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Vivement l'Ecole!

Coup de coeur... Antoine Blondin...

21 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Après la Seconde Guerre mondiale, les trains recommencèrent à rouler. On rétablit le tortillard qui reliait notre village à la préfecture. J’en profitai pour abandonner ma femme et mes enfants qui ne parlaient pas encore. Ma femme, elle, ne parlait plus. C’est donc dans un grand silence que je pris le chemin de la gare, par l’avenue dont les platanes venaient d’être émondés. Ces moignons d’arbres ouvraient devant moi un itinéraire d’hiver, rendu sensible par le contraste d’une campagne croulante de feuillages et de grappes. On était à la fin du mois d’août. Je n’avais pas très chaud au cœur.

Ma mère, qui habitait une petite maison de veuve à l’extrémité du bourg, était instruite de mon projet et ne le désapprouvait pas. Elle faisait peu de cas de ma femme, estimant qu’une épouse contractée dans les péripéties de l’exode s’inscrivait au titre des dommages de guerre. Denise nous était arrivée en juin 40 avec un matelas sur la tête. Je n’avais eu de cesse que je ne le lui eusse mis sous les reins. Ce point acquis, nous avions construit un pavillon en meulière autour de ce matelas, entrepris un élevage autour de ce pavillon, dressé des barbelés autour de cet élevage. J’ignorais si je devais me compter au nombre des deux millions de prisonniers dont il était question.

J’étais bien traité cependant et l’immobilité à laquelle nous étions contraints satisfaisait un canton rêveur de ma nature. Vint l’armistice et, avec lui, nos premières querelles. Il se produisait de vastes mouvements dans le monde qui me mirent des fourmis dans l’imagination. Je crus ne pas aimer la terre, ni ses racines, ni ses silences, mais plutôt les voyages et les villes où sonne minuit. Sous mon enveloppe provinciale, un caprice de bachelier me dictait que ma véritable patrie était autre part. Ma mère avait beaucoup de considération pour ce baccalauréat que j’avais obtenu, quelques années auparavant, à la faveur d’une session spéciale pour les jeunes moissonneurs. Elle serrait mon diplôme, le seul qui eût jamais sanctionné les mérites de la famille, entre ses conserves de fruits et ses trousseaux de clefs. Après l’avoir longtemps ménagé comme une poire pour la soif ou un passe-partout, elle le débusqua, vers cette même époque, sous l’œil indifférent de sa bru et s’en fit une hache dans le combat qu’elle commença de lui livrer pour mon émancipation. Brandissant ce gage de mes dispositions, elle lui remontra qu’il n’y avait plus d’avenir pour moi dans les clapiers clandestins, d’où j’avais tiré mes bénéfices sous l’Occupation, et que les temps étaient révolus des mariages par inadvertance et de la Résistance en peaux de lapin.

À la longue, son instinct en forme de serpe alla jusqu’à m’ébaucher dans la masse les perspectives d’une carrière parisienne, plus conforme à mes humeurs et à ses aspirations, d’où Denise était pratiquement exclue.

Contre cette conversion de mon destin et la menace qu’elle suspendait sur notre foyer, ma femme ne se défendit qu’avec une inertie assez désobligeante. Elle venait d’un pays froid et dur, dont les vertus se reflétaient à travers son mutisme, son courage abrupt, son aptitude à prendre pied sur n’importe quel sol, fût-ce le nôtre. Les seules armes dont elle fit usage, j’avais contribué à les lui forger, tenaient dans ce petit garçon et cette petite fille qu’elle appelait tranquillement les orphelins.

L’idée de partir ne m’est pas venue d’un seul coup. Elle s’est imposée à la façon d’un lent vertige, comme l’image de sa chute hante l’homme qu’elle fait tomber. Ce furent les matinées où Denise descendait sans me réveiller, les soirs où elle bordait les enfants en négligeant de m’avertir, une réparation qu’on effectua à mon insu, un chien qu’on vendit pour lequel j’éprouvais de l’affection. Jour après jour, ma femme me relevait implicitement de mes fonctions domestiques, de mes privilèges familiaux, de mes fidélités intimes, comme si son âme méticuleuse se fût exercée à se passer de moi. Chacun de ses gestes, qui contribuait à m’effacer de notre domaine, était une invitation au départ. À la fin, il ne me resta plus que le sentiment presque grisant de constater ma propre absence et que cette absence ne laissait aucun vide : le quotidien allait sans moi. Surnuméraire à l’intérieur de mes frontières, la porte m’était ouverte ; je m’y précipitai. 

Sous la lumière déclinante de cinq heures, la maison de ma mère paraissait noire, comme sa robe. Elle était située après le passage à niveau, en bordure d’un sentier qui longeait la voie ferrée et finissait par se perdre dans les champs. Une fenêtre ouvrait du côté des vaches, l’autre du côté des trains. Enfant, je courais de l’une à l’autre. J’ai connu des vaches diverses, je n’ai jamais vu passer qu’un seul train. Encore ne faisait-il qu’aller et venir jusqu’au soir où il rentrait de soi-même dans sa boîte en bois palpitante. C’était un animal parfaitement apprivoisé. Ce n’est pas de lui que je tiens le goût des aventures, mon père me l’a légué avec ses livres, ses disques, ses pipes de voyageur immobile.

Comme il arrive souvent, une grande curiosité des choses lui était venue avec la maladie. Il s’essoufflait à suivre l’actualité, faisait rimer entre elles des capitales aux noms extravagants, ressassait des relations somptueuses qu’il avait entretenues dans sa jeunesse. Mais je ne l’ai vu se déplacer qu’une fois, pour aller au cimetière, porté par d’obscurs partenaires de manille qui ne pleuraient que d’un œil.

Par la suite, ma mère m’avait élevé dans le culte de Paris, où j’étais né sans m’en apercevoir, et qu’elle m’apprenait à travers des cartes postales, des almanachs, des plans du métro. Elle-même y avait vécu, en 1919, le temps de connaître mon père et de s’en faire aimer. Elle était vendeuse dans un grand magasin du centre où Étienne Laborie s’occupait de publicité. On disait qu’il y avait beaucoup d’avenir dans cette branche pour les jeunes gens fortement décorés. Le héros de Verdun n’avait pas perdu tout son flair sous le masque à gaz : quand un retour d’ypérite l’eut contraint à cesser la moindre activité, il trouva à son chevet une compagne dévouée à ses gilets thermogènes comme elle l’était la veille à ses vestons d’alpaga. Ils se retirèrent dans cette région des Charentes, d’où ils étaient plus ou moins originaires l’un et l’autre, et s’y alitèrent en remâchant de sourdes revanches sur le sort. Devenue veuve à trente ans et privée de boulevards, ma mère ne s’était jamais tout à fait résignée à ne plus connaître que les succursales de la vie.

Dans le bourg, nous passions pour des gens furtifs et réservés, toujours prêts à s’en aller, le cœur ailleurs. On ne nous savait ni riches, ni pauvres, ni fonctionnaires, et c’était irritant à cause des préséances. On n’aime pas les francs-tireurs du bonheur, surtout lorsqu’ils manquent leurs coups. Denise, qu’on appela Mme Laborie jeune, ou Mme Benoît, rassura d’emblée par sa pesanteur tranquille, sa simplicité. On apprécia qu’elle fît bâtir, défricher, fructifier, qu’elle offrît au jour des enfants et des veaux, qu’elle ajoutât au patrimoine commun, sans regarder plus loin. Elle était du parti de la terre ; c’était sans doute ce qui expliquait tout.

Moi, je me sentais seul, incertain de mes vocations, partagé entre l’orgueil et l’humilité. Je n’avais plus rien à dire à mes camarades de l’école communale, ceux qui auraient pu devenir mes conscrits, mes prochains. Nous nous étions séparés, lorsque j’étais allé poursuivre mes études à Angoulême. Et, de sursis scolaires en sursis agricoles, je n’avais jamais rejoint l’armée. Mes amitiés les plus assidues, je les tirais de l’auberge où je faisais la partie de quelques mauvais sujets du voisinage, des garçons affranchis et oisifs, fraîchement démobilisés pour la plupart, en qui je retrouvais sous l’écorce grossière une désespérance sœur de la mienne. Quand Denise revenait du bocage gorgé que je désertais peu à peu, portant la rosée du crépuscule dans sa cape de bergère, elle n’avait pas un regard pour cette fenêtre éclairée derrière laquelle je me tenais attablé parmi les réprouvés en sabots. Alors l’un d’eux lançait d’une voix qui faisait tourner les têtes : « Tiens, v’là ta femme qui rentre ! » Je répondais : « Laisse rouler... » avec un rire faux, dont ils daignaient me rendre la monnaie entre leurs dents. Cet instant, où je frôlais la bouffonnerie conjugale, était ma contribution tremblante au cynisme de leurs jeux. Ce n’était pas sur moi, pourtant, mais sur Denise, que j’attirais ainsi le mépris de ces célibataires. Le jour que j’en pris conscience, ma résolution de sortir du cercle se trouva confirmée.

À quelque temps de là, invoquant je ne sais quel méchant prétexte, je bouclai ma valise. Trop de livres, pas assez de linge : Denise devina que c’était le bagage d’un émigrant.

Derrière ses volets entrouverts, ma mère pouvait maintenant apercevoir le couple que nous formions, Denise et moi, sur l’avenue de la Gare. Sous le regard des autres, dans l’accord de nos pas, réglés sur le landau où nos enfants dormaient, nous offrions encore l’illusion de l’harmonie. Seule, ma mère se disait, avec un tremblement : « Cet homme et cette femme désunis qui s’avancent, c’est mon fils qui quitte ma bru. »

Denise avait décidé qu’elle m’accompagnerait jusqu’au passage à niveau. Mais son visage fermé me signifiait de n’avoir pas à me méprendre : elle n’agiterait pas son mouchoir. Par un détour de sécheresse ou de pudeur, nos adieux lui étaient un but de promenade entre beaucoup d’autres. Elle me laissait me dépêtrer de la tendresse ambiguë de cette fin d’après-midi et se refusait à en partager le déchirement. Droite sur ses hautes jambes précises, des jambes d’arpenteur, elle appartenait au paysage et à toutes les saisons d’une vie simple et calme. Je comprenais qu’elle préférerait toujours les biens étalonnés à mes Eldorados de derrière la tête. Elle était seulement déléguée dans ses vêtements bourrus pour me confirmer que mon village continuerait sans moi.

Antoine Blondin - L'humeur vagabonde

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A Voir... Roubaix une lumière - Par Arnaud Desplechin avec Roschdy Zem, Léa Seydoux, Sarah Forestier...

21 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Cinéma

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Etre et Savoir... Par Louise Tourret/France Culture...

21 Juillet 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education

Etre et Savoir... Par Louise Tourret/France Culture...

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Les 10 « avantages » de l’antipédagogisme... Par Luc Cédelle...

21 Juillet 2019 , Rédigé par Luc Cédelle Publié dans #Education

Les 10 « avantages » de l’antipédagogisme... Par Luc Cédelle...

 

EXTRAIT

(…)

Les antipédagogistes se renforcent mutuellement de tous leurs discours convergents, mais chacun ne répond (lorsqu’il répond) que pour lui-même. L’attaque est massive, mais toute contre-attaque est condamnée à l’atomisation. L’antipédagogisme, fondamentalement, est un discours avantageux. Sans prétention à l’exhaustivité, je me suis amusé à recenser au moins dix des « avantages » dont il dispose. Avant, si j’y parviens, de développer chacun d’entre eux, en voici l’énumération :
1) L ‘adaptabilité à 360 degrés à toutes les options politiques de l’extrême droite à l’extrême gauche.
2) La facilité d’assimilation, indépendamment du niveau de culture générale ou de connaissance de l’éducation.
3) La « rebellitude » sans risque ou comment se prendre pour Che Guevara tous les matins.
4) Le droit à l’exécration, ou comment pratiquer l’outrance illimitée sans passer pour un extrémiste.
5) L’auto-exonération de toute responsabilité (puisque c’est toujours la faute du coupable universel, démasqué une fois pour toute).
6) La jouissance rhétorique (avoir à sa disposition une armée de mots et d’expressions toute faites d’une extrême efficacité).
7) L’esprit de supériorité (se sentir et se déclarer loin au-dessus des barbares, des médiocres et des tièdes).
8) L’abolition de la contradiction (inutile d’enquêter, lire, vérifier… collectionner les anecdotes suffit à nourrir la pensée).
9) La solidarité de caste (une fois intronisé dans l’Olympe antipédagogiste, le discrédit n’existe pas quoi qu’on fasse).
10) L’éternité conceptuelle (un mode de pensée qui existait hier, existe aujourd’hui, existera demain… bref, du solide!).
Je n’ignore pas qu’un certain nombre de dérives, excès ou dénaturations de la pédagogie pourraient donner lieu à un exposé, en retour de celui-ci, des « dix avantages du pédagogisme ». Il est donc compréhensible que des gens respectables et soucieux de la qualité de l’enseignement se soient emparés de cette notion et de ce néologisme pour porter un discours critique. Pour une part, la mise en accusation du pédagogisme est une réaction interne à la cause pédagogique, donc à la recherche du mieux-enseigner. Pour une part seulement, et ce n’est pas cette part qui domine aujourd’hui.

(…)

Luc Cédelle

Le billet complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Miley Cyrus...

20 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Mélanie Guyard...

20 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Les regrets ont la beauté des fleurs sur les tombes. Ils se fanent là où on les dépose.

(…)

- En fait, le seul ogre du conte, c'est le monde, je dis. Il bouffe nos enfants, et parfois même avec notre complicité.

Mélanie Guyard - Les âmes silencieuses

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Voltaire, précurseur de la laïcité... (Video)

20 Juillet 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Education, #Laïcité

Inspirateur et précurseur des notions de tolérance et des principes de laïcité, Voltaire a fait de la littérature et de la connaissance une arme face à toutes les formes de fanatisme. Portrait déjouant toute image figée, de ce "grand libérateur de l'esprit".

Faut-il se résigner aux desseins de la Providence sans chercher à les comprendre ? Pourquoi vaut-il mieux hasarder de sauver un coupable que d’emprisonner un innocent ? N’y a-t-il point de mal dont il ne naisse un bien ? 

Plus les hommes seront éclairés, et plus ils seront libres.

Une conférence enregistrée en décembre 2015.

André Magnan, professeur émérite à l'Université de Paris Ouest, président d'honneur de la Société Voltaire, il est considéré comme l’un des plus éminents spécialistes de l’œuvre de Voltaire.

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ENA, ENS, Polytechnique… faut-il encore payer les élèves...

20 Juillet 2019 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

ENA, ENS, Polytechnique… faut-il encore payer les élèves...

EXTRAITS

La question de la rémunération dans certaines grandes écoles est absente des discussions sur l’avenir de la formation de la haute fonction publique.

1 617 euros net par mois à l’Ecole nationale d’administration (ENA), 1 342 euros à l’école normale supérieure (ENS) Paris, quelque 900 euros à Polytechnique… Dans certaines des plus prestigieuses écoles publiques, destinées à former l’élite des professeurs, d’ingénieurs et d’administrateurs, les élèves sont payés par l’Etat. Le président de la République a ouvert le chantier de la formation de la haute fonction publique, le 25 avril, avec la fracassante annonce de la suppression de l’ENA.

Reste un grand absent des débats : la rémunération des élèves de ces grandes écoles. Pas un mot de Frédéric Thiriez, énarque chargé de faire ses propositions à Emmanuel Macron d’ici à l’automne. Selon son entourage, la question « ne devrait pas être abordée dans le champ de cette mission ».

« Evoquer le sujet, c’est toujours s’attirer les foudres, mais on se situe au cœur des “inégalités de destin” dont parle le président dans ses discours », défend Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, qui a publié une note en août 2017 sur les « privilégiés de l’école » que l’on « paie pour étudier ». Difficile de connaître le nombre total de jeunes concernés, en l’absence de données globales officielles, mais ils représenteraient quelques milliers d’étudiants.

Ce salaire a-t-il encore un sens, quand la majorité des élèves de ces établissements prestigieux viennent de milieux favorisés ? On compte 83 % d’élèves de famille CSP+ à l’ENS Paris, 7 % d’enfants d’agriculteurs, d’artisans, d’ouvriers et d’employés à Polytechnique, ou encore 4,4 % d’élèves de l’ENA ayant un père ouvrier… « C’est totalement décalé de payer des enfants qui sont majoritairement issus de familles fortunées », estime Louis Maurin, qui prône l’application du système de bourses étudiantes classique.

« Cette rémunération procédait d’une logique qui ne fonctionne plus en partie, abonde Emmanuel Aubin, professeur de droit à l’université de Poitiers. Elle était la conséquence du statut de fonctionnaire stagiaire des élèves, mais aussi une manière d’attirer vers la fonction publique et de permettre le recrutement de personnes venant de tout milieu social. » A l’Ecole polytechnique, aujourd’hui, plus de 80 % des élèves ne se dirigent pas, à la sortie, vers la haute fonction publique, mais vers le secteur privé ou celui de la recherche.

(…)

« Fonctionnaires stagiaires »

« On sait qu’on est des privilégiés », reconnaît un normalien parisien, qui préfère garder l’anonymat. Il s’apprête à rompre son engagement décennal pour aller travailler dans une start-up et à rembourser sa pantoufle. Il admet sans difficulté que « supprimer ce privilège du salaire n’aurait rien de scandaleux ». Sa famille, de classe moyenne, ne verrait peut-être pas les choses de la même manière : « Ce n’était pas vital, mais mes parents étaient bien contents de cette aide pour financer en même temps les études de mon frère, sinon il y aurait eu des trous dans la trésorerie. »

Les écoles se défendent en rappelant qu’il s’agit d’abord d’un « principe général de la fonction publique et de l’armée, qui veut qu’on paye les élèves durant leur formation », entend-on à l’ENA, où l’on cite les nombreuses écoles concernées, de celle des directeurs d’hôpitaux à l’administration pénitentiaire en passant par les greffes. « Nos élèves sont des fonctionnaires stagiaires », insiste son directeur, Patrick Gérard. Ces derniers travaillent pour l’Etat durant leurs études, par le biais de stages en préfecture, dans les ambassades, etc. Et d’ajouter qu’à l’heure où l’on veut ouvrir socialement la haute fonction publique, il serait peu cohérent de retirer ce soutien qui bénéficie aux élèves modestes – quand bien même ils sont minoritaires.

(…)

Camille Stromboni

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

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Juliette...

19 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

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Coup de coeur... George Sand...

19 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Quand son mari l’aborda d’un air impérieux et dur, il changea tout d’un coup de visage et de ton, et se trouva contraint devant elle, maté par la supériorité de son caractère. Il essaya alors d’être digne et froid comme elle ; mais il n’en put jamais venir à bout.

« Daignerez-vous m’apprendre, madame, lui dit-il, où vous avez passé la matinée et peut-être la nuit ? »

Ce peut-être apprit à madame Delmare que son absence avait été signalée assez tard. Son courage s’en augmenta.

« Non, Monsieur, répondit-elle, mon intention n’est pas de vous le dire. »

Delmare verdit de colère et de surprise.

« En vérité, dit-il d’une voix chevrotante, vous espérez me le cacher ?

— J’y tiens fort peu, répondit-elle d’un ton glacial. Si je refuse de vous répondre, c’est absolument pour la forme. Je veux vous convaincre que vous n’avez pas le droit de m’adresser cette question.

— Je n’en ai pas le droit, mille couleuvres ! Qui donc est le maître ici, de vous ou de moi ? qui donc porte une jupe et doit filer une quenouille ? Prétendez-vous m’ôter la barbe du menton ? Cela vous sied bien, femmelette !

— Je sais que je suis l’esclave et vous le seigneur. La loi de ce pays vous a fait mon maître. Vous pouvez lier mon corps, garrotter mes mains, gouverner mes actions. Vous avez le droit du plus fort, et la société vous le confirme ; mais sur ma volonté, Monsieur, vous ne pouvez rien, Dieu seul peut la courber et la réduire. Cherchez donc une loi, un cachot, un instrument de supplice qui vous donne prise sur elle ! c’est comme si vouliez manier l’air et saisir le vide !

— Taisez-vous, sotte et impertinente créature ; vos phrases de roman nous ennuient.

— Vous pouvez m’imposer silence, mais non m’empêcher de penser.

— Orgueil imbécile, morgue de vermisseau ! vous abusez de la pitié qu’on a de vous ! Mais vous verrez bien qu’on peut dompter ce grand caractère sans se donner beaucoup de peine.

— Je ne vous conseille pas de le tenter, votre repos en souffrirait, votre dignité n’y gagnerait rien.

— Vous croyez ? dit-il en lui meurtrissant la main entre son index et son pouce.

— Je le crois, » dit-elle sans changer de visage.

Ralph fit deux pas, prit le bras du colonel dans sa main de fer, et le fit ployer comme un roseau en lui disant d’un ton pacifique :

« Je vous prie de ne pas toucher à un cheveu de cette femme. »

Delmare eut envie de se jeter sur lui ; mais il sentit qu’il avait tort, et il ne craignait rien tant au monde que de rougir de lui-même. Il le repoussa en se contentant de lui dire :

« Mêlez-vous de vos affaires. »

Puis, revenant à sa femme :

« Ainsi, madame, lui dit-il en serrant ses bras contre sa poitrine pour résister à la tentation de la frapper, vous entrez en révolte ouverte contre moi, vous refusez de me suivre à l’île Bourbon, vous voulez vous séparer ? Eh bien, mordieu ! moi aussi…

— Je ne le veux plus, répondit-elle. Je le voulais hier, c’était ma volonté ; ce ne l’est plus ce matin. Vous avez usé de violence en m’enfermant dans ma chambre : j’en suis sortie par la fenêtre pour vous prouver que ne pas régner sur la volonté d’une femme, c’est exercer un empire dérisoire. J’ai passé quelques heures hors de votre domination ; j’ai été respirer l’air de la liberté pour vous montrer que vous n’êtes pas moralement mon maître et que je ne dépends que de moi sur la terre. En me promenant, j’ai réfléchi que je devais à mon devoir et à ma conscience de revenir me placer sous votre patronage ; je l’ai fait de mon plein gré. Mon cousin m’a accompagnée ici, et non pas ramenée. Si je n’eusse pas voulu le suivre, il n’aurait pas su m’y contraindre, vous l’imaginez bien. Ainsi, Monsieur, ne perdez pas votre temps à discuter avec ma conviction ; vous ne l’influencerez jamais, vous en avez perdu le droit dès que vous avez voulu y prétendre par la force. Occupez-vous du départ ; je suis prête à vous aider et à vous suivre, non pas parce que telle est votre volonté, mais parce que telle est mon intention. Vous pouvez me condamner, mais je n’obéirai jamais qu’à moi-même.

— J’ai pitié du dérangement de votre esprit, » dit le colonel en haussant les épaules.

Et il se retira dans sa chambre pour mettre en ordre ses papiers, fort satisfait, au dedans de lui, de la résolution de madame Delmare, et ne redoutant plus d’obstacles ; car il respectait la parole de cette femme autant qu’il méprisait ses idées.

George Sand - Indiana

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