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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Emile Ajar (Romain Gary)

1 Février 2021 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Le lendemain matin le docteur Katz est venu donner à Madame Rosa un examen périodique et cette fois, quand on est sorti de l’escalier, j’ai tout de suite senti que le malheur allait frapper à notre porte.

– Il faut la transporter à l’hôpital. Elle ne peut pas rester ici. Je vais appeler l’ambulance.

– Qu’est-ce qu’ils vont lui faire à l’hôpital ?

– Ils vont lui donner des soins appropriés. Elle peut vivre encore un certain temps et peut-être même plus. J’ai connu des personnes dans son cas qui ont pu être prolongées pendant des années.

Merde, j’ai pensé, mais j’ai rien dit devant le docteur. J’ai hésité un moment et puis j’ai demandé :

– Dites, est-ce que vous ne pourriez pas l’avorter, docteur, entre Juifs ?

Il parut sincèrement étonné.

– Comment, l’avorter ? Qu’est-ce que tu racontes ?

– Ben, oui, quoi, l’avorter, pour l’empêcher de souffrir.

Là, le docteur Katz s’est tellement ému qu’il a dû s’asseoir. Il s’est pris la tête à deux mains et il a soupiré plusieurs fois de suite, en levant les yeux au ciel, comme c’est l’habitude.

– Non, mon petit Momo, on ne peut pas faire ça. L'euthanasie est sévèrement interdite par la loi. Nous sommes dans un pays civilisé, ici. Tu ne sais pas de quoi tu parles.

– Si je sais. Je suis algérien, je sais de quoi je parle. Ils ont là-bas le droit sacré des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Le docteur Katz m’a regardé comme si je lui avais fait peur. Il se taisait, la gueule ouverte. Des fois j’en ai marre, tellement les gens ne veulent pas comprendre.

– Le droit sacré des peuples ça existe, oui ou merde ?

– Bien sûr que ça existe, dit le Docteur Katz et il s’est même levé de la marche sur laquelle il était assis pour lui témoigner du respect.

– Bien sûr que ça existe. C’est une grande et belle chose. Mais je ne vois pas le rapport.

– Le rapport, c’est que si ça existe, Madame Rosa a le droit sacré des peuples à disposer d’elle-même, comme tout le monde. Et si elle veut se faire avorter, c’est son droit. Et c’est vous qui devriez le lui faire parce qu’il faut un médecin juif pour ça pour ne pas avoir d’antisémitisme. Vous ne devriez pas vous faire souffrir entre Juifs. C’est dégueulasse.

Le docteur Katz respirait de plus en plus et il avait même des gouttes de sueur sur le front, tellement je parlais bien. C’était la première fois que j’avais vraiment quatre ans de plus.

– Tu ne sais pas ce que tu dis, mon enfant, tu ne sais pas ce que tu dis.

– Je ne suis pas votre enfant et je ne suis même pas un enfant du tout. Je suis un fils de pute et mon père a tué ma mère et quand on sait ça, on sait tout et on n’est plus un enfant du tout.

Le docteur Katz en tremblait, tellement il me regardait avec stupeur.

– Qui t’a dit ça, Momo ? Qui t’a dit ces choses-là ?

– Ca ne fait rien qui me l’a dit, docteur Katz, parce que des fois, ça vaut mieux d’avoir le moins de père possible, croyez-en ma vieille expérience et comme j’ai l’honneur, pour parler comme Monsieur Hamil, le copain de Monsieur Victor Hugo, que vous n’êtes pas sans ignorer. Et ne me regardez pas comme ça, docteur Katz, parce que je ne vais pas faire une crise de violence, je ne suis pas psychiatrique, je ne suis pas héréditaire, je ne vais pas tuer ma pute de mère parce que c’est déjà fait, Dieu ait son cul, qui a fait beaucoup de bien sur cette terre, et je vous emmerde tous, sauf Madame Rosa qui est la seule chose que j’aie aimée ici et je ne vais pas la laisser devenir champion du monde des légumes pour faire plaisir à la médecine et quand j’écrirai les misérables je vais dire tout ce que je veux sans tuer personne pare que c’est la même chose et si vous n’étiez pas un vieux youpin sans cœur mais un vrai Juif avec un vrai cœur à la place de l’organe vous feriez une bonne action et vous avorteriez Madame Rosa tout de suite pour la sauver de la vie qui lui a été foutue au cul par un père qu’on connaît même pas et qui n’a même pas de visage tellement il se cache et il n’est même pas permis de le représenter parce qu’il a toute une maffia pour l’empêcher de se faire prendre et c’est la criminalité, Madame Rosa, et la condamnation des sales cons de médecins pour refus d’assistance…

Le docteur Katz était tout pâle et ça lui allait bien avec sa jolie barbe blanche et ses yeux qui étaient cardiaques et je me suis arrêté parce que s’il mourait, il n’aurait encore rien entendu de ce qu’un jour j’allais leur dire. Mais il avait les genoux qui commençaient à céder et je l’ai aidé à se rasseoir sur la marche mais sans lui pardonner ni rien ni personne. Il a porté la main à son cœur et il m’a regardé comme s’il était le caissier d’une banque et qu’il me suppliait de ne pas le tuer. Mais j’ai seulement croisé les bras sur ma poitrine et je me sentais comme un peuple qui a le droit sacré de disposer de lui-même.

– Mon petit Momo, mon petit Momo…

– Il n’y a pas de petit Momo. C’est oui ou c’est merde ?

– Je n’ai pas le droit de faire ça…

– Vous voulez pas l’avorter ?

– Ce n’est pas possible, l’euthanasie est sévèrement punie…

Il me faisait marrer. Moi je voudrais bien savoir qu’est-ce qui n’est pas sévèrement puni, surtout quand il n’y a rien à punir.

– Il faut la mettre à l’hôpital, c’est une chose humanitaire…

– Est-ce qu’ils me prendront à l’hôpital avec elle ?

Ça l’a un peu rassuré et il a même souri.

– Tu es un bon petit, Momo. Non, mais tu pourras lui faire des visites. Seulement, bientôt, elle ne te reconnaîtra plus…

Il a essayé de parler d’autre chose.

Et à propos, qu’est-ce que tu vas devenir, Momo ? Tu ne peux pas vivre seul.

– Vous en faites pas pour moi. Je connais des tas de putes, à Pigalle. J’ai déjà reçu plusieurs propositions.

Le docteur Katz a ouvert la bouche, il m’a regardé, il a avalé et puis il a soupiré, comme ils le font tous. Moi je réfléchissais. Il fallait gagner du temps, c’est toujours la chose à faire.

– Ecoutez, docteur Katz, n’appelez pas l’hôpital. Donnez-moi encore quelques jours. Peut-être qu’elle va mourir toute seule. Et puis, il faut que je m’arrange. Sans ça, ils vont me verser à l’Assistance.

Il a soupiré encore. Ce mec-là, chaque fois qu’il soupirait, c’était pour soupirer. J’en avais ma claque des mecs qui soupirent.

Il m’a regardé, mais autrement.

– Tu n’as jamais été un enfant comme les autres, Momo. Et tu ne seras jamais un homme comme les autres, j’ai toujours su ça.

– Merci, docteur Katz. C’est gentil de me dire ça.

– Je le pense vraiment. Tu seras toujours très différent.

J’ai réfléchi un moment.

– C’est peut-être parce que j’ai eu un père psychiatrique.

Le docteur Katz parut malade, tellement il avait pas l’air bien.

– Pas du tout, Momo. Ce n’est pas du tout ce que j’ai voulu dire. Tu es encore trop jeune pour comprendre, mais…

– On est jamais trop jeune pour rien, docteur, croyez-en ma vieille expérience/

Il parut étonné.

– Où as-tu appris cette expression ?

– C’est mon ami Monsieur Hamil qui dit toujours ça.

– Ah bon. Tu es un garçon très intelligent, très sensible, trop sensible même. J’ai souvent dit à Madame Rosa que tu ne seras jamais comme tout le monde. Quelquefois, ça fait des grands poètes, des écrivains, et quelquefois…

Il soupira.

– … et quelquefois, des révoltés. Mais rassure-toi, cela ne veut pas dire du tout que tu ne seras pas normal.

– J’espère bien que je ne serai jamais normal, docteur Katz, il n’y a que les salauds qui sont toujours normals.

– Normaux.

– Je ferai tout pour ne pas être normal, docteur…

Il s’est encore levé et j’ai pensé que c’était le moment de lui demander quelque chose, car ça commençait à me turlupiner sérieusement.

– Dites-moi, docteur, vous êtes sûr que j’ai quatorze ans ? J’en ai pas vingt, trente ou quelque chose d’encore plus ? D’abord on me dit dix, puis quatorze. J’aurais pas des fois beaucoup mieux ? Je suis pas un nain, putain de nom ? J’ai aucune envie d’être un nain, docteur, même s’ils sont normaux et différents.

Le docteur Katz sourit dans sa barbe et il était heureux de m’annoncer enfin une vraie bonne nouvelle.

– Non, tu n’es pas un nain, Momo, je t’en donne ma parole médicale. Tu as quatorze ans, mais Madame Rosa voulait te garder le plus longtemps possible, elle avait peur que tu la quittes, alors elle t’a fait croire que tu n’en avais que dix. J’aurais peut-être dû te le dire un peu plus tôt, mais…

Il sourit et ça l’a rendu encore plus triste.

– … mais comme c’était une belle histoire d’amour, je n’ai rien dit. Pour Madame Rosa, je veux bien encore attendre encore quelques jours, mais je pense qu’il est indispensable de la mettre à l’hôpital. Nous n’avons pas le droit d’abréger ses souffrances, comme je te l’ai expliqué. En attendant, faites-lui faire un peu d’exercice, mettez-la debout, remuez-la, faites-lui faire des petites promenades dans la chambre, parce que sans ça elle va pourrir partout et elle va faire des abcès. Il faut la remuer un peu. Deux ou trois, mais pas plus…

Emile Ajar (Romain Gary) - La vie devant soi

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Les cantines scolaires, « maillon faible » sanitaire contre le Covid-19...

1 Février 2021 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Fichier:Le Maillon faible logo TF1.jpg — Wikipédia

EXTRAITS

Pour la troisième fois depuis la rentrée, le protocole y est renforcé. Les responsables disent pourtant être « au maximum » de ce qu’il est possible de faire.

C’est, dans l’enceinte de l’école, le seul espace où les élèves sont autorisés à baisser le masque, s’exposant à l’épidémie. Pour la troisième fois depuis la rentrée, les cantines voient, cette semaine, leur protocole sanitaire renforcé. A compter de ce lundi 25 janvier, « le non-brassage entre élèves de classes différentes doit impérativement être respecté » au primaire, quand il n’était jusqu’à présent que vivement préconisé, peut-on lire sur la « fiche repère » à destination de la communauté éducative. Une mesure qui dit l’inquiétude, et la faible marge de manœuvre, des autorités.

Alors que l’hypothèse d’un reconfinement se fait chaque jour plus pressante, la question de l’organisation des repas demeure pour l’éducation nationale un casse-tête. La fermeture pure et simple des réfectoires, « maillon faible » sanitaire, est désormais une piste de travail. « Ce serait la mort dans l’âme, car, d’un point de vue social, éducatif, psychologique, il est très important d’avoir les cantines ouvertes », a défendu Jean-Michel Blanquer sur Franceinfo, le 19 janvier. D’autres options sont à l’étude, comme une « hybridation » des cours dans les collèges – cela se fait, depuis décembre 2020, dans les deux tiers des lycées –, explique-t-on dans l’entourage du ministre de l’éducation, qui ciblerait les classes de 4e et de 3e. Le prolongement des congés de février par une semaine de cours à distance, également évoqué, est une hypothèse qui n’est « pas privilégiée à ce stade », souligne-t-on rue de Grenelle.

En attendant que le gouvernement tranche, les collectivités, chargées du bon fonctionnement de la restauration scolaire, rapportent, à une large majorité, pouvoir difficilement faire « plus » ou « mieux » que ce qu’elles font déjà. Placer les élèves en quinconce, proscrire les distributions de nourriture « en vrac », privilégier les « plats complets » (de type lasagnes ou hachis parmentier) pour gagner un peu de temps sur les services, annexer d’autres salles… « On est au maximum », rapporte-t-on de la Seine-Saint-Denis à Villeurbanne (Rhône), de Rennes à Epinal en passant par Paris. « A la cantine, il n’y a plus de gras », soufflent les animateurs. Ou presque plus : ici où là, écoles et municipalités racontent exploiter d’« ultimes » marges de manœuvre pour « sécuriser » une pause déjeuner qui concentre l’inquiétude des parents.

(...)

« Non-sens »

Dans son école rurale, « très protégée », elle n’a comptabilisé, à ce jour, aucun cas positif. Et, a fortiori, aucun « cas contact » : sur ce point, l’éducation nationale continue de se référer à l’avis du 17 septembre 2020 du Haut Conseil de santé publique, qui estime qu’« il n’y a pas lieu de considérer comme cas contact à risque un enfant de moins de 11 ans ayant eu un contact avec (…) un autre enfant de moins de 11 ans testé positivement au Covid bien qu’il ne porte pas de masque ».

Un « non-sens » dénoncé par des enseignants, alors qu10 000 cas positifs ont été comptabilisés parmi les élèves, tous niveaux confondus, lors du dernier point de situation épidémique, le 22 janvier. « Les autorités sanitaires sont en train de réévaluer leurs recommandations dans le contexte d’émergence des variants, assure-t-on rue de Grenelle. Il est tout à fait possible que les règles d’identification évoluent dans les jours qui viennent. »

Une réunion est prévue entre le ministre de l’éducation et les organisations syndicales pour évoquer la situation sanitaire ce vendredi.

Mattea Battaglia

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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Sire Conflexe et M. Tréma forgent une partie de l'âme du français

1 Février 2021 , Rédigé par Slate Publié dans #Education

Mât, côte, sûr... L'accent circonflexe n'a pas dit son dernier mot ! -  Orthographe et Projet Voltaire

Comment faire l'accent tréma sur un clavier ? Touches à utiliser

[TRIBUNE] Ces deux compères risquent de laisser un vide sur la touche du clavier d'ordinateur où ils se côtoient.

Il y a dans les dictionnaires des trésors enfouis qui se révèlent aux curieux. On y trouve des usages qui se meurent, des formes désuètes que le temps va effacer pour toujours. Et quand ce n'est pas le temps, ce sont les claviers d'ordinateurs trop chargés de symboles et d'arobases pour tolérer longtemps les fantaisies de l'orthographe. Alors, voici, avant qu'ils ne disparaissent, l'histoire de deux compères, deux frères ennemis, deux vestiges hérités du passé: Sire Conflexe et Monsieur Tréma.

Sire Conflexe est comme un toit au-dessus d'une voyelle. Tandis que M. Tréma est le flocon qui s'en approche. Deux points en suspension dans l'air.

Sire Conflexe règne en maître. Ses accents concurrents, le grave et l'aigu, n'ont qu'une pente quand lui en a deux. Toujours en tête. Il a beaucoup d'admirateurs. Le flâneur dans les forêts de chênes, l'âne bâté satisfait de lui-même, le vieux croûton pâlot qui suit de sa fenêtre la femme court vêtue, le râleur qui se mêle sans arrêt des bêtises des autres, l'honnête benêt comme le crâneur bellâtre qui joue un rôle et ne pense qu'à paraître, la marâtre comme la câline, celui qui va au théâtre les jours de fête comme celui qui se rend à l'hôpital, celui qui se pâme devant des huîtres, des crêpes ou un gâteau, comme celui qui se bâfre au ragoût, au rôti ou au pâté, l'ami des bêtes comme l'inspecteur des impôts, le tôlier qui avance à la gnôle comme le môme bardé de diplômes, le hâbleur empâté comme le traînard un peu frêle, celui qui brûle une bûche dans le poêle comme celle qui se revêt d'un châle, celui qui dort à la fraîche comme celui qui cherche l'hôtel et le gîte sous la voûte des châteaux… Il y en pour tous les âges et tous les goûts. Incontestablement, Sire Conflexe trône. M. Tréma reste stoïque devant tant de conquêtes.

Sire Conflexe et M. Tréma se côtoient parfois. Ils partagent les piqûres de guêpes, la pêche à la foëne, l'île d'Haïti, une bâtisse exigüe, un caïman mâle, un pâton de farine de maïs, un coït bâclé... Et surtout, coïncidence sans doute, ils sont sur la même touche du clavier d'ordinateur. En binôme bien sûr. Avec avantage au Sire. Les uns, sur l'i, servent à souligner le son de la voyelle, à la mettre en valeur, tandis que ceux de l'u ne servent absolument à rien, à vous dégoûter de les utiliser.

Mais sans moi, dit sire Conflexe, les mots ont un autre sens. Sur et sûr, mur et mûr, mat et mât, jeune et jeûne, du et dû, fut et fût, colon et côlon… Certes, répond, M. Tréma. Mais que dis-tu de mais et maïs? Égalité.

Mais ils sont le plus souvent voisins sans se toucher vraiment. Quand l'un s'éveille à Noël, l'autre attend Pâques. Le premier, entêté, ne s'arrête pas de sitôt et revient alors en août. L'un trouve le son de flûte trop aigüe. L'autre l'accuse d'être un païen sans respect pour les jours de carême. Dans le jardin, l'un cultive la mâche et l'autre la cigüe. Quand l'un cueille les pâquerettes, l'autre suit les astéroïdes. Quand ils sont mécontents, l'un charge à la baïonnette tandis que l'autre, un peu lâche, se contente de blâmer. L'un se rêve en goëland quand l'autre reste à son râteau. IIs se disputent même parfois. Bâtard! Naïf!

Que deviendront-ils? Ils étaient à égalité. Ils le resteront. Ils partiront bientôt. Ensemble. Pour ne pas dire côte à côte. Beaucoup nous ont déjà quitté. Il y a des options –avec ou sans accent– qui ne sont que des leurres. Pourquoi garder un toit à abîme lorsque tout est perdu. Pas de blâme, c'est ainsi. Quel gâchis. On ne peut être et avoir été. Mais quand ils ne seront plus, le français aura perdu un peu de son âme.

Nicolas-Jean Brehon

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Culture - "On voudrait pas crever sans avoir dit un mot"...

1 Février 2021 , Rédigé par Libération Publié dans #Education, #Art

Segment | Le Téléjournal Montréal avec Patrice Roy | ICI Radio-Canada.ca  Télé

Le monde d’après du spectacle vivant, se résumera-t-il finalement à la destruction d’un nombre incalculable de lieux et de compagnies ? Il est urgent de rouvrir au plus vite les théâtres et les autres lieux d’art et de création.

C’est conscients du caractère critique de la situation sanitaire mais habités d’un profond sentiment d’urgence que nous prenons aujourd’hui la parole pour affirmer que la fermeture indéfinie de tous les lieux d’art et de création est un désastre - social, humain, artistique - et que la réponse qu’y apportent le ministère de la Culture et le gouvernement n’en prend pas la mesure.

Désastre pour les lieux, leurs acteurs, pour l’ensemble des compagnies du spectacle vivant. Désastre plus lourd encore pour les compagnies indépendantes. Depuis bientôt un an, notre réalité, bouleversée par l’apparition du Covid-19, ne cesse de nous devancer et de réclamer de nous mille ajustements. Ces ajustements, notre secteur n’a cessé de les faire, ses protocoles sanitaires sont parmi les plus stricts qui ont été établis.

Devant l’horreur d’une crise économique qui se profile mais qui pour certains, est déjà bien là, le gouvernement a fait des «gestes» : tout allait changer, «quoi qu’il en coûte», il y avait un monde d’avant, il y aurait désormais un monde d’après. Il y eut les plans de relance français, européens.

Les mesures économiques prises par le gouvernement dans notre secteur : l’année blanche, l’autorisation des répétitions, des résidences, l’encouragement au report des représentations, ou à leur dédommagement, ont permis à beaucoup d’entre nous de ne pas sombrer, et ce n’est pas rien au vu de ce qui se passe dans d’autres secteurs où la misère atteint aujourd’hui un point dangereusement extrême.

Mais ces mesures ne concourent pas à préparer la reprise qui se présente comme un épouvantable casse-tête pour les théâtres et n’offrent, du fait de l’empilement des reports, aucune perspective de création et de diffusion aux moins dotés d’entre nous.

Beaucoup l’ont souligné, relance et soutiens se sont concentrés sur les mieux installé·e·s. Les plus faibles, les plus fragiles, ont continué à se fragiliser et à s’affaiblir. Qu’a-t-il été proposé à ceux qui n’étaient pas «premiers de cordée» ? «Enfourcher le tigre» !

«Enfourcher le tigre» ayant consisté pour la plupart d’entre nous à imaginer dans l’urgence des projets pour un «été apprenant» qui n’aura été, par manque de moyens et pour l’essentiel, qu’une vaste garderie.

Le gouvernement ne profiterait-il pas de la pandémie non pour inventer un monde d’après mais pour aggraver le monde d’avant : laisser se détricoter les réseaux de solidarité, le droit du travail, la protection sociale et, chemin faisant, se débarrasser d’une bonne partie des intermittents. Intermittents dont le régime, effectivement protecteur, est une épine dans le pied des tenants de la «fluidification du marché du travail».

Le monde d’après du théâtre se résumera-t-il finalement à la destruction d’un nombre incalculable de lieux et de compagnies ?

C’est à cette aune que nous analysons l’actuelle confusion du ministère de la Culture, à cette aune le silence étourdissant de Roselyne Bachelot, à cette aune l’actuelle absence de nouvelles mesures de soutien aux arts vivants.

A cette aune aussi, le plan de relance de la culture du mois de septembre 2020, où l’ensemble des compagnies «non conventionnées», celles employant la majorité de ceux qui œuvrent dans le spectacle vivant, n’ont eu pour tout soutien que 10 malheureux millions d’euros. Dix millions à se partager avec les lieux du théâtre privé ! Dix millions à comparer aux plusieurs centaines de millions consacrés aux institutions et lieux qui «font rayonner la France».

Force est de constater que cette politique - qui fait prime à la seule notabilité - est l’aggravation de celle qui se mène depuis plusieurs années déjà.

L’immense majorité des compagnies a vu, saisons après saisons, ses possibilités de jouer et de montrer leur travail se réduire.

L’été venu, les spectacles s’empilent jusqu’à l’absurde dans le off du Festival d’Avignon à côté duquel le Far West est désormais une aimable colonie de vacances.

La «grande famille» du spectacle se brise, et il semble bien que le ministère veuille planter le dernier clou de son cercueil.

Cette mise en concurrence de tous, associée à la baisse continue de moyens et de possibilités de certains et au subventionnement toujours accru d’autres, la politique de soutien actuelle ne la corrige pas, elle est d’ailleurs conçue par nombre de «décideurs» comme une «rationalisation» d’un secteur qui aurait connu, selon eux, une expansion excessive.

Pour cette façon de voir, il y aurait «trop de propositions, trop d’artistes». Nous croyons exactement le contraire. C’est que nous partageons la conviction de Tchekhov selon laquelle on peut priver l’homme de tout (quoique pas trop) mais certainement pas de la possibilité de chercher un sens à sa vie (ce qui ne veut pas dire le trouver).

Les effets pervers de cette politique accentuent la relation de dépendance des uns et des autres vis-à-vis de leur tutelle ou de ceux qui les accueillent (lieux d’accueil qui, d’ailleurs, eux aussi n’en peuvent plus). Bien sûr, ces relations ont toujours existé, mais des mécanismes les contenaient. Des mécanismes qui - c’est essentiel - font aussi d’un pays une démocratie.

Disons-le, les aides distribuées aux lieux labellisés ne «ruissellent» pas toujours ; l’argent versé pour les captations ne suffira pas à relancer une activité dont le cœur est la présence vive ; les aides apportées selon le «chiffre d’affaires» sont un contresens tragique quant à ce que doit être une politique culturelle, sans parler de leur arbitraire - quid des compagnies qui n’ont pas créé en 2019 ou 2020 et dont le «chiffre d’affaires» est alors très faible ?

Nous affirmons qu’il faut rendre des moyens et de l’autonomie à chacun. Nous affirmons qu’à court, moyen et long terme, seules une multiplication des aides à la production, à la création, à la diffusion, l’ouverture de nouvelles plages de jeu dans les théâtres, la création et le soutien de et aux lieux intermédiaires, constitueraient un véritable plan de relance qui, faisant fond sur l’immense potentiel de l’ensemble du secteur du spectacle vivant, serait un soutien pour tous.

Nous ne demandons pas l’aumône, nous demandons une politique audacieuse, de celles qui mettent les femmes et les hommes en leur centre.

Notre secteur, avec d’autres, agonise et sert, depuis plus d’un an, de variable d’ajustement à la politique sanitaire. Et précisément parce que la circulation du virus et de ses variants est là, que tous souffrent et sont mortellement effrayés, nous demandons d’avoir le courage politique de rouvrir, au plus vite, les théâtres et les autres lieux d’art et de création, de leur donner une visibilité sur l’avenir. Non seulement pour que nous ne «crevions» pas mais aussi pour que nous puissions à nouveau remplir notre indispensable mission : réunir, raconter, questionner, bouleverser, alléger, réparer.

Un collectif de compagnies du spectacle vivant

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La grève dans l’éducation nationale au ban des JT...

1 Février 2021 , Rédigé par Acrimed Publié dans #Education

Audiences annuelles 2016 : TF1, France 2, France 3 et Canal+ au plus bas -  Puremedias

EXTRAITS

Mardi 26 janvier, une journée de grève était organisée dans toute la France par six fédérations syndicales de personnels de l’éducation nationale. Une mobilisation rejointe par les infirmières scolaires, les lycéens, les étudiants, la principale fédération de parents d’élèves. Bref, un périmètre large et inédit, pour protester contre la gestion de la crise sanitaire, et revendiquer une hausse des salaires. Et une actualité « chaude », pourtant réduite au silence dans les journaux télévisés des trois grandes chaînes généralistes.

(...)

... de cette journée nationale de grève et de mobilisation, il ne fut pas du tout question dans le JT de 20h de TF1. Parmi les grands titres : l’interdiction des masques artisanaux ; les contrôles pour le respect du couvre-feu (jugés insuffisants – journalisme policier quand tu nous tiens) ; les avions cloués au sol par manque de voyageurs ; le superéthanol ou encore une escapade de 5 minutes dans les îles autour d’Helsinki pour étancher la « soif d’évasion » des téléspectateurs.

(...)

Le 20h de France 2 fait à peine mieux. Avec pour les grands titres : le vaccin, la fermeture (possible) des écoles, les violences au Pays-Bas, le trafic d’antiquités issues de zones de guerre, et les enjeux de la libération des animaux de cirque. Le sujet dédié à la question de la fermeture des écoles prend soin de ne pas aborder les questions de conditions de travail, ou les polémiques sur la gestion de la crise sanitaire en milieu scolaire… Là encore, comme sur TF1, l’actualité internationale bénéficie d’un long coup de projecteur : qu’il s’agisse des Pays-Bas, du bilan humain du Covid en Grande-Bretagne, des États-Unis. La question de la journée de grève sera tout de même traitée au bout de 21 minutes de journal… en 23 secondes chrono (pour un JT d’une durée de 37 minutes)

(...)

Pas un témoignage, pas un mot sur le contexte, les enjeux de la mobilisation. Bref, un fait divers balayé d’un revers de main. En comparaison, le sujet sur les animaux de cirque bénéficiera d’un temps sept fois supérieur (2 minutes 45 secondes). Un laborieux « fact-checking » autour d’une vidéo montrant un test pour le Covid réagissant au Coca-Cola ? Près de six fois plus de temps (2 min 10). Idem pour la chanson d’un postier écossais faisant le « buzz » sur les réseaux sociaux (encore elle).

(...)

Et le constat est le même – en pire – dans le 19/20 de France 3. Au programme des grands titres : vaccin (sujet traité sous toutes ses coutures), éoliennes (encore elles), et un refuge pour bétail en souffrance (décidément). L’information sur les mobilisations dans l’éducation nationale intervient cette fois au bout de 8 minutes et 17 secondes de JT (sur 25 minutes). 

(...)

... Entre mimétisme (mêmes sujets, mêmes cadrages) et information spectacle, les JT du 26 janvier donnent un nouvel exemple de l’ineptie des choix éditoriaux des grands-messes de l’info. Pour qui la dernière vidéo à succès sur les réseaux sociaux a, semble-t-il, plus d’importance que la situation et l’avenir du système scolaire.

Frédéric Lemaire

Billet complet à lire en cliquant ci-dessous

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