Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Aki Shimazaki...

15 Mai 2021 , Rédigé par christophe

Je me réveille au gazouillis des moineaux. Un instant, je me demande où je suis. Dans notre maison ? Je jette un coup d’œil vers la fenêtre entrouverte. Aussitôt, je reconnais notre chambre à la résidence d’aînés.

Le lit de Fujiko est vide. La couverture d’été et le drap sont froissés, l’oreiller et le coussin ne sont pas rangés. Elle doit être aux toilettes. L’horloge murale indique sept heures moins cinq. Je m’étonne. Normalement, ma femme ne se réveille pas avant huit heures. Profitant de la fraîcheur du matin, nous ferons un tour avant notre petit-déjeuner.

Allongé sur le lit, j’observe les meubles apportés de notre maison : un canapé, un fauteuil, la table ronde, des chaises, mon bureau, la coiffeuse de Fujiko, etc. Ils sont vieux mais de bonne qualité. Quant à nos lits, nous les avons achetés lors de notre emménagement. C’était l’idée de Fujiko d’avoir deux lits simples plutôt qu’un lit double.

Dans un coin, il y a un évier et deux placards. Nous avons installé un petit réfrigérateur, un micro-ondes et une bouilloire électrique. Nous prenons nos repas à la salle à manger de la résidence. La nourriture y est équilibrée et délicieuse. Il est rare que nous allions au restaurant. Nous avons notre propre salle de bains. Bref, nous vivons presque comme dans une suite d’hôtel.

Cela fait six ans que nous habitons ici. Cet établissement a pour devise : “Soins à vie avec respect.” Bien qu’il soit privé, il ne coûte pas trop cher et nos pensions suffisent. Le personnel est excellent. Il y a des activités culturelles et sportives. L’ambiance est très agréable. La liste d’attente est évidemment longue. Très satisfaits, nous n’avons jamais pensé déménager ailleurs.

Aki Shimazaki - Sémi

Lire la suite

François Cusset : «Pour comprendre que le monde était malade, il a fallu qu’un virus nous rende, nous, malades»

14 Mai 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Société

Le génie du confinement - broché - François Cusset - Achat Livre ou ebook |  fnac

EXTRAITS

Même si ce qui s’est joué en nous lors du tout premier confinement s’efface petit à petit des mémoires, il reste encore la sensation très étrange d’un impossible qui se concrétise contre toute attente. Pour saisir la bizarrerie et la radicalité de ce moment si particulier, l’historien des idées a choisi la littérature plutôt que l’essai sociétal.

(...)

En quoi le premier confinement est-il un événement majeur ? Vous le comparez, dans une certaine mesure, à une guerre…

Il faut d’abord rappeler la différence absolue entre l’expérience de ce premier confinement et ceux qui ont suivi, tout cet après effrayant et plus familier qui, lui, est d’une autre nature – et qui exige une mobilisation collective, une résistance politique, un combat. Dans le premier, non. C’était trop tôt. On ne peut pas combattre au moment où on est terrassé, sidéré, réduit à l’inertie des corps. Et puis, il y a ce concept d’événement. Un événement, ce n’est pas seulement un tsunami ou une bombe atomique. C’est ce qui marque un avant et un après en déplaçant les façons de percevoir et de penser. De ce point de vue, les perceptions qui ont été les nôtres au printemps 2020, leur nouveauté radicale, leur étrangeté mondialement partagée, sont la marque d’un événement majeur, d’une rupture décisive, à la façon d’une guerre, oui. Sauf que ça en a pris la forme inverse, sans les bruits de bottes, sans les bombes, avec un ennemi invisible, un peu abstrait. L’événement est à bas bruit, et on ne fait rien. On s’ennuie, on s’engueule, on s’inquiète pour ses revenus en chute libre depuis le canapé de son salon.

(...)

Quel rôle ont joué les technologies ?

Le pire de cette crise sanitaire, c’est ce qui ne partira pas une fois que la marée de la maladie se retirera, si elle se retire un jour : c’est d’abord la place nouvelle et soudaine prise par les géants du numérique et leurs écrans au cœur de nos vies. Ils ont gagné vingt ans en deux mois sur tous leurs plans de développement. Ce qui s’est mis en place de sinistre au printemps dernier va durer dans tous les domaines. Dans l’enseignement, on nous parle de possible hybridation entre présentiel et cours en visio. Quelle infamie ! Le télétravail, qu’on nous présente comme émancipateur, va devenir la forme suprême de la précarisation et du contrôle, de la déliaison sociale et professionnelle. On va passer du salariat au télétravail contractuel intermittent. Mais au-delà, je pense que le confinement, avant d’être ce qui nous a été imposé en réaction à la circulation d’un virus mortel, c’est ce qui était déjà là, et qui a rendu possible cette réclusion sanitaire : le numérique et la vie sur écran. Si on ne pouvait pas vivre et travailler sur écran, baiser et s’informer sur écran, s’éduquer sur écran, on ne tiendrait pas chez soi. Sans écran, on sortirait, on ne se laisserait pas enfermer. L’écran permet le confinement. L’écran est le confinement.

Selon vous, ce premier confinement a révélé l’anormalité du monde d’avant…

Il faut se rappeler comment fonctionne la normalisation. La norme, c’est en général la normalisation de l’anormal, la banalisation de l’insoutenable, c’est-à-dire d’un rapport de pouvoir, d’une violence exercée, d’un déséquilibre, qui prennent la forme admise de la normalité, de l’équilibre, de la nature. C’est ce que nous disent les néolibéraux depuis trente ans : que l’économie est naturelle, inéluctable, comme la météo… Pour que la pathologie de ce faux normal apparaisse, il faut qu’un soudain anormal vienne la révéler. Pour comprendre que le monde était malade, il a fallu un virus qui nous rende, nous, malades. Ce qu’on a tous compris, c’est que nos façons de vivre qui nous paraissaient normales l’étaient si peu, c’est que les épuisements et les fatigues qui nous essoraient n’avaient rien de fatidique, c’est que les embouteillages sans fin et la surconsommation apocalyptique, on pouvait très bien vivre sans.

Pourquoi ne parle-t-on alors aujourd’hui que du désir d’un retour à une «vie normale» ?

On le dit trop vite. Parce que la nouveauté fatigue autant que le mensonge de la norme. Epuisés par cet état d’exception sans fin, nous rêvons de retour à l’ordinaire. Sauf que cet ordinaire ne l’était pas – c’est ce qu’on a enfin compris. Qui, en fait, désire vraiment revenir à cette frénésie de surtravail et de suraliénation, de performance et de burn-out ? Revenir à la consommation infinie et à la saturation du désir, qui mettaient dans le rouge les libidos comme les comptes en banque ? On a même entrevu, sans être un décroissant ni un survivaliste, ce qu’il y avait d’étrange dans le fait de prendre l’avion pour aller faire du tourisme bien-pensant dans une contrée lointaine, de bizarre dans le fait d’aller au bureau se faire agonir par un patron forcené, ces choses folles devenues à ce point ordinaires qu’au bout du confinement, lessivés, nostalgiques, certains rêvent d’y revenir… Leur arrêt, leur suspension, a fait voir enfin qu’elles n’avaient rien d’ordinaire. Attention, ça ne va pas suffire pour faire de nous des révolutionnaires, mais on ne va pas y retourner aussi spontanément, aussi docilement – en tout cas pas tous –, que les pouvoirs l’aimeraient. Je ne suis pas si sûr que les gens vont repartir vers l’ordinaire comme des moutons, ou comme les condamnés vont à l’échafaud, en baissant la tête.

(...)

Propos recueillis par Erwan Cario

Entretien complet à lire en cliquant ci-dessous

Lire la suite
Lire la suite

Coup de coeur... Daphné Du Maurier...

14 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Le frémissement, la vibration des ailes avait cessé. Il dégagea sa tête de la couverture et regarda autour de lui. La lumière froide et grise du matin éclairait la chambre. L'aube et la fenêtre ouverte avaient rappelé au-dehors les oiseaux vivants ; les morts gisaient sur le plancher. Nat, horrifié, regarda les menus cadavres. Il n'y avait là que de tout petits oiseaux, une cinquantaine, peut-être, jonchant le sol. Il y avait des rouge-gorges, des pinsons, des passereaux, des mésanges, des alouettes, oiseaux qui généralement restent entre eux, dans leurs domaines, et voici qu'ils s'étaient rassemblés pour le combat et s'étaient brisés contre les murs de la chambre ou bien avaient été détruits par Nat. Certains avaient perdu des plumes dans la bataille, d'autres avaient du sang — le sang de Nat — sur le bec.

​​​​​​​Daphné Du Maurier - Les Oiseaux 

Lire la suite

Education - Une annonce trompeuse du gouvernement

14 Mai 2021 , Rédigé par Le Cafe Pedagogique Publié dans #Education

Education - Une annonce trompeuse du gouvernement

Le tweet ci-dessous de: Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux affaires européennes.

https://twitter.com/CBeaune/status/1391790767992082440

"Cette semaine, tous les élèves de France auront une heure de cours par jour sur l’Europe" annonce dans un tweet du 10 mai Clément Beaune, secrétaire d'Etat aux affaires européennes. Il met d'ailleurs JM Blanquer en copie du tweet. (...) Mais cette communication est un vœu pieux que le secrétaire d'Etat s'auto adresse. Aucune instruction n'a été donnée aux enseignants en ce sens ni le 10, ni le 11 mai et la semaine de classe s'arrête le 12 mai. (...)

F Jarraud

Texte complet en cliquant ci-dessous

Lire la suite

"Blanquer, c'est l'anti-Najat, et tant mieux !" - Elisabeth Lévy en 2017 et ma réponse à l'époque

14 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Scolarisation des élèves présentant des troubles autistiques : 50 emplois  dédiés pour l'année scolaire 2016-2017 - Najat Vallaud-Belkacem

Parfois le hasard nous mène où nous n'aimons pas aller.

La lecture du Figaro, quotidien qui héberge de belles "plumes" défendant des idées que je ne partage pas, m'a invité à découvrir l'entretien donné par Elisabeth Lévy (Causeur, magazine n'assumant pas son "extrèmedroitisme", alors que...) à Alexandre Devecchio. Si le coeur vous en dit, et que vous n'êtes pas rebutés a priori par l'absence d'expertise totale de Madame Lévy en matière de politique éducative, car la dame est d'une rare incompétence en la matière, je ne résiste pas au "plaisir" de vous en indiquer le lien. C'est ci-dessous:

http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2017/09/09/31003-20170909ARTFIG00091-elisabeth-levy-blanquer-c-est-l-anti-najat-et-tant-mieux.php

Je ne vais pas perdre un temps précieux à contredire toutes les erreurs (mensonges?) de Madame Lévy. Ses propos en sont truffés. J'ai mieux et plus utile à faire.

Quelques mots simplement, au sujet du titre, reprenant les mots d'Elisabeth Lévy. C'est signifiant.

«Blanquer, c'est l'anti-Najat ! Et tant mieux !»

Passons sur le fait que Monsieur Blanquer ne soit pas du tout l'anti-Najat - c'est beaucoup plus subtil que cela mais Causeur, en général, ne se pique pas de subtilité - je remarque qu'une fois de plus les hommes sont nommés quand les femmes sont prénommés. Madame Vallaud-Belkacem - c'est son nom Madame Lévy; je vous l'apprends peut-être - est ainsi une fois encore infantilisée, confinée dans son "statut" de petite fille dont on voudrait effacer le nom de jeune fille - Belkacem - et d'épouse - Vallaud.

En plus, "Belkacem"... Evidemment, la fachosphère grimace...

Passons aussi sur le fait que Madame Lévy ait cru bon, une fois de plus, de surligner le sourire de l'ancienne excellente Ministre de l'Education Nationale. Décidément, je commence à croire que certaines jalousies ont peine à trouver un remède.

Passons enfin sur le fait que Madame Lévy confonde Agathe et Julia Cagé - certes soeurs et jumelles mais quand même! Quand on exige la rigueur à l'école, on commence par l'appliquer à soi-même! - dont le patronyme est par ailleurs écorché. "Gagé" au lieu de "Cagé". Je serai bienveillant...

Une fois tout cela dit, il ne reste strictement rien à se mettre sous la dent. Car ce qu'affirme Madame Elisabeth Lévy - prénom et nom chez moi - n'est que le copié-collé de propos entendus chez celles et ceux persuadés qu'il existait une école parfaite, qui n'oubliait personne, qui n'innovait pas, qui ne pratiquait pas la pédagogie - car Madame Lévy est persuadée que les "pédagos" sont une secte malfaisante -, qui faisait redoubler les élèves pour qu'ils progressent et qui autorisait, divine époque, les châtiments corporels.

Bref, Madame Lévy ne nous apprend rien, n'apporte rien à un sujet - l'Ecole - qui mérite mieux qu'un tel bavardage insignifiant.

Au-delà de tout ce qui n'est, somme toute, que médiocrité et incompétence, une question me vient à l'esprit:

quelle signification donner à la multiplication des soutiens apportés aux "réformes" de Monsieur Blanquer?

Car il ne s'agit pas de soutiens "innocents". La liste est intéressante:

Causeur;

SOS Education;

Espérances banlieues; (Je vous invite à lire l’enquête de l'excellent site Questions de classe(s) en cliquant sur les liens ci-dessous):

l’épisode 1 : Derrière la com d’Espérance banlieues... chronologie

l’épisode 2 : géographie... politique...

l’épisode 3 : le financement

l’épisode 4 : la laïcité

Institut Montaigne...

Et quelques personnalités médiatiques, dont la liste est elle aussi signifiante:

Eric Zemmour;

Alain Finkielkraut;

Natacha Polony (avec des nuances)...

Tout ce que les réactionnaires comptent de réseaux et de "stars" du moment.

Avec un tel attelage, passéiste, anti pédagogue pathologique, prisonnier volontaire d'idées ayant toutes fait la preuve de leur inefficacité - sauf pour les meilleurs élèves, à 95% héritiers dynastiques et auxquels je n'adresse aucun reproche! - l'Ecole ne parviendra JAMAIS à respecter sa promesse républicaine résumée en quatre mots sublimes:

"Liberté - Egalité - Fraternité - Laïcité"!

Ne vous en déplaise, Madame Lévy, cette devise-là était respectée par celle que vous appelez "Najat". Ce qu'elle serait en droit de ne pas vous permettre...

Ne vous en déplaise, Madame Lévy, vous semblez oublier une évidence que je vous rappelle pour conclure:

celles et ceux qui ont fait échouer si souvent l'Ecole, ce sont les mêmes qui sont aujourd'hui aux affaires et qui l'étaient déjà il y a quelques années, au désespoir des enseignants, élèves et parents:

ils avaient noms Sarkozy, Fillon, Chatel et pour Directeur Général de l'Enseignement Scolaire un certain...

Devinez...

Christophe Chartreux

Lire la suite

A lire... "404" de Sabri Louatah - "La déchiqueteuse à démocratie est en route" - Najat Vallaud-Belkacem

14 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Société

404

Coédition Flammarion / Versilio

«"Rentre dans ton pays. Entendre ça alors que ça fait soixante-dix ans qu’on vit en France ! Mon petit Rayanne c’est la quatrième génération, il va falloir combien de générations pour que vous nous foutiez la paix ? Combien ? ", s’emporte un des personnages de mon roman.

Avec 404, j’ai voulu regarder la brèche, sans ciller, et raconter cette tragédie française de la partition et de la séparation ethnique à travers le destin d’une poignée de personnages réunis dans une petite commune de l’Allier. Pile au centre de la France et de toutes les tensions qui la traversent… »

Sabri Louatah signe un puissant thriller politique et rural. En explorant ce que l’on décide collectivement de ne pas voir, il raconte un pays qui se creuse dans le pays et ajoute à notre roman national un chapitre plein de bruit et de fureur.

 Hors collection - Littérature française Paru le 29/01/2020
               _________________________

EXTRAIT


Depuis qu’elle a quitté le pays, il lui écrit sur sa vieille adresse wanadoo.fr, tous les quatre mois, environ, pour lui donner des nouvelles et pour en prendre. Allia répond quelques jours plus tard, un e-mail de trois courts paragraphes séparés par un double interligne pour plus de lisibilité. Elle parle de la Californie, du dernier roman qu’elle a lu, de son père resté en France et qui lui manque. Chaque fois, il ne tient que quelques heures avant de répondre à la réponse, et chaque fois elle en reste là, ayant tout dit dans son premier message.

Attendre en vain le remplit d’amertume, il se jure de ne pas lui écrire la prochaine fois, de la laisser faire le premier pas, et au bout de quelques mois il recommence, prenant prétexte d’une phrase lue dans un livre, d’un dialogue entendu dans un film. Tout ce qui le touche et l’intéresse le ramène à Allia, c’est plus fort que lui, c’est en tout cas ce qu’il se raconte, ce qu’il a fini par croire.

Ils se sont rencontrés en hypokhâgne il y a vingt-deux ans. Ali et Allia, les deux Algériens de la classe. Ils ont pris des chemins diamétralement opposés dans la vie : Allia a bifurqué et fait Polytechnique tandis qu’Ali ratait Normale Sup et devenait cuisinier, il ne lui a jamais dit pourquoi il avait choisi la cuisine, il ne le lui dira jamais parce que c’est à cause d’elle, d’une phrase qu’elle a lâchée un jour, comme quoi elle pourrait avoir un orgasme si un homme lui faisait bien à manger, il rougit jusqu’aux orteils quand il y pense.
Lire la suite

Gisèle Halimi et la guerre d'Algérie... Vidéo

14 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire

Lire aussi

Lire la suite

The Black Keys...

13 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

Lire la suite

Coup de coeur... Stéphane Héaume...

13 Mai 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Soeurs de sable par Héaume

La dernière fois, il avait déposé devant la caissière deux yaourts, des raviolis, une bouteille de jus d’ananas et un sachet de cotons-tiges. Son imperméable était noirci aux manches ; pourtant il se dégageait de son port une sorte de grâce, un refus de la vieillesse que ses longs cheveux blanchâtres ne pouvaient effacer (ils dépassaient du chapeau, s’enroulant dans les plis d’une écharpe de laine verte qui n’était pas toute neuve). Il avait réglé avec un billet, sans se retourner – aucune raison à cela et cependant j’aurais aimé qu’il me regardât  –, puis il s’était éloigné dans la rue, vers le numéro 27. Je l’avais rejoint deux minutes plus tard. Il habitait au-dessus de mon nouvel appartement. Une chambre de bonne, m’avait dit le gardien ; il perdait un peu la boule, il était dans l’immeuble depuis la nuit des temps avec son imperméable, été comme hiver, et son chapeau texan.

Un matin, de bonne heure (j’avais une réunion à huit heures à la rédaction du journal), je l’avais vu sur le palier vider une sorte de broc en plastique dans un ancien lave-mains en faïence. Un liquide jaune dont l’odeur ne laissait place à aucun doute. Il avait rincé son ustensile, prenant son temps car il ne m’avait pas entendue. Un peu sourd, le bonhomme. Il s’était finalement retourné. Ses yeux s’étaient remplis de honte. Je l’avais salué ; il avait à peine répondu, d’un signe de tête, bouche ouverte, serrant son broc contre son gilet de laine avant de disparaître dans l’étroit escalier qui conduit aux chambres de bonne. Son visage tout entier m’était apparu ce matin-là. Des yeux d’un bleu diaphane (les yeux d’Ella Maillart), le nez droit et mince, des rides uniformes sur ses joues, sur son front haut, autour de ses lèvres qui avaient remué sans proférer un son. Il pouvait avoir quatre-vingt-dix ans.

Une autre fois, il était entré dans l’immeuble juste après moi. Il m’avait vue ouvrir la porte de l’ascenseur mais s’était arrêté devant les boîtes aux lettres, faisant mine de retirer son courrier qu’à cette heure le facteur n’avait pas pu déposer. En retrait. Gêné. Loin du monde. Son regard avait croisé le mien, ç’avait été fulgurant, il s’était aussitôt réfugié du côté des poubelles. J’avais fini par appuyer sur le bouton de l’ascenseur.

Stéphane Héaume - Soeurs de sable

Lire la suite
<< < 10 11 12 13 14 15 16 17 > >>