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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Nabil Wakim...

5 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature, #Langue

Le passager

Si ce n’est pas la preuve du grand complot arabe contre moi, je ne crois plus en rien. Je vais à Brive-la-Gaillarde. Brive-la-Gaillarde. Il n’y a pas plus français comme endroit : c’est la terre de Hollande, Chirac et des pommes du Limousin soigneusement vaporisées de pesticides. Et il faut que mes voisins de train soient un couple de vieux Libanais. Voici ce que ferait un Libanais normal : il leur tomberait dans les bras, d’où tu viens, et ta famille, ton nom surtout, oui ma mère vient de Jbeil (Byblos), mon père du sud du Liban. Une conversation remplie d’indices invisibles pour le non-Libanais, mais qui donne à comprendre rapidement à quel culte microscopique on appartient, au moins en théorie, et où on se trouve dans l’échelle sociale tordue de ce pays.

Mais moi, je ne sais pas faire tout ça. J’ai trop honte. Honte de mon arabe haché, de mon accent ridicule, de mon vocabulaire qui ne dépasse pas la liste de courses. Le pire pour moi : je comprends presque tout ce qu’ils disent, et je suis sûr qu’ils ont compris qui j’étais. Enfin, qui ils pensent que je suis : un Libanais malpoli qui ne daigne pas leur adresser la parole. Peut-être que ce sont des Libanais très français et qu’ils s’en foutent, qu’ils ne pensent pas que, dès qu’on croise l’un des « nôtres », on doit mélanger nos sangs et nos histoires familiales pendant toute la durée du voyage ? Dans la série télévisée Highlander que diffusait M6 quand j’étais collégien, les immortels se reconnaissent de loin, en sentant un changement dans l’atmosphère. Ils savent d’instinct que l’un des leurs vient de pénétrer dans leur espace vital. Je ressens toujours la même chose en présence d’un Libanais. Sauf que moi, je ne sais pas quoi faire. Je bloque. Pourquoi je suis incapable de leur dire bonjour, au lieu de taper ces lignes, recroquevillé derrière mon ordinateur ? J’ai l’air bizarre, avec mon écran tourné vers le couloir, pour éviter qu’ils voient ce que j’écris. J’ai eu l’idée de ce livre la semaine dernière et voilà ce qui me tombe dessus ! C’est plus qu’un coup du sort, c’est un complot sataniste mené par l’algorithme qui distribue les sièges de la SNCF. J’ai plein de raisons de ne pas leur parler. J’ai autre chose à faire, j’ai faim, j’ai du boulot, je suis en vacances, je dois regarder la deuxième saison de cette série norvégienne sous-titrée en anglais. Je dois réfléchir à mon travail certainement très important. Penser aux cadeaux de Noël de ma fille. Décompresser. Je suis en vacances, je ne peux pas toujours faire des efforts. Je décompresse vachement, là.

Nabil Wakim - L'Arabe pour tous. Pourquoi ma langue est taboue en France

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Covid-19 : la campagne de vaccination des enseignants en est encore au stade de brouillon

5 Avril 2021 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

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Brouillon d'une page de L'Education sentimentale - Gustave Flaubert

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé que les premiers enseignants seraient vaccinés d'ici à la fin du mois d'avril, mais uniquement ceux qui travaillent en contact avec des enfants atteints de handicap. La réouverture des établissements scolaires est pourtant prévue le 26 avril.

Les enseignants vont-ils pouvoir bénéficier de la vaccination contre le Covid-19 "courant avril", comme le souhaite Jean-Michel Blanquer ? En réalité, pas tous à la fois. Invité sur franceinfo, dimanche 4 avril, le ministre de l'Education nationale a introduit l'idée d'un ciblage progressif au sein de cette catégorie professionnelle. Seront d'abord concernés les professeurs et agents qui "s'occupent des enfants en situation de handicap", puis ceux qui travaillent avec des enfants de maternelle, qui ne portent pas de masque. Le reste des enseignants devrait être éligible par la suite, selon "un raisonnement par âge", avec pour objectif "souhaitable" de "faire ça au cours des deux prochains mois"… soit à la mi-juin, juste avant les vacances d'été.

Certes, le ministre de la Santé, Olivier Véran, avait déjà cité sur France Inter, le 1er avril, le cas des enseignants "au contact d'enfants atteints de handicap" dans les unités localisées pour l'inclusion scolaire (classes Ulis). Ce qui représente, au total, "entre 50 000 et 100 000 enseignants" à vacciner "le plus rapidement possible". Mais dimanche, Jean-Michel Blanquer a donc validé une mise en place de critères de priorité plus larges au sein du personnel éducatif. Ces règles sont toujours en cours d'élaboration, a ajouté le ministre de l'Education nationale, ce qui offre encore peu de lisibilité aux intéressés.

Un ordre de priorité qui reste à définir

De quoi surprendre les syndicats. "On découvre qu'il y a peut-être un ordre de priorité qui est en train d'être établi. Donc il faut absolument qu'on en discute", a réagi sur franceinfo Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU. Les écoles sont surveillées de près durant cette épidémie. Avant leur fermeture pour plusieurs semaines, le 2 avril, l'AFP comptabilisait 11 272 classes fermées sur 528 400 (2,1%) sur l'ensemble du territoire, après identification d'au moins un cas de Covid-19. Le nombre de membres du personnel testés positifs était également en hausse, passant de 2 515 à 2 771 la semaine précédente.

Selon Sophie Vénétitay, après "l'échec" des fermetures d'établissements scolaires, il faut donc vacciner largement le personnel et les professeurs volontaires afin de ne "pas rater la réouverture" prévue le 26 avril. Cet objectif ne sera sans doute pas atteint. Lundi, sur TF1, Olivier Véran a précisé que seule la vaccination des enseignants "qui travaillent en lien avec des enfants atteints de handicap" débuterait à la fin du mois d'avril. En attendant, ici et là, des initiatives locales ont été lancées. Fin mars, à Paris, les six maires d'arrondissement LR ont mis en place un système qui permet aux enseignants ayant une comorbidité de bénéficier de doses non utilisées. 

Patience, voilà donc le mot d'ordre dans les établissements scolaires. Le 31 mars, l'allocution d'Emmanuel Macron avait pourtant suscité quelques espoirs parmi les enseignants. Le président avait évoqué une "stratégie spécifique" pour "toutes les professions les plus exposées" – sans autre détail sur un ordre de priorité. Quelques jours plus tôt, à Valenciennes (Nord), il avait également déclaré qu'à "partir de la mi-fin avril", la France allait recevoir de plus en plus de vaccins, et qu'il serait alors envisageable "d'avoir des campagnes ciblées" sur plusieurs publics, dont les enseignants. Sans préciser, là non plus, d'ordre de passage pour les professionnels concernés.

Des livraisons de vaccins qui devraient augmenter

Cette approche graduée est fréquente dans les autres pays européens qui ont déjà ouvert la vaccination aux enseignants, recensés récemment dans un rapport de l'OCDE (en PDF) consacré à l'enseignement. Les enseignants éligibles sont parfois déterminés en fonction de critères d'âge (Autriche, Allemagne, République tchèque ou Lettonie) ou en fonction du niveau ou de la nature des classes concernées (Allemagne, Lettonie, Pologne, Portugal, Slovénie ou Espagne). A ce stade, souligne l'OCDE, "la quantité limitée des livraisons et les enjeux de santé publique concurrents" ne facilitent pas le choix des publics prioritaires.

L'augmentation des livraisons pourrait-elle permettre de rebattre les cartes ? Au total, plus de 12 millions de doses de vaccin sont attendues en avril, selon Alain Fischer, le président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale. De nombreux responsables politiques y voient l'occasion de monter en régime pour soulager la pression épidémique dans les écoles. Dans une tribune parue dans Le JDD, le maire de Saint-Denis, Mathieu Hanotin, et le président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Stéphane Troussel, estiment notamment que "les dotations de doses pour le [vaccinodrome du] Stade de France en avril peuvent permettre d'accueillir les professionnels" volontaires.

La France compte 1,2 million d'enseignants et d'agents de l'Education nationale. Une petite partie, qui reste à évaluer, a pu bénéficier du vaccin car elle répondait aux critères des règles communes (comorbidités…). Mais le défi logistique reste immense, avec l'ouverture de la vaccination aux plus de 60 ans, à la mi-avril, sans compter l'ouverture de la campagne aux forces de l'ordre, également prévue à la fin du mois. La France attend près de 3 millions de doses la semaine du 5 avril, avec une montée en régime progressive. Un peu tard, toutefois, pour éviter la fermeture des écoles.

France Info/AFP

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L’école face au Covid - (Audio)

5 Avril 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

L’école face au Covid - (Audio)

Alors que les crèches et les établissements scolaires sont de nouveau fermés afin de freiner la propagation du virus, Etre et savoir s'interroge : quelle continuité dans les apprentissages, dans quelles conditions et par quels moyens ?

Comment faire face à cette période bouleversée par la pandémie ? Quand l’école ferme et que le calendrier bousculé rend l’organisation du travail des parents et du quotidien des élèves plus compliqué ? Beaucoup plus compliqué, et j’entends par "période bouleversée" un moment qui dépasse largement le temps de l’école à distance car même avant l’arrêt des cours en présentiel, cette année était loin d’être normale. Nous allons réfléchir aujourd’hui à ses effets sur la scolarité et les apprentissages à court et moyen terme.

Avec nos invités - Edouard Geffray, directeur général de l'enseignement scolaire au Ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et des sports (Dgesco), Anouk F., professeure des écoles, créatrice du blog Merci Maitresse – chroniques scolaires (presque) ordinaires, Philippe Watrelot, professeur de sciences économiques et sociales au lycée (Essonne), formateur à l’INSPE (Institit National supérieure du professorat et de l'éducation) de Paris, Mélanie Lusetti, psychologue de l’Education Nationale EDA (éducation développement et apprentissage) sur l’académie d’Aix Marseille et Didier Georges, principal en collège à Paris, élu au Snpden Unsa - nous parlerons des moyens de la continuité pédagogique, avec l’école en lien avec les professeurs mais aussi grâce aux autres supports. Ils sont de plus en plus nombreux : livres, vidéos, podcasts et radio. Comment s’y retrouver ? Des enseignants nous donneront des conseils !

En tout cas vous pouvez écouter France Culture sans modération, la chaîne qui offre des podcasts dans de nombreuses disciplines a bouleversé ses programmes et vous propose des après-midi centrés sur l’éducation et les savoirs, avec un magnifique programme avec des lettres à 15h et des sciences à 16h ! C’est pourquoi vous entendrez Etre et Savoir à 14h pour au moins trois semaines ou à 21h si vous préférez, et toujours en podcast sur le site de la chaîne ou l’application Radio france.

Louise Tourret

A écouter en cliquant ci-dessous

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Revue de Presse Education... Avant — Après — Pendant ce temps — Supérieur — Divers...

5 Avril 2021 , Rédigé par Les Cahiers Pédagogiques Publié dans #Education, #Médias

Revue de Presse Education... Avant — Après — Pendant ce temps — Supérieur — Divers...

La semaine s’est coupée en deux : avant et après l’intervention du Président. Heureusement yaurapas que du Covid.


Avant

Colère, épuisement, ces mots reviennent en ce début de semaine. Ainsi, Les écoles du Val-d’Oise au bord de la crise de nerfs, “Alors que les cas de Covid-19 se multiplient à grande vitesse au sein des établissements, la vie scolaire se vit désormais en pointillé, entre les classes fermées, et celles qui se retrouvent sans enseignant.”

"Je suis épuisée" : les écoles de la Loire face à une crise aiguë du remplacement “La semaine dernière, dans la Loire, jusqu’à 60 postes d’enseignants n’ont pas été remplacés dans les écoles. En cause, des professeurs testés positifs ou cas contact. C’est le cas notamment à l’école du Centre, à La Ricamarie, où les titulaires disent leur grande fatigue.”

Au lycée de Drancy, 20 élèves ont perdu un parent du Covid : que sait-on ? “Si l’exécutif souhaite maintenir les écoles ouvertes, les enseignants réclament la fermeture du lycée Eugène Delacroix à Drancy où la situation sanitaire est "alarmante".”

Covid-19 : « Dans les établissements scolaires, on écope comme on peut la troisième vague, mais pas question de le faire en silence » Tribune de Anne Urbain, professeure de lettres au lycée Blaise-Cendrars, à Sevran. “Anne Urbain, professeure de lettres et autrice, témoigne, dans une tribune au « Monde », des difficultés de la crise sanitaire et de l’état d’esprit des enseignants et des élèves dans son lycée de Sevran, en Seine-Saint-Denis.”
"La situation est ingérable" : pourquoi l’Éducation nationale est à court d’enseignants remplaçants se demande Anthony Cortes

Fermera, fermera pas ? se demande Cécile Blanchard Rédactrice en chef des Cahiers pédagogiques dans Alternatives économiques. “Faut-il ou non fermer de nouveau toutes les écoles et renvoyer tous les élèves chez eux ? La question se pose de manière récurrente depuis la reprise de l’épidémie en octobre. La fermeture des écoles, collèges et lycées avait été décidée brusquement en mars 2020.” pour abonnés

« Si on veut garder l’école, il faut vacciner les enseignants » considère Christine Rouzioux sur LCI.
Certain sont plus radicaux : École : et si nous nous passions de ministre ? “Notre système éducatif a besoin de stabilité, estime Cédric Forcadel. Maître d’école, il plaide pour une « constituante » de l’éducation qui ne ferait plus dépendre l’école des changements de majorité au pouvoir et de la succession de ministres.”
Et dans Libération Ecoles : Blanquer, du déni à l’effet domino “Le ministre de l’Education nationale s’obstine à ne pas imposer la demi-jauge pour tout le monde et garde les écoles ouvertes coûte que coûte. Pendant ce temps là, les établissements se vident de leurs élèves et de leur personnel scolaire.”

Après

Fermetures de classes, protocole sanitaire… ce qui change dans les écoles à partir de lundi
“Alors que le pays fait actuellement face à une troisième vague de contaminations au Covid-19, la question de la fermeture des établissements scolaires revient sur le tapis. Le gouvernement met en place de nouvelles mesures à compter de ce lundi, toutes destinées à freiner l’épidémie dans les écoles du pays.”

L’Etudiant annonce : Covid-19. Fermeture des écoles et lycées, vacances modifiées... ce qui change à partir du 6 avril

« La situation sanitaire dans les écoles met en danger l’ensemble de notre réponse à l’épidémie » Tribune, d’“Un collectif de médecins et de parents d’élèves, parmi lesquels Djillali Annane, Dominique Costagliola et Gilles Pialoux, estime, dans une tribune au « Monde », que la fermeture des écoles « n’entraînerait pas mécaniquement une catastrophe éducative au pays des Lumières ».”

Enseignement à distance : "On a appris au printemps dernier et on fera sans doute mieux", affirme la secrétaire générale adjointe du SNPDEN “"On était dans une situation qui était compliquée, là où on a une feuille de route", affirme sur franceinfo Florence Delannoy après l’allocution d’Emmanuel Macron.”

Mais pour Michel Desmurget : « Le télé-enseignement est une parodie éducative » dans sa TRIBUNE au Figaro. “Pour le directeur de recherche en neurosciences à l’Inserm et essayiste, le premier confinement a révélé que l’enseignement numérique ne pouvait être que temporaire et de courte durée. Car il favorise le décrochage des élèves et accroît les inégalités.”
Pour Rodrigo Arenas, membre de la FCPE : Covid-19 : dans les écoles, la difficile adaptation à l’enseignement à distance.

Covid : le bac et les concours devraient être maintenus “Le ministre de l’Education nationale a affirmé vouloir maintenir les épreuves finales du bac, dont la nouvelle épreuve du grand oral. Dans l’enseignement supérieur, les concours sont maintenus, à l’inverse des examens en présentiel qui devront être reportés.”

Si on ouvre un peu la focale : La France à part dans sa gestion de la crise sanitaire “Quel bilan dresser de la gestion de la crise sanitaire ? L’OCDE publie le bilan de la première année de Covid 19 dans l’Ecole. L’organisation examine comment les systèmes éducatifs ont réagi dans 30 pays. Il s’en dégage que la France n’est pas le seul pays à avoir maintenu l’école ouverte longtemps. Par contre elle fait partie des rares pays qui ne donnent pas la priorité aux enseignants pour la vaccination. Et se dessinent des choix pédagogiques français qui tous ciblent les minorités ethniques.”

Pascal Plantard, anthropologue : « A la faveur de la crise, parents et enseignants ont connu un rapprochement inédit  » “La bascule dans l’enseignement à distance, pour freiner l’épidémie, a modifié les pratiques et les relations entre enseignants, parents et élèves, estime l’anthropologue. Des changements à avoir en tête, à la veille d’un reconfinement scolaire.” Propos recueillis par Mattea Battaglia

Après cette décision les recteurs s’expriment.
Éducation : le recteur de Besançon souhaite « mieux coordonner l’enseignement à distance »
Reconfinement : "Ça va bien se passer", affirme la rectrice de l’académie de Dijon
Confinement et écoles : ce qu’il faut retenir de l’interview de la rectrice de l’académie d’Orléans-Tours
“Invitée du 12/13 de France 3 Centre-Val de Loire ce vendredi 2 avril, Katia Béguin, rectrice de l’académie d’Orléans-Tours, a répondu à nos questions. Voici ce qu’il faut en retenir.
Pour la rectrice de l’académie de Lille, la fermeture des écoles était la "meilleure solution"

Après les annonces présidentielles, parents et enseignants livrés à eux-mêmes
déclarent Yannick Trigance, secrétaire national à l’Éducation et à l’Enseignement supérieur et Vincent Duchaussoy, secrétaire national en charge du Travail, des Nouvelles Formes de travail et de l’Emploi. “Conscient d’avoir perdu son « pari » de la fin janvier, mais toujours incapable de l’admettre, le président de la République s’est enfin résolu à annoncer des mesures de freinage supplémentaires face à la progression non maîtrisée de l’épidémie. Mais une fois encore, comme depuis un an, la méthode interroge.”


Pendant ce temps

Loi sur les langues régionales : l’appel de l’UDB Kreiz Breizh aux députés du Centre-Bretagne “​L’UDB Kreiz Breizh appelle, dans un communiqué, les députés du Centre-Bretagne à voter « conforme » la proposition de loi sur les langues régionales présentée par le député LREM Paul Molac. Proposition de loi qui sera présentée jeudi 8 avril 2021 devant l’Assemblée nationale.”

Le Sénat interdit les signes religieux aux mamans accompagnatrices “Sans surprise la majorité de droite du Sénat a adopté le 30 mars un amendement à l’article 1 de la loi séparatisme interdisant le port de signes religieux aux mères accompagnatrices lors des sorties scolaires ou des interventions en classe. Le gouvernement a pris parti contre cet amendement. Le projet de loi devra revenir vers l’Assemblée pour que la mesure entre en vigueur.”


Supérieur

À l’Université, un peu de présentiel mais beaucoup de « demerdentiel » pour les profs “Habitués des amphithéâtres remplis de centaines d’élèves, les professeurs de l’Unistra expérimentent depuis mars 2020 l’enseignement à distance. Mettant à rude épreuve leurs capacités d’adaptation, c’est sur eux qu’a pesé toute la mise en place des nouvelles méthodes d’enseignement.” par Camille Balzinger

Yves Granjon, « La perception de l’enseignement à distance par les étudiants en situation de confinement : premières données », Distances et médiations des savoirs [En ligne], 33 | 2021, mis en ligne le 16 mars 2021, consulté le 30 mars 2021. “Cette étude propose une analyse du vécu des étudiants face à un enseignement à distance imposé en période de confinement et principalement constitué d’une simple transposition numérique de l’enseignement classique. Plus de 7000 étudiant(e)s de l’Université de Lorraine ont répondu à une enquête sur l’enseignement à distance dispensé depuis mars 2020.”

Maintenir ou pas les concours : les grandes écoles en rangs dispersés "Si le réseau des Sciences Po a renoncé à ses épreuves écrites sur table, d’autres écoles, en particulier celles qui recrutent en prépa, maintiennent leurs examens, écrits et oraux. Quitte à changer leurs modalités au dernier moment."


Divers

Mais bien intéressant !

Au collège La Justice de Cergy-Pontoise, « mettre l’architecture au service de toutes les pédagogies  »

Transformer l’apprentissage des maths, un défi pour l’école par Line Numa-Bocage, Professeure des Université Science de l’éducation, Psychologue, CY Cergy Paris Université ; Imène Ghedamsi-Lecorre, Professor, Université de Tunis El Manar ; Thomas Lecorre, Maitre de conférences, laboratoire BONHEURS, CY Cergy Paris Université.

Les Rendez-Vous de l’Orientation “L’Onisep propose un nouveau rendez-vous aux équipes éducatives. Toutes les 6 semaines environ, une personnalité de l’orientation, de l’éducation, partagera son point de vue et son expertise sur le processus d’orientation.” Première conférence par Frédérique Weixler.

Le corps a-t-il encore sa place dans l’enseignement à distance ? par Marion Tellier, Professeure des Universités en didactique des langues, Aix-Marseille Université (AMU)

Sédentarité : des initiatives pédagogiques pour atténuer la souffrance des étudiants par Franck Luccisano, Professeur d’Education Physique et Sportive, SKEMA Business School

Bernard Desclaux

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Niagara...

4 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Aurélien Bellanger...

4 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Apollo 11 s’était vengé de Spoutnik et Gagarine frôlait l’échec et mat. Les ingénieurs russes hésitaient encore entre l’avion spatial et la station orbitale, mais le cœur n’y était visiblement plus. Le choix retenu, aux dernières nouvelles, était d’abandonner la navette Bourane – tempête de neige – au profit d’une station ravitaillée par des vaisseaux Soyouz – « soyouz », qui signifie « union », comme dans « Union soviétique », mais que les Russes eux-mêmes appellent le camion de l’espace, comme si leur rêve spatial était fini depuis longtemps. Ou comme s’il s’était insidieusement transformé en un rêve plus prosaïque et plus mesquin, un rêve très proche de celui qui s’incarnait à l’autre bout du continent européen, dans l’Europe de la CEE et de la libre circulation des biens : un continent de camions immaculés lâchés sur les orbites basses des autoroutes transnationales et confrontés à des défis techniques pas moins exaltants que ceux que relevaient les prestigieux Soyouz : franchissement des mers intérieures, des cols alpins et des grands centres urbains congestionnés.

Aurélien Bellanger - Le continent de la douceur

Le continent de la douceur - Aurélien Bellanger - Babelio

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A lire... "Des filles chez les garçons - L'apprentissage de la mixité" par Geneviève Pezeu

4 Avril 2021 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education

Cet ouvrage révèle une histoire méconnue, celle de l’accès des filles à l’enseignement secondaire masculin au XXe siècle. L’auteure retrace la construction progressive d’une mixité, mais aussi les liens entre mixité, émancipation et égalité. Elle s’est appuyée sur ses expériences d’enseignante formatrice, sur les Archives nationales et départementales et des enquêtes auprès des familles, inspecteurs, enseignants et historiens de l’éducation. Comment les établissements scolaires en sont-ils venus à accueillir des filles et des garçons au cours du XXe siècle ? Elle cite des chercheurs qui l’ont précédée, les historiennes Françoise Mayeur et Rebecca Rogers, ou la philosophe Nicole Mosconi et la sociologue Catherine Marry.

Geneviève Pezeu fait le choix de se focaliser sur l’enseignement secondaire et étudie la façon dont la mixité s’est installée dans les territoires et le temps. Elle prolonge ainsi l’article «  Pour une histoire de la mixité  », publié en 2011 sur le site des Cahiers pédagogiques, afin d’accompagner le numéro 487 de la revue, «  Filles et garçons à l’école  », qu’elle a coordonné avec Isabelle Collet.

La scolarisation des filles, du moins pour ce qui concernait l’État, ne s’est pas réalisée au même rythme que celle des garçons : création des écoles centrales en 1795 pour les garçons de 12-16 ans, remplacées par les lycées payants en 1802 par Napoléon, les filles n’y ayant pas accès (sauf dans les maisons d’éducation de la Légion d’honneur). Les structures d’enseignement féminines de niveau secondaire restent privées pour les jeunes filles de la bourgeoisie. Il faudra attendre 1850 pour créer les écoles communales de filles, puis 1880 pour des lycées d’État féminins dans les grandes villes et des collèges municipaux de filles. Mais pas question de leur donner toutes les connaissances ! Moins de mathématiques et latin, pas de grec, plus de langues et d’art et des matières relevant de l’économie domestique.

Dans les années 20 et 30, le système ancien est dépassé et les jeunes filles aspirent à davantage d’éducation (pétitions de pères de famille, les couches moyennes réclament plus de culture et de formation). La co-instruction ou le coenseignement se justifient par des logiques économiques locales et sont parfois un moyen de répondre à la concurrence de l’enseignement privé. Des précautions matérielles sont prises dans l’organisation du travail et des loisirs, car les pédagogues s’interrogent. Mais les rapports d’académie révèlent que les filles sont à l’origine d’une émulation intellectuelle et de changements positifs chez les garçons.

En 1945, les Françaises obtiennent enfin le droit de vote, l’administration centrale n’est pas hostile à la mixité et, sous l’influence de Gustave Monod, directeur de l’Enseignement secondaire, quelques nouveaux établissements s’organisent en structures mixtes dès leur création, notamment avec les classes nouvelles et les établissements expérimentaux. En décembre 1956, le substantif «  mixité  » apparait pour la première fois dans un article publié dans les Cahiers pédagogiques. Il évoque ses aspects positifs. Jusque-là, on parlait de «  coéducation  ». On y développe les avantages intellectuels, sociaux et moraux de la mixité.

Même si elle progresse dans les années 60, il faudra attendre 1976 pour que la mixité soit totalement effective. Elle ne suffit pas à déconstruire les normes patriarcales, à garantir une égalité entre femmes et hommes. Les filles ont accès à tous les niveaux de l’enseignement, mais pas toujours à parité avec les garçons.

La fin de l’ouvrage soulève des interrogations : comment gérer la mixité dans le cadre scolaire et ne pas différencier les origines et le sexe des élèves, au nom de la justice et de l’égalité ? Il nous faut adapter nos formations pédagogiques, car nous avons pris conscience de ces enjeux trop tardivement. L’auteure propose de réfléchir à un nouveau concept éducatif, l’«  hétérosociabilité égalitaire  », pour une pédagogie de l’équité.

Réjane Lenoir - Les Cahiers Pédagogiques

Interview de Geneviève Pezeu à lire en cliquant ci-dessous

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Les profs, cet «électorat perdu» d’Emmanuel Macron

4 Avril 2021 , Rédigé par Médiapart Publié dans #Education

Les profs, cet «électorat perdu» d’Emmanuel Macron

EXTRAITS

Le divorce semble consommé entre les enseignants et le président de la République, alors même que ce dernier avait su rallier une partie de cet électorat en 2017. Essorés par la crise sanitaire, épuisés par des réformes menées à fond de train, les profs ne sont cependant pas entièrement rassurés par l’offre politique à gauche.

Des écoles, collèges et lycées qui finissent portes closes après des semaines de fermetures en cascade, des contaminations qui montent en flèche, et le vaccin dont on ne sait pas encore s’il sera administré en priorité aux enseignants : les profs payent au prix fort la troisième vague de Covid-19 et la gestion très hasardeuse de l’épidémie en milieu scolaire. Cette crise vient s’ajouter aux coups reçus depuis quatre ans par le corps enseignant.

Car depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron, les réformes se sont succédé à toute allure pour le premier comme pour le second degré. De quoi alimenter une détestation profonde du ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer et les appels à sa démission récurrents sur les réseaux sociaux. « Je ne vois qu’Allègre, si l’on cherche une comparaison, à être resté si longtemps ministre et avoir été si impopulaire », confirme Laurent Frajerman, chercheur en sociologue au Cerlis (Centre de recherche sur les liens sociaux, université Paris V) et œuvrant à l’Observatoire de la vie fédérale FSU (premier syndicat enseignant).

Le président de la République n’est guère mieux considéré que son ministre, car tenu pour responsable de salaires en berne, de la baisse possible du niveau des retraites et de la remise en cause profonde du statut de fonctionnaire.

(...)

La tentation de l’abstention en cas de duel Macron-Le Pen au second tour ? L’hypothèse n’est plus taboue chez les enseignants, confirme Laurent Frajerman, alors même que ces professionnels sont parmi les plus allergiques à l’extrême droite. 

En 2017, à la présidentielle, deux candidats avaient percé dans des proportions assez équivalentes : Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. « Les deux performances étaient assez remarquables, au détriment des partis de centre-gauche traditionnels, remarque Laurent Frajerman. Il faut noter que la situation était atypique, avec un président socialiste qui n’était pas candidat à sa propre succession. C’est sur cet électorat de centre-gauche que Macron a prospéré. » Tout en « faisant le pont » avec la part, certes minoritaire mais constante, des enseignants votant « au centre-droit »

Mais il n’y a guère de miracle en matière électorale, poursuit le chercheur : « Un ministre auquel les profs sont allergiques, l’addition est payée à l’élection suivante et Emmanuel Macron le sait bien. » Et tant pis si cela signifie perdre pour de bon l’électorat enseignant. « Si le président a conservé Jean-Michel Blanquer à son poste, c’est parce que ce ministre ne s’adresse pas aux profs mais aux parents d’élèves. Le point de non-retour, c’est le “prof bashing” l’an dernier, où l’on a vu un ministre de l’éducation jeter les enseignants en pâture. » Jean-Michel Blanquer, au cours du premier confinement, a effectivement critiqué les « 5 % de profs décrocheurs »« pas à la hauteur », heurtant profondément ses troupes. « De ça, les enseignants se souviennent, et il y aura des gens pour le rappeler en salle des profs l’an prochain. » 

(...)

L’enseignement à distance, total les premiers mois, puis mis en place de manière chaotique et disparate dans le secondaire depuis novembre, a creusé d’autres blessures. « On nous a demandé de faire des cours en distanciel comme si c’était naturel, mais un cours est une construction collective avec les élèves, juge Sarah* (le prénom a été modifié), professeure d’espagnol remplaçante dans deux collèges parisiens. Ce n’est pas un monologue, et la perte de sens pour les enseignants comme pour les élèves est énorme, très difficile à vivre. » 

Damien Joron, professeur d’histoire dans un grand lycée de Marseille, ressent également une forte amertume lorsqu’il repense à l’année écoulée : « Tout à coup, on a découvert que l’école était importante, un lieu de socialisation et d’apprentissage. Mais l’école a surtout manqué comme garderie ! » La fermeture des établissements divise d’ailleurs les enseignants – conscients des risques d’isolement et de décrochage pour des milliers d’élèves. Elle cimente néanmoins autour du rejet de la politique du sauve-qui-peut menée jusque-là par le gouvernement. « On a l’impression d’avoir un ministre qui ne prend pas ses responsabilités, constate Damien Joron. Et nous nous retrouvons en première ligne face aux élèves, à leurs parents, à devoir justifier des choix qui ne sont pas les nôtres. »

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« Nous sommes vraiment traités comme des moins que rien »

Ce sentiment d’être « maltraités » s’enracine cependant bien au-delà de ces 12 derniers mois catastrophiques sur le plan sanitaire. Sophie*, professeure d’arts plastiques en collège, 25 ans de maison, s’est engagée auprès des Stylos rouges en raison du « mépris » de la hiérarchie pour son travail et un métier qu’elle ne reconnaît plus. Depuis quatre ans, « c’est l’enfer », dit-elle. « Quand on me demande le boulot que je fais, je réponds “un boulot de con”. J’ai honte d’être prof. »

Pointée du doigt, une politique assumée « de démolition, de pilonnage de l’institution scolaire », selon les mots de Thibault. Avec ses corollaires : une opacité grandissante des prises de décision, des profs qui se sentent poussés vers la sortie pendant que le gouvernement recrute des contractuels, l’atomisation des collectifs de travail.

De quoi écœurer même les plus allants. « Quand Blanquer est arrivé, on avait plutôt des bons rapports avec lui, témoigne Krisna Mithalal. Mais très rapidement, nous avons éprouvé ses méthodes verticales : il nous utilise comme des faire-valoir mais ne nous écoute pas. » « Le vrai sujet, c’est moins Macron que Blanquer : son caporalisme qui écrase le corps enseignant, son populisme infantilisant, son idéologie ultralibérale qui lui fait privilégier le secteur privé et considérer que les problèmes scolaires des enfants, c’est de leur faute et non celle des déterminismes sociaux », observe également Yannick Trigance, secrétaire national du PS chargé de l’éducation, qui fut enseignant puis inspecteur d’académie.

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Dans le premier degré, le dédoublement des classes de CP et de CE1 en zone d’éducation prioritaire, souvent salué comme la grande réforme sociale du quinquennat, s’est fait « à moyens constants » et au détriment des autres classes, souligne Gregory Treiber, professeur des écoles de Touraine en REP+, et qui enseigne à 28 élèves en CE2. « C’est de la poudre aux yeux. Ce dont ont besoin tous les élèves, c’est de plus de maîtres spécialisés [les Rased – ndlr], de psychologues scolaires, d’éducateurs, de personnel qualifié ! » 

L’enseignant cite aussi, sur la liste de ses griefs, une atteinte à la liberté pédagogique liée à la réforme de l’inspection, la transformation des instances paritaires qui limite la contestation des décisions hiérarchiques et le rôle des syndicats, ainsi que la multiplication des contractuels, sur tout le territoire, embauchés et débauchés à loisir dans le cadre d’une fonction publique souhaitée, comme ailleurs, plus « flexible ».

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Il y a eu enfin la séquence politique ratée après l’attentat contre Samuel Paty, lors de laquelle n’ont eu lieu ni la demi-journée de discussion promise, ni une minute de silence « digne de ce nom », ni même le déplacement symbolique, le jour même, sur les lieux de l’assassinat, d’un ministre qui se rendait pourtant, il y a quelques jours, en hélicoptère, dans un internat d’excellence. 

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« Le vote des enseignants sera un sujet majeur pour la gauche », pronostique Yannick Trigance, au PS, qui a publié, vendredi, un communiqué de presse dénonçant la fermeture, « sans anticipation aucune ni concertation préalable », des classes pour les trois prochaines semaines. « Le président laisse un week-end aux enseignants pour inventer une organisation efficiente. On pourrait penser que l’expérience du confinement précédent a permis de mettre en place des protocoles adaptés ; il n’en est rien ! »

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Isabelle compte encore sur son camp historique pour éviter que la l’Éducation nationale ne sombre : « Cela me semble déjà compliqué aujourd’hui de remettre l’école publique en marche… Donc je souhaite une alliance, mais en réalité, je voterai pour celui qui aura le plus de chance de porter la gauche au second tour. Pas que parce que je suis prof. Mais parce que que si Macron est réélu, c’est terminé. Je ne vois pas qui d’autre pourrait défendre les services publics, si ce n’est la gauche. »

Mathilde Goanec et Pauline Graulle

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Coup de coeur - Jean-Marie Laclavetine...

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Puissance de la littérature et de la poésie. Tu en connaissais quelque chose, toi qui t’es laissé ensorceler par les féeries de Lorca et de Machado. J’ignore comment tu en es arrivée à la grande littérature espagnole, à quel âge tu as sauté le pas entre Fantômette et Ignacio Sánchez Mejías, mais je sais que les livres ont été pour toi, comme pour moi et pour tant d’autres, un instrument d’exploration, un élixir d’éternité, une barque pour naviguer sur le fleuve qui sépare nos royaumes respectifs. Je ne me souviens pas d’en avoir parlé avec toi. Je ne sais pas ce qui t’a conduit vers eux, comment tu as réalisé leur pouvoir, mais j’imagine qu’il y a eu un moment précis, une révélation. Pour ma part je me souviens parfaitement, tel Aureliano Buendía face au peloton d’exécution dans Cent ans de solitude, de ce lointain après-midi où Alexandre Dumas m’emmena faire connaissance avec la mort. Laisse-moi te le raconter.

 

Étais-tu présente ce jour-là, dans notre appartement de la rue Blaise-Pascal, je ne le sais plus. Je devais avoir douze ou treize ans, c’était avant la Chambre d’Amour, c’est certain, avant la grande vague millésimée 1968.

 

Disons que tu étais là. Souviens-toi, la cuisine est étroite, pour les repas nous nous serrons autour d’une petite table en formica : toi, Bernard, Dominique, moi, les parents. Les repas sont riches, souvent à base de friture, de beignets (d’aubergines, de cervelle, de courgettes, de salsifis, de pommes de terre : le beignet est prêt à tout, il peut absorber l’univers, il résume la vie, brûlant au-dehors et tendre au-dedans, tout habillé d’or et pourtant habitué des cuisines modestes, écœurant à la longue comme la vie quand on en abuse). Chacun de nous a sa spécialité : toi la rébellion spontanée, pendant un temps l’anorexie envisagée comme une arme fatale, moi l’insolence systématique et les facéties ravageuses au point de me faire surnommer Attila, Dominique le petit prince aux cheveux blonds et sa poésie angélique (il aura une période punk, tout de même), Bernard la droiture et la gentillesse mais une obsession balistique qui le conduit à expérimenter jusqu’à ses plus extrêmes limites l’art du jet de boulettes de mie de pain. Au sommet de sa technique il utilise la vitre convexe de la pendule accrochée au mur pour atteindre par ricochet la mise en plis impeccable de Maman, qui finit le repas avec la chevelure constellée comme un sapin de Noël et reste néanmoins impavide et souriante.

 

Jean-Marie Laclavetine - La vie des morts

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