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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Francis Ponge...

12 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Comme dans l'éponge il y a dans l'orange une aspiration à reprendre contenance après avoir subi l'épreuve de l'expression. Mais où l'éponge réussit toujours, l'orange jamais: car ses cellules ont éclaté, ses tissus se sont déchirés.

Tandis que l'écorce seule se rétablit mollement dans sa forme grâce à son élasticité, un liquide d'ambre s'est répandu, accompagné de rafraîchissement, de parfums suaves, certes, mais souvent aussi de la conscience amère d'une expulsion prématurée de pépins.

Faut-il prendre parti entre ces deux manières de mal supporter l'oppression?

L'éponge n'est que muscle et se remplit de vent, d'eau propre ou d'eau sale selon: cette gymnastique est ignoble.

L'orange a meilleurs goût, mais elle est trop passive, et ce sacrifice odorant. . .

c'est faire à l'oppresseur trop bon compte vraiment.

Mais ce n'est pas assez avoir dit de l'orange que d'avoir rappelé sa façon particulière de parfumer l'air et de réjouir son bourreau. Il faut mettre l'accent sur la coloration glorieuse du liquide qui en résulte et qui, mieux que le jus de citron, oblige le larynx à s'ouvrir largement pour la prononciation du mot comme pour l'ingestion du liquide, sans aucune moue appréhensive de l'avant-bouche dont il ne fait pas hérisser les papilles.

Et l'on demeure au reste sans paroles pour avouer l'admiration que suscite l'enveloppe du tendre, fragile et rose ballon ovale dans cet épais tampon-buvard humide dont l'épiderme extrêmement mince mais très pigmenté, acerbement sapide, est juste assez rugueux pour accrocher dignement la lumière sur la parfaite forme du fruit.

Mais à la fin d'une trop courte étude, menée aussi rondement que possible, il faut en venir au pépin.

Ce grain, de la forme d'un minuscule citron, offre à l'extérieur la couleur du bois blanc de citronnier, à l'intérieur un vert de pois ou de germe tendre.

C'est en lui que se retrouvent, après l'explosion sensationnelle de la lanterne vénitienne de saveurs, couleurs, et parfums que constitue le ballon fruité lui-même, la dureté relative et la verdeur (non d'ailleurs entièrement insipide) du bois, de la branche, de la feuille: somme toute petite quoique avec certitude la raison d'être du fruit.

Francis Ponge - Le parti pris des choses

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La France macronienne manque singulièrement d'imagination - Par Christophe Chartreux...

12 Avril 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique

J'écoute Camille Thomas et je rêve...

La France, depuis mai 2017, depuis l’avènement « Macron », manque singulièrement d’imagination. Le débat d'idées est d'une affligeante pauvreté. La parole politique se complait dans la médiocrité. Comme me le disait très récemment Cécile Alduy:

"Seule la littérature peut donner forme à nos vies démantibulées".

Je m’amuse souvent sur les réseaux sociaux. Sur Twitter en particulier que je squatte plus que de raison. L’affaire « Benalla », pendant l’été 2018, plus récemment celle des diners interdits, ont provoqué un tsunami de micro messages. Parmi eux, ceux des soutiens du Président de la République. Quelle tristesse de lire cette suite de copiés-collés d’éléments de langage, sans même que les ministres, secrétaires d’Etat, députés, autres élus et soutiens divers prennent la peine d’inclure quelques variantes pour masquer la martingale. Certains de leur toute puissance, ils méprisent l’imagination. Ils l'assassinent!

Ce ne sont pas les « ouvrages » - gloire à l’inventeur des guillemets - parus après l’élection du dernier locataire de l’Elysée qui ont relevé le niveau. Les Brice Couturier, Régis Debray, Olivier Duhamel, Pierre-André Taguieff, Philippe Reynaud, Alain Touraine ont tous taquiné leur souris – on ne trempe plus sa plume – pour proposer des dithyrambes plus ou moins enamourés. Laissant peu de place au rêve, la « Macronie » a installé sa « start-up nation » qui est à l’imagination ce qu’André Rieu est au violon : une faute de goût.

Pour tuer l’imagination, le pire des crimes, le candidat Macron a usé d’un subterfuge à dénoncer et à démonter.

Ce subterfuge tient en une expression : « En même temps ». Celle-ci élimine de fait l’altérité, la confrontation, le débat contradictoire. Vous vous trouvez embrassés dans une opinion généralisante, enveloppante, attrape-tout. Cette expression, tic de langage mais aussi arme de destruction massive, fut reprise par la journaliste Apolline de Malherbe pour titrer une émission régulière de BFM TV. C’est dire son succès.

Le candidat et Président Macron, c’est l’homme « favorable à une intervention militaire en Syrie et, en même temps, qui refuse le départ immédiat de Bachar el Assad ».

Qui « invite à renforcer nos frontières et, en même temps, à répondre pleinement de notre devoir d’accueil »

Qui «  veut multiplier les investissements d’avenir et, en même temps, faire preuve de sérieux budgétaire. »

Je pourrais écrire un livre entier en collationnant les phrases prononcées ou écrites par Emmanuel Macron, utilisant toutes l’expression « En même temps ». La pandémie de covid fourmille de ces exemples devenus marques de fabrique et, en même temps, de ridicule.

L’imagination, l’invention, le débat, la dispute disparaissent peu à peu dans un monde neutre, plat. Une banquise uniforme, monocolore. « Ni droite ni gauche »… « Plus de clivages »… Ne pas adhérer à la Macronie, c’est être déviant. C’est ne pas comprendre que l’avenir n’appartient pas à celles et ceux qui s’opposent, qui contredisent, qui projettent autre chose que l’horizon d’attente imposé par le « chef ». Le déviant contestataire n’a pas sa place en France macronienne. Il empêche la construction d’un pays lisse d’où sont absents les opposants, tous rangés dans le camp des extrémistes. D’où est absente l’imagination… C’est dangereux l’imagination pour un pouvoir tel que celui installé sous nos yeux.

Il est pourtant si doux, si nécessaire et vital, dans un monde où souvent la réalité est sombre, de coudre ensemble les fils de l’élégance, de la poésie et du rêve. 

A la place de l’imagination, Emmanuel Macron et ses affidés nous proposent le « rien ». A l’intérieur de ce « Rien », la Macronie offre des images auxquelles nous sommes priés d’adhérer. Images qui nourrissent les médias et réseaux sociaux. Elles provoquent immanquablement des commentaires au kilomètre, aussi inutiles et vains que les images elles-mêmes. Mais elles occupent des « parts de cerveaux disponibles » pour reprendre une formule devenue tristement célèbre. La critique s’efface. Le rêve disparait. Vive la start-up nation, ses slogans et son peuple de « collaborateurs » ! Soyez consentants, ne vous occupez de rien, nous créons POUR vous ! Malheur évidemment aux vaincus. Car il y en aura mais de ceux-là, il n’est jamais question en Macronie. Comme ont disparu les presque 100 000 morts de la crise sanitaire qui a déferlé sur la France, comme sur le monde, depuis un an.

Un cauchemar ! Le petit monde de l’arrivisme érigé en système ayant pour seules « valeurs » l’activisme et l’efficacité.

Un cauchemar ! Le petit monde où ne règnent plus que les trois « extrêmes » : l’extrême gauche, l’extrême droite et l’extrême centre macronien.

Un cauchemar où, sans que personne encore s’en soit alarmé, le Président de la République est imposé comme « le maître des horloges » ! Il faut avoir entendu les macroniens utiliser cette expression ! Même le temps serait donc prétentieusement à leurs bottes

Que reste-t-il quand l’imagination est morte ? Tout ! Tout ce que celles et ceux voulant s’ opposer à un modèle de société à ce point éloigné de l’humain auront à proposer.

A commencer par ces mots que j’écris… A commencer par la capacité qu’ont les français de refuser ce qu’on leur impose… A commencer par dénoncer la prétention du « maître des horloges.

A commencer par ton regard croisé un jour… Ce jour où nous avons compris que les mots seraient souvent inutiles. Sauf la littérature.

Nous ne maîtrisons rien mais nous comprenons tout…

Il nous reste une vie à imaginer...

Christophe Chartreux

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Oui, être enseignant est un métier... Mais sans outils informatiques performants, c'est un enfer...

12 Avril 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

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Pire que l'enfer, l'école à la maison

Alors que l’enseignement à distance se révèle déjà être un véritable casse-tête pour de nombreuses familles, les dysfonctionnements des plateformes numériques mises à disposition par l’éducation nationale (ENT et CNED) en début de semaine n'ont fait qu'accroître ces difficultés.

Déjà l’école, quand vous étiez enfant, ça n’était pas rigolo. Mais l’école à la maison restera probablement comme l’un des moments les plus compliqués de cette vie au temps du coronavirus. Une époque compliquée pour les enfants et pour les parents avec pour seul bénéfice celui de rappeler que l’on ne s’improvise pas enseignant. Mais quand, en plus, les outils informatiques censés rendre cette école à la maison possible ne fonctionnent pas, alors là c’est vraiment l’enfer. 

Mais ce qui peut paraître plus inquiétant encore, c’est que même lorsqu’elle fonctionne sur le plan technique, l'école à la maison demeure compliquée à faire sur le plan pédagogique. Pour comprendre les causes d’un tel casse-tête, nous nous sommes rapprochés de Bruno Devauchelle, il est professeur à l’université de Poitiers, membre du laboratoire de recherche Techné et auteur d'Éduquer avec le numérique aux éditions ESF. 

Les entraves à l’enseignement à distance 

Pour Bruno Devauchelle, même si les outils numériques mis en place par le gouvernement proposent des contenus intéressants, l’accompagnement d’un adulte reste indispensable pour guider l’élève dans son apprentissage. 

"La plupart de ces outils ne peuvent être utilisés que s’ils sont situés dans un contexte dans lequel il y a un accompagnement dans lequel il y a une cohérence, dans lequel il y a une progression."  Bruno Devauchelle, spécialiste de l'éducation numérique

Bruno Devauchelle déplore ainsi le fait que les parents soient peu formés pour accompagner leurs enfants dans cet apprentissage à distance. Dans l’idéal, les enseignants devraient pouvoir adresser aux parents des supports de cours spécifiques pour rendre efficace cet accompagnement. Mais à défaut de temps et d’investissement sur le long terme du Ministère de l’éducation nationale dans la formation des familles, celles-ci se retrouvent souvent désœuvrées face aux difficultés liées à l’enseignement à distance. 

"Il est temps que l’éducation nationale fasse son agiornamento, par rapport au modèle présentiel complet pour développer des modèles plus souples – on va parler aujourd’hui de modèle hybride – pour faire en sorte qu’apprendre ne soit plus seulement le monopole de l’école." 

Les dysfonctionnements des plateformes l’éducation nationale 

Mais en plus des problèmes pédagogiques inhérents à l’enseignement à distance, ces difficultés sont largement accentuées lorsque les plateformes numériques dysfonctionnent. C’était le cas lors du premier confinement en mars 2020 mais à l’époque, l’indulgence était de mise : le caractère inédit de la situation rendait prévisibles les difficultés techniques. Mais ce mardi 6 avril, à la surprise des élèves, de leurs parents et de leurs enseignants, les Espaces Numériques de Travail (ENT), et le dispositif « Ma Classe à la Maison » hébergé par le site du CNED étaient inaccessibles pour des milliers d’élèves en France. Thierry Berthier, chercheur en cyberdéfense et en cyber sécurité, nous explique les causes possibles de ces dysfonctionnements. 

Le premier scénario, qui expliquerait les défaillances du CNED et de l’ENT, impliquerait un mauvais dimensionnement de l’infrastructure des sites, qui n’auraient pas été conçus pour accueillir les pics de trafic observés. 

La deuxième hypothèse, qui expliquerait les défaillances de certains Espaces Numériques de Travail, met en cause un opérateur privé, OVH Cloud, qui souffrirait des conséquences de l’incendie de son centre de stockage de données à Strasbourg. Mais cette accusation a été immédiatement démentie par le PDG d’OVH Cloud. 

Enfin, pour expliquer l’indisponibilité du service « Ma Classe à la Maison » du site du CNED ce mardi 6 avril, le ministre de l’éducation nationale a évoqué des cyber attaques de type DDoS, venues de l’étranger. Pour le spécialiste Thierry Berthier, cette dernière hypothèse est plausible, ce type d’attaque s’étant largement généralisé ces dernières années. Le principe de ces attaques DDoS aussi appelées attaques par déni de service est simple : des groupes de hackers font tomber un service en recrutant un nombre élevé d'objets connectés dits "zombifiés" pour créer un pic de trafic sur le site et le rendre indisponible. 

Ces attaques font l’objet d’un véritable business aujourd’hui sur internet : des groupes cybercriminels partout dans le monde proposent de mener des attaques DDoS pour des sommes peu élevées sur certains forums :

« Ils ont même tendance à casser les prix depuis un an. C’est à peu près 20 dollars les deux heures aujourd’hui, pour une petite attaque. » Thierry Berthier, chercheur en cyber sécurité 

Pour le chercheur en cyber sécurité, il est nécessaire de prendre en compte ce risque dans le futur et de proposer aux élèves des alternatives numériques sur lesquelles se replier en cas d’attaques. 

"On va être obligés de vivre avec ce type d’attaques et une complexité montante dans les attaques. Il va falloir apprendre à créer de la résilience dans tout nos services et y compris au niveau de l’éducation nationale, parce qu’évidemment c’est très important qu’il puisse y avoir une continuité de l’éducation."

Guillaume Erner 

A écouter en cliquant ci-dessous

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Najat Vallaud-Belkacem " l'Alternative " aux élections régionales en Auvergne-Rhône-Alpes.... (Vidéo)

12 Avril 2021 , Rédigé par christophe

Najat Vallaud Belkacem a défendu ses idées et son programme en tant que tête de liste « l’Alternative » aux élections régionales, dont le premier tour est fixé, pour l’heure au 13 juin 2021. A écouter et partager !

NAJAT VALLAUD BELKACEM VEUT « NATURELLEMENT » METTRE EN PLACE UN BUDGET « GENRÉ »* A LA RÉGION AUVERGNE-RHÔNE-ALPES (INTERVIEW)

L’ancienne ministre socialiste Najat Vallaud Belkacem est, à son tour, venue défendre ses idées, en tant que tête de liste « l’alternative » aux élections régionales, dont le premier tour est fixé, pour l’heure au 13 juin 2021.

Pendant près d’une heure, l’ancienne conseillère régionale a détaillé les différentes mesures qu’elle compte appliquer si elle devient la prochaine présidente de la Région Auvergne Rhône Alpes. Après une pause « forcée » pour cause de Covid19, Najat Vallaud Belkacem a repris sa campagne et a commencé par la radio Lyon 1ère où, pour la première fois, elle a pu longuement dérouler le contenu de son programme.

Laurent Wauquiez : "le Seigneur des panneaux"

En préambule, elle a fustigé le bilan et le style de celui qu’elle considère comme son principal adversaire, l’actuel président LR Laurent Wauquiez. Quelques jours avant cet entretien, elle avait publié un communiqué pour annoncer son intention de saisir la Chambre régionale des comptes. D’après un article publié dans Médiacités, la Région aurait l’intention de faire produire et diffuser des vidéos vantant le bilan de l’action régionale durant les mois d’avril et mai prochains. Ce que n’accepte pas notre interlocutrice, qui critique le mode de communication « personnelle » de Laurent Wauquiez. « Il apparaît clairement aujourd’hui que les moyens de la Région sont quand même très souvent utilisés au profit de sa communication personnelle » explique-t-elle. « C’est un problème honnêtement ». Au passage, elle affuble le président sortant d’un surnom qu’elle a entendu durant ses déplacements de campagne « Il y a une expression que nombre d’auvergnats rhône-alpins utilisent… On l’appelle le « Seigneur des panneaux »… parce que la moindre subvention, la moindre aide donnée sur ce territoire est conditionnée par le fait d’avoir un panneau bleu chantant les mérites de Laurent Wauquiez lui-même »

Dans l’entretien que vous pouvez écouter intégralement en podcast ci-dessous, Najat Vallaud Belkacem a abordé de nombreux sujets. Parmi lesquels, ses espoirs d’une alliance à gauche avec notamment les écologistes « Nous ne sommes pas au bout du chemin (…) mais je suis quelqu’un de nature optimiste, et je vous le dis, l’histoire n’est pas finie », ses ambitions personnelles, au-delà de l’avenir de la région Auvergne Rhône Alpes… Souhaite-t-elle revenir à la politique nationale à l’occasion des élections présidentielles ? Réponse dans ce podcast.

La candidate aborde également, comme c’est la tradition de l’émission, ses propositions concernant les principales compétences régionales, qu’elle place sous la volonté générale de faire de ce territoire « la région du bien-être »

Sur l’économie 

Najat Vallaud Belkacem annonce vouloir créer un « Fonds souverain régional » pour apporter des fonds propres et soutenir les créations d’emplois, en soumettant ces aides à des critères écologiques et sociaux, comme le respect de l’égalité femme-hommes, ou l’insertion des personnes en situation de handicap. Elle veut soutenir la reprise des entreprises. Elle évoque également son projet de créer 500 000 formations professionnelles sur son mandat. 

Sur la jeunesse 

La tête de liste annonce sa volonté de soutenir les jeunes habitants par des aides financières en matière de transport, pour faciliter leur mobilité. La gratuité des TER pour les 18/25 ans les plus précaires figure dans son programme. Elle souhaite également créer de nouveaux lycées publics, fustigeant à nouveau l’immobilisme de Laurent Wauquiez en la matière. Dans les lycées, elle souhaite que les cantines soient approvisionnées à 100% par des produits agricoles ayant un label de qualité et produits sur le territoire. Elle souhaite également étendre le « Revenu solidarité Jeunesse » de la Métropole de Lyon à l’ensemble de la Région. Elle parle de créer un bouclier contre la précarité des jeunes, pour les protéger sur le plan alimentaire et sanitaire. Elle annonce, sur le modèle des APL, la création d’une Aide Personnalisée à l’Alimentation locale.

Sur l’écologie 

Najat Vallaud Belkacem annonce son souhait de créer un « parlement climatique » pour permettre aux habitants de participer aux décisions, ce qui favoriserait une écologie « populaire ». Elle considère comme « absolument majeur » le sujet de la transition écologique.

Sur les transports 

Comme la candidate des écologistes, elle souhaite la réouverture de plusieurs lignes et annonce son souhait de faire l’achat de trains régionaux à grande capacité pour les lignes bondées. La candidate socialiste souhaite une tarification unique et sociale. Elle en fait un symbole de la lutte contre les inégalités, qui lui tient à cœur. « Le rôle de la Région c’est d’être aux côtés des plus pauvres, et de ne jamais les négliger »

Sur la société

Elle défend un combat en faveur de l’égalité homme-femme et annonce qu’elle mettra en place « naturellement», un budget genré, comme l’a fait Grégory Doucet à la tête de la Ville de Lyon. Estimant qu’il s’agit d’une « fausse polémique à la noix », elle confirme qu’elle « ne compte pas se renier pendant la campagne » et prend le temps d’expliquer pourquoi elle défend cette idée. A réécouter à la 40ème minute de notre podcast. 

Sur la sécurité 

Najat Vallaud Belkacem souhaite protéger les habitants. Ce qui inclue la protection des personnes et des biens. Elle rappelle que la sécurité « est un droit fondamental. Il faut que les gens n’aient pas la peur au ventre en rentrant chez eux » explique-t-elle. Sur ce sujet, elle est se dit prête à « sortir des compétences générales d’une région, de mettre de la video-surveillance et des moyens humains notamment dans les transports.»

Reprise culturelle

La candidate a enfin abordé ses propositions concernant les domaines de la culture. Elle appelle à réunir les acteurs de ce secteur « épuisés par un manque de perspective ». Elle reproche à Laurent Wauquiez l’absence de préparation pour l’avenir. Elle veut donc imaginer avec les acteurs concernés les contours d’un plan de reprise. « Je suis persuadée qu’au sortir de la crise sanitaire, on va vivre un âge d’or de la culture » a-t-elle conclu.

* A propos de "budget genré", raillé par Laurent Wauquiez, j'invite chacune et chacun à écouter le 5/7 de Léa Salamé et Nicolas Demorand.

Ghada Hatem-Gantzer - Anne-Cécile Mailfert - Dominique Joseph y justifient totalement l'idée de Najat Vallaud-Belkacem

C'était ce matin, 12 avril 2021

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Fin des fictions : Emmanuel Macron, la com et le mur de la réalité - Par Cécile Alduy (Extraits)

11 Avril 2021 , Rédigé par AOC Publié dans #Politique

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EXTRAITS

L’« allocution-confinement » est devenue un genre littéraire à part entière, avec son plan en trois parties (diagnostic, hypothèses, mesures), son registre et sa scénographie. Alors que la mise en scène de la parole occupe désormais davantage d’espace médiatique que l’énoncé lui-même, il est temps que le politique change son verbe présidentiel. Ni concepts, ni formules, ni grand récit, ni chiffres de technocrates ne pourront nous guérir de la crise de sens et des sens que nous traversons.

En avril 2017, un Emmanuel Macron candidat déclarait qu’il entendait être « maître des horloges ». Quatre ans plus tard, lors d’une conférence de presse à Montauban le 15 mars 2021, le président lâche : « Le maître du temps, c’est le virus, malheureusement. » Terrible aveu d’impuissance sur le contrôle de la pandémie et sur sa narration. Entre les deux phrases, près de 100 000 morts de la covid-19 qui broient la crédibilité du verbe présidentiel.

Ces deux phrases qui se répondent sont toutes deux des fictions. La première feint la maîtrise ; la secondel’abdique et déresponsabilise les gouvernants en personnalisant un virus qui n’est pas même une entité vivante. Rien n’est extérieur au temps, ni pourrait le contrôler, ni un virus ni Macron. Pourquoi continuer à raconter des fables, alors que nous avons plus que jamais besoin de vérité ?

La communication politique est l’art de coucher en un récit net et des formules clinquantes un réel qui par définition déborde de partout. On ne pouvait reprocher à Emmanuel Macron de faire tourner la machine à rêves, à futurs simples et objectifs clairs, avant mars 2020. Narrateur en chef, c’était aussi son rôle. Mais aujourd’hui, sa communication bute sur le mur du réel. Sur les tabous par excellence, la mort et le doute, qu’il a tant de mal à nommer. La mort et l’ignorance, qui ne font pas récit. Une autre parole politique est possible, qui prenne la mesure humaine de notre temps sans affabuler, mais saura-t-il l’apprendre ?

Depuis mai 2017, Emmanuel Macron n’a cessé d’essayer d’écrire un double roman : une Histoire de France qui renouerait avec un passé héroïque et une geste personnelle pour l’incarner. Sa campagne présidentielle mettait en scène un storytelling efficace qui alliait roman national et transformation néolibérale de l’économie : Révolution, titrait-il sa profession de foi, en toute modestie. Messianique et volontariste, l’ancien khâgneux offrait un récit linéaire avec héros, quête et résolution heureuse. Pour citer Baudelaire, l’action redevenait la sœur du rêve.

Puis, président, à coup de chemins mémoriels, de panthéonisations, de costume d’aviateur, de face-à face-solitaire avec les Français, de saillies culottées minutieusement mises en scène (le « pognon de dingue », les « Gaulois réfractaires »), il se posait en Rastignac ou en Julien Sorel, ambitieux « disruptif » au cœur de l’action et de l’Histoire.

Mais voilà, avec la pandémie, on n’est plus chez Balzac, mais en plein Nouveau Roman : on entre dans la répétition, le temps bloqué, l’ère du soupçon et de l’incertain. Emmanuel Macron, dont les goûts littéraires semblent s’arrêter au 19e siècle, croyait pouvoir nous faire vivre un roman de Stendhal, tout de défis audacieux et de dépassement individuel. Et nous, on vit En attendant Godot.

(...)

En France, Macron semble n’avoir que deux registres : l’euphémisation technocratique ou la dramatisation martiale. Éluder ou faire peur. En mars 2020, il adopte un registre churchillien : « Nous sommes en guerre », martèle-t-il. Aujourd’hui encore, posture virile : « L’école n’est pas négociable » – comme si on était face à une prise d’otages orchestrée par un virus fanatique. Certes, on peut comprendre le discours de chef de guerre du 16 mars 2020 : il fallait frapper les esprits et assurer la « mobilisation » de tous. Assurer l’union nationale, justifier l’état d’urgence sanitaire qui allait bientôt être voté. Face à l’inconnu, trouver un rôle et un modèle narratif du répertoire pouvait permettre d’embrigader tout le monde dans un effort paradoxal : agir en ne faisant plus rien.

Rétrospectivement, on se demande s’il ne fallait pas surtout préparer l’acceptabilité de l’hécatombe imminente, se décharger de sa responsabilité sur un « ennemi » anthropomorphisé. Mais puisque le degré de coercition du confinement était de fait extrême, pourquoi ne pas en expliquer rationnellement et humainement les ressorts ? Quelle vision de l’homme (et quel biais importé d’une version datée du management entrepreneurial) présuppose que seule la peur permettra de forcer les gens à la solidarité collective, plutôt que l’intelligence, l’altruisme et l’empathie ?

Pareillement, le discours du 28 octobre qui annonce le deuxième confinement mise sur la peur pour convaincre les Français, et s’adonne à de nouvelles fictions : une vision apocalyptique du futur et la récriture des mois précédents. C’est le seul discours où le président détaille avec insistance la face noire de la pandémie : il cite le nombre de morts imminents, les comorbidités, les séquelles à long terme, le futur tri des patients dans un tableau sinistre (« d’ici quelques mois c’est au moins 400 000 morts supplémentaires à déplorer »). Cette soudaine franchise doit faire accepter les privations de libertés en agitant le spectre d’une explosion encore future des malades de toutes les générations : scènes d’anticipation donc, qui vont de pair avec la récriture des semaines et mois précédents.

(...)

Quelles conséquences pour la crédibilité de la parole politique ? L’« allocution-confinement » est devenue un genre littéraire, avec son plan en trois parties (diagnostic, hypothèses, mesures), son registre et sa mise en scène. Elle prend la forme d’un récit archétypal : situation initiale de crise, intervention du/des héros (président, soignants, 2e ligne), actions réparatrices sous la forme d’épreuves qualifiantes, résolution dans un futur proche, lendemains heureux. La répétition du même conte, de mois en mois, ne fait cependant que souligner son manque de prise sur le réel.

La parole politique semble ne plus avoir aucune efficacité. Pire, l’impuissance de l’(in)action politique se double d’une forme d’aphasie : le pouvoir ne sait même plus nommer ce qu’il fait. Il y a eu la « drôle de guerre » ; on a le « drôle de confinement » depuis la mi-mars, confinés mais dehors. On durcit les règles, mais on les adoucit (couvre-feu reculé d’une heure), on interdit de circuler à plus de 10 km mais on laisse tout le monde partir à la campagne le week-end de Pâques, on ferme les écoles une semaine, mais on les ouvrira le 26 avril quelle que soit la situation sanitaire. Appliqué à des situations concrètes, le « en même temps » macroniste prouve l’absurde de son oxymore permanent.

Le futur lui-même n’est plus un temps crédible. On attend, et d’abord la parole du chef, sans cesse annoncée comme imminente et décisive, même lorsqu’elle décide de ne rien décider. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a ravivé le sens prophétique de son prénom : Ange Gabriel à la sauce langue de bois, il est devenu l’annonciateur récurrent d’un Verbe oraculaire. Comme si nous faire attendre le discours du président pouvait nous distraire de l’ennui, au sens baudelairien, de l’attente de la fin de la pandémie. La mise en scène de la parole prend plus d’espace médiatique que l’énoncé lui-même.

(...)

Balzac, Becket, Ponge : la littérature a su donner forme à l’informe, changer sa langue pour dire un monde et des consciences qui changent. Le politique, lui, ne sait plus nous parler. Qu’il écoute, donc, pour changer.

Cécile Alduy

CHERCHEUSE EN LITTÉRATURE, PROFESSEURE À STANDFORD, CHERCHEUSE ASSOCIÉE À SCIENCES PO

L'ensemble du texte - remarquable! - est à lire en cliquant ci-dessous

Ce qu'ils disent vraiment - Les politiques pris aux mots

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« La mer attend son large, cherche ses eaux, désire le bleu, crache et crie, s’accroche et défaille, quand son écorce et sa coquille se brisent, et la fragile ardoise de ses clochers, et tous les verres qu’elle a vidés puis jetés derrière les taillis.

La mer chuinte au soir et peluche, avant de s’endormir, la tête entre les bras, comme une enfant peureuse, quêtant dans la nuit calme des idées d’aurores et d’émoi, encore un peu de vin, de vent et de clarté, un peu d’oubli.

Son gros cœur de machine s’effondre dans son bleu; sa servitude quémande son salaire de sel: quelques gouttes, un bout de pain, un butin si maigre, pas même de quoi gagner le large après tant de vagues remuées tout ce temps!

Elle brûle de se défaire du ciel qui la manie, la flatte ou la conspue: ô ces ailes qui lui manquent, cet horizon partout à bout portant! Verra-t-elle jamais se lever son jour, dans la pénombre d’un prénom de femme?

Elle n’a ni corps ni chair à elle: elle revient de nulle part et parle de travers, elle rêve à autre chose; elle parle et rêve de choses et d’autres : pourquoi donc ne pas dire que le temps à midi s’arrête au fond d’un lac?

On prétend que le bleu perle sous sa paupière: on la croit folle, elle se désole, rêvant pour rien de de branches et de racines, assise sur une espèce de valise en cuir au bout de la plage où personne ne viendra la chercher.

Quelle nuit, quel jour fait-il dans sa tête engourdie de femme assise? Elle ouvre en grand les bras aux enfants accourus du large. Il lui plaît d’exciter leurs rires et leurs éclaboussures, de baigner les pieds nus, de lécher la peau claire.

Mais vivre n’est pas son affaire: elle ne raconte pas son désir, fiévreux d’images et de rivages; elle n’ira guère plus loin que ce chagrin-ci, d’un impossible bleu-lavande, celui d’anciennes lettres d’amour et de mouchoirs trempés.

La voici d’un gris de sépulcre, avec tout ce vide autour d’elle, cueillant la mort d’un baiser brusque, suçant le noyau et crachant le fruit, titubant comme le souvenir, priant parfois très bas, brisant après le rêve la cruche qu’il a vidée.

Son coeur est un abîme qui recommence jour après nuit la même journée obscure, qui chante de la même voix brouillée le désordre et le bruit, qui va, lavant sa plaie, toujours poussant pour rien son eau pauvre en amour. »

Jean-Michel Maulpoix - Poème paru dans la revue Europe

A lire: Une histoire de bleu

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Enseignement à distance : y a-t-il une bonne solution ?

11 Avril 2021 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

Enseignement à distance et nouvelles technologies: comment mieux  accompagner mon enfant - Aidersonenfant.com

Comment l’enseignement à distance doit-il se réinventer ? Quels en sont ses éventuels bénéfices ? Parvient-il à réduire les inégalités scolaires ou creuse-t’il encore un peu plus la fracture dite « numérique » ?

Au lendemain du lundi de Pâques, les cloches des lycées, collèges et écoles ont sonné à la maison, elles ont même sifflé, buggé, craqué.

Mardi 6 avril, pour la deuxième fois depuis le début de cette crise sanitaire, le Ministère de l’Education Nationale a dû relancer l’enseignement à distance. Une récidive qui s’est déroulée dans plusieurs régions françaises dans un certain chaos autant pour les enseignants que les parents et les élèves.

Au-delà des problèmes techniques de cette semaine, qu’avons-nous appris de l’usage et des pratiques de l’enseignement à distance dont le numérique semble une solution utile, nécessaire mais complexe.

Y-a-t’il des alternatives ? Comment l’enseignement à distance doit-il se réinventer ? Quels en sont ses éventuels bénéfices ? Parvient-il à réduire les inégalités scolaires ou creuse-t’il encore un peu plus la fracture dite « numérique » ?

Voici quelques unes des questions que nous allons mettre sur la table et nos invités auront près d’une heure pour y répondre en croisant leurs regards et leurs expériences de terrain. 

Tel est le programme de ce « Temps du débat » à écouter en direct jusqu’ à 19h sur France Culture ou quand vous le voulez sur l’application de Radio France.

François Saltiel

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“Il suffirait d’une étincelle pour qu’on passe des rixes aux émeutes” - Thomas Sauvadet

11 Avril 2021 , Rédigé par Télérama Publié dans #Jeunesse

Jeunes dangereux, jeunes en danger. Thomas Sauvadet

PLUS LOIN AVEC… – Chaque dimanche, interview au long cours avec un acteur ou un observateur de notre époque. Aujourd’hui, le chercheur Thomas Sauvadet, spécialiste du phénomène des bandes de jeunes, alors que les violences se multiplient, amplifiées par la crise actuelle.

Lui-même grandi dans un quartier populaire de la région francilienne, dans l’Essonne (91), le sociologue Thomas Sauvadet étudie depuis vingt-cinq ans les phénomènes des bandes dans les quartiers dits sensibles. Il en a développé une connaissance telle que les travailleurs sociaux font fréquemment appel à lui pour les comprendre. Alors que plusieurs rixes entre bandes ont eu lieu ces dernières semaines (et, dans l’Essonne, justement, causé la mort de deux adolescents de 14 ans), l’enseignant-chercheur à l’université Paris-Est Créteil analyse les rouages de ces violences, toujours très médiatisées. Mais qu’aucune mesure de fond ne vient faire cesser, comme si elles étaient une fatalité. L’auteur de Jeunes dangereux, jeunes en danger le rappelle cependant : elles ne concernent qu’une minorité de la jeunesse des quartiers défavorisés. Avec la pandémie et son cortège de tensions explosives, le « capital guerrier » de ces bandes, estime-t-il encore, touche aujourd’hui à son paroxysme.

À intervalles réguliers, depuis quarante ans, des enfants s’entretuent dans les quartiers sensibles, à l’occasion d’affrontements entre bandes rivales

On ne peut pas dire qu’ils se fassent la guerre comme les gangs des ghettos de Los Angeles ou des favelas de Rio – où l’espérance de vie ne dépasse pas la vingtaine d’années. En France, heureusement, on n’en est pas encore là. Mais ces jeunes, socialisés dans des bandes, grandissent dans un tel contexte de stress, de machisme et d’insécurité que la plupart ont pour objectif premier de développer un capital guerrier. C’est-à-dire un ensemble de compétences, psychologiques, techniques, physiques ou sociales, mobilisables pour se défendre ou pour attaquer, dans des milieux où les protections policières et judiciaires sont défaillantes ou inexistantes.

(...)

Lorraine Rossignol

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Le bon soldat Blanquer et nous...

11 Avril 2021 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Le bon soldat Blanquer et nous...

EXTRAITS

A la question : comment se fait-il que Jean-Michel Blanquer soit toujours à son poste? la seule réponse cohérente et logique est : parce qu'il fait du bon boulot. Tout le reste n'est qu'affabulation. Alors : soyons cohérents et logiques.

De nombreux enseignants, parents d'élèves ou simples citoyens s'interrogent ces jours-ci : comment après le désastre de l'école à la maison où quasiment aucun outil de l'Education nationale ne fonctionnait normalement, comment après une semaine de galère identique à celle vécue il y a un an jour pour jour, comment après un tel fiasco peut-on expliquer que le ministre  Blanquer ne soit toujours pas démis de ses fonctions? 

Au risque de paraître provocateur, je resterai logique et répondrai : parce qu'il fait bien son travail. Parce que celui qui l'a choisi ne trouve aucun motif à son limogeage. Et surtout : n'en a jamais trouvé un seul depuis mai 2017. 

Pourtant, ce n'est pas la première fois que cette question apparait. 

Déjà, il y eut la même, en miroir, en mars 2020. Faisons fonctionner ce truc auquel notre conscience apolitique se refuse de faire appel : la mémoire. 

Jusqu'au jeudi 12 mars 2020 au matin le ministre affirmait que la fermeture des écoles n'était même pas envisagée (1). "Jamais"! Paf, le soir même, surprise  (pour celui qui fait confiance à son ministre) : le président annonce la fermeture de toutes les écoles. Qu'à cela ne tienne, le ministre annonce dès le lendemain que "nos professeurs sont déjà habitués à certaines de ces modalités [...] les documents sont prêts, les instructions sont prêtes." (2) Bref, tout va pour le mieux. Un truc qu'on n'avait "jamais envisagé" devient une chose "prête". Il y a comme une contradiction du ministre par lui-même.

(...)

En effet, le ministre a beau démultiplier les prétendues causes des pannes, toutes  démenties par les faits les unes après les autres (4), on doit bien se rendre à l'évidence : rien ou pas grand chose n'a été fait depuis un an dans ce domaine. Du côté du ministère on affirme que 200 000 enseignants auraient été "formés à l'école à distance" depuis l'année dernière. (5) Un quart d'enseignants! Pourtant, dans le monde réel, la situation est bien autre. Dans ce monde-là, la formation continue des enseignants a été réduite à peau de chagrin depuis bien longtemps. Le peu qui reste, M Blanquer s'est entêté à le recentrer sur les fondamentaux. A savoir les mathématiques et le français. Ainsi cette année où les besoins réels des enseignants étaient surtout la préparation d'un éventuel reconfinement et donc une formation digne de ce nom sur les outils numériques, la réponse de la hiérarchie a été : PNF et PNM! A savoir Plans Nationaux en Français et en Mathématiques, avec les majuscules SVP! En guise de "formation" numérique nous avons eu des liens dans des mails à lire tranquillement chez nous, le soir. Au cas où on s'ennuierait.  

Malgré tout, les enseignants étaient décidés à faire ce qu'ils peuvent pour cette semaine d'enseignement à distance. Mais comme ils étaient nombreux à être décidés, le système des "tuyaux" ne l'a pas supporté. Quasiment toutes les plateformes liées à l'Education Nationale étaient en panne tout au long de la semaine. 

(...)

Tiens, son vrai travail, quel est-il? C'est celui de la transformation complète de l'école. Une école issue du rêve néolibéral dont les contenus sont réduits aux quatre piliers fondamentaux : lire, écrire, compter et respecter autrui. Il y tient et ne perd jamais une occasion de le rappeler. Pour avoir une idée de ce à quoi ressemblera cette école je vous invite à lire par exemple ces deux textes : ici et ici. Une école publique au rabais où les enseignants sont privés de toute liberté pédagogique et soumis par une surveillance et un contrôle permanents. Une société issue des rêves néolibéraux où le troupeau est conduit par une élite éclairée par le savoir et la science (17). Et où chacun sait bien rester à sa place et doit "s'adapter" pour être employable. Car, bien sûr, ce qui se cache derrière tout cela est bien l'économie de marché et ses totems.

C'est ce travail que M Blanquer exécute parfaitement bien. Et quand on connait ses liens avec l'Institut Montaigne ou l'IFRAP, on ne peut s'en étonner. A moins de faire preuve d'une très grande naïveté. Les réformes qu'il a déjà imposées vont dans ce sens d'une inégalité croissante : le baccalauréat et Parcoursup en sont des exemples dénoncés par une large part des enseignants. Celles qu'il prépare vont exactement dans le même sens. On a pu en avoir un avant goût sur les programmes de l'école maternelle (18) ainsi que celles dont le Grenelle de l'éducation a fait la promotion vernie de bons sentiments trompeurs (19). Son projet de 2S2C n'étant pas tout à fait enterré va dans le même sens : vider les programmes scolaires de tout contenu "superflu" et en laisser la gestion aux collectivités. Exit donc l'EPS ou les activités artistiques. Faites de la place aux "fondamentaux"! (20)

(...)

Deux événements à haute valeur symbolique montrent bien le peu de considération que le ministre accorde aux personnels.

Tout d'abord il y a le non-hommage à Christine Renon, cette directrice d'école qui s'est suicidée dans son établissement. Sa lettre d'adieu expliquant son geste désespéré avait été tentée d'être noyée dans une surdité et un silence hiérarchique scandaleusement méprisant. (28)

L'hommage à Samuel Paty a lui aussi fait ressentir aux enseignants de France la réalité de la déconsidération que le ministre cultive envers eux. Les diverses hésitations sur les horaires de rentrée après les vacances d'automne ou encore le caviardage de la lettre de Jaurès que les enseignants devaient lire ce jour-là montrent bien le logiciel froid de M Blanquer. (29) Rendre hommage à l'enseignant assassiné oui, mais prononcer les paroles sur la liberté pédagogique que Jaurès avait formulées surtout pas. Cette liberté pédagogique qui se trouve être la cible principale du ministre dans son projet se devait d'être tue, bâillonnée, même en ce jour particulier. La mise à nu d'une idéologie froide et intransigeante eut lieu ce jour-là. Une preuve supplémentaire que la bienveillance et les bons sentiments ne sont que de façade. 

Mais outre les sanctions et les diversions le ministre dispose d'autres outils surprenants dans sa lutte face aux enseignants qui lui sont opposés : la calomnie et les mensonges (déjà évoqués plus haut avec le terrain d'extrême droite) ainsi que la manipulation grossière de la réalité.

Il a donc pu :

- déclarer que la réforme du bac suscitait l'adhésion

- fournir les chiffres sur les prétendus "enseignants disparus" au printemps dernier pour ensuite déclarer qu'il ne faut pas calomnier les enseignants tout en promettant des sanctions contre ceux qui auraient "disparus" entretenant le flou et donc l'idée qu'une part des enseignants seraient des bons à rien (30)

- que la plainte du collectif Stylos rouges était un coup de "poignard dans le dos", contre lui, si bon, si protecteur, si paternaliste envers les enseignants (31)

- promettre une revalorisation "historique" des salaires enseignants, parlant même d'en faire "les mieux payés d'Europe" pour finalement réduire cette historicité uniquement à une prime informatique de 150 euros annuels pour 69 pour cent d'enseignants (il est bon ici de rappeler les 600 millions d'économies déjà évoqués)

- priver les professeurs documentalistes de cette prime en expliquant que celle-ci est réservée aux enseignants qui sont "devant les élèves" (!) (32)

- promettre le recrutement massif d'enseignants pour la rentrée de 2020 sans préciser qu'il s'agit pour la plupart de contractuels, donc précaires et dont les contrats n'iraient même pas jusqu'à la fin de l'année scolaire (et dont un bon nombre ne sera pas payés pendant les vacances scolaires, ce qui permettra au ministre de s'adonner à son passe-temps favori : réaliser des économies)(33)

La cerise sur le gâteau (ou plutôt la moutarde sur le lapin) de tout ceci pourrait être le syndicat "Avenir lycéen". Cette affaire est un exemple paradigmatique du fonctionnement ministériel. Un syndicat monté de toutes pièces pour soutenir la politique du ministre, faisant ainsi croire à une adhésion des lycéens à son projet et en minimiser les oppositions. Puis, lors de la révélation de l'affaire par Mediapart et Libération, balayer toutes les accusations d'un revers de main en parlant d'une "affaire à partir de rien" ou encore de "beaucoup de sauce et peu de lapin". Monter une structure pour manipuler les données réelles et quand celles-ci reviennent par le biais d'enquêtes journalistiques, tout simplement les nier ou les ignorer. Sans même prendre en considération l'éventuel argent public investi dans tout cela, le procédé en lui-même est assez problématique.

(...)

Que font les enseignants face à ce rouleau compresseur déterminé et cynique? 

Les uns jouent aux autruches. Jusqu'ici tout va bien. Ils applaudissent même parfois, espérant peut être se faire une des rares places au soleil que réserve ce nouveau système qui se profile aux plus dociles et aux plus visqueux. Il y en a toujours eu de ces idiots utiles dont la conscience politique et la capacité d'empathie dépassent difficilement leur propre image se reflétant dans un miroir de poche. Petit, le miroir et petite, la poche.

D'autres sont indignés mais ne savent que faire de toute cette colère et de ce sentiment d'être ignorés ou méprisés. Car il y a aussi la conscience professionnelle qui dit : on ne peut pas faire une grève longue, ni une grève de zèle, ni quoi que ce soit car ce serait trahir nos élèves qui ont besoin de nous. Certes, mais ceux de nos élèves qui viendront plus tard, ceux qui ne sont même pas encore nés, n'ont pas mérité qu'on les abandonne non plus. 

Cet abandon sera acté le jour où l'on nous confisquera notre liberté. Notre liberté doit être effective, réelle.

Mais cette confiscation a-t-elle déjà eu lieu? A voir... 

Jadran Svrdlin

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