Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Daniel Darc..

28 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

Lire la suite

Coup de coeur... Jacques Roubaud...

28 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Dialogue

Je n’ai jamais pensé à un poème comme étant un monologue parti quelque part de l’arrière de ma bouche ou de ma main

   Un poème se place toujours dans les conditions d’un dialogue virtuel

   L’hypothèse d’une rencontre     l’hypothèse d’une réponse l’hypothèse de quelqu’un

   Même dans la page : la réponse supposée par la ligne, les déplacements, les formats

   Quelque chose va sortir    du silence, de la ponctuation,
du blanc     remonter jusqu'à moi

   Quelqu'un de vivant, de nommé :     un poème d'amour

   Même quand l'omission, l'indirection, l'adresse pronominale rendent possible cette translation : qu'un lecteur soit devant la page, devant la voix du poème comme au moment de sa naissance

   Ou de sa réception: lecteur lecteur      ou     lecteur auteur

   Ce poème t'est adressé et ne rencontrera rien

Jacques Roubaud, Quelque chose noir, Gallimard, Collection Poésie, 2001, page 124.

  ________________________


L’ÉTOILE

Des mondes naissaient
sous moi
oliveraies, vignes, bassins
grands de neige

Jardins amnésiques
plantes
troubles fruits
de troubles arbres

Rien sous l’ombre
ne m’échappa
ni l’eau où le soleil a du poids
ni la crête où se dessèche la lune

Le soleil lumière dans sa tête
la lune perdue dans sa nuit s’en vont
et je compte, moi
le temps de l’un, le temps de tous

L’éternité sans souvenir
prendra le ciel, prendra la boue, prendra l’écho
la couleur passe tout s’oublie
les herbes comme les eaux

Et je me suis retournée, moi
depuis l’espace, bleue comme un point
sur mes traces semées
dans la neige, pour en jouir

Jacques Roubaud, « Quatrains réduits de Qohelet » in Octogone, livre de poésie, quelquefois prose, Éditions Gallimard, Collection blanche, 2014, pp. 137-138.

Lire la suite
Lire la suite

Nathalie Quintane : « Il n’y a pas de mutation du métier d’enseignant, il y a une liquidation » (Un hamster à l’école)

28 Mai 2021 , Rédigé par Diacritik Publié dans #Education

EXTRAITS

Incisif, juste et remarquable : tels sont les mots qui viennent à l’esprit pour qualifier Un hamster à l’école de Nathalie Quintane qui paraît aujourd’hui. Entre autobiographie et réflexion, Quintane évoque avec force son expérience de l’école, de la collégienne qu’elle fut à l’enseignante en collège qu’elle est désormais depuis bientôt une trentaine d’années. Physique, politique, sociale : l’école est pour Quintane une traversée totale qui interroge chacun à la fois dans les discours qu’il tient sur l’éducation nationale que sur sa place dans la société. Diacritik ne pouvait manquer, à la parution de ce livre qui vite s’imposera vite comme un classique, d’aller à la rencontre de Nathalie Quintane pour un grand entretien.

Ma première question voudrait porter sur la genèse de votre fort, incisif et si juste Un hamster à l’école. Qu’est-ce qui vous a décidé à évoquer et à revenir, entre autobiographie et réflexion, sur votre expérience d’enseignant, notamment en collège, où vous exercez depuis bientôt une trentaine d’années ? Si vous avez déjà pu brièvement évoquer notamment dans Ultra-Proust votre expérience d’enseignante ou encore mettre en scène une collégienne dans Antonia Bellivetti, y a-t-il eu un événement précis ou une scène en particulier qui a suscité chez vous l’écriture de ce livre ? Enfin, n’est-ce pas la mutation même du métier d’enseignant, et notamment les bouleversements induits par la récente réforme du collège, qui vous ont conduite à revenir sur votre propre expérience ?


En effet, j’ai mis très longtemps avant d’oser m’attaquer à la choseAntonia Bellivetti, sorti en 2004 chez P.O.L, parlait de l’adolescente que je n’ai pas été dans un contexte que j’ai bien connu (la banlieue) mais dans une époque mêlée (les années 70/80 de ma propre adolescence + les années 90/2000 des élèves auxquels j’enseignais). Ces vingt dernières années, j’ai souvent raconté à mes ami.e.s et à ma famille certaines anecdotes que je reprends dans le livre : elles étaient drôles, m’avaient marquée et me semblaient dire ce qu’est le métier de prof ou celui d’élève aussi bien qu’une saison complète de Répliques d’Alain Finkielkraut consacrée à l’Éducation nationale. Le livre a été à la fois facile à l’écriture (c’est une reprise de ces anecdotes jamais écrites, et une reprise qui en conserve l’oralité) et difficile à la « composition » (j’y reviendrai).

Ce qui me surprenait, aussi, c’est que j’avais beau raconter régulièrement et avec le plus de précision possible comment c’était (comment étaient les élèves, ce que je fabriquais avec eux, les rapports ou non-rapports avec mes collègues, avec l’administration, etc), les gens ne me croyaient qu’à demi parce que se superposait toujours ce qu’on ne cessait par ailleurs de dire sur l’Éducation nationale (le discours des médias et des politiques, en somme). Ce que je disais ne correspondait pas tout à fait. Il fallait donc faire le point, comme en photo, mais je ne voulais pas d’un texte pamphlétaire, qui n’aurait pas rendu justice à la complexité, à l’épaisseur d’une vie dans l’Éducation nationale. Et puis à quoi bon batailler encore sur un champ où l’adversaire vient d’envoyer ses équipes de nettoyage ? Mes parents étaient employés des Postes ; ils ont vu, dans les années 90, la fin de ce service public et du statut de fonctionnaire qui les avait relativement protégés. Idem chez France Telecom et à la SNCF ou à l’hôpital — partout, en fait. Nous assistons logiquement, en ce moment, à la même chose dans l’E.N. : c’est la fin, et les moyens mis en œuvre sont sensiblement les mêmes. Il n’y a pas de mutation du métier d’enseignant, il y a une liquidation. Mandeville a dit dès le début du XVIIIe siècle une vérité indépassable du capitalisme : une population cultivée, critique, émancipée, lui est nuisible. Il faut en finir avec le service public de l’éducation.

Sans doute aura-t-il fallu, par-dessus le marché, pour que je m’y mette, que la question de la transmission devienne centrale dans mon travail — elle l’est depuis Tomates, paru chez P.O.L il y a une dizaine d’années. Tomates ne parlait pas du tout de l’enseignement mais, d’une certaine manière, du trou des années 80, qui nous avait coupé.e.s de ce qui avait été gagné dans les années 60/70 en terme de libération, de réflexes critiques (et dont j’avais très tôt fait l’expérience au collège, en Seine-Saint-Denis, grâce à quelques profs qui avaient vécu 68) pour nous jeter dans le monde dans lequel nous étions encore il y a peu.

(...)

Dans Un hamster à l’école, le second temps de votre défaisance des discours sur l’école touche aux clichés qui entourent le rôle social et politique de l’école. Le lieu commun le plus remarquable concerne la question de l’estrade, et notamment du rapport symbolique qu’elle induit en termes d’autorité. Contre le cliché contre-révolutionnaire qui affirme que l’enseignant n’a plus de magistère depuis Mai 68 et se voit incidemment dévalorisé, vous soutenez notamment que parler avec ou sans estrade, c’est désormais la même chose tant, dites-vous, « tout ça ne change rien à la hantise de la distraction » qui fonde l’école.
En quoi vous paraissait-il important de revenir sur ces clichés réactionnaires qui traînent dans le débat public ? Enfin, en opposant précisément un argument déceptif, celui qui pose la question de la distraction en lieu et place d’un argument qui, par exemple, soulignerait le rôle négatif de l’estrade, s’agit-il pour vous à la fois de montrer la nullité des deux arguments mais aussi et surtout de souligner combien la pratique de l’enseignant est méconnue ?

Cette histoire d’estrade m’a fait me poser plein de questions ! J’arrive dans ce nouvel établissement… des estrades dans chaque salle ! Aucun des six établissements dans lesquels j’avais exercé n’en avait ! C’est donc (premier point) que l’Éducation n’est pas si « nationale » que ça… Chaque établissement, ie. chaque chef à sa tête, décide de ce qu’il y a lieu de conserver ou pas, en terme d’ « estrade ». Voilà une chose difficile à faire comprendre : aucune politique d’établissement n’est semblable à une autre, et à chaque changement de chef, ça change ! Un « bon » chef (autoritaire mais juste, naturellement !) va te décharger de pas mal de tâches et d’angoisse. Un « mauvais » chef peut précipiter en deux temps trois mouvements un établissement dans un chaos indescriptible… L’organisation bien verticale des établissements que j’ai connus, qui n’étaient pas (à une exception près) classés Z.E.P ou R.E.P. (éducation dite « prioritaire », où les enseignants, souvent par la force des choses, doivent s’entendre et former des équipes soudées), produit une fragmentation totale du corps enseignant, et donc l’isolement des plus fragiles (les profs qui se font « bordéler », que tout le monde connaît, et dont on évite le regard en salle des profs…). Voilà une institution et un personnel bien ancrés à droite… Persuadés que tout se mérite et que tout s’acquiert par le travail… La poignée de profs qui ont essayé (en vain) de changer les choses après 68 ont vraiment traumatisé la société entière, pour qu’on nous les ressorte régulièrement ! Des idées d’une école « ouverte » ne subsistent que des bouts de Montessori, des injonctions de ci de là (les « îlots »…), sans cohérence d’ensemble et avec cette seule hantise : surtout pas le bordel ! Vous les mettez en îlots (en gros, ils bossent par quatre puisque vous avez des tables de deux) mais pour étudier la littérature « patrimoniale » ! Car on ne dit plus « classique » sous Blanquer…

Et donc, cette fameuse estrade, qu’on avait sortie… pour repeindre la salle… Aucune intention là derrière, à mon avis, parce qu’on ne sait plus depuis longtemps ce que ça peut symboliser… Juste un objet encombrant, qu’on vire pour cette raison. Deuxième point : défaite du sens, par défaite de la transmission. On transmet la règle d’accord du participe passé (je le fais, bien sûr !) mais on ne sait plus ce que c’est que l’école, on ne regarde pas assez l’école telle qu’elle est, c’est-à-dire la dimension des salles, ces mêmes chaises sur lesquelles on assoit des enfants de dix ans et des ados qui dépassent en 3e le mètre quatre-vingt, les menus de la cantine, la disparition programmée des savoir-faire derrière le « savoir-être »… Tout ça se dissipe dans le brouillard d’une moralisation générale où planent deux trois panneaux… « laïcité »… « république »… Il est impératif de parvenir à se détacher de tout ça si l’on veut encore.. enseigner. J’essaye, dans le livre, de rendre compte d’un cours — un peu particulier, puisqu’il s’agit, en mai dernier, d’accueillir une quinzaine d’élèves de 5e confinés pendant deux mois… Il y a ce que vous avez à faire passer (le « programme ») et ce que, eux, ont à vous dire… La partie improvisée du cours, toujours importante, était ici capitale… C’est en général là qu’on commence à réfléchir, à partir du programme, au-delà du programme.

(...)

Enfin ma dernière question voudrait porter sur la vision de la littérature qui est véhiculée et construite par l’école notamment à l’occasion des examens et, en particulier, des oraux du bac. Vous revenez, dans le prolongement d’Ultra-Proust où vous évoquiez déjà la vision scolaire contestable d’Apollinaire entre renouveau et tradition, sur la manière dont les élèves doivent tordre le texte et son sens pour faire plaisir aux autorités. Vous dites notamment à propos d’une explication d’un texte de Maylis de Kerangal que pour « avoir un diplôme et du boulot éventuellement mieux vaut, quitte à tordre un peu le texte te placer sans hésiter du côté de l’auteur, du narrateur, du prof, du maire et de la police. »
À ce titre, en quoi, plus généralement, l’étude des textes à l’école n’est-elle que la reconduction d’une voix policière ? Diriez-vous qu’avec la réforme du baccalauréat de Blanquer, ce tournant policier s’est accentué ? Et, enfin, est-ce que, dans Un hamster à l’école, précisément la forme libre de votre récit, comme portée par des enjambements incessants, ne constitue pas une réponse pour vous à cette vision verrouillée du texte à l’école ?

J’espère, oui, que ce texte à la fois contraint et cassé, « mal écrit » et pensé, est une réponse aux choses mornes qu’on cherche à nous imposer de manière nettement plus autoritaire que par le passé.

Je n’ai été convoquée pour le BAC que récemment. J’ai parfois été surprise par l’analyse des textes que donnaient les élèves de 1ère, préparés par leurs professeurs. Alors, qui anticipe ?

Le prof qui, prudent, prévoit l’examinateur réac et oriente l’explication ? C’est possible… Si j’étais moi-même prof en lycée, je préviendrais mes élèves ! Attention ! N’y allez pas trop fort ! Préférez une conclusion sociale-démocrate qui ne risque pas de choquer ! Après tout, l’essentiel, c’est qu’ils aient le BAC. Je dis toujours à mes élèves de 3e : l’examen, c’est juste pour vérifier que vous maîtrisez bien les codes, inutile d’être sincère ou que sais-je !

Ou bien l’élève anticipe : il s’est tellement tapé de profs de droite dans sa scolarité qu’il conclut sagement et habilement que, bien entendu, dans ce texte de Kerangal, la narratrice est du côté du maire et de la police… Patatras ! Contre-sens ! Car certains de ces écrivain.e.s modernes sont d’épouvantables gauchistes ! Qui critiquent les élus ! Pire : la police ! Heureusement, il y a la littérature patrimoniale… Enfin, pas Jules Vallès non plus ! Encore moins Artaud !!

Nathalie Quintane, Un hamster à l’école, La Fabrique, janvier 2021, 144 p., 13 € — Lire un extrait

Lire la suite

Grenelle de l’éducation: sur les salaires, Blanquer «se trompe d’objectif»

28 Mai 2021 , Rédigé par Médiapart Publié dans #Education

Grenelle de l’éducation: sur les salaires, Blanquer «se trompe d’objectif»

EXTRAITS

Mercredi 26 mai, le ministre de l'éducation nationale a dévoilé les conclusions du Grenelle de l’éducation, qui prévoient des hausses, limitées, de la rémunération des enseignants. L'économiste Asma Benhenda décrypte les annonces.

(...)

Qu’avez-vous pensé des annonces du ministre ?

Asma Benhenda : D’abord, ces annonces font suite aux ateliers qui se sont terminés en février dernier. On avait donc une idée globale de ce qui allait être annoncé ce mercredi.

Je pense que le principal point substantiel concerne la revalorisation des salaires. Une enveloppe de 700 millions d’euros pour 2022. Les modalités de répartition doivent encore être précisées. En revanche, si l’on regarde les détails du budget, ce sont 700 millions d’euros qui sont répartis en trois sommes distinctes.

100 millions de budget en plus sur les mesures prises pour l’année 2021. 200 millions d’euros doivent financer à hauteur de 15 € par mois les mutuelles santé des agents du ministère, les AED et des AESH [les assistants d’éducation et les accompagnants des élèves en situation de handicap - ndlr].

Et 400 millions pour la mise en œuvre de nouveaux engagements, notamment différentes primes. Ces 400 millions d’euros correspondent aux mêmes 400 millions d’euros déjà accordés en 2021. C’est donc le prolongement de ce qui existe cette année et qui doit être mis en œuvre dans les mois prochains avec le versement des premières revalorisations. C’est une dimension substantielle de l’intervention du ministre.

La reconduction de la prime d’attractivité pour 2021 et 2022 est comptée dans l’enveloppe de 400 millions d’euros. Elle devrait ensuite perdurer dans le temps. Le but, c’est d’étendre cette prime, initialement accordée aux nouveaux titulaires, à ceux en milieu de carrière. Cela permettrait de rendre le métier de professeur plus attractif. Le montant de la prime s’élève à 100 euros mensuels pour les débuts de carrière avec une prime dégressive en fonction de l’ancienneté. Elle descend à 36 euros mensuels pour ceux en milieu de carrière.

La répartition du budget de 2022 n’a pas encore été arbitrée. D’après Jean-Michel Blanquer, elle devrait l’être à la fin du mois de juin.

Le ministre a répété que l’objectif était de rejoindre « le peloton de tête des pays de l’OCDE » (l’Organisation de coopération et de développement économiques) concernant la rémunération des enseignants, arguant qu’il fallait « arriver à ce qu’avant 2025 il n’y ait plus un seul professeur qui gagne moins de 2 000 euros [net] par mois ». Pensez-vous que cela soit faisable ?

Je pense surtout qu’il se trompe d’objectif. Certes, en France, les salaires des enseignants sont inférieurs à la moyenne des pays de l’OCDE. En 2019, l’éducation nationale a rédigé une note qui expliquait que, à tous les niveaux d’enseignement, pour la première partie de carrière, les enseignants en Allemagne sont deux fois plus payés que leurs homologues français.

Mais je pense qu’il se trompe de point de comparaison. Ce qui compte, c’est que les salaires des enseignants en activité soient comparables au salaire des autres professions à niveau de qualification égal. C’est plus important. En visant le top de l’OCDE, on sera peut-être meilleurs sur ce point-là. Mais je pense que pour rendre le métier de professeur plus attractif, il faut que les salaires des enseignants soient au moins les mêmes que le salaire médian après un bac + 5. Cela permettrait de juguler cette question de l’attractivité de la profession. Ce serait un critère plus pertinent. Avec la revalorisation de 2021, les profs n'atteignent pas le salaire médian des autres bac + 5. Cela représenterait une hausse d’environ 380 euros brut par mois.

Quelles sont, selon vous, les annonces importantes oubliées par Jean-Michel Blanquer ?

Lors du Grenelle, des ateliers sur la « part variable » de la rémunération des enseignants avaient été organisés. Elle n’a pas été évoquée de manière directe. Mais deux points ont été évoqués. La création et le développement de postes de professeurs en service partagé, c’est-à-dire déchargés de temps d’enseignement pour un temps dédié aux missions d’aide à l’inspection des enseignants (chargés de missions d’inspection du second degré CMI2D) : évaluation, accompagnement et formation. Et l’augmentation du nombre de conseillers pédagogiques de circonscription (CPC) dans le premier degré. Un point majeur a été omis : les recrutements « hors mouvement » des professeurs.

Il y a un système d’affectation des professeurs dans les établissements qui s’appelle le mouvement national à gestion déconcentrée avec deux phases : inter-académique puis intra-académique.

Chaque année, les enseignants titulaires - c’est-à-dire ceux qui ont eu le CAPES ou l’agrégation - se rendent sur le site de l’éducation nationale pour faire une liste de vœux pour leur affectation académique. Une fois qu’ils connaissent leur académie,  ils soumettent une deuxième liste de vœux pour pouvoir être affectés à un établissement.

Lors de ces deux phases, c’est un algorithme qui va affecter les enseignants en fonction de leurs caractéristiques individuelles. Niveau d’expérience, d’ancienneté dans leur établissement ou encore leur situation familiale – selon qu’ils sont mariés ou qu’ils ont des enfants. L’idée du recrutement « hors mouvement », c’est de permettre aux titulaires de postuler directement à certains postes dits « sur profil », sans passer par le système national informatisé. Donner la possibilité aux établissements, notamment REP et REP+ [réseau d’éducation prioritaire - ndlr], de recruter directement leurs enseignants permettrait d’avoir des embauches plus personnalisées, plus en adéquation avec les besoins réels.

Cela rejoint l’idée de renforcer l’autonomie des établissements…

Tout à fait. C’est la même logique. C’est cette même philosophie d’une gestion plus autonome des établissements scolaires. Une idée défendue par le ministre actuel mais qui n’est pas nouvelle. Elle envisage de passer au modèle où chaque établissement aurait son propre projet. Actuellement, tout est géré au niveau de l’académie ou du ministère.

Il y a un débat chez les économistes sur la question : faut-il centraliser ou décentraliser l’allocation et la gestion des ressources ? L’idée défendue est que si on décentralise, cela va permettre aux acteurs de terrain comme les chefs d’établissement - qui ont une meilleure connaissance du contexte local - de mieux adapter la gestion des ressources sur des cas spécifiques qui sont déconnectés du niveau académique et encore plus de l’échelle nationale avec le ministère. Un ministère qui est par ailleurs une énorme machine qui compte 1,1 million d’agents.

Exposée ainsi, cela paraît être une bonne idée…

Oui. La question est de savoir où on place le curseur de l’autonomie. Le risque, c’est que cela génère des inégalités. Cela peut créer de la concurrence entre tous les établissements, car chacun d’entre eux aurait son projet à défendre. Si les enseignants sont directement recrutés par les écoles, ces dernières vont se mettre en concurrence pour attirer les meilleurs enseignants.

Si cette autonomie leur est donnée sur le recrutement, est-ce qu’on leur donne aussi une autonomie pour fixer les salaires des professeurs ? C’est ce qui se passe un peu au Royaume-Uni et totalement aux États-Unis. Là-bas, chaque établissement a son propre budget. Il n’est pas possible de dire à un établissement « on vous donne l’autonomie de gestion du recrutement mais pas budgétaire ». Les deux vont de pair.

Si les directeurs gèrent les budgets, ils fixent aussi les salaires. C’est un problème. Aux État-Unis par exemple, ce sont les impôts locaux qui financent les écoles publiques. Les budgets sont corrélés au milieu socio-économique des habitants. Donc, les quartiers aisés ont des écoles très bien équipées pleines d’élèves de milieu social élevé.

À l’inverse, les quartiers pauvres ont des écoles mal équipées avec des élèves de milieu modeste. Les établissements choisissent ainsi les professeurs, souvent les meilleurs, en proposant des salaires élevés. Ils choisissent aussi les élèves, souvent les meilleurs. Si on faisait ça en France, on aurait à la fin un système d’éducation nationale qui fonctionnerait comme les établissements privés sous contrat. Les syndicats verraient la mise en place d’un système tel que celui-ci comme le début de la fin de l’éducation nationale en tant que service public.

Les AED étaient en grève à la fin du mois de mars pour réclamer, entre autres, une revalorisation salariale. Les AESH étaient, eux, en grève le 8 avril dernier, et le seront le 3 juin prochain, pour les mêmes raisons. Sont-ils les grands oubliés de ce Grenelle de l’éducation ?

La revalorisation des salaires des AED et des AESH n’est pas actée. Le ministère explique qu’une « revalorisation des carrières des accompagnants des élèves en situation de handicap sera portée dans les discussions des prochaines semaines ». Sans mentionner les AED. En revanche, ils auront droit au financement partiel de leur mutuelle santé à hauteur de 15 euros par mois.

Il y a une chose qui a totalement été éludée, c’est le statut des contractuels - dont les AED et les AESH - mais aussi les profs contractuels. Depuis des années, les recours aux enseignants contractuels augmentent. C’est un vrai problème.

Quel bilan dressez-vous après la clôture de ce Grenelle de l’éducation ?

En termes de substance, ce n’est pas complètement vide. La revalorisation des salaires des enseignants, notamment en début de carrière, est une bonne mesure. Est-ce à la hauteur de ce qui était annoncé ? Non, ces mesures ne sont absolument pas révolutionnaires.

Ismaël Bine

https://www.mediapart.fr/journal/france/270521/grenelle-de-l-education-sur-les-salaires-blanquer-se-trompe-d-objectif?utm_source=20210527&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-20210527&M_BT=16590131223

Lire la suite

« Pourquoi la grande majorité du monde culturel, les spécialistes aussi, sont hostiles au Pass proposé par Macron »

28 Mai 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Culture

Le pass Culture : acteurs culturels du Centre-Val de Loire proposez dès  maintenant vos offres ! | Ciclic

EXTRAITS

Beaucoup redoutent que cette offre renforce l’industrie du divertissement et qu’elle creuse la fracture culturelle entre jeunes urbains issus des classes favorisées et les autres, relève dans sa chronique Michel Guerrin, rédacteur en chef au « Monde ».

Chronique. Emmanuel Macron s’est mis dans la peau d’un oncle voulant faire un cadeau de Noël à un neveu. Ne sachant pas ses goûts, il place quelques billets dans une enveloppe. Le geste est peu poétique mais au moins le gamin saura quoi faire de l’argent.

C’est la philosophie du Pass culture : 300 euros pour chaque jeune de 18 ans, à dépenser sur vingt-quatre mois, par le biais d’une offre riche proposée sur une application numérique. Après deux ans de tests dans quatorze départements, la promesse phare du président de la République vient d’être lancée dans la France entière.

C’est a priori gagnant-gagnant : des jeunes s’offrent des places de cinéma, des livres ou des cours de guitare, et des librairies ou théâtres renflouent leurs caisses pâlottes depuis la pandémie. Et pourtant la grande majorité du monde culturel, les spécialistes aussi, sont hostiles à ce chéquier numérique. Nombre de lieux de spectacles subventionnés demandent déjà sa suppression dans un communiqué daté du 19 mai.

(...)

Depuis la création du ministère de la culture, en 1959, la réponse est grosso modo celle-ci : multiplier les lieux d’art et de création, leur donner des moyens, charge à eux d’attirer le public le plus diversifié. L’audience de cette culture dite « légitime » a augmenté en soixante ans mais, en dépit d’actions louables, les milieux modestes n’en sont pas, limitant souvent leurs loisirs à la télévision ou à des formes industrielles – écrans en tous genres, YouTube, jeux vidéo, films populaires.

(...)

La gratuité n’est pas la solution

On peut néanmoins se demander pourquoi le Pass culture est ouvert à tous, alors que le Pass sport de 50 euros, annoncé au même moment, visant à alléger l’inscription à un club de football ou de basket, lui, est réservé aux enfants de milieux modestes.

Les mauvaises langues répondent que si on avait retiré du dispositif les « 18 ans aisés », il n’y aurait plus grand monde pour acheter des places au théâtre public ou au musée. A rapprocher d’une confidence faite par un conseiller de Macron : « C’est déjà pas mal si le Pass sert aux jeunes friands de culture. »

Si la construction de théâtres ou de musées n’a pas bouleversé la sociologie du public, et si l’amélioration des librairies n’a pas élargi les lecteurs de romans, un chèque de 300 euros risque de ne pas changer la donne.

Les sociologues de la culture ont montré qu’une réponse économique – le Pass en est une – est fragile. Nombre de villes ou de lieux culturels proposent déjà des cartes jeunes et des tarifs très attractifs, et ils peinent à diversifier leur audience. La gratuité non plus n’est pas la solution. Il faudrait un miracle pour que le Pass démente ces faits.

(...)

Ce Pass va coûter à l’Etat entre 160 millions et 180 millions d’euros la première année. Cet argent manque cruellement au tissu associatif local, aux maisons des jeunes et de la culture ou aux centres culturels de rencontre. Soutenir ce réseau constituerait une politique culturelle volontariste, alors que le Pass traduit plutôt une fuite en avant – dépensez l’argent comme il vous plaira.

Un deuxième Pass culture, prévu en janvier 2022 avec l’éducation nationale, se rapproche, lui, d’une politique culturelle. Chaque élève se verra offrir 200 euros étalés entre la 4e et la terminale, mais il sera accompagné dans ses choix par les enseignants.

Encore un effort, et l’Etat agira dès la maternelle, où domine déjà une « malnutrition culturelle », selon la psychanalyste Sophie Marinopoulos, qui a remis un rapport en ce sens, en 2019, au ministère de la culture. 18 ans, c’est trop tard.

Michel Guerrin - Rédacteur en chef du Monde

Texte complet à lire en cliquant ci-dessous

Lire la suite

Revalorisation des salaires des enseignants : "La bamboche, ce n'est pas pour demain", réagit un professeur

28 Mai 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

La Bamboche : La Bamboche: Amazon.fr: Musique

Philippe Watrelot, enseignant dans un lycée d'Essonne, affirme que les 400 millions d'euros de primes annoncés par Jean-Michel Blanquer "ne concerne qu'un tiers à peine des enseignants"Il demande une revalorisation du point d'indice.

Après l'annonce par le ministre de l'Éducation nationale d'une revalorisation de salaires pour les enseignants, Philippe Watrelot, professeur de sciences économiques et sociales (SES), dans un lycée de Savigny-sur-Orge (Essonne) ironise : "La bamboche, ce n'est pas pour demain". Jean-Michel Blanquer a promis une enveloppe globale de 700 millions d'euros pour 2022, dont 400 millions via de nouvelles primes.

"La nécessité d'une revalorisation commence à faire son chemin", salue Philippe Watrelot mais il s'interroge : "Peut-on parler véritablement d'une revalorisation, quand elle ne concerne qu'un tiers à peine des enseignants, les débuts de carrière ? En gros, à partir de l'échelon 7, c'est-à-dire le milieu de carrière, c'est cuit."

Le professeur de lycée n'est pas non plus convaincu par la création de primes pour les enseignants évoquée par Jean-Michel Blanquer.

"On parle de 400 millions de primes. Les enseignants ne sont pas des chasseurs de primes. Ce qu'ils veulent, c'est une revalorisation indiciaire."

Philippe Watrelot à franceinfo

Pour Philippe Watrelot, les primes ne correspondent pas à une revalorisation mais sont associées à "de nouvelles tâches" : "En gros, une logique du travailler plus pour gagner plus. Un vieux refrain qu'on a entendu auparavant. C'est ça, la grosse inquiétude. C'est cette idée de contreparties qui traîne derrière cette annonce, quand même."

Lire la suite

"Cancre?" - Documentaire de Réjane Varrod

28 Mai 2021 , Rédigé par LCP - FR3 Hauts-de-France Publié dans #Education

Lire la suite

Chrissie Hynde chante Bob Dylan...

27 Mai 2021 , Rédigé par christophe

Lire la suite

Coup de coeur... Cormac McCarthy...

27 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Méridien de sang - Cormac McCarthy - Babelio

Ils entrèrent dans la ville sous un feu roulant de détritus, conduits comme du bétail à travers les rues pavées dans les clameurs par lesquelles étaient accueillis derrière eux les militaires au sourire de circonstance qui saluaient d'un signe de tête parmi les fleurs et les coupes offertes en poussant les aventuriers en loques sur la place où l'eau giclait dans une fontaine et où les oisifs se prélassaient sur des sièges de porphyre blanc ciselé et plus loin devant le palais du gouverneur et plus loin devant la cathédrale où les vautours étaient tapis le long des entablements poussiéreux et contre les statues du Christ et des apôtres parmi les niches de la façade sculptée, les oiseaux déployant leurs habits noirs dans des postures d'une étrange douceur tandis qu'autour d'eux les scalps desséchés d'Indiens massacrés claquaient au vent suspendus à des cordes, les longues chevelures mates ondulant comme les filaments de certaines espèces maritimes et les cuirs cognant contre les murs.

Cormac McCarthy - Méridien de sang

Lire la suite
<< < 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>