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Vivement l'Ecole!

Ma rue...

13 Août 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Ma rue

                                             “Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses.”   Marcel Proust

Je suis un enfant de la rue. Pas n’importe quelle rue. Pas n’importe quel enfant. Enfant unique. Rue unique.

À El Jadida, la ville de mon enfance ensoleillée et pluvieuse parfois - car il pleut au bord de l’Atlantique - j’ai vécu dans une rue. La rue Guynemer. Perpendiculaire à deux autres qui descendaient vers la ville ou montaient vers le plateau. Là se trouvait mon école, l’école Charcot. Guynemer, Charcot furent mes premiers héros. Enfant, je cherchais fébrilement qui ils avaient pu être.

Ma rue séparait la maison d’un champ cultivé par un homme dont je n’ai hélas jamais su le nom. Lui aussi était un héros. Combien de fois l’ai-je vu - souvent aidé par une petite fille brune, rieuse, malicieuse - appuyer de toutes ses maigres forces sur un vieux soc rouillé, peinant à creuser un sillon. Le bœuf ou l’âne qui tirait son outil souffrait sous l’effort et les attaques incessantes des mouches. Entre eux et moi il y avait une rue. Il y avait des siècles.

Cette petite fille me faisait des signes de la main. Je les lui rendais. Jamais pourtant nous n’avons échangé un seul mot. Ils étaient inutiles. Ces instants furtifs de complicité partagée sous un ciel vidé de nuages, ensoleillé par son sourire, je les attendais avec gourmandise. La tendresse de son regard bouleversait ma naïveté.

Ma rue descendait en pente très douce vers le parc de la ville. Mon père et quelques-uns de ses amis y jouaient au tennis. Je l’accompagnais. J’aimais voir mon père heureux. Le soir, quand le dernier troupeau de nuages ocres disparaissait brusquement pour laisser place à des milliards d’étoiles, pendant les quelques minutes faisant osciller, trembler, hésiter le monde entre le clair et l’obscur, un couple de paons poussait des cris saluant la fin du jour. Eux aussi je les attendais, assis sur le devant de la maison, à même le sol. Naître en Algérie ou au Maroc, c’est passer un pacte avec la lumière et la poussière. C’est épouser une nature aride. C’est ne jamais se lasser des brûlures du soleil, des pluies de février, des rouleaux Atlantique, de la beauté de cette petite fille qui gardait l’âne de son père. Sous un ciel dévoré de chaleur et d’étoiles.

Ma rue menait à l’école. L’école Charcot. Mon école. Celle de la raison et des savoirs quand la rue fut celle de la vie. Blanche derrière son large portail qui, une fois ouvert le matin, laissait se déverser un flot d’enfants venus de partout. Nous étions marocains, français, espagnols, italiens, libanais, grecs. Le monde jouait dans la cour avec pour surveillants l’innocence et la certitude d’être heureux. Nos seules disputes se déroulaient autour d’une partie de billes. La journée finie, nous nous précipitions vers le vendeur de pois chiches, de « pépites » et de bonbons. Il attendait devant le portail, de l’autre côté de la rue. Une autre rue.

Ma rue, c’était celle des copines et des copains. Puis des flirts. La tendresse et la douceur des bouleversements du cœur. L’enfance s’évanouit dans les premiers baisers à l’abri des regards des parents. Jouer à cache-cache permettait toutes les audaces, celles d’oser aller vers les corps assouplis de filles devenant femmes. Impressionné par leur assurance, leur franchise, la douceur humide de leur peau gorgée de lumières. Sous leur robe légère, je devinais l’intelligence des courbes. La beauté ! Ce pays recèle des trésors pour qui sait les voir, les regarder, les respecter. La sensualité explose à chaque coin de rue, autant que la misère.

La petite fille de ma rue, dans son champ, avec son père, était magnifiquement belle.

Jamais je n’oublierai la profondeur de son regard, l’éclat de son sourire, la douceur de ses gestes, la fluidité de son pas, imprimant dans ma mémoire les traces d’une pauvreté lumineuse…

Lorsqu’elle courait. Pieds nus. Je l’ai aimée. Je l’aime encore.

Christophe Chartreux

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" De l'enfant-consommateur à l'enfant-citoyen : quelle éducation? "

13 Août 2019 , Rédigé par Trommenschlager Franck - Psychanalyste et psychosociologue Publié dans #Education

" Nous avons besoin d'une éducation qui permette aux enfants de décélerer et d'apprendre à penser. Les parents, le tissu associatif et culturel, l'école doivent prendre la mesure de l'enjeu. La démocratie, la constitution du bien commun, le sauvetage de notre planète menacée nécessitent de nouvelles pratiques éducatives et une nouvelle place à la réflexion, au livre, au débat. " 

Philippe Meirieu

EXTRAITS

Philippe Meirieu : Pour avoir enseigné récemment en CM2 après une interruption de plusieurs années, je n'ai pas tant été frappé par la baisse du niveau que par l'extraordinaire difficulté à contenir une classe qui s'apparente à une cocotte-minute.

 

Dans l'ensemble, les élèves ne sont pas violents ou agressifs, mais ils ne tiennent pas en place. Le professeur doit passer son temps à tenter de construire ou de rétablir un cadre structurant. Il est souvent acculé à pratiquer une "pédagogie de garçon de café", courant de l'un à l'autre pour répéter individuellement une consigne pourtant donnée collectivement, calmant les uns, remettant les autres au travail.

 

Il est vampirisé par une demande permanente d'interlocution individuée. Il s'épuise à faire baisser la tension pour obtenir l'attention. Dans le monde du zapping et de la communication "en temps réel", avec une surenchère permanente des effets qui sollicite la réaction pulsionnelle immédiate, il devient de plus en plus difficile de "faire l'école". Beaucoup de collègues buttent au quotidien sur l'impossibilité de procéder à ce que Gabriel Madinier définissait comme l'expression même de l'intelligence, "l'inversion de la dispersion".

Dès lors que certains parents n'élèvent plus leurs enfants dans le souci du collectif, mais en vue de leur épanouissement personnel, faut-il déplorer que la culture ne soit plus une valeur partagée en Europe et comment faire en sorte qu'elle retrouve sa centralité ?

(…)

P. M. : L'autorité est en crise parce qu'elle est individuée et qu'elle n'est plus soutenue par une promesse sociale partagée. Le professeur tenait son autorité de son institution. Aujourd'hui, il ne la tient plus que de lui. L'école garantissait que l'autorité du professeur était promesse de réussite - différée, mais réelle - pour celui qui s'y soumettait.

 

Aujourd'hui, la promesse scolaire est éventée et le "travaille et tu réussiras" ne fait plus recette. L'école, qui était une institution, est devenue un service : les échanges y sont régis par les calculs d'intérêts à court terme. Le pacte de confiance entre l'institution scolaire et les parents est rompu. Ces derniers considèrent souvent l'école comme un marché dans lequel ils cherchent le meilleur rapport qualité/prix.

 

Le défi qui s'ensuit est double. Nous devons d'abord réinstitutionnaliser l'école jusque dans son architecture. Si les lycées napoléoniens ont si bien fonctionné, c'est qu'à mi-chemin entre la caserne et le couvent, ils alliaient l'ordre et la méditation. Réinstitutionnaliser l'école, c'est y aménager des situations susceptibles de susciter les postures mentales du travail intellectuel.

 

Il est essentiel d'y scander l'espace et le temps, d'y structurer des collectifs, d'y instituer des rituels capables de supporter l'attention et d'engager l'intention d'apprendre...

 

Nous devons ensuite, contre le savoir immédiat et utilitaire, contre toutes les dérives de la "pédagogie bancaire", reconquérir le plaisir de l'accès à l'oeuvre. La mission de l'école ne doit pas se réduire à l'acquisition d'une somme de compétences, aussi nécessaires soient-elles, mais elle relève de l'accès à la pensée. Et c'est par la médiation de l'oeuvre artistique, scientifique ou technologique que la pensée se structure et découvre une jouissance qui n'est pas de domination, mais de partage.

 

P. M. : L'accès à l'oeuvre, parce qu'elle exige de différer l'instrumentalisation de la connaissance et d'entrer dans une aventure intellectuelle, se heurte à notre frénésie de savoir immédiat. Car les enfants de la modernité veulent savoir. Ils veulent même tout savoir.

 

Mais ils ne veulent pas vraiment apprendre. Ils sont nés dans un monde où le progrès technique est censé nous permettre de savoir sans apprendre : aujourd'hui, pour faire une photographie nette, nul n'a besoin de calculer le rapport entre la profondeur de champ et le diaphragme, puisque l'appareil le fait tout seul...

Ainsi, le système scolaire s'adresse-t-il à des élèves qui désirent savoir, mais ne veulent plus vraiment apprendre. Des élèves qui ne se doutent pas le moins de monde qu'apprendre peut être occasion de jouissance.

 

Des élèves rivés sur l'efficacité immédiate de savoirs instrumentaux acquis au moindre coût, et qui n'ont jamais rencontré les satisfactions fabuleuses d'une recherche exigeante. C'est pourquoi l'obsession de compétences nous fait faire fausse route. Elle relève du "productivisme scolaire", réduit la transmission à une transaction et oublie que tout apprentissage est une histoire...

 

En réalité, la culture française a toujours été rétive aux théories de l'apprentissage, pour leur préférer les théories de la connaissance : "l'exposé des savoirs en vérité" apparaît ainsi comme la seule méthode d'enseignement, qu'elle prenne la forme de l'encyclopédisme classique ou des référentiels de compétences béhavioristes.

 

Dans cette perspective, le savoir programmatique est à lui-même sa propre pédagogie, et toute médiation, tout travail sur le désir, relèvent d'un pédagogisme méprisable. Je regrette profondément l'ignorance de l'histoire de la pédagogie dans la culture française : elle nous aiderait à débusquer nos contradictions et nos insuffisances, et à réinventer l'école.

(…)

P. M. : De même qu'aucun métier ne se réduit à la somme des compétences nécessaires pour l'exercer, aucun savoir ne se réduit à la somme des compétences nécessaires pour le maîtriser. Les compétences graphiques, scripturales, orthographiques, grammaticales suffisent-elles pour entrer dans une culture lettrée ? Je n'en crois rien, car entrer dans l'écrit, c'est être capable de transformer les contraintes de la langue en ressources pour la pensée.

 

Ce jeu entre contraintes et ressources relève d'un travail pédagogique irréductible à l'accumulation de savoir-faire et à la pratique d'exercices mécaniques. Il renvoie à la capacité à inventer des situations génératrices de sens, qui articulent étroitement découverte et formalisation. Or, nous nous éloignons aujourd'hui à grands pas de cela avec des livrets de compétences qui juxtaposent des compétences aussi différentes que "savoir faire preuve de créativité" et "savoir attacher une pièce jointe à un courriel".

Que peut bien signifier alors "l'élève a 60 % des compétences requises" ? La notion de compétence renvoie tantôt à des savoirs techniques reproductibles, tantôt à des capacités invérifiables dont personne ne cherche à savoir comment elles se forment. Ces référentiels atomisent la notion même de culture et font perdre de vue la formation à la capacité de penser.

 

A l'heure où nous passons des connaissances aux compétences, quels sont les leviers politiques qui permettraient de réinventer l'école ?

(…)

P. M. : Je suis entièrement d'accord avec Marcel Gauchet sur l'importance d'une mobilisation politique sur la question de l'éducation, qui dépasse d'ailleurs celle de l'école. Les programmes éducatifs des deux principaux partis politiques français ne proposent rien de plus que de nouvelles réformes scolaires : il n'y est nullement question de la famille, du rôle des médias, de la présence des adultes dans la ville, des relations transgénérationnelles...

 

Marcel Gauchet et Philippe Meirieu, alors que vous appartenez à des mouvances différentes, vous avez cherché à dépasser l'opposition entre "pédagogues" et "républicains", cette vieille querelle qui divisait les soi-disant partisans des savoirs de la transmission et ceux qui prônaient l'exclusive transmission des savoirs. Est-ce le signe de la fin d'un clivage tenace mais sclérosant ?

(…)

P. M. : A l'heure actuelle, l'essentiel est d'inventer une école qui soit délibérément un espace de décélération, un lieu d'apprentissage de la pensée et d'expérience d'un travail collectif solidaire. Or, sur ces questions, le patrimoine pédagogique m'apparaît d'une extrême richesse. Le clivage politique, quant à lui, se situe entre ceux qui chargent l'école de transmettre une somme de savoirs techniques garantissant à terme l'employabilité du sujet, et ceux pour qui l'école a une vocation culturelle qui dépasse la somme des compétences techniques qu'elle permet d'acquérir.

 

C'est là une question de société qui appelle un véritable débat démocratique.

 

Entretien complet à retrouver en cliquant ci-dessous

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Marie Laforêt...

12 Août 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... René de Obaldia...

12 Août 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Achetez-moi l’ahurissement.

TCHOUANG-TSEU

Si vous voulez devenir roi d’Angleterre, vous renoncez au poste de bedeau à Brompton.

CHESTERTON

Le romancier travaille. Le poète souffre.

MAX JACOB

Je dresse le plan de mes batailles avec le songe de mes soldats endormis.

NAPOLÉON

On ne s’appuie que sur ce qui résiste.

FRANÇOIS ANDRIEUX

Sans le diable, Dieu n’aurait jamais atteint le grand public.

JEAN COCTEAU

Le théâtre : la réflexion active de l’homme sur lui-même et sur sa folie.

NOVALIS

La femme qui contient toute la nature sous un petit volume a pour norme de dissoudre les éléments mâles imparfaits.

LE SÂR PÉLADAN

La vie est une tragédie pour ceux qui la sentent et une comédie pour ceux qui la pensent.

WALPOLE

Il n’y a que la bêtise humaine pour me donner une image de l’infini.

JEAN LORRAIN

J’ai peu de choses en commun avec moi-même.

FRANZ KAFKA

L’homme est comme Dieu l’a fait et bien souvent pire.

CERVANTES

Le vrai bonheur serait de se souvenir du présent.

JULES RENARD

Les anges volent parce qu’ils se prennent eux-mêmes à la légère.

CHESTERTON
   L’expérience : un peigne pour peigner les chauves.
TCHOUANG-TSEU
   La vie est triste, l’art est gai.
FRIEDRICH DÛRRENMATT
René de Obaldia - Perles de vie
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Quel est le nom du ministre de l'Education Nationale? (A écouter intégralement)

12 Août 2019 , Rédigé par VousNousIls Publié dans #Education

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Sharon Robinson... (et Leonard Cohen)

11 Août 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... André Breton...

11 Août 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

"Nous tournons par la rue de Seine, Nadja résistant à aller plus loin en ligne droite. Elle est à nouveau très distraite et me dit de suivre sur le ciel un éclair que trace lentement une main. "Toujours cette main." Elle me la montre réellement sur une affiche, un peu au-delà de la librairie Dorbon. Il y a bien là, très au-dessus de nous, une main rouge à l'index pointé, vantant je ne sais quoi. Il faut absolument qu'elle touche cette main, qu'elle cherche à atteindre en sautant et contre laquelle elle parvient à plaquer la sienne. "La main de feu, c'est à ton sujet, tu sais, c'est toi." Elle reste quelque temps silencieuse, je crois qu'elle a les larmes aux yeux. Puis, soudain, se plaçant devant moi, m'arrêtant presque, avec cette manière extraordinaire de m'appeler, comme on appellerait quelqu'un, de salle en salle, dans un château vide : "André ? André ? ... Tu écriras un roman sur moi. Je t'assure. Ne dis pas non. Prends garde : tout s'affaiblit, tout disparaît. De nous, il faut que quelque chose reste... Mais cela ne fait rien : tu prendras un autre nom : quel nom veux-tu que je te dise, c'est très important. Il faut que ce soit un peu le nom du feu, puisque c'est toujours le feu qui revient quand il s'agit de toi. La main aussi, mais c'est moins essentiel que le feu. Ce que je vois, c'est une flamme qui part du poignet, comme ceci (avec le geste de faire disparaître une carte) et qui fait qu'aussitôt la main brûle, et qu'elle disparaît en un clin d'oeil. Tu trouveras un pseudonyme, latin ou arabe. Promets. Il le faut." Elle se sert d'une nouvelle image pour me faire comprendre comment elle vit : c'est comme le matin quand elle se baigne et que son corps s'éloigne tandis qu'elle fixe la surface de l'eau. "Je suis la pensée sur le bain dans la pièce sans glaces."

 

André Breton - Nadja

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Réfugiés... Vae Victis... Mort aux vaincus...

11 Août 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Refugies

Réfugiés... Vae Victis... Mort aux vaincus...

Réfugiés

                                                                  « Vae Victis » - Mort aux vaincus

A l’approche de Paris, de part et d’autres de l’autoroute, cachés derrière des piles de ponts ou masqués par les arbres, des dizaines de tentes et d’abris de fortune défilent sous nos yeux. Ils survivent. D’autres n’ont pas eu leur « chance ».

La rentrée scolaire 2015 avait quelques jours. Nous étions le 3 septembre. La photo d’un enfant, allongé sur une plage turque dans son t-shirt rouge, allait en quelques minutes faire le tour du monde. Il était mort noyé en Méditerranée. Celle-ci rendait son corps, comme un message. Comme des milliers d’autres messages. Il s’appelait Aylan.

La tragédie se poursuit.

Elle a lieu loin des caméras tant il est difficile d’envoyer des équipes de journalistes passer jours et nuits en pleine mer, à la recherche de témoignages, d’images. De vérité. Ces femmes, hommes et enfants meurent loin des regards, dans un silence déchirant. L’oubli souvent n’est pas loin. Il rôde pour effacer. Dans les sociétés hyperdéveloppées, tout ce qui ne se voit pas n’« existe » pas. Nous - citoyens de ces sociétés - sommes devenus dépendants de l’image. Celle-ci valide tout. Sans elle, nous ne croyons à rien. Les politiques tels Donald Trump ou Emmanuel Macron l’ont très bien compris. Ne donnons pas à réfléchir; donnons à voir. Saturons l’espace médiatique d’images. Mais aussi d’éléments de langage, de « punch line », ces mots qui ne font sens qu’à condition de percuter les esprits pour « faire image » le plus instantanément possible.

La France, dans cette affaire, n’a pas joué le rôle qui doit être le sien. Ne le jouent toujours pas. Tous les arguments consistant à freiner, voire à interdire, l’accueil des réfugiés sont irrecevables. Le monde entier, même si aucun pays ne peut se prévaloir d’une innocence d’agneau, a été choqué par l’épisode honteux de l’Aquarius, ce navire affrété par une ONG (Organisation Non Gouvernementale) que la « Macronie » a tout fait pour éloigner de nos côtes, d’un port d’accueil. Pendant cette période, notre pays s’est rapproché des démocraties populistes. L’« extrême centre » se déportait vers l’« extrême droite ».

Je suis un « réfugié ». Privilégié car arrivé en France dans d’excellentes conditions, poussé de force ni par la guerre, ni par la famine, ni par quelque autre catastrophe. Pourtant, je me souviens que mes premiers pas au lycée ne furent pas des plus agréables. Lorsque vint mon tour, parmi les « nouveaux », de dire quel était mon établissement d’origine et que mes camarades entendirent, dans le hall où nous étions rassemblés, « Lycée Lyautey à Casablanca au Maroc », je fus submergé par des dizaines de regards allant de l’interrogation à l’agressivité. Après l’appel des « nouveaux », il y eut la classe. Par bonheur, étant un littéraire-né, je me suis retrouvé entouré de trente-six filles bienveillantes. J’étais le seul garçon. Belle année initiatique.

Néanmoins, il y eut cet épisode. Un jour, ce devait être en décembre de cette année de terminale, en cours d’Education physique et sportive où plusieurs classes se mêlaient, un garçon dont j'ai effacé le prénom, après un désaccord sans importance, me dit: «Tu me fais chier, mec ! Retourne dans ton pays ! » Je souffre encore aujourd’hui en écrivant ces mots.

La France, je n’en doute pas, est un pays d’accueil. L’immense majorité des femmes et hommes qui le peuplent sont prêts à ouvrir leur porte et leur cœur. Hélas, il reste, tapi dans l’ombre mais de plus en plus en lumière, un fond de racisme et d’antisémitisme qui n’est ni « primaire », ni encore moins « ordinaire » - qu’est-ce que c’est que ça, le « racisme ordinaire » ? Les « succès » des partis d’extrême droite en Europe sont inquiétants. Les populismes gagnent du terrain. Plus personne ne se cache pour apporter son soutien à tel ou telle dirigeant ou dirigeante de partis ouvertement fascistes.

Jamais je n'oublierai le jour où le Président Macron et son gouvernement ont refusé l’accueil, ont refusé l’asile à l’Aquarius, ont refusé de porter secours aux femmes, hommes et enfants qu’il transportait. J’ai ressenti pendant des semaines et je le ressens encore, ce goût amer de tristesse infinie mêlée de rage intérieure qui avait envahi ma gorge le jour où ce « camarade » me demanda de « retourner chez moi ». Qu’il soit rassuré, j’y retourne souvent.

"Réfugiés" …

Aylan en quittant sa terre, sa maison, ses jouets ne savait pas que la mort lui donnait rendez-vous en mer, celle d’Ulysse et des Sirènes. Peut-être, comme les compagnons du navigateur homérique, aurait-il dû trouver un stratagème pour ne pas les entendre, ces sirènes européennes. Elles lui ont tant promis. Naïf enfant, il les a crues. Elles l’ont puni de mort !

La France n’est pas plus ni moins coupable que les autres pays. Mais la France est un pays « particulier ». Il est celui d’Hugo et de Sartre.

Entre tant d’autres qui auraient, le poing tendu vers le destin, engagé un duel à mort pour que triomphe la vie, pour que l’emporte l’humanité, pour que ne disparaisse pas Aylan.

Plusieurs kilomètres piquetés de tentes, tôles, cartons et bâches défilent toujours nos yeux.

Christophe Chartreux         

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Mythologie de la grammaire scolaire...

11 Août 2019 , Rédigé par France Inter Publié dans #Education

Mythologie de la grammaire scolaire...
Nos deux iconoclastes, Arnaud Hoedt et Jérôme Piron, nous proposent de démonter ici le plus grand mythe fondateur de l’école républicaine : la grammaire scolaire. Et ceci avec le soutien d'André Chervel, remarquable linguiste, grammairien et historien français.
Historiquement, c'est le dix-neuvième siècle qui voit la sacralisation de l'orthographe.
Dans son ouvrage remarquable, Et il fallut apprendre à écrire à tous les petits Français, le linguiste André Chervel retrace l’histoire de la grammaire scolaire du début du dix-neuvième siècle à nos jours et éclaire certains aspects de notre rapport conflictuel à la langue française.
André Chervel, chercheur en histoire au sein du Service d'Histoire de l'Éducation, s'exprime ainsi :

La grammaire scolaire utilise des méthodes terroristes pour faire taire toute forme de réflexion grammaticale critique au profit d’une prière républicaine fondée sur le par cœur

Bibliographie 

  • Chervel A. Et il fallut apprendre à écrire à tous les petits Français : histoire de la grammaire scolaire. Paris: Payot; 1977. 306 p. (Langages et sociétés).
  • Wilmet M. Petite histoire de l’orthographe française. Bruxelles, Belgique: Académie royale de Belgique; 2015. 80 p. (L’Académie en poche).

 

A écouter en cliquant ci-dessous

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Dominique A... Toute latitude - Eléor - La poésie - Manset...

10 Août 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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