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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Annie Ernaux...

25 Mars 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Il y a vingt ans, je me suis trouvée à faire des courses dans un supermarché à Kosice, en Slovaquie. Il venait d’ouvrir et c’était le premier dans la ville après la chute du régime communiste. Je ne sais si son nom – Prior – venait de là. À l’entrée, un employé du magasin mettait d’autorité un panier dans les mains des gens, déconcertés. Au centre, juchée sur une plate-forme à quatre mètres de haut pour le moins, une femme surveillait les faits et gestes des clients déambulant entre les rayons. Tout dans le comportement de ces derniers signifiait leur inaccoutumance au libre-service. Ils s’arrêtaient longuement devant les produits, sans les toucher, ou en hésitant, de façon précautionneuse, revenaient sur leurs pas, indécis, dans un flottement imperceptible de corps aventurés sur un territoire inconnu. Ils étaient en train de faire l’apprentis- sage du supermarché et de ses règles que la direction de Prior exhibait sans subtilité avec son panier obligatoire et sa matonne haut perchée. J’étais troublée par ce spectacle d’une entrée collective, saisie à la source, dans le monde de la consommation.

Je me rappelais la première fois où je suis entrée dans un supermarché. C’était en 1960 dans la banlieue de Londres et il s’appelait simplement Supermarket. La mère de famille qui m’employait comme fille au pair m’y avait envoyée, munie d’une poussette de marché – ce qui me déplaisait –, avec une liste de denrées à acheter. Je n’ai pas le souvenir précis de mes pensées et de mes sensations. Je sais seulement que j’éprouvais une certaine appréhension à me rendre dans un endroit qui m’était étranger à la fois par son fonctionnement et par la langue que je maîtrisais mal. Très vite j’ai pris l’habitude d’y flâner en compagnie d’une fille française, au pair elle aussi. Nous étions séduites et excitées par la diversité des yaourts – en phase anorexique – et la multiplicité des confiseries – en phase boulimique – nous octroyant alors la liberté d’engloutir dans le magasin le contenu d’un paquet de Smarties sans passer à la caisse.

Nous choisissons nos objets et nos lieux de mémoire ou plutôt l’air du temps décide de ce dont il vaut la peine qu’on se souvienne. Les écrivains, les artistes, les cinéastes participent de l’élaboration de cette mémoire. Les hypermarchés, fréquentés grosso modo cinquante fois l’an par la majorité des gens depuis une quarantaine d’années en France, commencent seulement à figurer parmi les lieux dignes de représentation. Or, quand je regarde derrière moi, je me rends compte qu’à chaque période de ma vie sont associées des images de grandes surfaces commerciales, avec des scènes, des rencontres, des gens.

Je me rappelle :

Carrefour avenue de Genève à Annecy, où en mai 1968 nous avons rempli à ras bord un chariot – pas encore « caddie » – parce qu’on craignait la pénurie totale de vivres.

l’Intermarché de La Charité-sur-Loire, à l’écart de la ville, avec son panneau « Les Mousquetaires de la Distribution », la récompense des enfants l’été après les visites de châteaux et d’églises, comme l’était pour eux le passage au Leclerc d’Osny après la classe. Ce même Leclerc où j’ai rencontré plus tard d’anciens élèves que je ne reconnaissais pas tout de suite, où des larmes me sont venues en pensant que je n’y achèterais plus jamais de chocolat pour ma mère qui venait de mourir.

Major au pied du rocher de Sancerre, Continent sur les hauteurs de Rouen près de l’université, Super-M à Cergy, enseignes dont la disparition accentue la mélancolie du temps.

le Mammouth d’Oiartzun où nous ne sommes jamais allés malgré notre désir d’y faire provision de chorizo et de touron avant la frontière – mais il était toujours trop tard – et qui était devenu une private joke familiale, le symbole du contretemps et de l’inaccessible.

Annie Ernaux - Regarde les lumières mon amour

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Covid-19 : heurs et malheurs de la continuité pédagogique à la française...

25 Mars 2020 , Rédigé par The Conversation Publié dans #Education

Covid-19 : heurs et malheurs de la continuité pédagogique à la française...

EXTRAIT

Il n’aura fallu que quelques jours pour que la « continuité pédagogique » devienne un sujet de préoccupation nationale. Il y a peu de temps encore, c’est un principe que l’on invoquait en parlant du passage des élèves d’une classe ou d’un cycle à l’autre – et aux dispositions requises pour assurer la réussite des élèves lors de ces transitions.

Avec la pandémie de Covid-19, la continuité pédagogique renvoie à la nécessité d’offrir un enseignement aux 12 millions d’élèves dont les écoles, collèges et lycées sont fermés. Elle s’inscrit dans le discours public comme une toute nouvelle dimension des Plans de Continuité des Activités (PCA) qui anticipent les conséquences de crises majeures sur les services vitaux, par des stratégies visant à préserver leur activité autant que possible.

Formellement présente dans les plans des académies, la continuité pédagogique consiste pour l’essentiel dans l’inventaire des moyens numériques susceptibles d’être mobilisés et très peu – voire rien – n’est dit sur la façon de les mettre en œuvre en fonction des crises, et d’y préparer les enseignants.

Ainsi, interroger la continuité pédagogique dans le cas de la pandémie actuelle pose à la fois la question de ses objectifs en termes de politiques éducatives, celle de la nature et de l’efficacité du dispositif annoncé par l’État mais aussi de l’ensemble des autres initiatives de terrain.

Articuler local et national

Le dispositif mis en place par l’État, expérimenté dès les premières fermetures d’établissements aux élèves dans l’Oise et le Haut-Rhin, repose sur l’articulation entre une offre nationale – celle du Centre National d’Enseignement à Distance (CNED)- et une mobilisation des enseignants dans les établissements scolaires avec leurs moyens propres.

(...)

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Revue de Presse Education... Ministère — Témoignages — Réflexions...

25 Mars 2020 , Rédigé par Les Cahiers Pédagogiques Publié dans #Education

Revue de Presse Education... Ministère — Témoignages — Réflexions...

Une petite revue, bien confinée au ministère, et surtout des témoignages du terrain et quelques réflexions plus générales.

Ministère

Jean-Michel Blanquer envisage déjà un retour en classe le 4 mai

Continuité pédagogique en éducation physique et sportive
Cette page vise à rappeler quelques grands principes et à présenter quelques options pédagogiques permettant d’assurer au mieux une continuité pédagogique en éducation physique et sportive. Il ne vise pas à se substituer à ce que les académies, les établissements ou les équipes disciplinaires ont mis en place.”

Ouverture d’une téléscolaire en France alors que les devoirs prennent un nouveau sens avec CoVid-19
Exactement une semaine après la fermeture de toutes les écoles et universités à travers la France dans le but d’atténuer la propagation du coronavirus, la diffusion de programmes éducatifs a commencé ce lundi sur la chaîne de télévision France 4 à l’échelle nationale. Depuis la fermeture, la mise en place de mesures d’enseignement à domicile est une affaire ponctuelle avec des écoles de France rencontrant des problèmes logistiques spécifiques à leur localisation, leur taille et leur connectivité.”

Le Café pédagogique s’en fait l’écho : L’intersyndicale interpelle Blanquer sur la sécurité des enseignants
Les propos du ministre sur la distribution de documents pédagogiques dans les écoles directement aux parents ou « l’inutilité » des masques pour les enseignants accueillant les enfants de soignants suscitent une réaction commune de tous les syndicats enseignants. Dans une lettre du 23 mars, la Cgt, la Faen, FO, la FSU, le Sgen Cfdt, le Snalc, Sud et l’Unsa demandent au ministre de changer de discours et de donner des instructions sur le terrain. Ils demandent de cesser d’utiliser l’expression de continuité pédagogique.”

Témoignages

« Nos écoles continuent de tourner » : le quotidien des chefs d’établissement pendant le confinement
Dans des bâtiments vides, et malgré les difficultés, les directeurs et chefs d’établissement assurent la continuité administrative et pédagogique.” (abonnés)

Coronavirus : Problèmes de connexion, trop de devoirs, dur de se motiver… Les débuts difficiles de l’école à la maison
Après une semaine de classe à domicile, « 20 Minutes » fait un premier bilan avec ses lecteurs, qu’ils soient élèves ou parents.”

Entre bugs et système D, la première semaine d’école version confinement vue des réseaux sociaux Par Christian Taveira
Un bilan à J + 7. Depuis lundi 16 mars, près de 13 millions d’élèves français sont censés avoir cours à la maison. Mais entre les nombreux bugs informatiques et le télétravail de certains parents, le tout dans un environnement confiné, enseignement rime souvent avec agacement. La preuve en tweets.”

Ecoles fermées retour sur une semaine d’enseignement à distance en Anjou
En Anjou, près de 160 000 élèves, de la maternelle au lycée, sont donc censés suivre les cours depuis chez eux, via internet. RCF Anjou à interviewé Benoît Dechambre, l’inspecteur d’académie de Maine-et-Loire.”

FAIT DU JOUR Coronavirus : quand les enseignants se réinventent ! Dans le Gard
Depuis le lundi 16 mars et la fermeture de l’ensemble des établissements scolaires, le quotidien des enseignants a considérablement changé. L’école à la maison est subitement devenue la norme, contraignant les professeurs à réorganiser leur emploi du temps, à adapter leurs cours et à se réinventer. Deux d’entre eux, Vincent Bury, instituteur en classe de CM2 aux Prés-Saint-Jean à Alès, et Agnès le Corre, professeur d’allemand en prépa au lycée Daudet à Nîmes, reviennent sur leur première semaine d’école en mode confinement. “

Réflexions

« Parents confinés : attention à la tyrannie pédagogique ! » TRIBUNE de Benoit Urgelli Chercheur en sciences de l’éducation à l’université Lyon-II, administrateur de la FCPE du Rhône et de la métropole de Lyon
La période de confinement en famille fait courir le risque d’une « surcharge scolaire » pour les enfants dont les parents « tenteraient de remplacer maladroitement leurs enseignants », alerte Benoît Urgelli, chercheur en science de l’éducation et administrateur de la FCPE du Rhône.” (abonnés)

L’école à l’heure du Covid-19 : Scolarovirus par Philippe Watrelot le 23 mars 2020
"La période que nous vivons est complexe et dramatique. Il faut penser à tous ceux qui souffrent et à ceux qui se battent contre cette maladie et tous ceux qui font que notre société tient. Mais dans cette tension forte, il y a aussi des (bonnes) nouvelles qui nous viennent de l’école. Le scolarovirus (bien moins dangereux) a un effet dévastateur sur les idées reçues à propos de l’école."

L’école à l’heure du Covid-19 : Le parent n’est pas un enseignant ! par Rachel Harent le 24 mars 2020
"Après une semaine d’expérience de confinement, riches des retours de parents (par téléphone, par mail, par tous les réseaux sociaux possibles et imaginables) et riches des échanges entre pairs, il est temps de faire un point."

Alain Bouvier : Avec le Covid-19, la privatisation de l’éducation ?
"L’École pourra t-elle rester comme avant après le Covid-19 ? Auteur d’un article précurseur au moment de la pandémie du H1N1 en 2009, Alain Bouvier, ancien membre du HCE, rédacteur en chef de la Revue internationale d’éducation de Sèvres, analyse les effets que pourrait avoir le Covid-19 sur l’École. Pour lui, c’est la fin de l’éducation nationale uniforme et un grand pas vers la privatisation."

Bernard Desclaux

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A celles et ceux affirmant : "Un masque cela ne sert à rien!"... (Via Cécile Alduy/San Francisco)

25 Mars 2020 , Rédigé par Cécile Alduy/Facebook Publié dans #Santé

A celles et ceux affirmant : "Un masque cela ne sert à rien!"... (Via Cécile Alduy/San Francisco)

Florence de Changy », correspondante du Monde, Radio France et RFI en Asie Pacifique.
Lettre d’une correspondante du Monde, de rfi etc... via Alain Wallon

« Copie de ma lettre à Martin Hirsch, Directeur de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris

Bonjour Monsieur,

Je suis journaliste à Hong Kong pour Le Monde, Radio France et RFI. Je vous envoie à titre personnel ce message qui était initialement destiné à mes amis (parmi lesquels plusieurs médecins mais aussi des gens susceptibles d'influencer les décideurs de notre pays) ainsi qu'à quelques consœurs et confrères. Après en avoir parlé avec certains d'entre eux, plusieurs m'ont suggéré de m'adresser directement à vous et m'ont transmis vos coordonnées.

Comme tout le monde, j'observe la gravité de la situation. Or, sur la base de l'expérience hongkongaise, une solution simple pour enrayer l'aggravation de la situation me saute aux yeux. Car prévenir nos proches n'a servi à rien. En dépit de notre expérience à Hongkong, plusieurs membres de ma famille et des amis proches ont déjà attrapé le covid-19, à des degrés divers de gravité. D'autres n'y échapperont pas.

Depuis une semaine, le gouvernement français a assigné à résidence la quasi totalité de la population pour empêcher les gens de se contaminer les uns les autres, en interdisant même les promenades au grand air et sur les plages. Ces mesures extrêmes "à la Chinoise" ne sont pas viables ou soutenables au delà de quelques jours. D'une part, les Français n'auront pas la docilité et la patience des Chinois face aux consignes gouvernementales. D'autre part, le terrible impact, social et économique, que va avoir ce confinement risque de s'avérer fortement disproportionné aux résultats obtenus sur la maîtrise de l'épidémie.

Par contraste, l'exemple Hongkongais a montré que lorsqu'une population dans son entière totalité adopte le port du masque, comme forme de confinement individuel -et mobile, la propagation du virus peut être quasiment arrêtée. Malgré une densité démographique parmi les plus fortes de la planète (7 millions et demi d'habitants qui cohabitent pour la plupart dans des espaces minuscules avec une très forte proximité dans la vie quotidienne), malgré des échanges intenses de personnes avec la Chine, et malgré la proximité géographique des premiers épicentres (jusqu'à la fermeture des frontières mi février), Hongkong doit déplorer à ce jour 4 morts du covid-19, oui quatre...

Je suis donc ahurie d'entendre les autorités sanitaires françaises continuer d'affirmer que le masque ne sert à rien ou à presque rien. Cela me semble grave et dangereux alors qu'il faudrait au contraire inciter tous les Français à en porter, pas seulement le corps médical ou les forces de l'ordre.

Car tout le monde s'accorde à dire que le virus se propage essentiellement par les mini-gouttes de salive porteuses du virus que tout un chacun émet, en plus ou moins grande quantité, en toussant et éternuant, mais aussi en parlant, en mangeant etc.. Le masque, même de mauvaise qualité, est donc l'écran physique le plus évident qui soi pour faire obstacle à la propagation du virus. Il ne sert pas à se protéger du virus (et c'est vrai qu'il protège assez mal), mais il sert à protéger les autres de soi. Exemple: plusieurs chauffeurs de taxi qui portaient le masque à Hong Kong ont été contaminés car leurs passagers ne le portaient pas. À cet égard, quand un médecin ausculte un patient potentiellement porteur, il serait sans doute plus efficace pour protéger le médecin que ce soit le patient qui porte le masque et non l'inverse...

Il faut donc promouvoir le port du masque comme un acte citoyen d'intérêt collectif. Dans une épidémie, chacun devrait se considérer comme porteur potentiel, et protéger les autres de soi, pas l'inverse. C'est ce message qu'il me semble important de faire passer.

Dès lors qu'ils ont vu réapparaître le spectre du Sras de 2003, fin janvier, les Hongkongais ont repris le port du masque comme un seul homme, du jour au lendemain, et en dépit de la grave pénurie qui avait lieu ici aussi. L'attitude des Hongkongais a été d'autant plus admirable qu'elle s'est faite en dépit des consignes gouvernementales lesquelles, comme en France, ne recommandaient le port du masque que pour les malades et les soignants.

Se laver les mains est l'étape no2: utile quand le virus est déjà sur les claviers d'ordinateur, les rampes d'escalator, les billets de banque, les pièces, les cartes de crédit, les poignées de porte, les écrans tactiles, les étales de fruits, les caddys de supermarchés... Mais le port du masque réduit considérablement, en amont, la dispersion du virus. Cela parait élémentaire comme raisonnement.

Alors que l'une de mes soeurs, médecin à Versailles (et mère de 5 enfants) a eu un mal fou à trouver ses 18 masques hebdomadaires (pharmacies en rupture de stocks), la Chine est actuellement en surproduction de masques. Je viens d'interviewer quelqu'un à Hangzhou qui m'a confirmé pouvoir livrer des millions de masques en France en quelques jours. Il est faux de dire qu'il n'y a pas de masques disponibles. Comme vous le savez sans doute, de nombreuses usines chinoises ont transformé leurs chaînes de production pour produire des masques (de différentes qualités, de ceux à usage unique jusqu'aux normes les plus elevées).

Mais la France a imposé des restrictions (décret du premier ministre du 13 mars 2020 ci-joint) qui semblent compliquer et ralentir l'importation et la distribution des masques en France.

Inonder le marché français de masques et en imposer l'utilisation par tous permettrait de lever assez rapidement le confinement. Les masques pourraient être subventionnés ou distribués gratuitement, ce qui coûterait beaucoup moins cher à l'économie que les conséquences d'un confinement drastique 'à la chinoise'. Entre le confinement et le port du masque comme forme de confinement individuel et mobile, les Français ne devraient pas hésiter longtemps.

Je vous remercie de votre attention en espérant sincèrement que ce rapport d’expérience pourra vous être utile et incitera les autorités françaises à vite évoluer dans leur gestion de cette crise afin de privilégier des solutions humaines et efficaces, à commencer par le port du masque comme mode de confinement mobile et individuel.

Bien sincèrement et en restant à votre disposition,

Florence de Changy »
Correspondante du Monde, Radio France et RFI en Asie Pacifique.

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Manu Dibango... (Et Oum)

24 Mars 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Marcel Proust...

24 Mars 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Quelle que soit l’image, depuis la truite à manger au coucher du soleil qui décide un homme sédentaire à prendre le train, jusqu’au désir de pouvoir étonner un soir une orgueilleuse caissière en s’arrêtant devant elle en somptueux équipage, qui décide un homme sans scrupules à commettre un assassinat ou à souhaiter la mort et l’héritage des siens, selon qu’il est plus brave ou plus paresseux, qu’il va plus loin dans la suite de ses idées ou reste à en caresser le premier chaînon, l’acte qui est destiné à nous permettre d’atteindre l’image, que cet acte soit le voyage, le mariage, le crime, cet acte nous modifie assez profondément pour que nous n’attachions plus d’importance à la raison qui nous a fait l’accomplir. Il se peut même que ne vienne plus une seule fois à son esprit l’image que se formait celui qui n’était pas encore un voyageur, ou un mari, ou un criminel, ou un isolé (qui s’est mis au travail pour la gloire et s’est du même coup détaché du désir de la gloire). D’ailleurs, missions-nous de l’obstination à ne pas avoir voulu agir en vain, il est probable que l’effet de soleil ne se retrouverait pas; qu’ayant froid à ce moment-là, nous souhaiterions un potage au coin du feu et non une truite en plein air; que notre équipage laisserait indifférente la caissière qui peut-être avait, pour des raisons tout autres, une grande considération pour nous et dont cette brusque richesse exciterait la méfiance.

Marcel Proust - Albertine Disparue

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Enseignement à distance... Un "bricolage général"!

24 Mars 2020 , Rédigé par Les Echos Publié dans #Education

Enseignement à distance... Un "bricolage général"!

Coronavirus : « Chaque prof fait à sa sauce, c'est la grande débrouille »

Les enseignants se sont lancés dans la bataille de l'école hors les murs en ordre dispersé, parfois sans attendre les consignes de leur hiérarchie. Les initiatives se développent à une vitesse fulgurante, à la lisière de la légalité, dans un « bricolage général ».

Katia vient de suggérer aux parents d'élèves de sa classe de CP d'organiser un lancer de chaussettes, avec un manche à balai comme ligne de tir, en guise d'activité de calcul mental. Enseignante à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), dans une école « qui mériterait d'être classée en éducation prioritaire », elle ne veut « pas compliquer la tâche des parents ». « J'envoie des activités ludiques, des petits jeux qui reprennent des notions vues en classe », dit-elle. Dans son école, entre enseignants comme avec les parents, tout se passe par e-mail ou via la messagerie WhatsApp. « Dès que l'espace numérique de travail a planté, on a décidé de s'organiser autrement », dit-elle. Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, admet « des trous dans la raquette », tout en assurant que la situation va s'améliorer. « Il ne fallait pas dire que tout était prêt »,grincent bon nombre d'enseignants . « Le monde scolaire n'était absolument pas préparé à ce genre de situation », glisse Bruno Devauchelle, chercheur associé au laboratoire Techné de l'université de Poitiers et spécialiste de pédagogie numérique.

(...)

Marie-Christine Corbier

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"Seuls 10 élèves m'ont répondu" : les professeurs inquiets de voir des élèves décrocher à cause du confinement...

24 Mars 2020 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

"Seuls 10 élèves m'ont répondu" : les professeurs inquiets de voir des élèves décrocher à cause du confinement...

Dix jours après la fermeture des écoles pour endiguer l'épidémie de coronavirus, les inquiétudes sont de plus en plus fortes pour les élèves en difficultés scolaires, qui risquent de décrocher face aux contraintes de l’enseignement à distance.

Ils enseignent dans des zones défavorisés et plus les jours passent depuis la fermeture des écoles pour cause coronavirus, plus ils s’inquiètent. "Il y a certains élèves qu’on n’a toujours pas réussi à atteindre", déplore Coline, professeure d’histoire-géographie en Seine-Saint-Denis : "On a moyen de vérifier si les élèves se sont connectés à la plateforme qui leur permet de récupérer les devoirs. Dans certaines classes, il y a 30 à 40% d'élèves seulement qui se connectent", constate l'enseignante. "C'est particulièrement compliqué avec les 5e et les 4e, qu'on a du mal à mobiliser".

Même constat pour Nicolas Voisin, enseignant dans un lycée professionnel de Marseille, qui s'inquiète particulièrement.

"J'ai environ 75 élèves sous ma responsabilité, et j'en ai seulement dix qui m'ont contacté pour le moment. Dix sur 75, ce n'est vraiment pas beaucoup..." Nicolas Voisin, professeur en lycée professionnel à Marseille à franceinfo

Jean-Michel Blanquer demande aux enseignants de passer des coups de fils plus fréquents aux élèves en difficulté, pour ne pas les "laisser au bord du chemin". Mais même pour joindre les élèves au téléphone, c'est parfois un vrai parcours du combattant : "On a réussi à contacter une élève là, mais en passant par le téléphone du cousin, qui était inscrit dans un autre collège... C'est assez compliqué", témoigne Karim Bacha, directeur d’école en banlieue parisienne et représentant Snuipp. Lui n’a toujours pas de nouvelles d’une douzaine d’élèves.

Une fracture sociale qui s'amplifie

Et ce n’est pas qu’une question d’équipement numérique, c'est une fracture sociale plus large qui se révèle. Coline, la professeure d'histoire-géographie de Seine-Saint-Denis, s’inquiète pour certains de ses collégiens déjà à la peine avant le confinement : "C'est en effet une inquiétude de ne pas avoir de retour de certains élèves, qui étaient déjà faibles avant cette situation. On se demande comment ça va se passer pour le retour", s'interroge-t-elle, alors que le retour à l'école est envisagé seulement pour le début du mois de mai.

"On est passé d'un coup à un travail uniquement écrit, ça ne se fait pas comme ça. Ceux qui vont s'adapter, ce sont ceux qui sont bons à l'écrit." Coline, professeure d'histoire-géographie en Seine-Saint-Denis à franceinfo

Selon elle, seuls les meilleurs élèves - en tout cas ceux qui sont bons à l'écrit - "vont comprendre les consignes, les attendus du prof. Donc oui, on va avoir un fossé entre ceux qui peuvent travailler toute la journée uniquement avec de l'écrit, et ceux qui ne peuvent rien faire", s'inquiète l'enseignante.

L'enseignement à distance n'est pas fait pour tous

Bref, l’enseignement à distance n’est pas adapté à tous, constate également son collègue de lycée professionnel à Marseille, Nicolas Voisin : "Tous nos élèves ne savent pas faire, seuls les meilleurs, les plus intégrés nous répondent régulièrement. Seuls les meilleurs comprennent l'interface qu'on leur propose pour leur envoyer les cours et les documents à remplir et seuls les meilleurs les remplissent à la fin".

"On est là dans la révélation tragique d'une inégalité qui s'amplifie encore dans cette situation". Nicolas Voisin, professeur en lycée professionnel à Marseille à franceinfo

Pour les élèves les plus en difficulté, les plus éloignés de l’école, le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, promet des modules de soutien gratuits... après la crise.

Alexis Morel

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Ma vie de confiné : «Les devoirs, c’est un peu galère. Mes parents ne comprennent rien»

24 Mars 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Ma vie de confiné : «Les devoirs, c’est un peu galère. Mes parents ne comprennent rien»

Chaque jour, «Libé» donne la parole à des confinés de tout poil pour raconter leur vie à l’intérieur. Chacun envoie une photo «de dedans». Aujourd’hui, Inès, 7 ans et demi.

Inès (1), 7 ans et demi, vit à Paris, dans un appartement. Elle est en CE1. La veille du confinement, elle a acheté le premier tome d’Harry Potter.

«Ça fait un petit peu bizarre de ne plus sortir quand même. C’est la première fois que je fais un confinement. Le plus bizarre, je trouve, c’est de ne plus entendre les voitures dans la rue.

«Et surtout, il n’y a plus école. Ça ressemble à la grève, mais une grève qui dure toute la vie. Les devoirs, c’est un petit peu galère. Mes parents ne comprennent rien, ils n’expliquent pas du tout comme le maître. Ça m’énerve mais ça m’énerve… Je suis triste aussi de ne pas voir mes amis. Mais sinon tout va bien.

«J’ai enfin le temps de jouer»

«En fait, j’aime plutôt bien rester à l’intérieur. D’habitude, les jours où il n’y a pas école, il y a que des trucs obligatoires : faire les courses avec mes parents, faire ci, faire ça. C’est horrible. Là, j’ai enfin le temps de jouer.

«Le "corona" m’inquiète, même si je ne le dis pas. J’ai peur que mes parents meurent et mes grands-parents aussi. J’ai une technique : dès que ça arrive dans la tête, je pense à tout ce que j’ai à faire. J’ai accroché un programme à la porte d’entrée avec des étiquettes et de la patafix. J’ai écrit : "théâtre", "se déguiser", "jouer à la marchande", "réviser les tables de multiplication", "FaceTime avec Mamilène", "découper"… Ce que j’aime le plus, c’est les découpages. Je découpe dans les magazines des personnages et j’invente des histoires avec. Ça prend beaucoup de temps. Je ne veux pas que mes amis le sachent et qu’ils se moquent de moi. C’est pour ça qu’il ne faut pas écrire mon prénom dans le journal.

«Les voisins, on a le droit de jouer avec eux ou pas ?»

«L’autre jour, on a écouté le Président à la télé. Il a dit : il ne faut plus voir de gens, vous devez rester chez vous. Et juste après, il a dit : vous pouvez parler aux voisins. J’ai rien compris : les voisins, on a le droit de jouer avec eux ou pas ? Les nôtres, ils sont partis. Du coup, on saute encore plus que d’habitude. Ça, j’adore.»

Marie Piquemal

(1) Le prénom a été changé.

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Ecole à la maison : «Je crains que certains enfants culpabilisent et que d’autres décrochent»

24 Mars 2020 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Ecole à la maison : «Je crains que certains enfants culpabilisent et que d’autres décrochent»

Philippe Meirieu, spécialiste des sciences de l’éducation, rappelle que toutes les études montrent que le travail à la maison renforce les inégalités. Pour lui, il reste essentiel de continuer à donner plus à ceux qui ont le moins.

Philippe Meirieu, professeur émérite en sciences de l’éducation à l’université Lumière-Lyon II, s’inquiète des inégalités scolaires, qui vont encore s’aggraver avec cette crise sanitaire.

Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, répète que «le confinement, ce n’est pas des vacances». Qu’en pensez-vous ?

Depuis le début de la crise, les enseignants sont sur le pont. Il y a une mobilisation extraordinaire. Mais peut-être, parfois, avec un excès de zèle. Des emplois du temps très chargés, trop de devoirs, et déjà des contrôles notés… Je crains que certains enfants n’explosent ou ne culpabilisent, pendant que d’autres décrochent. Je comprends bien que les professeurs agissent sous pression. Du ministre, qui les pousse en permanence à justifier qu’ils travaillent, et de certains parents, qui s’inquiètent excessivement et en demandent toujours plus. Tout cela peut conduire à une vision étriquée de la continuité pédagogique, réduite à une distribution d’exercices et de devoirs individuels, sans véritable implication intellectuelle. Pour moi, la pédagogie, c’est aussi mettre les élèves en recherche, susciter leurs initiatives et créer des échanges féconds entre eux.

Que proposez-vous ?

De l’apaisement d’abord ! Cette période est très stressante. Il faut faire attention à ne pas ajouter des conflits familiaux. Quand les professeurs sont au rendez-vous, les parents qui le peuvent doivent créer l’environnement matériel et psychologique le plus favorable au travail. Certes, ils ne doivent pas s’improviser enseignants eux-mêmes, au risque de placer l’enfant face à des injonctions contradictoires, mais ils peuvent l’aider à s’organiser, à identifier l’essentiel et à se centrer sur ce qu’il faut avoir vraiment compris. Et puis, de leur côté, ils peuvent surtout organiser des tas d’activités éducatives : cuisiner, bricoler ou dessiner. Ils peuvent aussi demander à leur enfant de raconter sa BD ou son livre favoris ou même de les initier à un jeu vidéo. Ils peuvent regarder des émissions avec lui et en discuter après. Ils peuvent l’inciter à écrire un journal de bord, des lettres, des poèmes ou des critiques de films. Et même le pousser à échanger ces écrits avec ses copains.

Certaines familles, notamment les plus défavorisées, sont déjà coupées de l’école…

Le vrai défi est là : faire tout ce qui est possible pour maintenir le contact avec le plus grand nombre possible d’élèves, de manière régulière et collective, mais aussi en s’adaptant au mieux aux besoins de chacun. C’est difficile, surtout pour les enfants des familles les plus défavorisées, celles qui n’ont pas accès au numérique, mais aussi, plus largement, pour celles qui ne parviennent pas à accompagner la réussite de leurs enfants. Nous avons du retard en France dans ce domaine car notre école s’est construite dans la méfiance vis-à-vis des parents qui incarnaient l’héritage des privilèges contre l’égalité des chances. Nous avons voulu construire une école égalitaire en donnant à tous nos enfants les mêmes conditions de scolarité. Mais nous savons aujourd’hui que l’indifférence aux différences accroît les inégalités.

Bien avant cette crise, toutes les recherches avaient montré que le renvoi du travail à la maison était très inégalitaire. Aujourd’hui, le retour forcé de l’école à la maison risque de les faire exploser. Etre confiné à cinq dans un petit appartement ou travailler tranquillement dans une maison à la campagne avec des parents disponibles et une bibliothèque, cela n’a rien à voir ! Cette crise réinterroge l’école sur un point essentiel : comment donner vraiment en tout temps plus, et surtout mieux, à ceux qui ont moins ?

Le ministre a évoqué l’idée d’une semaine de rattrapage fin août pour les élèves les plus fragiles.

Pourquoi pas. Mais je préférerais une «semaine de préparation», en intégrant un travail sur l’expression orale et écrite, la recherche documentaire, la coopération entre élèves, et des ateliers pour savoir apprendre une leçon, réviser un contrôle ou préparer un exposé, etc. C’est cela, autant que la connaissance des différentes composantes du programme, qui permettra de lutter contre les inégalités scolaires. Pour lutter contre l’injustice en matière éducative, il ne faut pas seulement distribuer des cours supplémentaires, il faut faire de la pédagogie.

Marie Piquemal

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