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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Jean Echenoz...

2 Janvier 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

J’en étais là de mes réflexions quand la catastrophe s’est produite.

Je sais bien qu’on en a déjà beaucoup parlé, qu’elle a fait éclore de nombreux témoignages, donné lieu à toute sorte de commentaires et d’analyses, que son ampleur et sa singularité l’ont érigée en classique des faits divers de notre temps. Je sais qu’il est inutile et peut-être lassant de revenir sur cette affaire mais je me dois de mentionner l’un de ses contrecoups car il me touche de près, même s’il n’en est qu’une conséquence mineure.

Propulsé à une vitesse de trente mètres par seconde, un boulon géant – format de sèche-cheveux ou de fer à repasser – est entré en force par la fenêtre d’un appartement, au cinquième étage d’un immeuble de standing, désagrégeant ses vitres en ébréchant son embrasure et, en bout de course, son point d’impact a été le propriétaire de cet appartement, un nommé Robert D’Ortho dont le boulon a ravagé la région sternale et provoqué la mort subite.

D’autres boulons s’en sont tenus à des dommages matériels, l’un défonçant une antenne parabolique, l’autre éventrant le portail d’une résidence située face à l’entrée du centre commercial. Épars, on en trouverait encore pas mal, plus tard, de ces boulons, au fil des investigations menées par des agents porteurs de combinaisons blanches, cagoulés et gantés. Mais ce ne seraient là qu’effets secondaires, épiphénomènes du désastre majeur qui vient de frapper la grande surface elle-même.

L’état de cet hypermarché, de fait, est désespérant. Depuis les débris de sa toiture effondrée s’élève une brume de poussière lourde qu’ajourent les hésitantes flammèches d’un incendie naissant. Dentelé, crénelé, ce qui reste de ses murs porteurs laisse voir à nu leur poutraison métallique griffue, deux d’entre eux se penchent l’un vers l’autre en rupture d’équilibre au-dessus de la zone de choc. La verrerie de ses façades, d’ordinaire constellée d’annonces promotionnelles, offres aguicheuses et slogans arrogants, se retrouve zébrée de pied en cap et disloquée aux angles. Dressés devant l’accueil, trois lampadaires se sont affaissés en s’embrassant, entortillant leurs têtes d’où pendillent les ampoules à vapeur de sodium, disjointes de leur douille. Quelques voitures, sur le parking attenant, ont été renversées sous la puissance du souffle, d’autres bossuées par des heurts de matières et, sous leurs essuie-glaces en parenthèses tordues, l’ensemble des pare-brise fait à présent défaut.

Même si, par chance, le sinistre s’est produit en tout début de matinée, peu après l’ouverture de la grande surface où l’affluence est encore faible, à première vue les dégâts humains ne devraient pas être bénins : avant toute estimation précise, et pendant que s’organisent les recherches dans le secteur catastrophé, le bilan menace d’émouvoir le public. On a tôt fait

de boucler le quartier dans lequel se concentrent les forces de l’ordre et les ambulanciers, les démineurs à tout hasard mais l’armée pas encore, et l’on s’est empressé de mettre en place une cellule d’aide psychologique. Les efforts des sauveteurs se concentrant d’abord sur la zone, on ne trouvera qu’après-demain, dans sa périphérie, le corps troué à domicile de Robert D’Ortho. Et, j’y reviens, c’est là le point qui me concerne car ce D’Ortho étant propriétaire entre autres biens des deux pièces et demie où je réside, son décès devrait me permettre de surseoir – ne serait-ce que momentanément – au versement de mon loyer mensuel.

Cet événement s’est donc déroulé non loin de chez moi qui, vivant à trois rues de là, connais bien le centre commercial où souvent je m’approvisionne. Il était dans les neuf heures et demie, comme d’habitude à ce moment-là je somnolais en essayant de réfléchir à ce que j’allais pouvoir faire de ma journée quand le fracas du phénomène m’a distrait. J’ai d’abord cru pouvoir le négliger puis mes tentatives de penser ont été contrariées par les sirènes d’alarme, les piaillants véhicules de police et de secours ainsi que les exclamations, appels et cris du tout-venant. Mais la curiosité n’étant pas mon plus sombre travers, cela ne m’a guère donné envie d’en savoir plus dans l’immédiat.

Jean Echenoz - Vie de Gérard Fulmard

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C'était en février 2019... Pierre Merle : Polémiques et fake news scolaires...

2 Janvier 2020 , Rédigé par Le Café Pédagogique Publié dans #Education

EXTRAITS

Du vol des accents circonflexes au niveau qui ne cesse de baisser, les rumeurs, les fake news ont largement envahi l'univers de l'école. Même quand elles sont folles comme l'enseignement de l'arabe obligatoire ou l'apprentissage de la masturbation en maternelle. Comment peuvent naitre et se développer de telles fake news ? Quelles conséquences pour l'Ecole ? Pierre Merle élève le niveau en analysant plusieurs polémiques scolaires. Pour lui, il est urgent d'assurer une éducation aux médias mais aussi de bénéficier d'une évaluation indépendante de l'école. Car derrière ces fake news se distinguent des campagnes politiques et l'assujettissement de l'Ecole au politique.

Vous publiez un livre qui est un livre sur l'Ecole mais aussi un livre finalement politique. Qu'est ce qui vous a pris ?

Parmi mes deniers ouvrages, La ségrégation scolaire (2012), Réformer le collège (2016 avec F. Dubet) et Les pratiques d’évaluation scolaires (2018) ont eu pour objet l’analyse des politiques éducatives. Au sens large du terme, ces livres étaient déjà « politiques ».

Toutefois, cet ouvrage sur les Polémiques et fake news scolaires est davantage politique. La raison essentielle tient aux luttes idéologiques de plus en plus acérées dont l’école française est l’objet. A titre d’exemple, en 2008, les IUFM ont été profondément transformés, avec la quasi suppression de la formation des professeurs stagiaires et la profonde crise de recrutement provoquée par cette réforme. Si la création des ESPE par Peillon en 2014 est revenue sur celle de Xavier Darcos, l’actuelle loi Blanquer, guidée par la recherche d’économies avec le remplacement des ESPE par des INSP (Instituts Nationaux Supérieurs du Professorat), remet en cause le fragile équilibre actuel. Sur les 12 dernières années, les alternances politiques sont marquées par une idéologisation des politiques éducatives.

De même, alors que l’école française se caractérise par une forte inégalité de la réussite des élèves selon leur origine sociale, et une proportion importante d’élèves sans qualification, la loi Blanquer prévoit l’installation dans toutes les classes des drapeaux français et européen et les paroles de la Marseillaise. Qu’attendre d’une telle mesure ? Plus d’égalité des chances ? Une réduction de l’illettrisme ? Le symbole politique prime sur les mesures éducatives.

En sous-estimant tout ce qu’elle apporte aux individus et à la Nation, l’école est de plus en plus réduite à des coûts qu’il faudrait réduire. La création des EPSF (Etablissements Publics des Savoirs Fondamentaux) est également guidée par un objectif d’économies budgétaires. Toutefois, ce principe d’économie ne s’applique pas lorsque le ministre décide la création des EPLEI (Etablissements Publics Locaux d’Enseignement International) qui seront, de fait, réservés aux enfants des catégories aisées. La promotion d’une élite, tout comme celle du latin et du grec, sont des options qui semblent plus importantes que la lutte contre les inégalités de réussite.

L’accroissement de la lutte idéologique sur les questions scolaires est parallèle  au développement considérable des fake news et polémiques scolaires. Étudier ces fake news et les médias qui les véhiculent, notamment le Figaro, Le Point, Valeurs Actuelles, L’Opinion, Marianne, etc. permet d’analyser la construction politique des « questions scolaires ». Je n’ai pas le sentiment d’être plus « engagé » politiquement mais, plutôt, de constater une politisation croissante des questions scolaires à laquelle un sociologue de l’école ne peut guère échapper. 

(...)

Les fake news ont une définition floue. De façon large, elles renvoient aux informations erronées, partielles et partiales dont la finalité est de manipuler et désinformer. Affirmer, comme le fait Luc Ferry, que « Ce n’est pas une bonne idée de supprimer les notes (…) c’est absolument indispensable d’avoir des points de repère (…). Casser le thermomètre ne sert absolument à rien. » constitue un ensemble d’affirmations fausses à des degrés divers. D’une part, la suppression des notes est plutôt favorable aux progressions scolaires. Supprimer celles-ci est donc plutôt une bonne idée ! D’autre part, si des points de repère sont indispensables, ils peuvent être constitués par des appréciations littérales sensiblement plus utiles aux élèves que les notes. Enfin, les notes mesurent de façon peu fiable les compétences scolaires des élèves et ne sont en rien comparables à la température mesurée par le thermomètre. En quelques phrases, Luc Ferry, ancien ministre de l’Education, se trompe et trompe ses lecteurs.

Les fake news peuvent effectivement participer aux campagnes politiques. Mais, au sens strict, une campagne politique renvoie à un engagement explicite pour un parti et les idées qu’il défend. Or, les fake news scolaires se présentent, non comme des choix politiques, mais comme des informations sur « l’intérêt du redoublement », pourtant peu défendable scientifiquement ; la nécessité des notes, non utiles aux apprentissages ; et la « baisse du niveau », non vérifié dans une majorité d’études. Parce qu’elles cachent leur affiliation politique, les fake news transforment des partis pris idéologiques en pseudo-faits. En ce sens, ce sont des tromperies intellectuelles et des escroqueries politiques.

Certes, la rumeur a toujours été utilisée en politique. Mais les réseaux sociaux multiplient leurs influences et leurs effets politiques. L’exemple des ABCD de l’égalité est édifiant. Une enseignante, Farida Belghoul, à partir de dénonciations incessantes des ABCD de l’égalité largement diffusées sur le Web, mettait en garde les parents contre des « cours d’éducation sexuelle avec démonstration dès la maternelle ». Bien que cette présentation soit fallacieuse, l’appel de Farida Belghoul à une « journée de retrait » des enfants de l’école maternelle, largement relayé par les réseaux sociaux et des SMS, a provoqué, dans de nombreux établissements de Gennevilliers, d'Asnières, Nanterre et Colombes, un fort taux d’absentéisme et débouché sur le retrait de la politique des ABCE de l’égalité. La puissance politique des fake news est ainsi bien supérieure à celle de la rumeur.  Elles sont  susceptibles de manipuler l’opinion, d’influencer sensiblement le jeu démocratique, voire de fausser celui-ci.

(...)

Pour limiter l’emprise des fake news, il faut donc mener une réflexion sur les contenus des programmes d’enseignement pour mieux armer les futurs citoyens à débusquer les pratiques ordinaires de manipulation. Suite à la réforme du lycée réalisée par Jean-Michel Blanquer, les nouveaux programmes des lycées ont été sensiblement revus et ont suscité de nombreuses analyses critiques. En histoire, la thématique du roman national est davantage présente. En géographie, les perspectives internationales sont plus restreintes. En sciences économiques et sociales, les approches micro-économiques, mathématisées et abstraites, ont été renforcées au détriment des approches macro-économiques abordant les questions sensibles et polémiques qui intéressent les élèves (chômage, inégalités, pouvoir d’achat…).

La réécriture des programmes de lycée manifeste une conception de la connaissance qui privilégie la mémorisation au détriment de l’analyse critique et de l’enseignement des défis majeurs de notre époque. En ce sens, la réforme des programmes n’est guère susceptible de favoriser l’émergence de citoyens critiques à l’égard des diverses pratiques de plus en plus fréquentes de désinformation. Cette réforme est en cohérence avec la loi Blanquer et la suppression du CNESCO. La désinformation et les fake news, scolaires ou pas, ont sans aucun doute un bel avenir.

Propos recueillis par François Jarraud

Pierre Merle, Polémiques et fake news Scolaires. La production de l’ignorance, Le bord de l'eau éditeur, ISBN 978-2-35687-604-1, 18€

Sur le site de l'éditeur

L'ensemble de l'entretien est à retrouver en cliquant ci-dessous

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La réponse cinglante de Jeanne Balibar aux propos d'Emmanuel Macron...

2 Janvier 2020 , Rédigé par AlloCiné Publié dans #Politique, #Cinéma

La réponse cinglante de Jeanne Balibar aux propos d'Emmanuel Macron...

Dans les colonnes du magazine So Film, Jeanne Balibar a répondu aux propos du Président Emmanuel Macron qui s'était dit "bouleversé" par le film "Les Misérables" dans lequel la comédienne tient un petit rôle.

"En fait, ma réponse tient en deux mots :

1) Bullshit 2) Piketty. (...) 

On voit des milliardaires devenus cent fois plus milliardaires qu’il y a vingt ans, et tout Chef d’État qui ne rapatrie pas cet argent aujourd’hui est un criminel, responsable de toute mort dans un hôpital, de toute dérive sociale ou psychique non soignée par la justice ou les hôpitaux, de tout enfant qui ne fera pas d'études à la hauteur de ses capacités intellectuelles, de toute personne qui ne pourra pas se déplacer pour trouver un travail - parce que ce n’est sûrement pas vrai qu’il suffit de traverser la rue... Tant qu’il n’y a pas de bouleversement de la politique fiscale, ça ne sert à rien d’aller voir un film et de dire “je suis bouleversé”, c’est de la merde."

Jeanne Balibar- Comédienne

Article complet à lire en cliquant ci-dessous

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Revalorisation: dix milliards, loin du précédent historique des années 1990... Par Claude Lelièvre

2 Janvier 2020 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

Revalorisation: dix milliards, loin du précédent historique des années 1990... Par Claude Lelièvre

Dix milliards pour la «revalorisation», c'est 0,4% du PIB. Mais de 1990 à 1993, la part de la dépense intérieure d'éducation dans le PIB est passée de 6,6% à 7,6%, puis est restée à cette hauteur jusqu'en 1997. On est loin de ce compte, du compte.

Selon les premières indications du ministère de l'Education nationale, l’augmentation des salaires et des primes destinée aux enseignants devrait commencer le 1er janvier 2021 et serait étalée sur une quinzaine d’années. La montée en puissance serait progressive, à raison de 400 millions à 500 millions d’euros par an. A terme, le montant devrait atteindre 10 milliards d’euros.

En 2018, l'estimation du produit intérieur brut a été de l'ordre de 2300 milliards d'euros (2286 milliards en euros constants, 2353 milliards d'euros en euros courants). Dix milliards , c'est donc 0, 4 % du PIB; et 500 millions d'euros par an, c'est 0, 02% par an.

On est loin, très loin de l'augmentation de la part de la dépense intérieure d'éducation dans le PIB de 1990 à 1993 où l'on est passé de 6,6% à 7,6% (une augmentation de la part du PIB dévolue à l'éducation de plus de 0,3% par an). 

Il faut prendre "en compte" aussi (si l'on peut dire) les propos plutôt emberlificotés tenus par le président de la République à Rodez le 3 octobre dernier : "Si je revalorisais, comme je veux le faire, l’ensemble des enseignants… quand on parle de l’Éducation nationale dans notre pays, on parle d’un million de fonctionnaires. C’est le premier employeur du pays. Si je voulais revaloriser comme ça, c’est dix milliards ! Je vais pas mettre dix milliards demain ! C’est vos impôts, hein ! Ou c’est le déficit, c’est la dette pour nos enfants.
Donc. C’est investir sur notre éducation, faut repenser la carrière. Ça veut dire qu’il faut qu’on arrive à ce que la carrière progresse davantage. Qu’on ait un vrai dialogue avec l’ensemble des enseignants et leurs représentants. Il faut dire comment on fait mieux progresser la carrière, comment on paie mieux, comment du coup, parce qu’on paie mieux, peut-être on change aussi le temps de travail, la relation au travail, et je pense que les enseignants de votre génération ils sont tout à fait prêts et ils le font d’ailleurs, bien souvent, hors du temps scolaire, d’accompagner les jeunes différemment, que ce soit valorisé, que ça puisse être demandé aux enseignants. Que le métier change. Qu’on regarde aussi les périodes de vacances, par rapport aux autres. Et puis qu’on pense sa carrière, en valorisant beaucoup plus qu’on ne le fait aujourd’hui les périodes d’encadrement. Aujourd’hui quand vous êtes directeur dans le primaire, directeur de collège, c’est terrible ! C’est sous-valorisé. Ça crée des situations de stress très dures. Donc, qu’on valorise mieux cela."

On peut certes se demander si la considérable augmentation des efforts financiers qui a eu lieu durant les années 1990 a bien été employée en majeure partie pour la revalorisation des traitements des enseignants (car des moyens matériels et humains nouveaux ont été aussi consentis, notamment pour la mise en oeuvre de l'ambition décidée de mener 80% d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat). On peut aussi se demander si la revalorisation a été particulièrement forte pour les enseignants du secondaire ou bien pour ceux du primaire (pour lesquels a été institué alors le nouveau corps des professeurs des écoles dont la grille indiciaire a été alignée sur celle des professeurs certifiés). On peut enfin s'interroger sur l'opportunité ou non de ces efforts financiers sans qu'ils soient accompagnés d'une ''redéfinition du métier'' d'enseignant.

Mais il reste sûr et certain qu'une augmentation importante de la part de la dépense d'éducation dans le PIB (0,3% par an) a eu lieu dans les premières années de la décennie 1990, sans commune mesure (bien que tout à fait possible) avec celle qui est actuellement envisagée (0,02% par an). Qu'on se le dise!

PS: la part de la dépense intérieure d'éducation dans le PIB est actuellement de 6,7%. On a de la marge pour progresser et revenir rapidement à ce qui a été tout à fait possible dans les années 1990: 7, 6%.

Claude Lelièvre

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The Cranberries...

1 Janvier 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Léon Tolstoï...

1 Janvier 2020 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

- Anna, Anna, pourquoi ces récriminations ? ajouta-t-il après un moment de silence, tendant sa main ouverte vers elle dans l'espoir qu'elle y mettrait la sienne. Un mauvais esprit l'empêcha de répondre à cet appel à la tendresse.
- Certainement tu as fait comme tu l'entendais ; c'est ton droit, personne ne le nie, pourquoi appuyer là-dessus ? dit-elle, tandis que Vronski retirait sa main d'un air plus résolu encore, et qu'elle considérait ce visage dont l'expression butée l'irritait. C'est pour toi une question d'entêtement, oui, d'entêtement, répéta-t-elle tout heureuse de cette découverte : tu veux à tout prix savoir qui de nous deux l'emportera. Il s'agit pourtant de bien autre chose. Si tu savais combien, lorsque je te vois ainsi hostile — oui c'est le mot, hostile — je me sens sur le bord d'un abîme, combien j'ai peur, peur de moi-même !
Et se prenant de nouveau en pitié, elle détourna la tête afin de lui cacher ses sanglots.
- Mais à quel propos tout cela ? dit Vronski effrayé de ce désespoir et se penchant vers Anna pour lui baiser la main. Voyons, dis-moi ce qu'il faut que je fasse pour te tranquilliser, je suis prêt à tout pour t'épargner la moindre douleur, dit-il, tout ému de la voir si malheureuse.
- Ce n'est rien... la solitude, les nerfs... N'en parlons plus... Raconte-moi ce qui s'est passé aux courses, tu ne m'en as encore rien dit, fit-elle cherchant à dissimuler son triomphe.
Vronski demanda à souper et, tout en mangeant, lui raconta les incidents des courses ; mais au son de sa voix, à son regard de plus en plus froid, Anna comprit que son opiniâtreté reprenait le dessus et qu'il ne lui pardonnait pas de l'avoir un moment fait plier. En se rappelant les mots qui lui avaient donné la victoire : " J'ai peur de moi-même, je me sens sur le bord d'un abîme ", elle comprit que c'était une arme dangereuse, dont il ne fallait plus se servir. Il s'élevait en eux comme un esprit de lutte ; elle le sentait mais n'était pas maîtresse non plus que Vronski, de le dominer.

Léon Tolstoï - Anna Karénine

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C'était en janvier 2019 - "37% d'élèves en très grande difficulté en français. Les résultats des CP à 12 nous font revenir sur terre".

1 Janvier 2020 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Education

C'était en janvier 2019 - "37% d'élèves en très grande difficulté en français. Les résultats des CP à 12 nous font revenir sur terre".

EXTRAIT

CP à 12 : pour atteindre 100 % de réussite, Blanquer va s’attaquer aux méthodes des profs

Les CP dédoublés ont permis de faire progresser les élèves mais l’échec scolaire reste massif. Pour le résorber, le ministre compte sur le bon vieux b.a.-ba.

Le journal de TF1 un mercredi à 13h n’est pas a priori le média le plus efficace quand on souhaite toucher la communauté éducative, qu’il s’agisse des professeurs ou des parents d’élèves. Il fallait peut-être y voir un signe. Pour dresser un premier bilan chiffré des CP dédoublés en éducation prioritaire – cette grande mesure sociale du gouvernement - Jean-Michel Blanquer a fait le choix singulier du plateau de Jean-Pierre Pernaut. De cette interview, on ne retiendra pas grand-chose. Si ce n’est que le résultat de la première année de mise en œuvre de la mesure « est très bon », que « les 60.000 élèves concernés ont fait des progrès importants » et que 98 % des enseignants impliqués ont désormais l’impression de « mieux saisir les besoins de leurs élèves ». Point à la ligne, l’anchorman de la première chaîne n’ayant pas songé à demander plus de précisions chiffrées au ministre de l’Education nationale.

Pour obtenir une information un peu plus complète, il fallait se rendre rue de Grenelle. A midi pile, le directeur du cabinet du ministre, Christophe Kerrero, accompagné de Jean-Marc Huart, le directeur de l’administration et de Fabienne Rosenwald, la patronne de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) tenait un « brief informel » à destination de la presse accréditée sur l’évaluation du dispositif. Cette évaluation, précisons-le, s’est appuyée sur une batterie de tests administrés en début et fin d’année. Pas les tests nationaux en cours de passation dans les classes, mais des tests spécifiques mis en place par la Depp pour s’assurer des effets d’une mesure maousse qui siphonne une bonne partie des marges de manœuvre - financières et RH - de l’Education nationale.

Pourquoi tant de discrétion de la part d’un ministère habitué à mettre en scène ses projets et ses réussites ? Peut-être parce que les résultats de cette première année sont « significatifs et encourageants », pour reprendre les éléments de langage ministériels, mais « dans une fourchette basse » par rapport à ce que laissait espérer la littérature scientifique sur le sujet. Et surtout loin, très loin, du « 100 % de réussite en CP » érigé en slogan par Jean-Michel Blanquer.

(...)

Suite et fin en cliquant ci-dessous

Gurvan Le Guellec

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Communique de la FSU - "Voeux du Président : E. MACRON reste sourd à la crise sociale"

1 Janvier 2020 , Rédigé par FSU Publié dans #Education

Communique de la FSU - "Voeux du Président : E. MACRON reste sourd à la crise sociale"

Voeux du Président : E. MACRON reste sourd à la crise sociale

Lors de ses voeux aux français-es, après s'être auto-satisfait à bon compte du nombre d'emplois créés plusieurs fois financés par de l'argent public, le Président de la République, a tenu un discours annoncé comme d'apaisement mais, il a sans surprise confirmé l'orientation de sa contre-réforme des retraites, qui est pourtant l’objet d’une contestation puissante qui s’est maintenue pendant les congés. Se contentant de mandater le gouvernement pour sa mise en œuvre, le Président a repris encore et toujours les mêmes éléments de langage sur une réforme soi-disant “plus juste” et “plus équitable” alors que les salarié-es prennent de plus en plus conscience qu’elle est inscrite dans une logique de restriction budgétaire, et par conséquent de baisse drastique du montant des pensions. Aujourd'hui, le projet de réforme des retraites apparaît d'ailleurs de moins en moins universel puisque le gouvernement concède des aménagements petits bouts par petits bouts sans rien changer sur le fond, au fur et à mesure que l'ineptie sociale et économique de sa conception apparaît au grand jour. Les sondages indiquent que, le soutien de l'opinion publique au mouvement reste en effet majoritaire et que la détermination des salarié-es ne fait que grandir au fur et à mesure qu’ils et elles analysent le projet du gouvernement et comprennent tous les dangers qu'elle représente pour notre système de protection sociale.

Le Président de la République s’enferme ainsi dans un déni de la réalité sociale, c'est lui qui prend la responsabilité du blocage. Il est donc plus que jamais nécessaire de continuer les mobilisations. La FSU appelle à participer et amplifier les actions en cours et à préparer une grève du 9 janvier puissante et déterminée.

Paris, le 31 décembre 2019

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