est des hommes qui se perdront toujours (éd. POL, 2020)

«En présence des images» est une série conçue par la Fondation Evens et LE BAL, en partenariat avec Libération, avec le soutien du ministère de la Culture.

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LE « GRAND REMPLACEMENT » DE LA POPULATION FRANÇAISE. UNE THÉORIE FUMEUSE, ALARMISTE ET DE GUERRE CIVILE

1 Novembre 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Sociologie, #Histoire

Que se passe-t-il dans le cerveau du menteur ?

EXTRAIT

HISTOIRE D’UNE NOTION. Asinus asinum fricat. L’âne se frotte aux ânes. Cela promet pour les mois à venir une surenchère dans la tirade haineuse, l’appel à la guerre civile, le raccourci historique depuis que la course à l’échalote a commencé entre le vice-président du Rassemblement National, Jordan Bardella, et le polémiste Eric Zemmour, improbable candidat probable à l’élection présidentielle. C’est depuis la rentée à qui avancera la plus grosse énormité tapageuse sur l’immigration pour pouvoir, l’un, flatter les voix de ses électeurs les plus belliqueux, l’autre, apparaître comme un identitaire pur et dur et les lui dérober. Une joute haute en couleuvres.

Depuis plusieurs semaines, cette escalade tourne autour de la récupération de la théorie complotiste du « grand remplacement » développée par l’écrivain d’extrême-droite Renaud Camus condamné en 2014 pour incitation à la haine raciale, très influencé par les thèses identitaires et antisémites de Maurice Barrés sur « la voix du sang et l’instinct du terroir » et de l’ « action française » de Charles Maurras (qui finit collaborateur). On connaît cette spéculation outrée, reprise par toute l’extrême-droite, qui prétend que la population européenne et française va, dans sa démographie même, être bientôt submergée par l’immigration africaine et maghrébine musulmane – être majoritairement, démographiquement, « remplacée » par une « invasion » bien sûr imprudemment orchestrée par les élites libérales, mondialistes et « islamogauchistes« .

Une thèse extrême, extrémiste, régulièrement battue en brèche par la majorité des démographes, des statisticiens et des historiens, qui n’est pas, malheureusement, sans conséquence. La doctrine du « grand remplacement » a directement inspiré Anders Behring Breivik, l’auteur des attentats d’Oslo et d’Utoya en Norvège le 22 juillet 2011 (77 morts, en majorité des adolescents travaillistes norvégiens jugés complices, 151 blessés), signataire d’un manifeste exaltant le nationalisme blanc, appelant à l’arrêt par des actions violentes de l' »Eurabia « (l’Europe submergée par les arabes). Un texte explicitement repris par le suprémaciste blanc Brenton Tarrant, responsable de l’attaque terroriste des mosquées de Christchurch (Nouvelle Zélande) en mars 2019 (49 morts), lui-même signataire du manifeste « The Great Replacement » où il justifie son acte criminel.

En France même, le groupe identitaire Action des forces opérationnelles (AFO)affirmait sur la page d’accueil de son site Internet « Guerre de France » : « Le grand remplacement est réel, visible partout en France et en Europe. Notre nation s’éteindra sous peu si nous n’y prenons pas garde. Rejoignez les rangs des Patriotes. »...

Treize de ses membres ont été interpellés en juin et juillet 2018, soupçonnés de vouloir empoisonner la nourriture halal dans plusieurs supermarchés pour tuer des musulmans français. Quant à l’OAS, l’Organisation des Armées Sociales (inspirées par l’OAS de la guerre d’Algérie, l’Organisation de l’armée secrète), dont plusieurs membres passaient en justice ces dernières semaines, ils voulaient terroriser les Français d’origine arabe ou africaine, les musulmans, les migrants, en s’attaquant à des restaurants, des mosquées, des épiceries, des marchés de rue,  mais aussi à des personnalités politiques de gauche comme Christophe Castaner ou Jean-Luc Mélenchon.

Leur but affirmé, pousser les « envahisseurs » à quitter d’eux-mêmes la France, provoquer une « remigration » – arrêter le grand remplacement par la terreur; une sortir de djihad à l’envers dans la lignée du groupuscule Génération Identitaire dissous en mars par le ministère de l’intérieur. Il n’est pas un hasard qu’un des membre de cette OAS ai été l’administrateur de la page Facebook « les admirateurs d’Anders Breivik » et de son manifeste. Quant à Rémi Daillet, figure des milieux complotistes et anti-vax de l’ultra-droite, mis en examen à Nancy dans l’affaire de l’enlèvement de la petite Mia, il a été entendu par la DGSI dans le cadre des projets d’attentat du groupuscule d’ultra-droite Honneur et Nation – lui aussi adepte et promoteur de la théorie du « grand remplacement »… N’oublions pas non plus la multiplication des actions violentes de l’extrême-droite notamment à Lyon, comme l’attaque de la libraire libertaire de la Croix Rousse, La Plume noire, ou les menaces physiques contre des activistes des mouvements LGBT… 

Tous  ces projets criminels, ces passages à l’acte par des groupes factieux s’inquiétant d’un « grand remplacement de peuple« , révèlent combien le terrorisme d’extrême-droite devient de plus en plus menaçant en France et en Europe (comme l’assure le Renseignement allemand et français ) – dangereux pendant du terrorisme islamiste. Hélas, depuis l’horrible XXe siècle, l’influence néfaste des idéologies d’exclusion et totalisantes (les « langages totalitaires » comme les appellent Hannah Arendt et Jean-Pierre Faye) et leur rôle moteur dans la violence partisane sont parfaitement renseignés : ce qui interroge la responsabilité de celles et ceux qui les popularisent, des médias qui offrent plateaux et colonnes à leurs  thuriféraires…

Le 25 août, Jordan Bardella, bientôt président du Rassemblement national, ouvre le bal des remplacistes avec un tweet alarmiste – le RN est dans l’alarme permanente jamais la résolution crédible (sortie de l’euro en 2017, retraite à 60 ans aujourd’hui) – assurant sans sourciller que de récentes « données de l’Insee nous confirment ce que nous disons depuis longtemps : l’immigration entraîne un changement de population, inédit dans notre histoire par sa rapidité et son ampleur. Il nous reste peu de temps pour choisir le visage qu’aura demain la France ». C’est la première fois que le RN revendique ouvertement de la théorie du grand remplacement de population – même si Bardella assure que cela fait « longtemps » (en coulisse peut-être, entre « nous »)..

Eric Zemmour, à qui certaines télévisions offrent de façon irresponsable une tribune permanente sans lui tenir la dragée haute, reprend la main à Mirabeau (Vaucluse), invité à s’exprimer par l’entrepreneur Rafik Smati, président du mouvement Objectif France. Il martèle avec le sens de la nuance qui le caractérise, lui qui a été lourdement mis à l’amende de 200000 €  avec la chaine CNews par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) pour des propos racistes outranciers  : « En 2100, nous serons une République islamiqueLe grand remplacement (…) est un processus inéluctable qui, si on ne l’arrête pas, nous emportera tous. » 

(...)

Frédéric Joignot

Texte intégral à lire en cliquant ci-dessous

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