Pendant qu’il devisait mardi à Mulhouse sur le «séparatisme islamiste», Emmanuel Macron a annoncé la fin des enseignements de langues et de cultures des communautés d’origine, les fameux Elco. Une sacrée nouvelle… pour ceux qui n’ont pas de mémoire. Pour les autres, cette annonce du Président avait comme un goût d’ancien monde. Et pour cause : la fin des Elco a été décidée lors du précédent quinquennat. Najat Vallaud-Belkacem l’avait annoncée dès 2016. Passées avec neuf pays, ces conventions permettent à des professeurs étrangers de venir enseigner leur langue à des enfants immigrés en France récemment. 

Celle qui était alors ministre de l’Education nationale dans le gouvernement où travaillait également un certain Emmanuel Macron, alors ministre de l’Economie, a donc moyennement apprécié de voir le chef de l’Etat faire sienne une mesure décidée il y a près de quatre ans. «Il aurait au moins pu inventer un nouveau terme pour conforter l’idée de la nouveauté, non ?» s’est-elle énervée sur Twitter mardi, se demandant ce «qu’a fait ce gouvernement pour finir le travail préparé ainsi de longue haleine» : à la rentrée 2016, les Elco devaient progressivement être tansformés en sections internationales à l’école primaire. Le Portugal et le Maroc ont manifestement signé les nouvelles conventions, dit-elle, mais la transformation s'est arrêtée là – avec la nouvelle équipe gouvernementale.

Attaques sur l'apprentissage de l'arabe au CP

Najat Vallaud-Belkacem a de bonnes raisons de se souvenir aussi précisément des événements. En 2016, lorsqu’elle avait annoncé mettre fin aux Elco, la ministre de l’Education nationale avait été vivement attaquée. A l’époque, le meilleur du FN et le pire de la droite républicaine l’avaient accusée de vouloir imposer l’enseignement de l’arabe dès le CP. L’intéressée se défendait en expliquant, au contraire, que le système Elco pouvait aboutir à une dérive communautariste. «On passe vraiment à un tout autre système beaucoup mieux maîtrisé, beaucoup mieux contrôlé», assurait-elle en septembre 2016. Visiblement, cela n’a pas imprimé au sommet.

(Extrait de Chez Pol, notre newsletter politique quotidienne réservée aux abonnés)

Sylvain Chazot