Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Vivement l'Ecole!

Le confinement, une catastrophe pour les enfants pauvres... Jean-Paul Delahaye, ancien directeur général de l’enseignement scolaire...

1 Avril 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Le confinement, une catastrophe pour les enfants pauvres...  Jean-Paul Delahaye, ancien directeur général de l’enseignement scolaire...

Au-delà de l’institution scolaire, l’école est aussi un lieu d’aide aux familles, un recours face aux situations de détresse sociale. Sa fermeture isole une population défavorisée, privée de «continuité pédagogique».

Les écoles sont fermées. Les enseignants sont sans nouvelles de beaucoup d’élèves des familles pauvres, dont le silence les inquiète à juste titre. Malgré les initiatives gouvernementales et les trésors d’imagination et d’engagement des enseignants qui, heureusement, n’ont pas attendu les consignes ministérielles pour agir, la continuité pédagogique n’existe pas ou alors très difficilement pour les enfants des pauvres. Cette continuité existe davantage pour les familles appartenant aux classes moyennes et favorisées, celles que l’on montre en boucle le soir aux journaux télévisés de 20 heures : des parents en télétravail, des enfants à l’aise sur leur tablette ou ordinateur et leur imprimante familiale, disposant d’une chambre personnelle et pouvant être en contact sans difficulté avec leurs enseignants. Ce n’est pas dans ce monde-là que vivent les pauvres.

Pour les familles pauvres et leurs enfants, le confinement est une catastrophe. D’abord parce que l’école, on l’oublie quand on ne connaît pas la vie de nos concitoyens pauvres, n’est pas seulement pour les pauvres le lieu des apprentissages. L’école est aussi une institution d’aide aux familles, un premier recours face aux situations de détresse sociale, un point de médiation entre les familles et les organismes chargés de la politique médicale et sociale pour la prise en charge des enfants, un lieu où s’élaborent des solutions grâce à l’engagement et à la vigilance des personnels de l’éducation nationale. C’est tout cela qui disparaît avec la fermeture des écoles.

Cruel révélateur des inégalités

La pauvreté de biens est aussi une pauvreté de liens. Et, bien sûr, ces enfants sont davantage privés encore que les autres de temps scolaire, d’une présence en classe et de stimulations indispensables dans un groupe d’enfants et d’adultes (temps scolaire déjà mis à mal avec la décision catastrophique pour les pauvres de supprimer une matinée de classe en 2017), privés plus que les autres aussi d’aide d’adultes en capacité de les accompagner, privés souvent d’outils numériques. Ces élèves sont en train de décrocher malgré les efforts des enseignants. Déjà, en «temps normal» si l’on peut dire, nous sommes le pays dans lequel le poids de l’origine sociale pèse le plus sur les destins scolaires. Ce n’est pas dans l’urgence que l’école, qui n’est pas responsable de tout et qui n’a pas toutes les réponses, va résoudre cette difficulté majeure.

Cette crise est en réalité un cruel révélateur des inégalités sociales et territoriales à l’œuvre dans notre pays. Quand les politiques publiques ont laissé se creuser de tels écarts de richesse et se concentrer au même endroit des élèves en grande difficulté sociale ou victimes de la ségrégation ethnique, il est plus difficile de créer une dynamique pédagogique. Mais cette crise sans précédent permet aussi d’observer combien l’action en faveur de la réussite de tous les élèves est aléatoire dans notre système éducatif, trop dépendante certes des politiques publiques mais aussi, pour les élèves, de leur lieu de scolarisation et de la capacité des acteurs locaux, personnels de l’éducation nationale et partenaires, à créer ou non une culture de collaboration et une dynamique collective pour la réussite de tous. L’Éducation nationale, pour reprendre les propos de Condorcet ne saurait être une «espèce de loterie nationale» pour les enfants du peuple. Et c’est à l’État de garantir à tous les enfants une égalité des droits sur l’ensemble du territoire.

Jean-Paul Delahaye est l’auteur du rapport «Grande pauvreté et réussite scolaire, le choix de la solidarité pour la réussite de tous», Education nationale, 2015.

Lire la suite
Lire la suite

"Deux profs racontent leur rencontre avec des élèves qui les ont marqués..." (+ une dont je parle... Un peu)

1 Avril 2020 , Rédigé par France Culture - Et moi Publié dans #Education

En 2007, André enseigne dans un établissement de Lyon qui reçoit beaucoup d’élèves étrangers de milieu aisé. Dans sa classe cette année-là, il y a un élève latino-américain  assez turbulent. Un vendredi de mars, au conseil de classe, les profs préconisent une réorientation de l’élève en section professionnelle. Le lundi matin, pendant son cours, l’élève poignarde André dans le ventre...

"Son désir de passer en première ne nous paraissait pas possible. Il était en plein déni de réalité. 

Le lundi il faisait une sale tête. Je m'avance dans les rangs, et d'un seul coup j'ai l'impression de sentir un grand coup de poing dans le ventre...

La première pensée que j'ai eu en voyant le couteau par terre, c'est que je n'avais plus à m'angoisser pour son orientation, il venait de s'exclure de lui-même."

En 2015, Marielle, désabusée sur son rôle de prof, envisage de quitter l’enseignement. Dans sa classe de 3e, elle remarque une élève, brillante, mais qui semble aller mal. A la fin d’un cours, elle lui donne un mot, et une relation épistolaire s'engage ... 

"En devenant prof, je voulais être absolument être proche de mes élèves. Je leur disais en début d'année qu'en cas de soucis, ils pouvaient venir me parler. Je ne voyais plus la limite entre l'humain et l'enseignant. 

Il y avait une élève qui était brillante dans toutes les matières, mais elle m'intriguait, elle avait l'air souvent triste, demandait à sortir de classe souvent. J'ai appris ensuite qu'elle avait vécu un drame familial. Un jour je lui ai laissé un mot."

Chanson de fin : "Les cérémonies" par Midget! - Album : Ferme tes jolis cieux (2017) - Label : Objet Disque.

  • Reportage : Karine Le Loët
  • Réalisation : Cécile Laffon

Une élève qui m'a marqué... Parmi bien d'autres... (Écrit en 2008)

Une élève à la mer  !

Le mois de juin dans tous les collèges de France, de Navarre et d'ailleurs, est celui des réunions en tout genre. Le dernier conseil d'administration et les derniers conseils de classe...

"Monsieur, vous croyez que je vais passer?" Cette question-là revient souvent dans la bouche des élèves. J'ai pris l'habitude depuis une dizaine d'années de leur annoncer, individuellement et en particulier, ce que je dirai de leur trimestre et de leur année pendant le conseil de classe qui les concerne. De leur année en effet car j'ai trop souvent été choqué par le fait que bien des décisions étaient prises après l'examen des résultats du troisième trimestre seulement.

"On pourrait se passer des six premiers mois et commencer l' année en avril pour l'arrêter en juin" ai-je osé dire un jour à un Principal, sur un ton mi-amusé, mi-énervé. Je ne me suis pas fait que des amis. Mais quoi, nos élèves travaillent, et nous avec eux, depuis septembre non?

"Pour Julie, un redoublement ne serait-il pas souhaitable?"

Le redoublement... La grande peur de Julie, de Selim ou de Paul... L'humiliation, la sanction suprême... La rupture avec les copines et les copains... J'ai moi-même vécu cette épreuve en troisième. J'arrivais du Maroc et l'adaptation à la France a été douloureuse. J'avoue aussi que cette année-là, je n'avais pas fait beaucoup d'efforts. J'ai donc "repiqué". Une seconde troisième, à l'identique pour les programmes, parfois avec les mêmes professeurs, souvent avec les mêmes exercices, toujours dans le plus grand ennui. Et, en travaillant encore moins, je suis passé en seconde...

Le redoublement est encore pratiqué. Des consignes nouvelles ont été transmises. Le redoublement doit être profitable aux élèves dont l'équipe pédagogique est certaine qu'il leur sera utile. Il ne doit plus être une sanction. J'approuve cette manière de voir les choses. Mais je persiste à penser qu'il s'agit d'un pis-aller. Le redoublement est une des très rares solutions, hélas, dans un système cloisonné qui n'autorise pas l'élève en difficulté à pallier ses lacunes en cours d'année, si ce n'est par quelques mesurettes qui donnent bonne conscience à défaut de résultats tangibles. Le redoublement, même s'il est moins fréquent que du temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, est le symbole de l'enfermement né de l'organisation du système. Julie a souffert toute l'année... Elle n'a pas beaucoup travaillé non plus, c'est vrai... Mais voila, elle est en quatrième, elle restera en quatrième toute l'année. Aucune passerelle possible, aucune remédiation et, de mauvaises notes en mauvaises notes, d'incompréhension en incompréhension, elle perd pied, elle se noie. "Une élève à la mer!"... Oui, mais on n' a pas de bouée... Alors nage, Julie, comme tu peux... Le prochain bateau te prendra à son bord pour recommencer la traversée... Tu n'as pas aimé le premier voyage ? Tant pis ! Tu en subiras un second, à l'identique !

Plus les années passent, moins j'apprécie le cérémonial administratif de ces conseils de classe. Nous cautionnons un mode de fonctionnement à mes yeux obsolète, parfois d'une injustice flagrante, mais qui nous donne une certaine importance. Beaucoup de destins se sont joué pendant une heure, une heure seulement pour décider d'une orientation, d'une vie. C'est terrifiant! Oh bien sûr, ils se jouent aussi tout au long de l'année... Comme me l'a vertement fait remarquer un collègue : "Tout compte fait, c'est de leur faute s'ils redoublent! Les principaux responsables, ce sont eux".

Alors nage Julie... Nage jusqu'à l'épuisement, jusqu'au dégoût... On n'a pas les bouées... Mais ce n'est pas de notre faute... La seule coupable, c'est toi !

Pour nous, tout va bien... Juillet est en vue...

Christophe Chartreux

PS: Julie va bien aujourd'hui et exerce une profession qui lui plait...

Lire la suite

Continuité pédagogique - «Un risque de déflagration pour les plus démunis» - B Lahire

1 Avril 2020 , Rédigé par France Culture - Mediapart Publié dans #Education

Le sociologue Bernard Lahire, professeur de sociologie à l’École normale supérieure de Lyon et auteur du très remarqué Enfances de classe – De l’inégalité parmi les enfants (éditions du Seuil), radiographie des inégalités scolaires, n’est pas étonné que la « continuité pédagogique » voulue par ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer soit difficile.

Il explique à Mediapart pourquoi l’école à distance risque de créer des difficultés à ceux qui sont déjà les plus fragiles.

Pourquoi ce confinement a-t-il des conséquences particulières sur les enfants des familles les plus modestes ?

Bernard Lahire : Le problème énorme qui surgit en cas de confinement, c’est le fait que le repli sur la sphère familiale et domestique conduit à une accentuation des inégalités de départ. Car les enfants des familles défavorisées ne vivent bien souvent les apprentissages de type scolaire qu’à l’école : leurs parents ne sont pas très diplômés, ils ne sont pas habitués à transmettre pédagogiquement les savoirs scolaires, et une partie d’entre eux ne savent pas lire ou écrire.

Pour ces enfants, il n’y a qu’à l’école qu’ils entrent en interaction avec des adultes pouvant les faire entrer dans les savoirs scolaires. Même si l’école reproduit les inégalités de départ, cela reste un lieu de transmission où l’on apprend des choses et où sont parfois contrariées les logiques de reproduction.

Pourquoi l’école à distance ne suffit-elle pas ?

Même si ces enfants ont accès à Internet, ce qui est loin d’être le cas de tous, le lien avec l’école se distend s’ils n’ont pas de présence adulte encadrante, tutorante. Les enfants sont davantage happés par la réalité familiale avec toutes les difficultés sociales et culturelles qui lui sont propres. 

Pourquoi est-ce que cette situation semble-t-elle surprendre tout le monde ?

On semble redécouvrir les inégalités. Or ceux qui ne veulent pas voir les inégalités, malgré les nombreuses enquêtes statistiques ou les études de cas, n’en ont au fond rien à faire de cette réalité. Leur vision du monde est ainsi façonnée parce qu’ils sont du côté des puissants. Ils ne veulent rien voir de ce qui met au jour leurs privilèges. 

On comprend que les plus modestes vont pâtir de la situation, quand bien même l’école à la maison est difficile pour tous les parents.

Tous ceux qui sont « requis » actuellement, comme les soignants parmi lesquels il y a des aides-soignantes, des brancardiers, etc., et pas seulement des médecins et des infirmières, ou ceux qui travaillent dans les magasins d’alimentation ont en plus à gérer la question de l’éducation de leurs enfants.

S’il reste un père à la maison parce que la mère est caissière et doit aller travailler, la division sexuelle des tâches fait qu’il ne sera pas toujours très à l’aise dans toutes les tâches éducatives et de suivi scolaire. Il y aura donc une multitude d’effets négatifs qu’on ne mesurera que plusieurs mois après la sortie de crise. Cela peut provoquer une déflagration pour les plus démunis.

Quelles conséquences sur la scolarité des enfants voyez-vous à l’issue du confinement ?

C’est énorme pour un enfant de se voir privé d’un mois et demi d’école. Plus ils sont petits, pire c’est, car il existe des périodes critiques dans les apprentissages. Les premières années sont cruciales. Les bases de la construction sont en train de se construire.

En grande section de maternelle, par exemple, les petits commencent à entrer dans la lecture, surtout en cette période de l’année. Certains parents vont leur lire des histoires, leur faire faire des jeux pédagogiques, leur apprendre à lire, à écrire, à compter. Les plus démunis culturellement non. C’est terrible.

Propos recueillis par Faïza Zerouala

Lire la suite

Accompagner le travail de son enfant : comment être efficace ?...

1 Avril 2020 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

Accompagner le travail de son enfant : comment être efficace ?...

EXTRAIT

(...)

Louise Tourret : Le travail à la maison a pris une ampleur inédite avec le confinement dû à l’épidémie de Covid 19, les parents essayent d’aider leurs enfants ou de les pousser à travailler. D'après les témoignages qui affluent de toutes parts, ce n’est pas si simple. Pourquoi d’ailleurs est-ce si compliqué de prendre le relais des enseignants ? 

Patrick Rayou : Éduquer n’est pas un terme univoque : les enseignants éduquent, les parents aussi éduquent, mais ce n’est pas exactement la même chose. Parfois on pense qu’on passe de l’un à l’autre avec une grande continuité et facilité. Mais là, on se rend compte que ce n’est pas tout à fait le cas. 

Qu’est-ce qu’on peut éviter comme erreur quand on accompagne son enfant, qu’on a un peu de temps - et de bonne volonté - pour le faire ? Pourquoi a-t-on si souvent l'impression de mal s'y prendre ?

PR : Les parents peuvent se perdre assez facilement dans la masse des ressources disponibles, ils vont chercher des expertises sur internet, ce qui n’est pas un défaut en soi, mais au fond le conseil de bon sens qu’on pourrait leur donner, c’est de regarder déjà dans les cours que fournissent en général les enseignants. Il faut ensuite essayer de comprendre le rapport entre les exercices donnés en particulier, et les cours mis à disposition. Dans beaucoup de cas, les exercices proposés par les enseignants sont des exercices d’application, et on doit pouvoir trouver les ressources dans les cours fournis. 

On est dans une période particulière dans laquelle on voit que beaucoup d’enseignants cherchent le contact avec les élèves et leurs familles, et je crois que ce serait une bonne idée de signifier aux enseignants qu’à certains moments, les enfants et les familles sont un peu perdus. Il faut profiter de cette situation particulière pour faire davantage de "rétroaction" entre les familles et les enseignants. Et quand on le peut, de s’organiser en réseau avec d’autres parents, car quand on est plusieurs à ausculter la même situation, on a une idée plus construite et plus fiable de ce qu’on peut attendre des élèves, ou pas.

(...)

Trois points à retenir

  • Ne pas multiplier les ressources au risque de s'y perdre, et partir du principe que ce qu’il faut savoir se trouve déjà dans le cours.
  • Si le travail est trop compliqué ou trop important, ne pas y accorder un temps infini et ne pas rester seul : en parler aux autres parents, élèves, ou au professeur, notamment au professeur principal si l’enfant est au collège ou au lycée.
  • Ne pas faire laisser l'enfant s'acquitter de son travail de façon mécanique mais plutôt lui demander de raconter ce qu'il a fait et ce qu'il a compris, mais aussi si cela l'a intéressé, ou non, et pourquoi.

L'entretien complet est à lire en cliquant ci-dessous

Lire la suite

"Devenir grand" - Documentaire de Judith Grumbach... En replay...

1 Avril 2020 , Rédigé par France 2 Publié dans #Education

"Devenir grand" - Documentaire de Judith Grumbach... En replay...

Pour voir le documentaire, cliquer sur le lien de bas de page

Comment relever, jour après jour, le défi de grandir, ensemble ?

"Devenir Grand" nous emmène dans trois classes, aussi ordinaires qu’extraordinaires, et dévoile ce qui se joue entre enseignants et élèves, le temps d’une année scolaire, pour permettre à chacun de s’épanouir, individuellement et collectivement.

Comment l’école peut-elle accompagner les élèves et les aider à grandir, jour après jour?

Dans une époque de crises politiques, sociales, environnementales ou sanitaires, comment l’école peut-elle contribuer à former une nouvelle génération de citoyens responsables, capables de changer positivement le monde ?

Comment une école qui invite les élèves à s’interroger et n’hésite pas à s’interroger elle-même, peut-elle aider chacun à se connaître, à trouver sa place dans la société et à mieux vivre avec les autres ?

Du primaire au lycée, des enseignants s’engagent pour que l’école soit bien plus qu’un lieu d’apprentissage.

De Perpignan au Bourget en passant par Langon, "Devenir Grand" nous emmène dans trois classes, le temps d’une année scolaire.

réalisé par : Judith Grumbach

Lire la suite

«Des gens vont mourir, mais il faut que tu passes ton bac» - Médiapart - (Et ton Brevet)

1 Avril 2020 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

«Des gens vont mourir, mais il faut que tu passes ton bac»  - Médiapart - (Et ton Brevet)

EXTRAITS

La « continuité pédagogique » voulue par le ministre Jean-Michel Blanquer suscite de plus en plus de critiques. De nombreux parents, notamment dans les familles modestes, se sentent dépassés. Témoignages de parents qui galèrent.

Les mots sortent avec difficulté. Le constat est douloureux. « Je suis dépassée », confie Milouda, 51 ans, une femme de ménage qui élève seule ses deux enfants de 11 et 18 ans en Ariège. Elle continue de travailler à un rythme réduit. Comme tous les élèves de France, son fils, qui est en sixième, a du travail à faire. Et cela au nom de la sacro-sainte « continuité pédagogique » voulue par Jean-Michel Blanquer, au mépris des multiples réalités sociales des familles.

La mère explique que ses difficultés à faire la classe à la maison sont imputables, entre autres, à sa mauvaise maîtrise de l’informatique. Elle dispose d’une tablette mais « n’y arrive pas » et ne possède pas d’imprimante. Il lui est donc difficile de suivre les consignes des enseignants, eux-mêmes assez absents. Une fois, en ces deux semaines, un enseignant a donné un cours d’histoire-géographie à distance. Il s’agit du seul contact que Milouda et son fils ont eu avec le corps enseignant.

La situation semble inextricable. Cela génère tensions et souffrances pour la mère et son fils. « Je suis à bout, j’ai lâché, je ne peux plus rien faire, on ne fait plus rien du tout. Je n’arrive pas à lui expliquer les cours. Je me sens impuissante de ne pas pouvoir faire d’autres exercices. J’ai du mal à avoir les devoirs aussi, car je n’ai pas le matériel. Comme je suis arrivée tard du Maroc, je n’ai pas le niveau et je ne sais pas quoi faire. Mon fils ne se sent pas bien, il se dit qu’il est nul », soupire Milouda. Son fils sait accéder à l’espace numérique de travail (ENT) seul mais c’est tout.

Alors, elle veut témoigner pour alerter sur sa situation et celle d’autres familles dans son cas. Elle veut raconter à quel point cette configuration est injuste pour une population modeste déjà oubliée. Milouda doit tout assumer seule, sans aide. « Je me sentais déjà larguée, il fallait que je me batte pour beaucoup de choses. Là, il n’y a rien de pire, on est des sacrifiés. Déjà qu’on avait l’impression que tout le monde se fout de nous… »

(...)

Certains élèves n’ont pas d’adresse mail, d’ordinateur, Internet ou de smartphone. Les éducateurs du département n’ont pas le droit de se déplacer. « Personne ne savait comment procéder. Pour les familles exilées, c’est compliqué. Parfois, elles ne parlent pas français. S’il y a un grand frère ou une grande sœur adolescente qui parle français, il ou elle va expliquer ce que les petits doivent faire. S’il n’y a pas de grands, cela signifie que les petits ne vont pas faire de devoir tout le temps du confinement ? Vont-ils redoubler ? », s’interroge encore Nordy Granger.

Elle explique qu’ils sont livrés à eux-mêmes. Certains sont francophones mais ont des difficultés à l’écrit et besoin d’un enseignant pour tout comprendre. « Les éducateurs font tout ce qu’ils peuvent, ils sont eux-mêmes en télétravail, ils essaient d’aider par téléphone. Les enseignants de français langue étrangère, le FLE, appellent les élèves pour discuter avec eux et les rassurer. Mais c’est un tel chantier… »

Alors l’association a décidé de tenir une permanence le mercredi et le samedi, en respectant les règles sanitaires et en filtrant l’accès au local, personne par personne. Ainsi une adolescente de 14 ans est-elle venue faire ses devoirs dans le petit bureau de la permanence, car elle vit dans un squat sans ordinateur.

Nordy Granger s’inquiète de ces bouleversements de la scolarité, même s’ils sont indépendants de leur volonté. Quid des diplômes ? Comment vont faire les élèves en apprentissage pour valider leur cursus alors que les entreprises – hors BTP – sont à l’arrêt ?

Elle craint que cela les pénalise pour obtenir un titre de séjour, lequel est conditionné par « suivi réel et sérieux de leurs études ». Or, s’il est écrit que le demandeur n’a pas fait d’effort pour suivre les cours dans son bulletin du troisième trimestre, la préfecture pourrait bien refuser sa délivrance

(...)

En attendant, pour les familles comme pour les enseignants, le système D prévaut.

Virginie*, professeure des écoles dans une école Réseau d’éducation prioritaire (REP) à Pantin, en Seine-Saint-Denis, a fait en sorte de contourner les difficultés des familles de sa classe et a scanné un maximum d’exercices pour faire écrire les petits de CM2. Elle regrette simplement de n’avoir pas pensé à donner des crayons de couleur et des feutres aux élèves les plus démunis, car elle leur a aussi demandé de colorier des cartes et n’est pas sûre que tous possèdent le matériel idoine. Mais dans la précipitation, elle a paré au plus urgent.

(...)

Des parents, mieux armés, font eux aussi part de leurs difficultés à assurer la mission qui leur est dévolue. À tel point que la FCPE de Paris a réclamé dans un communiqué qu’il y ait moins de pression sur les parents, les enfants et les enseignants de la part du ministère, qui tient à ce que tout continue.

Marie a 46 ans et vit à Bayonne avec ses deux enfants de 10 et 2 ans. Adjointe administrative, elle est en télétravail. Son conjoint est à son compte mais avec une activité ralentie. De son propre aveu, elle se sent « privilégiée », même si l’école à la maison n’est pas une sinécure. Elle est très angoissée pour sa fille. Résultat, les premiers jours ont été très tendus.

Sa fille est en CM1 et reçoit un planning quotidien, « assez ludique », par mail. Une fois par semaine, il y a une classe virtuelle d’une heure pour que tous les élèves se voient. Enfin… pour ceux qui possèdent le matériel informatique idoine… De son côté, Marie explique que tout est chronométré dans la journée de l’écolière.

" Nous on déborde sur le temps de pause, ce qui nous met la pression. J’ai peur que ma fille n’y arrive pas et qu’elle accumule du retard. » Au bout de quelques jours, la mère de famille s’est dit qu’il fallait dédramatiser et que ce n’était pas grave de louper quelques exercices. « Sinon cela va devenir irrespirable."

(...)

Eva plaide en faveur d’une solution radicale. Arrêter l’école à la maison. « Il est impossible d’enseigner et de télétravailler en même temps. Stopper les cours desserrerait la pression, mettrait tout le monde à égalité, même si on sait que les CSP+ ne laisseront pas leurs enfants devant la télé. Mais du point de vue de l’institution, il n’y aura pas d’injonction remplie d’un côté et pas de l’autre… »

Julien, l’enseignant du Morbihan, s’est aussi étonné que sa propre fille, en CM1, ait reçu une somme considérable de travail, une quarantaine de pages. À tel point qu’il a été surpris du nombre de feuilles sorties de l’imprimante qu’il a lancée sans regarder. Sans compter qu’il est difficile d’enseigner à son propre enfant, quand bien même c’est son métier. Lui aussi a dû faire face à des crises avec sa fille, qui s’est braquée à plusieurs reprises.

Pour toutes ces raisons, il aurait aimé que tous les enseignants n’obéissent pas à la consigne ministérielle et proposent, au lieu des révisions des leçons, des activités pédagogiques. Histoire de réussir à ne pas trop creuser les inégalités dont est percluse l’école française.

Le professeur ne se fait guère d’illusions : « De toute façon, on dénonce le mythe de l’école républicaine qui abolirait les différences. On savait que c’était faux, mais là, ça l’accentue. Là, le grand public les vit au quotidien, ces inégalités et leurs conséquences, ce qu’on dénonce tous depuis des années. »

(...)

Faïza Zerouala

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

Lire la suite

Revue de Presse Education... Çà va pas — Réflexions — Ressources — Et puis...

1 Avril 2020 , Rédigé par Les Cahiers Pédagogiques Publié dans #Education, #Médias

Revue de Presse Education... Çà va pas — Réflexions — Ressources — Et puis...

Une petite revue bien sûr toujours sur le même thème, et ça va durer… On aura des “ça va pas”, des réflexions, des ressources.

Ça va pas

A la Réunion, École à la maison : "Si les réponses apportées ne sont pas à la hauteur, les conséquences sociales seront graves"
"Penser que toutes les familles peuvent participer à la continuité pédagogique, c’est être aveugle à la réalité de la société réunionnaise !". La députée de la 2e circonscription, Huguette Bello, s’inquiète des conséquences de "l’école à la maison" après le confinement imposé par les autorités. La parlementaire, qui rend un hommage appuyé à la communauté éducative, assure que si les réponses apportées par le gouvernement "ne sont pas à la hauteur" au vu de la situation réunionnaise (illettrisme, décrochage scolaire, taux de pauvreté), "les conséquences sociales seront graves".”

Décrochage en lycée pro : Des profs témoignent
Albert, Aïssam, Adrien, Jean Christophe et Aline enseignent en lycée professionnel. Que cela soit en CAP ou bac professionnel, tous reconnaissent ne toucher depuis la fermeture des lycées qu’une minorité de leurs élèves. Alors quand on parle de continuité pédagogique, Alice raille un peu le concept. « On est dans la continuité pour le coup, j’ai seulement des retours d’un quart de mes élèves, un peu comme en classe… Il y a donc continuité, nos décrocheurs habituels sont les mêmes en effet… ». Les téléphones portables sont les meilleurs amis de ces profs. Communiquer avec leurs élèves est la priorité, alors WhatsApp, Skype, Facetime deviennent leurs outils de travails privilégiés. Réactivité, système D comme débrouille, voilà qui décrit bien ces enseignants qui se battent pour ne pas perdre le lien, déjà ténu, avec leurs élèves.”

Les dates des vacances scolaires ne sont pas gravées dans le marbre ! Par Claude Lelièvre sur son Blog : Histoire et politiques scolaires
Elles ont beaucoup varié au fil du temps. Et il se pourrait bien que la période extraordinaire que nous vivons aboutisse à des changements. En tout cas, la question ne devrait pas être tabou et il est urgent qu’elle soit posée. Aussi bien pour les vacances de printemps que pour les grandes vacances.”

Réflexions

L’école à l’heure du Covid-19 Tout tenter pour leur faire du bien par Rabah Aït Oufella, Dominique Sénore
Quelques réflexions et propositions pour enrichir les pratiques professionnelles.
La continuité pédagogique est une idée généreuse et nous faisons le constat qu’un excès de zèle apparaît chez certains praticiens et chefs d’établissement, alors même que les modalités de mise en œuvre n’ont pas été suffisamment anticipées
.”

La visioconférence, une bonne alternative aux cours en amphi ? par Delphine Billouard-Fuentes Professeur associé, EM Lyon
Dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19, les établissements d’enseignement supérieur ont fermé leurs portes. Mais si les salles de classe sont vides, les cours se réorganisent en ligne et le recours à la visioconférence explose, alors qu’il était jusqu’ici assez marginal.”

Le confinement pourrait permettre « le sursaut dont l’éducation a besoin en France et ailleurs » Tribune de Roger-François Gauthier, Expert international en éducation, ancien inspecteur général
"Alors que des Cassandre estiment que le confinement des élèves dans les familles « préfigure une privatisation définitive de l’éducation et un éclatement de l’école », l’expert international en éducation et ancien inspecteur général Roger-François Gauthier estime que l’école pourrait aussi sortir renforcée de cette crise."

Comment renforcer l’éducation autour du « monde de demain » ? Entretien avec Jonathan Dawson, professeur d’économie au Schumacher college, et Jean Jouzel, climatologue, donnent leur opinion. Propos recueillis par Marine Lamoureux
Appréhender le monde de demain, y préparer les jeunes générations, c’est en réalité repenser l’éducation elle-même. Et plutôt que de vouloir remplir nos têtes blondes de connaissances, l’enjeu est d’accompagner les élèves dans leur cheminement en tant que personne : les aider à s’épanouir, à trouver leur place dans la société, du sens dans leurs études et leur futur métier. C’est d’ailleurs une demande croissante des jeunes aujourd’hui. Et c’est ainsi qu’ils seront le mieux armés pour affronter les défis posés par la crise écologique et sociale. Le rôle de l’enseignant vis-à-vis de ses élèves doit aussi être interrogé : à titre personnel, je me sens moins professeur qu’« éducateur ».”

Ressources

La chaîne RFI lance « L’école à la Radio » Publié par Mehdi Bautier
Tandis que la continuité pédagogique reste essentielle face à l’épidémie de Covid-19, la chaîne RFI introduit un nouveau programme, à partir du lundi 30 mars, destiné aux écoliers et aux enseignants. Intitulé « L’école à la radio », le programme s’intègre au magazine de société quotidien « 7 milliards de voisins ».”

Documentaire « Devenir grand » Confinement : ce qu’en disent les acteurs du film de Judith Grumbach, « Devenir grand »
"Nous avons interrogé plusieurs « acteurs » du film, des enseignants engagés qu’on voit à l’œuvre dans ce beau film en leur demandant : Comment faites-vous pour garder le contact avec les élèves et les parents dans le contexte actuel ?"

Et puis

Décès d’Yves Dutercq
Ancien directeur du CREN et professeur à l’université de Nantes, Yves Dutercq était sociologue de l’éducation, spécialiste des politiques éducatives. Auteur de nombreux ouvrages, il était intervenu souvent dans Le Café pédagogique à propos du métier enseignant, de la marchandisation de l’éducation ou encore récemment en défense du Cnesco. Sa disparition est une grande perte pour tous ceux qui essaient de comprendre l’évolution de l’Ecole.”

Bernard Desclaux

Lire la suite
<< < 10 20 21