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Vivement l'Ecole!

« Greta la science « et Onfray l’autistophobe ? Par Martina Charbonnel...

25 Juillet 2019 , Rédigé par Martina Charbonnel Publié dans #Environnement

« Greta la science « et Onfray l’autistophobe ? Par Martina Charbonnel...

J’aurais préféré ne rien avoir à écrire au sujet de Greta Thunberg tant il est vrai que l’on en parle trop et qu’il faut être bien naïf pour ne pas voir les manipulations à l’origine de la tentative forcenée d’en faire une icône de la lutte contre le réchauffement climatique.

Il se trouve que Greta Thunberg se présente comme autiste Asperger . J’aurais aussi aimé ne pas me sentir interpellée mais je le suis car mon fils adulte présentant aussi ce syndrome.

L’invitation de Greta Thunberg à l’Assemblée nationale a été à l’origine d’un véritable déferlement de haine sur les réseaux sociaux. Dans le meilleur des cas, les gens s’en sont pris à ceux qui la manipulent mais bien des critiques se sont résumées à des injures et des propos méprisants

On peut légitimement déplorer que Greta Thunberg s’exprime sur le registre de la menace (on peut le dire ainsi puisque son but revendiqué est de nous faire peur).

On peut aussi regretter qu’elle donne des leçons aux adultes allant jusqu’à dire aux députés qu’ils sont immatures.

Le fait qu’une jeune fille de 16 ans s’adresse aux grands de se monde et aux élus pour dire l’inquiétude de sa génération appelée à vivre les conséquences plus ou moins graves du réchauffement climatique est tout à fait recevable. Ils doivent entendre ces craintes et tenter d’y répondre. Mais peut-être ne sont-ils pas obligé de la vénérer quand elle leur explique ce qu’ils doivent faire.

Sur ce point, je rejoins Michel Onfray qui dans son texte « Greta la science fustige la civilisation de l’enfant roi.

Je n’approuve plus du tout Onfray lorsqu’il a des mots très durs envers Greta :

 » Cette jeune fille arbore un visage de cyborg qui ignore l’émotion – ni sourire ni rire, ni étonnement ni stupéfaction, ni peine ni joie. »

« Quelle âme habite ce corps sans chair? On a du mal à savoir « 

 » Elle lit les volumineux dossiers du GIEC dont elle débite les chiffres. »

La majeure partie de son texte ressemble à un règlement de comptes avec la jeune suédoise ainsi qu’avec ceux qui l’écoutent religieusement.

Les pamphlets de Michel Onfray qui font les délices du lecteur lorsqu’il se moque des gens puissants ne passent plus dut tout quand ils visent une jeune fille souffrant du syndrome d’Asperger.

Ce qu’il dit de son attitude, de sa gestion de l’émotion qui donne à penser qu’elle ne ressent, rien, sa voix glaciale quand elle énumère des chiffres ne fait que décrire quelques manifestations de ce syndrome.

Pourtant Onfray reste prudent pour aborder la question de l’autisme de Greta :« Les journalistes nous font savoir avec moult précaution, presque en s’excusant, qu’elle est autiste – il faut le dire, sans le dire, tout en le disant quand même. Dont acte. Je laisse cette information de côté. « 

Mais il poursuit : « L’usage métaphorique de ce mot est interdit par la bienpensance, mais on découvre également qu’il l’est aussi dans son sens premier. Donc on le dit, mais on n’a rien dit. »

Il me semble évident qu’il contourne le sujet de l’autisme pour mieux ironiser sur les symptômes. En ce sens,il y a une dimension « autistophobe  » dans le texte de Michel Onfray.

Mais il y a surtout chez lui une méconnaissance de certaines caractéristiques du syndrome d’Asperger. Que Greta soit manipulée à grande échelle par des gens qui ont intérêt à promouvoir un simulacre d’écologie est une évidence. Ceci ne signifie pas qu’ils décident à sa place ce qu’elle dit. C’est mal connaître l’autisme que de croire que les obsessions, les peurs qu’exprime Greta et les chiffre qu’elle cite lui ont été dictés par ces mêmes gens.

« Ce qu’elle lit, à défaut de le dire librement, n’est pas écrit par une jeune fille de son âge. « 

Ce n’est pas forcément exact : Des ados présentant le syndrome d’Asperger ne s’expriment pas comme des gens de leur âge. Lorsqu’un sujet devient obsessionnel pour eux, ils l’explorent avec une précision incroyable. Ce pourrait être leur force lorsque leur sujet de préoccupation est d’intérêt général ( c’est le cas avec le climat). C’est aussi et surtout leur drame car leur façon de s’exprimer avec autant de précision dérange et provoque souvent le rejet, ce qui renforce leur isolement. Très difficile à vivre pour eux.

Michel Onfray a beau se justifier : « Il n’y a rien à reprocher à une enfant qui veut voir jusqu’où va son pouvoir d’agenouiller les adultes, c’est dans l’ordre des choses. » En raillant l’attitude de Greta Thunberg en grande partie déterminée par son syndrome d’Asperger ( et l’importance démesurée que l’on accorde à ses propos), il vient de rejoindre cette partie de l’humanité qui regarde avec empathie des reportages sur l’autisme mais qui fuit les gens trop différents qui ne communiquent selon d’autres codes sociaux. Sa façon de s’en prendre à la jeune fille renforce l’ostracisme dont sont victimes bon nombre d’autistes Asperger.

Mais peut-être ne s’agit-il pour lui que d’écrire un bon billet amenant une réflexion sur le transhumanisme et les cyborgs. Si tel est le cas, il instrumentalise à sa façon une jeune fille fragile, faisant d’elle un cyborg en lui déniant sa sensibilité et son humanité.

Greta Thunberg n’est peut-être pas en mesure de stopper le réchauffement climatique mais elle a réussi à faire trébucher Michel Onfray.

Martina Charbonnel

(Et d'autres passionnants billets en cliquant sur le lien ci-dessous)

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"It's time to rebel"... Vidéo - The 1975

25 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Environnement

We are right now in the beginning of a climate and ecological crisis, and we need to call it what it is—an emergency. We must acknowledge that we do not have the situation under control, and that we don't have all the solutions yet; unless those solutions mean that we simply stop doing certain things. We must admit that we are losing this battle. We have to acknowledge that the older generations have failed. All political movements in their present form have failed, but Homo sapiens have not yet failed. Yes, we are failing, but there is still time to turn everything around. We can still fix this. We still have everything in our own hands, but unless we recognise the overall failures of our current systems, we most probably don't stand a chance.

We  are facing a disaster of unspoken sufferings for enormous amounts of people, and now is not the time for speaking politely or focusing on what we can or cannot say. Now is the time to speak clearly. Solving the climate crisis is the greatest and most complex challenge that Homo sapiens have ever faced. The main solution, however, is so simple that even a small child can understand it: we have to stop our emissions of greenhouse gases, and either we do that, or we don't. You say that nothing in life is black or white, but that is a lie—a very dangerous lie—either we prevent a 1.5 degree of warming, or we don't; either we avoid setting off that irreversible chain reaction beyond human control, or we don't; either we choose to go on as a civilisation, or we don't—that is as black or white as it gets; because there are no grey areas when it comes to survival.

Now  we all have a choice: we can create transformational action that will safeguard the living conditions for future generations, or we can continue with our business as usual and fail. That is up to you and me. And yes, we need a system change rather than individual change, but you cannot have one without the other. If you look through history, all the big changes in society have been started by people at the grassroots level—people like you and me. So, I ask you to please wake up and make the changes required possible. To do your best is no longer good enough. We must all do the seemingly impossible. Today, we use about 100 million barrels of oil every single day. There are no politics to change that; there are no rules to keep that oil in the ground. So, we can no longer save the world by playing by the rules, because the rules have to be changed—everything needs to change, and it has to start today. So, everyone out there, it is now time for civil disobedience. It is time to rebel.

Greta Thunberg
 

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Red Hot Chili Peppers...

24 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Jane Harper...

24 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

La vie était un savant dosage entre les pour et les contre. Son appartement était peut-être trop calme, trop vide quand il rentrait à la fin de la journée, mais il n’était pas observé par des yeux curieux qui savaient la moindre chose sur son compte. Ses voisins ne le jugeaient pas, ne le harcelaient pas ni ne répandaient de rumeurs sur sa famille. Ils ne déposaient pas de carcasses d’animaux devant sa porte. Ils lui fichaient la paix.

Certes, il avait pour habitude de tenir les gens à distance, de se faire des connaissances plutôt que des amis. Mais cela valait beaucoup mieux que de voir à nouveau l’un d’eux flotter a la surface d’une rivière, boursouflé, les membres brisés, a un jet de pierre de sa propre maison. Et oui, il devait supporter les déplacements quotidiens pour se rendre au travail, les journées passées sous les néons du bureau, mais au moins sa vie n’était pas suspendue à la menace d’un évènement climatique exceptionnel, Au moins n’était-il pas réduit à l’angoisse et au désespoir par ces ciels perpétuellement vides. Au point que le trou noir d’un canon de fusil pouvait apparaitre comme l’unique solution.

Jane Harper - Canicule

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Vers une école "en ordre"?

24 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Vers une école "en ordre"?

Aux balbutiements d'un XXIe siècle angoissant, chaotique, échevelé, dirigé par deux maîtres, la finance et la vitesse, nous - chacun à notre place, parents, élèves, enseignants, citoyens en général - avons tendance à réclamer non pas un ralentissement, non pas du recul, non pas le temps de la réflexion nécessaire à la compréhension d'un monde d'une incroyable complexité, mais de l'ordre pour un siècle, un monde, des sociétés que nous estimons en « désordre ». Une salle de classe quelque peu agitée est un concentré idéal de « désordre » parfois.

Et au milieu de ce petit chaos, le maître de cérémonie, le professeur, réclame, intime, impose l'Ordre !Il l'obtient souvent. Contrairement aux légendes - le monde et l'esprit ont besoin de légendes pour survivre - nos établissements scolaires ne sont pas à feu et à sang. Ils ne le sont que dans quelques esprits chagrins portés par la volonté de véhiculer quelques caricatures faciles convoquées au banquet des démonstrations hallucinantes de mauvaise foi. Au service de l'ordre.

Qu'est-ce que l'ordre ? Méfiance ! L'ordre et sa quête peuvent mener aux pires extrémités. Souvenons-nous de Goethe osant dire : « Je préfère une injustice à un désordre » Terrifiant ! Sans parler de l' « ordre juste » cher à une candidate à la Présidence de la République. L'ordre, toujours l'ordre. Mais ce Graal, très exactement et notamment dans nos salles de classe, est d'une dangerosité extrême car il cache beaucoup plus qu'il ne révèle.

Il cache les soucis de cet élève silencieux, oh si respectueux de l'ordre imposé qu'il ne peut être que « sans souci ». En tout cas il n'en pose pas. À vous. Le maître…

Il dissimule les lacunes, passées sous silence. L'ordre et le silence vont si bien ensemble. Le professeur est heureux. Il a vaincu le désordre. Il fait du « maintien de l'ordre ». Il est une « force de l'ordre ». Il passe dans les rangs. On entendrait une mouche voler. Il s'arrête un instant, contemple les têtes penchées sur les cahiers. Fier. Derrière lui, ou devant, ou à côté, il ne voit ni n'entend le désordre immense, le chaos total, l'enfer que vivent ces quelques enfants perdus au beau milieu des pires incompréhensions qu'on leur imposera de retrouver lors des « devoirs-maisons », « devoirs faits », « évaluations multiples et variées ».

Je ne fais pas ici le procès de l'ordre ni l’apologie du désordre. Je dénonce seulement la bêtise portée par quelques-uns voulant faire croire que LA solution des problèmes incontestables de l’École - car ne nous y trompons pas: c'est l’École qui est en crise, pas les élèves - serait d'y ramener l' ordre. Ceux-là ne veulent pas le retour à l'ordre. Ils ne veulent qu'une École sans rires, sans pleurs, sans enthousiasme, sans naïvetés, sans disputes, sans amours, sans sourires…

Une École « en ordre ». La grande illusion.

Christophe Chartreux

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Un personnage de roman

24 Juillet 2019 , Rédigé par France Culture Publié dans #Littérature, #Politique

Un personnage de roman

On m’a souvent demandé si Macron était un personnage romanesque. Je ne suis pas sûr que le romancier que je suis s’y connaisse spécialement en personnages romanesques, mais je répond en général que le roman n’aime pas trop les personnages de premier plan. On fait de meilleures histoires avec un séminariste raté fou de Napoléon qu’avec Napoléon lui-même, et Rastignac lui-même ne fit jamais beaucoup mieux que ministre. J’aimais bien Sarkozy pour cela : une dimension de personnage secondaire, de valet de comédie, même au sommet de sa gloire.

Comédie humaine du pouvoir

J’ai quelque part le manuscrit de mon premier projet romanesque sérieux : c’était un roman sur Mitterrand, et je ne l’ai jamais fini, évidemment. Pas touche à Louis-Philippe : c’est la doctrine Balzac. Doctrine apocryphe, mais rarement prise en défaut. Ne pas monter trop haut pour préserver la crédibilité de l’ensemble, et plutôt que de basculer trop vite dans un pays imaginaire, ou dans une temporalité de fantaisie, s’en tenir à cet entre-deux, immédiatement mythologique, qui sépare le pouvoir suprême du peuple anonyme : cela peut être le monde, la cour, la haute-administration, les milieux financiers, l’avant-garde, les sociétés secrètes ou les coulisses de la grande presse, peu importe, c’est l’espace privilégié du roman français, cette exploration minutieuse du pouvoir non pas en lui-même, et tant que stupéfiant suprême et cas de conscience infini — cela ce serait plutôt l’espace de la tragédie — mais son analyse indirecte, par les effets qu’il produit, les rêves qu’il brise, les espoirs toujours recommencés qu’il suscite : c’est cela, la comédie humaine. Une sorte de théologie négative du pouvoir. Tolstoï, après Balzac, en a été l’un des maîtres : l’intrigue politique de Guerre et Paix s’ouvre ainsi par la discussion des thèses d’un prédicateur français venu annoncer la paix universelle, puis on suit les aventures du Prince Pierre dans la franc-maçonnerie, avant de retrouver le Prince André dans le tout premier cercle du pouvoir tsariste, devenu l’intime de Speranski, le conseiller principal de l’empereur, sorti de nulle part et arrivé là par les vertus de sa seule intelligence. Mais ni ce Macron de 1810, ni ces aventures franc-maçonnes, ni ce prédicateur de paix n'intéressent vraiment Tolstoï : ce dernier sera doublé, sur son propre terrain, par la prédication guerrière du plus ardent de ses compatriotes, la franc-maçonnerie sera ramenée à une religion parodique et l’humour froid du technocrate Speranski finira par révulser André. Et quand celui-ci croise Napoléon, sur un champ de bataille, il est dans un semi-coma, mais c’est l’empereur victorieux qui est renvoyé, loin au-dessus de lui, à sa nature spectrale : une nature indigne d’une personnage de roman.

Une photo romanesque

Non, je ne crois pas que Macron soit un personnage de roman. Sa trajectoire est trop nette et ses aventures trop institutionnelles. Si, comme Julien Sorel, on voit qu’il admire l’Empereur, avec lequel il accuse d’ailleurs une petite ressemblance physique — c’était le message immanquable de son discours à la Pyramide du Louvre — , il a, lui, épousé Madame de Rênal, et ainsi gardé sa tête. Je suis retombé l’autre jour sur ce fameux portrait de groupe des jeunes rocardiens et, pour tout dire, j’ai trouvé cette seule photo plus romanesque que toute la séquence présidentielle du printemps. Le principal rival de Macron y figure, comme la plupart des leaders ou ex-leaders socialistes actuels. Mais ce qui crève l’écran c’est une spectaculaire absence. Non pas celle de Macron, bien sûr, qui devait avoir 15 ans à l’époque. Ce qu’on ne peut s’empêcher de voir, fasciné, c’est la surnaturelle absence de charisme de Jean-Luc Mélenchon. Qu’un professeur de Français en lycée technique dans le Jura soit devenu sénateur, c’est exceptionnel, mais ça demeure de l’ordre du possible — la magie des années Mitterrand. Ce n’est pas plus fou que d’imaginer qu’une petite ville de l’Essonne reçoive un opéra et une gare TGV. Tiens, justement : c’est la ville, dont il fut sénateur : on est déjà dans les dessous de l’histoire contemporaine, dans le romanesque pur. Qu’il devienne ensuite ministre de l’enseignement professionnel cela appartient encore à sa logique biographique. Mais le reste, sa mutation récente en Jaurès, en héros de la jeunesse, en Mitterrand tardif — synthèse improbable de ces deux France qui normalement ne se parlent pas, celle de l’Ancien Régime et du respect de l’immuable, des privilèges obtenus et des statuts spéciaux, et celle de la Révolution : cela en fait un personnage romanesque. Non pas complexe, ni même éblouissant, mais glorieusement invraisemblable. Etant entendu, bien sûr, le pacte romanesque ne souffre aucune exception, qu’il n’accède jamais au pouvoir suprême.

Aurélien Bellanger

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Amy Winehouse...

23 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Lydie Salvayre...

23 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Non, je lui ai dit non merci, je n’aime pas les musées, trop de beautés concentrées au même endroit, trop de génie, trop de grâce, trop d’esprit, trop de splendeur, trop de richesses, trop de chairs exposées, trop de seins, trop de culs, trop de choses admirables. Résultat : les œuvres entassées s’écrasent les unes sur les autres comme les bêtes compressées d’un troupeau et la singularité propre à chacune d’elles se voit aussitôt étouffée. Puis j’ai ajouté, tu vois ce qui est mal foutu dans les musées c’est que leur transition vers le dehors s’opère toujours de façon trop brutale, je veux dire sans la moindre préparation. Il faudrait aménager des passages, quelque chose comme des sas de décompression, des paliers de réadaptation au médiocre, de réaccoutumance progressive à la laideur, de sorte qu’au sortir de cette overdose de sublime à te flanquer la nausée, sitôt le seuil franchi, le retour à la vie quotidienne si imparfaite, si grise, si moche parfois, s’opère plus en douceur, tu comprends ?

Et comme au lieu de me répondre Alina s’apprêtait à revenir sur l’intérêt de sa proposition, je lui ai redit non non et non de la façon la plus tranchée, quand je dis non c’est non, terminé, tout en cherchant dans ma tête des arguments pour me défiler, des arguments de taille, politiques si possible et difficiles à réfuter. Tu veux que je te dise, je lui ai dit, ce qui m’insupporte le plus dans les musées c’est qu’ils soutirent un prestige moral – c’est la première idée qui me vint à l’esprit – qu’ils soutirent un prestige moral d’exposer n’importe quelle chiure pourvu que cette chiure ait déclenché un scandale ailleurs, très loin, en Chine par exemple, dans un pays barbare, une dictature si possible, chez les talibans ou en Corée du Nord, et ce dans le but de démontrer patriotiquement que la liberté d’expression ne souffrait dans les musées de notre république d’aucune amputation.

Et comme je sentais Alina sur le point de m’opposer un contre-argument – je le voyais à ses yeux qui devenaient plus sombres –, j’ai enchaîné aussitôt, rassure-toi je n’aime pas davantage les lieux d’expo qui s’émoustillent à l’idée de montrer les œuvres d’autochtones délicieusement canailles, délicieusement provocantes ou délicieusement hérétiques, des œuvres de révolte quoi, des œuvres d’insoumis qui 

vont jusqu’à graver Fuck you en lettres de diamants, tu mesures l’audace ? des œuvres qui dénoncent spectaculairement le règne du spectacle, pornographiquement le règne du porno et blasphématoirement le règne du blasphème, des œuvres, ai-je continué en élevant la voix, des œuvres qui surenchérissent sur des stéréotypes par d’autres stéréotypes censés nous scandaliser ! Sans compter – j’ai encore haussé le ton – sans compter que les coupables de ces fausses rébellions nous prennent pour des, pour des dupes ! et j’ai fait tourner violemment la petite cuiller dans ma tasse à café.

Le projet que me proposait Alina était de passer une nuit entière, seule, au musée Picasso où se donnait l’exposition Picasso-Giacometti. Il s’agissait, m’avait-elle expliqué, d’écrire un texte sur une expérience d’enfermement dans un lieu où des œuvres d’art étaient conservées. Je ne sais comment lui en était venue l’idée, mais elle y tenait, et quand Alina tenait à quelque chose, elle ne l’abandonnait pas de sitôt.

Deux jours s’étaient écoulés depuis notre conversation, et je ne cessais d’y penser. Et plus j’y pensais, plus l’expérience me semblait attirante et plus aussi elle me semblait risquée sans que je sache mettre un nom, sur le moment, au risque que j’encourrais.

Le lendemain, Alina est revenue à la charge. Mais à peine a-t-elle entrepris de m’exposer l’intérêt passionnant de son projet que je lui ai dit non, n’insiste pas, non, je t’ai déjà dit non, c’est non ni plus ni moins, désolée, je ne négocie pas avec mes convictions. Et comme je la sentais à deux doigts de réattaquer, j’ai ajouté tu sauras que je ne suis pas du genre à changer d’avis comme de culotte – il me semblait qu’être vulgaire accentuait la fermeté et la vigueur de mon refus.

Je lui ai opposé un refus d’autant plus net que mes réticences commençaient lentement à s’émousser en moi. J’ai frappé un grand coup. J’ai sorti l’argument de choc, l’argument irréfutable. Je lui ai balancé que les musées, loin d’être des lieux dans lesquels les artistes interrogeaient ce monde où le fric dictait férocement sa loi, en consacraient au contraire le principe et en tiraient profit, quand ils ne le célébraient pas, quand ils n’en étaient pas, au fond, la plus juste expression, quand ils n’en étaient pas les meilleurs VRP. Veux-tu que je te donne quelques noms de ces enfoirés ? lui ai-je lancé sur un ton de colère. Sais-tu que les crapules qui les financent et à qui rien n’échappe, à qui rien de faible n’échappe, ai-je précisé

Laisse-moi te… a hasardé Alina.

Lydie Salvayre - Marcher jusqu'au soir

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Après une session chaotique, le baccalauréat à l’épreuve du droit...

23 Juillet 2019 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education, #Baccalaureat

Après une session chaotique, le baccalauréat à l’épreuve du droit...

EXTRAITS

Des centaines de familles de lycéens « collés » à l’examen sollicitent un avis juridique, et n’excluent pas de saisir le tribunal administratif. 

Camille et ses parents en sont sûrs : cette session du baccalauréat 2019 les a placés dans une « situation d’injustice ». La lycéenne bordelaise, candidate malheureuse au bac économique et social (ES), est venue l’exposer au cabinet de Florent Verdier, avocat à Bordeaux, qui vient de déposer un recours au tribunal administratif pour « rupture d’égalité ».

« On nous raconte qu’on est tous égaux à l’école, tous égaux face au bac… Qu’il y a des règles, et que les élèves doivent les respecter. Et les adultes, alors ? », interroge la jeune fille. Camille ne fait pas partie des quelque 53 000 élèves (selon le décompte ministériel) dont la copie a été retenue par des enseignants grévistes. Mais elle aurait préféré « en être », dit-elle : une note « étonnamment basse » dans l’une de ses matières « à gros coeff » lui a coûté son bac. « On a refait le calcul en tenant compte de ses résultats au contrôle continu, comme l’a autorisé l’éducation nationale pour les candidats qui n’avaient pas leur note finale, explique Me Verdier. Si Camille avait eu un enseignant gréviste, elle aurait au moins décroché le rattrapage. »

(…)

20 000 appels reçus en 48 heures

Difficile d’estimer le nombre de familles qui, comme celle de Camille, seraient prêtes à saisir le tribunal administratif. Une poignée de recours ont été enregistrés à Lille, Toulouse, Montreuil (Seine-Saint-Denis)… Mais pour la fédération de parents d’élèves FCPE, qui en appelle au Défenseur des droits, leur nombre pourrait s’envoler. En se basant sur les 20 000 appels reçus, en quarante-huit heures, sur la plate-forme d’assistance juridique ouverte après le 5 juillet (date des résultats du bac), la fédération estime à 1 500 le nombre de recours possibles. « On en saura plus fin août, observe Carla Dugault, sa coprésidente. En attendant, on a demandé au ministère de l’éducation de réétudier les cas litigieux pour ne pas sanctionner les élèves dans la suite de leur parcours. »

L’association Droit des lycéens, qui a pris le relais de la FCPE et gère désormais la plate-forme, fait état d’une dizaine d’appels relatifs à de « possibles recours » reçus chaque jour. « Ils nous viennent de lycéens qui estiment avoir été sous notés et qui n’ont pas décroché l’examen », précise-t-on dans les rangs de cette association.

(…)

Le temps judiciaire n’est pas celui de l’école

Le salut viendra-t-il du tribunal administratif ? « Pas sûr », tempère le juriste Bernard Toulemonde, qui s’en réfère à l’histoire : dans le sillage de Mai 68, des recours relatifs au baccalauréat étaient remontés jusqu’au Conseil d’Etat, mais ce dernier, au vu des « circonstances exceptionnelles », avait donné raison au ministère. C’est aussi sur des « circonstances exceptionnelles » que s’est fondé Jean-Michel Blanquer pour réviser les modalités d’évaluation en cours de session.

(…)

… Ils sont nombreux, un peu partout en France, à demander à consulter leurs copies ; certains devront attendre septembre, quand d’autres ont déjà pu les obtenir. C’est le cas, pour la copie de philosophie, de Camille. « Hormis la note, un 7 sur 20, il n’y a aucune annotation sur la feuille, pas un seul commentaire, s’étonne sa mère. C’est à se demander si la copie a seulement été lue ! »

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Je ne serai plus professeur principal...

23 Juillet 2019 , Rédigé par Slate Publié dans #Education

Je ne serai plus professeur principal...

EXTRAITS

C'est une fonction que j'exerce depuis mes débuts et dans laquelle je me suis toujours investi. Mais là, la coupe est pleine.

Quand on m'a demandé d'être professeur principal, je n'ai pas hésité longtemps. C'était pendant l'été 2008, quelques semaines avant ma première rentrée en tant que professeur titulaire. Après une année en tant que stagiaire, je venais d'être nommé dans un collège picard, estampillé ZEP, à l'époque où cet acronyme existait encore.

En acceptant de devenir le référent d'une classe de cinquième, je n'avais pas réalisé à quel point je rendais un grand service à la cheffe d'établissement qui, je l'apprendrai un peu plus tard, s'était souvent arraché les cheveux face aux refus d'une grande partie des enseignant·es de mon nouvel établissement.

(…)

Et puis Blanquer est arrivé

Jean-Michel Blanquer est devenu ministre de l'Éducation nationale après l'élection d'Emmanuel Macron et la nomination d'Édouard Philippe au poste de Premier ministre. Rapidement surnommé «Ctrl-Z» en raison de sa faculté à annuler toutes les mesures prises par ses prédecesseur·es, il s'est surtout distingué par la volonté de laisser une trace durable dans le paysage éducationnel français.

Ce qui passe, entre autres décisions, par une gigantesque opération de remodelage de l'enseignement au lycée, qui inclut non seulement les établissements généraux et technologiques (comme celui auquel j'appartiens), mais également les lycées professionnels.

Si ces derniers ne doivent pas être oubliés –comme c'est trop souvent le cas lorsque l'on parle d'éducation–, permettez-moi de parler avant tout du système que je connais, c'est-à-dire de l'enseignement général et technologique.

La promotion qui entrera en terminale à la rentrée 2019 sera la dernière à passer le bac tel qu'on le connaît depuis 1995. Dès l'an prochain, les élèves de première découvriront une autre organisation et un autre examen.

Du côté des sections générales, exit les classes de S (scientifique), ES (économique et social) ou L (littéraire): on sera en première générale, un point c'est tout, avec un tronc commun et trois spécialités à choisir parmi une liste, toutes n'étant pas disponibles dans l'intégralité des établissements.

Extrait du dépliant «En route vers le baccalauréat 2021». | Via ministère de l'Éducation nationale

En cours d'année de première, chaque élève devra choisir les deux spécialités à poursuivre en classe de terminale et celle à abandonner, qui fera alors l'objet d'une épreuve anticipée.

Les disciplines du tronc commun seront évaluées dès le milieu de la première, à la fois à l'aide du contrôle continu, mais aussi par le biais d'épreuves communes, organisées dans les établissements à partir d'une banque d'épreuves proposées par le ministère.

En terminale, il restera quatre épreuves à passer dans des conditions d'examen: les deux spécialités au printemps, puis la philosophie et le grand oral –nouvelle épreuve aux contours encore flous– en juin.

(…)

L'orchestre du Titanic

En toute franchise, pour être cohérent, j'aurais dû démissionner de ma fonction de professeur principal en cours d'année, comme l'a par exemple fait une soixantaine d'enseignant·es de plusieurs lycées de Toulouse.

«C'est une réforme qui n'est pas finie, et un flou artistique total sur les programmes de terminale. Si je démissionne, c'est par déontologie», expliquait Christine Charpentier, professeure d'histoire-géographie et prof principale depuis un quart de siècle, dans une interview accordée à La Dépêche.

Dans des lettres de soutien aux démissionnaires, des centaines de profs de l'académie indiquent ne pas souhaiter assurer cette fonction à la rentrée 2019.

J'ai tenu à terminer cette année pour ne pas avoir le sentiment d'abandonner mes élèves en cours de route, et je sais que j'ai en partie eu tort. Parce que c'est justement là-dessus que joue le ministre.

Interrogé sur les menaces de grèves de surveillance du bac, il disait compter sur notre «sens des responsabilités», ajoutant que nous savons bien «qu'on ne prend pas les élèves en otage». Il aurait très clairement pu affirmer la même chose à propos des défections des profs de Toulouse.

(…)

J'ai l'impression d'être un lâche, d'autant que je sais bien que d'autres seront là pour reprendre le flambeau, dans la douleur. Oui, je quitte le navire. Mais il faut que j'apprenne à accepter que je ne suis pas responsable du naufrage en cours, que j'ai déjà passé plus de temps que nécessaire à écoper et qu'il est vraiment temps que je pense un tout petit peu à ma santé physique et mentale. L'an prochain, je serai juste un prof de maths, et puis c'est marre.

*Les prénoms ont été changés.

Thomas Messias

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