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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Mathilde Janin...

27 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Il se posta au pied de l’imposante façade de pierres blondes trouée par deux dizaines de fenêtres noires. Deux dizaines de bouches édentées et massives prêtes à se refermer sur lui. Éric recula de quelques pas et ouvrit la bouche à son tour, le plus grand qu’il pouvait. Il voulait amadouer Aulnoye, lui dire qu’il l’avait entendu et qu’il ne chercherait pas à lutter. Il avait entrevu les diverses versions de lui évoluant aux quatre coins du domaine. L’adolescent taciturne et malingre, refusant malgré la terreur de courber l’échine. Le jeune instituteur austère, dont les gifles voleraient vers leur cible dans un bruissement sec. L’homme triomphal, légèrement bedonnant, dont l’aisance crâne rappellerait celle du père. Le vieux monsieur distingué, asséché par une vie de rage, contemplant avec satisfaction son héritage. Éric avait entrevu tout ce qu’il serait, tout ce que le château ferait de lui, et il l’acceptait. Il ouvrit la bouche pour imiter la façade, pour s’en faire le miroir. Il ouvrit la bouche pour s’offrir à Aulnoye, pour laisser la noirceur des fenêtres pénétrer sa gorge d’enfant. Sa gorge peuplée d’intuitions et d’inquiétudes sans noms. Il ouvrit la bouche comme pour crier – et aucun son ne sortit. 
Mathilde Janin - Soror
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Ecoles - « On a l’impression que le gouvernement est toujours aveugle et sourd », fustige Najat Vallaud-Belkacem

27 Avril 2021 , Rédigé par Public Sénat Publié dans #Education

Invitée de la matinale de Public Sénat « Bonjour chez vous », l’ancienne ministre de l’Education nationale, désormais candidate socialiste aux régionales en Auvergne Rhône-Alpes dénonce le manque de « préparation » de l’exécutif et « l’aveuglement » du ministre Jean-Michel Blanquer quant aux contaminations en milieu scolaire.

 

Un farouche désaveu. Invitée de la matinale de Public Sénat « Bonjour chez vous » ce mardi, Najat Vallaud-Belkacem a pilonné « l’impréparation » du gouvernement dans la réouverture des écoles lundi 26 avril. « On est tous d’accord pour dire qu’il faut des écoles ouvertes. Mais quelles sont les conditions de la réouverture ? Ce qui me frappe c’est le manque de préparation, l’absence d’anticipation du gouvernement », a soulevé l’ancienne ministre de l’Education nationale de François Hollande.

 

Preuve en est, la plateforme numérique des cours à distance, le CNED, a encore rencontré des problèmes, lundi. « Le CNED a bugué une fois de plus ! Cela traduit un manque d’anticipation qui vient d’un aveuglement du problème dans les écoles », ne manque pas de fustiger la socialiste. En clair : « Longtemps le ministre Jean-Michel Blanquer a nié que le virus pouvait circuler parmi les élèves dans les écoles. Depuis le début, rien n’est anticipé dans les établissements scolaires : les cantines sont des clusters, les enseignants ne sont pas vaccinés. » La candidate aux régionales en Auvergne Rhône-Alpes reste marquée par l’exemple du lycée de Seine-Saint-Denis où 20 parents d’élèves sont décédés du covid-19 depuis le début de l’épidémie. Elle interroge : « On a arrêté les établissements scolaires pendant 4 semaines, on aurait pu se donner pour priorité de vacciner les enseignants, pourquoi on ne l’a pas fait ? »

 

Tout à sa campagne contre le président de région sortant, Laurent Wauquiez, elle a tout de même reconnu que l’ancien président de LR a « bien fait » en installant des purificateurs d’airs dans les établissements. « Il s’est retrouvé comme d’autres collectivités locales à devoir pallier les carences de l’État. On a l’impression que le gouvernement est toujours aveugle et sourd », constate la socialiste. Un manque d’investissement du gouvernement envers ces populations ? Najat Vallaud-Belkacem pense que « la pauvreté et la précarité » ne sont pas le centre « d’intérêt principal de ce gouvernement ». Si elle concède qu’elle va remettre ses propres enfants à l’école, elle craint déjà de nouvelles fermetures et des professeurs contaminés. Seront-ils remplacés ? « Non, il n’y a pas de remplaçants prévus », déplore-t-elle.

Pierre Maurer

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A voir absolument... "Le sourire d'Auschwitz" - Webdocumentaire de Stéphanie Trouillard

27 Avril 2021 , Rédigé par France 24 - Stéphanie Trouillard Publié dans #Histoire

Journaliste à France 24, Stéphanie Trouillard s’est spécialisée depuis plusieurs années dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Quatre ans après la sortie du webdocumentaire primé "Si je reviens un jour, les lettres retrouvées de Louise Pikovsky", elle publie une nouvelle enquête sur cette période à l'occasion de la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation, le 25 avril : le sourire d’Auschwitz. En réalisant des recherches sur sa région d’origine, la Bretagne, elle découvre la photo d’une déportée du Morbihan, Marie-Louise Moru, dite Lisette. Un cliché pris à Auschwitz sur lequel la jeune femme, étonnamment souriante, semble défier ses bourreaux. Cette attitude emplie de bravoure va inspirer une longue quête pour retracer le parcours tragique de cette résistante. Longtemps resté dans l’ombre, le destin de Lisette retrouve la lumière.

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« Il est à craindre, pour le futur, que le SARS-CoV-2 et ses variants fassent des écoles des foyers épidémiques importants »

27 Avril 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

« Il est à craindre, pour le futur, que le SARS-CoV-2 et ses variants fassent des écoles des foyers épidémiques importants »

EXTRAITS

Selon un collectif de médecins et de chercheurs, il serait nécessaire de prendre des mesures plus contraignantes pour réduire la transmission du Covid-19 à l’école.

Tribune. Malgré ses appels à la vigilance, le premier ministre Jean Castex a donné le sentiment, lors de sa conférence de presse du 22 avril, que nous étions entrés dans une nouvelle ère. « Le pic de la troisième vague semble derrière nous », a-t-il déclaré. Le bout du tunnel serait en vue, avec une fin programmée de l’épidémie et un retour à la vie normale à l’été.

Pourtant, après seulement trois semaines de mesures de freinage plus ou moins renforcées, le niveau de circulation virale reste très élevé en France. De l’ordre de 30 000 nouveaux cas positifs par jour, alors que l’on teste moins, notamment dans les tranches d’âges les plus basses. La France est aujourd’hui l’un des pays où l’incidence est la plus forte : presque deux fois plus de nouveaux cas quotidiens rapportés à la population que l’Italie et l’Allemagne et treize fois plus que le Royaume-Uni. Si la vaccination avance, les services de réanimation ne désemplissent pas et les nouveaux variants, touchant davantage de sujets plus jeunes, menacent l’efficacité vaccinale.

L’évolution serait plus favorable dans les régions les plus touchées (Ile-de-France, Hauts-de-France et Alpes-Maritimes). La fermeture des établissements scolaires au moment des vacances de printemps y était la seule mesure supplémentaire significative pour freiner l’épidémie. Quel effet aura sa levée, alors que le virus circule à un niveau bien plus élevé que chez nos voisins lorsque ceux-ci ont commencé à déconfiner ?

(...)

Anticiper la rentrée de septembre

La meilleure prise en compte annoncée du risque de contamination par voie aérienne dans les établissements scolaires va dans le bon sens. Il est enfin admis que le port du masque, dans un espace clos, insuffisamment ventilé et densément fréquenté, ne constitue pas une protection suffisante. L’aération est clé. Jean-Michel Blanquer a déclaré « encourager » les collectivités à se doter de détecteurs de CO2 et de purificateurs d’air. Déclaration qui ne laisse entrevoir aucun soutien financier de l’Etat. Protéger la santé au sein des écoles impose de doter les établissements de tels équipements si l’on décide de les ouvrir. A défaut d’appareils, la simple ouverture des fenêtres est impérative. Là encore, un nouveau protocole prévoyant d’aérer les classes une fois par heure est insuffisant, très en dessous de celui en vigueur en Allemagne qui, sur la base de données scientifiques, recommande une aération trois fois par heure.

Même si les enfants subissent très peu de formes graves, ils sont infectés à proportion de leur exposition et peuvent transmettre le virus. Avoir un enfant scolarisé dans le secondaire accroît de 30 % le risque pour les parents d’être infectés, selon l’étude Comcor menée par l’institut Pasteur. Pour Arnaud Fontanet, membre du conseil scientifique, « l’école est le talon d’Achille assumé du dispositif actuel ». Elle devient donc plus que jamais un lieu stratégique pour enrayer la circulation du SARS-CoV-2 et doit être la priorité dans la lutte contre l'épidémie.

(...)

Derrière l’optimisme de l’exécutif, nous sommes frappés par l’absence d’objectifs sanitaires clairs, corrélés à des indicateurs chiffrés. Le volontarisme affiché ne peut cacher le flou de la base sur laquelle s’appuient les décisions annoncées. L’épidémie en France se situe sur un plateau très élevé et c’est à ce moment que commencent à être levées les mesures de freinage, au risque d’une reprise épidémique.

Thierry Baubet, psychiatre, chef de service psychiatrie addictologie, Hôpital Avicenne (AP-HP)* ; Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie, hôpital Saint-Antoine (AP-HP) ; Eric Billy, chercheur en immuno-oncologie (Strasbourg)* ; Matthieu Calafiore, médecin généraliste, maître de conférences des universités, directeur du département de médecine générale de la faculté de Lille* ; Franck Clarot, médecin légiste, radiologue, vice-président de la Fédération nationale des médecins radiologues (Seine-Maritime)* ; Corinne Depagne, pneumologue (Lyon)* ; Jonathan Favre, ancien chef de clinique de médecine générale à Lille* ; Guillaume Gorincour, radiologue, vice-président du conseil départemental de l’ordre national des médecins (Bouches-du-Rhône)* ; Mélanie Heard, responsable du pôle santé du cercle de réflexion Terra Nova ; Stéphane Korsia-Meffre, vétérinaire et rédacteur médical* ; Christian Lehmann, médecin généraliste, écrivain* ; Jérôme Marty, médecin généraliste, président de l’Union Française pour une médecine libre (UFML)* ; François-Xavier Moronval, médecin urgentiste (Lorraine)* ; Gilles Pialoux, chef du service des maladies infectieuses et tropicales, hôpital Tenon (AP-HP) ; Michaël Rochoy, ancien chef de clinique de médecine générale à Lille* ; Hélène Rossinot, médecin spécialiste de santé publique, écrivaine* ; Dominique Salmon, chef du service des maladies infectieuses et tropicales, Hôtel-Dieu (AP-HP) ; Barbara Serrano, consultante indépendante et maîtresse de conférences associée à l’Université de Versailles-Saint-Quentin* ; Elisa Zeno, ingénieure de recherche, cofondatrice de l’association École et familles oubliées ; Florian Zores, cardiologue (Strasbourg)* ; Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’Université de Versailles-Saint-Quentin*.

 

 

 

* Membres du collectif Du côté de la science

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École : face au covid, faut-il inventer un nouvel hygiénisme ?

27 Avril 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

École : face au covid, faut-il inventer un nouvel hygiénisme ?

A la lumière des savoirs actuels, comment penser une école mieux adaptée à la lutte contre les épidémies ?

Actuellement des formes plus contagieuses du virus circulent… Le nombre de cas recensés reste important et pourtant les écoles rouvrent leur porte. Bientôt collèges et lycées aussi, avec des aménagements un peu repensés (et le nouveau protocole publié vendredi concerne tous les niveaux de la scolarité – il devrait aboutir à de nombreuses fermetures de classes si les élèves et les enseignants sont bien dépistés. Nous allons en parler).

Mais est-on en mesure d’appliquer des mesures suffisamment efficaces pour casser le cycle fermeture / réouverture des classes voire des écoles ? Et quelles seraient-elles ? Que peut-on améliorer dans les protocoles sanitaires scolaires ?

Il faut sans doute revenir à la notion ancienne d’hygiénisme, c’est à dire l’ensemble des principes selon lesquels les pratiques collectives et les normes architecturales doivent suivre des règles inspirées par la médecine dans le but de protéger la population des épidémies et des virus. Voilà qui nous ramène au XIXème siècle, au choléra et à la tuberculose, combattus grâce au lavage des mains et à l’ouverture des fenêtres… Justement les sujets dont tout le monde parle en ce moment ! On va se demander pourquoi ces mesures ne sont pas si facile à remettre en place dans les écoles en 2021 après un an d’épidémie…

Ajoutons que ces questions d’amélioration des protocoles, avec en particulier un point sur la mesure de la qualité de l’air, sont aujourd’hui portées par des collectifs professionnels, citoyens et scientifiques - nous allons les écouter dans cette émission. Nous entendrons ainsi le mathématicien Bertrand Maury, professeur au Laboratoire de Mathématiques d’Orsay, Université Paris-Saclay et membre du collecif Projet CO2, l'historien de l’éducation à l’université de Picardie Jules Verne et auteur de Réformer le système éducatif (PUR, 2021) Julien Cahon, la co-secrétaire générale et porte parole du SNUipp-FSU Guislaine David, et Marion Damuni, membre du collectif “Ecole et familles oubliées”.

Vous entendrez également dans cette émission la voix d'Antoine Flahault (entretien pré-enregistré), médecin épidémiologiste, directeur de l’Institut de santé globale à la Faculté de médecine de l’Université de Genève et auteur de Covid, le bal masqué (Dunod, 2021).

Les risques à l’école

Selon Antoine Flahault, il y a plusieurs talons d’Achille dans la stratégie de riposte contre la pandémie en Occident, et l’école est clairement l’un d’eux.

On a de plus en plus de parents qui ont pris la mesure du problème, aujourd’hui ils nous interpellent et réclament un protocole strict pour leurs enfants et leur famille. Guislaine David

Il me semble que l’âge joue un rôle moins important que les conditions sociales. Antoine Flahault

En terme de transmission c’est le rassemblement des enfants en milieu confiné, durant de longues heures, qui augmente le risque. Antoine Flahault

Santé et éducation

On ne peut pas dissocier le droit à la santé et le droit à l’éducation, l’école doit être la priorité, rappelle Marion Damuni

Depuis le début du 19ème siècle la santé est une question récurrente qui est reliée aux agencements des établissements scolaires. Julien Cahon

Si on prend l’exemple de l'école de plein air et de toutes cette vague hygiéniste, ça disparait au moment des années 50 dans une période de grands progrès médicaux dans la lutte contre les épidémies. Julien Cahon

La sécurité des élèves

Le rôle qu’on veut jouer en tant que parent c’est d’abord de protéger la sécurité physique de nos enfants, explique Marion Damuni.

Nous avons voulu utiliser le vécu de nos enfants et les informations scientifiques pour écrire notre propre protocole sanitaire. Marion Damuni

Si les enfants portent correctement les masques, si les classes sont bien ventilées, si les élèves ne sont pas trop brassés et que les moments de pauses sont sécurisés, on peut laisser les écoles ouvertes. Antoine Flahault

…. et du personnel scolaire

Le risque avec les enfants c’est qu’ils sont souvent asymptomatiques, donc on ne voit pas forcément qu’ils sont contaminants, analyse Guislaine David.

Dès que la vaccination a été possible nous avons fait la demande que les enseignants soient vaccinés en priorité, certains pays européens ont réouvert leurs écoles après avoir vacciné le personnel scolaire. Guislaine David

On est toujours à proximité des élèves, notamment en maternelle où les élèves ne sont pas masqués, il faut pouvoir être protégé et la vaccination fait partie de cette protection. Guislaine David

Nous sommes favorables aux écoles ouvertes mais il faut pouvoir mettre en oeuvre un protocole qui sécurise, il faut prévoir, anticiper et protéger tout le monde. Guislaine David

La qualité de l’air en question 

Selon Antoine Flahault, la santé respiratoire des enfants, au-delà de cette pandémie, est un enjeu qui a été négligé trop longtemps. 

Les détecteurs de CO2 c’est aussi une demande que l’on fait depuis le mois de septembre. Marion Damuni

La voie aérosol est primordiale dans la transmission de ce virus. En milieu confiné, intérieur, il se peut que ces aérosols restent en suspension pendant plusieurs minutes ou plusieurs heures. Antoine Flahault

Il est souvent difficile en regardant une pièce d’avoir une idée de la qualité de l’air et de la ventilation. Bertrand Maury

Quelles pistes

Les questions du traçage et du non brassage des élèves sont essentielles, rappelle Marion Damuni.

Ce que nous proposons c’est d’adapter les mesures à la situation épidémique, de ne pas faire comme s’il ne se passait rien autour de nous. Guislaine David

Le capteur, qui est un instrument de mesure de l’air, peut faire l’objet d’un travail pédagogique avec les élèves. Bertrand Maury

On participe à sa propre santé, à sa propre existence, on croit beaucoup à l’aspect participatif de la science. Bertrand Maury

Il faut fonctionner avec le Covid mais ne pas le laisser prendre de l’ampleur à l’école, or jusqu’à présent il ya eu un déni de la contamination à l’école de la part du gouvernement. Guislaine David

Louise Tourret

https://www.franceculture.fr/emissions/etre-et-savoir/etre-et-savoir-du-lundi-26-avril-2021?actId=ebwp0YMB8s0XXev-swTWi6FWgZQt9biALyr5FYI13OojN5VSMd2TMt8SkIKwMoFh&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=653301#xtor=EPR-2-[LaLettre26042021]

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Rita Payés et Elisabeth Roma...

26 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Lautréamont...

26 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

J’ai vu, pendant toute ma vie, sans en excepter un seul, les hommes, aux épaules étroites, faire des actes stupides et nombreux, abrutir leurs semblables, et pervertir les âmes par tous les moyens. Ils appellent les motifs de leurs actions : la gloire. En voyant ces spectacles, j’ai voulu rire comme les autres ; mais, cela, étrange imitation, était impossible. J’ai pris un canif dont la lame avait un tranchant acéré, et me suis fendu les chairs aux endroits où se réunissent les lèvres. Un instant je crus mon but atteint. Je regardai dans un miroir cette bouche meurtrie par ma propre volonté ! C’était une erreur ! Le sang qui coulait avec abondance des deux blessures empêchait d’ailleurs de distinguer si c’était là vraiment le rire des autres. Mais, après quelques instants de comparaison, je vis bien que mon rire ne ressemblait pas à celui des humains, c’est-à-dire que je ne riais pas. J’ai vu les hommes, à la tête laide et aux yeux terribles enfoncés dans l’orbite obscur, surpasser la dureté du roc, la rigidité de l’acier fondu, la cruauté du requin, l’insolence de la jeunesse, la fureur insensée des criminels, les trahisons de l’hypocrite, les comédiens les plus extraordinaires, la puissance de caractère des prêtres, et les êtres les plus cachés au dehors, les plus froids des mondes et du ciel ; lasser les moralistes à découvrir leur cœur, et faire retomber sur eux la colère implacable d’en haut. Je les ai vus tous à la fois, tantôt, le poing le plus robuste dirigé vers le ciel, comme celui d’un enfant déjà pervers contre sa mère, probablement excités par quelque esprit de l’enfer, les yeux chargés d’un remords cuisant en même temps que haineux, dans un silence glacial, n’oser émettre les méditations vastes et ingrates que recélait leur sein, tant elles étaient pleines d’injustice et d’horreur, et attrister de compassion le Dieu de miséricorde ; tantôt, à chaque moment du jour, depuis le commencement de l’enfance jusqu’à la fin de la vieillesse, en répandant des anathèmes incroyables, qui n’avaient pas le sens commun, contre tout ce qui respire, contre eux-mêmes et contre la Providence, prostituer les femmes et les enfants, et déshonorer ainsi les parties du corps consacrées à la pudeur. Alors, les mers soulèvent leurs eaux, engloutissent dans leurs abîmes les planches ; les ouragans, les tremblements de terre renversent les maisons ; la peste, les maladies diverses déciment les familles priantes. Mais, les hommes ne s’en aperçoivent pas. Je les ai vus aussi rougissant, pâlissant de honte pour leur conduite sur cette terre ; rarement. Tempêtes, sœurs des ouragans ; firmament bleuâtre, dont je n’admets pas la beauté ; mer hypocrite, image de mon cœur ; terre, au sein mystérieux ; habitants des sphères ; univers entier ; Dieu, qui l’as créé avec magnificence, c’est toi que j’invoque : montre-moi un homme qui soit bon !... Mais, que ta grâce décuple mes forces naturelles ; car, au spectacle de ce monstre, je puis mourir d’étonnement : on meurt à moins.

Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont - Les Chants de Maldoror

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Covid-19: «Il faut créer une task force pour lutter contre le virus à l’école»

26 Avril 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Covid-19: «Il faut créer une task force pour lutter contre le virus à l’école»

EXTRAITS

Alors que les écoles rouvrent ce lundi 26 avril, Mélanie Heard, coordinatrice du pôle santé du think tank Terra Nova, propose de repenser les protocoles sanitaires à l’école. La normalienne préconise de créer une stratégie plus globale de lutte contre le virus dans les établissements en misant davantage sur la prévention.

(...)

Dans votre note, vous expliquez que les protocoles sanitaires créés par l’éducation nationale ne suffisent pas à contrôler l’épidémie dans les écoles. Selon vous, quelle serait la bonne stratégie à adopter ?

Mélanie Heard : Les protocoles ne suffisent évidemment pas. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de changer les comportements qui permettent de lutter contre l’épidémie. Avec les protocoles, on perd de vu l’objectif principal : faire changer les comportements du quotidien. Ce qu’il faut faire, c’est permettre à des enfants, à des adolescents de s’approprier les risques qui peuvent changer leurs vies. Et cela ne se fait pas avec des réglementations.

Quand on veut convaincre un adolescent de ne pas fumer, de bien manger ou de mettre un préservatif, on se donne les moyens de faire une expertise et des campagnes de prévention. C’est ce que fait la France en termes de santé publique depuis des décennies. Le monde entier nous envie. C’est, par exemple, le programme MangerBouger, qui a fait des campagnes sur les réseaux sociaux, du marketing social auprès des jeunes pour leur expliquer quels sont les bons comportements à adopter pour rester en bonne santé.

Cette pédagogie est nécessaire. Elle permet de faire prendre conscience aux jeunes des risques qu’ils prennent et qu’ils représentent pour leurs entourages, en ne respectant pas les gestes barrières. Un protocole n’est donc pas suffisant, d’autant plus que ceux actuellement en vigueur dans les écoles ne conviennent pas du tout. 

Pourquoi ne conviennent-ils pas ?

Pour répondre à cette question, il faut se demander de quoi nous avons besoin. On a besoin de trois choses. D’abord, d’une stratégie de dépistage qui permette d’organiser la surveillance de l’épidémie et d’alerter si nécessaire. C’est la partie épidémiologique de l’action. Ensuite, on a besoin de faire changer les comportements. Il faut des outils didactiques pour que les enseignants puissent parler avec leurs élèves. On a aujourd’hui, par exemple, aucune idée des conséquences des protocoles sur la vie des jeunes qui doivent les respecter.

Enfin, il faut comprendre la pratique des enseignants. Combien d’enseignants se battent pour faire respecter les gestes barrières ? Pour faire porter le masque correctement à leurs élèves heure par heure, jour après jour, depuis des mois ? Qu’est-ce que cela leur fait ? Quels moyens vont-ils trouver pour y parvenir ? Est-ce qu’ils ont trouvé des outils qui fonctionnent ou des astuces pour sensibiliser leurs élèves ? Comment les enseignants font pour annoncer que la semaine suivante il y a une campagne de dépistage et que c’est important que tout le monde y aille ? Quels sont leurs arguments ? Qu’est-ce qui se passe si les élèves disent : « Moi, je n’irai jamais » ? Où sont les outils qui permettraient aux enseignants de répondre aux enfants qui disent : « Je ne mettrai pas le masque correctement », « Je n’irai pas me faire dépister », « J’organise mon anniversaire samedi », etc. ?

Le protocole sanitaire imaginé par École et familles oubliées répond, en partie, à ces questions. Mais il faut organiser une grande réflexion sur ces dernières. Cela aurait déjà dû être fait depuis longtemps.

(...)

En quoi, selon vous, le milieu scolaire favorise-t-il la circulation du virus ?

Le plan de pandémie grippale de 2011 indique « qu’une fermeture des écoles peut participer à l’atténuation de l’impact d’une pandémie », car le virus circule plus chez les enfants. En cas de pandémie, les enfants deviennent les réservoirs de circulation virale. C’est la première chose à faire. Si vous regardez le discours d’Emmanuel Macron du 12 mars 2020, lors du premier confinement, il explique que les enfants sont ceux qui propagent le plus rapidement le virus.

Puis, après les premiers résultats de l’enquête d’Arnaud Fontanet sur le foyer de contamination de l’Oise, puis celle de l’Institut Pasteur, on observe un changement de cap. Les enfants ne sont finalement pas plus touchés, comme si on s’était inquiété pour rien. D’où la phrase : « Les enfants ne sont pas un moteur de l’épidémie », sous-entendu contrairement à la grippe. Ils ne sont peut-être pas un amplificateur, mais le virus circule quand même dans leur rang. Comme dans le reste de la société.

Dire que les chiffres de contamination ne baissent pas alors que les écoles sont fermées, c’est quand même de l’escroquerie de haut niveau. Je ne pensais pas que le gouvernement serait capable de dire une telle chose. 

(...)

L’argument principal invoqué par le gouvernement est celui des conséquences pédagogiques pour les enfants de rater l’école, et de celles sur leur vie future…

La perte d’apprentissage chez les enfants est évidemment réelle. Il y a aussi énormément de littérature qui essaie de discuter sa quantification. Cela n’est pas simple. Pour deux semaines manquées, est-ce qu’on a réellement perdu un jour ou deux jours d’apprentissage ? Parce que, dans les faits, on n’a pas vraiment perdu deux semaines.

Il y a des experts à l’Unesco qui montrent cela. Il y a aussi des études qui ont été menées aux États-Unis après l’ouragan Katrina qui font aujourd’hui référence. Elles montrent les effets à long terme de la fermeture des écoles sur les élèves qui ont été affectés. Elles abordent aussi la méthodologie utilisée pour évaluer les pertes de chance des élèves qui ont perdu des mois d’école. Donc, on se doute qu’il y a des conséquences réelles, il faut maintenant se doter d’outils pour les mesurer.

De manière générale, que pensez-vous de la gestion de la crise sanitaire dans les écoles par l’éducation nationale ?

Je pense que cela a été très mal géré. Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas d’épidémiologistes chevronnés, de renom, nommés à la tête de l’élaboration d’un plan de prévention à l’école. Des gens comme Dominique Costagliola, François Bourdillon ou William Dab, qui savent faire cela. Il faut créer une « task force école » pour construire un plan solide de lutte contre le virus à l’école. Une stratégie globale. Je ne sais pas qui s’occupe de la stratégie au ministère, mais cela m’étonnerait que cela soit un vrai expert du sujet.

Ismaël Bine

Entretien complet à lire en cliquant ci-dessous

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Mahmoud Zureik : "Le ministre de l'Education est dans un déni de réalité"

26 Avril 2021 , Rédigé par L'Express Publié dans #Education

Le déni de réalité de nos députés-autruches – La vie autrement

Dans la deuxième partie de ce grand entretien, l'épidémiologiste épingle Jean-Michel Blanquer qui n'a pas mis en place les mesures adéquates pour l'école.

Si la situation sanitaire française connaît une légère embellie depuis quelques jours, elle reste préoccupante. Plus de 30 000 nouveaux cas de Covid-19 sont enregistrés chaque jour en moyenne. Et pourtant, le gouvernement compte toujours lever progressivement les mesures sanitaires à partir du début du mois de mai. A ce rythme, la décrue ne sera pas suffisante dans une semaine pour espérer que l'épidémie soit maîtrisée pendant l'été, alerte Mahmoud Zureik, professeur d'épidémiologie et de santé publique à l'université Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et co-fondateur du Collectif "Du Côté de la Science", dans la première partie de notre grand entretien. 

Dans cette deuxième partie, le spécialiste rappelle que la timide baisse pourrait être enrayée notamment en raison de l'ouverture des écoles dès la semaine prochaine. Surtout, Mahmoud Zureik épingle le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, coupable de refuser la réalité des faits depuis des mois, retardant d'autant la mise en place de mesures qui auraient permis d'améliorer la situation sanitaire à l'école et en France.  

L'Express : L'entourage du ministre de l'Education nationale Jean-Michel Banquer a déclaré que "la situation sanitaire n'a pas fléchi, [ce qui] accrédite le fait que la fermeture des écoles n'a aucun impact. On se contamine moins à l'école que dans le milieu intrafamilial". Les faits sont pourtant têtus : la littérature scientifique montre que la fermeture des écoles a un impact sur la circulation du virus chez les enfants et dans la population générale. Le ministre n'est-il pas en plein déni de réalité ? 

Mahmoud Zureik : Si la déclaration provient de "son entourage", cela veut dire qu'elle a été autorisée par le ministre. Bien évidemment, c'est du déni de réalité et la suite des évènements lui donne tort car nous observons une amélioration de la situation sanitaire depuis la fermeture des écoles. Le virus circule chez les enfants : ils se contaminent à la maison, mais aussi à l'école. Et la circulation du virus dans les écoles est proportionnelle à la circulation dans le reste de la société. Ce refus de voir la réalité en face n'est pas nouveau chez lui et a eu un important impact négatif : cela a retardé la mise en place des mesures nécessaires pour sécuriser l'école. Et quand elles ont été prises, cela a toujours été à reculons, lorsque nous étions au pied du mur. Le port du masque pour les enfants de 6 à 11 ans, a par exemple été imposé avec deux trois mois de retard.  

Or, lorsque vous prenez des décisions au dernier moment et à reculons, vous n'encouragez pas l'adhésion au projet et aux objectifs. Si le gouvernement disait : "Je mets l'école au coeur de ma stratégie et je lui donne les moyens", s'il disait aux parents : "Dites à vos enfants qu'ils seront les héros de l'épidémie, que grâce à eux il va être possible de combattre le virus", soyez sûr que l'adhésion générale serait bien meilleure.

(...)

Propos recueillis par Victor Garcia

Suite et fin en cliquant ci-dessous (abonnés)

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