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Vivement l'Ecole!

Mesures sanitaires déjà prises pour le retour dans les établissements scolaires - Par Claude Lelièvre

20 Avril 2020 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education

Mesures sanitaires déjà prises pour le retour dans les établissements scolaires - Par Claude Lelièvre

En avant-première et pour comparaison, les mesures sanitaires déjà envisagées pour les retours dans les établissements scolaires sous les auspices de trois ministères: ceux de l'Intérieur, de la Santé et de l'Education nationale.

I) "Il est de première importance de sensibiliser la communauté éducative (enfants, parents, enseignants, personnel administratif et technique, ATSEM, personnels d'éducation) à l'apprentissage de mesures de protection individuelles et collectives dès les premiers jours de la rentrée (éviter les contacts rapprochés, se laver fréquemment les mains avec du savon ou une solution hydro-alcoolique, s'essuyer les mains avec du papier jetable, tousser dans le pli du coude et non dans sa main, utiliser des mouchoirs en papier jetables, nettoyer avec soin les poignées de porte et les rampes d'escalier).

La réouverture des écoles et des établissements s'effectue dans les conditions suivantes:

- les élèves et les adultes qui ne présentent aucun symptôme ou qui, ayant été atteints par la maladie, sont à la fin de la période de contagiosité, peuvent réintégrer l'établissement scolaire (il est rappelé que cette réintégration n'est pas soumise à la production d'un certificat médical attestant de l'absence de symptômes ou de la fin de la période de contagiosité)

- l'aération et le ménage complet des locaux de l'établissement scolaire, avec notamment nettoyage des surfaces et des objets collectifs (tables de classe, poignées de porte, chasses d'eau, télécommandes...), doivent avoir été assurés avant la réouverture''

II) "Le rôle des personnels de l'éducation nationale"

1. Les « gestes barrières »

Dans l'exercice de leur métier, les agents de l'éducation nationale ont une responsabilité partagée, tant à titre personnel que dans la diffusion vers les élèves, de « gestes barrières « simples mais d'une grande efficacité contre la propagation du virus :

- se laver les mains plusieurs fois par jour avec du savon ou utiliser une solution hydro-alcoolique ;

- se couvrir la bouche et le nez avec sa manche ou un mouchoir à usage unique en cas d'éternuement ou de toux ;

- appeler son médecin traitant en cas de symptômes.

Il est essentiel à cet égard que les élèves et les personnels des établissements et écoles aient accès à des installations propres et pourvues en produits hygiéniques adaptés (savon liquide, essuie-mains jetables)

2. La responsabilité des personnels

Chacun des agents de l'éducation nationale est invité à signaler toute insuffisance dans le domaine de l'hygiène à l'agent chargé de la mise en oeuvre des règles d'hygiène et de sécurité (ACMO), ainsi qu'au chef de service, au chef d'établissement ou au directeur d'école, afin que des mesures correctrices soient prises rapidement. Le registre de sécurité sera renseigné à cet effet, et l'instance compétente saisie le cas échéant. La procédure d'alerte pourra être activée dans le cadre de la réglementation relative à l'hygiène et la sécurité.

Il est rappelé qu'une personne ayant des symptômes ne doit pas se rendre sur son lieu de travail sans avoir préalablement consulté son médecin traitant qui le cas échéant prescrira un arrêt de travail.

3. La protection et la santé des personnels

Suivant les recommandations des autorités sanitaires, l'usage de masques pour l'ensemble des personnels n'est pas nécessaire. En revanche, le personnel de santé de l'éducation nationale appelé à être en contact étroit et rapproché avec un élève ou un adulte présentant des symptômes pourra être pourvu d'un masque F.F.P.2 destiné à se protéger tant lui-même qu'autrui

Outre la consultation de leur médecin traitant, les personnes souffrant de pathologies à risque, ainsi que les femmes enceintes, sont invitées à se signaler aux services de médecine de prévention. Ceux-ci pourront dispenser les conseils et les recommandations utiles aux personnes concernées. Ils pourront également suggérer, à l'autorité compétente, un aménagement de leurs conditions d'exercice. Leur situation sera prise en considération avec la plus grande attention dans le souci d'une meilleure protection contre le risque de contamination''

PS1: le premier extrait I (d'un texte paru au BO le 27 août 2009) est signé conjointement par le ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux, la ministre de la Santé Roselyne Bachelot et le ministre de l'Education nationale Luc Chatel; le deuxième extrait II (d'un texte paru au BO le 3 septembre 2009) est signé par le secrétaire général du MEN Pierre Yves Duvoye et par le directeur général de l'enseignement scolaire Jean-Louis Nembrini (par délégation du ministre de l'Education nationale Luc Chatel). Il s'agit de certaines des mesures arrêtées afin de faire face à la pandémie H1N1 en 2009.

PS2: on aimerait savoir (très vite) quel est le différentiel précis des mesures sanitaires envisagées pour les retours dans les établissements scolaires à partir du 11 mai 2020, en ne perdant pas de vue que la pandémie H1N1 de 2009 est apparue bien moins dangereuse que la pandémie dans laquelle nous nous trouvons actuellement.

Claude Lelièvre

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Max Richter...

19 Avril 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Fiodor Dostoïevski...

19 Avril 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"Encore un petit tableau caractéristique. Je viens de la lire dans les archives russes ou l'Antiquité russe, je ne sais plus. C'était à l'époque du servage, au début du XIX siècle. Vive le Tsar libérateur ! Un ancien général avec de hautes relations, riche propriétaire foncier, vivait dans un de ses domaines dont dépendaient deux milles âmes. C'était un de ces individus (à vrai dire déjà peu nombreux alors) qui, une fois retiré du service, étaient presque convaincus de leurs droit de vie ou de mort sur leurs serfs. Plein de morgue, il traitait de haut ses modestes voisins, comme s'ils étaient ses parasites et ses bouffons. Il avaient une centaine de piqueurs, tous montés, tous en uniforme et plusieurs centaines de chiens courants. Or voici qu'un jour, un petit serf de huit ans, qui s'amusait à lancer des pierres, blessa à la patte un de ces chiens favoris. Voyant son chien boiter, le général en demanda la cause. On lui expliqua l'affaire en désignant le coupable. Il fit immédiatement saisir l'enfant, qu'on arracha des bras de sa mère et qui passa la nuit au cachot. Le lendemain dès l'aube, le général en grand uniforme monte à cheval pour aller à la chasse, entouré de ses parasites, de ses veneurs, de ses chiens, de ses piqueurs. On rassemble toute la domesticité pour faire un exemple et la mère du coupable est amené, ainsi que le gamin. C'était une matinée d'automne, brumeuse et froide, excellente pour la chasse. Le général ordonne de déshabiller complétement le bambin, ce qui fut fait; il tremblait, fou de peur, n'osant dire un mot. "Faites-le courir ordonne le général. - Cours, cours lui crient les piqueurs." Le garçon se met à courir "Taïaut !" Hurle le général, qui lance sur lui toute sa meute. Les chiens mirent l'enfant en pièces sous les yeux de sa mère. Le général, paraît-il, fût mis sous tutelle. Eh bien que méritait-il ? Fallait-il le fusiller ? Parle, Aliocha.

-Certes !" proféra doucement Aliocha, tout pâle avec un sourire convulsif.

Fiodor Dostoïevski - Les Frères Karamazov

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La "rentrée" scolaire le 11 mai (et jours suivants) n'a strictement rien de social ni de pédagogique!

19 Avril 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

La "rentrée" scolaire le 11 mai (et jours suivants) n'a strictement rien de social ni de pédagogique!

Alors que le Président de la République, le gouvernement et ses relais médiatiques font de la "rentrée scolaire progressive" un geste politique sociale en direction des élèves et familles les plus fragiles, il est bon de rafraîchir les mémoires.

Je vous laisse découvrir ces deux textes, l'un sous forme d'entretien avec Marie Piquemal, paru dans Libération. Jean-Paul Delahaye, très grand connaisseur du monde éducatif, ex DGESCO, répond à la journaliste.

Et l'autre écrit par Sébastien Rome, directeur d'école en milieu populaire, pour son blog hébergé par Médiapart.

Je vous laisse le soin de cliquer sur les deux liens ci-dessous:

https://www.liberation.fr/france/2019/10/17/eleves-en-grande-precarite-ces-fonds-sociaux-devraient-etre-intouchables_1757997

"Auteur d'un rapport de référence sur la pauvreté à l'école, Jean-Paul Delahaye alerte sur les coupes budgétaires drastiques prévues par le gouvernement, notamment dans les crédits destinés aux collégiens et lycéens de familles pauvres." - 17 octobre 2019

et

https://blogs.mediapart.fr/sebastien-rome/blog/160420/inegalites-scolaires-confinement-suppression-de-postes-d-aide-aux-eleves

"L’unité nationale durant cette crise sanitaire ne se mesurera qu’au prix d’une confrontation à la réalité de l’action gouvernementale. Emmanuel Macron souhaite rouvrir les écoles pour lutter contre les inégalités scolaires. Et si l’on commençait par ne pas supprimer, en ce moment même, les postes d’aide aux élèves en difficulté ?" - 16 avril 2020

Christophe Chartreux

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Moi, prof confinée (4) : « Le 11 mai, je ne suis pas sûre de vouloir participer à tout ça »...

19 Avril 2020 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Education

Moi, prof confinée (4) : « Le 11 mai, je ne suis pas sûre de vouloir participer à tout ça »...

Mère d’un bébé atteint du Covid-19, Marion, enseignante de maternelle en Seine-Saint-Denis, n’est pas sûre de retourner en classe le 11 mai.

« J’enseigne en maternelle à Bondy [Seine-Saint-Denis], dans un établissement prioritaire et je ne sais pas encore si je retournerai en classe le 11 mai. Pour le moment, je trouve que la formule qui nous est proposée à nous, enseignants, est caractérisée par un grand flou. Je ne me vois pas faire respecter des gestes barrières à des enfants de 3 ou 6 ans ! Seront-ils uniquement cinq par classe, comme cela a été évoqué ? Comment seront choisis les groupes d’enfants ? Aurons-nous le matériel pour nous protéger en quantité suffisante ? Comment désinfecterons-nous les jeux de construction, les Lego, les Kappla, la pâte à modeler, les ustensiles de cuisine… ? Bref, je ne suis pas sûre de vouloir participer à tout ça. Maintenant, si mon administration me demande de me rendre en classe, eh bien, je le ferai.

Mais cela dépend aussi de l’état de santé de mon fils de 18 mois. Malgré un confinement total, il a été déclaré positif au Covid-19 par un médecin cette semaine. Quand j’entends que les enfants sont porteurs sains, je me pose des questions ! Mon bébé a de la fièvre, de la toux et fait une sorte d’eczéma. Quel sera l’effet sanitaire si douze millions d’enfants retournent à l’école ? Franchement, c’est un peu inquiétant.

Les familles ont peur

De toute façon, d’après ce que j’ai pu entrevoir chez les familles de mes élèves – j’ai pu nouer un vrai contact avec seulement un tiers de ma classe – tous les enfants ne reviendront pas le 11 mai. Et ma crainte, c’est que les familles qui ne remettent pas leurs enfants à l’école soient celles qui en auraient le plus besoin. Parce qu’elles vivent dans des conditions difficiles, dans de petits appartements, ce qui ne favorise pas les apprentissages. Parce qu’elles n’ont pas forcément le matériel adapté ou parce que, tout simplement, elles ne parlent pas forcément français à la maison.

Paradoxalement, ce ne sont pas ces familles qui comprennent le mieux ce que l’école peut apporter à leurs enfants. J’en vois beaucoup qui se montrent très soucieuses de leur comportement en classe (« Ça a été aujourd’hui ? Il a été gentil ? »), mais ne pensent pas forcément à demander ce qu’ils apprennent. Et puis, à Bondy, souvent, au moins l’un des deux parents ne travaille pas, ce qui permet de garder les enfants à la maison assez facilement.

Enfin, j’ai noté que certaines de ces familles ont, dès le début de la pandémie, manifesté le plus de peur. Deux ou trois semaines avant que le président de la République ne décrète le confinement des enfants, eux avaient déjà retiré les leurs ! Je me revois leur tenir un discours selon lequel il était préférable de laisser les enfants à l’école… En fait, ils avaient raison. Mais c’était un comportement dicté par la peur, plutôt que par une bonne information.

Est-il si grave, au niveau scolaire, que tous les enfants ne reviennent pas le 11 mai ? J’ose espérer que non. D’abord parce qu’en mars, une partie du programme avait déjà été accomplie. Et puis, même mes élèves qui passent en CP l’année prochaine – ce qui est une étape particulière, naturellement - trouveront des enseignants disposés à s’adapter, à mon avis. »

Propos recueillis par Arnaud Gonzague

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Le Danemark rouvre ses écoles et c’est compliqué...

19 Avril 2020 , Rédigé par Ouest France Publié dans #Education

Le Danemark rouvre ses écoles et c’est compliqué...

EXTRAIT

Le premier pays d’Europe à rouvrir, ce mercredi 15 avril, des crèches et des écoles, fermées depuis cinq semaines, est scruté par ses voisins. La réorganisation des locaux et les règles d’hygiène sont un gros casse-tête.

Maria Baelum Mauria a repris le travail le 7 avril.  Depuis, je n’ai plus arrêté un seul jour », raconte la directrice de l’école Kalvebod-Faelled, dans le quartier d’Orestad, au sud de Copenhague. C’est qu’avant de rouvrir les portes à ses 500 élèves, âgés de 6 à 11 ans, il lui a fallu revoir toute l’organisation, pour répondre aux normes fixées par la Direction de la santé. C’est chose faite depuis mercredi.

Les bureaux espacés de 2 mètres

Chacune des vingt classes a été divisée en deux ou trois. Heureusement, dans le grand bâtiment, en forme de maison ronde, l’espace ne manque pas. Certains groupes ont été installés dans le gymnase, d’autres au réfectoire, dans les salles de sciences, l’atelier… Dans les classes, les bureaux doivent être espacés de deux mètres. À l’intérieur, les enfants ne doivent pas jouer à plus de deux. Dehors, ils peuvent être cinq. La classe doit se faire autant que possible à l’extérieur.

Véritable casse-tête : l’hygiène. Les élèves doivent se laver les mains en arrivant à l’école, puis au moins une fois toutes les deux heures, pendant une minute.  Cela représente 2 500 minutes au total, ce qui nécessite tout un système », explique la directrice. Partout sur les murs, des feuilles plastifiées rappellent les règles, ainsi que la direction à emprunter dans les escaliers, désormais à sens unique.

(...)

Suite et fin en suivant le lien ci-dessous

https://www.ouest-france.fr/education/ecole/le-danemark-rouvre-ses-ecoles-et-c-est-complique-6810019

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Bob Dylan... "I contain multitudes"... 2020

18 Avril 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Romain Gary...

18 Avril 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l'Amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est ensuite obligé de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son coeur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus. Jamais plus. Jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d'Amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passés à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend, vous avez beau vous jeter de tous les côtés, il n'y a plus de puits, il n'y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l'aube, une étude très serrée de l'Amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu. Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine.

(...)

"Rien, dans son aspect un peu las, dans ses manières de parfait homme du monde, ne laissait deviner le petit garçon en culotte courtes qu'il cachait en lui, enfoui sous les sables du temps ; il en est souvent des apparences de maturité comme des autres façon de s'habiller, et l'âge, à cet égard, est le plus adroit des tailleurs. Mais je venais d'avoir 17 ans et je ne savais encore rien de moi-même ; j'étais donc loin de soupçonner qu'il arrive aux hommes de traverser la vie, d'occuper des postes importants et de mourir sans jamais parvenir à se débarrasser de l'enfant tapi dans l'ombre, assoiffé d'attention, attendant jusqu'à la dernière ride une main douce qui caresserait sa tête et une voix qui murmurerait : "Oui, mon chéri, oui. Maman t'aime toujours comme personne d'autre n'a jamais su t'aimer "

Romain Gary - La promesse de l'aube

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Cécile Alduy : « Notre langage est une manière de surmonter l’incertitude et l’angoisse que provoque l’épidémie »

18 Avril 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Langue

Cécile Alduy : « Notre langage est une manière de surmonter l’incertitude et l’angoisse que provoque l’épidémie »

EXTRAITS

Un jour, un regard sur la crise du Covid-19. Public Sénat vous propose le regard, l’analyse, la mise en perspective de grands experts sur une crise déjà entrée dans l’Histoire. Aujourd’hui, le regard de… Cécile Alduy, professeure de littérature à l'université de Stanford, chercheure associée au Cevipof. La sémiologue a accepté pour nous d’analyser les mots de cette crise : « coronavirus », « guerre sanitaire », « distanciation sociale », « confinement » … Des mots apparus brutalement dans notre quotidien et qui disent beaucoup de la manière dont nous vivons cette période hors-norme.

Inconnus ou peu utilisés jusqu’ici, de nouveaux mots ou de nouvelles expressions ont fait une entrée fracassante dans notre quotidien… Pourriez-vous les analyser pour nous ?
« Coronavirus » d’abord. Ce mot barbare que seuls les épidémiologistes connaissaient jusqu’ici…

Effectivement, même ma fille de 6 ans me parle du « coronavirus » comme si c’était une évidence. Mais n’est-ce pas normal étant donné l’impact proprement universel de ce virus sur nos vies ? il est tout à fait unique qu’un phénomène sanitaire touche universellement toute l’humanité dans le monde entier :  quel que soit notre âge, notre condition sociale, notre métier, nos croyances, nos revenus, nos orientations sexuelles et même notre état de santé, nous sommes tous touchés dans notre vie quotidienne et dans notre capacité, entravée, à nous projeter dans un futur. C’est unique dans l’histoire de l’humanité. Seules les guerres mondiales ont de la même manière touché tout le monde. Comme le dit la fable de La Fontaine : « tous ne mouraient pas mais tous étaient frappés ». Seul le réchauffement climatique est – ou sera -- de cette ampleur mais on ne le sent pas encore partout.

(...)

Jusqu’ici on a évoqué les mots qui sont la cause de ce que nous vivons. Parlons des mots de la riposte : « guerre sanitaire ». Ce sont les politiques qui ont introduit cette expression… Comment l’analysez-vous ?

Ces expressions martiales reposent sur une métaphore, explicitée par Emmanuel Macron lors de son allocution du 16 mars : « nous sommes en guerre ». La métaphore aide à penser l’impensable, ce pour quoi nous n’avons pas d’expérience ou pas de repère, en utilisant un autre champ de référence, connu, pour penser par analogie. Mais là où la comparaison explicite l’analogie (« nous sommes comme dans une guerre ») la métaphore procède par ellipse et cache le fait que c’est seulement une manière de parler (« nous sommes [réellement] en guerre » entend-on). C’est risqué, car c’est trompeur, et cela déresponsabilise totalement le politique, qui aurait dû préparer et anticiper un phénomène qui n’est pas une attaque d’un ennemi, mais un phénomène sanitaire et épidémiologique pour lequel des modèles de réponses sont disponibles. L’avantage est politique : de susciter une « mobilisation générale », et de préparer à des sacrifices et à accepter qu’il y ait des morts, beaucoup.

L’autre « expression riposte », beaucoup plus douce celle-là, c’est « Confinement » / « Déconfinement ». Même des enfants de 7 ou 8 ans les emploient comme si ces mots avaient toujours fait partie de leur langage usuel… Pourtant ils n’étaient pas courants avant cette crise…

Et on ne sait pas encore bien ce que veut dire « déconfinement » d’ailleurs. Même le « confinement » revêt des significations différentes, selon les âges, les régions, les métiers, et les situations familiales et sociales. Ces mots sont justes du point de vue des politiques publiques, mais ils sont extrêmement pauvres pour décrire ce que vivent réellement les gens, et la variété des expériences. Ici, l’acclimatation du mot a une valeur rassurante : on est tous dans le même bateau, on a un mot pour nommer ce qu’on vit comme expérience sociale massive, mais c’est un mot-pommade (surtout déconfinement) qui masque aussi dans un langage bureaucratique des réalités sociales extrêmement diverses.

(...)

Que disent ces mots de la société de demain ? Tout ce champ lexical autour de l’idée de protection par exemple… Cela pourrait-il modifier l’état d’esprit général à long terme ? Intégrer cette idée de protection dans notre langage, c’est aussi l’intégrer dans notre comportement collectif ?

Je pense que cela dépendra de la durée de la vague épidémiologique. Si on doit vivre avec un masque pendant un an, cela laissera des traces. Cela dépendra du nombre de morts et donc de deuils, et aussi des générations. Les jeunes n’auront peut-être retenu que la parenthèse sans l’école, pas la peur de la mort.

Tous ces mots sont associés à une période historique, tragique et anxiogène, peut-être même à un traumatisme profond pour certains. Mais ils n’ont, a priori, pas d’ancrage durable dans notre langue. Peuvent-ils disparaître aussi vite qu’ils sont arrivés ?

Je ne crois pas. On parle encore des poilus, des camps, du SIDA, et il y avait même avant le coronavirus tout un imaginaire collectif de la peste, de la contagion (bien présent en littérature et au cinéma). Personne ne va oublier ce vocabulaire : la moitié de l’humanité vit confinée, sans école, dans l’angoisse. Cela s’appelle un traumatisme collectif. Il faudra d’ailleurs un devoir de mémoire pour comprendre, surmonter, et apprendre de cet épisode.

Propos recueillis par Rebecca Fitoussi

L'entretien complet est à lire en cliquant ci-dessous

A lire:

« Ce qu’ils disent vraiment, les politiques pris aux mots » de Cécile Alduy, éditions du Seuil.

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