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Vivement l'Ecole!

Marie Sophie Pollak chante Mozart, Attilio Ariosti, Telemann...

22 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur...

22 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

 

PRAXAGORA.

 

O brillant éclat de la lampe d’argile, commodément suspendue dans cet endroit accessible aux regards, nous ferons connaître ta naissance et tes aventures ; façonnée par la course de la roue du potier, tu portes dans tes narines les splendeurs éclatantes du soleil : produis donc au dehors le signal de ta flamme, comme il est convenu. À toi seule notre confiance ; et nous avons raison, puisque, dans nos chambres, tu honores de ta présence nos essais de postures aphrodisiaques : témoin du mouvement de nos corps, personne n’écarte ton œil de nos demeures. Seule tu éclaires les cavités secrètes de nos aines, brûlant la fleur de leur duvet. Ouvrons-nous furtivement des celliers pleins de fruits ou de liqueur bachique, tu es notre confidente, et ta complicité ne bavarde pas avec les voisins. Aussi connaîtras-tu les desseins actuels, que j’ai formés, à la fête des Scires, avec mes amies. Seulement, nulle ne se présente de celles qui devaient venir. Cependant voici l’aube : l’assemblée va se tenir dans un instant, et il nous faut prendre place, en dépit de Phyromaque, qui, s’il vous en souvient, disait de nous : Les femmes doivent avoir des sièges séparés et à l’écart. Que peut-il être arrivé ? N’ont-elles pas dérobé les barbes postiches, qu’on avait promis d’avoir ou leur a-t-il été difficile de voler en secret les manteaux de leurs maris ? Ah ! je vois une lumière qui s’avance : retirons-nous un peu, dans la crainte que ce ne soit quelque homme qui approche par ici.

 

Aristophane - L'assemblée des femmes

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A Millau, un loto des enseignants pour gagner «tout ce qu’on nous prend»

21 Mai 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Loto – Notre Dame de Mesage – Site officiel de la commune

Les professeurs du lycée Jean Vigo organisaient jeudi un quine public dans le centre-ville de la sous-préfecture aveyronnaise pour sensibiliser aux baisses de dotations.

Problème de mathématiques : soit 36 élèves par classe. Sur les 540 élèves du lycée Jean-Vigo de Millau (Aveyron), on en prévoit sept de moins en septembre pour l’ensemble des classes de première et terminale. De combien diminue la dotation globale horaire [à l’Education nationale, la DHG comprend un volume horaire en heures de postes et un volume horaire en heures supplémentaires, ndlr] ? Joëlle Compère, professeure d’espagnol, a fait le calcul : «110 heures par semaine, pour deux classes et l’équivalent de six postes en moins». Les chiffres, en Aveyron, on les connaît bien. Ceux des maternités où trop peu d’actes ont été réalisés ; ceux des écoles primaires où ont frappé fermetures et regroupements de classes ; partout, ce sont des demi-postes qu’il faut sauver. Et maintenant le lycée ? Face à ce qu’ils considèrent comme une comptabilité absurde, les enseignants tentent la satire. Ce jeudi 20 mai, ils tentent de prendre les Aveyronnais par les tripoux en organisant un grand «quine» (un loto) du lycée, sur la place de la Capelle, dans le centre-ville de Millau. A gagner ? «Tout ce qu’on nous prend» après cette «baisse de moyens basée sur un algorithme», selon Jean-Yves Bou, professeur d’histoire-géo.

Après deux années chamboulées par le Covid et le décrochage de nombreux élèves, «on ne pourra plus ni faire de dédoublement de classe, ni d’aide personnalisée», s’insurge l’enseignant. La spécialité d’espagnol pourrait même sauter. Direction Rodez, à une heure de route, pour les élèves de première déjà inscrits qui voudraient la continuer en terminale. Et pour les autres langues, c’est encore la calculette qui parle. «Le ministère ne fait une dotation par classe que pour deux langues seulement, explique Joëlle Compère. Pour en maintenir plus, on doit rogner sur les autres budgets.» Comme celui dédié à l’autonomie, qui permet à l’établissement de se démarquer avec des options rares comme le cinéma, le théâtre, ou les sports de pleine nature, encore préservés. Exit en revanche le droit et le management si les projections se confirmaient. «On ne demande pas plus, juste le maintien des moyens actuels», pointe Véronique Dos Reis Lagarde, prof de sciences économiques et sociales.

Politique de l’absurde

Pas si simple, selon Armelle Fellahi. La directrice académique des services de l’Education Nationale en Aveyron (DASEN) ne dément pas un certain «effet de seuil» mais assure que le rectorat «ne ferme pas une classe parce qu’il manque un seul élève. Ce n’est pas un ordinateur». Par deux fois, elle s’est expliquée avec les professeurs et les parents sur la logique du rectorat. «Les moyens ne sont pas alloués aux élèves mais aux classes. A structure égale, il n’y a pas de baisse des moyens en Aveyron», certifie-t-elle. Selon les chiffres du rectorat, le département dispose du taux d’encadrement le plus élevé de la région : 1 599 heures par élève en 2020 contre 1 433 en moyenne dans le secondaire dans l’académie de Toulouse. Si la situation «évolue aujourd’hui», c’est «du fait de la baisse démographique», selon la DASEN. En attendant que les effectifs définitifs ne soient connus fin juin, une rencontre est prévue la semaine prochaine au rectorat, à Toulouse.

Pour Tom Besnier, élu lycéen au conseil d’administration, cette politique relève toutefois «de l’absurde». L’élève de terminale a déjà testé en seconde la classe à 36 éléments : «Ingérable, il manquait des tables, on était tous serrés.» Il s’indigne «qu’on nous tire vers le bas». Début mai, les jeunes du lycée s’étaient aussi mobilisés contre «le n’importe quoi» de l’organisation du bac. «On est à la fois en colère et démoralisés», confie Cécile Terrasse, parent d’élève membre du conseil d’administration. Pour elle, les soustractions budgétaires rompent l’égalité entre les élèves. «30 % des familles du lycée sont défavorisées. Qui, à part les plus aisés, peut envoyer ses enfants ailleurs et payer les transports et l’internat qui vont avec ?»

La discussion s’interrompt : «Quine !» Bingo, on repart avec «deux heures de chinois». D’autres ont eu droit à leur pancarte offrant symboliquement «une heure d’aide personnalisée». Après la réouverture des terrasses mercredi, la manifestation ludique et publique a son petit succès. Quant aux cartons utilisés pour le quine, ils partiront au ministère en signe de protestation. Une manière de «bouléguer» (secouer) les autorités, et de rappeler, comme le glisse un prof, que le «quoi qu’il en coûte, c’est valable pour l’éducation aussi».

Grégoire Souchay

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Coup de coeur... Vassili Grossman...

21 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Un peu plus tard, on apprit par Klimov, l'éclaireur, que les Allemands s'apprêtaient à faire brûler un enfant et une vieille femme tziganes, soupçonnés d'espionnage. La veille, Klimov avait laissé du linge sale à une vieille qui vivait avec son petit-fils et une chèvre dans une cave et lui avait dit qu'il reviendrait le lendemain chercher le linge lavé. Il voulait obtenir de la vieille des renseignements sur les Tziganes. Avaient-ils été tués par les obus soviétiques ou bien avaient-ils eu le temps de brûler sur le bûcher allemand ? Klimov rampa par des passages que lui seul connaissait mais un bombardier de nuit soviétique avait lâché une bombe à l'endroit où se trouvait l'abri de la vieille et il n'y avait plus ni vieille, ni petit-fils, ni caleçons et chemises de Klimov. Parmi les débris de rondins et les gravats il ne découvrit qu'un chaton. Le chaton était en piètre état, il ne demandait rien, n'attendait rien, il devait croire que la vie sur terre c'était cela : le bruit, le feu, la faim.

Klimov ne parvint jamais à comprendre pourquoi il avait tout à coup fourré le chaton dans sa poche.

 

(...)

 

Anton Khmelkov était parfois horrifié par son travail et le soir, couché, écoutant le rire de Trofime Joutchenko, il restait plongé dans une stupeur froide et lourde. Les mains aux doigts longs et forts de Joutchenko , ces mains qui refermaient les portes étanches, semblaient toujours sales, et il était désagréable de prendre du pain dans le même panier que Joutchenko. Quand le matin, Joutchenko allait à son travail et attendait la venue de la colonne de détenus en provenance du quai de débarquement, il éprouvait une émotion joyeuse. Le mouvement de la colonne lui semblait d'une lenteur insupportable, sa gorge émettait une note plaintive et sa mâchoire inférieure tremblait, comme celle d'un chat en train de guetter des moineaux de derrière la vitre. Cet homme était à l'origine de l'inquiétude qu'éprouvait Khmelkov. Bien sûr, Khelmov, lui aussi, était capable, après un verre de trop, de prendre un peu de bon temps avec une femme dans la file. Il existait un passage qu'utilisaient les membres du Sonderkommando pour pénétrer dans le vestiaire et se choisir une femme. Un homme reste un homme. Khmelkov choisissait une femme ou une fillette, l'emmenait dans un box vide et la ramenait une demi-heure plus tard. Il se taisait et la femme aussi. Il n'était pas ici pour les femmes ou l'alcool, ni pour les culottes de cheval en gabardine ou des bottes en box. Il avait été fait prisonnier un jour de juillet 1941. On l'avait battu à coups de crosse sur la tête et le cou; il avait souffert de dysenterie; on lui avait donné à boire une eau jaunâtre, couverte de taches de mazout; on l'avait fait marcher sur la neige en bottes déchirées; il avait arraché de ses mains des morceaux de viande noire et puante sur un cadavre de cheval, il avait bouffé des rutabagas pourris et des épluchures de pommes de terre. Il avait choisi une seule chose : vivre, il ne désirait rien d'autre; il s'était débattu contre dix morts : il ne voulait pas mourir de froid ou de faim, il ne voulait pas mourir de dysenterie; il ne voulait pas s'écrouler avec neuf grammes de plomb dans le crâne, il ne voulait pas enfler et mourir d'un oedème. Il n'était pas un criminel, il était coiffeur dans la ville de Kertch et personne n'avait jamais eu mauvaise opinion de lui : ni ses proches, ni ses voisins, ni ses amis avec lesquels il buvait du vin et jouait aux dominos.Et il pensait qu'il n'y avait rien de commun entre lui et Joutchenko. Mais parfois il lui semblait que ce qui le séparait de Joutchenko était une broutille insignifiante; et quelle importance avaient, après tout, pour Dieu et pour les hommes, les sentiments qui les animaient quand ils se rendaient à leur travail ? L'un était gai, l'autre ne l'était pas, mais ils faisaient le même travail. Mais il ne comprenait pas que Joutchenko lui faisait peur non parce qu'il était plus coupable que lui, mais parce que sa monstruosité innée le disculpait. Alors que lui, Khmelkov, n'était pas un monstre, il était un homme. Il savait confusément qu'un homme qui veut rester un homme sous le fascisme peut faire un choix plus facile que de sauver sa vie : la mort.

 

Vassili Grossman - Vie et destin

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Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale, je ne sais pas si vous aimez bien Pierre Perret ?

21 Mai 2021 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education

Personnellement oui, parce que c’est quand même l’auteur notamment d’une des plus jolies chansons du monde et qui commence de la façon la plus délicate, la plus parfaite qui soit :

« Chez la jolie Rosette au Café du Canal

Sous le tronc du tilleul qui ombrageait le bal

On pouvait lire sous deux cœurs entrelacés

Ici on peut apporter ses baisers »

Je ne sais pas si c’est du fait qu’en ce moment l’échange de baisers est proscrit mais la formule gravée sur le tilleul du Café du Canal suscite immanquablement chez moi qui ai le goût de la nostalgie réjouie un sourire gentiment stupide que vous pourriez voir si je ne portais pas de masque.

Mais ce n’est pas pour vous parler de baisers monsieur le ministre, vous vous doutez bien, que je vous écris.

La semaine dernière à Sarcelles la mairie avait programmé quatre représentations du spectacle intitulé « Carnet de notes » interprété par 7 artistes, chanteurs, musiciens, comédiens. Une pièce de théâtre en chansons saluée par Le Parisien, Télérama, Le Canard Enchaîné et des milliers de spectateurs qui ont pu la voir à l’occasion des presque deux-cent-cinquante représentations. Mariline Devaud Gourdon, metteur en scène et comédienne du spectacle le présente comme un voyage des cinquante dernières années de la maternelle au baccalauréat.

A l’issue de la première représentation, des parents d’élèves accompagnant les classes se sont plaints auprès du directeur de leur école primaire pour dire à quel point le travail de la compagnie était choquant du fait qu’ils interprétaient une chanson de Pierre Perret intitulée « Papa, Maman » parlant de la reproduction.

Le directeur de l’école a signalé l’affaire au rectorat.

Le rectorat a fait redescendre l’info auprès des inspecteurs des secteurs.

Les inspecteurs ont interdit aux enseignants d’emmener les classes assister au spectacle du lendemain.

Une classe de 15 élèves, des résistants sans doute, a maintenu sa réservation.

La Compagnie a dit « bon d’accord, on va jouer pour eux. » 

La direction des affaires culturelles de Sarcelles est intervenue pour tout annuler.

La chanson de Pierre Perret ayant choqué évoque la masturbation 

« Y a bien quelques brindezingues 

Qui ont dit qu’ça rend sourdingue

Beethoven qu’était pas fier 

A quand même fait une belle carrière »

La chanson parle aussi de contraception, évoque le vagin, l’ovule, les testicules.

Monsieur le Ministre, choisissez votre camp. Vous rangez vous du côté de ceux qui interdisent ou de ceux qui permettent ? Jugez-vous normal que des parents d’élèves puissent empêcher un spectacle ? Les inspecteurs qui s’érigent en censeurs ont-ils agi en votre nom ? 

Si vous pensez que l’auteur du Zizi et de Lily est un personnage indigne, scandaleux, subversif et dangereux, ne serait-il pas temps de songer à débaptiser toutes les écoles Pierre Perret qui partout en France ont fleuri, de Castelnaudary à Soligny-la-Trappe, de la Chaize-le-Vicomte à Clavettes, de Miribel à Angers ?

Pour le plaisir, je vous cite la fin de la chanson incriminée

« Comment papa a fait un p’tit frère à maman

C’est à l’école qu’on nous l’apprend

Pas la peine d’en faire toute une cathédrale

A part les hypocrites les gens normaux trouvent ça normal »

Veuillez agréer monsieur le Ministre ma détestation de la censure. Et vous ?

Monsieur le Ministre, vous feriez une réponse ?"

François Morel

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13 000 élèves contaminés - "Depuis la rentrée des vacances de printemps, les chiffres de contamination à l’école ne cessent d’augmenter"

21 Mai 2021 , Rédigé par VousNousIls Publié dans #Education

Coronavirus: pourquoi le rôle des enfants et de l'école fait débat même  chez les chercheurs | Le HuffPost

EXTRAITS

(...)

Des contaminations en hausse constante

Le point de situation du vendredi 21 mai indique 12 922 élèves contaminés et 1322 personnels sur les 7 derniers jours. Par ailleurs, 5110 classes sont fermées.

Ces chiffres sont en augmentation par rapport aux chiffres précédents où le point de situation du ministère du 7 mai faisait état de 4 992 classes fermées, de 9 536 cas confirmés chez les élèves et de 768 chez les personnels.

(...)

Autotests : moins de 10% de taux d’adhésion

Afin de mieux lutter contre l’épidémie en milieu scolaire, le ministère de l’Education nationale déploie des autotests : dans le point de situation du vendredi 21 mai, il est indiqué qu' »entre le 10 et le 19 mai, les 4200 lycées ont été livrés en autotests pour les 2,263M de lycéens ». Mais problème : selon Bruno Bobkiewicz, proviseur de la cité scolaire Berlioz de Vincennes et secrétaire national du SNPDEN interrogé jeudi 20 mai par RTL, « Les volontaires ne sont pas au rendez-vous ». Il indique un « taux d’adhésion en général inférieur à 10%. »

(...)

Sandra Ktourza

Billet complet à lire en cliquant ci-dessous

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«Les jeunes ruraux sont jugés à partir d’un modèle urbano-centré»

21 Mai 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Jeunesse

Réseau Rural Normand | Réseau rural français

Pour les sociologues Benoît Coquard et Yaëlle Amsellem-Mainguy, la jeunesse légitime est représentée en milieu urbain, et ce même dans les classes populaires, rendant difficile la construction d’un contre-modèle rural.

Benoît Coquard, sociologue à l’INRAE, est l’auteur de Ceux qui restent (La découverte, 2019), une enquête immersive de plusieurs années auprès des jeunes ruraux du Grand-Est. Yaëlle Amsellem-Mainguy, sociologue à l’INJEP, s’est, elle, intéressée à la vie des jeunes femmes à la campagne dans plusieurs régions françaises dans son livre les Filles du coin (Presses de Sciences Po, 2021). Ils dialoguent ici avec le photographe Cédric Calandraud, lauréat de la bourse Laurent Troude 2020, qui mène un projet au long cours sur la jeunesse rurale charentaise.

Comment situez-vous les jeunes qui grandissent et vivent en milieu rural par rapport au reste de la jeunesse française ?

Yaëlle Amsellem-Mainguy : Entre les jeunes ruraux et les jeunes urbains, il y a d’abord une question de classes sociales qui est presque plus forte que les territoires. Les jeunes ruraux sont très éloignés des jeunes urbains de classes supérieures. En revanche, ils vont partager, aux regards des conditions de vie et matérielles, des aspirations professionnelles et des trajectoires d’études, un certain nombre de points communs avec les jeunes de milieux populaires en milieu urbain. Les filles que j’ai pu rencontrer, qui sont majoritairement de classes populaires, s’adaptent à l’offre de formation, aux emplois disponibles, à «ce qu’il y a». En ça, elles vont retrouver un certain nombre de points communs avec la jeunesse urbaine populaire. Mais dans les mondes ruraux le fait d’être une fille de famille à forte notoriété, à forte popularité locale a des effets importants sur les trajectoires, sur l’obtention des premiers emplois, des premiers stages, y compris sur les territoires les plus en difficulté économique.

Pour ces jeunes, la reconnaissance sociale ne passe pas forcément par le diplôme…

Benoît Coquard : Les jeunes ruraux de classes populaires se disent certes qu’ils ne font pas forcément de longues études, qu’ils disposent de peu de capital économique. Néanmoins, ils se disent aussi qu’ils disposent d’un réseau de relations, d’une bonne réputation sur place qui va leur permettre d’accéder à ce qu’on appelle localement «une bonne place» sur le marché de l’emploi, voir un «bon plan» pour pouvoir travailler au noir à côté. Cela permet de valoriser des manières d’accéder à la vie adulte qui ne vont pas être les plus conformes à l’échelon national, mais qui localement vont être tout à fait légitimes et respectables. C’est là où les jeunes ruraux peuvent tirer un certain avantage symbolique de leur relatif isolement géographique et social. Il y a peu de confrontations avec d’autres classes sociales qui pourraient dévaloriser leur style de vie populaire et renvoyer par effet miroir un sentiment d’échec social.

Y.A.-M. : Ce que je trouve très intéressant et qui rompt avec la représentation sociale des femmes de classe populaires en milieu rural, c’est l’aspiration à une indépendance économique qui est très forte. Je n’ai pas du tout observé le stéréotype de la jeune fille qui voudrait se faire entretenir par son conjoint et s’occuper uniquement de l’intérieur de la maison. Ce qui s’impose à elle, c’est de s’occuper de l’intérieur, de travailler, de gagner leur vie et vivre sur son territoire, vivre sa jeunesse en tant que fille, en tant que conjointe, et cumuler les différentes facettes. Elles doivent composer avec les reproches qu’on leur fait de se retrouver dépendantes alors que ce n’est pas ce à quoi elles aspirent.

«Tout ce repli sur soi qu’on suppose d’eux, notamment parce qu’il y aurait une montée du vote RN, c’est à mon sens un signe du mépris que subissent ces classes populaires et du manque de connaissance de ceux qui se permettent de parler d’elles sans les avoir jamais côtoyées.»

—  Benoît Coquard, sociologue à l’INRAE

On leur pose toujours la question de partir ou rester. Pourtant, elle ne se pose pas toujours pour eux.

Y. A.-M. : C’est une question qu’on leur impose et leurs moyens d’y répondre sont complètement inégaux tant ils sont liés aux capitaux scolaires et économiques de leur famille mais aussi à leur place dans la famille. On est dans une société d’injonction au départ et à la mobilité extrêmement forte. Quand on grandit dans une métropole, l’injonction à la mobilité est vers l’étranger. Quand on grandit en milieu rural, elle est vers les métropoles. Il y a une tension forte à devoir réussir par le départ. Pour autant, les parcours des jeunes ruraux qui sont souvent marqués par une succession de mobilités ne sont pas valorisés comme tels. Partir pour aller au collège ou en internat n’est pas considéré comme une mobilité satisfaisante. Pour les filles, l’autre tension autour de cette question est liée à leur part du travail domestique où elles sont des piliers et des soutiens de la famille. Leur départ peut venir déstabiliser l’organisation de la vie familiale et collective.

Les jeunes qui partent faire des études reviennent-ils sur le territoire ? Et quand c’est le cas, comment se passe ce retour ?

B. C. : On se rend compte dans les régions rurales, qu’il y a grosso modo un tiers d’une génération qui part vers la ville pour les études supérieures. Ensuite, ce qui définit en grande partie qu’une campagne perd des habitants ou non, c’est si les jeunes femmes diplômées en âge de procréer arrivent à revenir sur le marché de l’emploi local, à valoriser leur diplôme, à réintégrer leur milieu d’appartenance. Certaines d’entre elles me disaient qu’on les appelait «celles des week-ends» et qu’elles se sentaient peu à peu «zappées» par leur bande de potes restés au village. L’appartenance à ce genre de collectif est certes valorisante, mais elle requiert toujours un fort investissement en temps. Il faut être là, sinon «on te zappe». C’est d’autant plus vrai pour les étudiantes de classes populaires qui viennent d’un milieu où les études renvoient à quelque chose d’abstrait.

Y. A.-M. : Pour celles et ceux qui partent faire des études, le diplôme protège en général de l’absence d’emploi, mais ne permet pas forcément d’accéder à des emplois qualifiés qu’il n’y a pas ou peu sur le territoire, et sur lesquels il y a de la concurrence. On le voit avec des filles qui sont parties faire des études supérieures, souvent un Bac +3, et qui reviennent pour être embauchées en tant que caissières.

Lorsque j’ai commencé mon enquête, les jeunes que je photographiais étaient surtout des garçons, en extérieur et en groupe. Les filles étaient beaucoup moins visibles dans l’espace public. Comment vous l’expliquez ?

B. C. : Ce sont surtout les jeunes hommes qui occupent l’espace en milieu rural, qui se montrent en collectif, que ça soit dans le club de foot, sur les terrains de motocross, à la société de chasse… Ils s’approprient l’espace et sont beaucoup plus autonomes dans leurs déplacements que les filles, car ils accèdent plus au scooter à l’adolescence, et au permis de conduire par la suite. Le fait qu’ils forment des groupes très solidaires renvoie aussi au fait que les classes populaires n’ont pas le luxe de l’individualisme. Ici, ce qui est lié à l’hédonisme, aux loisirs, passe avant tout par le groupe. Il y a donc cet investissement à la fois ludique mais aussi stratégique dans la bande de potes. Parmi les quelque 200 personnes que j’ai interrogées lors de mon enquête, la plupart avaient trouvé un emploi et un ou une partenaire via les groupes d’amis. Tout ce repli sur soi qu’on suppose d’eux, notamment parce qu’il y aurait une montée du vote RN, c’est à mon sens un signe du mépris que subissent ces classes populaires et du manque de connaissance de ceux qui se permettent de parler d’elles sans les avoir jamais côtoyées.

Y. A.-M. : C’est aussi lié à une socialisation en France sur la place des hommes et femmes qui n’est pas spécifique au monde rural, mais que l’on va retrouver sur l’ensemble de la population. Une fille qui traîne dehors remet en question sa respectabilité et celle de sa famille. Dans les pratiques de loisirs extérieures, elles vont se retrouver plus souvent spectatrices du match de foot ou de la course de moto mais pour autant cette place de spectatrices n’est pas pensée. Les filles investissent davantage les intérieurs. Le groupe de potes est alors important car il inclut et exclut : celle qui n’invite pas n’est plus invitée. Chez elles, elles bricolent, font des «loisirs créatifs» ou encore cuisinent grâce aux tutos sur internet. Mais elles ont aussi des activités où elles se retrouvent entre femmes comme au loto ou encore à la zumba, où elles peuvent être avec des femmes d’âges bien différents du leur.

J’entends souvent les jeunes répéter «ici, c’est mort». Pourtant, j’ai l’impression qu’ils ne s’arrêtent jamais, qu’ils ont toujours quelqu’un à voir, une moto à réparer, un coup de main à donner.

B. C. : C’est lié à la construction sociale qu’il y a derrière. Les jeunes ruraux doivent s’en remettre à une construction qui les juge à partir d’un modèle urbano-centré. La jeunesse légitime est représentée en milieu urbain, et ce même dans les classes populaires. Je me souviens que dans ma jeunesse, en milieu rural, on voulait copier les jeunes de banlieues, ceux qui faisaient du rap, que l’on voyait dans les médias, qui occupaient l’espace culturel et qui correspondaient en grande partie à notre condition sociale. Il n’y avait pas de contre-modèle rural valorisé dans l’espace public à ce moment-là. Nous aussi, on aurait dit «ici, c’est mort» parce qu’on ne savait pas quoi valoriser dans notre style de vie. Alors même que l’on était tout le temps ensemble, que l’on était impliqué dans des sociabilités très intenses et donc qu’on ne se sentait pas du tout à l’écart du monde. La centralité pour nous correspondait à l’endroit où l’on vivait. Et ça, je le retrouvais bien chez les jeunes que j’ai rencontrés, ils disent «Paris, jamais de la vie !» et ne sentent pas relégués par rapport aux métropoles.

Là où le discours du déclin correspond véritablement à leur vécu, c’est sur le contexte économique et les perspectives d’avenir, notamment parce qu’il y a moins d’emplois, et que les jeunes sont plus soumis à la précarité, à la peur du déclassement. Néanmoins, ils ne cessent de récréer des cadres collectifs, certes informels, mais qui vont rendre une intensité à la vie locale et leur permettre de faire leur vie là où ils sont. Simplement, c’est une intensité précaire, qui est moins vécue positivement parce qu’elle est aussi faite de concurrence pour l’emploi, de conflits en tout genre.

Propos recueillis par Cédric Calandraud

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