Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Najat Vallaud-Belkacem, leçons féministes d'une crise

15 Novembre 2021 , Rédigé par France Culture

Najat Vallaud-Belkacem, leçons féministes d'une crise

Quelles leçons féministes peut-on tirer de la crise sanitaire et environnementale ? Victimes de ces bouleversements, les femmes sont aussi les oubliées des décisions politiques quant à leur gestion, constate Najat Vallaud-Belkacem. Dans cette tribune, elle appelle à lier le combat féministe pour l'égalité à l'instauration d'une "démocratie du care", pour "une société qui reconnaisse enfin une valeur économique, politique et sociale au travail du soin".

C'était tout juste après le premier confinement. On acclamait les "premiers de corvées", celles et ceux qui prennent soin des autres, et l'on dissertait sur le "monde d'après" dans lequel celles et ceux dont nos vies dépendent au premier chef seraient reconnus à leur juste valeur, sur le plan social et économique. Seulement voilà, constate Najat Vallaud-Belkacem, directrice générale de l’ONG de solidarité internationale ONE, cette prise de conscience de "l'échelle des valeurs inversée" lors de la crise sanitaire, n'a pas été suivie d'effets politiques. 

Dans La Société des vulnérables. Leçons féministes d'une crise (Tracts Gallimard, 2020) qu'a elle signé avec la philosophe Sandra Laugier, l'ancienne ministre des Droits des femmes puis de l’Éducation revient sur ce paradoxe : alors qu'elles étaient soudainement visibles dans les reportages sur le travail des hôpitaux, écoles et magasins de proximité, "les femmes sont restées, tout au long de cette crise, les grandes absentes de la réflexion et de l’action politique, comme si la crise, qui révélait leur rôle, les maintenait au bord de la discussion, de la politique, toujours invisibles." Selon les deux autrices, cette contradiction s'exprime également dans la crise environnementale. "Là encore, les femmes sont les plus vulnérabilisées, et pourtant les moins présentes dans les réponses."

Dans cette tribune, Najat-Vallaud Belkacem dénonce cette mauvaise équation selon laquelle les femmes sont à la fois "les premières victimes" des crises, les "premières actrices du changement", et les "absentes des cercles du pouvoir". Pour cela, elle appelle à la valorisation d'une "démocratie du care" :

"Les leçons qu'on n'a pas su tirer à l'aune des précédentes crises environnementales, peut-être qu'on pourrait cette fois-ci les tirer à l'aune de la crise du Covid-19, souligne-t-elle, pour ne pas reproduire les mêmes échecs, les mêmes erreurs qui consistent à oublier des voix, des pans entiers de la société à l'échelle mondiale."

A écouter en cliquant ci-dessous

Lire la suite

Figaro Magazine... "Un article en lien avec l'équipe et les campagnes de JM Blanquer"

14 Novembre 2021 , Rédigé par Le Cafe Pedagogique Publié dans #Education

Image

EXTRAITS

"Antiracisme, idéologie LGBT+, décolonialisme... Enquête sur une dérive bien organisée". Par quelle sidérante inversion des valeurs le fait de lutter contre le racisme, de condamner le colonialisme et d'apprendre aux enfants la tolérance devient dans Le Figaro Magazine plus que des accusations , la dénonciation d'un complot "bien organisé" ! Les divagations du Figaro Magazine appuyées sur une poignée de témoignages anonymes ne mériteraient pas tant de bruit. Si cette campagne ne s'inscrivait dans le climat de maccarthysme actuel. Si elle ne reprenait pas des thèmes lancés par le ministre de l'éducation nationale. Et si des membres de l'équipe de JM Blanquer ne participaient pas à ce numéro. Le dossier de N Cherigui et J Weintraub mène tout droit rue de Grenelle. Il suscite déjà de vives réactions chez les acteurs de l'Ecole

(...)

Un article en lien avec l'équipe et les campagnes de JM Blanquer

Parce qu'accuser les enseignants de dénoncer le colonialisme, de lutter contre les stéréotypes de genre et pour la tolérance en matière de sexualités ou encore de lutter contre le racisme, c'est simplement rappeler ce que sont leurs missions telles qu'elles sont inscrites dans le Code de l'éducation. Faire l'apologie de la colonisation, celle du racisme ou de l'homophobie ce serait une faute pour un enseignant. Construire un article qui dénonce une pénétration de toute l'Ecole à partir de quelques témoignages anonymes et d'une activiste politique c'est ridicule.

Le seul point sérieux de ce dossier c'est l'article de Souâd Ayada qui dénonce les éditeurs scolaires. "Là où je suis j'essaie de protéger l'institution scolaire de toutes les modes en vogue dans la société et de la prémunir des idéologies de la déconstruction postcoloniales ou identitaires", dit-elle. Et de se lamenter que "le CSP n'a aucun pouvoir sur le contenu des manuels scolaires". Elle lance un appel aux collectivités locales qui commandent les manuels. "Elles pourraient utiliser ce levier pour se pencher sur leur contenu", ecrit-elle.

Il est bien évident que cet article de S Ayada n'est pas paru sans l'autorisation du ministre de l'éducation nationale. Elle ne fait d'ailleurs qu'y reprendre les thèmes de campagne de ce dernier. La dénonciation des "idéologies de la déconstruction", comme la lutte contre le racisme. un sujet sur lequel JM Blanquer revient régulièrement depuis des années et encore récemment. Ses plaintes contre les formations antiracistes organisées par Sud Education par exemple ont été un échec.

On a peut-être oublié que JM Blanquer a aussi mené campagne contre les éditeurs scolaires. Dès décembre 2017 il annonçait la création d'un Conseil scientifique qui donnerait des "recommandations pour bien choisir les manuels scolaires", affirmant par exemple que "tous les manuels ne se valent pas" pour l'apprentissage de la lecture". Rappelons que l'étude de R Goigoux montre justement le contraire : le choix du manuel n'est pas déterminant dans la maitrise de la lecture. En 2018, devant le Sénat, il menaçait de ne plus commander de manuels de collège. A la différence des manuels du premier degré et de ceux du lycée, ceux-ci sont à la charge de l'Etat et la menace était à prendre au sérieux par les éditeurs. En attendant le budget des manuels pour le collège passait de 216 à 16 millions. Depuis le ministère a édité sa propre méthode de lecture, Légo, expérimentée dans 10 départements, et une foule de "recommandations" et de "guides" de toutes les couleurs qui pèsent sur la liberté pédagogique des enseignants.

(...)

Le monde enseignant réagit

Ce numéro du Figaro Magazine, qui reprend les thèmes de campagne et une partie de l'équipe de JM Blanquer a suscité beaucoup de réactions chez les enseignants sur les réseaux sociaux. Sur son blog, le professeur des écoles Alain Refalo rappelle : " les valeurs que nous enseignons à nos élèves sont inscrites dans les programmes : la liberté, l'égalité, la fraternité, ce qui implique d'éduquer à la tolérance, au refus du racisme, à l'égalité hommes-femmes et garçons-filles, au respect dû à toute personne, étrangers, migrants, réfugiés, au refus de la haine et de la violence, à la paix et contre la guerre". Et il ajoute : " Nous ne nous laisserons pas jeter en pâture aux chiens. Nous allons nous battre avec nos armes, la plume, la parole, l'éducation et la non-violence contre tous vos mensonges, vos délires identitaires et vos obsessions nationalistes. Enseignants, il est temps de nous réveiller. La petite musique qui circule en boucle depuis des mois "porte en elle la guerre comme la nuée porte l'orage".

(...)

F Jarraud

Billet complet à lire en cliquant ci-dessous

Lire la suite

"Tout est faux dans ce que raconte Zemmour", lancent les historiens Nicolas Offenstadt et Pascal Ory (Audio)

11 Novembre 2021 , Rédigé par France Inter Publié dans #Histoire

En ce 11 novembre 2021, jour de commémoration de la Grande Guerre et des morts tombés pour la France, l'historien Nicolas Offenstadt juge "qu'il y a un débat récurrent qui est de dire que la France commémore trop" avec lequel il est en "profond désaccord""C’est un excellent moment démocratique et civique et il faut en profiter pour parler d’Histoire. Il faut défendre les commémorations, il n’y en a jamais trop et la question c’est surtout 'Comment on les fait'." Il regrette toutefois que, depuis 2012, le 11 novembre "ne soit plus la commémoration exclusive de la Grande guerre mais celle de tous les morts pour la France". Selon Nicolas Offenstadt, "on mélange toutes les guerres, je pense que c’est un risque de confusion et cette journée n’y échappe pas". Son collègue Pascal Ory est pour sa part "très sceptique sur la capacité pédagogique finale de ces commémorations". Selon lui, "on enseigne l’Histoire mais elle n’enseigne rien"

Selon les deux historiens, l'Histoire est par ailleurs manipulée par le polémiste Eric Zemmour, qui pourrait se déclarer candidat à la présidentielle. Et notamment sur la question du rôle du régime de Vichy dans la déportation des Juifs en France. "S'il avait une thèse neuve sur un sujet que les historiens travaillent depuis des décennies, il faudrait qu’il l’argumente. Il n’a aucun argument, aucun document. Si vous voulez dire quelque chose de nouveau, il y a une manière de faire de l’histoire, qu’on soit historien amateur ou de métier. Il faut montrer des preuves, des documents. Or ce que dit Eric Zemmour, c’est du vent, ça ne repose sur rien, aucun travail de fond, à part sur son point de vue. Il va contre le consensus des historiens de manière totalement simpliste et simplement sur son point de vue", juge Nicolas Offenstadt. 

Nicolas Offenstadt : "Les historiens sont ses cibles favorites, parce qu’on défend un idéal de vérité, qu’il bafoue en permanence. Il fait de l’histoire une arme politique. Les historiens professionnels sont ses ennemis, mais en fait il veut se débarrasser de la vérité. Il raconte n’importe quoi sur le Moyen Âge, sur Vichy, la Grande Guerre. Il ne passerait pas une demie première année d’histoire avec ce qu’il raconte dans ses livres." 

Les invités

Pascal OryProfesseur émérite d’histoire contemporaine à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Nicolas OffenstadtHistorien, maître de conférences à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, membre de l'Institut d'histoire moderne et contemporaine (IHMC), spécialiste de la Grande Guerre

Lire la suite

Le Chemin des Dames...

11 Novembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire

Chaque 11 novembre, je repense à mon grand-père qui combattit sur le front pendant 4 ans. Un simple soldat comme des millions d'autres. Pour que ce soit la "der des der"...

On sait ce qu'il en fut...

CC

                                                                  _________________

Dans le cimetière de Varengeville, pendant que tu admirais les vitraux bleutés de Braque, je me suis arrêté devant la tombe d’un homme. 1889-1917. Mort à 28 ans donc. Légèrement effacée, la mention:

« Mort pour la France » .

C’était un autre jour, en août. Les années soixante. 1965 peut-être. Les vacances d’été dans le Pas-de-Calais permettaient à mes parents de revoir les leurs. Mon grand-père maternel, né lui aussi en 1889, avait été soldat pendant la « Grande Guerre ». Il avait connu les combats, l’horreur des assauts pour cent mètres gagnés, partis à trois-cents et revenus à quatorze, les poux, les rats, la peur à se pisser dessus, l’absurdité de l’attente, le bonheur du courrier et de nouveau la boue, le silence avant les bombes et, bien pire encore, le silence après les bombes. Verdun, Douaumont, le Chemin des Dames. Il ira jusqu’aux Dardanelles. L’unique voyage à l’étranger de toute sa vie d’ouvrier agricole. Il s’en serait volontiers passé. Mais au moins en était-il sorti vivant.

Tout cela, et rien que cela, je le tiens de ma mère. Son père ne parlait jamais des quatre années passées loin de sa femme, elle aussi ouvrière agricole. Évoquer cette période devant lui vous exposait à une remarque immédiate, indiscutable. « Ça suffit ! C’est loin tout ça » .

Ce matin d’août 1965, il faisait très beau. Un ciel aussi bleu que celui tutoyant les falaises de Varengeville. Mon grand-père me prit la main et me dit, avec la brièveté qui caractérisait cet homme silencieux : « Viens, je vais te montrer quelque chose. Mais faudra pas le dire hein ! Ce sera notre secret ! »

Partager un secret avec mon grand-père adoré, admiré, à sept ans. J’étais fier ! Oh non, je ne dirai rien. J'ai toujours su conserver les confidences en autant de secrets.

Il m’emmena au fond du jardin où étaient disposés quelques clapiers à lapins. Il ouvrit une des portes, écarta doucement le locataire et plongea la main sous la paille qui servait de litière. Après avoir tâtonné quelques secondes, il retira sa main…

« Tu viens ? »

Tu me rappelais que nous avions peu de temps. Paris t’attendait… Nous remontâmes l’allée du cimetière pour retrouver le parking, la voiture, la route… Je n’ai pas pensé te parler de mon grand-père et de ses lapins. Tu aimes pourtant tellement que je me raconte…

« Regarde… Sais-tu ce que c’est ? »

Mon grand-père tenait à la main une sorte de long couteau, rouillé avec deux anneaux aux deux extrémités de ce qui me sembla être une poignée. L’objet, inquiétant, mesurait une quarantaine de centimètres. Je ne savais pas ce que c’était.

Mon grand-père, devenu soudain très grave, me dit :

«On appelle ça une baïonnette. Quand j’étais soldat, pendant la guerre, on la mettait au bout du fusil. Et parfois, quand y’avait plus de cartouches à tirer, on se défendait avec. Mais ça je te raconterai pas. Quand la guerre a été finie, j’ai volé la baïonnette. Oh, pas pour la garder en souvenir ! Les souvenirs de cette guerre, j’en ai trop dans la tête ! Comme c’était la victoire, que tout le monde était heureux, j’ai raconté à mon lieutenant que je l’avais perdue. J’ai pas été puni. Mais je l’avais pas perdue ! Je l’avais glissée dans la grande poche de mon manteau et je l’ai ramenée avec moi ».

- Mais puisque tu ne voulais pas te souvenir, pourquoi est-elle là?

- Ah, ça, c’est une bonne question ! Elle est là parce que lorsque j’ai été démobilisé – ça veut dire que j’étais plus militaire; je redevenais un homme – je me suis juré de la montrer un jour à ceux qui viendront après pour que ça recommence jamais ! Tu vois, ce bout de fer, c’est la guerre ! C’est ça la guerre ! Un couteau au bout d’un fusil. Pour faire du mal. À des gens qu’ont rien demandé par d’autres gens qu’ont rien demandé non plus ! Je te le montre mais je ne te le donne pas. C’est pas un cadeau à faire à un enfant ! Tiens, remets-la dans le fond du clapier ».

J’ai délicatement posé l’objet près du lapin. Mon grand-père a recouvert sa baïonnette de paille, a refermé la porte et m’a emmené voir le colombier où roucoulaient des couples d’oiseaux amoureux. Je n’ai plus jamais entendu parler de cette arme et ne l'ai jamais revue. 

Le « Père Maurice », comme l’appelait tout le village, n’a jamais assisté à aucun défilé du 14 juillet ni à aucune cérémonie du 11 novembre. Il pleurait ses camarades « morts pour la France » tous les jours, en silence, dans le secret de sa mémoire, dans son « Chemin des Dames ».

La route défilait. Elle aussi. C’était un moment heureux, dans le soleil de juin. Tu passais d’une chanson à l’autre. Dans les champs commençaient à poindre les coquelicots. Ceux que les soldats de 1914, ceux que mon grand-père a vus en partant combattre l’ennemi. En pantalon rouge !

1914-1918. Mais il y eut 1939-1945. 1940. La débâcle. L’exode. À nouveau les Allemands. Et cette fois triomphants. Le Père Maurice a dû endurer ça. Avec lui, tous ceux qui avaient connu l’enfer vingt-cinq ans seulement avant.

1940. La maison de mon grand-père servira de logement à un capitaine allemand. Avec le « Père Maurice », il était mal tombé. Il lui rejouera "Le silence de la mer" de Vercors. Pas un mot pendant environ quarante-huit mois !

À son départ, ce capitaine viendra saluer mon grand-père :

« Je sais que vous avez été un soldat de la Grande Guerre. Je comprends votre silence. Vous êtes l'honneur de votre pays ». En français, presque sans accent.

Et un matin de 1962, un homme s’est présenté à la grille de la maison. C’était « lui ».  Mon grand-père lui a enfin parlé. J'étais présent C'était en août. Hélas, le « Père Maurice, un homme "rude", m'a dit :

« Laisse-nous. Nous devons parler entre grandes personnes ».

Je n'ai jamais su ce qu'ils s'étaient raconté. Peut-être lui a-t-il parlé d’une jeune fille que tout le monde voyait chaque jour enfourcher son vélo pour des « promenades ». La jeune fille avait quatorze ans. Elle assurait des missions de liaison entre des groupes appartenant à son réseau. C’était ma mère.

Ce capitaine appartenait à la Wermacht. Ce n'était pas un SS, ni même un nazi. Comme l'officier allemand de Vercors, il récitait des poèmes français du premier au dernier vers. Il était l’ennemi imposé par l’Histoire.

Lorsqu’ils sont sortis de la pièce qu’ils occupaient pour se dire ce qu’ils avaient à se dire, leurs yeux brillaient, humides.

Mon grand-père est mort, un hiver de 1970. Loin de moi.

J’ai la guerre et le militarisme en horreur. Mon enfance et mon adolescence furent « bercées » par des récits de guerre d’Algérie. Par ces photographies découvertes dans Paris-Match. Les soldats américains épuisés dans les rizières du Viet Nam, pupilles dilatées par la consommation de haschich. Ces paysans, la terreur dans le regard. Les bombardements depuis les B-52 et les tapis de bombes au napalm. Et puis, en 1972, à Tran Bang, une petite fille courant nue, brûlée, hurlante, les bras écartés du corps car elle ne peut supporter le contact avec sa peau. La photo, prise par Nick Ut Cong Huynh, photographe de l'agence Associated Press, fera le tour du monde. Je n’ai jamais pu oublier Kim Phuc, sauvée après dix-sept opérations et quatorze mois d’hôpital. Elle deviendra Ambassadrice de Bonne Volonté (Goodwill Ambassador) de l'UNESCO en 1997.

Dans la voiture, j’aurais aimé te faire écouter Jimmy Hendrix, Bob Dylan ou Joan Baez. Ou La Chanson de Craonne.

Mais j’aurais fait disparaître ton sourire. Les guerres ont fait et font encore assez de mal comme ça. Syrie, Libye. Tragédie en Méditerranée. Réfugiés que même la France hésite à accueillir. Je n’oublierai jamais l’Aquarius et son « Odyssée ».

Lorsque mon grand-père a retrouvé ma grand-mère, quelques jours après l’armistice, sur un quai de gare, il l’a embrassée bien sûr. Puis il a eu ces mots :

« Allez, on rentre. Il doit y avoir de l’ouvrage »

C’est tout…

Il reprit le chemin avec sa dame…

Tu souriais et chantais... Il faisait si beau...

Christophe Chartreux

Lire la suite

Scandale! - "Le ministère a renoncé à dépenser 75 millions d’euros qui faisaient partie du budget..."

10 Novembre 2021 , Rédigé par Télérama Publié dans #Education

La fin de l'argent cash ? Ce sont surtout les consommateurs qui le veulent  - Business AM

L’Éducation nationale ne sait plus quoi faire de son argent

Le ministère a renoncé à dépenser 75 millions d’euros qui faisaient partie du budget alloué à l’Education nationale pour 2021. Un comble, alors que les besoins ne manquent pas.

Le ministère de l’Éducation nationale aurait-il fait des économies à la faveur de la crise sanitaire ? Une chose est sûre, Jean-Michel Blanquer a renoncé à dépenser 75 millions d’euros, qui faisaient pourtant partie du budget qui lui avait été alloué pour l’année 2021. À défaut d’avoir été consommée, cette somme calculée sur un total de 55 milliards d’euros – hors crédits du plan de relance – ne sera donc pas versée, comme le veut le projet de loi de finances rectificative (PLFR) présenté en conseil des ministres le 3 novembre. Dans le public, cela correspond à une perte de plus de 15 millions d’euros pour le second degré et de 2,3 millions d’euros pour le premier degré. Raison invoquée : « De moindres dépenses liées à la crise sanitaire (crédits pédagogiques et formations). » Mais pourquoi ne pas avoir puisé dans ces réserves pour renforcer les brigades d’enseignants remplaçants dans les zones déficitaires, au moment où les équipes pédagogiques et les parents s’arrachaient les cheveux ? S’ajoutent à ça 40 millions d’économies réalisées sur le programme « vie de l’élève » – lequel inclut la médecine scolaire, plus utile que jamais en ces temps de pandémie – et les actions en faveur de l’inclusion des élèves en situation de handicap, comme le recrutement et la rémunération des AESH, qui protestent depuis plusieurs mois contre la précarité de leurs conditions de travail.

Bureaucratie

Dernier volet, le « soutien de la politique de l’éducation nationale » voit s’envoler 15 millions d’euros qui auraient dû servir, semble-t-il, à financer l’organisation d’examens et de concours, ainsi que des frais de déplacements. Au ministère, on précise que c’est la « réserve de précaution », censée couvrir notamment les aléas de gestion, qui se trouve ici amputée à la suite d’une sous-consommation liée à la crise sanitaire.

Reste qu’on ne comprend pas bien ce qui empêchait Jean-Michel Blanquer d’utiliser ces crédits pour équiper les cantines de systèmes de ventilation ou subventionner l’achat de matériel informatique, qui compte pourtant parmi les actions de ce programme… À moins qu’une bureaucratie kafkaïenne, conjuguée à la pression qui pèse sur l’argent de l’État, fige chaque ligne budgétaire, en dépit du bon sens.

Lire la suite

L’Education nationale doit faire front contre l’extrême droite

8 Novembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education, #Politique

Comment les profs sont-ils évalués ?

Des responsables syndicaux appellent les enseignants à s’unir contre les idées les plus hostiles aux valeurs de la République, à la démocratie et à la tolérance sur leurs lieux de travail comme dans le débat public.

En 2017, lors de la dernière élection présidentielle, moins de 5 % des enseignant·es et des personnels de l’Education ont voté pour Marine Le Pen. Le monde de l’Education a jusqu’alors résisté à la percée de l’extrême droite de ces dernières décennies. Depuis 2017, les médias montent en épingle des enseignant·e·s engagé·e·s auprès de Marine Le Pen ou aujourd’hui d’Eric Zemmour. Or on constate qu’il s’agit, et heureusement, d’un phénomène très marginal.

Comment l’expliquer ? En tant que syndicalistes nous avons une connaissance privilégiée de l’institution et de ses personnels. Nous sommes convaincu·e·s que cette résistance aux idées d’extrême droite est bel et bien indissociable des aspirations qui président aux métiers de l’Education. Et pour cause : être un·e professionnel·le de l’Education, c’est faire sien l’héritage des Lumières, de la Révolution française, des conquêtes républicaines, contre l’obscurantisme et la pensée rétrograde. C’est porter l’histoire de la construction d’une école émancipatrice, des grandes batailles pour la laïcité et contre la mainmise des Eglises sur l’enseignement, pour l’extension et la défense du service public.

Objectif : former des citoyen·ne·s éclairé·e·s

Etre un·e professionnel·le de l’Education, c’est avoir la conviction que chaque élève a sa place dans notre société. C’est donc œuvrer au quotidien pour la tolérance et, à l’échelle de sa classe, de son établissement, pour que les préjugés antisémites, racistes, LGBTI-phobes et sexistes ainsi que toutes les formes de discriminations reculent. C’est d’ailleurs ce qu’exigent de nous les programmes scolaires !

Enfin, être un·e professionnel·le de l’Education, c’est assumer la ferme conviction que notre objectif est bien de former des citoyen·ne·s éclairé·e·s, et que la pédagogie, la bienveillance, la construction de la confiance avec les élèves et les familles, l’innovation ne sont pas des gros mots mais bien les leviers d’une école qui permette à toutes et tous de réussir.

Or, l’extrême droite représente l’inverse de tout cela. Elle incarne le courant politique issu en droite ligne de l’opposition à la République et à ses valeurs, depuis la Révolution jusqu’à la guerre d’Algérie, en passant par le régime de Vichy. Les récentes interventions de certain·e·s de ses représentant·e·s les plus médiatiques le confirment, même si plusieurs années de tentative de «dédiabolisation» ont pu le faire oublier. Elle représente le courant le plus hostile au syndicalisme, à la démocratie sociale, aux acquis du mouvement ouvrier.

Elle est hostile à l’immigration, au féminisme, aux droits des personnes LGBTQIA + : dans le champ de l’Education, elle s’est illustrée ces dernières années par son opposition à toutes les politiques visant à promouvoir l’égalité. Plus généralement, on ne compte plus le nombre de personnalités d’extrême droite condamnées par la justice pour provocation à la haine raciale.

Enfin, elle est vent debout contre ce qu’elle appelle le «pédagogisme», revendique un retour à l’école de l’estrade et des punitions, porte dans la société une vision décliniste et rétrograde de l’école, dans laquelle les enseignant·e·s seraient au fond les idiot·e·s utiles d’une menace sourde sur le destin de la France. Elle porte la lourde responsabilité de la désignation des enseignant·e·s comme bouc émissaire des colères identitaires.

Les personnels ont un rôle à jouer

L’extrême droite ne condamne jamais l’insuffisance des moyens attribués à l’Education. Jamais l’extrême droite ne parle des vraies difficultés des personnels qui ont vu leurs conditions de travail se dégrader. Jamais l’extrême droite ne porte un regard critique sur les inégalités scolaires et sociales des élèves qui n’ont cessé de se renforcer. Au contraire, elle instrumentalise les craintes pour dénigrer l’école et ses personnels ou pour imposer des mesures de préférence nationale au sein du service d’Education. Elle fait de l’école un prétexte pour imposer sa vision xénophobe et sécuritaire de la société.

Il n’est pas difficile d’imaginer ce que deviendrait l’école si l’extrême droite prenait les rênes du pouvoir. Nous en avons déjà une illustration dans les municipalités tenues par l’extrême droite avec des mesures anti-sociales telle que la fin de la gratuité de la cantine ou des transports pour les enfants des familles démunies, ou encore des entraves dans l’accès aux activités périscolaires.

Pour nous, responsables syndicaux·ales de plusieurs organisations de l’Education nationale, les personnels ont un rôle à jouer, particulièrement en cette période de campagne pré-électorale. Nous appelons donc solennellement les personnels de l’Education nationale à faire front contre la montée de l’extrême droite et ses idées, sur nos lieux de travail comme dans le débat public.

par Frédéric Marchand, Secrétaire général de l’Unsa Education, Benoît Teste, Secrétaire général de la FSU, Maud Valegeas, Co-secrétaire fédérale de Sud Education et Isabelle Vuillet, Co-secrétaire générale de la CGT Educ’action

Lire la suite

Chers amis... En pause...

7 Novembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

En Pause..... - J'amène Le Dessert

Chers amis,

le blog est en pause jusqu'à samedi inclus.

Bonne semaine et bonne reprise aux collègues enseignants !

A très bientôt

CC

Lire la suite

Arthur H...

7 Novembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

Lire la suite

Coup de coeur... Marie Cosnay...

7 Novembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Des îles : Avec @mariecosnay @Editionsdelogre sur les traces des  réfugié•e•s #Lesbos #Canaries #PaysBasque et à l'écoute des voix migrantes.  À lire, à relire, et à faire circulerpic.twitter.com/bl64oCKv57 - –  Cocotbodol

Les personnes rencontrées, leur situation en Europe ne permet pas toujours de les inscrire nettement dans l’identité. Il faut dire que j’ai du mal avec l’inscription dans l’identité en général. Mon regard et ma voix (jamais effacés) se mêlent aux regards et aux voix des autres. Des « je » multiples, multipliés. Les personnes rencontrées ne se réduisent évidemment pas à ce que je dis ou vois d’elles. Certes, je les croise en un moment crucial, autour de questions cruciales, mais aucun moment ne rend compte de la longueur et de la complexité des chemins. Enfin, si les géographies sont des sortes de fictions politiques, les personnages peuvent l’être aussi, et c’est joyeux. Nous sommes du parti des silhouettes. J’ai conservé les prénoms des personnes à qui j’ai demandé si elles étaient d’accord pour figurer dans ce texte. J’ai transformé les autres. Je l’annonce, dans le texte ou en note, mais rien n’est systématique. Il y a un hasard de la rencontre, dans le texte et la vie. Enfin, je tiens à ajouter que je me suis arrangée comme j’ai pu : hormis quelques entretiens en bonne et due forme (où je pose des questions et prends des notes), je n’ai écrit, à propos de quelqu’un, que dans les cas où je tentais de l’accompagner dans les méandres du dédale administratif qui était le sien à ce moment-là. Que ce soit avec succès, ou pas. Je ne fais pas de cette méthode une règle éthique générale, mais c’est ce qui m’a permis de ne pas me sentir en dette, ou prédatrice d’histoires.

Marie Cosnay - Des îles - Lesbos 2020 - Canaries 2021

Lire la suite

Frédérique Matonti : «Il n’y a plus de digues pour empêcher l’extrême droite d’imposer sa vision du monde»

7 Novembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique

Image

Dans un essai, la politiste appelle la gauche à ne plus faire de concessions face à la normalisation des idées racistes, antiféministes et xénophobes. Elle revient sur quarante années de batailles culturelles qui ont abouti à une banalisation des discours les plus réactionnaires et conservateurs.

En 2002, l’historien des idées Daniel Lindenberg embrase la scène des idées en publiant le Rappel à l’ordre (Seuil), essai percutant dans lequel il cerne une mouvance en pleine émergence : les «nouveaux réactionnaires», ces pamphlétaires à l’«humeur chagrine face à la modernité». Vingt ans après, l’appellation n’a pas pris une ride. Les bateleurs néoconservateurs et de la droite radicale occupent plus que jamais l’espace médiatique, mènent l’agenda idéologique et décomplexent les pensées les plus extrêmes. Si bien que le plus connu d’entre eux fait désormais campagne en réhabilitant Pétain et Vichy. Dans Comment sommes-nous devenus réacs ? (Fayard), Frédérique Matonti, politiste et professeure à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne, sonne à nouveau l’alerte. L’ouvrage, qui tient davantage de l’essai d’intervention que de l’enquête sociologique, réactualise l’idée de l’extrême droitisation du débat d’idées français. De nouveaux anathèmes sont apparus, de nouvelles figures aussi, dans une configuration intello-médiatique changeante que ce nouvel ouvrage cartographie

Vous alertez sur une droitisation extrême du débat public.

Le point de départ de ce livre est mon exaspération devant certains médias et chaînes d’info en continu. Devant l’omniprésence d’éditorialistes dans le débat public qui passent leur temps à expliquer, sous couvert d’objectivité et de respect de la pluralité politique, qu’ils ne peuvent plus rien dire, qu’ils vivent dans une forteresse assiégée par la bien-pensance. En réalité, nous n’entendons qu’eux. Ils se plaignent d’une mainmise culturelle des idées progressistes mais ce sont eux les assaillants. Ces experts autoproclamés ne cessent de grignoter l’espace médiatique et politique. Le relooking d’Europe 1, une institution du paysage audiovisuel français, en une radio d’extrême droite sous le joug de Vincent Bolloré, est symptomatique. Les fast thinkers et les animateurs qui officient sur ces médias (entre autres Mathieu Bock-Côté, Eugénie Bastié, Charlotte d’Ornellas, Pascal Praud, Alexandre Devecchio, Sonia Mabrouk, Natacha Polony, Elisabeth Lévy, Geoffroy Lejeune, sans oublier bien sûr le porte-parole le plus visible, Eric Zemmour) participent d’un air du temps profondément réactionnaire. Ce sont même les idées d’extrême droite les plus radicales qui trouvent désormais droit de cité, comme en témoigne récemment la sidérante présence de Renaud Camus sur CNews, et sans même un vrai contradicteur, pour parler de sa «théorie» complotiste du «grand remplacement».

Que signifie le terme «réactionnaire», selon vous ?

Etre «réactionnaire», c’est objecter en permanence que les féministes sont désormais trop radicales, que le racisme, en réalité, c’est de la faute des antiracistes, rebaptisés au passage «racialistes», que le niveau baisse à l’Ecole en raison du «pédagogisme», que les Français vivent au-dessus de leurs moyens, pire qu’ils sont trop «assistés», que les banlieues sont des zones de «non- droit». C’est aussi asséner, par exemple, qu’avant il y avait de «vrais» hommes et de «vraies» femmes, alors qu’aujourd’hui régnerait la guerre des sexes. C’est encore considérer l’usage de l’écriture inclusive comme un déclin civilisationnel (et ignorer qu’une langue ne cesse d’évoluer). C’est considérer que Greta Thunberg est une gamine manipulée. Bref, être réactionnaire, c’est manier la ritournelle du «c’était mieux avant» et adopter, en général, une posture de déploration globale face à l’évolution du monde. Ce n’est pas forcément un marqueur d’une pensée de droite, quelques-uns qui se disent à gauche (je pense par exemple au Printemps républicain), manient les mêmes anathèmes.

Cette offensive se traduit aussi par une attaque sur l’Université.

En février 2021, sur CNews, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a annoncé une enquête sur l’«islamo-gauchisme» à l’Université, initiative rapidement désavouée par la Conférence des présidents d’université et la direction du CNRS, peu suspectes d’irrespect pour leurs tutelles. L’initiative de Frédérique Vidal reprenait le discours du ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer qui vient d’ailleurs récemment, à nouveau, d’accuser les professeurs de ne pas toujours adhérer aux valeurs de la République. Ces ministres ont à la fois relayé et alimenté des rumeurs lancées par les bateleurs des plateaux de télévision, ou par l’autoproclamé Observatoire du décolonialisme. Tout se mêle dans cette offensive médiatique : la dénonciation des «islamo-gauchistes» et des «gender studies», de la «cancel culture» et de l’intersectionnalité. C’est à la fois une tentative de contrôler les recherches scientifiques et une manière de ne pas traiter des vraies difficultés de l’Université : la précarité que connaissent de nombreux étudiants encore aggravée par la pandémie de Covid-19, l’augmentation continue du nombre de ces mêmes étudiants, le recours contraint à des enseignants précaires et mal payés, faute de créations de postes.

Cette pensée réactionnaire est-elle un «anti-intellectualisme» ?

L’«anti-intellectualisme» se marie bien avec la pensée réactionnaire. On peut remonter à l’affaire Dreyfus, moment lors duquel le terme «intellectuel», d’abord péjoratif, est inventé justement pour déprécier les dreyfusards comme Emile Durkheim et dénoncer l’engagement d’écrivains comme Emile Zola. Comme l’a montré la sociologue Francine Muel-Dreyfus, le gouvernement de Vichy a été également obsédé par la lutte contre les sciences sociales, contre la sociologie durkheimienne tout particulièrement. Ces dernières années, ces attaques contre le savoir se sont intensifiées en assimilant les tentatives d’explication sociologique d’événements à une «culture de l’excuse», comme l’a fait Manuel Valls. A l’inverse, les sciences sociales, mal connues et très peu représentées dans l’espace médiatique à la différence des années 60 et 70, sont fréquemment dévaluées et présentées comme idéologiques (c’est-à-dire de gauche). Il n’y a plus beaucoup de digues pour empêcher les représentants de l’extrême droite d’imposer leur vision du monde – d’autant que les contradicteurs s’épuisent face au bloc réactionnaire, quand ils ne font pas de concessions regrettables en se croyant dos au mur.

Pourquoi ce basculement réactionnaire remonte aux années 80, selon vous ?

C’est dès 1987, dans la Défaite de la pensée (1987), qu’Alain Finkielkraut déplore le déclin de la «grande» culture au profit de l’engouement pour la pub, les clips, la bande dessinée. Puis, le défilé de Jean-Paul Goude, parangon à ses yeux de cette culture de seconde zone, lors du Bicentenaire de la Révolution l’amène à amalgamer la mort de la grande culture avec le multiculturalisme et l’antiracisme. En effet, après la «Marche des beurs» en 1983, le mouvement SOS Racisme a été créé l’année suivante et a organisé des concerts géants. Alain Finkielkraut mais surtout Paul Yonnet dans la revue le Débat notamment et, plus mezza voce, Pierre-André Taguieff accréditent l’idée que l’antiracisme favoriserait la montée du FN en lui permettant de se construire en victime d’une chasse aux sorcières. Dans les années 90, ce sont le «politiquement correct» et bientôt le «sexuellement correct» thématiques inventées et promues par les néoconservateurs américains qui sont importées en France. Des revues comme Commentaire et le Débat, une bonne partie de la presse française déplore ce «maccarthysme à l’envers». Aux Etats-Unis, on ne pourrait plus rien dire à cause des minorités, on ne pourrait plus «draguer» à cause des féministes. Le rapport entre les sexes est, en effet, l’autre grand champ de bataille de cette guerre culturelle. Et la France est vue comme un bastion qui doit se défendre de toute importation états-unienne.

Ce phénomène réactionnel connaît une nouvelle jeunesse depuis #MeToo.

Il y a d’abord eu l’affaire DSK, pendant laquelle les mouvements féministes ont été accusés d’importer en France une vision puritaine proprement américaine qui porterait atteinte à la «séduction à la française». C’est le point de vue qu’a développé notamment Mona Ozouf. #MeToo a ensuite ravivé l’opposition factice entre un féminisme soi-disant américain, qui confondrait les charmes des baisers volés et les violences sexuelles, et un «féminisme à la française» dans lequel la séduction tiendrait une place particulière au point d’être un aspect singulier de l’identité nationale. On retrouve ici une opposition entre le bon féminisme, universaliste et avenant, et le néoféminisme supposé radical. Or, dans l’histoire du féminisme français, la radicalité a toujours été présente. Par exemple, Simone de Beauvoir (que Michel Onfray croit bon de brandir face aux «néoféministes») rapprochait le racisme à l’égard des noirs aux Etats-Unis ou des colonisés et le sort réservé aux femmes.

Dans votre livre, vous vous attaquez à une autre «fausse opposition» : les «classes populaires» versus les minorités. En quoi pose-t-elle un problème ?

Cette opposition est construite lors de la défaite de Lionel Jospin au premier tour de la présidentielle de 2002. Il aurait perdu l’élection car il se serait désintéressé des classes moyennes et des ménages les plus pauvres pour se tourner vers des combats dits «sociétaux», comme la parité ou le pacs. Cette lecture a pu, certes, être corroborée par Terra Nova, un think tank proche du Parti socialiste, qui prôna, en 2011, l’abandon des ouvriers et des employés pour mieux cibler un électorat diplômé, jeune, issu des minorités et féminin. Quoi qu’il en soit, cette opposition est fausse. Dire qu’il y a les classes moyennes, les ouvriers et les petits employés d’un côté et les minorités de l’autre, c’est faire comme si dans les premières il n’y avait pas de femmes, pas de gays, de lesbiennes ou de personnes «racisées». Inversement, cette idée suggère que les petites classes moyennes sont forcément blanches. Ce qui est évidemment faux. Il n’y a aucune contradiction entre faire une politique antiraciste ou antisexiste et une politique en faveur du pouvoir d’achat des plus défavorisés. C’est même à cela que devraient tendre les partis de gauche au lieu de se laisser enfermer dans la contradiction.

L’utilisation d’anathèmes polémiques pour discréditer l’adversaire progressiste, tels l’«islamo-gauchisme» ou le «wokisme», ne répond-elle pas à l’emploi de notions par des militants de gauche qui peuvent apparaître tout aussi clivantes, comme le «privilège blanc», le «racisme d’Etat» ou la «culture du viol» ?

Peut-être, mais ces notions s’inspirent de travaux académiques. Le terme de «privilège blanc» peut agacer mais il repose sur la mesure concrète et factuelle des discriminations dans des enquêtes, notamment celles conduites par l’Institut national d’études démographiques (Ined). De même l’«écoféminisme», défendu par Sandrine Rousseau lors de la primaire écologiste et souvent moqué, est issu d’un courant de pensée, certes, radical (et multiple) mais étayé sur de nombreux essais. On n’est pas dans l’insulte disqualifiante. C’est toute la différence avec l’«islamo-gauchisme» ou le «wokisme», ce dernier devenu malheureusement un terme péjoratif, et elle est fondamentale.

Simon Blin

Lire la suite
<< < 10 11 12 13 14 > >>