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Vivement l'Ecole!

Retour à l'école le 11 mai ? "Cela suppose un aménagement du temps extraordinaire"...

18 Avril 2020 , Rédigé par LCI Publié dans #Education

Retour à l'école le 11 mai ? "Cela suppose un aménagement du temps extraordinaire"...

PRÉCONISATIONS - Jean-Jacques Zambrowski, professeur de politiques et d'économie de la santé, plaide pour des mesures au cas par cas, qui seraient prises par les maires pour organiser le retour des élèves dans les écoles à partir du 11 mai.

Le retour sur les bancs de l'école dans moins d'un mois, faisable ou irréfléchi ? Emmanuel Macron a annoncé lundi soir un déconfinement pour le 11 mai, avec notamment la réouverture des écoles. L'objectif : lutter contre l'inégalité de suivi des cours à la maison subi par les enfants les plus défavorisés.  (*)

Mais certains maires déclarent déjà qu'ils refusent de prendre des risques dans leur commune, à l'image de Martine Aubry à Lille ou encore à Montpellier, avec Philippe Saurel. Des syndicats d'enseignants, mais également des parents d'élèves, ne cachent pas leurs inquiétudes quant à cette échéance. Sur LCI, Hervé Morin, président de la région Normandie, alerte de son côté sur les difficultés logistiques que vont engendrer le retour des élèves, en matière notamment de transport scolaire. 

Organisation du temps scolaire et des parents

Pour le professeur de politiques et d'économie de la santé Jean-Jacques Zambrowski, cette étape cruciale du déconfinement dépend "des conditions" dans lesquelles elle va se dérouler. Interrogé par LCI, l'expert rappelle que les enfants de soignants continuent d'être scolarisés durant le confinement, avec des mesures de sécurité. "Cela suppose un aménagement extraordinaire du temps scolaire pour éviter la promiscuité parmi les enfants, il faut des effectifs réduits", rappelle le Pr. Zambrowski.

Les jeunes sont moins touchés par le virus, on déplore à ce jour deux morts de mineurs liés au Covid-19 en France sur plus de 18.000 personnes. Les scientifiques estiment cependant que les enfants peuvent être des porteurs sains et le ramener dans leur famille, nécessitant la plus grande vigilance pour éviter une seconde vague de contamination après le confinement.

"On peut imaginer un jour sur deux la moitié de la classe, puis l'autre jour sur deux, l'autre moitié de la classe, avec des distances appropriées", propose notamment Jean-Jacques Zambrowski. "Mais cela suppose que les parents puissent s'organiser..."

Gestes barrières et logistique sanitaire obligatoire

 Autre difficulté technique : maintenir les gestes barrières au sein d'un environnement où ils sont compliqués à faire respecter. "Cela nécessite de pouvoir se laver les mains régulièrement, d'avoir toute une logistique sanitaire, à laquelle beaucoup d'établissements scolaires ne sont pas préparés", précise le professeur. Au final, se dessine l'idée de procéder au cas par cas, avec selon lui la nécessité de "laisser l'initiative aux maires". 

"Il faudra beaucoup de discernement", reconnait le Pr Zambrowski. "Les mesures à l'emporte-pièce, que cela concerne les enfants ou les personnes âgées, n'ont pas de sens".

(*) Explication officielle. Les raisons économiques sont au moins sinon bien plus importantes/Note du webmaster.

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Une Ecole pour ce XXIe siècle qui commence aujourd'hui... (14)

18 Avril 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Une Ecole pour ce XXIe siècle qui commence aujourd'hui... (14)

Penser, en enseignant, à travailler avec les élèves comment penser le futur

 

Beaucoup trop d’élèves (collégiens principalement) sont sommés de « choisir » des voies de formation qui leur sont imposées par défaut. C’est le lot commun des élèves en échec scolaire parvenus en fin de 4ème et de 3ème. L’orientation doit être un choix offert à tous, pas une contrainte imposée à certains : ce qui suppose un travail collectif de tous les enseignants.

 

Une véritable culture de l’accompagnement au « projet » est à mettre en œuvre collectivement. Pour pouvoir mener à bien la réflexion sur son orientation pour le futur (à court ou moyen terme) :

 

- l’élève doit pouvoir avoir une vision précise de ses compétences et de ses potentialités (question déjà abordée d’une évaluation par compétence, individuelle et argumentée). Ce bilan peut permettre à l’élève, en cas de distorsion entre ses souhaits et ses capacités présentes, d’envisager une remédiation ciblée (en langues, expression écrite, etc.). Il doit pouvoir opérer en permanence des ajustements entre ce qu’il maîtrise et ce qu’il vise.

 

- l’élève doit pouvoir se projeter dans le futur. C’est une préoccupation enseignante peu développée alors même que les travaux portant sur les Perspectives temporelles à l’adolescence montrent que beaucoup de jeunes ont des difficultés à se projeter dans leur avenir. L’École favorise peu les activités de ce type. Ainsi une thèse (Leininger-Frézal, 2009), portant sur l’Éducation au développement durable, montre que les projets pédagogiques sont très rarement ancrés dans le futur, et que même des pratiques innovantes sont pensées dans et pour l’école, donc dans un cadre défini, alors même que les finalités civiques visées sont un futur à construire.

 

- l’élève doit pouvoir aussi se projeter dans le monde. Le problème est que l'école est fermée sur elle-même. Une ouverture vers le monde économique semble une piste importante. Cela ne signifie pas « vendre » l'école mais simplement ne pas la couper des réalités économiques et sociales.

 

Ainsi, « l’orientation » -comme il est dit de manière elliptique- doit être un temps de découverte, un moment structuré par un projet pédagogique. Cela peut, par exemple, revêtir la forme d’un projet artistique (écriture et représentation d’une pièce de théâtre, tournage vidéo), de la conception d’outils de communication sur les métiers (reportage sur des branches professionnelles méconnues, interviews de professionnels, enquêtes), d’un journal… Ainsi, les élèves s’approprient le projet en tant qu’acteurs et non spectateurs/consommateurs d’une « orientation » qui leur serait proposée de l’extérieur. D’ailleurs, si les enseignants eux-mêmes sont incités à concevoir leur carrière comme une dynamique, sans doute seront-ils enclins à mieux comprendre les angoisses et le stress de leurs élèves.

 

De toute manière, il doit exister un lien fort entre la découverte du monde du travail et les apprentissages fondamentaux : non plus comme une sorte d’assujettissement de l’école au monde du travail (considérant qu’elle doit être le « réservoir » des futurs travailleurs) mais bien au contraire en permettant à chaque élève (futur travailleur) d’interpeller l’École sur ce qu’elle peut lui « offrir » comme ressources pour accéder à son projet personnel et le construire.

 

Le rôle central de la technologie

 

Cette discipline devrait jouer un rôle dans la construction que les élèves ont à avoir de la pluralité des métiers d’aujourd’hui et du futur :

 

- en permettant une réelle découverte des métiers du XXIème siècle avec des passerelles entre chaque « espace de découverte »

 

- en développant des activités réelles, des projets, des expériences des « unités éducatives » en lien avec le monde du travail en fonction des métiers accessibles dans le bassin d’emploi (professions de toutes natures : tertiaires, techniques, agricoles ; monde médical, professions libérales, fonction publique…).

 

De la sixième à la seconde, les élèves doivent avoir construit (avec des moments de synthèses, de comparaison, d’échanges au sein des unités éducatives de leurs expériences) un panel aussi large que possible de l’ensemble des voies ou grands secteurs d’activités qui s’offrent à eux. Des forums regroupant chaque année des professionnels dans les établissements pourraient contribuer à approfondir cette connaissance des métiers dont les élèves n’ont qu’une vision le plus souvent abstraite voire fantasmée.

 

Afin de sensibiliser les enseignants à cette problématique, tout professeur devra avoir effectué un stage en entreprise au cours de sa formation. Une implication dans l’ensemble du dispositif de l’établissement permettra par ailleurs une connaissance en temps réel de professions en constante évolution.

 

Affirmer qu’apprendre tout au long de la vie scolaire est un droit entraîne, de la part des pouvoirs publics, des engagements forts.

 

  • Engagement à mettre en place un « Service National de la Petite Enfance » (Idée, entre autres, de Philippe Meirieu)

 

L’enfant sera accompagné dans sa découverte du langage (et de la langue française), dans sa découverte du « vivre ensemble », deux fondements de la citoyenneté débutante. Il pourra, quand c’est possible et particulièrement dans les premiers mois de sa scolarité, être accompagné de ses parents dans cet apprentissage.

 

- Engagement à reprendre et appliquer le principe des cycles à l’école primaire. Une évaluation précise des acquis de cette réforme ambitieuse, de ses blocages devra être faite. Des réajustements seront envisagés.

 

- Engagement à mettre tout en œuvre pour une mise en place des pédagogies différenciées. Leur promotion, depuis le milieu des années quatre-vingts, pour rendre plus efficace l’enseignement-apprentissage dans des classes devenues parfois très hétérogènes, n’a pas été suivie d’une réelle généralisation. Si des approches différenciées ont fini par infiltrer les pratiques, elles sont trop souvent le fait d’enseignants « innovants » en raison du surcoût de travail demandé, des problèmes liés à l’évaluation, des effectifs parfois pléthoriques. La restructuration des établissements en « unités éducatives » devraient, notamment en réduisant les effectifs pour certaines activités, en permettre la généralisation.

 

Un mémorandum des pratiques innovantes et de leur efficacité devra faire l’objet d’une évaluation globale. Des moyens devront être mis en place, au plan national et local (niveaux départementaux et régionaux) pour favoriser la diffusion des pratiques pédagogiques innovantes : mutualisation grâce à la mise en réseau internet des établissements ; journées d’études ; presse professionnelle spécialisée (ce qui n’existe pas dans notre métier contrairement à d’autres, les revues étant le plus souvent l’œuvre d’associations militantes).

 

- Engagement à offrir à tous les élèves la possibilité de capitaliser des acquis afin d’éviter les redoublements inefficaces.

 

- Engagement à supprimer tous les critères d’âge et à systématiser la « scolarisation par récurrence ».


L’École deviendra alors une « maison d’éducation » ouverte sur tous les apprentissages destinés à un public diversifié.

 

Christophe Chartreux

 

FIN... provisoire

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Le retour en classe, le triste piège tendu aux personnels de l'Éducation Nationale...

18 Avril 2020 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Le retour en classe, le triste piège tendu aux personnels de l'Éducation Nationale...

La colère des enseignants face à la réouverture improvisée des écoles en mai n'est pas une preuve de fainéantise ou un manque d'engagement. Cette colère, c'est l'expression de notre peur face aux fragilités de nos élèves. Comment les protéger et les aider à distance, comment les protéger dans nos salles ? Cette colère c'est l'expression de notre impuissance face à un dilemme insoluble.

La deuxième semaine de vacances touche à sa fin et pour la première fois, j'ai envie qu'elle se termine. Pas parce que je m'ennuie mais parce que je m'inquiète. Nous nous sommes imposés de ne pas communiquer avec les élèves pendant les vacances pour prendre le temps de se reposer et se préparer pour la suite. Mais je m'inquiète. Comment vont-ils ? Comment vont leurs familles ?

Le jour de l'annonce de la fermeture des écoles, je ne pense pas être la seule à avoir reçu un message de mes proches du type « hé j'en connais une qui est en vacances », « ah bah voilà t'es débarrassée de tes monstres, tu vas pouvoir souffler ». Je ne vais pas mentir, nos journées dans un collège dit “d’éducation prioritaire” ne sont pas roses et après un deuxième trimestre difficile, où j'ai eu envie de baisser les bras, où j'ai pleuré parfois, ou j’ai été en colère souvent, bien sûr que j'ai pensé pendant un court instant que c'était une pause inespérée. Être coupée du collège pour des vacances c'est salvateur mais quitter ma salle, mes élèves, du jour au lendemain sans aucune idée de quand nous allions nous revoir, c'était déroutant et inquiétant.

    Ce confinement est un chamboulement indéniable pour vous, parents, qui vous retrouvez en tête à tête avec vos enfants toute la journée mais c'est aussi un changement radical pour nous qui passons le plus clair de notre temps avec vos enfants. Du jour au lendemain, nous ne sommes plus à leurs côtés, nous passons de notre salle de classe pleine à craquer à nos appartements vides ou peuplés par notre famille que, jusqu'à présent, nous voyions moins que nos élèves. Ça fait du bien certes, mais ce n'est pas aussi simple que certains cherchent à le faire croire.

Là où je travaille, on ne peut pas se contenter de faire cours et rentrer chez soi même si on essaye, des fois, de se fixer des objectifs. Combien de fois je me suis dis « aujourd'hui je sors de cours à 15h40, je traîne pas je rentre direct » pour finalement quitter le collège à la nuit tombée sans avoir vu le temps passer. Il suffit que je mette trop de temps à ranger ma salle pour que B. que je tutore, débarque et s'installe en un éclair devant mon ordi pour «me faire écouter un son», me parler de ses exploits footballistiques ou essayer de me justifier ses nombreux retards de la semaine. Il suffit d’une seconde de faiblesse pour se retrouver au goûter de la comédie musicale, dans le jardin pédagogique avec les éco-délégués à observer des plantes ou devant le devoir maison d’un ancien élève de 3ème passé dire bonjour. Les élèves font partie intrinsèque de notre quotidien. Les relations qui se nouent avec eux, sont plus complexes et plus profondes que les discours tenus sur l'école par des gens qui ne veulent pas comprendre ce qui se joue dans nos salles de classe.

     Aller à l'école, particulièrement pour les enfants les plus fragiles, ce n'est pas seulement s'asseoir sur une chaise et écouter un cours, c'est aussi sortir d'un appartement parfois insalubre, l'assurance d'avoir un repas chaud à midi, la possibilité de parler à des adultes de choses graves qui se passent à la maison, de voir un médecin, parfois la possibilité aussi d'avoir accès à un robinet, à une douche. C'est le lieu où ils apprennent à comprendre le monde qui les entoure, à exprimer leurs émotions, c’est un lieu où nous pouvons les protéger, un peu, d'une réalité parfois violente. Alors, certes, ce n'est pas tous les jours facile de faire face à leur colère, à leur douleur, à leurs peurs, c'est même dur, trop dur. Mais en être loin, je réalise que c'est effrayant.

     Comment vont D. dont le papa est hospitalisé, S. qui est en voie de décrochage mais qui veut aller en 2nde l’an prochain, A. qui est tout seul à la maison depuis le début du confinement, M. mineur isolé enfermé dans un foyer où il est malheureux, J. qui n'a pas le temps de faire ses devoirs car elle s'occupe de ses frères et sœurs parce que sa maman est en 1ère ligne derrière la caisse du Franprix ? Allons-nous réussir à garder le lien avec eux au retour des vacances, vont-ils rester injoignables? Voilà les questions que je me pose au début de cette dernière semaine de vacances quand, alors que personne ne l'attendait, une date tombe. Le 11 mai. Quand Emmanuel Macron a prononcé les mots « réouverture des écoles » j'ai d'abord rigolé puis râlé, réaction symptomatique à chacune de ses interventions. Puis ça s'est compliqué. Colère, inquiétude, soulagement et envie d'y retourner aussi, tout s'est mélangé. Je préfère être avec eux que derrière mon écran, mais les retrouver, n'est-ce pas les mettre eux et leurs familles en danger là où le virus est plus dangereux que jamais, conséquence encore une fois du désengagement de l'état dans les territoires fragiles ?

C'est là que le piège se referme sur nous. L'éternel piège de la conscience professionnelle, de la culpabilité qui fait tenir debout ce système éducatif défaillant. La colère des enseignants face à la réouverture des écoles en mai n'est pas une preuve de fainéantise ou un manque d'engagement. Cette colère, c'est l'expression de notre peur face à leurs fragilités scolaires, physiques, sociales. Comment les protéger et les aider à distance, comment les protéger dans nos salles ? Cette colère c'est l'expression de notre impuissance face à un dilemme insoluble.

     Je crois que ce qu'il nous reste c'est notre liberté pédagogique, c'est la force de ces liens qui nous lient aux élèves. Si nous revenons en classe, il nous faudra refuser ce piège de la continuité pédagogique, refuser de courir le marathon des programmes scolaires pour se concentrer sur les enfants et ce qu'ils ont à dire, à raconter, à évacuer. Il faudra prendre le temps de parler, d'expliquer, de panser les blessures et reconstruire les liens qui se seront peut-être défaits.

En 1888, Jaurès s'adressait aux enseignants dans « La Dépêche » : « Il ne faut pas croire que ce soit proportionner l’enseignement aux enfants que de le rapetisser. Les enfants ont une curiosité illimitée, et vous pouvez tout doucement les mener au bout du monde. Il y a un fait que les philosophes expliquent différemment suivant les systèmes, mais qui est indéniable : « Les enfants ont en eux des germes, des commencements d’idées. » Voyez avec quelle facilité ils distinguent le bien du mal, touchant ainsi aux deux pôles du monde ; leur âme recèle des trésors à fleur de terre : il suffit de gratter un peu pour les mettre à jour. » Ces paroles, ce sont celles d'un pédagogue qui croyait en ce lien qui unit l'enseignant et l'élève, ce sont les paroles d'un homme politique qui avait confiance en l'enseignant pour faire les bons choix. Écoutons-le, ayons confiance en nous et en nos élèves et nous pourrons les mener au bout du monde sans sortir de chez nous.

Manon Bordes, professeure de lettres au collège Dora Maar (Saint-Denis, 93)

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SNUIPP - Liste des garanties nécessaires AVANT et PENDANT l'ouverture des établissements scolaires...

18 Avril 2020 , Rédigé par SNUIpp Publié dans #Education

SNUIPP - Liste des garanties nécessaires AVANT et PENDANT l'ouverture des établissements scolaires...

Dans son allocution du 13 avril dernier, le président de la république a annoncé la réouverture progressive des écoles le 11 mai. Alors que cette date n’est pour l’heure validée par aucune autorité sanitaire, le choix du gouvernement semble surtout guidé par la reprise de l’activité économique. Quelle que soit la date qui sera effective, un certain nombre de conditions sanitaires devront être respectées et le SNUipp-FSU en propose une liste.

Seule la santé de toutes et tous doit guider le processus de déconfinement. Il doit, dans la logique du confinement lui-même, d'abord répondre aux enjeux sanitaires de la propagation du Covid19 et viser la protection des populations. Aussi, dans la mesure où aucune autorité sanitaire ne conforte le choix du 11 mai, cette date de déconfinement semble prématurée au vu de l’évolution de l’épidémie, et ce, quelles que soient les conditions.
Il ne faut donc pas précipiter le déconfinement sous prétexte de vouloir relancer l’économie au plus vite.

La réouverture des écoles ne pourra donc se faire qu’en respectant une série de conditions clairement identifiées pour ne pas mettre pas en danger l’ensemble de la société.
Ce processus de reprise de l'école devra être approuvé par la communauté scientifique et médicale.

Il s’agit d’imposer un niveau de protection optimum des personnels et des élèves pour ne pas créer de potentiels « clusters » scolaires qui relanceraient l’épidémie. Il faut s'appuyer et tirer des leçons de l'exemple des écoles ouvertes pour l’accueil des enfants des personnels indispensables à la gestion de la crise qui montre que la contamination en leur sein est loin d'être exclue. Le passage à une plus grande échelle de l'accueil des enfants n'est pas sans risque.

La réouverture des écoles ne réglera pas le problème des inégalités qui ont été mises en lumière durant le confinement. Le retour à l’école devra monopoliser les personnels spécialisé, médicaux, sociaux pour prendre en compte toutes les difficultés et engager une réflexion pour bâtir une école qui permette durablement de lutter contre les inégalités.
Par ailleurs, alors qu'il semble inenvisageable d'accueillir tous les élèves en même temps pour des raisons sanitaires, tous les élèves devront néanmoins être accueillis dans les écoles.

La période de retour à l’école ne peut en outre aucunement s’accompagner de pressions sur le programme. Rappelons que, si l’école à la maison n’était pas l’école, l’école sous pandémie ne sera pas davantage l’école.

C’est uniquement si ces conditions sanitaires et pédagogiques sont respectées, avec l’aval la communauté scientifique et médicale, que les écoles pourraient être ré-ouvertes.
Nier les conséquences prévisibles d'une réouverture des écoles sans les précautions nécessaires constituerait une faute grave.

Des préalables
  • Proposer à tous les personnels (enseignant-es, AESH, AED, ATSEM, ...) comme aux élèves la possibilité d'un test de dépistage sérologique pour déterminer qui a été contaminé et qui est susceptible de l’être.
  • Déterminer un protocole national en cas de contamination d’élèves et/ou de personnels pouvant conduire à la fermeture de l'école
  • Mettre à disposition des masques en quantité suffisante, du savon, et du gel hydro-alcoolique, des serviettes et des mouchoirs jetables
  • Désinfecter avant chaque changement de groupe les locaux et le matériel scolaire collectif
  • Réaménager les classes et les espaces pour respecter les distances barrières.
  • Élaborer avec les collectivités locales et l’aide des acteurs de prévention, dont les CHSCT, des modalités précises d’organisation des écoles adaptées à de jeunes enfants pour tous les moments de la journée en fonction des locaux (sortes de PPMS locaux). Comment organiser la cantine, les récréations, le transport scolaire, l’accueil des parents, la garderie, l’échelonnement de l’accueil et de la sortie des élèves… ?
  • Les collectivités locales devront être aidées par l’État pour faire face des besoins importants de personnel supplémentaire.
  • Les équipes devront disposer d'un temps, suffisamment long et institutionnalisé, pour travailler à cette organisation en lien avec les autres personnels de l’école (ATSEM, AESH…).
Du côté des élèves
  • Retour progressif en commençant par les plus âgés, ceux de CM2 en élémentaire et ceux de GS en maternelle. Cela permettra d’analyser les obstacles à une école sous pandémie.
  • Limiter drastiquement le nombre d’élèves accueilli-es en même temps dans l’école afin que les règles de distanciation sociales puissent être respectées dans la classe et dans tous les lieux de vie de l’école. (préaux, cantine, garderie, transports en commun...). Cette limitation devra être adaptée en fonction de la configuration des locaux et notamment du nombre de sanitaires disponibles.
  • En élémentaire un maximum de 10 élèves par classe doit être appliqué. 
  • En maternelle, la question du retour à l’école des enfants se pose. Comment les accueillir, même en petits groupes, tout en respectant ces mêmes règles ? Les personnels des écoles devront décider en fonction des locaux et du nombre d'adultes présents. Un seul adulte en permanence ne pouvant permettre l'accueil de plus de 5 enfants de 5 ans, de 4 de 4 ans, de 3 de 3 ans.
  • Une attention particulière devra être portée aux conditions d'accueil des élèves en situation de handicap. 
Du côté des personnels
  • Les personnels dit « fragiles » et/ou à risque, pour eux-mêmes ou pour leur entourage familial, ne pourront être présents au sein des écoles, qu’ils soient enseignants ou non, comme les AESH. 
  • Certains devront régulièrement garder leurs enfants quand ces derniers ne seront pas accueillis à l’école. 
  • Le nombre de personnels présent dans les écoles fluctuera donc et devra être anticipé pour organiser l’accueil des élèves. 
  • Les psychologues scolaires avec les RASED doivent pouvoir être disponibles auprès des équipes et des élèves ainsi que la médecine scolaire, notamment pour mettre en place des espaces de parole liés à cette période particulière qui a pu être source d’une grande souffrance.
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Revue de Presse Education.... Reprise ou pas ? - Réflexions - Divers...

18 Avril 2020 , Rédigé par Les Cahiers Pédagogiques Publié dans #Education, #Médias

Revue de Presse Education.... Reprise ou pas ? - Réflexions - Divers...

Sans surprise, l’annonce de la réouverture des écoles le 11 mai fait toujours autant couler d’encre.

Reprise ou pas ?

Les écoles vont rouvrir progressivement à partir du 11 mai : ce que l’on sait, ce que l’on ignore encore
« Si certains parents se réjouissent de cette décision, une rentrée dans un peu plus de trois semaines pose des questions. »
Enfin, on remarque surtout qu’on ignore beaucoup !

Coronavirus : Suis-je obligé de renvoyer mon enfant à l’école lorsque les cours reprendront ?
« Pas facile de s’y retrouver dans le flux d’informations qui tombent sur le nouveau coronavirus. Une question en particulier vous taraude ? Chaque jour, « 20 Minutes » fait en sorte de vous apporter la réponse »

Les chefs d’établissement s’inquiètent de cette reprise "progressive".
Pourquoi rouvrir mon lycée le 11 mai m’apporte plus de problèmes que de solutions - BLOG Par Bertrand Gaufryau Chef d’établissement de lycée agricole, économiste, militant de la pédagogie, citoyen engagé
« Cette annonce d’un retour progressif à partir du 11 mai m’a, comme de nombreux enseignants, personnels et collègues, pour le moins surpris. Le message quant aux nouvelles modalités de délivrance des diplômes laissait à croire que nous ne ferions une rentrée qu’en septembre. J’ai aussi peu goûté le couplet sur les inégalités scolaires et qu’en leur nom, soit justifiée une telle date de retour. »

Les enseignants s’inquiètent pour leur santé et celle de leurs proches.
Réouverture des écoles : pourquoi il sera délicat pour les enseignants de faire valoir leur "droit de retrait"
« Spécialisé en droit de l’éducation, Bruno Roze est avocat au barreau de Paris. Selon lui, la possibilité d’user ou non de son droit de retrait en temps d’épidémie de coronavirus dépend de plusieurs paramètres difficilement anticipables à ce jour. "Par exemple, si le virus a perdu en influence et, donc, si le nombre de cas a diminué, il y a de fortes chances que leur droit de retrait ne soit pas valide", détaille-t-il. Car, si le professeur peut se mettre en retrait sans demander l’aval de sa hiérarchie, l’administration peut malgré tout juger ce retrait "invalide" postérieurement. Ainsi, l’enseignant s’expose donc à des retenus sur traitement… D’où l’importance de prendre quelques précautions. »

Réflexions

TRIBUNE. Enseignement à distance : « Le danger d’une école sans humanité »
« Fanny Capel, professeure de lettres au lycée Paul-Eluard de Saint-Denis et présidente de l’association Sauver les Lettres, revient dans une tribune à « l’Obs » sur la « continuité pédagogique » promue par le ministère de l’Education nationale. »

Philippe Meirieu : « L’école d’après »… avec la pédagogie d’avant ?
“S’il restait encore le moindre doute sur le caractère ridicule des prophéties sentencieuses sur notre avenir, la crise que nous traversons l’aurait levé. Certes, tout le monde est d’accord sur le fait qu’« il y aura un avant et un après », mais nul ne sait de quoi cet « après » sera fait. Les analyses se multiplient pour souligner le caractère inédit du moment que nous traversons, montrer qu’il remet en cause toutes nos habitudes et requiert une véritable refondation de nos systèmes de pensée et de décision. On nous dit que tous les pays et, en particulier, le nôtre, ont fait le choix de la santé pour tous plutôt que de la croissance économique au profit de quelques-uns. On déclare que nous allons, demain, revaloriser les professions de l’humain, nécessaires à notre survie collective, plutôt que continuer à exalter les « premiers de cordée » et à promouvoir les « gagneurs ». On nous explique qu’est venu le temps du partage équitable des biens communs qui nous permettra, enfin, ne pas « périr dans les eaux glacées du calcul égoïste » dont parlait Marx… Je voudrais bien le croire. Je voudrais être certain que nous nous dirigeons, à l’échelle planétaire, vers plus de solidarité, entre les personnes et les nations, plus de justice sociale et une meilleure prise en compte des enjeux écologiques majeurs. Mais, en vérité, je crois que rien n’est joué…”

Elèves "perdus" : les CEMEA proposent à J-M Blanquer d’inventer "des colonies de vacances apprenantes"
Paru dans Scolaire, Périscolaire le jeudi 16 avril 2020.
« Réorienter des budgets, par exemple ceux du SNU (service national universel), "réforme qui n’est peut-être, comme d’autres, plus d’actualité". C’est ce que proposent les CEMEA à Jean-Michel Blanquer après que celui-ci eut souhaité "remobiliser ’scolairement’ pendant un temps de vacances" les élèves "perdus". Il s’agirait de financer "des colonies éducatives et émancipatrices, c’est-à-dire, des centres pour partir et profiter des vacances, mais aussi pour préparer la rentrée". Le mouvement d’éducation populaire rappelle qu’il conçoit "les centres de vacances, la colo (comme) des lieux d’apprentissage, de socialisation". »
Effectivement le milliard du SNU pourrait servir à récupérer ces enfants que l’on a perdu dans la continuité pédagogique.

Divers

Coronavirus : les diplômes professionnels (CAP, bac pro, BTS) seront eux aussi délivrés selon les modalités du contrôle continu
« Les ministères de l’Education nationale et du Travail ont annoncé, jeudi, se caler sur ce qui est prévu pour les bacs généraux et technologiques. »

L’université au temps du corona
“La crise du coronavirus a accéléré la dématérialisation numérique dans l’enseignement supérieur, constatent Augustin Landier et David Thesmar. Le coeur du métier d’enseignant va sortir de la salle de cours et se recentrer sur les interactions personnelles en petit groupe.”

Au Portugal, l’école à la télé
“Face à la fermeture des écoles pour cause de confinement, la télévision publique portugaise va diffuser des programmes éducatifs à partir de ce lundi. Environ 50.000 élèves manquent l’enseignement à distance faute de connexion internet ou d’ordinateur, rapporte « Diário de Notícias ».”
Au Portugal l’école ne rouvre pas avant septembre.

Géraldine Duboz

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Christophe...

17 Avril 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Jean-Jacques Schuhl...

17 Avril 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Elle est torse nu, en collant. Avec un centimètre il marque des points sur tout son corps, des tas de points, bien plus que dans les mesures habituelles, presque autant que sur un mannequin acupuncturesque : elle sent soudain précieuse presque chaque partie de son corps. Lui, énumère des chiffres : l’écart des omoplates, des genoux et d’autres écarts mystérieux. Une des trois dames en tailleur note en silence sur un carnet. Elle, un instant, songe au tableau qu’Andy Warhol a fait du bulldog d’Yves. Il en a fait quatre versions : nez, gueule, yeux, oreilles rehaussés et soulignés de quatre couleurs différentes : vert, bleu, rouge, jaune. Etait-ce dans Vogue ou Stern qu’elle a vu l’animal quadrichrome ? Ou peut-être dans Ici Paris : elle aime lire aussi ce genre de presse.

Deux des dames s’approchent, tenant le lourd coupon, la balle : Yves déroule quelques mètres de satin et les jette sur l’épaule d’Ingrid. Les trois dames d’atour avancent, reculent, parfois en diagonale, comme sur un échiquier, d’une, deux ou trois cases. Il a pris une double épaisseur. Et ça y est : il commence à couper. Les trois dames, à distance, ont les yeux rivés sur les ciseaux argentés. Il taillade vite dans le satin, ça a quelque chose d’iconoclaste, de brutal, de voluptueux aussi. Le bruit métallique se double d’un crissement soyeux. Elle, elle regarde droit devant elle, nue devant, recouverte derrière du tissu noir qu’il retient plaqué de la main gauche.

« Pas le même du tout, pense-t-elle, que le juvénile garçon détendu en polo rayé, de couleurs estivales, qui m’avait reçue dans sa villa de Deauville deux ans plus tôt. Je le voyais alors pour la première fois. Les portes-fenêtres du salon, ornées de rideaux clairs en cretonne, donnaient sur un immense jardin fleuri à l’anglaise, dans la douce lumière d’automne des côtes normandes. On apercevait les coteaux vallonnés descendant en pente douce vers l’hippodrome de Clairefontaine avec ses jockeys blasonnés à toques et casaques multicolores en soie à rayures, à pois, à damiers, drapeaux levés, drapeaux baissés, et au-delà, vers la mer. Quelqu’un avait mis une musique d’Erik Satie : Gymnopédies et Morceau en forme de poire : pas sérieuse, comme une invite à s’exercer sans but, à s’amuser ou à travailler à un jeu. Un valet en gilet rayé apporta des cocktails bleus et roses. Sous le regard amusé des autres invités, nous étions assis par terre tous les deux, Yves et moi : il dessinait des dizaines de croquis de costumes de scène pour la reine de L’Aigle à deux têtes dont il voulait que je joue le rôle. Je portais, par distraction, un tee-shirt siglé Christian Dior. Nous étions nés à un jour d’écart : « Nous sommes Lion, dit-il, et les lions dans le désert sont parfois déprimés. On les croit foutus et soudain ils se réveillent et alors... » Et là, il imita un rugissement façon MGM.
J’étais contente : mon père, à Sarrebruck, m’amenait, toute petite, au sommet d’une colline ; en direction de la France nous lancions un cerf-volant qui s’en allait vers Forbach, après avoir survolé les deux cimetières hérissés de croix blanches de la première guerre, l’un allemand, l’autre français. Il me chantait déjà les airs de La Veuve joyeuse : "Manon", "Mimi", "Fifi Frou Frou", "Joujou", "Maxiim’s". Je rêvais de Paris, et maintenant j’allais y jouer une pièce de Cocteau : Jean Cocteau ! Yves Saint Laurent ! les symboles, pour moi, de l’intelligence et du raffinement français. » Des dessins du costume de la Reine étaient partout répandus sur le sol comme des promesses de plaisir. Le petit bulldog, avec, négligemment noué au cou, un ruban vert Véronèse dont un bout s’était entortillé autour de l’oreille, s’approcha et se mit à mordre dans une des feuilles qu’il emporta en courant, amenant un petit air de peinture de cour à ce tableau bucolique.

Il cisèle dans le silence, à 2 centimètres du torse de son modèle impavide, tel un microchirurgien pratiquant de savantes incisions cutanées. Est-ce que quelque chose ne va pas ? Il a soudain la mine chiffonnée, la bouche un peu dégoûtée, ou craintive, vraiment comme un chirurgien hyperconcentré, commissures plissées : on dirait le bulldog... C’est passé... : des airs étrangers glissent parfois rapidement sur nos visages et alors, un chien, un meuble, un ennemi, ou la mort nous habitent. Au fur et à mesure qu’il coupe, les deux dames avancent avec leur fardeau pour qu’il puisse tirer sur l’étoffe, il a le nez dedans, la triture du bout des doigts recroquevillés... C’est bientôt fini et elles sont tout près de lui. Ils forment un groupe serré tous les cinq, un drôle de groupe, un pack ésotérique de performers d’avant-garde : une chanteuse un tiers nue, les trois dames d’atour en costumes et un prince couturier chirurgien, au centre de l’immense pièce vide. Et brusquement, Yves magicien ouvre et déploie l’étoffe sur le corps, comme un jeu de pliage-découpage pour enfants ou un origami japonais : fleur en papier qui s’ouvre et se déroule dans l’eau. Les dames, les bras vides, s’éloignent à reculons et s’arrêtent pour juger de l’effet : vue de face c’est une souple armure ondoyante aux longs poignets serrés puis évasés en corolle autour de la main, le buste d’un pourpoint, elle est placardée sur elle, elle donne l’air invulnérable. Vue de dos, elle semble tenir à peine — « Une robe réussie, avait-il dit au journal Elle, doit donner l’impression qu’elle va tomber. » Le décolleté fendu jusqu’au bassin de 2 centimètres de trop — il sait jusqu’où il peut aller trop bas ! Un fin cordon tendu en haut des omoplates ferme la robe par une minuscule agrafe. Des deux côtés de l’épine dorsale et cascadant jusqu’au sol, des festons ondoyants — comme les crêtes en ailerons des grands lézards jurassiques, les plaques dorsales de stégosaures — : une suave préciosité contredite par un cisèlement acéré et précis. Le résultat d’un combat. Tout ça se voyait d’un seul coup, comme ça avait été fait : d’un seul coup. Son esprit semblait être resté dans la robe. Ça s’appelle le style [...]

Jean-Jacques Schuhl, Le Monde du 23.01.02.

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"Rentrée scolaire" - Le 11 mai et ses dénis...

17 Avril 2020 , Rédigé par Le Café Pédagogique Publié dans #Education

"Rentrée scolaire" - Le 11 mai et ses dénis...

EXTRAITS

A la crise sanitaire particulièrement grave que traverse le pays, est en train de s'ajouter chez une grande partie des enseignants une incompréhension de la politique menée par le gouvernement. Cette situation n'existe que par la posture prise par un gouvernement qui parle beaucoup mais ne met pas en débat ses choix. Or les enseignants méritent la vérité.

Le déni de la reprise

"On voit des collègues qui sont persuadés qu'ils seront dans leur classe le 11 alors qu'on parle bien de progressivité et pas partout, non?". Cette remarque, lue sur Twitter le 16 avril, nous l'avons également entendue chez de nombreux enseignants avec qui nous avons été en contact depuis le 14 avril.

Nombreux sont les professeurs, aussi bien dans le premier que le second degré, qui ont compris que la réouverture des classes et des écoles ne serait que très partielle en mai voire même en juin. Cela nous revient presque à chaque contact avec un enseignant sans que ces professeurs puissent faire état d'une instruction officielle en ce sens.

Certains croient que la reprise sera tellement "progressive" qu'elle s'étalera sur un temps très long. D'autres saisissent le mot "progressif" dans le sens où la réouverture ne concernerait qu'une petite partie des écoles et des établissements.

(...)

Les enseignants sont des acteurs pas des objets

Des gouvernements ont expliqué tout cela. Mme Merkel, par exemple, a expliqué ce que voulait dire le taux de contamination. Le gouvernement de la Fédération Wallonie Bruxelles le fait aussi quand il parle de la réouverture des classes.

En France, ni E Macron, ni JM Blanquer ne parlent de l'impératif économique alors qu'il est évident que c'est lui qui guide leur politique. Ils n'ont donné aucun argument sanitaire à leur surprenant revirement concernant l'ouverture des écoles.

Ils pensent ainsi éviter le débat. Or, à l'évidence, ces choix doivent être débattus. Pour réussir la reprise les enseignants doivent être des acteurs conscients pas des objets. Les enseignants ont le droit de savoir pourquoi on leur fait prendre de tels risques. Ils ne doivent pas être les objets d'une politique gouvernementale mais bien en être les acteurs. Sans leur collaboration on risque fort d'aller à la catastrophe. Or ils sont parfaitement à même de faire les choix nécessaires, même quand ils ne sont pas faciles. Comme enseignants ils sont confrontés à des situations difficiles et assument au quotidien leur rôle d'adulte dans la classe.

Cette exigence de vérité est une exigence d'éthique. Or il faut bien dire que c'est sur ce terrain que le ministère actuel pêche. On l'a vu , au nom de l'efficacité, demander aux jurys d'inventer des notes pour le bac 2019. On l'a vu , au nom de l'efficacité, accepter de donner le bac sur livret scolaire aux élèves des établissements hors contrat en 2020. On le voit maintenant, toujours parce que ça semble plus efficace, faire le choix de la réouverture sans l'expliquer et entretenir le brouillard sur son application. Le résultat n'est pas efficace : c'est le déni qui s'installe et les crises à venir. Le débat doit s'ouvrir.

François Jarraud

Billet complet à lire en cliquant ci-dessous

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Philippe Meirieu : « L’école d’après »… avec la pédagogie d’avant ?

17 Avril 2020 , Rédigé par Le Café Pédagogique Publié dans #Education

Philippe Meirieu : « L’école d’après »… avec la pédagogie d’avant ?

EXTRAIT

S’il restait encore le moindre doute sur le caractère ridicule des prophéties sentencieuses sur notre avenir, la crise que nous traversons l’aurait levé. Certes, tout le monde est d’accord sur le fait qu’« il y aura un avant et un après », mais nul ne sait de quoi cet « après » sera fait. Les analyses se multiplient pour souligner le caractère inédit du moment que nous traversons, montrer qu’il remet en cause toutes nos habitudes et requiert une véritable refondation de nos systèmes de pensée et de décision. On nous dit que tous les pays et, en particulier, le nôtre, ont fait le choix de la santé pour tous plutôt que de la croissance économique au profit de quelques-uns. On déclare que nous allons, demain, revaloriser les professions de l’humain, nécessaires à notre survie collective, plutôt que continuer à exalter les « premiers de cordée » et à promouvoir les « gagneurs ». On nous explique qu’est venu le temps du partage équitable des biens communs qui nous permettra, enfin, ne pas « périr dans les eaux glacées du calcul égoïste » dont parlait Marx… Je voudrais bien le croire. Je voudrais être certain que nous nous dirigeons, à l’échelle planétaire, vers plus de solidarité, entre les personnes et les nations, plus de justice sociale et une meilleure prise en compte des enjeux écologiques majeurs. Mais, en vérité, je crois que rien n’est joué…

connaissent bien, c’est, en effet, l’immense écart – le fossé, voire le gouffre – qui sépare les déclarations d’intention, générales et généreuses, des pratiques réellement mises en œuvre. « Formation à l’autonomie », « droits de l’enfant », « personnalisation des apprentissages », « expérience de la fraternité », « co-construction des pratiques »… on n’en finirait pas d’inventorier ces notions dont l’importance est proclamée en grande pompe et que les institutions, par peur ou par paresse, par manque d’inventivité ou inquiétude face à ce qui pourrait leur échapper, mettent systématiquement à l’écart ou cantonnent précautionneusement dans les marges. On sait bien qu’il faut qu’une équipe mobilisée, des cadres éducatifs qui prennent des risques et une hiérarchie qui ferme les yeux, pour que l’on s’interroge vraiment sur tout ce que cela veut dire concrètement et au quotidien. C’est que la cohérence entre promesses affichées et les pratiques mises en œuvre, n’est, en aucun cas, la règle : elle représente, tout au contraire, l’exception, infiniment rare et précieuse, qui émerge quand quelques individus ou groupes déterminés se mettent au travail en posant une question profondément subversive et que ne tolèrent guère les partisans du « désordre établi » : « Mais pourquoi ne fait-on pas ce que l’on annonce ? ».

Qu’on me permette donc de m’inquiéter et d’avouer que je ne sais guère ce qui restera demain des déclarations d’intention d’aujourd’hui. Que décidera-t-on quand nous ne serons plus tenaillés par l’inquiétude, que le souvenir du confinement s’estompera progressivement et que les inégalités révélées par les terribles événements que nous vivons seront à nouveau éclipsées par l’activisme au jour le jour ? Je crains que l’emballement de la « sortie » de la crise ne nous fasse oublier les conditions dans lesquelles nous y sommes entrés et que le « retour à la normale » soit, selon la logique de la plus forte pente, un « retour à l’anormal ».

(...)

Philippe Meirieu

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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