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Vivement l'Ecole!

Immigration : le lexique de l’extrême-droite a-t-il gagné le débat public ?

27 Décembre 2019 , Rédigé par Musée de l'Histoire de l'Immigration Publié dans #Migrants

Immigration : le lexique de l’extrême-droite a-t-il gagné le débat public ?
 
 

Conférences et débats

 

Benjamin Stora | Gérard Noiriel

Immigration : le lexique de l’extrême-droite a-t-il gagné le débat public ?

Mercredi 15 janvier, 19h, Auditorium Philippe Dewitte

 

La question identitaire a gagné le débat public. Sur les questions migratoires plus que sur tout autre sujet, les mots, jamais neutres, donnent prise à quantité d’assignations, de raccourcis, de préjugés qui fracturent la société en renforçant le clivage entre « eux » et « nous », alimentant ainsi une histoire identitaire fondée sur le rejet de l’autre.

 

Le décryptage du lexique et la critique de la grammaire nationalistes sont nécessaires pour recréer les conditions d’un débat équitable et apaisé sur les nombreux défis qui attendent la société française. Car les dérapages assumés, les inversions de valeurs et autres postures rhétoriques constituent une menace grandissante pour « faire, dire et vivre ensemble ».

 

Intervenants :Gérard Noiriel, historien, auteur de Le venin dans la plume. Édouard Drumont, Éric Zemmour et la part sombre de la République (La Découverte, 2019).

Benjamin Stora, historien, président du Conseil d’orientation du Palais de la Porte Dorée. Animé par Nicolas Prissette, journaliste, revue L’Éléphant.

 

Gratuit sur réservation ici

 

 

Contact presse

Pierre Laporte Communication

info@pierre-laporte.com

0145231414

 
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A Voir... Séjour dans les Monts Fuchun - De Gu Xiaogang...

27 Décembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Cinéma

Fresque ambitieuse et superbe, le premier film de Gu Xiaogang inaugure un triptyque sur le sort d’une famille démunie confrontée à l’essor économique de la région.

Didier Péron

Suite et fin en cliquant ci-dessous

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"Nous manquons tellement d'audace"...

27 Décembre 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Politique, #Economie

"Nous manquons tellement d'audace"...

Les anomalies de notre système politico-économique doivent mener à la révolution. Pas pour couper les têtes, mais pour changer radicalement de modèle.

Tribune. Les résistances et contestations sont nombreuses. Elles fleurissent partout. Mais, pour l’essentiel, elles visent à tempérer des réformes, à infléchir des dérives, à corriger des erreurs. C’est heureux. Mais n’est-il pas temps de demander beaucoup plus ? Ou plutôt : d’exiger tout autre ?

Le philosophe Thomas Kuhn décrivait l’avancée des sciences comme une succession de périodes «normales», suivies par l’amoncellement d’anomalies conduisant aux révolutions qui mènent à des changements de paradigmes. Il semble difficile de ne pas considérer aujourd’hui que notre modèle politico-économique, loin du fonctionnement «normal», est grevé de tant d’anomalies que tout plaide pour un changement radical de paradigme.

Ces anomalies ne sont pas marginales, mais existentielles. La vie sur Terre est en train de s’effondrer, et tous les chiffres sont affolants. La catastrophe dépasse largement le problème du réchauffement climatique : elle exige une révolution de notre rapport à l’espace, à la nature, à l’altérité. D’indécentes, les inégalités sociales sont devenues obscènes. Elles engendrent même une baisse de l’espérance de vie dans plusieurs des pays les plus riches. L’Occident moderne n’est plus que prédateur, il est maintenant suicidaire.

Pourtant, un peu partout, les pouvoirs politiques se raidissent, optent pour des mesures gravement liberticides, musellent les lanceurs d’alerte, décuplent les pouvoirs de la police et des autorités de surveillance, durcissent la répression, développent une dialectique du mensonge qui ne se dissimule même plus, nient l’intérêt commun au profit de celui de quelques-uns, affichent un cynisme qui confine à la provocation, humilient les minorités, précarisent les populations, encouragent les forces mortifères et répriment les résistances salvatrices.

Mais pourquoi faudrait-il se contenter de résister ? A quoi bon sauver quelques meubles quand tout le territoire est en feu ? N’est-il pas précisément temps d’envisager la révolution ? Certainement pas, évidemment, pour couper les têtes ou prendre revanche : de brutalités, nous fûmes abreuvés à la nausée. Il s’agit tout simplement de devenir enfin un peu sérieux et raisonnable - donc révolutionnaire - dans un monde qui nie la vie elle-même, en elle-même, dans un monde qui commet le pire : un crime contre l’avenir.

On peut - on doit - se battre sur «l’âge pivot» pour éviter que la réforme des retraites ne soit trop dévastatrice. Certes. Mais puisqu’il est question d’un régime «universel», ne serait-ce pas le moment de considérer ces mots avec sérieux ? Poser une question simple et de bon sens : une femme de ménage ayant, durant toute sa vie, mené un travail éreintant et sous-payé ne mérite-t-elle pas, au moins, la même retraite qu’un directeur de grande entreprise ayant déjà largement profité des douceurs de l’opulence et jouissant sans doute des économies suffisantes pour ne jamais y renoncer ? Le mot «universel» prendrait ici son sens ! La retraite doit-elle refléter les immenses disparités de la vie professionnelle qui la précède, et donc entériner - voire renforcer - les inégalités sociales ?

La pollution tue 800 000 personnes par an en Europe. L’Australie brûle, dévastée par une insoutenable canicule. Les animaux meurent partout. Les pays pauvres sont, matériellement et symboliquement, pillés avec une indolence qu’on pourrait presque dire sans précédent. Et le monde occidental découvre la vacuité d’un large pan de son axiologie, incapable de comprendre les enjeux sociaux, écologiques, décoloniaux, féministes, religieux, animalistes… C’est le moment ou jamais.

Trois choix s’offrent à nous. Premièrement, nous pouvons continuer sur notre lancée et précipiter le pire. Emporter le monde entier dans le suicide sale de la dernière éjaculation meurtrière d’une minorité d’humains décidant du sort de tous. Deuxièmement, il est envisageable de ralentir un peu le processus : alterner, en quelque sorte, chimio et radiothérapies pour tempérer la prolifération tumorale. Troisièmement, il pourrait être tentant de devenir sérieux. C’est-à-dire d’oser tout mettre sur la table : interroger nos valeurs et comprendre comment nous avons pu en arriver à trouver que préférer la vie à l’argent est une position «radicalisée».

Changer profondément notre système financier - et ce n’est qu’une partie de la solution - semble impossible. Il y a, dit-on, des «réalités économiques». Peut-être. Mais, il y a aussi des réalités physiques, climatiques, biologiques, médicales… Et, qu’on le veuille ou non, elles ne sont pas contractuelles : on ne peut pas les renverser par une simple décision. Elles relèvent d’un niveau de réalité plus «profond», moins arbitraire, et témoignent toutes d’un monde à l’agonie.

Pourquoi le système économique - celui-là même qui confère autant de richesse à une poignée d’humains qu’à la moitié de la population mondiale - nous apparaît-il comme intouchable alors même qu’il est une pure convention, absolument contingente et réfutable par simple décision ? Les dégâts irréversibles qu’il engendre relèvent hélas, quant à eux, de réalités non conventionnelles. Les incendies immenses et les espèces disparues ne peuvent être défaits par décision collégiale. Il est temps enfin d’être sérieux et posé, rationnel et raisonnable. Donc radical dans la recherche d’un ailleurs. Il est temps de voir que les anomalies innombrables appellent une révolution. Une révolution contre la mort, contre la bêtise, contre la suffisance. Une révolution bienveillante, aimante et prégnante. Il est temps de vouloir plus que quelques thérapies ciblées : il est temps de guérir.

Aurélien Barrau professeur à l’université Grenoble-Alpes, astrophysicien au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie

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A Voir... Rétrospective Hans Hartung - Musée d'Art Moderne/Paris

27 Décembre 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Art

À l’occasion de sa réouverture après d’ambitieux travaux de rénovation,  le Musée d’Art Moderne présente une rétrospective du peintre Hans  Hartung (1904-1989).

La dernière rétrospective dans un musée français datant de 1969, il  était important de redonner à Hans Hartung (1904-1989) toute la  visibilité qu’il mérite. L’exposition porte un nouveau regard sur l’ensemble de l’oeuvre de cet artiste majeur du XXe siècle et sur son rôle essentiel dans l’histoire de l’art. Hans Hartung fut un précurseur  de l’une des inventions artistiques les plus marquantes de son temps :  l’abstraction.

Acteur d’un siècle de peinture, qu’il traverse avec une soif de liberté à la mesure des phénomènes qui viennent l’entraver – de la montée du fascisme dans son pays d’origine l’Allemagne à la précarité de  l’après-guerre en France et à ses conséquences physiques et morales –  jamais, il ne cessera de peindre.

Le parcours de la rétrospective comprend une sélection resserrée  d’environ trois cent œuvres, provenant de collections publiques et  particulières françaises et internationales et pour une grande part de  la Fondation Hartung-Bergman. Cet hommage fait suite à l’acquisition du  musée en 2017 d’un ensemble de quatre œuvres de l’artiste.

L’exposition donne à voir la grande diversité des supports, la  richesse des innovations techniques et la panoplie d’outils utilisés durant six décennies de production. Hans Hartung, qui place l’expérimentation au cœur de son travail, incarne aussi une modernité  sans compromis, à la dimension conceptuelle. Les essais sur la couleur  et le format érigés en méthode rigoureuse d’atelier, le cadrage, la  photographie, l’agrandissement, la répétition, et plus surprenant  encore, la reproduction à l’identique de nombre de ses œuvres, sont  autant de recherches menées sur l’original et l’authentique, qui  résonnent aujourd’hui dans toute leur contemporanéité. Hans Hartung a  ouvert la voie à certains de ses congénères, à l’instar de Pierre Soulages qui a toujours admis cette filiation.

L’exposition est construite comme une succession de séquences chronologiques sous la forme de quatre sections principales. Composée non seulement de peintures, elle comprend également des photographies,  témoignant de cette pratique qui a accompagné l’ensemble de sa recherche  artistique. Des ensembles d’œuvres graphiques, des éditions limitées illustrées, des expérimentations sur céramique, ainsi qu’une sélection de galets peints complètent la présentation et retracent son itinéraire singulier.

Afin de mettre en relief le parcours d’Hans Hartung, en même temps  que son rapport à l’histoire de son temps, cette exposition propose des documents d’archives, livres, correspondances, carnets, esquisses, journal de jeunesse, catalogues, cartons d’invitations, affiches,  photographies, films documentaires, etc.

Figure incontournable de l’abstraction au XXe siècle, Hans Hartung ne  se laisse pas pour autant circonscrire dans ce rôle de précurseur historique, car sa vision d’un art tourné vers l’avenir, vers le progrès humain et technologique, vient nous questionner aujourd’hui encore. Le parcours met en tension et en dialogue ces deux aspects complémentaires qui constituent le fil rouge de cette exposition.

Commissaire : Odile Burluraux
Assistante : Julie Sissia

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Têtes raides... (et Jeanne Moreau)

26 Décembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Driss Chraïbi...

26 Décembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Cet homme à tarbouch est sûr de lui : une mouche ne volera que s'il lui en donne la permission. Il sait que chaque mot qui tombe de sa bouche sera gravé en moi. Sur son masque il n'y a pas un frisson. Je supprime ce masque et je lis : il est analphabète et partant fier de soutenir n'importe quelle conversation de n'importe quelle discipline. Je le comparerais volontiers à ces petits vieux qui savent tout et qui ont tout eu : enfants, petits-enfants, diplômes, fortune, revers de fortune, maîtresses, cuites, chancres... - s'il n'y avait, à cause de cet analphabétisme même, le facteur haine. Il sait que cet Occident vers lequel il m'a délégué est hors de sa sphère. Alors il le hait.

Driss Chraïbi - Le passé simple

(...)

“Le Passé simple” décrit la révolte d'un jeune homme entre la grande bourgeoisie marocaine et ses abus de pouvoir incarnés par son père, « le Seigneur », et la suprématie française dans un Maroc colonisé qui essentialise et restreint l'homme à ses origines. Le récit est organisé à la manière d'une réaction chimique. À travers la bataille introspective de ce roman par le protagoniste nommé Driss, le lecteur assiste à une critique vive du décalage entre l'islam idéal révélé dans le Coran et la pratique hypocrite de l'islam par la classe bourgeoise d'un Maroc des années 1950, de la condition de la femme musulmane en la personne de sa mère et de l'échec inévitable de l'intégration des Marocains dans la société française. Ce dernier point sera renforcé en 1979 dans la suite de ce livre, “Succession ouverte”, où le même protagoniste, rendu malade par la caste que représentent son statut et son identité d'immigré, se voit obligé de retourner à sa terre natale pour enterrer « le Seigneur », feu son père. C'est une critique plus douce, presque mélancolique, que propose cette fois Chraïbi, mettant en relief la nouvelle réalité française du protagoniste et la reconquête d'un Maroc quitté il y a si longtemps. “Succession ouverte” pose la question qui hantera l'écrivain jusqu'à ses derniers jours : « Cet homme était mes tenants et mes aboutissants. Aurons-nous un jour un autre avenir que notre passé ? » Question qu'il étend ensuite à l'ensemble du monde musulman.

(...)

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Enseigner... Par Christophe Chartreux

26 Décembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Enseigner... Par Christophe Chartreux

Je crois avoir toujours voulu être enseignant. Professeur. J’ai un temps caressé le rêve d’être « steward » - on dit aujourd’hui « chef de cabine » – pour Air France. J’avais lu Saint-Exupéry - Pilote de Guerre - Pierre Clostermann et son « Grand Cirque ». Les pilotes, les avions me faisaient rêver. Je me régalais des exploits de l’aéropostale – encore Saint Ex ! J’habitais « Rue Guynemer » à El Jadida. Guynemer ! Enfant, je savais tout de lui, de ses exploits. Un As de la Grande Guerre !

 

Et puis il y eut mon premier voyage en avion. Une Caravelle ! Pour le rapatriement en urgence de ma mère. Un méchant virus qu’il fallait traiter en France. Ce devait être en 1969. Mon père était resté au Maroc. Je me souviens encore de cette hôtesse, toute de bleu vêtue, un étrange chapeau sur la tête, le sourire en permanence aux lèvres et une attention illimitée pour le petit garçon que j’étais, veillant seul sur sa mère malade. Un Casablanca-Paris qui aurait pu être un calvaire. Il fut un enchantement. Qu’elle était belle, élégante, douce ! J’étais amoureux ! Évidemment.

 

Je suis devenu professeur. Sans aucun regret.

 

Voir mon père préparer ses cours, corriger des copies, l’entendre parler pédagogie avec ses collègues, tout cela a évidemment influencé mon choix. Fils, petit-fils et arrière-petit-fils d’enseignant. Je n’ai aucun mérite ; j’ai poursuivi la « lignée ». Il n’est pas toujours agréable, quand on est écolier puis collégien, d’être « fils de prof » ! Encore moins quand le père devient votre professeur ! Ce fut le cas pendant mon année de sixième. En français. Plus tard, je deviendrai le « fils de l’inspecteur ». Mon père ayant eu l’envie d’intégrer ce corps. J’ai été très longtemps le « fils de… », avant, enfin, de devenir quelqu’un. Car être le « fils de… », c’est n’être personne.

 

Au Maroc, j'ai entendu pour la première fois le mot pédagogie. Je me souviens très bien des discussions animées le dimanche à la plage entre mon père et ses collègues. Ah Célestin Freinet ! C'est qu'ils en seraient presque venus aux mains, ces grands enfants ! Mais tout se terminait avec l'accent de là-bas dans des éclats de rire. Et du haut de mes dix ans, je me disais déjà que cela devait être un sacré métier si l'on en parlait même le dimanche à la plage. Et ce Freinet devait être quelqu'un d'importance. Peut-être qu'il viendrait un jour dîner à la maison ! Plus tard j'entendrai aussi le nom de Philippe Meirieu. Mon père lui vouait une grande admiration.

 

« Papa, je veux être professeur plus tard. »

 

Je crois que si j'avais annoncé avoir découvert le trésor des Etrusques, il en aurait été moins fier !

 

« Mon fils, tu empruntes un chemin noble et difficile mais, écoute-moi bien, mon fils - je l'entends encore - si tu es professeur, il faudra, tu m'entends bien, il faudra que tu aimes avant toute chose, avant toi-même, avant ta future femme, que tu aimes tes élèves ! L’école n’est faite ni pour les parents, ni pour les professeurs. Elle est faite pour les élèves ! Il n'y a pas d'enseignement sans amour ! Enseigner, c'est vivre et on ne vit pas sans amour ! Tu as compris mon fils ? »

 

Il avait raison mon père. Il est parti le 4 septembre 2005, le jour de la rentrée, sans prévenir. Le jour de la rentrée ! Il m'a fait ça, à moi ! Je suis certain qu'il l'a fait exprès pour que je pense à lui à chaque début d'année scolaire. Il aurait pu en faire moins le bougre !

 

Je n’exerce pas une profession. En tout cas pas seulement. Surtout pas seulement. J’exerce une mission.

 

Sans prétention autre que partager, transmettre, éduquer. Dans ma discipline de prédilection, de formation, mais pas enfermé dans cette « souveraineté ». J’essaie, autant que l’institution le permet, d’être interdisciplinaire, voire transdisciplinaire. La réforme du collège - « Collège2016 » - portée courageusement par Najat Vallaud-Belkacem - une grande ministre ! - était un espoir de transformation d’une école repliée sur ses spécialités. Hélas, une partie de la profession puis l’avènement du macronisme ont mis le projet en échec. Partie remise…

 

Sans prétention autre qu’intégrer tous ces enfants venus d’ailleurs, dont les parents maîtrisent mal ou pas du tout notre langue difficile. C’est essentiel ! Comment une petite fille ou un petit garçon peut-il « devenir citoyen » s’il se sent marginalisé, rejeté, exclu. Plus tard, il exclura à son tour, jusqu’au respect des règles et des lois.

 

Sans prétention autre que mettre en œuvre les moyens, utiliser les outils, faire en sorte qu’eux et moi, nous nous comprenions. Et ce n’est pas chose facile. Ils ont entre dix et quinze ans… Nous en le double, le triple, bien davantage encore. Souvent nous ne partageons pas leur lieu de vie. Nous ne savons pas beaucoup de choses d’eux. Nos univers sont parallèles avec, à heure fixe, des rendez-vous obligatoires pour des leçons et devoirs dont certains ne comprennent plus le sens, malgré tout le talent et le dévouement dont fait preuve l’immense majorité des enseignants.

 

Sans prétention enfin que d’espérer une autre école. Où nos débats ne porteraient plus sur l’utilisation du téléphone portable en classe, ni sur le prédicat. Que de temps précieux nous gagnerions et ferions gagner à nos élèves en leur offrant à comprendre les enjeux de la solidarité, de l’écologie, de l’économie, des sciences. En philosophant dès le plus jeune âge. En leur donnant les clefs de compréhension de l’information, en rendant à la politique ses lettres de noblesse, en ouvrant leurs jeunes esprits à la connaissance globale bien plus qu’à des savoirs en morceaux.

 

À Dieppe, ce soir-là, ce soir où nous avons dîné en compagnie du soleil couchant, tu l’as pris en photo. Peut-être l’as-tu montré à tes enfants.

 

Ils auront approximativement vingt ans en 2030.

 

Au moment où j’écris ces lignes, un grand nombre de professions qui seront exercées à ce moment-là n’existe pas encore.

 

Christophe Chartreux

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"Les enseignants sont-ils les «grands gagnants» de la réforme des retraites ?" (Non...)

26 Décembre 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

"Les enseignants sont-ils les «grands gagnants» de la réforme des retraites ?" (Non...)

Bonjour,

«Pourquoi les enseignants seront les grands gagnants de la réforme des retraites» : c’est le titre d’un article du Figaro à propos duquel vous êtes plusieurs à nous interroger. Ce sont aussi les mots du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, lâchés au détour d’une interview, le 6 décembre, sur RMC (à 4 minutes 11 de cette vidéo). Cette affirmation est discutable.

Hausse des revenus

Le gouvernement n’a jamais caché que la réforme impliquera, en soi, une forte baisse des retraites des enseignants. «Une application mécanique des nouvelles règles [leur] ferait perdre une part significative de leur future pension», déclarait ainsi Edouard Philippe à la fin de son discours du 11 décembre devant le Conseil économique, social et environnemental.

En effet, là où leur retraite est, dans le système actuel, calculée sur les six derniers mois d’activité, elle le sera, avec la réforme, sur l’ensemble de la carrière. Et comme le reconnaît Jean-Michel Blanquer sur France Culture le 20 décembre : «Vous avez une structure de rémunération à l’Education Nationale qui est [d’être] assez mal payé au début, vraiment mal payé au milieu et assez bien payé à la fin.»

Vous nous avez aussi demandé : «Les profs français sont-ils moins bien payés que leurs homologues européens ?»

Pour remédier aux effets de la réforme, la solution choisie par le gouvernement est donc la suivante : augmenter le revenu des enseignants. Et surtout de ceux nés après 1975, qui seront les premiers concernés par le nouveau mode de calcul de leurs pensions.

10 milliards

Cette revalorisation du revenu des enseignants a un coût, qui est évoqué depuis plusieurs jours par le gouvernement et dans la presse : 10 milliards d’euros.

A ce sujet, on lit dans le Figaro, «à partir de 2021 et jusqu’en 2037, les professeurs recevront une augmentation progressive de 8 à 10 milliards d’euros !» Et les journalistes d’écrire que «8 à 10 milliards de dépenses supplémentaires annuels» viendront s’ajouter au budget de l’Education nationale (un peu plus de 50 milliards, hors contributions aux pensions de l’Etat).

Cette assertion est erronée. Une enveloppe de 10 milliards a bien été promise au corps enseignant pour permettre une revalorisation de ses revenus. Mais il ne s’agit pas d’un montant annuel.

Ces 10 milliards seront utilisés à partir du 1er janvier 2021 et sur plusieurs années. Le chiffre plus souvent avancé par le gouvernement est celui de 400 à 500 millions d’euros par an. C’est ce qu’a déclaré le ministre de l’Action et des Comptes publics Gérald Darmanin le 5 décembre sur France 2, et qu’a confirmé avec prudence, à plusieurs reprises, Jean-Michel Blanquer : dès le lendemain sur RMC, où il évoque 400 millions d’euros annuels, et plus récemment sur France Culture, où le ministre de l’Education nationale, à propos du chiffre de 500 millions d’euros annuels, estime que «c’est encore trop tôt pour être aussi précis».

«Les 10 milliards sont une approximation, cela pourrait être un peu plus ou peu moins», ajoute son cabinet, contacté par CheckNews. Mais en aucun cas il ne s’agit d’un montant annuel.

«Coquette augmentation»

Le versement de ces 10 milliards doit permettre de répondre à une promesse de l’exécutif : les pensions des enseignants ne baisseront pas, malgré la réforme. Edouard Philippe l’a dit, et Blanquer l’a répété : la stabilité des pensions des enseignants sera inscrite dans la loi.

Le ministre de l’Education nationale déroule sur France Culture : «L’équivalent de 2 600 euros mensuels [de pension] va être maintenu […] ce sera écrit dans la loi, qu’on va garantir un niveau de pension. Ce qui sera écrit dans la loi aussi et elle sera déposée à l’Assemblée nationale à la fin du mois de janvier, c’est qu’on fera référence à une future loi de programmation, que je préparerai tout au long de l’année, notamment au cours des six premiers mois avec les organisations syndicales. Cette loi de programmation me permet de programmer des augmentations de rémunération pour arriver à cet objectif garanti par la loi.»

Ainsi, les simulateurs du gouvernement pour estimer la retraite des enseignants vont tous dans le même sens : même avec la réforme à venir, et grâce à la revalorisation promise, leurs pensions ne baisseront pas. Elles augmenteront au maximum de 9 euros mensuels par rapport à ce qu’ils toucheraient dans le système actuel, selon ces simulateurs.

On est a priori assez loin de la «coquette augmentation de leur pension» promise par le Figaro sur Twitter dans le message accompagnant l’article qui désigne les professeurs comme des grands gagnants de la réforme.

47 euros par mois ?

Reste la question centrale de la répartition de ces 500 millions par an (pour reprendre l’estimation haute avancée à ce jour par le gouvernement).

Interrogé sur ce que chaque enseignant pouvait obtenir avec cette enveloppe, Jean-Michel Blanquer, au terme d’un long raisonnement, énonçait sur France Culture : «Puisque ce n’est pas 500 millions en une seule fois, c’est tous les ans, cela fait des sommes considérables, c’est-à-dire plusieurs centaines d’euros par mois.»

Le Figaro, dans l’article à propos duquel vous nous interrogez, allait plus loin, évoquant une augmentation de «700 à 900 euros bruts mensuels en moyenne». Ce qui est impossible, puisque le quotidien se basait sur une enveloppe de dix milliards annuels…

Un peu moins de 871 000 agents de l’Education Nationale enseignent à des élèves du primaire et du secondaire, selon le site du ministère. Répartis également entre tous ces agents, les 500 millions d’euros avancés par le gouvernement pour une année permettraient, en moyenne, une augmentation du revenu mensuel de tous les enseignants de 47 euros bruts. Un chiffre très théorique à relativiser, puisque, en réalité, le ministère a promis que la revalorisation concernera surtout les enseignants nés après 1975 (leurs revenus devraient plus augmenter que leurs collègues nés avant cette date) et que tous n’auraient pas droit à la même augmentation.

La tutelle se garde toutefois de rentrer dans cette arithmétique : «Je ne veux pas et je ne peux pas être plus précis à ce stade puisque nous devons avoir des discussions [avec les partenaires sociaux]. Et c’est de ces discussions que surgiront les véritables chiffres», éludait Blanquer sur France Culture.

Certains, comme l’instituteur Lucien Marboeuf, dans son blog sur le site de France Info, se sont lancés dans le calcul, craignant une augmentation relativement faible des revenus des enseignants. Tout en remarquant qu’à plusieurs reprises, le ministre a estimé que la revalorisation des revenus serait l’occasion d’une «redéfinition» du métier d’enseignant.

Fabien Leboucq

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Enseigner à l’école de la confiance... (+ commentaire)

26 Décembre 2019 , Rédigé par Liberation Publié dans #Education

Enseigner à l’école de la confiance... (+ commentaire)

L’enseignant 2.0 devient un média, égal en dignité au youtubeur. Un manager pour le «back-office» de l’administration de l’Education nationale.

Tribune. Les instituteurs «avaient une foi totale dans la beauté de leur mission, une confiance radieuse dans l’avenir de la race humaine». A son arrivée Rue de Grenelle, Jean-Michel Blanquer avait sans doute à l’esprit ces mots de Marcel Pagnol. A la Dgesco, il avait appris à parler aux enseignants. Il suffisait de leur dire que leur cœur de métier était la transmission pour effacer deux décennies où ses prédécesseurs avaient répété à l’envi que les compétences valaient mieux que les connaissances. De leur promettre de chasser les pédagogistes pour leur substituer des neuroscientifiques : la science allait triompher du dogme. D’instaurer un pacte de confiance, en écartant toute réforme brutale, tout en se conciliant les parents par des mesures pragmatiques (scolarisation obligatoire dès la maternelle, dédoublement des CP et des CE1 en REP +, destruction des filières au lycée).

Habile communicant, le ministre est passé maître dans l’art du double discours. Sa loi sur «l’école de la confiance» prétend sanctuariser la spécialité disciplinaire. Pourtant, la réforme du Capes réduit les épreuves disciplinaires à la portion congrue, entretenant le doute sur le professeur au XXIe siècle : doit-il être recruté, d’abord, pour son exigence intellectuelle ou pour ses qualités d’animateur ? Le ministre partagerait-il le constat de Najat Vallaud-Belkacem, regrettant que les élèves s’ennuient dans cette vieille école, anachronique dans le tumulte de la mondialisation et de la disruption ?

L’article 49 envisage une évolution salutaire de la formation initiale : dès la seconde année de licence, des étudiants exercent des missions sur le terrain (aide aux devoirs, conduite d’une séquence assistée par un tuteur, prise en charge d’une classe en master 2). Une belle idée trahie par les faits : le dispositif ne concerne que 900 personnes en 2019, 1 500 à terme, et il existait peu ou prou sous François Hollande. Ne s’agit-il pas de constituer un vivier de contractuels pour combler le déficit d’enseignants ? En demandant à ces apprentis professeurs de mener, de concert, une tâche d’enseignement, la rédaction d’un mémoire professionnel et la préparation d’un concours, n’hypothèque-t-on pas leurs chances de réussite sur tous les plans ?

Pour que cette initiative fût payante, il eût fallu créer une licence dédiée à l’enseignement où, à parts égales, les étudiants suivent un enseignement disciplinaire solide, rencontrent des professionnels du milieu éducatif (orthophonistes, psychologues, CPE, chefs d’établissement, experts) et s’astreignent à une formation pédagogique réelle. Elle pourrait associer la pratique, un enseignement d’histoire de l’éducation (pour s’enraciner dans une généalogie professionnelle), des rudiments de psychologie (pour cerner les étapes du développement d’un jeune) et des cours d’éthique (pour aider les enseignants à se situer sur les problèmes actuels : la laïcité, la vérité, la technique).

Jean-Michel Blanquer connaît-il ce texte de Charles Péguy, De Jean Coste, dans lequel l’écrivain nous met en garde : «Il ne faut pas que l’instituteur soit dans la commune le représentant du gouvernement ; il convient qu’il y soit le représentant de l’humanité […]. Il est indispensable [que les instituteurs] se cultivent eux-mêmes.» La perspective tracée par le ministre est différente. Sa volonté d’inscrire le devoir de réserve dans les statuts de l’enseignant, au-delà de la simple neutralité, révélait déjà des velléités de caporalisation.

Souhaite-t-il encore des enseignants cultivés, capables d’inspirer les jeunes par leur savoir et leur exigence de vérité ? La société elle-même est-elle prête à leur laisser l’oisiveté nécessaire pour «s’enseigner eux-mêmes» ? C’est peu probable. L’heure est au présentéisme : le professeur doit être visible des élèves et des parents ; à la disposition de ses collègues comme de la direction. Curieuse exigence, à l’heure où les salariés poussent au télétravail.

La réforme des retraites offre une «occasion historique» de repenser le métier de l’enseignant : en réalité, d’élargir à l’infini ses missions et son temps de travail. Le numérique est un outil précieux : il permettra de chronométrer le professeur au-delà de sa seule présence devant les élèves. En 2030, celui-ci préparera ses cours inversés en téléchargeant l’application d’un ingénieur pédagogique ; il enregistrera une capsule vidéo prescrivant du contenu et un travail, organisera un «webinaire» pour répondre à des centaines d’élèves connectés, sanctionnés par un QCM corrigé par un algorithme. Il suivra des formations certifiantes sur un cloud, consacrera une partie de ses congés à la fréquentation de sites d’orientation ou à des visioconférences avec des professionnels, pour aider ses élèves à choisir leur voie. Une dystopie ? Rien n’est moins sûr.

L’enseignant 2.0 devient un média, égal en dignité au youtubeur. Un manager pour le «back-office» de l’administration de l’éducation nationale. Ses élèves, une ressource à potentialiser, à rentabiliser, un coût à optimiser : tout redoublement désiré par l’élève doit être chèrement défendu par sa famille.

D’où tirera-t-il son autorité, s’il perd sa fonction de prescripteur d’un savoir authentique ? Quelle place dans cette école de la confiance pour la bienveillance et l’empathie ? Comment, dans ce carcan, rassurer des élèves, leur rendre confiance ? Les faire grandir, les élever ? Il faudra être vigilant pour que l’enseignant reste le «représentant de l’humanité»

Arnaud Pautet agrégé et docteur en histoire contemporaine, professeur en CPGE commerciales à Lyon

Commentaire

Dommage que cette tribune, qui aborde de très nombreux domaines fort intéressants, soit quelque peu affaiblie par des formules, non seulement faciles et paresseuses, mais véhiculant des contre-vérités.

Par exemple:

"Il suffisait de leur dire que leur cœur de métier était la transmission pour effacer deux décennies où ses prédécesseurs avaient répété à l’envi que les compétences valaient mieux que les connaissances."

Jamais aucun ministre - ni personne d'autre d'ailleurs - n'a jamais affirmé cela. Compétences et connaissances sont deux entités différentes et complémentaires. Il n'a été question de les opposer que dans l'esprit des "républicains" acharnés à la destruction du grand Satan: le "pédagogisme".

Autre exemple, caricatural celui-là:

"... la réforme du Capes réduit les épreuves disciplinaires à la portion congrue, entretenant le doute sur le professeur au XXIe siècle : doit-il être recruté, d’abord, pour son exigence intellectuelle ou pour ses qualités d’animateur ? Le ministre partagerait-il le constat de Najat Vallaud-Belkacem, regrettant que les élèves s’ennuient dans cette vieille école, anachronique dans le tumulte de la mondialisation et de la disruption ?"

1- l'image du "professeur-animateur" - je suis étonné de ne pas lire le nom de Philippe Meirieu derrière cette phrase abusivement écrite et/ou prononcée - n'existe là encore que dans l'imaginaire critique des contempteurs de la pédagogie. Il est décevant qu'une réflexion intéressante soit ainsi affaiblie par le rappel d'un débat - "Pédagogues/Républicains" - qui n'a plus lieu d'être et qui freine - volontairement? - tout changement significatif d'un système scolaire à révolutionner totalement.

2- "Najat Vallaud-Belkacem, regrettant que les élèves s’ennuient dans cette vieille école, anachronique dans le tumulte de la mondialisation et de la disruption ?"

J'aurais aimé le lien vers la citation exacte et intégrale. Un peu de rigueur ne nuit pas.

"... le vrai problème qu'on a aujourd'hui au collège c'est que les élèves s'ennuient. Il faut réveiller leur appétence et qu'ils sortent du collège en maîtrisant le français, les maths, l'histoire-géo".

https://www.europe1.fr/societe/Najat-Vallaud-Belkacem-les-eleves-s-ennuient-au-college-780604

La Ministre n'établissait qu'un constat de réalité. Oui, au collège - j'y enseigne depuis 36 ans - BEAUCOUP d'élèves se morfondent. Réveiller leur appétence - notamment celle de ceux les plus en difficultés dont peu de ministres se sont autant souciés que Najat Vallaud- Belkacem. Hélas, une réforme démocratique de l'école, vouloir donner vraiment plus à ceux qui ont moins, est considérée très rapidement comme un "nivellement par le bas", expression d'une rare stupidité mais tellement pratique pour illusionner les parents - est et reste une urgence. Pour cela, il serait bon d'éviter de caricaturer les décisions et déclarations passées.

Christophe Chartreux

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Astrud Gilberto...

25 Décembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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