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Vivement l'Ecole!

A lire... "Sauver la liberté d'expression" - Monique Canto-Sperber...

23 Avril 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Philosophie

EXTRAITS

Monique Canto-Sperber : «Les adeptes de la parole sans tabous comme les nouveaux censeurs visent à installer une hégémonie sur la parole publique»

Injures racistes ou sexistes, violences des réseaux sociaux : comment préserver la liberté d’expression, se demande la philosophe dans son dernier essai. Tous les propos sont admissibles, dit-elle, à condition que l’autre puisse répliquer, se défendre. Débattre en somme, sans oublier l’humour.

(...)

La liberté d’expression vous semble-t-elle aujourd’hui menacée ?

Oui, car elle est prise en tenaille par deux courants. D’une part, la revendication du droit de tout dire, d’une parole libérée de tout tabou, qui se réclame du noble idéal de la liberté d’expression, avec ce qu’elle a d’incontestablement transgressif. La liberté d’expression sert ici à dédouaner des propos qui sont à la limite de l’incrimination pénale, surtout en termes de racisme et d’antisémitisme. Ce genre de parole se retrouve, sous une forme extrême, chez Alain Soral, mais parfois aussi, de façon plus suggérée, dans Valeurs actuelles ou CNews. Et, de l’autre côté, de nouvelles formes de censure.

En quoi consiste cette autre tendance qui écornerait la liberté d’expression ?

On observe depuis quelques années que des personnalités sont privées de parole dans les universités, par exemple, lorsqu’elles défendent une thèse hostile à la GPA - position qui, quoi qu’on en pense sur le fond, ne fait pourtant que refléter l’état actuel de la loi (1). Ces nouvelles formes de censure tendent à considérer qu’il n’y a même pas lieu de débattre de telles questions. Pourtant, même si des valeurs comme l’égalité des droits entre hommes et femmes ou la lutte contre le racisme doivent absolument être défendues, c’est toujours un «plus» de pouvoir entendre un contradicteur capable d’en discuter les imprécisions ou ambiguïtés. Cela permet de mieux étayer sa conviction face aux objections. Sans quoi la pensée risque de devenir stérile et ses propres opinions de se transformer en dogmes. Les adeptes de la parole sans tabous, comme les nouveaux censeurs, visent pareillement à installer une hégémonie sur la parole publique, les premiers qui prétendent ouvrir un débat mais voudraient être les seuls qu’on entende, les seconds qui voudraient décider seuls de ce qu’on peut dire et de ce qu’il faut taire. Un signe clair que quelque chose ne va plus avec notre concept de liberté d’expression.

(...)

Pour vous, les malheurs actuels de la liberté d’expression tiennent aussi à l’ambiguïté de son histoire. Pourquoi ?

Le concept de liberté de conscience (être seul à décider de son opinion religieuse) et son pendant, le fait de devoir tolérer l’expression de la conviction religieuse d’autrui, ont été difficilement acquis à la fin du XVIIe siècle, comme étant la solution philosophique des guerres de religion, mais ce concept dépendait d’un cadre théologique ! Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que la liberté d’exprimer sa conviction est étendue à toutes les opinions, pas seulement religieuses, et qu’elle est assimilée à un droit de l’homme. Mais alors que la liberté de conscience et son expression ne souffrent aucune limite, la liberté de parler en société, elle, doit en avoir. C’est toute l’ambiguïté de cette notion : elle a gardé la prétention morale du concept de liberté de conscience, mais on se dispute toujours sur les limites à y apporter. C’est pourquoi je tente de prendre le problème autrement : je demande de laisser de côté les fondements (la liberté de parler est-elle un droit de l’homme ? un principe moral ?) et de considérer seulement les règles légitimes qui permettent à la parole de fonctionner en société, de façon à minimiser le mal qu’elle fait tout en permettant qu’un maximum d’opinions soit en circulation.

(...)

Sonya Faure

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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A l’école, fenêtre sur cours ?

23 Avril 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Coronavirus et aération des écoles en Valais: les...

Pour mesurer la concentration d’aérosols dans les classes et savoir quand aérer, il suffit d’acheter un capteur de CO2. Si c’était si simple, les profs qui ont investi de leur poche le saurait.

Noyée sous les questions de vaccination des enseignants et de déploiement des tests, la demande peine à se faire entendre. Pourtant, elle est récurrente de la part d’une partie du corps enseignant : pour lutter contre le Covid, il faudrait équiper salles de classe et cantines de capteurs de CO2, sans oublier d’aérer au maximum. Un plaidoyer s’appuyant sur le fait que les aérosols jouent un rôle important dans la transmission du virus, en restant longtemps en suspens dans l’air. «C’est comme si quelqu’un fumait dans une salle : au bout d’une heure, si on n’aère pas, la fumée aura envahi l’espace. Or, quand quelqu’un fume, le premier réflexe est d’ouvrir la fenêtre et la fumée s’en va», compare Pascal Morenton, enseignant à CentraleSupélec et membre du collectif Projet CO2, qui milite pour les mesures de dioxyde de carbone et l’aération des locaux, notamment scolaires.

Convaincus par ces arguments, des profs font cours fenêtres et portes ouvertes, hiver compris. Dans l’Hérault, Léa (1) s’y est mise en septembre dernier. De quoi faire grincer les dents de sa directrice, laquelle s’est fendue d’un mail à toute l’équipe, enjoignant ses collègues à lever le pied sur l’aération pour éviter que les enfants attrapent froid. «Je pensais vraiment qu’aérer en continu était la solution, je voulais être sûre que ce que je faisais était bien», avance l’enseignante de CM2, dont la classe est équipée de plaids pour les élèves. Alors début février, elle s’est acheté un capteur de CO2 : le petit boîtier indique en temps réel la concentration de dioxyde de carbone dans l’air qui donne une idée du niveau de présence du Sars-Cov-2 dans l’espace concerné.

Verdict : quand tout est ouvert et que les marmots sont dans la cour, c’est royal, le capteur indique autour de 500 ppm (parties par million). Les scientifiques recommandent de ne pas dépasser les 800 ppm dans les lieux clos – 600 dans les cantines – sachant que l’air extérieur est à 400. Une fois la salle fermée et les enfants de retour, le capteur s’affole. Au bout d’une heure, il tutoie les 2 500 ppm. Voyant cela, Léa a repris dare-dare ses bonnes habitudes : fenêtres et porte restent ouvertes.

Même constat à Bruges, en Gironde, où Pierre (1) s’est équipé au mois de janvier – là encore, à ses frais : 70 euros, le premier prix pour un équipement de qualité. Lui aussi ouvre tout, tout le temps. «Ça me paraissait assez logique : c’est un virus respiratoire, on respire, il y en a dans l’air, donc si on n’aère pas, on se fait contaminer», résume cet enseignant en moyenne section, dont les élèves sont trop jeunes pour porter des masques. Mais son Atsem (Agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles) se les gelait. C’est un peu pour elle qu’il a acheté un capteur, «pour voir si je ne pouvais pas laisser un peu fermé quand même. Mais je me suis rendu compte que si je n’ouvrais pas, on atteignait les 1 000 ppm en un quart d’heure. On est obligé de laisser ouvert, on n’a pas le choix.» Voilà à quoi servent les capteurs : «Objectiver un état de confinement qu’on sous-estime très souvent», défend Pascal Morenton.

Le ministère de l’Education nationale «préconise» l’usage de ces boîtiers dans les cantines. Lors de sa conférence de presse, jeudi, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a aussi recommandé d’aérer les salles de classe «toutes les heures». Or «on s’aperçoit que, dans des salles assez classiques, on arrive à dépasser les seuils recommandés de CO2 au bout de dix, quinze minutes, constate Pascal Morenton. La consigne devrait plutôt être d’ouvrir la fenêtre quatre ou cinq fois par heure. Si possible, d’aérer en continu.»

Le gouvernement a décidé de laisser la responsabilité aux collectivités d’équiper ou non leurs établissements scolaires en capteurs de CO2. Certaines ont déjà pris les choses en main, en commandant parfois des dizaines de boîtiers. Reste que, même avec une vraie impulsion nationale, un problème demeurera : nombre de classes sont équipées de fenêtres anti-défenestration, qui s’entrouvrent à peine.

Elsa Maudet

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Alela Diane...

22 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Delphine Horvilleur...

22 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Vivre avec nos morts

AZRAËL

« La vie et la mort dans la main »

Juste avant le début d’une cérémonie au cimetière, mon téléphone sonne.

Je décroche : « Impossible de te parler maintenant. Je te rappelle juste après l’enterrement… »

La scène s’est si souvent répétée que mes amis ont fini par la tourner en dérision. Souvent, lorsqu’ils m’appellent, ils me demandent en plaisantant qui est mort aujourd’hui, et comment va la vie au cimetière. Ma fréquentation assidue de ce lieu où bien des gens ne vont jamais ou presque me vaut régulièrement de passer un interrogatoire : « Ça ne te fait rien d’approcher de si près la mort ? N’est-ce pas trop dur d’être si souvent aux côtés des endeuillés ? »

Depuis des années, j’esquive, en alternant les réponses de façon aléatoire : « Non, non, ça va, on s’habitue » – « Si, si, c’est terrible, le temps n’y change rien » – « En fait, ça dépend des jours et des situations » – « Bonne question, je vous remercie de me l’avoir posée »…

En vérité, je n’en sais rien. J’ignore l’effet que la mort a sur les vivants qui l’approchent ou l’accompagnent. Je serais incapable de dire l’influence qu’elle a sur moi, ne sachant pas quelle femme j’aurais été si j’avais pris soin de m’en tenir éloignée.

 

En revanche, je sais qu’avec le temps, j’ai adopté quelques rites ou habitudes que certains appelleraient des gestes conjuratoires ou des troubles obsessionnels compulsifs, qui m’aident de façon très arbitraire à limiter sa place dans mon existence.

De retour du cimetière, j’ai par exemple pour tradition de ne jamais rentrer directement chez moi. Après une inhumation, je m’impose toujours un détour par un café, un magasin, peu importe. Je crée un sas symbolique entre la mort et ma maison. Pas question de la ramener chez moi. Il me faut à tout prix la semer, la laisser ailleurs, près d’une tasse de café, dans un musée ou une cabine d’essayage, et m’assurer ainsi qu’elle perde ma trace et ne trouve surtout pas mon adresse.

 

Dans la tradition juive, mille récits racontent que la mort peut vous suivre, mais qu’il existe des moyens de l’envoyer promener, et faire en sorte qu’elle n’arrive pas à vous pister. De nombreuses légendes la mettent en scène, sous les traits d’un ange, qui visite nos maisons et se promène dans nos villes.

Ce personnage a même un nom, Azraël, l’ange de la mort. On raconte qu’une épée à la main, il rôderait dans les parages de ceux qu’il est venu frapper. Ce ne sont que des récits superstitieux mais ils donnent lieu à des pratiques originales. Par exemple, dans de nombreuses familles juives, lorsque quelqu’un tombe malade, on lui attribue un autre prénom. Son identité est changée, afin d’induire en erreur l’être surnaturel qui aurait la mauvaise idée de venir le chercher. Imaginez que l’ange de la mort sonne à votre porte pour réclamer la vie d’un certain Moshé, vous pourrez alors tranquillement lui répondre : « Désolé, aucun Moshé n’habite ici. Vous êtes chez Salomon. » Et l’ange, penaud, pourra s’excuser de vous avoir dérangé, faire demi-tour et s’éloigner.

 

Delphine Horvilleur - Vivre avec nos morts. Petit traité de consolation

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Connus à cette adresse...

22 Avril 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Littérature

Le bateau ivre d'Arthur Rimbaud, poème mural ancré rue Férou - archéologie  du quotidien archéologie du futur

Dans les rues de de la capitale, «chemins de pierre et de papier», où se superposent les époques, on croise une foule d’artistes et d’intellectuels. De la rue Férou à celle de Babylone, en faisant un détour par Châtenay-Malabry, balade en sept ouvrages.

Nul besoin d’habiter la région parisienne pour arpenter la capitale et ses environs. Les ouvrages sur Paris qui viennent de paraître, plus nombreux que d’habitude, confinement oblige, invitent à se promener, mais surtout à lire, à découvrir quelles histoires et quelles personnalités se dissimulent derrière les porches.

Inventaire de la rue Férou

Vers où va la rue Férou ? Vers le Luxembourg. Elle est vieille de cinq siècles, et si courte qu’il faudrait la parcourir près de cent fois pour y loger dix mille pas. On croit la connaître. «Comme tout le monde, je savais que le mousquetaire Athos en avait été l’hôte littéraire, que Georges Perec la décrivait depuis le Café de la Mairie dans Tentative d’épuisement d’un lieu parisien.» Lydia Flem, dans Paris Fantasme«épuise» ce «chemin de pierre et de papier» du sixième arrondissement : «Ma rue Férou.»

On fait la connaissance d’Etienne Férou, procureur au Parlement de Paris peut-être mort en 1547, et on finira par manger une glace avec le poète Michel Deguy, chez le Corse qui a occupé, de 2016 à 2019, la boutique des éditions de L’Age d’homme fondées par Vladimir Dimitrijevic, fils d’un horloger de Belgrade qui l’envoya «à l’Ouest» en 1954. D’autres éditeurs ont séjourné dans la rue. Le n°8 a été l’adresse de Belin pendant cent quarante-deux ans, jusqu’à la mort de Marie-Claude Brossollet. Au 15, Louise Leneveux écrivait et publiait au XIXe des ouvrages édifiants pour la jeunesse. Son fils était l’ami d’Eugène Pottier, l’auteur de l’Internationale.

Paris est un palimpseste où les fantômes réels et imaginaires se marchent dessus. Chateaubriand, Ernest Renan sont passés par là, ainsi que Victor Hugo, Huysmans ou des personnages de leurs romans. Dans les archives, Lydia Flem puise des baux, des contrats de mariage. On aperçoit au fil de ses listes le jeune Taine en 1847 dans sa mansarde d’étudiant, ou l’affichiste Cassandre dans son éphémère école d’art graphique en 1934. On va du XVIIe au XXIe siècle, du curé de Saint-Sulpice au «poème mural», les cent vers du Bateau ivre peints au n°2 par Jan Willem Bruins. Il y a des faits divers, de sombres histoires de succession. On ne s’ennuie pas. Au 4, Prévert a été un enfant, le comité de lecture des Temps modernes s’est tenu un temps, et Michel Déon a vécu de 1959 à 1979.

Lydia Flem rêve, emménage, tient son journal, recopie des recettes de cuisine, envoie des lettres aux morts devenus ses amis, se met dans la peau d’Eugène Atget dont les photographies de la rue Férou ont accompagné ses premières recherches. Elle écrit «Mon autoportrait en comédienne du Français». L’hôtel de Mlle de Luzy, née à Lyon en 1747, est sis au n°6. Elle est morte en 1830. Pile cent ans plus tard, Henry de Jouvenel, séparé de Colette, emménage avec sa nouvelle épouse, et leurs enfants respectifs, un garçon et une fille. Ceux-ci se marient et fondent les éditions musicales le Chant du monde. Au 6, Hemingway a habité en 1926-1928 avec Pauline Pfeiffer. Après la guerre, Jacques Lacarrière, Barthes, Pierre Clémenti, se croisent à la Maison des lettres, un foyer d’intense activité culturelle. L’hôtel de Luzy a été racheté en 1969 par Pierre Schlumberger, et enfin par Jean-Jacques Goldman.

Le plus bel endroit de Paris Fantasme est l’atelier de Man Ray, qui a passé au 2 bis les vingt-cinq dernières années de sa vie, avec Juliet Browner (de 1951 à 1976). C’était une impasse entre l’ancien séminaire du n°2 et l’hôtel de Mahé de La Bourdonnais au n°4 : un mur, un toit en verre, et Man Ray eut sa cabane, humide, glaciale, mais lumineuse. Man Ray, né Emmanuel Radnitzky à Philadelphie (il avait 21 ans quand toute la famille changea de nom), fils d’un tailleur juif, quitta l’Amérique pour la France grâce à Marcel Duchamp. Selon Lydia Flem, il décida de «dissimuler la machine à coudre familiale pour lui substituer la machine à photographier». Elle se faufile dans sa biographie, qui va de Picabia à Cocteau et à Paul Poiret, d’Erik Satie à Adrienne Monnier.

Il n’y a pas de musée Man Ray au 2 bis de la rue Férou, mais Lydia Flem en a posé les premiers jalons, qui sont en partie les siens. Monnier est le nom de résistante de sa mère, Jacqueline Monnier. Le quartier de l’Odéon est «le pays de ma mère», l’endroit où devenir écrivain. Paris Fantasme, essai historique et littéraire, est «une autobiographie au pluriel», la réponse à une question simple et vertigineuse : «Où suis-je chez moi ?» «Le trauma de mes parents s’est tapi dans mon corps. Mon père qui a perdu sa mère à Auschwitz a épousé une jeune femme qui en est revenue. Je suis née de ces deux voyages. Comment faire sortir ce Dibbouk 

Les poires du Luxembourg

Partie pour inventorier les statues du jardin, Elvire de Brissac s’est intéressée au Palais du Luxembourg, né au XVIIe de l’ambition de Marie de Médicis. Napoléon y a installé soixante «sénateurs inamovibles», il faudra agrandir l’hémicycle pour en accueillir plus de trois cents. La guerre franco-prussienne en fait un hôpital, le sang coule en 1871 comme en 1944. L’autrice s’efface derrière l’ordonnancement des lieux et des temps, le Long du Luxembourg, mais se souvient d’«un célèbre poirier que j’ai encore vu en 1978 porter une centaine de kilos de fruits».

Le diable rue de Babylone

A la rentrée 1974, en terminale à Victor-Duruy, Alix de Saint-André, fille de colonel, devient l’amie de Pia Muller, dont le «total look bleu marine» est de prime abord peu palpitant. La mère de Pia tient avec sa sœur une pension de famille, le Home Pasteur, qui jouxte le cinéma la Pagode. L’ensemble appartenait alors à la mère de l’avocat François Gibault. Dans 57 rue de Babylone, Paris 7e, où passent Ariane Mnouchkine et Martine Franck, on écoute d’anciens pensionnaires exprimer leur gratitude, des descendants de la famille apporter des points de vue divergents. Mme Muller, dite «Cocotte», personnalité rayonnante, était-elle «une mère toxique» pour ses filles ? Le fils, Paul, le préféré, était un pervers qui conduisait sa petite sœur Pia chez un pédophile. Il avait pour complice le futur scénariste de Chabrol, un autre Paul, Paul Gégauff, «non-résident mais perpétuel visiteur». Il aurait dit à sa femme : «Tue-moi si tu veux, mais arrête de m’emmerder.» Elle l’a tué d’un coup de couteau en Norvège en 1984. Alix de Saint-André a retrouvé là-bas la fille de Gégauff, devenue peintre.

«Esprit» es-tu là ?

Dans les années 30, écrivent Léa et Hugo Domenach dans les Murs Blancs, on publie des revues «à l’image de nos vidéos YouTube d’aujourd’hui, elles représentent un moyen peu coûteux et efficace pour peser dans le débat public». Emmanuel Mounier, philosophe chrétien né en 1905, fonde Esprit en 1932. La revue, dans la mouvance de la «deuxième gauche», joue un grand rôle au lendemain de la guerre, notamment dans le combat pour la décolonisation. Quand Mounier meurt, en 1950, le grand-père des auteurs, Jean-Marie Domenach, prend la tête de la publication.

Esprit est une revue, un mouvement, portés par l’éthique du personnalisme : respect pour la personne. Mounier a l’idée d’une communauté qui regrouperait quelques familles amies. L’utopie prend forme en 1939, lorsque le psychologue Paul Fraisse (fidèle de Mounier, père de Geneviève Fraisse) trouve une immense propriété à vendre à Châtenay-Malabry : les Murs Blancs. La guerre interrompt le projet, mais en 1946 quatre foyers se retrouvent, plus ou moins confortablement installés, à Châtenay-Malabry : outre les Mounier et les Fraisse, l’historien Henri-Irénée Marrou (sa femme et ses trois enfants), le jeune Domenach (sa femme et le petit Jean-Luc, un an). Ce qui les lie : moins la «révolution personnaliste» que le choix de la Résistance pendant la guerre. Les rejoint Jean Baboulène, un polytechnicien directeur adjoint de Témoignage chrétien.

En 1957, la communauté, qui deviendra plus tard banale copropriété, coopte le philosophe Paul Ricœur (1913-2005). Il s’installe comme il se doit avec femme et enfants (cinq, dont Olivier), mais n’a «aucunement l’intention de prendre la place du chef qui lui a pourtant été attribuée». Le chef autoproclamé reste Paul Fraisse, il «s’était fait le gardien d’un temple qu’il détruisait malgré lui». Fraisse voit d’un mauvais œil les fréquentations d’Olivier Ricœur, qui, contrairement à ceux de sa génération, est resté vivre aux Murs Blancs. Son homosexualité, son alcoolisme, son addiction à l’éther indisposent Fraisse et quelques autres. Son suicide, en 1986, «plane comme une ombre sur chaque ligne de ce livre», écrivent les auteurs. Christophe Donner et son compagnon Jean-Michel Barjol, accueillis par les parents Ricœur, sont restés aux Murs Blancs quand leur ami Olivier a dû en partir. Donner, petit-fils de Jean Gosset, un ami de Mounier, a raconté la vie à Châtenay-Malabry dans l’Esprit de vengeance en 1992. Les éditions Grasset ont été assignées en référé par Paul Ricœur, tous les exemplaires imprimés ont été pilonnés. La nouvelle édition du roman ne comporte plus le nom du philosophe.

Léa et Hugo Domenach, enfants de Nicolas Domenach et Michèle Fitoussi, ont peu connu leur grand-père, Jean-Marie, disparu en 1997. Ils l’ont découvert, ainsi que cette communauté d’intellectuels fameux que les enfants appelaient «oncle» et «tante», en menant leur enquête. Emmanuel Macron, qu’ils ont rencontré comme témoin, a trouvé leur livre «très chouette». Il a raison.

Traversées

Eric Hazan continue ses promenades érudites et vivantes dans le Tumulte de Paris (la Fabrique, 128 pp., 12 euros). A peine a-t-on laissé Bernard Chambaz dans l’Oural qu’on le retrouve à tourner autour de Paris à partir de la Porte de Choisy. Avant de revenir, enchanté, au point de départ, Zoner s’attarde à la Cité universitaire (Flammarion, 220 pp., 19 euros). Si Michel Field avait ripaillé Chez Denise, plutôt que dans une petite trattoria de la rue de l’Arbre-sec, se serait-il séparé de sa femme ? Les carrefours prennent une belle place dans Paris émois, (Mialet-Barrault, 236 pp., 20 euros), mais aussi les lieux de pouvoir et de savoir.

Claire Devarrieux

Lydia Flem, Paris Fantasme, Seuil «La Librairie du XXIe siècle», 520 pp., 24€

Elvire de Brissac, le Long du Luxembourg, Grasset, 194 pp., 18,50€

Alix de Saint-André, 57 rue de Babylone, Paris 7e, Gallimard, 398 pp., 21€

Léa et Hugo Domenach, les Murs Blancs, Grasset, 318 pp., 20€

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Un instit ne devrait (toujours) pas avoir à dire ça !

22 Avril 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Un instit ne devrait (toujours) pas avoir à dire ça !

En mars 2020, le jour même de l'annonce de la fermeture de toutes les écoles, sortait mon nouveau livre «Un instit ne devrait pas avoir à dire ça !». Un ouvrage toujours d’actualité car celle des écoles semble s'être arrêtée à la seule lutte contre la pandémie. Une erreur d'appréciation qui arrange bien le bulldozer Blanquer dont le plus grand «chantier» est bien celui d'une démolition méthodique.

France. Mardi 6 avril 2021, 7h59

Dans quelques instants, la continuité pédagogique va faire son grand retour, pile un an après le premier confinement dû à la pandémie de Covid. Il y a six jours, le Président de la République a annoncé la fermeture de tous les établissements scolaires pour trois semaines : la première avec de l'école à distance puis quinze jours de vacances pour tous.

Jusqu'au bout, le ministre de l'Éducation nationale s’est entêté à maintenir les écoles ouvertes dans une inquiétante exception française. Dehors, il est interdit aux citoyens masqués de se regrouper à plus de six ? En maternelle, on entasse une trentaine d'élèves non masqués toute la journée dans la même pièce. Bars et restaurants sont fermés ? Pas la restauration scolaire où passent dans une même espace des centaines d'adolescents chaque midi.

En France, il n'y a rien à craindre car, pour le ministre, ce n'est pas à l'école que les enfants se contaminent mais dans leur famille. Et après, quand les enfants reviennent en classe ? Euh… Silence. Un membre du Conseil scientifique fait d’ailleurs remarquer, le 20 mars dans le JDD, que l'école est le « talon d’Achille assumé du dispositif actuel ». Aussitôt, J-M. BLANQUER rétorque que les parents doivent « assumer ce risque » d’augmenter ainsi de 30 % les dangers d’une contamination.

Comme l'an dernier, quand il affirmait - le jour même de l'annonce - que la fermeture des établissements scolaires n'avait jamais été envisagée, le ministre doit à nouveau se soumettre à la décision d’Emmanuel MACRON. Ce dernier ne semble plus trop croire à ce virus faisant demi-tour à la grille de l'école. Fin mars, partout sur le territoire, les contaminations entraînent des fermetures en cascade. Devant cet effet domino, autant décider de fermer et donner l'illusion de tout contrôler.

8h00. Dans quelques minutes, parents, élèves et professeurs vont pouvoir se connecter pour entamer ce travail scolaire à distance. 5, 4, 3, 2, 1 et.... et.... rien ! Bug géant ! Panne générale ! Accès impossible aux Espaces Numériques de Travail, classes virtuelles en rade, pas de connexion au CNED. Un raté monumental, un plantage gigantesque, un échec historique qui se répétera toute la semaine.

Étonnant ? Non. Ce crash, à la Une des médias, c'est la vérité qui éclate enfin au grand jour. Désormais, les Français ne peuvent plus ignorer l'écart considérable entre les fanfaronnades médiatiques du ministre et cette réalité du « démerdentiel » des enseignants. Annonces prétentieuses en studio et déclarations péremptoires en plateau s’envolent en fumée. Car avant cela, le ministre aura tout essayé. 

Il y aura eu toutes les tentatives de minimisation de la contamination pour masquer l'absence totale d'adaptation et d'anticipation. Rien n'a été prévu : pas de tables individuelles pour espacer les enfants, pas de détecteurs de CO₂ ou de purificateurs d'air, pas de recrutements supplémentaires. A l’école, comme dans la société, on est en retard sur tout : la prise de conscience, les masques, les tests, les vaccins, l’informatique. "Le fait que nous allions vers un équipement systématique de chaque élève et chaque professeur est notre objectif". France Inter, le 27 juillet 2020. Depuis ? Une prime a minima d’une centaine d’euros. Comme toujours, les promesses n’auront engagé que ceux qui y auront cru

Pire, J-M. BLANQUER se rigidifie comme jamais et insulte à tout-va. Son truc, c’est la trique. Les professeurs sont opposés à sa réforme du bac ? Normal, ce sont des « radicalisés » ! On parle des réunions non-mixtes de l'UNEF ? Scandale, elles mènent au « fascisme » ! Vous voulez son avis sur l’islamo-gauchisme ? Il avoue que le concept n’a pas de « contenu scientifique" mais que ça fait pourtant des « ravages » à l’université ! On a osé critiquer ce qui aurait bien fonctionné dans la continuité pédagogique l'an dernier ? C’est, aux yeux du ministre, « antipatriotique ». Car BLANQUER c’est la France et l’État c’est moi semble dire notre Louis XIV sans perruque.

Une façon sans doute de faire oublier que les ennuis se sont accumulés pour le ministre. JM BLANQUER n'a pas obtenu le ministère de l'Intérieur qu'il convoitait. Il ne s'est pas lancé dans les élections régionales devenues bien trop risquées pour son bizutage électoral.  Et le voilà éclaboussé par la sulfureuse affaire du syndicat Avenir lycéen. Sa gestion de la pandémie a révélé tout son mépris pour les enseignants. Il suffit de voir le pataquès d’une vaccination promise peut-être dès février ou pour mars, puis repoussée à mi-avril ou fin avril, à moins que ça soit mai ou juin, allez savoir ! 

Derrière toutes ces agitations et gesticulations demeure un management bien inquiétant. Les enseignants réclamaient la simplification administrative ? Ils ont vu se succéder les protocoles sanitaires dont le premier, infaisable, d’une soixantaine de pages, à appliquer dans l’urgence. Ils espéraient plus de respect après le suicide de Christine RENON ?  Le ministre a refusé de décaler comme promis l'horaire de retour en cours pour que puissent s'organiser convenablement les hommages à Samuel PATY. JM BLANQUER allait « faire du prof français le professeur le mieux payé d’Europe » ? Le point d'indice est toujours gelé et la maigrichonne revalorisation de l’automne ne concernait pas les 2/3 des enseignants. On espérait un peu de transparence ? Le ministre n'a laissé publier que 7 des 82 rapports de l'Inspection générale. L'école manque cruellement de moyens ? J-M. BLANQUER réussit pourtant à économiser 600 millions sur le budget de son ministère en 2020. Etc.

Et bien sûr, notre actualité reste la même : fermetures d'écoles et de classes, effectifs ingérables, formation continue au rabais, système scolaire complètement inégalitaire, dirigisme pédagogique, élèves en situation de handicap sans solutions, carences graves de personnels (psychologues, maîtres spécialisés, remplaçants).

Il y a un an, dans le livre « Un instit ne devrait pas avoir à dire ça ! », tout cela était déjà annoncé et dénoncé. A quelques mois de l'élection présidentielle, il est urgent d'entendre l'alerte ainsi lancée pour que la question scolaire ne se limite plus à la seule actualité sanitaire. L’école aussi a besoin de sortir du tunnel. J'espère que ce livre éclairera celles et ceux qui veulent en voir le bout.

Sylvain GRANDSERRE
Maître d'école en Normandie
Rédacteur et auteur

Pour découvrir le livre :

https://www.esf-scienceshumaines.fr/accueil/355-un-instit-ne-devrait-pas-avoir-a-dire-ca-.html

Interview sur le Café pédagogique :

http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2020/03/20032020Article637202884135111576.aspx

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Françoiz Breut...

21 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Simone Signoret...

21 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Elie regardait Maurice auquel il n'avait pas dit non plus qu'il n'en revenait pas d'avoir un fils qui parlait grec, latin et anglais, en sus du français qu'il avait tant de mal à parler lui-même. Un fils qui serait bachelier, comme avait dû le lui épeler Maurice quand il lui avait expliqué que ce n'était pas une profession comme maroquinier par exemple. 
Sami les attendait au coin de l'impasse et de la rue de la Mare et tous trois descendaient jusqu'au lycée Voltaire à pied quand il faisait beau, en métro quand il pleuvait. Il leur arrivait souvent de croiser Monsieur Florian qui se dirigeait vers leur ancienne école. Ils s'étonnaient un peu de le rencontrer de si bonne heure mais l'idée ne les effleura jamais que le vieux maître trichait avec son propre horaire pour le seul plaisir de les voir partir, gais et sérieux à la fois, vers ce puits intarissable auquel ils s'abreuvaient chaque jour: l'instruction secondaire, laïque et républicaine pour laquelle il les avait désignés. En travaillant bien au lycée Voltaire, Maurice, Robert et Sami prolongeaient les rêves pédagogiques de Monsieur Florian auquel son statut d'aîné de famille nombreuse auprès d'une mère veuve avait jadis interdit l'accès aux facultés. Alors, il faisait semblant de les rencontrer par hasard, ses oiseaux échappés du nid de la rue Henri-Chevreau qu'il suivait de loin et surveillait de près.

 

Simone Signoret - Adieu Volodia

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Ils ont pensé la laïcité...

21 Avril 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Laïcité

Ils ont pensé la laïcité...

Voltaire, Victor Hugo, Georges Clemenceau, Aristide Briand, Jean Jaurès, Mustafa Kemal Atatürk … Ce podcast dresse le portrait de six figures clés dans l’histoire de la pensée et dans l’exportation du concept de laïcité à la française.

"Article 1 : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit la liberté des cultes (…)". Le 9 décembre 1905, la loi concernant la séparation des Eglises et de l’Etat est promulguée. Elle entrera en vigueur le 1er janvier 1906. 

Voltaire, Victor Hugo, Georges Clemenceau, Aristide Briand, Jean Jaurès, Mustafa Kemal Atatürk … Ce podcast dresse le portrait de six figures clés dans l’histoire de la pensée et dans l’exportation du concept de laïcité à la française.

Un podcast écrit par Gérard Courtois, réalisé par Thomas Dutter - Textes lus par Rachel Khan

Voltaire, le précurseur
9 MIN

Hugo, l'imprécateur
9 MIN

Clemenceau, le lutteur
10 MIN

Briand, le conciliateur
9 MIN

Jaurès, le fondateur
9 MIN

Atatürk, le réformateur
9 MIN
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