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Vivement l'Ecole!

"J'ai un euro par jour pour manger" : trois étudiants témoignent de leur grande précarité

14 Novembre 2019 , Rédigé par France Info Publié dans #Education, #Université

"J'ai un euro par jour pour manger" : trois étudiants témoignent de leur grande précarité

Plusieurs centaines d'étudiants ont manifesté en France mardi aux abords d'une quarantaine de Crous et d'universités contre la précarité étudiante. Certains ont raconté à franceinfo leur quotidien fragile.

"La précarité tue." Avec ce hashtag, des centaines d'étudiants ont réagi sur Twitter après l'immolation par le feu, vendredi, d'un de leurs camarades, devant le siège du Crous, à Lyon. Brûlé à 90% et entre la vie et la mort, cet étudiant en licence de sciences politiques voulait dénoncer la précarité dans laquelle vivent de nombreux jeunes. "Même quand j'avais 450 euros par mois, était-ce suffisant pour vivre ?", s'interrogeait le jeune homme, dans un message posté sur les réseaux sociaux pour expliquer son geste.

L'université Lyon 2, où est inscrit le jeune homme, a été de nouveau fermée pour la journée, mercredi 13 novembre, après des blocages, menés dans toute la France pour protester contre la précarité. Trois étudiants racontent leurs difficultés à franceinfo.

Sophie*, 26 ans, une thèse et deux emplois 

"Pour tenter de vivre dignement, je cumule deux emplois", explique Sophie*, 26 ans, étudiante en histoire de l'art à Pau (Pyrénées-Atlantiques). Comme la jeune femme ne souhaitait pas qu'on lui impose un sujet de recherche, elle a dû faire l'impasse d'un contrat de doctorante, qui aurait pu lui permettre de financer une partie de ses études. Elle ne bénéficie pas non plus de bourse. En 2016, 22,7% des étudiants interrogés déclaraient auprès de l'Observatoire national de la vie étudiante (OVE), avoir été confrontés "à d'importantes difficultés financières durant l'année".

Sophie, syndiquée depuis sept ans au sein de l'organisation Solidaires étudiant-e-s, à l'origine de l'appel national à manifester devant les Crous, travaille à la bibliothèque de son université et effectue des remplacements dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). "Je peux faire jusqu'à 40 heures par semaine, en plus de mes travaux de recherche, mais c'est variable d’un mois à l’autre". L'étudiante dit gagner entre 900 et 1 000 euros par mois. Difficile de demander de l'aide. Entre "honte" et "dignité", les étudiants veulent être ces "jeunes adultes responsables que la société attend d'eux", analyse Sophie.

Avec 680 euros de frais fixe (loyer, électricité et téléphone), il lui reste souvent moins de 300 euros pour la nourriture, les livres et l'épargne, en prévision du second semestre. Sophie économise afin de pouvoir se consacrer pleinement à ses études à partir de janvier. "En général, les étudiants qui s'auto-financent tiennent six années", confie la jeune femme. "Moi, je ne tiendrai pas plus de quatre ans. Si j'arrête avant d'avoir rendu ma thèse, j'aurai perdu toutes ces années et développé des maladies chroniques pour rien." A cause de son rythme de vie, la jeune femme souffre de fatigue et de troubles dépressifs chroniques. Selon l'Observatoire de la vie étudiante, environ 60% des étudiants interrogés en 2016 éprouvaient de la fatigue, autant souffraient de stress quand 45% évoquaient des troubles du sommeil et 32% parlaient de déprime.

Ugo, 19 ans, un euro par jour pour manger

"Je me suis fixé cette somme de 1 euro par jour pour manger, pour tenir le mois", explique Ugo, 19 ans, étudiant en deuxième année d'histoire et sociologie à Rennes (Ille-et-Vilaine). Boursier "échelon zéro bis", le plus bas de l'échelle des bourses, le jeune homme touche environ 100 euros par mois. Ses parents, qui ont aussi ses deux petites sœurs à charge, financent son appartement, car il n'est pas éligible pour une chambre au Centre régional des œuvres universitaires et scolaires, le Crous. Ugo gère le reste de ses frais fixes en alternant les pâtes, le riz et les pommes de terre. "Je compte toutes mes sorties", ajoute-t-il.

Après avoir été livreur dans diverses enseignes, le jeune homme a trouvé un emploi fixe comme agent d'escale à la gare de Rennes. Près d'un étudiant sur deux (46%) travaille en dehors de ses études, selon l'OVE. Intérimaire, son nombre d'heures est variable et il gagne entre 600 et 900 euros par mois.

J'ai peur de perdre mes aides, alors j'essaie de mettre un maximum de côté cette année, pour ensuite faire un master à Paris.Ugo, étudiantà franceinfo

Pour pouvoir travailler, Ugo bénéficie d'une "dispense d'assiduité" qui lui permet de "rater" certains cours. En contrepartie, il ne bénéficie pas du contrôle continu et joue "son année" uniquement au moment des examens de fin de semestre. Une absence que toutes les facultés ne permettent pas.

Karine*, 22 ans, endettée, a arrêté ses études

"J'étais tellement stressée et dépressive que je n'arrivais plus à aller en cours", lâche Karine, 22 ans. Prise dans un engrenage entre petits boulots, soins psychologiques et cours de sociologie à la faculté de Poitiers (Vienne), la jeune femme a tout arrêté en fin de deuxième année, en 2018.

Elle a grandi avec peu, sa mère touchant le revenu minimum d'insertion (RSA), mais l'étudiante bouclait difficilement les fins de mois avec 350 euros pour vivre. Karine cumule encore les dettes. Ses petits emplois lui faisaient manquer certains enseignements. "Quand vous êtes boursier, vous avez une obligation d'aller en cours, sinon le Crous vous demande de rembourser", explique la jeune femme qui, un an après, est toujours en litige avec l'organisme. Sollicité par franceinfo, le Crous n'a pas souhaité répondre.

Guillemette Jeannot

* Les prénoms ont été modifiés à la demande des intéressées.

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A lire... "Le chemin des femmes" - Michelle Perrot

14 Novembre 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Histoire

https://next.liberation.fr/livres/2009/09/01/michelle-perrot-la-chambre-ce-tout-petit-espace-qui-a-tellement-d-importance_653233

https://next.liberation.fr/livres/2009/09/01/michelle-perrot-la-chambre-ce-tout-petit-espace-qui-a-tellement-d-importance_653233

Le Cours de l'histoire reçoit aujourd'hui l'historienne Michelle Perrot pour son nouvel ouvrage "Le Chemin des femmes", ainsi qu'Anaïs Flechet et Valérie Hannin, qui viendront toutes deux présenter le nouveau numéro du magazine L'Histoire.

Dans Le Cours de l’histoire, une main nous est tendue, alors saisissons-la : elle va nous guider sur le chemin. C’est une voix qui s’adresse à nous, alors écoutons-la. C’est un étrange chemin où, pour regarder loin devant, il est nécessaire de tourner la tête vers l’arrière. C’est un chemin à la fois plein de sinuosités et à la fois très cohérent. Suivre ce chemin, c’est parcourir des lieux : ici une école religieuse, le cours Bossuet ; là, la Petite Roquette, une prison pour enfant. Ici la chambre des dames ; plus loin, la prison Saint-Lazare, un établissement pénitentiaire pour femme. Ici une usine, là-bas la maison de George Sand à Nohant. Parcourir ce chemin, c’est aussi faire des rencontres : Simone de Beauvoir, Virginia Woulf, Lucie Baud, Michel Foucault, et tant d’hommes et de femmes, apaches, ouvrières, criminel et victimes… Suivre ce chemin, c’est écouter des voix, des paroles qui nous touchent, qui nous parlent. Ce chemin est celui des femmes, et encore : ce chemin est notre chemin, un parcours revigorant où le déplacement se fait à l’intérieur de nous. Notre guide est Michelle Perrot dont la voix nous ouvre la voie !

"Le chemin ne mène pas plus à Rome qu'aux femmes" nous dit Michelle Perrot, professeure émérite d’histoire contemporaine à l'université Paris-Diderot, dont une anthologie de ses œuvres, intitulée Le Chemin des femmes est parue aux éditions Robert Laffont, le 10 octobre dernier. 

Ce seront ensuite Anaïs Flechet et Valérie Hannin qui viendront nous parler de l'embrasement d'un continent en 1959, celui de l'Amérique latine. Un dossier au sommaire du dernier numéro du magazine L'histoire.

Sons diffusés : 

Archives :

  • Jean Maitron, dans les Chemins de la Connaissance, le 16 juillet 1976, sur France Culture
  • Marguerite Yourcenar, le 11 mai 1968, au moment où est publiée Œuvre au noir 
  • Fernando Solanas le 10 octobre 2004 sur France Culture

Musiques : 

  • El pueblo unido jamás será vencido par le groupe chilien Quilapayún
  • Aquele abraço ! par Gilberto GilI, 1969 

Générique de l'émission : Origami de Rone

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Sciences de l’Education - Journée scientifique le 18 décembre à Rouen

14 Novembre 2019 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education

Sciences de l’Education - Journée scientifique le 18 décembre à Rouen

Le CIRNEF (Centre interdisciplinaire de Recherche Normand en Éducation et Formation), L’université de Rouen-UFR Sciences de l’homme et de la Société, Le CEFEDEM de Normandie et les Cahiers pédagogiques organisent une journée scientifique sur le thème :

Actualité des travaux en Sciences de l’éducation de Jean-Pierre Astolfi

Programmation 2014-2015 Présentation de la journée :

À l’occasion de l’anniversaire des dix ans de la disparition trop précoce de Jean-Pierre Astolfi, cette journée scientifique, organisée en partenariat entre le laboratoire CIRNEF, le CEFEDEM de Normandie et les Cahiers pédagogiques souhaitent rendre hommage à ses contributions à la pensée éducative dans le champ scolaire et remettre en lumière certaines des thématiques centrales de son travail scientifique pour analyser leur actualité dans la recherche en éducation contemporaine pour les pratiques d’enseignement en milieu scolaire mais également dans les dispositifs d’enseignement du champ musical.

Des conférences permettront de développer un point de vue situé sur son travail et son parcours à l’Université de Rouen (J. Houssaye, PU Emérite à l’Université de Rouen ; M. Develay, PU Emerite Professeur émérite de l’Université Louis Lumière Lyon 2 : M. Fabre, PU Emérite Université de Nantes, J. Wallet PU Emérite à l’Université de Rouen)

Quatre thématiques caractéristiques de ses travaux de recherche et de sa pensée éducative, illustrées dans la collection « entretien avec… Jean Pierre Astolfi » de B. Fleury, seront plus particulièrement développées dans le cadre d’ateliers avec l’éclairage de chercheurs ou de professionnels du champ de l’éducation :

- La question de la saveur et du sens des savoirs et les enjeux de dévolution (P. Guznic, CIRNEF ; JM Zakhartchouk, Cahiers pédagogiques).
- Les différenciations pédagogiques (F. Castincaud, Cahiers pédagogiques ; L. Lescouarch, CIRNEF)
- La construction des savoirs disciplinaires, de l’interdisciplinarité et des compétences (P. Tavignot, CIRNEF ; J. Wattebled, CIRNEF).
- Les médiations au service des apprentissages (Y. Lefort, CEFEDEM ; E. Saillot, CIRNEF).

Associée à la parution d’un Hors Série Numérique des Cahiers pédagogiques, cette journée scientifique s’adresse aux chercheurs, étudiants et professionnels désireux de mieux connaitre les travaux scientifiques de Jean Pierre Astolfi et leurs prolongements dans les questions éducatives contemporaines.

Programmation 2014-2015 Entrée libre et gratuite mais inscription obligatoire

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Michel Delpech...

13 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Antoine Blondin (qui parle de Raymond Poulidor)

13 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Antoine Blondin (qui parle de Raymond Poulidor)

« Bien sûr, le peuple attend que Poulidor, que l’on a très longtemps fait passer pour un « sans-culot », prenne la Bastille. La voxpopulidor ne s’en cache guère et son exaltation  n’est pas pour nous déplaire à condition qu’elle n’entache pas de goujaterie à l’endroit de l’extraordinaire aristocrate de la bicyclette qu’est Jacques Anquetil. On ne demande pas la tête de l’homme de tête aussi impudemment que nous l’avons vu faire sur les routes. Il faut que les gens sachent que le moment est venu où l’on peut être pour l’un sans être contre l’autre, car ils sont désormais complémentaires dans le cadre de ce Tour de France inoubliable et se font mutuellement valoir ».

Antoine Blondin - La fièvre jaune

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France, écoute cette haine qui monte...

13 Novembre 2019 , Rédigé par L'Obs Publié dans #Politique

France, écoute cette haine qui monte...

LE CLIN D’ŒIL DE SERGE RAFFY. Invectives, imprécations, menaces, esprit de censure : la paix sociale du pays se dérègle gravement. Comment sortir du piège de la rancœur et du ressentiment ?

C’était il y a quatre ans. Pour certains, une éternité. Pour d’autres, parents de victimes ou victimes elles-mêmes, c’était hier. La douleur, toujours présente, marquée par l’absence ou la blessure. Ce 13 novembre 2015, le terrorisme islamique frappa au cœur de la capitale des droits de l’homme, distillant, à travers le sang et les larmes, son lent poison, celui de la haine.

La logique de la terreur, il est toujours bon de le rappeler, n’est pas seulement de tuer aveuglément, de terroriser les populations, mais bien de faire infuser peur, rejet de l’autre, repli sur soi, jusqu’au chaos. Ce venin est comme une bombe à mèche lente. Or, c’est exactement ce que notre pays traverse aujourd’hui, une crise sociale et morale qui, certes, n’a pas pour simple origine les calculs mortifères des fous de Dieu, mais qui porte en elle ce terrible danger.

Une époque dangereuse

La haine de l’autre ? La fin des débats respectueux où notre interlocuteur n’est pas forcément un ennemi à abattre ? Nous y sommes. Les signes avant-coureurs d’un climat malsain, où le dialogue apparaît comme une pratique antédiluvienne, sont désormais devant nos yeux. Ils sont protéiformes : l’interdiction de s’exprimer de François Hollande à l’université de Lille par une poignée d’étudiants extrémistes. La censure exercée par quelques féministes radicales lors de l’avant-première du film de Roman Polanski, « J’accuse », à Paris. Le détournement de l’étoile jaune à la manifestation contre l’islamophobie, avec, en corollaire, les débats hystériques et vengeurs qui ont suivi, dans tous les camps. L’intrusion au sein du ministère de l’Enseignement supérieur de militants étudiants réclamant un salaire pour étudiants…

Epoque dangereuse car, dans cette grande confusion idéologique, toutes les dérives irrationnelles s’expriment à tous vents. Elles flirtent souvent avec l’absurde. Exemple : ces animalistes devenus fous qui demandent à des scientifiques d’intervenir génétiquement sur les lions pour qu’ils deviennent herbivores et qu’ils laissent les antilopes brouter en paix. L’exemple est grotesque ? Il est la marque d’un dérèglement inquiétant. Pas seulement climatique.

Macron, un arbitre déboussolé

A grands pas, nous nous éloignons du monde de la raison, laissant le pouvoir aux seules émotions, à nos pires penchants. Epoque pré-révolutionnaire ? Pour reprendre une comparaison sportive, de football ou de rugby, on pourrait dire que les deux équipes sur le terrain – je vous laisse le soin de les nommer – ont abandonné tout esprit de fair-play et se livrent à une bagarre générale sans retenue. Mais que fait l’arbitre, en l’occurrence le pouvoir exécutif ? Comme toujours, en période de tension extrême, il est dépassé par les événements. Son sifflet est inaudible, couvert par les vociférations des acteurs. Il n’a, pour l’heure, qu’un souci véritable : sortir du terrain vivant, regagner les vestiaires au plus vite. Et échapper à cette colère aux mille têtes.

C’est un peu le sentiment que donne l’Elysée en ce moment. Le président Macron est un arbitre déboussolé, observant cette France qui lui échappe, témoin quasi impuissant face à cette haine qui monte inexorablement. Comment arrêter cette vague chargée de ressentiments et de peur de l’avenir, et endiguer tous les extrémismes, qu’ils soient islamistes ou fascistes ? François Hollande, en fonction lors des attentats du 13-Novembre, avait tenté de jouer la carte de la bienveillance. Emmanuel Macron s’était, un temps, essayé au coup de menton napoléonien, pour se résoudre, aujourd’hui, à une posture plus « force tranquille ». Sans plus de succès. Contre le poison de la haine, quel antidote choisir ? Peut-être un peu de justice sociale ?

Serge Raffy

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Les silences...

13 Novembre 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Les silences…

(À lire en écoutant la Moldau de Bedřich Smetana)

J’aime le silence. Celui après Mozart qui est encore du Mozart. Celui imposé par un baiser partagé avec une femme aimée. Le silence d’une classe à condition qu’il soit utile, occupé, et rompu par l’échange que le maître organise dans le plaisir de la recherche, du questionnement, de la compréhension enfin. Le silence qui s’installe à la tombée de la nuit, l’été, dans El Jadida qui se prépare à vite se réveiller une fois l’obscurité venue. Les nuits y étaient délicieusement animées après la longue après-midi chaude, lourde, obligeant à la sieste, la pénombre pour unique vêtement au-dessus des draps, volets clos laissant filtrer quelques rais de lumière invitant la poussière à danser dans l’air. Le silence était doux à ma peau d’enfant.

Il est des lieux qui appellent le silence. Qui sont et font silence. Vasterival au printemps. Le Jardin du Luxembourg enneigé. Les églises des villages. Agnostique, je ne m’interdis pas la quiétude, l’ombre, la fraîcheur de ces lieux. Il y a dans le recueillement de ceux qui croient, de ceux qui prient, quel que soit le dieu, un mystère qui m’échappe et m’envahit à la fois. Si tu savais la fascination qu’ exerce sur moi le silence choisi des moines et moniales !

Quel bonheur d’avoir pu partager, tout à l'heure, ton silence devant cette tombe au cimetière. Un silence à deux est plus profond encore.

Le silence de la maison, un dimanche matin, tôt. Quand tout dort. Même le chat. On attend le soleil et c’est la pluie qui vient. Rompant la quiétude en cognant aux carreaux.

Le silence de ma mère, m’observant travailler. Elle tricotait en écoutant Barbara ou Marie Laforêt. Son regard sur moi enveloppait l’espace d’un silence studieux, bienveillant, chaleureux, musical. Jusqu’au « Maman, j’ai fini ! »

Le silence du résistant qui n'a pas parlé. Ne parlera jamais.

Et puis Khadija, silencieuse. Elle parlait peu. Riait beaucoup ! Au moindre détail. Je la regardais, assis sur le carrelage de la cour intérieure, un livre à la main. Je levais la tête pour m’assurer de sa présence. Elle était toujours là. Précieuse. Ne pas l’entendre ne me dérangeait pas quand je la savais proche. Un sourire complice offrait à l’instant un bonheur silencieux.

Ne pas tout dire. Ne pas parler. Savoir garder le silence. GARDER LE SILENCE ! Dans le secret de sa mémoire, de sa conscience. De tout ce qui ne s’ouvre pas. Se taire. Savoir se taire pour faire comprendre. Et peu importe que l’autre, aussi, se taise. Puisqu’elle vous fait comprendre son silence. Ne pas dire « Je t’aime » tout en le prononçant dans le silence profond d’un sourire, d’un regard, d’un effleurement. Une merveille médiévale. Le surnaturel n’est jamais loin lorsqu’il s’agit d’amour. Ces choses que l’on tait révélant bien davantage que ces choses que l’on dit.

Et puis il y a les silences détestables…

Celui des politiques actuels silencieusement sourds aux enjeux du XXIe siècle. Celui du monde devant le réfugié qui se noie. Celui de ceux qui ne veulent pas entendre les hurlements de la femme battue, de la femme violée, de l’enfant frappé, de l'étudiant immolé. Le silence des complices. Celui, le plus terrifiant, massacré par le bruit des bombes, le fracas des guerres, les cris des blessés, des mutilés, les larmes des veuves et des orphelins. Ce silence plein de bruit et de fureur ! Car le silence semble n’exister que pour servir d’écrin aux bruits, des plus agréables aux plus atroces. Une verre vide qui attend son eau ou son vin. Il n’y a de tempête que dans les verres pleins !

- Reparle-moi des silences que tu aimes… Laissons de coté la laideur. Regarde, il fait si beau.

Tu as raison. Je me souviens tout particulièrement de silences offerts par mes parents. Mon père m’a un jour rapporté un livre dont le titre m’a immédiatement emporté. « Le Silence de la Mer » d’un auteur au nom sans prénom… Vercors. Tout sonnait juste dès la couverture. En noir et blanc. Une photo extraite du film tiré du roman – film que je regarde encore, fasciné. Une table, une lampe, trois personnages… Un vieil homme qui aurait pu être mon grand-père, une jeune fille lui fait face. Elle pourrait être ma mère. Et, debout, regardant mon grand-père, lui-même regardant ma mère, cet homme à qui aucun des deux autres ne parle. Ni même ne veut voir. Le silence est d’une épaisseur à faire peur ! Je lirai ce livre et le relirai souvent. Il me semble tellement bien connaître ces trois-là… Faire partie de leur silence.

Je me souviens aussi de ce film d’une beauté envoûtante. Un film japonais déjà ancien. « L’Ile nue » ... Je l’ai vu très jeune, avec mes parents. À Casablanca je crois, au Rex ou à l’Empire. Un sujet aussi dépouillé que les champs de ce couple d’agriculteurs peinant à irriguer leurs maigres cultures. Ils rejoignaient le paysan de mon enfance, derrière sa charrue tirée par un âne. Il se taisait lui aussi. Je n’entendais que les rires de sa fille. Je vois tant de peines silencieuses encore aujourd’hui, dans une France que d’aucuns rêvent en « Startup nation », dans un pays qui ne parlerait que d’une voix. Une autre forme de « silence ». Dangereuse. Mais laissons cela.

L’ile nue… On n’entend dans ce film que des chants d’écoliers et le cri de la mère, tout à la fin… Pas un mot n’est prononcé. Une terre aride. Une musique. Un silence tragique.

- Tu as remarqué ? Les tragédies se déroulent toujours au soleil.

Oui… Ce soleil qui parle aux ombres… Créées par lui, par nous. Dans la quiétude des ruelles aux volets clos.

D’où échappent parfois quelques voix disloquées se brisant au soleil. Jusqu’au silence retrouvé par les pas qui m’éloignent.

Christophe Chartreux

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L’amour n’a point d’âge : il est toujours naissant.”

Blaise Pascal

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Revue de Presse Education... Le système — Numérique — Violence...

13 Novembre 2019 , Rédigé par Les Cahiers Pedagogiques Publié dans #Education, #Médias

Revue de Presse Education... Le système — Numérique — Violence...

La revue de presse vous propose les infos du jour mais aussi celle de ce long week-end.

Le système

Le programme de travail 2019-2020 du Conseil supérieur des programme. Très large, il porte notamment sur les programmes du collège.

Hauts-de-Seine : des lycéens sans affectation attaquent l’Education nationale en justice Par LEXPRESS.fr avec AFP
Une dizaine de lycéens redoublants des Hauts-de-Seine, n’ayant toujours pas d’affectation dans un établissement, ont décidé d’attaquer en justice l’Éducation nationale pour forcer l’institution à leur attribuer une place, a indiqué la FCPE 92 vendredi. L’audience en référé (procédure d’urgence) doit se tenir le 13 novembre.”

Réforme du baccalauréat : l’européanisation d’une institution française
Les élèves de 1ère fraîchement rentrés en ce début d’année scolaire seront les premiers diplômés de la nouvelle version du baccalauréat en juillet 2021. L’examen réformé intègrera contrôle continu, grand oral et verra la disparition des filières générales. Monnaie courante ailleurs en Europe, ces nouveautés restent vivement critiquées en France. En effet, elles représentent l’une des évolutions parmi les plus importantes de cette institution qu’est le baccalauréat depuis sa création en 1808 par Napoléon.”

Réforme du lycée : les conseils de classe nouvelle formule par Sonia Princet
C’est une petite révolution. Avec la réforme du lycée, le "groupe classe" a explosé dans bon nombre d’établissements. Le ministère de l’Éducation nationale n’avait pas anticipé ces conséquences et laisse les chefs d’établissements trouver eux-mêmes une nouvelle organisation des conseils de classe.”

Jeunesse rurale : « La politique d’égalité des chances ne doit pas consister en un aller simple vers les métropoles », Tribune de Bixente Etcheçaharreta, président de l’association Des territoires aux grandes écoles
"Alors que le gouvernement a récemment lancé une mission de réflexion sur les obstacles rencontrés par les jeunes ruraux, Bixente Etcheçaharreta, président de l’association Des territoires aux grandes écoles, évoque, dans une tribune au « Monde », le risque « d’accélérer la fuite des forces vives en dehors des territoires »."

Et en Allemagne : ces Länder où les enfants réussissent mieux à l’école
“Une étude récente fait état d’importantes divergences dans les résultats scolaires entre les différents Länder allemands. Tour d’horizon.”

Numérique

Comment l’éducation se mondialise et se digitalise ?
La France a un rôle de premier plan pour l’éducation et la diffusion de sa langue dans le monde. Elle dispose de nombreux outils numériques favorisant l’apprentissage, dont les nouvelles technologies de l’éducation aussi appelées « EdTechs ».”

Le « diaporama comme objet transitionnel » : un instit raconte une réunion de formation particulièrement absurde
De plus en plus utilisé, ce dispositif technique de cours apporte du réconfort à l’enseignant et à l’étudiant mais tue la relation pédagogique. Un récit de Nicolas Oblin, extrait de « Critiques de l’école numérique », aux éditions L’Echappée.” (très, très long texte)

« Face à l’instrumentalisation du numérique et des neurosciences, les enseignants doivent défendre leur liberté pédagogique »
L’ancien éditeur scolaire et ingénieur Philippe Champy dénonce dans son dernier ouvrage la pression mise sur les professeurs par le numérique éducatif et les neurosciences.” Propos recueillis par Séverin Graveleau

Pédagogie : l’université innove aussi ! par Amélie Petitdemange
Les cours à l’université ne se déroulent plus forcément dans un amphi où des centaines d’étudiants sont assis et se contentent d’écouter un cours magistral. Certains établissements innovent dans leur pédagogie.”

A La Défense, les classes virtuelles font leur trou dans l’enseignement supérieur
Du campus de l’Essec au Pôle universitaire Léonard de Vinci, les formations délivrées par des enseignants seuls face aux écrans se multiplient.”

Violence

Quand il n’y a plus que la violence contre soi.
Lyon : étudiant immolé, un appel au rassemblement mardi devant les Crous par Anthony Faure
Vendredi après-midi, un étudiant de 22 ans s’est immolé à Lyon. Il est entre la vie et la mort. Le syndicat Solidaires étudiants appelle à un rassemblement devant le Crous de Lyon mardi.”

Immolation à Lyon : étudiants et enseignants sous le choc Par Camille Stromboni
Trois jours après le drame qui s’est déroulé vendredi 8 novembre à Lyon, la sidération le dispute à la tristesse et la colère, dans l’entourage d’Anas K. « Aujourd’hui, je vais commettre l’irréparable », a écrit l’étudiant de 22 ans, dans un post Facebook qu’il a publié avant de s’asperger d’essence et de s’immoler devant le bâtiment du Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous) de la Madeleine, à Lyon. Le jeune homme inscrit en licence de science politique à l’université Lyon-II, y étudiait depuis quatre ans. Très gravement brûlé, il était toujours entre la vie et la mort, mardi matin. Le parquet de Lyon a ouvert une enquête pour « recherche des causes des blessures ».”

Et celle contre les autres
Prévenir les violences dans le couple dès le lycée : le violentomètre
Je relaie aujourd’hui l’outil créé par le Centre Hubertine Auclert à la demande du Conseil Régional d’Ile de France, et baptisé : le violentomètre. Excellent support à la discussion, il est à diffuser auprès des lycéens, filles comme garçons, afin de prévenir certes les violences faites aux femmes, mais plus largement les violences au sein du couple. Rappelons les tristes chiffres officiels : au cours d’une année, 219 000 femmes de 18 à 75 ans sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles commises par leur ancien ou actuel partenaire intime (mari, concubin, pacsé, petit-ami ; ancien ou actuel ; cohabitant ou non). Le sujet est donc incontournable.”

Bernard Desclaux

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A lire... Un pouvoir implacable et doux : La Tech ou l'efficacité pour seule valeur - Philippe Delmas/Fayard

13 Novembre 2019 , Rédigé par Libération - Fayard Publié dans #Sociologie

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Immolation à Lyon : «Son geste en dit beaucoup sur la situation étudiante actuelle»...

13 Novembre 2019 , Rédigé par Libération Publié dans #Education

Après la tentative de suicide d’un étudiant à Lyon, une manifestation était organisée à Lille (Nord), mardi 12 novembre 2019, autour du slogan « La précarité tue ». (©JB/Lille actu

Après la tentative de suicide d’un étudiant à Lyon, une manifestation était organisée à Lille (Nord), mardi 12 novembre 2019, autour du slogan « La précarité tue ». (©JB/Lille actu

Après la tentative de suicide d’A., étudiant de 22 ans, devant le bâtiment lyonnais du Crous vendredi, ses soutiens et amis ont afflué ce mardi à Lyon-II.

«La précarité tue» : cette phrase est devenue virale, ce week-end, sur les réseaux sociaux, suite à l’acte désespéré d’A. (1), un étudiant qui s’est immolé par le feu vendredi au pied d’un bâtiment du Crous (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) de Lyon. Ce slogan est désormais tagué en lettres rouges sur les murs du bureau de Nathalie Dompnier, la présidente de l’université Lyon-II, saccagé en marge du rassemblement organisé ce mardi en hommage à l’étudiant, brûlé à 90% et luttant toujours pour la vie à l’hôpital.

C’est à quelques mètres de l’endroit où A. a commis «l’irréparable», selon ses propres mots dans un message laissé au préalable sur Facebook, que ses soutiens ont afflué ce mardi à 10 heures. Des membres du syndicat Solidaires, dont l’étudiant de 22 ans est une figure, ont d’abord lu sa lettre signée d’un «au revoir» et justifiant un geste «politique» : «Je vise […] le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et, par extension, le gouvernement», a-t-il écrit, fustigeant le «libéralisme qui crée des inégalités».

«Moyens de vivre»

Les interventions se sont ensuite succédé devant un millier de personnes. «Je connaissais très bien notre camarade, son geste en dit beaucoup sur la situation étudiante actuelle et sur la grandeur de son investissement militant», considère Louise, également membre de Solidaires, qui a rappelé l’une des revendications de son organisation, «le salaire étudiant, payé à toute personne qui étudie pour qu’elle ait les moyens de vivre».

Originaire de Saint-Etienne, A. triplait sa deuxième année de licence en sciences politiques et ne touchait plus de bourse. «C’est lui qui m’a appris beaucoup de choses sur le syndicalisme de lutte, se souvient Beverly Rubin, membre de Solidaires et ancienne camarade de promotion d’A. Il a aussi toujours été très impliqué dans la vie de la fac.» Elu à la Commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU), le jeune homme vivait à la résidence étudiante Jean-Mermoz, en périphérie de Lyon («la pire», commente Beverly Rubin), avant de perdre son logement cette rentrée en raison de son nouveau redoublement.

«On savait qu’il n’était pas bien, raconte la jeune femme qui a assisté à une réunion avec lui mardi dernier, mais il ne nous avait pas parlé plus que ça de sa demande de bourse exceptionnelle.» Cette dérogation lui ayant été refusée, A. n’avait plus aucune source de revenus pour poursuivre ses études. «Et même quand j’en avais, 450 euros par mois, était-ce suffisant ?», interrogeait-il dans son texte. «Il vivait chez sa copine depuis juillet, toute sa vie se résumait à défendre les droits des étudiants et plus largement ceux des prolétaires, des pauvres. S’il s’en sort, ce sera toujours comme ça, il continuera à se battre contre le capitalisme», veut croire Beverly Rubin.

«Etre étudiant, c’est aussi sortir, découvrir une ville, la vie»

Avant qu’une marche ne s’élance spontanément, deux étudiants viennent dire au micro que des «choses à manger» ont été achetées «pour ceux qui ne peuvent pas se payer un petit-déjeuner». Arrius, 22 ans, étudiant en sciences sociales, n’est pas dans ce cas : «Je ne suis pas le plus à plaindre, mais c’est important d’être là par solidarité.» Le jeune homme, qui connaissait A. «de loin», s’émeut de cette «détresse liée aux injonctions du type "si tu es dans la merde, c’est de ta faute" qui finit par te faire vriller».

Et les «difficultés», ce n’est pas seulement parvenir tout juste à payer son loyer et ses repas, souligne Arrius : «Quand la part des loisirs est inexistante, ça conduit à l’isolement.» A ses côtés, Angie, 21 ans, acquiesce : il a abandonné ses études de musicologie pour travailler à temps complet dans la restauration «à cause de cette précarité» : «J’avais plus d’une demi-heure de transports pour aller en cours, ça prenait une part énorme de mon budget. Etre étudiant, normalement, ce n’est pas juste fournir un travail intellectuel, c’est aussi sortir, découvrir une ville, la vie.» Plus loin, Catherine, 59 ans, une salariée qui vient de reprendre ses études en sociologie, abonde : «Un certain nombre d’étudiants touchent le fond, je trouve très grave, très dangereux que l’idée de conditions minimales d’existence ne soit pas admise socialement.»

Lorsque la déambulation arrive devant le rectorat, elle est accueillie par une ligne de policiers armés. Au mégaphone, quelqu’un dit : «On voulait une réponse des pouvoirs publics, la voilà, en uniforme avec des flash-balls !» La marche atterrit finalement sur l’un des deux campus de Lyon-II, sur les berges du Rhône, qui après la mise à sac du bureau de sa présidente a été bloqué pour le reste de la journée. Au même moment, à l’Assemblée nationale, la députée LFI Danièle Obono a lu le message d’A. Le secrétaire d’Etat à la jeunesse, Gabriel Attal, s’est engagé en réponse à «continuer à avancer». Les étudiants lyonnais appellent à une reconduction du blocus pour mercredi.

Maïté Darnault

(1) Le nom d’A. est apparu dans certains médias, Libération fait le choix, en respect de celui de ses confrères, de ne donner que son initiale.

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