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Vivement l'Ecole!

"Quand on parlait du progrès, on ne parlait de rien" - Marie Tanguy, "plume" du candidat Macron... (Vidéo)

21 Septembre 2020 , Rédigé par France Culture

Le macronisme a t-il toujours été de droite ? Avec Frédéric Rouvillois et Marie Tanguy

(...)

"On n'a pas souhaité faire un travail de cohérence idéologique sur la campagne alors même qu'on avait complètement éclaté le paysage politique. On avait la responsabilité de refonder un socle idéologique. Pendant la campagne, on s'est plutôt concentrés sur des enjeux de court terme qui étaient de capter un segment électoral, les classes moyennes, et donc de lui donner ce qu'on pensait qu'elle avait besoin d'entendre dans une approche assez marketing."

"Quand on parlait du progrès, on parlait de rien, on parlait du mouvement, on parlait de la modernité. Mais en réalité, il y a plein de projets de modernité possibles et c'est là où il aurait fallu le définir un peu politiquement. Cette ambiguïté a permis à beaucoup de gens d'y projeter ce qu'ils voulaient y voir. Moi, la première, parce qu'aussi le mouvement avait à ce moment là beaucoup d'énergie et d'intelligence."

Marie Tanguy

A lire

Confusions Marie Tanguy JC Lattès, 2020

https://www.franceculture.fr/emissions/linvitee-des-matins/le-macronisme-a-t-il-toujours-ete-de-droite-avec-frederic-rouvillois-et-marie-tanguy?actId=ebwp0YMB8s0XXev-swTWi6FWgZQt9biALyr5FYI13OojN5VSMd2TMt8SkIKwMoFh&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=610830#xtor=EPR-2-[LaLettre21092020]

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« On ne fait plus de politique au nom de l’intérêt général » (Video)

21 Septembre 2020 , Rédigé par Regards.fr - La Midinale Publié dans #Politique

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Chers amis...

21 Septembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Divers

Chers amis,

une journée chargée - oui, même en retraite; j'allais écrire "Surtout en retraite!" - m'empêche de nourrir le blog aujourd'hui.

A demain donc...

Christophe

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"Il y a une grande différence entre être contre le voile et s'attaquer à une femme voilée"/Leïla Slimani - Par Christophe Chartreux

20 Septembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Politique

"Il y a une grande différence entre être contre le voile et s'attaquer à une femme voilée"/Leïla Slimani - Par Christophe Chartreux

Maryam Pougetoux, représentante de l'UNEF, s'est présentée portant un hijab - le visage découvert - à l'Assemblée Nationale pour participer à une audition/débat dont la jeunesse était le sujet.

Cette présence, voilée et autorisée par le règlement intérieur de l'Assemblée Nationale, a provoqué le départ d'une petite minorité de députés présents. Parmi eux, Anne-Christine Lang, élue LREM justifiant sa décision de quitter la salle par le fait que ce voile, en plus d'être un "vêtement" religieux, démontrait la soumission des femmes dans un pays, la France, qui se bat pour l'émancipation de celles-ci.

Vertement recadrée par la présidente (LREM) de séance, Madame Lang et quelques députés LR ont néanmoins joint le geste à la parole en abandonnant le terrain pour rejoindre les micros.

Les débats concernant le jeunesse étudiante ont donc pu se dérouler. Ils furent d'un excellent niveau et les échanges, parfaitement respectueux des lieux comme des personnes, ont apporté un grand nombre d'informations à la représentation nationale dont l'un des rôles majeurs, faut-il le rappeler, est d'être à l'écoute de la société civile, sans exclure personne quelles que soient les convictions des uns et des autres.

Hélas la polémique provoquée par une petite poignée de députés, parfaitement conscient du "buzz" ainsi créé, a remisé au second plan les inquiétudes de la jeunesse étudiante, inquiétudes rapportées par une représentante dont le seul tort fut de paraître voilée.

Car, bien plus que le voile, c'est bien une femme voilée qui fut attaquée, niée, invisibilisée. Comme le rappelle très justement Leîla Slimani dans l'émission C Politique ce dimanche 20 septembre. Voir lien ci-dessous.

Il y a une grande différence entre être contre le voile et s'attaquer à une femme voilée

Cette Nième polémique avec le hijab - ou tout autre vêtement ne couvrant pas le visage - n'est qu'une Nième erreur commise par celles et ceux persuadés de lutter - et il faut lutter! - contre l'islamisme en s'en prenant, sans distinction aucune, à toutes les femmes couvertes d'un hijab. Peu leur importe ce qui a amené ces femmes à faire le choix du hijab. Jamais la question ne leur est posée. Elles sont, dans l'immense majorité des cas, immédiatement cataloguées dans les rangs des femmes soumises à une religion, aux hommes et porteuses d'un message prosélyte: celui de l'islamisme radical. Je note qu'il aura fallu plusieurs jours pour permettre à Maryam Pougetoux de donner son point de vue et de répondre aux arguments de Madame Lang et de ceux qui l'ont accompagnée. Cédant au passage le terrain à celle qu'il considère, peu ou prou, comme une dangereuse radicalisée et actant la défaite de la pensée, du débat contradictoire, de la disputatio  si nécessaire aux progrès des sociétés humaines, si nécessaires à l'émancipation de toutes et tous.

Je remarque - et je suis loin d'être le seul dans ce cas - que la présence d'hommes politiques ou d'invités à des auditions portant des signes religieux visibles dans l'enceinte de l'Assemblée Nationale - c'est arrivé à plusieurs reprises - n'a jamais soulevé la moindre polémique.

Je remarque - et je suis loin d'être le seul - que dans un climat politique de plus en plus pré-électoral, la "pêche aux voix de droite et d'extrême droite" semble ouverte. Tout prétexte à envoyer des messages aux électeurs de ces familles politiques sera immédiatement saisi. Madame Lang, par son intervention télévisée, n'avait je pense pas la moindre animosité à l'encontre de cette jeune fille en tant que personne, mais a trouvé le moyen "idéal" pour un appel du pied très appuyé en direction des défenseurs d'une laïcité sélective, ce que celle-ci ne peut pas être. La laïcité, pour rappel, c'est - entre autres piliers - le respect absolu de toutes les religions, l'Islam étant la seconde religion de France et n'étant pas interdite que je sache, le respect de leur pratique et le respect enfin de n'en pratiquer aucune. Petit souvenir personnel: j'ai été quasiment élevé par une femme voilée - et totalement voilée; elle ne se dévoilait qu'à l'intérieur de la maison au Maroc de mon enfance et de mon adolescence . Cela n' a pas fait de moi un musulman. Passons...

Voltaire aurait adoré notre époque. Montesquieu sans doute aussi. L'aurait adorée pour en relever les travers. Qui sont nombreux à commencer par cette hypocrisie de Madame Lang, faisant de la France une pionnière de la lutte contre la soumission infligée aux femmes par le port du hijab mais oubliant que c'est dans ce même pays "exemplaire" et souvent donneur de leçons qu'une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son ami/mari et que c'est dans ce pays toujours aussi "exemplaire" que les écarts salariaux entre les hommes et les femmes sont particulièrement injustes et scandaleux. Aucun rapport, me répondra-t-on sans doute. Je laisse chacune et chacun apprécier en son âme et conscience.

Les femmes, toujours objets des attaques et des reproches. Hijab, tenues des filles en collèges et lycées, machisme du Tour de France, toujours les femmes centres des préoccupations, des doutes, des rejets, des opprobres, des accusations.

Bien sûr le voile est un signe religieux visible. C'est l'une des "faiblesses" - ou des forces - de l'Islam. Cette religion se voit. Contrairement à d'autres, plus discrètes. La belle affaire!

A force de surligner une et une seule religion, en l'accablant, en la rendant responsable jusqu'aux fantasmes de tous les maux de la terre, en la confondant sottement avec l'islamisme radical - à combattre lui! - elle devient symbole de lutte "identitaire" et politique. Mais qui la pousse à cette extrémité?

Et si, tout simplement, nous leur fichions la paix?

LA PAIX!

Christophe Chartreux

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Alma Forrer... (Et Baptiste W. Hamon...)

20 Septembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Philippe Djian...

20 Septembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Philippe Djian...

Une dizaine d’années plus tôt, il se trouvait dans les parages lorsque le fameux Marc-André s’était envolé en abandonnant femme et enfants sans un sou, une maison hypothéquée sur les bras. Dans leur immense majorité, d’une manière ou d’une autre, les hommes sont des lâches. Voilà bien une chose que leur avait inculquée son brillant prédécesseur, démonstration à la clé. Or, certaines pentes se révélaient difficiles à remonter. Trop profondément enracinées, trop diffuses. Il avait fallu du temps à Anton, flanqué d’un tel handicap, pour apprivoiser ces trois femmes et gagner un peu de leur estime. Mais jamais rien, semblait-il, jamais rien n’était durablement acquis, ici-bas.

Philippe Djian - 2030

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"Les cours de récré se mettent au vert..." (Ce ne sont pas des écoles "Amish"...)

20 Septembre 2020 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

"Les cours de récré se mettent au vert..." (Ce ne sont pas des écoles "Amish"...)

« Vous entendez ? » La directrice d’école savoure le changement. Pas le moindre de ces cris stridents qui, d’habitude, accompagnent courses effrénées et bousculades dans la cour, lorsque les élèves s’y éparpillent. C’est la récré de 15 heures, à la maternelle Emeriau, dans le 15e arrondissement parisien. Et l’ensauvagement a du bon : depuis que, cet été, la cour a été végétalisée, le calme règne.

Seuls, ou plus souvent en petites troupes laborieuses, les enfants entassent, charrient, déversent les copeaux de bois qui jonchent l’espace central, armés de récipients variés. Accroupis au bord de la mini-rivière, ils plongent avec délice les mains dans le filet d’eau qui s’écoule du collecteur pluvial, pour y tripoter un galet ou guider une feuille morte jusqu’au jardin humide planté de fougères. Ils jouent à se croiser sur des troncs d’arbre couchés, à suivre, de rondin en rondin, la corde de la via ferrata, et même à se cacher sous la grosse butte de terre engazonnée, à l’heure du retour en classe.

Isabelle de Chauveron, qui dirige cet établissement de six classes au milieu des tours du quartier Beaugrenelle, ne regrette pas l’ancien rectangle d’asphalte noir où, trois heures par jour, les élèves « s’excitaient dangereusement ». « Maintenant, ils ont toujours quelque chose à faire. Au niveau de la motricité, comme au niveau sensoriel, c’est magique. » « On les reconnecte à la nature, appuie une enseignante, Géraldine Roux. Le souci de l’écologie va passer par là. » Par ces « oasis » qu’a, peu à peu, prévu de faire pousser la Mairie de Paris dans les 760 écoles et collèges maillant la ville.

La canicule précoce, au printemps 2017, a fait surgir l’idée de transformer les cours bitumées aux allures de parking en îlots de fraîcheur pour leur quartier : plantations, ombre et fontaines, sols clairs et perméables aux infiltrations d’eau de pluie… Trente et une écoles sont déjà « renaturées », à l’automne 2019, lorsque la mission Résilience de la Ville de Paris organise un voyage d’études à Anvers. Révélation ! Quoique soumises aux mêmes normes européennes, les cours y sont plus ensauvagées et plus ludiques à la fois. Bref, adaptées aux besoins des enfants, pas seulement au changement climatique.

(...)

Ramener du sensoriel

Charlotte Brun, adjointe Ville éducatrice à la mairie de Lille, ne perçoit « plus trop de résistances, aujourd’hui ». « Plutôt une forte demande des équipes éducatives. Elles ont constaté que les réalisations n’étaient pas décoratives, mais servaient des objectifs pédagogiques. Et les fédérations de parents sont à fond pour. » L’association Récréations urbaines les aide à cheminer. Céline Lecas, urbaniste, anime dans la ville nordiste des ateliers de concertation sur les cours, au sein desquels les enfants dessinent leurs souhaits : « De la terre, de l’eau, sentir, toucher, voir. Ils veulent qu’on ramène du sensoriel, pouvoir se salir, observer des animaux, aussi. »

Une place de choix est réservée au monde animal, sur les plans d’école idéale dessinés en 2019 par 800 élèves, du CM1 à la 5e, qu’analyse actuellement Pascal Clerc, au sein du laboratoire Ecole, mutations, apprentissages. Poules, lapins, canards, chiens ou chevaux… L’étape suivante ?

Pascale Krémer - Moina Fauchier-Delavigne

L'article complet (abonnés) est à lire en cliquant ci-dessous

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P.R2B... "La Chanson du bal" et autres...

19 Septembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Boris Vian...

19 Septembre 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Cher Monsieur,

Vous avez bien voulu attirer les rayons du flambeau de l'actualité sur une chanson fort simple et sans prétention, Le Déserteur, que vous avez entendue à la radio et dont je suis l'auteur. Vous avez cru devoir prétendre qu'il s'agissait là d'une insulte aux anciens combattants de toutes les guerres passées, présentes et à venir.

Vous avez demandé au préfet de la Seine que cette chanson ne passe plus sur les ondes. Ceci confirme à qui veut l'entendre l'existence d'une censure à la radio et c'est un détail utile à connaître.

Je regrette d'avoir à vous le dire, mais cette chanson a été applaudie par des milliers de spectateurs et notamment a l'Olympia (3 semaines) et à Bobino (15 jours) depuis que Mouloudji la chante ; certains, je le sais. l'ont trouvée choquante : ils étaient très peu nombreux et je crains qu'ils ne l'aient pas comprise. Voici quelques explications à leur usage.

De deux choses l'une : ancien combattant, vous battez-vous pour la paix ou pour le plaisir ? Si vous vous battiez pour la paix, ce que j'ose espérer, ne tombez pas sur quelqu'un qui est du même bord que vous et répondez à la question suivante : si l'on n'attaque pas la guerre pendant la paix, quand aura-t-on le droit de l'attaquer ? Ou alors vous aimiez la guerre -- et vous vous battiez pour le plaisir ? C'est une supposition que je ne me permettrais pas même de faire, car pour ma part, je ne suis pas du type agressif. Ainsi cette chanson qui combat ce contre quoi vous avez combattu, ne tentez pas, en jouant sur les mots, de la faire passer pour ce qu'elle n'est pas : ce n'est pas de bonne guerre.

Car il y a de bonnes guerres et de mauvaises guerres -- encore que le rapprochement de "bonne" et de "guerre" soit de nature à me choquer, moi et bien d'autres, de prime abord -- comme la chanson a pu vous choquer de prime abord. Appellerez-vous une bonne guerre celle que l'on a tentée de faire mener aux soldats français en 1940 ? Mal armés, mal guidés, mal informés, n'ayant souvent pour toute défense qu'un fusil dans lequel n'entraient même pas les cartouches qu'on leur donnait (Entre autres, c'est arrivé à mon frère aîné en mai 1940.), les soldats de 1940 ont donné au monde une leçon d'intelligence en refusant le combat : ceux qui étaient en mesure de le faire se sont battus -- et fort bien battus : mais le beau geste qui consiste à se faire tuer pour rien n'est plus de mise aujourd'hui que l'on tue mécaniquement ; il n'a même plus valeur de symbole, si l'on peut considérer qu'il l'ait eu en imposant au moins au vainqueur le respect du vaincu.

D'ailleurs mourir pour la patrie, c'est fort bien : encore faut-il ne pas mourir tous -- car où sera la patrie ? Ce n'est pas la terre -- ce sont les gens, la patrie (Le général de Gaulle ne me contredira pas sur ce point, je pense.). Ce ne sont pas les soldats : ce sont les civils que l'on est censé défendre -- et les soldats n'ont rien de plus pressé que de redevenir civils, car cela signifie que la guerre est terminée.

Au reste si cette chanson peut paraître indirectement viser une certaine catégorie de gens. Ce ne sont à coup sûr pas les civils : les anciens combattants seraient-ils des militaires ? Et voudriez-vous m'expliquer ce que vous entendez, vous, par ancien combattant ? "Homme qui regrette d'avoir été obligé d'en venir aux armes pour se défendre" ou "homme qui regrette le temps ou Ion combattait" -- Si c'est "homme qui a fait ses preuves de combattant", cela prend une nuance agressive. Si c'est "homme qui a gagne une guerre", c'est un peu vaniteux.

Croyez-moi... "ancien combattant", c'est un mot dangereux ; on ne devrait pas se vanter d'avoir fait la guerre, on devrait le regretter -- un ancien combattant est mieux placé que quiconque pour haïr la guerre. Presque tous les vrais déserteurs sont des "anciens combattants" qui n'ont pas eu la force d'aller jusqu'à la fin du combat. Et qui leur jettera la pierre ? Non... si ma chanson peut déplaire, ce n'est pas à un ancien combattant, cher monsieur Faber. Cela ne peut être qu'à une certaine catégorie de militaires de carrière ; jusqu'à nouvel ordre, je considère l'ancien combattant comme un civil heureux de l'être. Il est des militaires de carrière qui considèrent la guerre comme un fléau inévitable et s'efforcent de l'abréger. Ils ont tort d'être militaires, car c'est se déclarer découragé d'avance et admettre que l'on ne peut prévenir ce fléau -- mais ces militaires-là sont des hommes honnêtes. Bêtes mais honnêtes. Et ceux-là non plus n'ont pas pu se sentir visés. Sachez-le, certains m'ont félicité de cette chanson. Malheureusement, il en est d'autres. Et ceux-là, si je les ai choqués, j'en suis ravi. C'est bien leur tour. Oui, cher monsieur Faber, figurez-vous, certains militaires de carrière considèrent que la guerre n'a d'autre but que de tuer les gens. Le général Bradiey par exemple, dont J'ai traduit les mémoires de guerre, le dit en toutes lettres. Entre nous, les neuf dixièmes des gens ont des idées fausses sur ce type de militaire de carrière. L'histoire telle qu'on l'enseigne est remplie du récit de leurs inutiles exploits et de leurs démolitions barbares ; j'aimerais mieux -- et nous sommes quelques-uns dans ce cas -- que l'on enseignât dans les écoles la vie d'Eupalinos ou le récit de la construction de Notre-Dame plutôt que la vie de César ou que le récit des exploits astucieux de Gengis Khan. Le bravache a toujours su forcer le civilisé à s'intéresser à son inintéressante personne ; où l'attention ne naît pas d'elle-même, il faut bien qu'on l'exige, et quoi de plus facile lorsque l'on dispose des armes. On ne règle pas ces problèmes en dix lignes : mais l'un des pays les plus civilisés du monde, la Suisse, les a résolus, je vous le ferai remarquer, en créant une armée de civils ; pour chacun d'eux, la guerre n'a qu'une signification : celle de se défendre. Cette guerre-là, c'est la bonne guerre. Tout au moins la seule inévitable. Celle qui nous est imposée par les faits.

Non, monsieur Faber, ne cherchez pas l'insulte où elle n'est pas et si vous la trouvez, sachez que c'est vous qui l'y aurez mise. Je dis clairement ce que je veux dire : et jamais je n'ai eu le désir d'insulter les anciens combattants des deux guerres, les résistants, parmi lesquels je compte bien des amis, et les morts de la guerre - parmi lesquels j'en comptais bien d'autres. Lorsque j'insulte (et cela ne m'arrive guère) je le fais franchement, croyez-moi. Jamais je n'insulterai des hommes comme moi, des civils, que l'on a revêtus d'un uniforme pour pouvoir les tuer comme de simples objets, en leur bourrant le crâne de mots d'ordre vides et de prétextes fallacieux. Se battre sans savoir pourquoi l'on se bat est le fait d'un imbécile et non celui d'un héros ; le héros, c'est celui qui accepte la mort lorsqu'il sait qu'elle sera utile aux valeurs qu'il défend. Le déserteur de ma chanson n'est qu'un homme qui ne sait pas ; et qui le lui explique ? Je ne sais de quelle guerre vous êtes ancien combattant - mais si vous avez fait la première, reconnaissez que vous étiez plus doué pour la guerre que pour la paix ; ceux qui, comme moi, ont eu 20 ans en 1940 ont reçu un drôle de cadeau d'anniversaire. Je ne pose pas pour les braves : ajourné à la suite d'une maladie de cœur, je ne me suis pas battu, je n'ai pas été déporté, je n'ai pas collaboré -- je suis resté, quatre ans durant, un imbécile sous-alimenté parmi tant d'autres -- un qui ne comprenait pas parce que pour comprendre, il faut qu'on vous explique. J'ai trente-quatre ans aujourd'hui, et je vous le dis : s'il s'agit de tomber au hasard d'un combat ignoble sous la gelée de napalm, pion obscur dans une mêlée guidée par des intérêts politiques, je refuse et je prends le maquis. Je ferai ma guerre à moi. Le pays entier s'est élevé contre la guerre d'Indochine lorsqu'il a fini par savoir ce qu'il en était, et les jeunes qui se sont fait tuer là-bas parce qu'ils croyaient servir à quelque chose -- on le leur avait dit -- je ne les insulte pas, je les pleure ; parmi eux se trouvaient, qui sait, de grands peintres, de grands musiciens, et à coup sûr, d'honnêtes gens.

Lorsque l'on voit une guerre prendre fin en un mois par la volonté d'un homme qui ne se paie pas, sur ce chapitre, de mots fumeux et glorieux, on est forcé de croire, si l'on ne l'avait pas compris, que celle-là au moins n'était pas inévitable. Demandez aux anciens combattants d'Indochine -- à Philippe de Pirey, par exemple (Opération Sachis, chez Julliard) -- ce qu'ils en pensent. Ce n'est pas moi qui vous le dis -- c'est quelqu'un qui en revient -- mais peut-être ne lisez-vous pas. Si vous vous contentez de la radio, évidemment, vous n'êtes pas gâté sur le chapitre des informations. Comme moyen de progression culturelle, c'est excellent en théorie la radio ; mais ce n'est pas très judicieusement employé.

D'ailleurs, je pourrais vous chicaner. Qui êtes-vous, pour me prendre à partie comme cela, monsieur Faber ? Vous considérez-vous comme un modèle ? Un étalon de référence ? Je ne demande pas mieux que de le croire -- encore faudrait-il que je vous connusse. Je ne demande pas mieux que de faire votre connaissance mais vous m'attaquez comme cela, sournoisement, sans même m'entendre (car j'aurais pu vous expliquer cette chanson, puisqu'il vous faut un dessin). Je serai ravi de prendre exemple sur vous si je reconnais en vous les qualités admirables que vous avez, je n'en doute pas, mais qui ne sont guère manifestes jusqu'ici puisque je ne connais de vous qu'un acte d'hostilité à l'égard d'un homme qui essaie de gagner sa vie en faisant des chansons pour d'autres hommes. Je veux bien suivre Faber, moi. Mais les hommes de ma génération en ont assez des leçons ; ils préfèrent ses exemples. Jusqu'ici je me suis contenté de gens comme Einstein, pour ne citer que lui - tenez, voici ce qu'il écrit des militaires, Einstein...

"... Ce sujet m'amène à parler de la pire des créations : celle des masses armées, du régime militaire, que je hais ; je méprise profondément celui qui peut, avec plaisir, marcher en rangs et formations, derrière une musique : ce ne peut être que par erreur qu'il a reçu un cerveau ; une moelle épinière lui suffirait amplement. On devrait, aussi rapidement que possible, faire disparaître cette honte de la civilisation. L'héroïsme sur commande, les voies de faits stupides, le fâcheux esprit de nationalisme, combien Je hais tout cela : combien la guerre me paraît ignoble et méprisable ; J'aimerais mieux me laisser couper en morceaux que de participer à un acte aussi misérable. En dépit de fout. Je pense tant de bien de l'humanité que Je suis persuadé que ce revenant aurait depuis longtemps disparu si le bon sens des peuples n'était pas systématiquement corrompu, au moyen de l'école et de la presse, par les intéressés du monde politique et du monde des affaires."

Attaquerez-vous Einstein, Monsieur Faber ? C'est plus dangereux que d'attaquer Vian, je vous préviens... Et ne me dites pas qu'Einstein est un idiot : les militaires eux-mêmes vont lui emprunter ses recettes, car ils reconnaissent sa supériorité, voir chapitre atomique. Ils n'ont pas l'approbation d'Einstein, vous le voyez - ce sont de mauvais élèves ; et ce n'est pas Einstein le responsable d'Hiroshima ni de l'empoisonnement lent du Pacifique. Ils vont chercher leurs recettes chez lui et s'empressent d'en oublier le mode d'emploi : les lignes ci-dessus montrent bien qu'elles ne leur étaient pas destinées. Vous avez oublié le mode d'emploi de ma chanson, monsieur Faber : mais je suis sans rancune, je suis prêt à vous échanger contre Einstein comme modèle à suivre si vous me prouvez que j'y gagne. C'est que je n'achète pas chat en poche.

Il y a encore un point sur lequel j'aurais voulu ne pas insister, car il ne vous fait pas honneur ; mais vous avez déclenché publiquement les hostilités ; vous êtes l'agresseur.

Pour tout vous dire, je trouve assez peu glorieuse -- s'il faut parler de gloire -- la façon dont vous me cherchez noise.

Auteur à scandale (pour les gens qui ignorent les brimades raciales), ingénieur renégat, ex-musicien de Jazz, ex-tout ce que vous voudrez (voir la presse de l'époque), je ne pèse pas lourd devant monsieur Paul Faber, conseiller municipal. Je suis une cible commode ; vous ne risquez pas grand-chose. Et vous voyez, pourtant. Loin de déserter, j'essaie de me défendre. Si c'est comme cela que vous comprenez la guerre, évidemment, c'est pour vous une opération sans danger ? Mais alors pourquoi tous vos grands mots ? N'importe qui peut déposer une plainte contre n'importe qui -- même si le second a eu l'approbation de la majorité. C'est généralement la minorité grincheuse qui proteste -- et les juges lui donnent généralement raison, vous le savez ; vous Jouez à coup sûr. Vous voyez, je ne suis même pas sûr que France-dimanche, à qui je l'adresse, publie cette lettre : que me restera-t-il pour lutter contre vos calomnies ? Ne vous battez pas comme ça, monsieur Faber, et croyez-moi : si je sais qu'il est un lâche, je ne me déroberai jamais devant un adversaire, même beaucoup plus puissant que moi ; puisque c'est moi qui clame la prééminence de l'esprit sur la matière et de l'intelligence sur la brutalité, il m'appartiendra d'en faire la preuve -- et si j'échoue, j'échouerai sans gloire, comme tous les pauvres gars qui dorment sous un mètre de terre et dont la mort n'a vraiment pas servi à donner aux survivants le goût de la paix. Mais de grâce, ne faites pas semblant de croire que lorsque j'insulte cette ignominie qu'est la guerre, j'insulte les malheureux qui en sont les victimes : ce sont des procédés caractéristiques de ceux qui les emploient que ceux qui consistent à faire semblant de ne pas comprendre; et plutôt que de vous prendre pour un hypocrite j'ose espérer qu'en vérité, vous n'aviez rien compris et que la présente lettre dissipera heureusement les ténèbres. Et un conseil : si la radio vous ennuie, tournez le bouton ou donnez votre poste ; c'est ce que j'ai fait depuis six ans ; choisissez ce qui vous plaît, mais laissez les gens chanter, et écouter ce qui leur plaît. C'est bien la liberté en général que vous défendiez quand vous vous battiez, ou la liberté de penser comme monsieur Faber?

Bien cordialement, Boris Vian

Correspondances 1932-1959, Boris Vian | Fayard

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