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Vivement l'Ecole!

Tâches plus nombreuses, pression du résultat, tensions… Pourquoi les enseignants « craquent »...

11 Novembre 2019 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Tâches plus nombreuses, pression du résultat, tensions… Pourquoi les enseignants « craquent »...

EXTRAITS

Des chercheurs tirent le signal d’alarme depuis plusieurs années. A tous les niveaux, les enseignants mettent aujourd’hui des mots sur le « malaise » ressenti.

« Ça va. Je tiens. J’avance… » Quand on demande à Sabine, vingt ans de métier, si elle a toujours envie d’enseigner en Seine-Saint-Denis, elle semble elle-même presque surprise de sa réponse. « A ressasser les difficultés, on finit par penser qu’on en a marre. Et puis non : il suffit de parler de l’école pour retrouver le sens de notre mission. »

Comme bon nombre de professeurs pour qui le suicide de Christine Renon, en septembre, a levé le voile sur le malaise qui traverse la profession, Sabine se souvient « précisément » de ce qu’elle faisait le 23 septembre, à l’annonce de la mort de cette « collègue » de Pantin (Seine-Saint-Denis), directrice comme elle d’une école. « Ce lundi-là, j’étais à l’école à 7 h 15, j’en suis repartie après 19 heures. Ce n’est qu’une fois dans le métro que je me suis autorisée à me retourner sur ma journée… et à penser à Christine. Son geste, ce qu’elle a couché sur le papier avant de se tuer, c’est l’exact miroir de notre quotidien. »

Sa lettre de trois pages, qui continue de circuler sur les réseaux sociaux, débute ainsi : « Aujourd’hui, samedi, je me suis réveillée épouvantablement fatiguée, épuisée seulement après trois semaines de rentrée. » On y lit la solitude du métier, l’accumulation des tâches, la succession des réformes, les tensions avec l’institution… Un récit dans lequel de nombreux enseignants, de la maternelle au lycée, disent se retrouver.

(...)

Ce constat dépasse les frontières des établissements les moins favorisés. En arrivant, en septembre, dans une école « tranquille » des Hauts-de-Seine, Stéphane ne s’attendait pas à trouver une ambiance « aussi lourde ». « Mes collègues sont de super nanas, solides, très investies… Et l’équipe ne manque pas de cohésion. » Pourtant, cela ne suffit pas, dit-il, à répondre à « toutes les urgences ». Son affectation à mi-temps, en remplacement d’une enseignante hospitalisée dès la rentrée, s’est vite transformée en un plein-temps. Stéphane ne s’en plaint pas. S’il a passé le concours de professeur, à 41 ans, c’est aussi pour « gagner en stabilité », « trouver un équilibre ».

Il déchante. « Après quinze ans dans la restauration, je pensais que rien ne serait jamais aussi dur. Eh bien… je me suis trompé ! » La préparation des cours lui prend jusqu’à quatre heures chaque soir. « A ce rythme-là, il faut avoir une santé de fer, physiquement et psychologiquement, pour tenir. »

(...)

Dans ce contexte, le suicide de Christine Renon – comme celui d’autres professeurs, avant elle et après elle – joue comme un « révélateur », analyse Pierre Périer, un autre chercheur : « Dans ce geste ultime, il y a un aveu d’impuissance et de perte de sens dans lequel toute une frange de professeurs peut se retrouver. Ça dit aux autres que le mal-être, la vulnérabilité peuvent aller jusque-là. C’est assez traumatisant. »

(...)

Tout arrêter ? Maud, l’enseignante de français, y a déjà songé. « Imaginer les trente prochaines années comme ça, c’est difficile. » Véronique, elle, aura tenu trente-sept ans, dont vingt à diriger une école dans l’académie de Créteil. « C’est assez. » Elle raconte avoir « tout stoppé » en 2018, un an plus tôt que prévu et en renonçant à 300 euros par mois sur sa retraite. « Je me voyais aller dans le mur. » La suppression des contrats aidés a porté un « coup dur à l’école, souligne-t-elle. J’ai vu partir progressivement toutes les personnes qui m’assistaient sur le volet administratif. Et encore : après mon cancer, on m’a prolongé un contrat aidé d’un an. Presque un traitement de faveur ».

Véronique a bien songé à demander un aménagement de service pour raisons médicales. « On me l’aurait probablement accordé, concède-t-elle. Mais je craignais que le travail ne soit pas fait, ou que le planning de la semaine soit encore plus chargé. J’ai préféré faire sans. »

(...)

Quand on les interroge sur les ressorts de leur mal-être, ces professeurs n’ont pas de difficulté à raconter, sous couvert d’anonymat, la « perte de sens », l’« absence de soutien », le « manque de moyens ». « C’est un peu comme d’ouvrir la boîte de Pandore », souffle, un peu ironique, Mathilde. A 35 ans, cette ex-journaliste a embrassé le même métier que son père, « instit ». Quand, aux repas du dimanche, le sujet vient dans la conversation, une autre problématique les occupe : le « comportement » des élèves. De « certains » élèves, rectifie la trentenaire.

« Là, on touche un tabou, dit-elle. “L’école inclusive”, le “droit à l’école”, personne ne peut être contre. Mais appliquer ce principe quand on ne sait pas d’où vient la difficulté de l’enfant, ni comment y répondre, c’est une autre paire de manche ! » Stéphane, nouvellement nommé dans les Hauts-de-Seine, en parle aussi. « Dans toutes les classes, tu as un gamin qui va mettre au défi tous les profs, cogner dans ta porte pendant une heure si tu le sors pour le calmer… Et personne n’est formé à ça ! » Le dialogue avec les familles est, dit-il, « difficile » voire « douloureux ». « Elles sont en souffrance… et attendent de nous un miracle ! »

L’actualité rajoute parfois des contraintes en plus. Depuis l’attentat du 14 juillet 2016, Caroline, enseignante de maternelle à Nice, ne voit pas le « stress retomber ». « Par mesure de sécurité, les parents ne rentrent plus dans l’école. Les petits de 3 ans continuent de hurler tous les matins. Un mois après la rentrée, on est sur les genoux. »

Cet « état extrême », Dominique, enseignante de maternelle dans la Loire, le connaît aussi. Elle pensait même, il y a trois ans, ne pas s’en relever. « Trente ans à enseigner en zone difficile, ça pèse », confie-t-elle, pudique. Après une « pause », elle a repris son poste. A 58 ans, elle veut « tenir encore ». « On est une école vivante avec plein de projets. La considération qu’on n’obtient pas de l’institution, on la trouve dans le regard des enfants, des parents. Je ne veux pas être privée de ça. »

Mattea Battaglia

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

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11 novembre... A mon grand-père, "poilu" qui détestait la guerre...

11 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Histoire

Le Chemin des Dames…

(À lire en écoutant la Symphonie des Adieux de Haydn)

Dans le cimetière de Varengeville, pendant que mon amie admirait les vitraux bleutés de Braque, je me suis arrêté devant la tombe d’un homme. 1889-1917. Mort à 28 ans donc. Légèrement effacée, la mention « Mort pour la France ».

C’était un jour d’août… Les années soixante… 1965 peut-être. Les vacances d’été dans le Pas-de-Calais permettaient à mes parents de revoir les leurs. Mon grand-père maternel, né lui aussi en 1889, avait été soldat pendant la « Grande Guerre ». Il avait connu les combats, l’horreur des assauts pour cent mètres gagnés et trois mille vies perdues, les poux, les rats, la peur à se pisser dessus, l’absurdité de l’attente, le bonheur du courrier et de nouveau la boue, le silence avant les bombes. Verdun, Douaumont, le Chemin des Dames… Il ira jusqu’aux Dardanelles. L’unique voyage à l’étranger de toute sa vie d’ouvrier agricole. Il s’en serait volontiers passé. Mais au moins en était-il sorti vivant.

Tout cela, et rien que cela, je le tiens de ma mère. Son père ne parlait jamais des quatre années passées loin de sa femme, elle aussi ouvrière agricole. Évoquer cette période devant lui vous exposait à une remarque immédiate, indiscutable… « Ça suffit ! C’est loin tout ça ».

Ce matin d’août 1965, il faisait très beau. Un ciel aussi bleu que celui tutoyant les falaises de Varengeville. Mon grand-père me prit la main et me dit, avec la brièveté qui caractérisait cet homme silencieux : « Viens, je vais te montrer quelque chose. Mais faudra pas le dire hein ! Ce sera notre secret ! ».

Partager un secret avec mon grand-père adoré, admiré, à sept ans. J’étais fier ! Oh non, je ne dirai rien! Conserver un secret, c'est un message d'amour.

Il m’emmena au fond du jardin où étaient disposés quelques clapiers à lapins. Il ouvrit une des portes, écarta doucement le locataire et plongea la main sous la paille qui servait de litière. Après avoir tâtonné quelques secondes, il retira sa main…

« Tu viens ? »

Mon amie me rappelait que nous avions peu de temps. Paris l’attendait… Nous remontâmes l’allée du cimetière pour retrouver le parking, la voiture, la route. Je n’ai pas pensé lui parler de mon grand-père et de ses lapins. Elle aime pourtant tellement que je me raconte.

« Regarde… Sais-tu ce que c’est ? »

Mon grand-père tenait à la main une sorte de long couteau, rouillé avec deux anneaux aux deux extrémités de ce qui me sembla être une poignée. L’objet, inquiétant, mesurait une quarantaine de centimètres. Je ne savais pas ce que c’était.

Devenu soudain très grave, il me dit :

«On appelle ça une baïonnette. Quand j’étais soldat, pendant la guerre, on la mettait au bout du fusil. Et parfois, quand y’avait plus de cartouches à tirer, on se défendait avec. Mais ça je te raconterai pas. Quand la guerre a été finie, j’ai volé la baïonnette. Oh, pas pour la garder en souvenir ! Les souvenirs de cette guerre, j’en ai trop dans la tête ! Comme c’était la victoire, que tout le monde était heureux, j’ai raconté à mon lieutenant que je l’avais perdue. J’ai pas été puni. Mais je l’avais pas perdue ! Je l’avais glissée dans la grande poche de mon manteau et je l’ai ramenée avec moi ».

- Mais puisque tu ne voulais pas te souvenir, pourquoi est-elle là?

- Ah, ça, c’est une bonne question ! Elle est là parce que lorsque j’ai été démobilisé – ça veut dire que j’étais plus militaire; je redevenais un homme – je me suis juré de la montrer un jour à ceux qui viendront après pour que ça recommence jamais ! Tu vois, ce bout de fer, c’est la guerre ! C’est ça la guerre ! Un couteau au bout d’un fusil. Pour faire du mal. À des gens qu’ont rien demandé par d’autres gens qu’ont rien demandé non plus ! Je te la montre mais je ne te la donne pas. C’est pas un cadeau à faire à un enfant ! Tiens, remets-la dans le fond du clapier ».

J’ai délicatement posé l’objet près du lapin. Mon grand-père a recouvert sa baïonnette de paille, a refermé la porte et m’a emmené voir le colombier où roucoulaient des couples d’oiseaux amoureux. Je n’ai plus jamais entendu parler ni revu cette arme.

Le « Père Maurice », comme l’appelait tout le village, n’a jamais assisté à aucune cérémonie du 11 novembre. Il pleurait ses camarades « morts pour la France » tous les jours, en silence, dans le secret de sa mémoire, dans son « Chemin des Dames ».

La route défilait. Elle aussi. C’était un moment heureux, dans le soleil de juin. Mon amie passait d’une chanson à l’autre. Dans les champs commençaient à poindre les coquelicots. Ceux que les soldats de 1914, ceux que mon grand-père a vus en partant combattre l’ennemi. En pantalon rouge !

1914-1918… Mais il y eut 1939-1945… 1940… La débâcle… L’exode. À nouveau les Allemands… Et cette fois triomphants! Le Père Maurice a dû endurer ça. Avec lui, tous ceux qui avaient connu l’enfer vingt-cinq ans seulement avant.

1940… La maison de mon grand-père servira de logement à un capitaine allemand. Avec le « Père Maurice », il était mal tombé. Il lui rejouera "Le silence de la mer" de Vercors. Pas un mot pendant environ quarante-huit mois !

À son départ, ce capitaine viendra saluer mon grand-père :

« Je sais que vous avez été un soldat de la Grande Guerre. Je comprends votre silence. Vous êtes l'honneur de votre pays ».

En 1962, un matin, un homme s’est présenté à la grille de la maison. C'était "lui". J'étais présent C'était en août. Hélas, le Père Maurice, un homme "rude", m'a dit :

« Laisse-nous. Nous devons parler entre grandes personnes ».

Je n'ai jamais su ce qu'ils s'étaient raconté. Peut-être lui a-t-il parlé d’une jeune fille que tout le monde voyait chaque jour enfourcher son vélo pour des « promenades ». La jeune fille avait quatorze ans. Elle assurait des missions de liaison entre des groupes appartenant à son réseau. C’était ma mère…

Ce capitaine appartenait à la Wermacht. Ce n'était pas un SS, ni même un nazi. Comme l'officier allemand de Vercors, il récitait des poèmes français entiers. Il était l’ennemi imposé par l’Histoire.

Lorsqu’ils sont sortis de la pièce qu’ils occupaient pour se dire ce qu’ils avaient à se dire, leurs yeux brillaient, humides.

Mon grand-père est mort, un hiver de 1970. Loin de moi.

J’ai la guerre en horreur. Mon enfance et mon adolescence furent « bercées » par des récits de guerre d’Algérie. Dans les années 1970 ensuite par ces photographies découvertes dans Paris-Match. Les soldats américains épuisés dans les rizières du Viet Nam, pupilles dilatées par la consommation de haschich. Ces paysans, la terreur dans le regard. Les bombardements depuis les B-52 et les tapis de bombes au napalm…. Et puis, en 1972, à Tran Bang, une petite fille courant nue, brûlée, hurlante, les bras écartés du corps car elle ne peut supporter le contact avec sa peau. La photo, prise par Nick Ut Cong Huynh, photographe de l'agence Associated Press, fera le tour du monde. Je n’ai jamais pu oublier Kim Phuc, sauvée après dix-sept opérations et quatorze mois d’hôpital. Elle deviendra Ambassadrice de Bonne Volonté (Goodwill Ambassador) de l'UNESCO en 1997.

Dans la voiture, j’aurais aimé faire écouter Jimmy Hendrix, Bob Dylan ou Joan Baez à mon amie. Ou La Chanson de Craonne…

Mais j’aurais fait disparaître son sourire. Les guerres ont fait et font encore assez de mal comme ça… Syrie, Libye… Tragédie en Méditerranée… Réfugiés que même la France hésite à accueillir. Je n’oublierai jamais l’Aquarius et son « Odyssée »…

Lorsque mon grand-père a retrouvé ma grand-mère, quelques jours après l’armistice, sur un quai de gare, il l’a embrassée bien sûr. Puis il a eu ces mots :

« Allez, on rentre. Il doit y avoir de l’ouvrage »

C’est tout…

Il reprit le chemin avec sa dame…

Mon amie souriait et chantait... Il faisait si beau...

Christophe Chartreux

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Faites des bêtises, mais faites-les avec enthousiasme.”

Colette

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Les enfants migrants, quelles questions éducatives?

10 Novembre 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

Les enfants migrants, quelles questions éducatives?

Alors que le gouvernement a lancé une refonte des lois sur l’immigration, Être et savoir s’intéresse aux enfants migrants, à leur accueil et à leur scolarisation, à leur parcours.

Parmi les migrants, se trouvent des enfants avec leurs parents et aussi des mineurs non accompagnés, tous en âge d'aller à l'école. La scolarisation est, au regard des la législation française et de la CIDE (la convention internationale des droits de l'enfant, qui fête ses 30 ans cette année), un droit pour chaque enfant.

Mais les questions d’apprentissage et d’adaptation posées par leur arrivée dans les écoles se posent-elles de manières différentes que pour les précédentes générations ? Comment répondre aux interrogations des enfants sur ces nouveaux arrivants et leurs conditions de vie, sur les migrations? Il est notable qu’un nombre croissant de publications destinées à la jeunesse se sont emparés de ce thème.

Enfin, nous voulons dans ce numéro parler des parcours migratoires enfantins et adolescents c’est-à-dire à un moment où l’individu grandit et s’éduque. Ces destins sont racontés à travers des travaux de recherches, des documentaires mais également par la création littéraire et la fiction, on pense à des autrices comme Marie Darrieussecq, Maylis de Kerangal, Delphine Coulin ou encore Marie Cosnay notre invitée aujourd'hui.

Louise Tourret

Avec :

  • Gwenaëlle Boulet, rédactrice en chef du magazine Astrapi et auteure, notamment du récit Les trois étoiles (J'aime Lire de décembre 2016, Bayard édition).

Ce qui est étonnant quand on travaille avec les enfants c'est combien cette notion de communauté des enfants du monde est très naturelle chez eux. 

Un enfant ne va pas voir un étranger dans l'autre, notamment dès qu'il va pouvoir jouer, Gwenaëlle Boulet.

  • Marco Brighenti, professeur d’Histoire-géographie et formateur Casnav (centres académiques pour la scolarisation des élèves allophones nouvellement arrivés - EANA) dans le département de l'Essonne.

On parle d'enfants allophones depuis 2012, car leur statut change. Ce ne sont plus seulement des enfants mais aussi des élèves.

Ce qui est intéressant avec les populations qui sont à la marge c'est qu'elles interrogent la société.

C'est un défi pour un enseignant d'avoir dans sa classe un élève qui ne parle pas français, mais l'hétérogénéité c'est la norme, Marco Brighenti.

On a toujours une dette morale quand on migre, jeune ou moins jeune, c'est de réussir. 

Ce qui change beaucoup c'est l'impact créé par les réseaux sociaux utilisés par ces jeunes, cela crée une forme d'unification des codes et des aspirations. 

Dans les bidonvilles en France, on a un peu moins de 50% d'enfants scolarisés, Olivier Peyroux. 

  • Marie Cosnay, professeur de Lettres classiques, traductrice de textes anciens, activiste et auteure, notamment de Voir venir : écrire l'hospitalité avec Matthieu Potte-Bonneville (Stock, 2019).

Il n'était pas question pour moi de faire de la littérature avec les histoires de ces jeunes qui arrivent. 

C'est cette question là, qu'est-ce que c'est qu'une histoire, qu'on a reçue et qu'on va transmettre, qui m'a intéressée. 

Souvent les jeunes vont décompenser quand ils sont posés. Pendant tout le temps de la quête il faut tenir, et l'école c'est la quête, Marie Consay.

Retrouvez le numéro de la revue Diversité consacrée à l'hospitalité.

Retrouvez la bande-annonce du film La cour de Babel de Julie Bertucceli (2014).

Illustrations sonores :

  • "Rentrez chez vous", Bigflo et Oli (2019).
  • "Dor de casa", Nicolae Guta (2019).
  • Interview de la psychanalyste et psychiatre Marie-Rose Moro et de Samuel, jeune mineur isolé, extraites de LSD du 02 mai 2019 sur France Culture (production Pauline Mocor). 
  • Extraits du documentaire Coeur de pierre d’Olivier Jobard et Claire Billet (2019).

Bibliographie

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Schubert... Mitsuko Uchida au piano...

10 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Christine de Pizan...

10 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Aucuns gens me prient que je face

Aucuns beaulz diz, et que je leur envoye,

Et de dittier dient que j'ay la grace;

Mais, sauve soit leur paix, je ne sçaroye

Faire beaulz diz ne bons; mès toutevoye,

Puis que prié m'en ont de leur bonté,

Peine y mettray, combien qu'ignorant soie,

Pour acomplir leur bonne voulenté.


Mais je n'ay pas sentement ne espace

De faire diz de soulas ne de joye;

Car ma douleur, qui toutes autres passe,

Mon sentement joyeux du tout desvoye;

Mais du grant dueil qui me tient morne et coye

Puis bien parler assez et a plenté;

Si en diray: voulentiers plus feroye

Pour acomplir leur bonne voulenté.


Et qui vouldra savoir pour quoy efface

Dueil tout mon bien, de legier le diroye

Ce fist la mort qui fery sanz menace

Cellui de qui trestout mon bien avoye;

Laquelle mort m'a mis et met en voye

De desespoir; ne puis je n'oz santé;

De ce feray mes dis, puis qu'on m'en proie,

Pour accomplir leur bonne voulenté.


Princes, prenez en gré se je failloie;

Car le ditter je n'ay mie henté,

Mais maint m'en ont prié, et je l'ottroye,

Pour accomplir leur bonne voulenté.

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Doulce dame, que j'ay long temps servie,

Je vous suppli, alegiez ma doulour

Et mon complaint ne tenez a folour,

Si soit par vous ma grief peine assovie.


Voiez comment pour vous amer desvie,

Je pers vigour, sens, maniere et coulour,

Doulce dame, que j'ay long temps servie.


Ne n'aiez pas de moy grever envie,

Ou je mourray d'amoureuse chalour

Pour vo beauté et vo fresche coulour,

Et pour ce adès pour eslongner ma vie,

Doulce dame, que j'ay long temps servie.

Christine de Pizan

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Flash-back: La réforme du collège, dite "Collège2016", était justifiée parce que solidaire...

10 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Flash-back: La réforme du collège, dite "Collège2016", était justifiée parce que solidaire...

Texte rédigé en 2016 et à peine mis à jour.

Flash-back: La réforme du collège, dite "Collège2016" était justifiée parce que solidaire.

Il en est des débats comme des plats. Plus on repasse les mêmes, moins on a envie d'y goûter.
Ce fut le cas pendant des mois au sujet de la réforme du collège, dite "Collège2016". Celle-ci, après avoir franchi les obstacles mis en travers de son chemin, commençait à s'installer. Mais après un mois d'activité à peine était toujours accusée de tous les maux par les mêmes qui ont mis en oeuvre son empêchement d'abord, puis le ralentissement de son application effective, puis son lent pourrissement.
Cette réforme était - je cite pour rappel - :
"responsable de la mort du Latin, du Grec et de l'Allemand", alors que Latin, Grec et Allemand sans la réforme auraient poursuivi l'entre-soi dans lequel ces options étaient confinées et leur inéluctable descente aux enfers par la réduction des effectifs concernés, chaque année un peu plus importante. Avec la réforme, Latin, Grec et Allemand avaient désormais tout pour « reprendre des couleurs » ;
"responsable de la haine de l'excellence et des bons élèves", alors que la réforme ne s' "attaquait" pas aux bons élèves mais mettait à disposition des enseignants les outils nécessaires à la réduction des écarts entre les plus en difficultés et ceux n'en ayant aucune ou très peu;
"responsable du nivellement par le bas", alors qu' un nombre d'élèves bien plus important qu'auparavant avait accès à ce qui, avant la réforme, lui était souvent interdit;
"responsable de la désorganisation des établissements par la précipitation qui a présidé sa mise en application", alors que les débats ont commencé il y a des années. Souvenons-nous de l' Appel de Bobigny qui portait en germes tout ce que la réforme du collège mettait en application. Cet appel fut présenté et approuvé par TOUS les syndicats d'enseignants le 20 octobre...2010. Avant l'élection de François Hollande, Vincent Peillon travaillait DÉJÀ à la mise en place de cette réforme. Ce dernier, comme Benoit Hamon puis Najat Vallaud-Belkacem n'ont eu de de cesse d'impliquer des centaines de professionnels de l'éducation pour une construction préparée et concertée.
Tout cela en contradiction absolue avec la nécessité affirmée, y compris par les opposants les plus virulents, de réformer le collège, ce "maillon faible". Des opposants :
attaquant très violemment l'Aide Personnalisée et les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires (EPI) qui pourtant offraient la possibilité de croiser les disciplines (sans jamais les remettre en cause), en donnant du sens aux apprentissages jadis cloisonnés, en plaçant les élèves dans des situations de construction et de réalisation de projets ;
- mettant en doute les capacités des enseignants à travailler en équipe, voire en affirmant que tous les enseignants de collège travaillaient DEJA en équipe - ce qui est très rare et ne concerne que quelques collègues par équipe pédagogique. Ce travail en équipe est pourtant - toutes les études le démontrent, tous les établissements dits "innovants" travaillent ainsi depuis des années avec des résultats incontestables et incontestés - une urgence dans un pays où, il est vrai, le travail en équipe est étranger à l’organisation historique du système éducatif très pyramidal.  A ce sujet je ne peux que conseiller la lecture éclairante du texte de Daniel Calin disponible ici:
http://dcalin.fr/textes/equipe.html (2000/2001 et toujours d'actualité!);
- mettant en cause la simultanéité de la refondation des programmes ET de l'évaluation, alors que c'était à cette condition de simultanéité dans le temps que la réforme entrait en cohérence avec ses attendus. Procéder par étapes successives aurait amené les élèves du niveau 3e à attendre 2020 pour espérer être concernés, ce qui aurait entraîné des distorsions TRES désorganisatrices!
Tout cela soutenu par quelques "experts" véritables ou autoproclamés, chroniqueurs permanents et omniprésents, humoristes sans humour, philosophes trop heureux de se voir offrir des tribunes inespérées transformées en polémiques alimentant les réseaux sociaux de commentaires d'une indigne violence, plus inacceptable encore quand elle était l'oeuvre d'enseignants.
Qui n'a pas entendu les Christophe Barbier, Natacha Polony, Nicole Ferroni, Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Jacques Julliard, Jean-Paul Brighelli, et tous ceux que j'oublie car je préfère les oublier, ne s'en porte que mieux tant leurs diatribes, critiques outrées et outrancières, caricatures approximatives jusqu'aux mensonges, n'apportaient strictement rien au débat nécessaire que tous ceux-là n'ont contribué qu'à assécher, faute d'arguments et de propositions attendues.
On les attend encore!
Mais faisons quelques rappels :
La réforme du collège, qui aurait pu aller plus loin, plus vite, plus fort - la Ministre l'aurait souhaité - avait l'immense mérite d'exister ENFIN pour commencer à grandir.
C'était une réforme de gauche. Ce qui a déplu à certains, y compris à cette autoproclamée "vraie gauche" qui battait le pavé avec... le SNALC (Syndicat enseignant "marqué à droite" comme on dit).
La réforme du collège était une réforme solidaire dans un pays qui vit, depuis plusieurs années, une crise des solidarités et des replis identitaires. Nous nous en rendons compte tous les jours.
Replis se manifestant par des exclusions aux visages multiples qui sont autant de négations de l'égalité des droits:
exclusion de ceux qui ont toujours moins;
exclusion des quartiers dits "difficiles";
exclusion de toutes les minorités;
exclusion des familles non francophones;
exclusion d'établissements à l'écart des métropoles, isolés en milieu rural;
exclusion des "étranges étrangers" et de tous ceux qui ne sont pas "nous";
exclusion des décrocheurs, "produits" non pas par le collège, mais par ses dysfonctionnements. Ceux-ci aggravés par des gouvernements de droite - et le gouvernement actuel est on ne peut plus de droite - qui n'ont eu de cesse et n'auront de cesse d'appliquer des politiques de destruction d'emplois (300 000 dans la fonction publique! Fourchette basse!), de sélection par l'échec, de refus du concept d'éducabilité condamnant, comme un Bruno Le Maire, un élève faible en CM2 sans lui laisser d'autre espoir qu'une orientation par l'échec, donc subie. A dix ans! Jamais je n'accepterai de dire à un enfant de 10 ans: "Tu dois désormais songer à une autre scolarité. Tu n'es plus éducable".
La réforme du collège avait fait un choix, voulu et porté par Vincent Peillon, Benoit Hamon et surtout Najat Vallaud-Belkacem à laquelle l'Histoire donne raison. Ce choix, c'était celui du refus d'un autre choix, souvent illustré par les travaux de François Dubet: "Le choix de l'inégalité" qui accompagne toujours les exclusions que nous venons d'énumérer.
Un refus motivé non pas par la volonté d' un égalitarisme utopique et dangereux, mais pour simplement respecter une valeur fondatrice de notre République:
l'égalité, celle des droits et devoirs,
l'égalité par le rééquilibrage des moyens, aussi: donner plus à ceux qui ont moins. C'était clair, simple et tellement évident!
L'Ecole est pourtant devenue, silencieusement et de manière chaque année de plus en plus prégnante, un terrain de jeu réservé à quelques-uns. A ces "quelques-uns" très au courant des codes scolaires obscurs à tant d'autres, ces "quelques-uns" culturellement armés pour accompagner leurs enfants vers la réussite.
Doit-on les en blâmer? Certainement pas!
En revanche, inquiétons nous de constater à quel point les exclus - toujours issus des mêmes catégories sociales - sont de plus en plus exclus. Surtout lorsque ces "exclus" ne constituent plus - inconsciemment - un "terrain d'avenir" pour celles et ceux qui en ont la responsabilité pédagogique mais sont stigmatisés, transformés en "problèmes". Combien de fois ai-je entendu cette phrase lors des conseils de classe:
"Cet élève pose problème". Comprendre: "Cet élève EST un problème" alors qu'il A un problème, voire même en accumule beaucoup.
Alors ceux-là ne sont plus des élèves. Ils se transforment en "décrocheurs", "absentéistes permanents", "intenables", "irrécupérables". En un mot ils deviennent responsables, coupables de leur malheur. Et coupables du malheur qu'ils infligent aux autres, "ceux qui suivent".
Nous - les enseignants - touchons alors du doigt cette crise des solidarités. Comment aurions-nous pu - et les opposants à la réforme du collège auraient du s'interroger avant de crier à la fin de la civilisation par l'abandon du Latin et du Grec, abandon absolument jamais acté - participer à cet abandon des solidarités? 
Comment pourrons-nous accepter de tenir grande ouverte la porte du triomphe à une droite dont l'objectif annoncé est de briser plus encore toute velléité solidaire à l'égard de celles et ceux que les dysfonctionnements de l'école - dysfonctionnements que cette droite à alimentés de manière continue - ont contribué à écarter?
Je ne l'accepte pas et ne l'accepterai jamais! Voilà pourquoi j'ai soutenu cette réforme:
- de gauche et solidaire, sans rien rabattre sur le "niveau" ni sur les "disciplines";
- à l'opposé de l' "identitarisme" triomphant;
- sociale, bienveillante et lucide car consciente du danger réel des "communautarismes";
- à contre-courant  des "gauloiseries" sarkozystes, des excès zemmouriens, de la "francité en danger" chère à Alain Finkielkraut, de la blanquérisation technocratique et scientiste contemporaine.
Voilà pourquoi j'ai soutenu Najat Vallaud-Belkacem dans son combat. Elle qui était devenue la cible privilégiée de la droite, de Valeurs Actuelles et de ses immondes couvertures. A l'époque, ni un Président ni une Ministre ne donnaient d'interview à ce magazine extrémiste de droite.
Voilà pourquoi, entre autres raisons plus d'actualité, je la soutiendrai encore...
Christophe Chartreux
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Taux de suicide dans l'éducation - Jean-Michel Blanquer et les comparaisons hasardeuses...

9 Novembre 2019 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Taux de suicide dans l'éducation - Jean-Michel Blanquer et les comparaisons hasardeuses...

Le ministère de l'Education nationale a annoncé mercredi que 58 de ses agents s'étaient suicidés en une année scolaire. Soit un taux de mortalité par suicide de 5,8. Il l'a comparé à celui bien plus élevé de la population française. Mais cette comparaison est hasardeuse.

Au cours de l'année scolaire 2018-2019, 58 agents de l'Education nationale se sont suicidés. Ce nombre, jusqu'à présent inconnu du grand public, a été révélé mercredi 6 novembre, au cours d'un CHSCT extraordinaire organisé à la demande des syndicats, un mois et demi après le suicide d'une directrice d'école à Pantin, Christine Renon.

Trois semaines avant la divulgation de ce chiffre, le ministre, Jean-Michel Blanquer, avait déjà assuré sur France Inter que la situation au sein de son ministère n'était pas la plus critique. "D'après les éléments que j'ai, il n'y a pas plus de suicides dans l'Education nationale que dans la société française, avait-il affirmé. Et plutôt moins que dans d'autres services publics." Mais cette comparaison est-elle juste et pertinente ? 

Le ministère de l'Education nationale affirme donc dans son communiqué que 58 de ses 992 600 agents se sont suicidés durant l'année scolaire 2018-2019. Ce recensement porte sur l'ensemble du personnel enseignant et administratif. Les personnels de l'enseignement privé sous contrat sont en revanche exclus du calcul. Le taux de suicide à l'Education nationale était donc de 5,8 pour 100 000 sur l'année scolaire 2018-2019.

Le ministère compare ce taux de suicide à celui – près de trois fois plus élevé – de l'ensemble de la population française, à 16,7 pour 100 000, soit 10 700 morts. Mais cette comparaison est sujette à caution quand on se plonge dans ces données.

Un taux national effectivement bien plus élevé...

On retrouve la trace de ces 10 700 morts par suicide en France et de ce taux de suicide de 16,7 dans le deuxième rapport de l'Observatoire national du suicide (ONS) publié en 2016 (pdf). Mais l'ONS précise que ces chiffres reposent sur des estimations qui ne valent, en outre, que pour la métropole et pour l'année... 2012.

"En 2012, le suicide a causé la mort de 9 715 personnes en France métropolitaine, soit près de 27 décès par jour", écrit l'ONS, ajoutant qu'"aussi précis soit-il, ce décompte ne doit pas faire oublier qu'il s'agit là d'une estimation puisqu'en raison d'erreurs ou d'absence de codage parmi les 558 408 certificats de décès enregistrés en 2012, le nombre de suicides se rapproche plus vraisemblablement des 10 700 décès." Premier problème donc : le ministère de l'Education nationale compare le taux de suicide dans ses services l'année passée à des estimations vieilles de sept ans, et hors outre-mer.

Dans son troisième et dernier rapport en date (pdf), l'ONS a fourni une statistique plus récente – remontant tout de même à 2014. Cette année-là, 8 885 morts par suicide ont été enregistrées en France métropolitaine par le Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès de l'Inserm. "Toutefois, prévient à nouveau l'ONS, ce chiffre sous-estimerait de 10% les décès par suicide." Après correction, l'ONS aboutit à 9 773 morts par suicide en 2014. Une nouvelle estimation, donc.

... Mais une comparaison totalement faussée

Deuxième écueil : ce taux national de mortalité par suicide est "standardisé". Cela signifie qu'il est établi "tous âges confondus". Les suicides des enfants, des adolescents ou des personnes âgées sont comptabilisés au même titre que ceux des adultes. L'ONS a appliqué la méthode d'Eurostat, l'organisme européen de statistiques, qui permet des comparaisons internationales. A l'inverse, le taux de suicide des personnels de l'Education nationale ne porte, par définition, que sur des personnes adultes et actives.

Pour tenter une comparaison, il faudrait donc rapporter la statistique du ministère à celle de l'ensemble de la population nationale aux âges équivalents. Mais aussi avec la même proportion d'hommes et de femmes, car l'Education nationale est une administration aux effectifs très majoritairement féminins. Or cette donnée n'existe pas.

Au mieux, on peut essayer de lire cette statistique de l'Education nationale au regard des taux de suicide établis par l'ONS pour les tranches d'âges correspondant en partie à la population active. En 2014, ce taux était de 10,9 pour les 25-34 ans, de 16,7 pour les 35-44 ans, de 22,2 pour les 45-54 ans et de 19,8 pour les 55-64 ans. C'est bien plus qu'à l'Education nationale en 2018, certes, mais c'est difficilement comparable compte tenu des biais pointés plus haut et de l'écart entre les années concernées.

Difficile à faire avec les autres professions

Jean-Michel Blanquer a fait une seconde comparaison, en affirmant qu'il y a "plutôt moins" de suicides à l'Education nationale "que dans d'autres services publics". Là encore, l'analogie est difficile à établir. La question du taux de suicide en fonction de la catégorie socioprofessionnelle a été abordée dans un rapport de l'Institut national de veille sanitaire (INVS) (pdf) en 2010. Mais l'étude, résumée par l'INVS, portait sur les morts survenues entre 1976 et 2002 pour lesquelles le suicide était mentionné comme cause principale du décès.

Sur cette période, les taux de mortalité différaient sensiblement selon les secteurs d'activité. La santé et l'action sociale présentait le taux de mortalité par suicide le plus élevé (34,3). Venaient ensuite l'administration publique – en dehors de la fonction publique d'Etat – (29,8), la construction (27,3) et l'immobilier (26,7). A l'inverse, l'Education – qui ne comprenait pas les enseignants de la fonction publique d'Etat – présentait le taux le plus faible (15,6).

Le taux de mortalité par suicide était près de trois fois plus élevé (mais proche de celui observé dans la population générale) chez les employés, et surtout chez les ouvriers, que chez les cadres. Et les professions intermédiaires présentaient quant à elles un taux de mortalité par suicide plus proche de celui des cadres. Enfin, le taux de mortalité par suicide était particulièrement élevé (58,1) en cas d'inactivité. Reste qu'il est plus que délicat de comparer ces taux moyens lissant des données réunies sur plus d'un quart de siècle, à un taux annuel.

Les cas particuliers de la police et la gendarmerie

Parmi tous les services publics, ceux dont les suicides sont sans doute les plus étudiés et mieux documentés sont la police et la gendarmerie. Mais là encore, faire le rapprochement avec l'Education nationale est discutable. Le taux de suicide est plus élevé au sein des forces de l'ordre que dans le reste de la population. En 2018, un rapport sénatorial (pdf) indiquait qu'il s'établissait à 25 pour la gendarmerie et à 29 pour la police sur les dix dernières années, contre environ 14 pour l'ensemble de la population. En cette même année 2018, le ministère de l'Intérieur a annoncé que 35 policiers et 33 gendarmes s'étaient suicidés.

Mais dans ses bilans sociaux de 2015 et 2016, la gendarmerie assurait que "le taux moyen de suicide en gendarmerie est proche du taux observé en France, à structure de population identique selon l'âge et le sexe". A l'inverse, une épidémiologiste de l'Inserm, Gaëlle Encrenaz, répondait aux sénateurs lors de son audition qu'"en tenant compte des différences de structures sociodémographiques par âge et sexe, on estime (...) que le taux de suicide dans la police est supérieur de 36% à celui de la population générale" sur la période 2005-2009. Les rapporteurs du Sénat écrivaient en outre que, d'après leurs interlocuteurs, le taux de suicide plus faible en gendarmerie s'expliquait "par la vie en caserne, permettant de détecter et de prévenir le suicide, et à la plus grande cohésion qui règne au sein de la gendarmerie nationale".

Mais à l'inverse de l'Education nationale, la gendarmerie et la police sont des institutions nettement masculines. Or le suicide touche davantage les hommes que les femmes, avec des taux de 23,1 contre 6,8 en 2014. En outre, notaient les sénateurs, "les difficultés propres aux forces de sécurité intérieure, comme la proximité avec la mort, les rythmes de travail décalés, ou encore le poids de la hiérarchie constituent indéniablement des facteurs aggravants qui contribuent à expliquer cette prévalence du suicide en leur sein". Autre facteur, pointé par les parlementaires : "l'accès à l'arme de service a sans nul doute pour effet de favoriser le passage à l'acte".

Difficile, là encore, de tenter une comparaison avec l'Education nationale. D'autant que, comme le résume l'ONS, "il est de fait difficile d'identifier et de démêler les raisons qui poussent à l'acte suicidaire", tant les "facteurs de risques multiples se conjuguent".

Benoît Zagdoun


Si vous avez besoin d'aide, si vous êtes inquiet ou si vous êtes confronté au suicide d'un membre de votre entourage, il existe des services d'écoute anonymes. La ligne Suicide écoute est joignable 24h/24 et 7j/7 au 01 45 39 40 00. D'autres informations sont également disponibles sur le site du ministère des Solidarités et de la Santé.

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Najat Vallaud-Belkacem: "Il faut travailler sur la notion de parentalité des hommes" (Vidéo)

9 Novembre 2019 , Rédigé par Le Dauphine.com Publié dans #Sociologie

Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre de l'Education Nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, était l'invitée de GEM en débat, à Grenoble Ecole de Management. L'occasion d'évoquer notamment l'égalité hommes / femmes, avec les différences de salaires. Pour l'ancienne porte-parole du gouvernement , le phénomène est lié "à un mode d'organisation de notre société, qui fait que les femmes ont la double journée, les responsabilités familiales, les carrières qui s'interrompent car ce sont surtout elles qui prennent des congés parentaux. Tous ces éléments mis bout à bout, elles se voient moins proposer d'augmentation salariale, de promotion de carrière et donc de salaire plus élevé. Il faut donc un équilibre dans les responsabilités entre hommes et femmes."

Benoît LAGNEUX

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Najat Vallaud-Belkacem : « L’université, lieu de pouvoir dominé par les hommes »...

9 Novembre 2019 , Rédigé par La Marseillaise Publié dans #Education

Najat Vallaud-Belkacem : « L’université, lieu de pouvoir dominé par les hommes »...

Najat Vallaud-Belkacem, ancienne ministre des Droits des femmes et de l'Éducation nationale, a été invitée mardi à l'Université d'Aix-Marseille (AMU) pour parler de l'égalité femmes-hommes à l'université.

C'est à la Faculté Saint-Charles que s'est tenue, le 5 novembre, un débat animé par Najat Vallaud-Belkacem, sur l'invitation du collectif Demain AMU, porté par Philippe Blache, candidat à la présidence de l'université. Actuellement directrice générale Global Affairs de l'institut de sondage Ipsos, l'ancienne ministre du gouvernement Hollande chapeaute en parallèle le programme « Égalité femmes-hommes et politiques publiques », à l'institut Sciences-Po Paris.

Quel sens donnez-vous à votre visite ?

Najat Vallaud-Belkacem : C'est important pour moi de m'exprimer sur la question de l'égalité femmes-hommes, et notamment de prendre le pouls quand on parle d'égalité à l'université. On discute aussi bien de l'éducation, de la mixité des filières, de la faible représentativité des femmes à la gouvernance des universités, pour entrevoir ce que l'on peut mettre en œuvre afin d'améliorer la situation. En ce sens, à Sciences-Po, je dirige un programme qui forme des étudiants de Master afin de gagner du temps sur ces questions d'égalité. Ce devrait être un modèle à appliquer pour l'université

Observe-t-on des avancées sur la question de l'égalité entre hommes et femmes ?

N.V.-B. : Depuis le mouvement #MeToo, il y a eu une prise en compte, au premier plan, de cette question essentielle. Lorsque la société n'a pas conscience de l'écart entre les femmes et les hommes, c'est plus difficile de la mettre en mouvement. #MeToo a été un très bon tremplin pour que la société puisse agir, même si cela n'a pas forcément diminué les stéréotypes. Est-ce que le gouvernement en a tiré tous les avantages ? Je n'en suis pas sûre.

Êtes-vous sensible aux réflexions du collectif « Demain AMU » ?

N.V.-B. : J'ai particulièrement apprécié les trois sujets de conférences retenus, concernant l'égalité, l'urgence climatique et l'intelligence artificielle. L'université a clairement un rôle à jouer sur ces sujets. Elle doit faire profiter la société de ses travaux et doit être exemplaire. Sur ces trois questions, on a besoin que la société s'en saisisse. Sur le climat, l'urgence est partagée de manière unanime. On a fait des progrès concernant la prise en compte de l'égalité femmes-hommes dans notre société, mais concernant la question de l'intelligence artificielle, c'est un vrai défi qui n'est pas vraiment investi par le débat public, et j'en suis étonnée. On a besoin d'un modèle de l'intelligence artificielle à l'européenne, qui préserve la vie privée des citoyens. Il est nécessaire que les pouvoirs publics en fassent une priorité.

Que pensez-vous du malaise des enseignants, qui s'exprime largement actuellement ?

N.V.-B. : Depuis que j'ai quitté mon ministère, j'évite de prendre des positions politiques, mais je ne peux que confirmer qu'il y a un malaise enseignant. Ce malaise concerne les rémunérations et tous les défis que l'on demande à l'école de relever. Le statut de l'enseignant aujourd'hui est dévalorisé, et je crois qu'on doit l'entendre. Il court beaucoup de stéréotypes sur le métier et on ne se rend pas compte des défis que les professeurs doivent endosser seuls. Il en va de la formation, de l'accompagnement et du salaire. Il y a derrière ce métier un sens, une vocation, qui doit être regardée comme éminemment précieuse.

Comment réagissez-vous sur la question du voile des accompagnantes scolaires ?

N.V.-B. : J'ai déjà eu l'occasion d'indiquer ma conception concernant les accompagnateurs scolaires, et ma position n'a évidemment pas changé. Notre société a besoin que les parents s'investissent. La dévalorisation du métier d'enseignant implique également de tout lui déléguer. Or on a besoin que les parents s'impliquent, et que les enfants prennent acte que l'institution accepte leurs parents tels qu'ils sont.

Entretien réalisé par Benjamin Grinda

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Ashley McBryde...

9 Novembre 2019 , Rédigé par christophe

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