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Vivement l'Ecole!

Jean Genet en Pléiade, remontée à la source des éditions clandestines

24 Avril 2021 , Rédigé par Liberation Publié dans #Littérature

Sur le fil | Carnet d'Art

«Je n’ai jamais cherché à faire partie de la littérature française», a déclaré Jean Genet en 1964 (il est né en 1910 et mort en 1986). Emmanuelle Lambert et Gilles Philippe citent cette phrase à la première page de leur introduction au Pléiade Romans et poèmes (qui contient Notre-Dame-des-Fleurs, Miracle de la Rose, Pompes funèbres, Querelle de Brest, l’ensemble des Poèmes, Journal du voleur, l’Enfant criminel, Fragments… et des documents «en marge» de ces textes). «En un peu moins de dix ans, de 1942 à 1951, Genet passa d’une cellule de la Santé aux salons des Editions Gallimard», écrivent-ils. La première parution non clandestine d’un texte de Genet est un extrait de Notre-Dame-des-Fleurs dans la revue l’Arbalète de Marc Barbezat, le 14 mars 1944, où il côtoie des «textes de Jean-Paul Sartre, de Paul Claudel et de Michel Leiris», indique Albert Dichy dans sa chronologie (jusqu’en 1954) qui accompagne cette édition. 1951 est l’année où Gallimard publie le premier tome des Œuvres complètes de Genet, à savoir le deuxième (avec en particulier Notre-Dame-des-Fleurs et Miracle de la Rose), le premier étant uniquement composé de Saint Genet, comédien et martyr que Sartre n’a pas encore terminé et qui ne paraît qu’en 1952. Genet donnera à ce texte un rôle néfaste dans son long silence romanesque et Un captif amoureux, dont la publication fut posthume d’un chouïa (il parut le mois suivant la mort de Genet), n’est pas retenu dans le Pléiade en raison du décalage temporel et de son caractère non-fictionnel. Quoi qu’il ait voulu, l’ancien prisonnier est très vite enfermé dans «la littérature française».

C’est Emile Zola qu’évoquent d’abord Emmanuelle Lambert et Gilles Philippe, voyant dans les Rougon-Macquart un projet de description de la société quasiment inverse de celui de Genet se cantonnant dans le monde «de la prostitution et du crime». Et ce Pléiade a à voir avec un autre volume de la collection qu’on n’associe pas spontanément à Genet : le Théâtre de Racine tel que l’édita Georges Forestier en 1999. Contrairement à la règle voulant qu’on soit fidèle à la dernière version parue du vivant de l’auteur, il en revenait au contraire aux premières, arguant que le christianisme de plus en plus vivace de Racine l’éloignait du théâtre impie et de la fougue de sa jeunesse. Surtout, les textes des premières éditions de Racine étaient introuvables, au contraire de ceux des dernières. Il en est de même pour Genet (sans que le christianisme y ait sa part).

Si Querelle de Brest et Pompes funèbres sont finalement reparus dans un texte conforme à celui de l’édition originale, tel ne fut pas le cas de Notre-Dame-des-Fleurs, Miracle de la Rose ou Journal du voleur. Pour l’édition de ses romans dans les Œuvres complètes, «Genet aura soin d’y couper de nombreux passages, d’abord pour en atténuer le caractère pornographique il est vrai, mais aussi, consciemment ou non, pour en dynamiser le propos». C’est donc ici le texte des premières éditions qui est fourni, avec indication des variantes. Dans Journal du voleur, dans une phrase qui se termine sur l’évocation de la mère éventuelle du narrateur, on lisait : «Le tube de vaseline, dont la destination vous est assez connue, aura…» On lit ici : «Le tube de vaseline, dont la destination était de graisser ma queue ou celle de mes amants, aura…» «Faut-il une autre raison à ce parti pris éditorial ? On la trouverait dans les archives de la maison Gallimard, où des lettres de lecteurs s’étonnent de ne point retrouver au tome II des Œuvres complètes des phrases qu’on lit dans la préface de Jean-Paul Sartre qui cite Genet d’après les éditions clandestines», écrivent aussi Emmanuelle Lambert et Gilles Philippe. Ce sont ces versions aussi qu’avait lues Jean Cocteau dont la générosité influera à la fois sur la libération du prisonnier et la publication de l’écrivain.

Morlingue et sorlingue

Louis-Ferdinand Céline est également un auteur parfois rapproché de Genet quoique tout les oppose stylistiquement. «Vous me reprochez d’écrire en bon français ?» ironise-t-il en 1982 dans un entretien avec Bertrand Poirot-Delpech recueilli dans l’Ennemi déclaré (Gallimard, 1991) avant de continuer : «Ce que j’avais à dire à l’ennemi, il fallait le dire dans sa langue, pas dans la langue étrangère qu’aurait été l’argot». Emmanuelle Lambert et Gilles Philippe rappellent que Genet, à en croire Paul Morihien, son premier éditeur cité par Edmund White dans Jean Genet (Gallimard, 1993), «parlait mal l’argot» et s’amusent à écrire en note à propos de la phrase de Querelle de Brest «tu m’as dominé à cause que t’as un morlingue» : «Genet confond à l’évidence morlingue ( «porte-monnaie») et sorlingue ( «couteau»).»

C’est le rapport au fascisme qui relie pour certains Genet et Céline. «Mon art consistant à exploiter le mal, puisque je suis poète, on ne peut s’étonner que je m’occupe de ces choses, des conflits par quoi se caractérise la plus pathétique des époques. […] D’utiliser la merde et de vous la faire bouffer», lit-on dans Pompes funèbres, réutilisant ce «vous» radical qu’on avait en vain voulu lui faire changer en «nous» dans l’incipit de Notre-Dame-des-Fleurs (et donc de ses Œuvres complètes) : «Weidmann vous apparut dans une édition de cinq heures». Mais Pompes funèbres est un roman. L’Enfant criminel est un texte de 1949 destiné à la radio, «choquant à bien des égards», écrivent Emmanuelle Lambert et Gilles Philippe, puisqu’il rapproche les centres de détention pour adolescents qu’a connus le jeune Genet (et où la plus grande sévérité aurait été l’ambition des détenus afin qu’il leur soit mieux rendu hommage) des camps nazis. Ils publient «en marge» de ce texte une page de 1948, «Première version de la comparaison avec les camps hitlériens». Un gardien l’avait interdit de vin un dimanche ? «Comment ne voit-il pas [le journaliste à qui Genet raconte la scène, ndlr] que les “horreurs” nazies ont leur germe dans cette décision du gâfe de me priver de vin ?» Lire Genet, c’est ne pas prendre cette question de haut.

Mathieu Lindon

Jean Genet Romans et poèmes

Edition établie par Emmanuelle Lambert et Gilles Philippe, avec Albert Dichy.

Gallimard, «Bibliothèque de la Pléiade», 1638pp., 65€ jusqu’au 30 septembre, 72€ ensuite.

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Clara Luciani...

24 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Mathilde Forget...

24 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

De mon plein gré, de Mathilde Forget | Éditions Grasset

Je me suis livrée à la police moi-même. J’essaye d’enlever la crasse coincée sous mes ongles mais c’est compliqué. Il en reste toujours un peu. Il me faudrait une fine lame comme la pointe de mes ciseaux en acier, ceux rangés avec ma brosse à dents sur l’évier de ma salle de bains. Mes ongles sont suffisamment longs pour se salir mais trop courts pour m’aider à racler cette terre. Il faudrait que je me lave les mains. Je veux me laver les mains. Non, ce n’est pas ça. L’idée ne vient pas de moi. En ce moment, je ne pense pas à ma saleté comme à un problème. Ça m’occupe, c’est tout. Mais en entrant dans le bureau, l’un d’eux s’est adressé à moi.

Vous pouvez aller vous débarbouiller

si vous voulez.

Sur le moment, j’ai poliment refusé. Puis, je n’ai pensé qu’à ça. Sans la fine lame de mes ciseaux, la crasse ne fait que se déplacer, d’un ongle à l’autre. Celui qui nettoie se retrouve à son tour noirci. Je n’ai jamais utilisé de coupe-ongles, le fait que le morceau sectionné soit projeté je ne sais où me pose problème. Je pourrais utiliser l’angle plastifié de mon permis de conduire qui se trouve dans mon portefeuille mais il n’est plus dans ma veste. Mes poches sont vides. En observant cette crasse marron clair sous mes ongles, je repense à la phrase.

Vous pouvez aller vous débarbouiller

si vous voulez.

Et en associant les deux, c’est devenu une obsession pour moi, de l’eau, du savon, et la mousse de leur rencontre. Car s’ils me l’avaient proposé, c’est que je devais en avoir besoin. Je dois en avoir besoin. J’en ai besoin. C’est vrai, c’est assez dégueulasse toute cette merde au bout de mes doigts. Il faut que ça parte. Je redresse la tête et avale un peu de salive pour réveiller mes cordes vocales engourdies et je leur demande si je peux aller me laver les mains. En souriant, et calmement, ils me répondent que ce n’est plus le moment. J’aurais dû réagir plus tôt et accepter leur proposition. J’ai été trop lente. Je regrette. Mais le temps que ma tête se baisse à nouveau pour fixer mes pieds, je n’y pense plus. L’envie me passe, peut-être parce qu’elle ne venait pas de moi au départ. Ce n’était pas viscéral. Au fond, certainement, je m’étais sentie sale seulement parce qu’ils l’avaient supposé. Ils supposent, donc je suis.

Je me suis livrée à la police moi-même. C’est Jeanne qui a fini par me le dire. J’avais oublié. J’imaginais probablement qu’ils étaient venus me chercher, chez moi, me sortant par le colback, menottes aux poignets. Mais ce dimanche matin, aux alentours de 8 h 30, en réalité, je me suis rendue toute seule au commissariat. De mon plein gré.

 

Mathilde Forget - De mon plein gré

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"Il était une fois..." l'éducation scientifique populaire, avec Albert Barillé

24 Avril 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

Eviter les caries, se laver les mains, se faire vacciner... vous faites peut-être partie des millions d'enfants qui ont eu accès aux bases de l'éducation à l'anatomie et à la santé grâce à "Il était une fois la vie", et grâce à son créateur visionnaire : Albert Barillé.

"La vie, la vie, la vie, la vie..." Vous l'avez en tête, ce fameux générique ? En 1986, un producteur crée une série qui va changer le rapport de millions d’enfants à leur corps et à leur santé. Un petit garçon l'avouait à la télévision dès 1990 : “J’aime bien regarder Il était une fois la vie. Quand les globules blancs mangent les méchants...” La pédagogie scientifique est basée sur l'anthropomorphisme et la personnification des composantes du corps, assimilé à un Far West, une machine où "gentils" et "méchants" se livrent bataille. Le musicien Michel Legrand en compose la bande son. Roger Carel, la voix de C-3PO, de Kermit la grenouille et de Alf, en interprète le héros récurrent, “Maestro”. Tout comme C’est pas sorcier créé sept ans plus tard, Il était une fois la vie devient culte pour plusieurs générations, en inventant une façon intelligente et vivante de parler de sciences au grand public. 

Une ambition éducative et humaniste

Albert Barillé, 1994 : "L’image peut et doit véhiculer le savoir, et de préférence sans distiller l’ennui. Et, c’est ce que nous essayons de faire, l’image peut aussi fustiger l’intolérance, la bêtise." Déclinée en sept volets, traduite en 80 langues, la saga est devenue l’un des fleurons de la télé française, encore diffusée 40 ans plus tard, et générant des millions d’euros en droits d’auteur et en produits dérivés (jeux, livres, figurines...). Albert Barillé soulignait déjà les clés de ce succès lors d'un salon audiovisuel à Montréal en 1980 : "Notre production a été fort bien reçue. Elle a été vendue dans plus de 60 pays. Je pense que les gens nous font confiance, et désirent nous suivre, puisque nous prenons les mêmes personnages dans de nouvelles aventures".

Né en Pologne en 1920 dans une famille modeste, Albert Barillé a d’abord créé pour la télévision française la fiction Colargol. Mais la transmission des savoirs l’intéresse plus encore, comme il le formule dans un documentaire auto-produit consacré à la fabrication d'un dessin animé en 1994 : "Dès mon plus jeune âge, j’ai toujours été passionné par les origines de l’homme, les infiniment petits, les infiniment grands. Cela a donné Il était une fois l’homme, Il était une fois l’espace, Il était une fois la vie, il était une fois les Amériques…" L’aventure Il était une fois commence en 1978, cinq minutes chaque soir sur FR3, dans une ambition explicitement éducative et humaniste. Albert Barillé : "Les gens responsables se doivent d’alimenter de façon utile les jeunes cervelles où tant de cases restent à remplir. Et si de plus nous parvenons à rassembler autour du poste les parents et enfants, et contribuer au dialogue entre eux, alors mon vœu sera exaucé." 

Un fou de rigueur face au manga

Pendant trente ans, l'auteur et chef d'orchestre dirige et contrôle chaque étape de la fabrication : documentation, écriture, dessin, musique, bruitages, doublage, mixage... C’est un bourreau de travail, un autodidacte qui s’est formé seul à l’histoire, à la médecine, à l’astrophysique, à l’écologie... Il dit travailler plus de 100 heures par semaine, mais par rigueur, fait relire tous ses scénarios au directeur du CNRS, Joël de Rosnay. 

Il faut 1 million de dessins, et six mois à l’équipe pour créer un seul épisode image par image, contre 5 épisodes dans le même temps pour les studios d’anime japonais, qui les concurrencent déjà en France. Albert Barillé, 1994 : "Un enfant est une éponge, il absorbe tout ce qu’on lui donne. Donnez-lui le meilleur comme le pire, il l'absorbera de la même façon."

Mais face à Goldorak et Candy, les personnifications frappantes, l’humour, la logique des démonstrations assurent le succès de la série, qui plaît aussi aux parents, rassurés par un programme non-violent et édifiant. Albert Barillé : "Au départ, il y a le scénario. Il faut qu’il soit drôle, amusant, plein de gags, parce que sinon, peu importe que vous ayez de grandes idées, s’il ne reste personne devant pour les regarder !" 

Dessin, doublage, musique : rien n'est laissé au hasard

Barillé, dont les cheveux avaient blanchi tôt, imagine ce héros drôle, somnolent, et à la fois garant du savoir universel : le Maestro, interprété par Roger Carel. Le comédien revenait en 2009 sur son incarnation du personnage : "Cette espèce de voix un peu comme ça, tout en étant un petit peu tendre par moment, mais qui est quand même une voix d’enseignant : on apprend des choses aux enfants. Mais quand même dans le sourire et dans le rire. Mais la voix, pour qu’elle sorte, dans tous les dessins animés c’est comme ça, vous êtes toujours inspirés par le graphisme."

Dans un style plus proche de la ligne claire belge que du manga, le jeune dessinateur Jean Barbaud assure la direction artistique. Jean Barbaud, 2017 : "J’étais complètement libre d’interpréter les formes des globules, des bactéries comme je voulais." Une attention particulière est portée aux bruitages, à la musique, pour porter la dynamique, le rythme. Michel Legrand, 1994 : "J’ai pensé à une espèce d’ensemble de saxophones et quelques cuivres, je crois que ce sera marrant." La saga est un reflet de son temps, de la foi dans le progrès, d’une éducation morale à l’hygiène, à la santé…  

La dernière série consacrée à la Terre, en 2009 est aussi pionnière de programmes sur la préservation de l’environnement. Albert Barillé meurt la même année, mais sa saga est remastérisée en 2017 et rediffusée encore à la télévision et sur le web, où d’autres prennent la relève de la transmission des sciences, des Youtubeurs et youtubeuses comme Manon Brill, Mr. Nozman ou Dirty Biology...

Camille Renard

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Pierre Mathiot : « Le défi de l’égalité des chances, c’est de passer de l’artisanal à l’industriel » (Vidéo) + point de vue

24 Avril 2021 , Rédigé par M Le mag Publié dans #Education

Egalité des chances? Un point de vue à lire ci-dessous

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Le protocole sanitaire des écoles sera-t-il efficace? Ce qu'en disent 3 scientifiques...

24 Avril 2021 , Rédigé par Huffington Post Publié dans #Education

Le protocole sanitaire des écoles sera-t-il efficace? Ce qu'en disent 3 scientifiques...

Si les scientifiques considèrent qu’il est trop tôt pour rouvrir, ils saluent l'arrivée de la question de l’aération dans le protocole sanitaire à destination des écoles.

ÉCOLES - Une rentrée test. Ce jeudi 22 avril, Jean Castex et Jean-Michel Blanquer ont détaillé le protocole de réouverture des écoles, qui s’appliquera dès le 26 avril, à l’occasion de la rentrée des maternelles et primaires.

Face à une situation sanitaire qui s’améliore très timidement, le gouvernement mise sur un protocole renforcé, privilégiant la fermeture des classes dès le moindre cas de Covid-19, des jauges réduites, le dépistage massif et l’aération des salles de cours. Ces mesures sont-elles suffisantes pour empêcher une reprise épidémique? Le HuffPost a posé la question à plusieurs chercheurs. 

Rentrée précipitée

“Le gouvernement décide de rouvrir de manière précipitée, malgré nos mises en garde. Les indicateurs ne sont pas suffisamment verts”, explique Antoine Flahault, médecin épidémiologiste à Genève et directeur de l’Institut de santé globale.

Un parti pris politique, à contre-courant, “assumé” par le Premier ministre en conférence de presse jeudi soir, malgré les alertes des épidémiologistes sur le nombre de contaminations et des tensions toujours importantes en réanimation. Le présentiel est important pour l’avenir et la santé mentale des écoliers, fait valoir l’exécutif. Libérés de leurs enfants, les parents pourront également travailler dans des conditions plus pérennes, essentielles à la reprise économique. 

Ainsi, le protocole sanitaire des écoles vise surtout à maîtriser le risque de reprise épidémique, alors que les vaccins commencent à peine à faire effet et que des variants plus contagieux menacent. Les espoirs de vie normale pourraient être douchés, si le déconfinement se passe mal.

Or, l’école est un endroit clef dans l’épidémie. Même si la question du degré de contagiosité des plus jeunes fait encore débat, Antoine Flahault souligne que le milieu scolaire est “l’un des derniers réservoirs d’interaction humaine”, quand les magasins, les bars, les salles de sport et la plupart des lieux qui accueillent le public sont fermés. “Un des derniers leviers sur lequel on pouvait agir”, explique l’épidémiologiste. 

“Globalement, les mesures du gouvernement permettent de réduire les risques, mais cela ne va pas forcément suffisamment loin, vu la situation. Il y a des trous dans la raquette. “On est dans un entre-deux, qui risque de se traduire par une efficacité… entre deux”, résume l’épidémiologiste, dans un clin d’œil au “en même temps”, cher au Président de la République. 

Ouvrir les écoles et tester massivement

Le gouvernement opte principalement pour une fermeture systématique des classes, dès le premier cas détecté. Cette stratégie, adoptée quelques jours avant le confinement, est en rupture avec le protocole gardé par le ministre de l’Éducation pendant des mois. Elle repose donc sur le dépistage massif, essentiellement “dans les départements où l’incidence est la plus élevée”, a précisé Jean Castex.

“C’est une bonne idée de tester régulièrement les enfants. Cela permet d’extraire des enfants porteurs du virus avant même qu’ils ne contaminent le reste de la classe”, estime Antoine Flahault. Le dépistage est effectivement un levier majeur dans la lutte contre le Covid-19, utilisé depuis l’été dernier.

Le protocole intègre désormais les autotests. Disponibles en pharmacie depuis quelques semaines, ils seront distribués aux enseignants et aux élèves de plus de 15 ans. Efficaces dans la lutte contre l’épidémie, selon le dernier avis du Conseil scientifique, ils s’ajouteront aux 400.000 tests salivaires que le gouvernement souhaite déployer à la rentrée. Fin avril, la Haute Autorité de Santé se prononcera sur son utilisation pour les tous petits. Ces tests sont “atraumatiques”, anodins en terme médical. 

Tester est une stratégie judicieuse, mais pas toujours facile à mettre en place. Avant le dernier confinement, Jean Michel Blanquer s’est confronté au manque de personnel pour dépister dans les écoles. Cette fois-ci, le gouvernement affiche un objectif encore plus ambitieux, 600 000 tests hebdomadaires d’ici fin mai.

Pour être efficace, cette stratégie nécessite également de la pédagogie. Dans son dernier avis, le Conseil scientifique souligne l’importance de l’acceptation de cette pratique, et de la bonne formation des enseignants, pour aider les enfants à se tester correctement. Jeudi, un mail contenant des instructions d’utilisation a été envoyé aux directeurs et directrices d’école. 

Toutes fenêtres ouvertes

La rentrée sera également toutes fenêtres ouvertes, annonce Jean-Michel Blanquer : ”Nous encourageons les collectivités pour les capteurs de CO2 et les purificateurs d’air. Nous encourageons aussi les classes en plein air. La saison le permet.” L’air concentré des endroits clos est particulièrement à risque. Sans rien imposer à l’échelle nationale, le ministre met l’accent sur l’aération, principal axe sur lequel l’école peut progresser, car de nombreux gestes barrière sont déjà mis en place (masque dès 6 ans, distance entre les tables).

Le modélisateur des contaminations au CNRS, spécialiste du milieu scolaire, Bertand Maury salue cette prise de conscience, mais pour lui, il faudrait aller plus loin:  “La ventilation est très importante, il faut aérer toutes les 15 minutes pour réduire les risques. Pour maîtriser cette pratique, les capteurs de CO2 sont essentiels. Le gouvernement est un peu timide : qui va acheter les capteurs? Combien seront disponibles?”. 

Un avis partagé par Antoine Flahault : “On aurait pu les rendre obligatoires par exemple. Attendre que chaque classe soit équipée pour rouvrir”. Antoine Flahault et Bertand Maury préconisent en priorité l’acquisition de capteurs de CO2 pour la cantine. Le moment du repas est le point noir de tous les protocoles, car sans masque. Pour l’instant, Jean-Michel Blanquer recommande d’éviter le brassage, en essayant de faire manger ensemble uniquement les élèves d’une même classe et en recommandant aux parents qui le peuvent de venir chercher leurs enfants à la pause déjeuner.

 

L’école dehors, pas sans risques

Le ministre Jean-Michel Blanquer insiste également sur la possibilité de faire classe dehors, sans l’imposer là non plus ni détailler de protocoles spécifiques. “Le risque à l’extérieur est effectivement plus faible, mais les échanges de gouttelettes existent aussi en extérieur. Dehors, les contacts prolongés, sans masque, en face à face, à courte distance sont à proscrire”, détaille le chercheur du CNRS Alexandre Nicolas, spécialiste des contaminations en extérieur à l’institut lumière matière. 

Si globalement, le protocole permet de réduire les chances de contamination à l’échelle individuelle, rouvrir les écoles représente un risque, à l’échelle collective. “En cours de récréation, si l’enfant navigue d’un groupe à l’autre sans masque, le risque de transmission est en réalité faible, car il ne reste pas plus d’une à deux minutes en face des autres élèves. Mais répété pour tous les écoliers, dans toutes les écoles, le risque pour la société est bien plus élevé”, souligne le chercheur. Permettre aux élèves d’étudier, tout en veillant à ce que la société n’en pâtisse pas, c’est tout l’enjeu de cette rentrée. 

Antoine Beau

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Seemone...

23 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Nicolas Edme Restif de La Bretonne...

23 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Les nuits de Paris - Babelio

Quand on est dans le malheur, on a l'âme ouverte et sensible: on appuie sur les situations, on voudrait pouvoir les fixer? D'où vient cela? Est ce qu'on aime à souffrir? Non sans doute... Pendant que j'étais privé de la vue de la Marquise et de la société de Hameauneuf, j'étais bien malheureux! Au lieu de chercher a me distraire, je fixais la douleur; je craignais d' en avoir échappé l instant; je le gravais dans la pierre! Loin de suivre mes courses ordinaires, j'étais accablé, sans énergie: mes sorties se bornaient à l'ile St Louis , dont je faisait le tour. Je me rappelai ce que m'avait dit l'homme de la 210e Nuit sur ses dates et je me sentis naturellement porté à faire comme lui. Toutes les fois que je m'étais arrêté sur le parapet, à réfléchir une idée douloureuse, ma main traçait la date, et l'idée qui venait de m'affecter. Je m'éloignais ensuite, enveloppé dans l'obscurité de la nuit, dont le silence et la solitude avaient une horreur qui me plaisait.

Nicolas Edme Restif de La Bretonne - Les nuits de Paris

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Autotests : "Un lycée n'est pas un hôpital de campagne", réagit le secrétaire général du SNPDEN-Unsa

23 Avril 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Autotest Covid, mode d'emploi - Radio - Play RTS

"On va avoir besoin très vite de précisions très importantes (...) pour savoir si nous sommes vraiment en capacité de le faire", indique Philippe Vincent.

"Un lycée n'est pas un dispensaire, ce n'est pas un centre de soins et encore moins un hôpital de campagne", a déclaré Philippe Vincent, secrétaire général du SNPDEN-Unsa (Syndicat national des personnels de direction de l'Éducation nationale), alors que les lycéens devront effectuer un autotest par semaine à partir du 10 mai. Ils pourront le faire dans leur établissement, selon les dernières directives du ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. "Il faut que nous ayons rapidement un cadre", a-t-il ajouté.

franceinfo : Êtes-vous prêts à encadrer ces autotests ?

Philippe Vincent : Le défi est très important parce que, hormis quelques annonces très génériques des personnels formés et des locaux dédiés, on n'a pas le détail. D'ailleurs, nous avons fait parvenir au ministère une douzaine de questions très précises sur les conditions attendues. On va avoir besoin très vite de précisions très importantes, à la fois en termes de responsabilité, de logistique, de stockage, de personnel, de locaux, d'hygiène etc. pour savoir si nous sommes vraiment en capacité de le faire. Un lycée n'est pas un dispensaire, ce n'est pas un centre de soins et encore moins un hôpital de campagne. Si on veut réussir l'opération de dépistage de masse avec des personnels compétents et dans des conditions sanitaires sécurisées, il faut effectivement que nous ayons un cadre rapidement.

Il y aura aussi deux autres tests, deux fois par semaine, pour vous, le personnel de l'Éducation nationale. Allez-vous les faire chez vous ?

Oui, c'est ce qui est prévu. J'imagine que la logistique va suivre et que nous serons dotés du nombre de tests pour l'ensemble de nos personnels, puisque tous les personnels sont concernés, quel que soit leur statut et quelle que soit leur position. Donc je pense que là, nous serons en capacité de mettre ces tests à disposition de tous nos personnels.

Y a-t-il adhésion de ces personnels pour ces autotests ?

Je pense que oui, c'est quand même une pierre de plus à l'édifice du dépistage et de la prévention. Je pense qu'à partir du moment où ils seront mis à disposition facilement, les personnels les utiliseront. C'est une forme de garantie, ne serait-ce que pour sa propre santé.

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Covid à l'école : "En France, on a parfois oublié les enseignants"

23 Avril 2021 , Rédigé par L'Express Publié dans #Education

Covid à l'école : "En France, on a parfois oublié les enseignants"

EXTRAIT

Pour Eric Charbonnier, analyste de l'OCDE, la politique éducative française affiche des résultats mitigés dans sa gestion de la crise.

A l'occasion de la récente sortie d'une étude de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), menée dans une trentaine de pays, l'analyste Eric Charbonnier revient sur la façon dont la France a géré la crise sanitaire dans ses écoles, ses collèges et ses lycées.  

L'EXPRESS : Jean-Michel Blanquer met souvent en avant le fait que la France est l'un des seuls pays à s'être battu pour fermer le moins possible les écoles. Est-ce le cas ?  

Eric Charbonnier : Nos statistiques démontrent, en effet, que la France fait partie des pays où les écoles ont le moins fermé en 2020. Notre étude comparative s'étale sur toute la période allant de janvier à décembre 2020. Pour avoir des situations comparables, nous avons retiré les périodes de vacances scolaires qui diffèrent selon les pays, mais aussi les jours fériés et les week-ends. Prenons l'exemple plus précis des lycées : ces derniers, en France, ont fermé 39 jours en 2020. Tandis que la moyenne de l'OCDE est de 63 jours. La France, mais aussi le Danemark, la Norvège, la Nouvelle-Zélande et l'Allemagne, font partie de ces pays qui ont le plus gardé les lycées ouverts. Sachant qu'en Allemagne, la situation s'est dégradée en 2021. Sur cette année-là, la France fera sans doute partie des deux ou trois pays qui ont le moins fermé leurs écoles. Ce que dit le ministre, sur ce point, n'est donc pas faux.  

La France s'est-elle, pour autant, donné les moyens d'appliquer un protocole sanitaire efficace ?  

Nous nous sommes interrogés sur les modes d'organisation : est-ce que les décisions relatives aux protocoles sanitaires, sont très centralisées dans les pays de l'OCDE ? Ou, est-ce que, finalement, les écoles ont leur mot à dire ? Or, notre étude démontre que le système est très centralisé, quasiment partout. Même dans des pays plutôt fédéraux, ou découpés en provinces comme la Canada. Ce qui a pu susciter pas mal de problèmes sur le terrain et créer des mécontentements. Les enseignants ne comprennent pas que l'on change aussi souvent de protocole. Sur ce point, la situation de la France est donc la même qu'ailleurs. Les difficultés propres qu'elle rencontre sont plutôt liées à son modèle éducatif.  

A quelles difficultés particulières se heurte-t-elle ?  

La France fait partie des pays qui enregistrent le plus grand nombre d'élèves par classes. Un enseignant d'école maternelle a face à lui 23 élèves en moyenne, alors que son collègue, qui exerce dans un pays nordique, en a 10, voire moins. Voilà pourquoi les mesures de distanciation sociale ont été plus compliquées à respecter chez nous. Les pays nordiques, mais aussi l'Allemagne ou le Chili, comme quasiment un tiers des pays sondés, ont pris l'initiative d'organiser parfois les cours en dehors des locaux scolaires. Ce qui a permis de faciliter les apprentissages et de limiter les risques pour les enseignants. En France, on a conservé un système d'éducation très traditionnaliste et on n'a donc pas l'habitude de faire classe à l'extérieur. Il y a aussi la question du bâti, plus vieillissant en France qu'ailleurs, et donc moins adapté aux nouvelles normes imposées par la crise du Covid-19. Contrairement à la Norvège ou à l'Allemagne qui ont su rénover leurs bâtiments pour créer des environnements plus modernes, des salles de profs ou des espaces pour les enfants plus conviviaux. Toutes ces mesures, qui avaient été prises bien avant le Covid-19, les ont aidé à traverser la crise.  

On a souvent l'impression que le ministère de l'Education nationale et les collectivités se renvoient la balle sur la question des investissements et de l'organisation. Comment l'expliquer ?  

Dans un pays très centralisé comme le nôtre, on s'attend à ce que toutes les décisions soient pilotées par l'Etat. Or la gestion d'une crise comme celle du Covid-19 nécessite d'être décentralisée, car la situation épidémique n'est pas la même selon les départements, ni même selon les établissements. La pandémie a révélé bon nombre de dysfonctionnements comme le manque d'autonomie des établissements. Les personnels de direction, les équipes pédagogiques, ne sont pas forcément habitués à travailler en équipes, ni à dialoguer avec les collectivités locales. D'autres pays, comme la Finlande ou la Canada, se sont révélés beaucoup plus efficaces et ont réussi à mettre en place tout un ensemble d'actions pour assurer, non seulement la sécurité de tout le monde à l'intérieur des écoles, mais aussi pour mieux gérer l'aspect pédagogique.  

A-t-on suffisamment investi en France pour réduire l'impact de la crise sanitaire sur l'école ?  

La question du budget est évidemment centrale. On remarque que l'investissement français s'est surtout concentré sur l'école à distance. On a essayé de dépoussiérer les cours du CNED, d'équiper les familles défavorisées en tablettes ou en ordinateurs, et on a accordé une prime informatique aux enseignants. En revanche, l'accent a moins été mis sur l'aspect sanitaire comme l'achat de thermomètres ou la mise en place à grande échelle de tests de dépistage. Autant de questions qui dépendent certes, aussi, du ministère de la Santé. Sans doute y a-t-il eu un manque de coordination interministérielle sur tous ces sujets. La tâche n'est évidemment pas facile car chacun a des objectifs différents et parfois contradictoires à remplir.  

Ce manque de coordination entre le ministère de l'Education nationale et celui de la Santé explique-t-il, en partie, l'échec de la campagne de tests salivaires ?  

Sur les tests de dépistage, nous n'avons pas de statistiques précises.  : portiques qui permettent de mesurer la fièvre, mise à disposition de thermomètres, tests de dépistage... Chez nous, la politique de tests est intervenue très tard et s'est heurtée à des disparités territoriales. Globalement la réponse donnée selon les établissements ou les départements n'a pas été homogène. On l'a bien vu avec la mise en place de l'école à distance qui a mieux fonctionné dans certains territoires que dans d'autres. La campagne de tests s'est heurtée aussi en France à un phénomène très culturel : la méfiance des familles et des élèves à qui on a donné la liberté de se faire tester ou non. C'est la même problématique que l'on retrouve autour des vaccins. Alors que, dans d'autres pays, le taux d'acceptation peut être de 100 %, notre gouvernement a du mal à recueillir l'adhésion de tous sur ces sujets. Ce qui n'aide pas à aller dans le sens de l'intérêt collectif.  

La France s'est refusée, jusqu'ici, à mettre en place un enseignement hybride (en partie en distanciel, en partie en présentiel) dans les classes de primaire. Cela s'est-il fait ailleurs ?  

Oui, en Slovénie ou en Estonie, par exemple, ce système a été instauré avec les plus petits. Mais on sait que sur, le plan pédagogique, l'hybridation ne remplacera jamais le présentiel. Une étude sortie aux Pays-Bas - qui fait pourtant figure de bon élève avec ses équipements performants et ses enseignants bien préparés - montre à quel point l'école à distance a engendré des retards. Cela va au-delà de l'impact pédagogique puisque la perte de lien social a aussi des répercussions sur le développement de l'enfant et sur tout un ensemble de compétences qu'il est censé développer comme le travail en groupe ou l'entraide. Et puis, sur le plan du numérique, la France partait de loin. On a bien vu, il y a un an, que les enseignants n'étaient pas suffisamment formés, pas assez équipés. Des progrès ont été faits depuis mais ils rencontrent toujours des difficultés, auxquelles viennent se rajouter des bugs informatiques comme on a pu le constater récemment.  

La France s'est toujours refusée à fermer les cantines scolaires. Comment cela se passe-t-il ailleurs ?  

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la France n'est pas un cas isolé puisque, seuls deux pays sondés - l'Italie et la Turquie - ont pris la décision de ne plus distribuer de repas à l'école. Ailleurs, on a préféré garder les cantines ouvertes en veillant à respecter, dans la mesure du possible, la distanciation sociale ou en appliquant d'autres mesures comme la distribution de repas froids ou de sandwichs à manger dans la cour de récréation ou dans les classes. L'enjeu de la cantine est très important car il pose la question des inégalités, particulièrement importantes en France. On sait bien que beaucoup d'enfants arrivent à l'école le matin sans avoir rien mangé et que, pour certains, le plateau de la cantine est le seul repas équilibré de la journée. Or comment étudier sereinement quand on a le ventre vide ? Cet exemple illustre bien la problématique difficile des arbitrages à faire entre les enjeux éducatifs et sanitaires. Nos dirigeants sont confrontés à ces types de conflit en permanence.  

Amandine Hirou

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