Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Salaires : un professeur des écoles pousse un coup de gueule

24 Septembre 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Malgré un budget de l'Éducation nationale à la hausse en 2022 et une enveloppe de 700 millions d'euros prévue pour augmenter les salaires, les syndicats ont maintenu leur journée de manifestation.

Pas de classe pour Benjamin Bonnet. Jeudi 23 septembre, l'enseignant en CE2 a fait le choix de la grève. La question des salaires cristallise son mécontentement. "Blanquer avait annoncé une revalorisation historique des enseignants. Concrètement, pour la plupart des enseignants, ça se traduit par zéro euro (...). Moi qui ai neuf ans d'ancienneté, ça me ferait une prime brute de 40 euros", se désole le professeur des écoles.

Maigres revalorisations

Chaque matin, il rejoint l'école où il enseigne dans un quartier populaire au nord de Paris, là où se conjuguent de nombreuses difficultés sociales. Après neuf ans d'ancienneté, il perçoit un salaire de 1 950 euros nets, plus 100 euros de prime. La maigre revalorisation annoncée ne changera pas son quotidien. "Les conditions dans lesquelles on est traités et le mépris affiché par le ministère pour ses personnels, ça ne donne pas envie de se donner pour le métier", souffle Benjamin Bonnet.

Lire la suite

Tony Bennett (& Sting) ...

24 Septembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

Lire la suite

Coup de coeur... Fiodor Dostoïevski...

24 Septembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Je sais parfaitement, dit le prince, que les crimes étaient autrefois tout aussi nombreux et tout aussi effroyables. J’ai visité des prisons, il n’y a pas longtemps, et j’ai eu l’occasion de faire la connaissance de quelques condamnés et inculpés. Il y a même des criminels plus monstrueux que ceux dont nous avons parlé. Il y en a qui, ayant tué une dizaine de personnes, ne ressentent pas l’ombre d’un remords. Mais voici ce que j’ai observé : le scélérat le plus endurci et le plus dénué de remords se sent cependant criminel, c’est-à-dire que, dans sa conscience, il se rend compte qu’il a mal agi, bien qu’il n’éprouve aucun repentir. Et c’était le cas de tous ces prisonniers. Mais les criminels dont parle Eugène Pavlovitch ne veulent même plus se considérer comme tels ; dans leur for intérieur, ils estiment qu’ils ont eu le droit pour eux et qu’ils ont bien agi ou peu s’en faut. Il y a là, à mon sens, une terrible différence. Et remarquez que ce sont tous des jeunes gens, c’est-à-dire que leur âge est celui où l’homme est le plus désarmé contre l’influence des idées démoralisantes.

Fiodor Dostoïevski - L'Idiot

Lire la suite

La visite du Louvre en 9 minutes et 43 secondes, par Jean-Luc Godard

24 Septembre 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Art, #Cinéma

Dans son film "Bande à part" (1964), Godard donne à voir la tentative de battre le record de la visite la plus rapide du Louvre. Une tentative couronnée de succès, et les vainqueurs sont : Anna Karina, Samy Frey et Claude Brasseur.

C'est une scène culte du cinéma, mais qui dure seulement quelques dizaines de secondes. Elle est extraite d'un film de Jean-Luc GodardBande à part, sorti sur les écrans français en 1964. C'est une traversée du Louvre, mais aussi une compétition sportive un peu idiote.

Sur l’écran, on voit trois acteurs : Anna KarinaSamy Frey et Claude Brasseur courir comme des fous dans les longs couloirs du Louvre. Pourquoi font-il cela ? Parce que l'un d'entre eux a lu le journal

On ignore si l'américain, le fameux "Jimmy Johnson de San Francisco" trouvé dans France Soir a seulement existé, ni s’il a vraiment accompli cette prouesse. Ou si c’est une invention complète de Jean-Luc Godard.

Toujours est-il que, dans cette séquence, Karina, Frey et Brasseur, alias Odile, Franz et Arthur, courent comme des dératés parmi les grandes galeries de peintures, celles où sont exposés les maitres italiens et français. Dans la scène suivante, ils débaroulent les escaliers qui descendent depuis la Victoire de Samothrace, et foncent entre les statues classiques du rez-de-chaussée. Les trois amis ont une technique pour améliorer la vitesse ; ils glissent sur les parquets cirés et sur les carrelages, comme des patineurs artistiques.

La scène a été improvisée par Godard et les acteurs au moment du tournage. Dans l’intrigue, déjà assez libre, de Bande à part, elle joue le rôle d’un entracte. Il n’empêche que cette digression est devenue une scène culte : un emblème confus de la jeunesse et de la fougue, de la nouvelle vague et de l’irrévérence, de Paris et d’un certain rapport à la culture. Bernardo Bertolucci en a même fait en 2003 une citation plan par plan dans un film Innocents (the Dreamers).

La légende raconte que Godard aurait demandé l'autorisation de pouvoir tourner dans les couloirs du musée au ministre de la culture en exercice de l’époque : l’écrivain André Malraux. Mais le cinéaste, cet étourdi, aurait oublié de demander aux autorités du Louvre la permission d’y introduire des caméras, et oublié aussi de prévenir qu’il allait y lâcher trois acteurs, comme des boulets de canons. On voit donc dans la scène plusieurs gardiens essayer en vain d'arrêter la course folle des trois zozos, et ils ont l’air de vouloir les arrêter pour de vrai. 

Filmer ainsi le Louvre, c’est pour Godard un geste évidemment canaille, comme une manière de s’affranchir d’une forme d'académisme. Mais pas seulement, le cinéaste qui a lu et aimé le Musée imaginaire du ministre Malraux, propose autre chose avec cette scène : une nouvelle manière de voir et de traverser les œuvres et le musée. Car le cinéma et l’image-mouvement, permettent de faire se succéder à l’écran de nombreuses œuvres de l’histoire de l’art. Procédé que Godard emploiera à foison dans ses films suivants et surtout dans les Histoire(s) du cinéma, où il crée plusieurs liens possibles entre les images.

Un exemple de ces liens pour finir : lors de leur course folle, Arthur, Odile et Franz passent devant Le serment des Horaces, un tableau de Jacques-Louis David, et la caméra de Godard s'y arrête pour quelques secondes. Ce n'est surement pas anodin, mais pourquoi ce tableau ? Peut-être pour évoquer le serment d'amitié qui lie les trois personnages du film comme les trois frères Horaces.

Romain de Becdelièvre

Lire la suite

Jean-Michel Blanquer, l’autosatisfait

24 Septembre 2021 , Rédigé par Médiapart Publié dans #Education

Sticker enfant Je suis le meilleur Art-Sticker en multicolore | Galeries  Lafayette

Face aux critiques et aux contestations, le ministre de l’éducation nationale vient de publier un énième livre pour défendre son bilan. Empruntant davantage à la fable qu’aux faits, son récit dessine, entre les lignes, l’exercice solitaire et prétentieux du pouvoir d’Emmanuel Macron.

Jean-Michel Blanquer n’est pas mécontent de lui. Qu’importent les critiques, les manifestations et les contestations qui ont accompagné chacune de ses réformes depuis le début du quinquennat : le ministre de l’éducation nationale, qui vient de battre le record de longévité à ce poste, n’entend pas s’abaisser au niveau des « professionnels du tohu-bohu » qui appellent régulièrement à sa démission. Lui se situe bien au-dessus de tout ça.

Son action au sein du gouvernement, il la place du côté de l’Histoire avec un grand H. Surtout depuis qu’il a traversé une crise sanitaire sans précédent rue de Grenelle et qu’il a pu, depuis la « war room » du ministère, « sauver les enfants de France d’un naufrage dramatique par-delà toutes les vicissitudes et tous les manques ». Certes, il ne l’a pas fait tout seul. « L’École de France [elle aussi mérite sa majuscule – ndlr] a tenu bon grâce à tous ses acteurs », écrit-il dans son dernier livre, École ouverte (Gallimard).

Outre sa détermination politique, qui occupe l’essentiel du récit, il vante les « trésors de dévouement de toute une profession », à laquelle il rend un hommage affecté et somme toute assez décalé – « Je les aime, mais ce serait incongru de le dire si directement ». Faisant fi des caricatures qui le dépeignent en « intégriste de l’ouverture de l’École », il se réjouit pour la 1 897fois que la France figure parmi les pays qui ont le moins fermé leurs établissements scolaires en 2020.

Il s’agit là, poursuit-il, d’une « singularité » sur laquelle « les historiens reviendront sans doute avec plus de recul » qu’il ne le fait. Mais en attendant d’entrer dans la postérité, Jean-Michel Blanquer a jugé bon de prendre la plume pour dresser son propre bilan de sa gestion de crise. Un exercice nécessaire face aux « procureurs à la petite semaine que l’époque voit fleurir ». Eux qui n’ont rien compris.

Ou, plus exactement, qui ont fait mine de ne pas comprendre que le ministre de l’éducation nationale n’avait pas ménagé ses efforts pour « garder la maison debout »« J’ai enregistré presque tous les jours des vidéos, pour différentes catégories de personnes, pour donner les dernières consignes, pour encourager, pour coordonner », explique celui qui s’avoue « trop habité par la question de l’École pour ne pas [avoir été] sidéré par cette situation historique inédite et brutale » qui se présentait.

« Nous sommes en guerre », avait répété Emmanuel Macron, le 16 mars 2020, en annonçant le premier confinement. Qu’à cela ne tienne, Jean-Michel Blanquer sera son meilleur soldat. Il revêt le costume dès l’allocution du président de la République qu’il rejoint immédiatement à l’Élysée. Ce soir-là, « il plonge ses yeux dans les miens comme il le fait à chaque fois qu’il veut absolument convaincre. Et nous nous quittons comme un officier quitte le chef de l’armée qu’il sert, graves et résolus à faire face ».

Passons sur ce mystérieux phénomène oculaire qui transforme les ministres en poètes – dans L’Ange et la Bête (Gallimard), Bruno Le Maire évoquait déjà le « regard bleu » du chef de l’État « sur lequel glissaient des éclats métalliques, comme un lac accablé de soleil dont il aurait été impossible, sous le scintillement des reflets, de percer la surface ». Mais attardons-nous en revanche sur ce que cette déférence, un tantinet outrancière, dit du pouvoir exécutif et de son fonctionnement.

"Force est de constater que nous devons penser aussi le pouvoir politique comme un contre-pouvoir fondamental." Jean-Michel Blanquer

Il y a quelques mois, Jean-Michel Blanquer vantait l’« expertise » d’Emmanuel Macron sur les questions sanitaires : « Ce n’est pas un sujet inaccessible pour une intelligence comme la sienne. » Lorsqu’ils discutent, les deux hommes tutoient les étoiles : « Comme souvent avec lui, dès lors que l’on a un peu de temps, la conversation commence par des sujets pratiques pour prendre ensuite un tour philosophique. Le tragique de l’époque qui l’a vu prendre les rênes de la France ne lui échappe pas. »

Quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise, le président de la République a toujours raison. Quoi qu’il fasse, quoi qu’il dise, le reste du monde a souvent tort. Et le reste du monde brasse large sous la plume du ministre de l’éducation nationale : responsables politiques, syndicats, journalistes, scientifiques, médecins… C’est tout de même incroyable le nombre de personnes qui répandent des « mensonges », s’agace-t-il.

Face à ce qu’il qualifie de « crise de la vérité », il propose « une vision beaucoup plus ample des théories classiques de la séparation des pouvoirs » « On avait l’habitude de considérer certains pouvoirs, comme le pouvoir médiatique, en tant que contre-pouvoirs face au seul pouvoir politique. Force est de constater que nous devons penser aussi, désormais, le pouvoir politique comme un contre-pouvoir fondamental face à toutes les puissances qui se développent dans la société mondialisée. » Faire du pouvoir un contre-pouvoir... Effectivement, Montesquieu n’y avait pas pensé.

Fatigué de devoir constamment lutter contre la « polémique inutile », les « vents de panique », les « champs de pression » et le « travestissement des faits » qui « nuit à la réussite de l’action », Jean-Michel Blanquer a souhaité, avec ce livre, rétablir la vérité. Le problème, comme l’ont souligné le rédacteur en chef de Café Pédagogique, François Jarraud, et l’historienne Laurence De Cock, chercheuse en sciences de l’éducation, c’est que cette vérité emprunte surtout à la fable.

Exercice d’autosatisfaction oblige, le ministre de l’éducation nationale n’avait plus assez d’encre pour rappeler les manquements de son administration, les bugs des outils numériquesla solitude des enseignants, leur accès tardif à la vaccination, ou encore le creusement des inégalités scolaires. Trop occupé à se désoler des critiques qui « prennent le chemin de la facilité » et à esquisser sa vision d’une école du futur, guidée par un impératif de compétitivité, il en oublie d’écouter les opinions qui traversent le monde éducatif.

D’ailleurs, quand une partie des syndicats enseignants se mobilisent et organisent une grève, il trouve l’initiative « discutable ». Quand le monde de la recherche lui rappelle que l’« islamo-gauchisme » n’est pas une réalité scientifique, contrairement à ce qu’il continue d’asséner sur le ton de l’évidence, il s’en prend au chef de file de La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, et au président de Mediapart, Edwy Plenel.

Toute remise en cause de ses propos et de son action est perçue comme une attaque politique et balayée en tant que telle. Dans ce monde qui peine à reconnaître Jean-Michel Blanquer à sa juste valeur, « la nuance semble interdite ». On ne peut même plus y lancer des polémiques sur les allocations scolaires et les « écrans plats » sans être pointé du doigt. « Chaque faille doit être exploitée. » Enfin, surtout celles de ses collègues.

Évitant de revenir sur ses propres sorties intempestives, le ministre de l’éducation nationale préfère évoquer ce jour où l’ancienne porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, avait expliqué que personne ne demanderait aux enseignants « qui ne travaillent pas » d’aller « cueillir des fraises »« Mes efforts pour sonner la mobilisation générale depuis deux semaines et mes messages de soutiens aux professeurs sont comme anéantis », souffle-t-il, avant de glisser une petite vacherie supplémentaire : 

« Elle m’écrit : “Désolée pour le fait.” Je trouve cette dernière phrase assez jolie, assez littéraire [elle ne veut strictement rien dire, mais peu importe – ndlr]. Faute avouée à moitié pardonnée, a fortiori quand c’est formulé bellement. Et puis elle m’envoie une petite rectification, celle que l’on joint à un SMS où il y a une faute d’orthographe, ou une formule indue à cause du correcteur automatique : “Désolée pour le fail.” » C’est gratuit, comme à peu près toutes les anecdotes qui ponctuent le livre.

On apprend ainsi que, pendant le premier confinement, une des secrétaires de Jean-Michel Blanquer « prépare de gigantesques blanquettes de veau » que les membres du cabinet partagent « en respectant les gestes barrières ». On le voit textoter directement avec le chef de l’État sur Telegram et « conduire [lui-même, waouh – ndlr] une voiture dans Paris désert » pour se rendre à l’Élysée où un officier de sécurité l’accueille en survêtement. On l’imagine griffonner « sur un coin de table » une grille de programmes éducatifs pour France Télévisions.

On comprend surtout que le ministre de l’éducation nationale a suivi, tout au long de la crise sanitaire, le mouvement dicté par le président de la République, sans jamais remettre en question ses décisions, faute d’« éléments pour en juger ». Entre les lignes, il décrit à la perfection – et bien malgré lui – l’exercice solitaire du pouvoir d’Emmanuel Macron. Il loue la faculté de ce dernier à trancher « contre vents et marées ». Il n’aime rien de plus que de le voir « prendre son risque ». Et le nôtre avec.

Ellen Salvi

Lire la suite

Big Red Machine...

23 Septembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

Lire la suite

Coup de coeur... Platon...

23 Septembre 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

A ces mots, Criton fit signe à son, esclave, qui se tenait près de lui. L’esclave sortit et, après être resté un bon moment, rentra avec celui qui devait donner le poison, qu’il portait tout broyé dans une coupe. En voyant cet homme, Socrate dit : « Eh bien, mon brave, comme tu es au courant de ces choses, dis-moi ce que j’ai à faire. — Pas autre chose, répondit-il, que de te promener, quand tu auras bu, jusqu’à ce que tu sentes tes jambes s’alourdir, et alors de te coucher ; le poison agira ainsi de lui-même. » En même temps il lui tendit la coupe. Socrate la prit avec une sérénité parfaite, Échécrate, sans trembler, sans changer de couleur ni de visage ; mais regardant l’homme en dessous de ce regard de taureau qui lui était habituel : « Que dirais-tu, demanda-t-il, si je versais un peu de ce breuvage en libation à quelque dieu ? Est-ce permis ou non ? — Nous n’en broyons, Socrate, dit l’homme, que juste ce qu’il en faut boire. — J’entends, Dit-il. Mais on peut du moins et l’on doit même prier les dieux pour qu’ils favorisent le passage de ce monde à l’autre ; c’est ce que je leur demande moi-même et puissent-ils m’exaucer ! » Tout en disant cela, il portait la coupe à ses lèvres, et il la vida jusqu’à la dernière goutte avec une aisance et un calme parfaits.

Jusque-là nous avions eu presque tous assez de force pour retenir nos larmes ; mais en le voyant boire, et quand il eut bu, nous n’en fûmes plus les maîtres. Moi-même, j’eus beau me contraindre ; mes larmes s’échappèrent à flots ; alors je me voilai la tête et je pleurai sur moi-même ; car ce n’était pas son malheur, mais le mien que je déplorais, en songeant de quel ami j’étais privé. Avant moi déjà, Criton n’avait pu contenir ses larmes et il s’était levé de sa place. Pour Apollodore, qui déjà auparavant n’avait pas un instant cessé de pleurer, il se mit alors à hurler et ses pleurs et ses plaintes fendirent le cœur à tous les assistants, excepté Socrate lui-même. « Que faites-vous là, s’écria-t-il, étranges amis ? Si j’ai renvoyé les femmes, c’était surtout pour éviter ces lamentations déplacées ; car j’ai toujours entendu dire qu’il fallait mourir sur des paroles de bon augure. Soyez donc calmes et fermes. » En entendant ces reproches, nous rougîmes et nous retînmes de pleurer.

Quant à lui, après avoir marché, il dit que ses jambes s’alourdissaient et il se coucha sur le dos, comme l’homme le lui avait recommandé. Celui qui lui avait donné le poison, le tâtant de la main, examinait de temps à autre ses pieds et ses jambes ; ensuite, lui ayant fortement pincé le pied, il lui demanda s’il sentait quelque chose. Socrate répondit que non. Il lui pinça ensuite le bas des jambes et, portant les mains plus haut, il nous faisait voir ainsi que le corps se glaçait et se raidissait. Et le touchant encore, il déclara que, quand le froid aurait gagné le cœur, Socrate s’en irait. Déjà la région du bas-ventre était à peu prés refroidie, lorsque, levant son voile, car il s’était voilé la tête, Socrate dit, et ce fut sa dernière parole : « Criton, nous devons un coq à Asclépios ; payez-le, ne l’oubliez pas. — Oui, ce sera fait, dit Criton, mais vois si tu as quelque autre chose à nous dire. » A cette question il ne répondit plus ; mais quelques instants après il eut un sursaut. L’homme le découvrit : il avait les yeux fixes. En voyant cela, Criton lui ferma la bouche et les yeux.

Platon - Phédon

Lire la suite

Salaires des enseignants : des surprises historiques - Par Claude Lelièvre

23 Septembre 2021 , Rédigé par Médiapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education

Salaires des enseignants : des surprises historiques - Par Claude Lelièvre

L'annonce faite par Anne Hidalgo en est une, et de taille. Mais il y en a eu d'autres, qui méritent d'être rappelées même si on les a quelque peu oubliées, bien à tort. Car elles donnent à réfléchir dans notre situation complexe actuelle.

Variations extrêmes dans les propositions politiques

On le sait, la proposition en ce mois de septembre d'Anne Hidalgo – très probable candidate du Parti socialiste pour l'élection présidentielle de 2022 –  n'a pas manqué de susciter un vif étonnement : « multiplier par deux au moins le salaire des enseignants au cours du prochain quinquennat »

La proposition de Nicolas Sarkozy en octobre 2014 faite à Toulouse puis réitérée à Saint-Cyr-sur- Loire  avait aussi beaucoup frappé les esprits :« Il faudra accepter la réduction très sensible du nombre des fonctionnaires. Si je prends comme seul exemple les enseignants, pour qui j’ai beaucoup de respect, je le dis nous n’avons pas les moyens d’avoir un million d’enseignants formés, de qualité, étant engagés comme il se doit dans leur métier. Il faut augmenter de 30% le travail des enseignants, augmenter de 30% leur rémunération, et diminuer leur nombre de 30%, ainsi vous aurez le meilleur pour vos enfants »
Sept ans plus tôt, quelques mois avant d'être élu président de la République, Nicolas Sarkozy avait été moins précis et avait suscité moins d'étonnement lors de  son discours-programme sur l’Ecole du 2 février 2007 tenu à Maisons-Alfort : « Je m’engage, si je suis élu, à rendre aux enseignants la considération qui leur est due, à revaloriser leur carrière si dévalorisée depuis un quart de siècle. Je m’engage à ce que ceux qui voudront travailler davantage puissent gagner plus. Je m’engage à ce que les gains de productivité qui pourraient être réalisés leur soient redistribués pour moitié.». 
Sous son quinquennat , 80000 postes d'enseignement ont effectivement disparu, et un nombre non négligeable de professeurs ont vu leurs revenus augmenter en raison de  l'effectuation d'heures supplémentaires à faire plus abondantes. 

L'exceptionnelle revalorisation effective en date de 1988-1989

On peut s'étonner que Nicolas Sarkozy ait pu parler en 2007 tout uniment d' « une carrière des enseignants si dévalorisée depuis un quart de siècle »  alors qu'il y avait eu une revalorisation ''historique''  effective commencée  19 ans plus tôt. Mais on oublie vite. Et même parfois ce qui est historiquement exceptionnel.
Dans sa  « Lettre aux Français » de fin 1987 en vue de se faire réélire à la présidence de la République, François Mitterrand avait proposé de faire de l'Education nationale le premier budget de l'Etat et avait évoqué les estimations faites par les experts du Parti socialiste, à savoir une augmentation de ce budget à hauteur minimale de quinze milliards de francs durant la période 1988-1993. En réalité – après quelques manifestations, grèves et  réajustements – ce fut quatre-vingt-dix milliards de francs. Cela s'explique avant tout par une augmentation du  nombre des professeurs  en raison notamment de la décision d'aller vers 80% d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat à l'horizon 2000, mais aussi par une revalorisation non négligeable des salaires des enseignants.

«  La revalorisation s'opère selon un double processus: une réévaluation générale des indices; une accélération des débuts de carrière [...].Concrètement, un instituteur recruté en 1992 et poursuivant sa carrière dans le cadre de la classe dite ''normale'' percevra en moyenne 2000 francs par mois de plus que son collègue de 1988 et 2800 francs en hors classe. En même temps les débuts de carrière s'accélèrent: ainsi un élève-maître recruté en 1989 atteindra l'indice du cinquième échelon en deux ans et demi au lieu de cinq. D'autre part, les jeunes recrutés en 1992 seront titularisés à leur sortie de formation à l'indice 368 (7200 francs nets) soit l'indice du sixième échelon de 1988 » (page 494 de "L'Histoire de la FEN'' , ouvrage de l'historien Guy Brucy ; paru chez Belin en 2003, préface d'Antoine Prost)

La surprise électorale de 1993

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, cette politique n'a pas eu les effets qui pouvaient être attendus dans le domaine électoral. Selon les sondages d'époque, les enseignants (dont la mobilisation exceptionnelle  aux législatives de 1986 avait permis de limiter l'échec de la gauche) ont nettement moins voté pour elle en 1993 : les professeurs à 33% pour  le Parti socialiste en 1993 (contre 60%  en 1986) et les instituteurs 41 % en 1993 (contre 56% en 1986) ; ce désamour électoral  ne profitant pas d'ailleurs à la droite mais à d'autres formations politiques ( les Verts en particulier).

Décidément rien n'est joué d'avance ni tellement prévisible. L'Histoire réelle a plus d'un tour dans son sac ( cf «L'école d'aujourd'hui à la lumière de l'histoire. Surprises et contre-vérités » paru en mars dernier aux éditions Odile Jacob) 

Claude Lelièvre

Lire la suite

Eric Zemmour et les croisades : fact-checking

23 Septembre 2021 , Rédigé par Actuel Moyen Âge Publié dans #Histoire, #Politique

La Vie - Le site chrétien d'actualité

EXTRAITS

Dans Destin français. Quand l’histoire se venge, son dernier ouvrage, sorti cet automne, Eric Zemmour parle abondamment de l’histoire de France. Si l’auteur prend soin de ne jamais se poser en historien, on ne l’entend pas moins affirmer dans un entretien au Point qu’il fait une « synthèse historique » et que « l’histoire n’appartient pas aux historiens ». Nous ne chercherons pas ici à disséquer la vision politique qui sous-tend son travail : d’autres le feront, et mieux que nous.

Nous nous contenterons de faire notre travail de médiévistes, donc de parler du chapitre qu’il consacre à la première croisade ; et notre travail d’historien.ne.s, qui est de nous concentrer sur les faits, la seule chose qui distingue un travail sérieux d’une compilation de fake news. Et pour la peine, en hommage au travail magnifique qu’ils font chaque jour, on emprunte leur visuel aux Décodeurs du Monde.

(...)

« La culture grecque, c’est l’Europe » (p. 67)

11

Deux contre-vérités dans une simple phrase. D’abord, cette « Europe » autour de laquelle Éric Zemmour construit tout son propos n’existe pas à l’époque : en particulier, le monde byzantin, de culture grecque, et le monde latin sont déjà largement distincts, voire opposés. À cet égard, il est très significatif de voir qu’Éric Zemmour gomme totalement la quatrième croisade (1204). Au cours de celle-ci, les croisés occidentaux finissent par prendre et par piller la ville de Constantinople elle-même.

À ce moment il existe de vraies tensions au sein de la Chrétienté et les Grecs sont perçus très négativement par les Latins, devenant l’incarnation de la perfidie, de la couardise et de l’avarice. Les Grecs, quant à eux, considèrent les Latins comme des envahisseurs dangereux, voire comme des barbares : la chronique d’Anne Comnène, fille de l’empereur Alexis Comnène, souligne bien que Grecs et Latins ne partagent pas la même culture.

À ce moment il existe de vraies tensions au sein de la Chrétienté et les Grecs sont perçus très négativement par les Latins, devenant l’incarnation de la perfidie, de la couardise et de l’avarice. Les Grecs, quant à eux, considèrent les Latins comme des envahisseurs dangereux, voire comme des barbares : la chronique d’Anne Comnène, fille de l’empereur Alexis Comnène, souligne bien que Grecs et Latins ne partagent pas la même culture.

De fait, l’Europe n’émerge véritablement comme concept que dans la pensée des humanistes au XVe siècle, qui, inquiets de la montée de l’Empire ottoman, vont opposer l’Europe chrétienne à l’Asie musulmane.

Deuxième erreur : l’assimilation entre culture grecque et l’Europe. En effet cette culture grecque – il faudrait d’ailleurs plutôt parler de culture gréco-romaine – a également été reçue par le monde musulman. C’est d’ailleurs, dans la quasi-totalité des cas, via des textes arabes que l’Occident latin va redécouvrir le corpus grec (les textes médicaux, scientifiques ou philosophiques, notamment Aristote).

L’affirmation d’Éric Zemmour ne sort pas de nulle part. Il semble en effet reprendre la vision avancée en 2008 par Sylvain Gouguenheim, qui provoqua à l’époque une très vive réaction du monde universitaire européen. En plus de sa vision politiquement orientée, l’auteur fut accusé d’avoir manipulé, voire inventé des sources pour soutenir ses idées.

L'intégralité à découvrir en cliquant ci-dessous. C'est édifiant

Lire la suite

Grève dans l’Education nationale : les raisons de la colère

23 Septembre 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Grève dans l’Education nationale : les raisons de la colère

Quatre syndicats (CGT, FO, FSU et SUD) appellent les personnels à la grève et à la mobilisation ce jeudi, au lendemain de d’examen du budget de l’Education nationale.

Trois semaines après la rentrée des classes, les personnels de l’Education nationale, dont les enseignants, sont appelés à faire grève ce jeudi à l’appel de l’intersyndicale FSU, FO, SUD, et CGT Educ’Action, qui réclame «un plan d’urgence dans l’éducation pour les postes, les salaires, l’amélioration des conditions de travail». En ce tout début d’année, les syndicats ne s’attendent pas à une forte mobilisation : la FSU table sur un tiers de personnel en grève. «Gestion chaotique de la crise sanitaire»«réformes empilées qui dessinent une école plus inégalitaire»«personnel de plus en plus contrôlé», «refus du contrôle continu au lycée»… les critiques sont nombreuses : Libé fait le point sur trois grandes revendications.

Une revalorisation dans le temps et pour tout le monde

Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer, promettait en 2019 une «revalorisation historique» des salaires des enseignants mais pour les syndicats, on est encore loin du compte. Annoncée lors du grenelle de l’Education, une prime d’activité est versée depuis mai 2021 aux professeurs titulaires et contractuels (du public ou privé sous contrat). Plus de 30% des professeurs, durant les quinze premières années de carrière, en bénéficient. L’augmentation est dégressive, avec des primes allant de 100 euros net pour les nouveaux titulaires à 36 euros par mois pour des professeurs ayant entre onze et quinze ans d’ancienneté. A partir de 2022, la prime est étendue à 58% des professeurs ayant jusqu’à vingt-deux ans d’ancienneté. Mais les montants sont plus minces avec des primes allant de 57 euros net par mois pour les plus jeunes à 29 euros pour ceux en milieu de carrière. «Il faut un plan de revalorisation pérenne [la loi de programmation pluriannuelle promise par Blanquer, n’a finalement pas vu le jour, ndlr] et des mesures d’ensemble à l’échelle de la fonction publique, réclame Benoît Teste, secrétaire général de la FSU. Il faut notamment une revalorisation du point d’indice gelé depuis dix ans et pas uniquement proposer des primes qui seront très vite rattrapées par l’inflation et qui ne concernent pas tout le personnel.»

En début de carrière, les salaires des enseignants français sont inférieurs de 7% à la moyenne des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui a publié jeudi dernier un nouveau rapport sur l’éducation. Et ça ne s’arrange pas avec l’ancienneté : après dix ou quinze ans de métier, il plafonne à 10 ou 15% en dessous de la moyenne de l’OCDE. La proposition de la maire socialiste (PS) de Paris, et candidate à la présidentielle de 2022, Anne Hidalgo de doubler les salaires des enseignants questionne Benoît Teste : «Mieux payer les profs d’accord mais est-ce que cela veut dire en recruter moins ? Il faut une augmentation des salaires mais aussi plus de postes, l’un ne va pas sans l’autre.»

Plus de créations de postes

«Priorité absolue» du ministre de l’Education, l’école primaire se voit doter de 2 500 postes en cette rentrée. «Ces créations de poste pour les dédoublements de classe REP sont une bonne chose mais cela se fait au détriment du dispositif “plus de maîtres que de classe” [qui consiste à affecter dans une école primaire un enseignant supplémentaire]» regrette Benoît Teste. Par ailleurs, le second degré doit se serrer la ceinture, avec plus de 1 800 postes supprimés, censés être compensés entièrement par des heures supplémentaires. «On supprime des postes alors que la démographie augmente dans les collèges et les lycées. Mais on ne peut pas bien faire son travail quand on a deux ou trois classes en plus, poursuit le secrétaire générale du FSU. Et aujourd’hui, la classe à 37 élèves est devenue quasi la norme, notamment en première et terminale.» Depuis 2018, «les budgets des gouvernements Macron ont acté la suppression de 7 490 emplois alors que les effectifs augmentaient de 63 662 élèves. 7 490 suppressions d’emplois, c’est l’équivalent de 166 collèges rayés de la carte !» ajoute le Snes-FSU, premier syndicat du secondaire.

Parmi les difficultés soulevées dans les écoles, collèges et lycées : le manque d’accompagnement des élèves en situation de handicap : «On est favorable à l’inclusion mais là on a fermé les établissements spécialisés pour mettre les enfants en difficulté dans les écoles sans mettre les moyens nécessaires pour les accueillir, rapporte Guislaine David, cosecrétaire générale du SnuiPP-FSU, principal syndicat du primaire. Résultat : de nombreux enfants n’ont pas d’AESH, des accompagnants d’élèves en situation de handicap, et «ce sont aux enseignants de les gérer sans moyens supplémentaires et sans formation».

Davantage d’aide pour les directions d’école

Manque de temps, de moyens et la sensation tenace de crouler sous les tâches administratives : les directeurs et directrices d’école se disent fatigués depuis plusieurs années. Et la crise sanitaire n’a rien arrangé avec les cas contacts à gérer, les fermetures de classes ou les différents protocoles sanitaires à appliquer. En annonçant le 2 septembre à Marseille vouloir expérimenter la liberté pour un directeur d’école de choisir son équipe d’enseignants, le président Emmanuel Macron a pris tout le monde de court, à commencer par les premiers concernés qui n’en avaient pas fait la demande.

La grande consultation menée par l’Education nationale auprès des directeurs d’école, suite au suicide de leur collègue Christine Renon il y a deux ans, avait en effet montré que ces derniers souhaitent avant tout une aide administrative pour toutes les tâches chronophages du quotidien (accès à l’école, appels téléphoniques ou encore mails). Les 45 000 directrices et directeurs, qui n’ont pas d’autorité sur leurs collègues, sont des professeurs responsables d’une classe quand l’école en a moins de treize en maternelle et quatorze en élémentaire. Ils souhaitent donc plus de décharges pour gérer leur établissement et des revalorisations indemnitaires. Ils ont été partiellement entendus avec une indemnité annuelle de 450 euros brut accordée l’an dernier et depuis pérennisée.

Cécile Bourgneuf

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>