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Vivement l'Ecole!

Ray Charles...

26 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Philippe Delerm...

26 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... Philippe Delerm...

Subir, recevoir, donner

Il a subi. Tellement subi. La faim, la soif, et l'ombre du danger surtout. L’idée d’une menace, une rumeur d’abord, une angoisse sourde, des mots murmurés autour de lui. Et puis des coups de feu, des morts, des gens que l’on connaît et des proches. Partir était la seule solution. Une évidence.

Mais est-ce une évidence de quitter la terre de son enfance, de son adolescence ? Il a presque vingt ans. Il a connu ici des jeux et des amis, et ses premiers rêves d’amour, et son premier chagrin d'amour. Mais partir, oui. Ensemble. Avec tous ceux qui lui restaient. Entravé par ces ballots, ces paquets noués à la hâte. Un essentiel si dérisoire. Subir les pierres des chemins, les vociférations indécentes du passeur, la longue attente sur la grève. Et ce bateau enfin où il s’entasse avec les siens. Subir, oui. Ce n’est pas un voyage d’espoir mais de désespoir. Comment pourraient-ils arriver quelque part, tous ces corps compressés, humiliés dans la nuit noire, avec le fracas des vagues ? Son père n'y survivra pas.

Mais il y aura quand même une aube, une autre grève, beaucoup de cris encore et beaucoup de silence. D’autres routes, une gare, un train où l’on vous enfourne comme du bétail. Au bout de tout cela, sauvé ?

Sauvé peut-être. Vivant, curieusement vivant, comme hébété. Il continue de tout subir, mais il écarquille les yeux, car il commence à recevoir. C’est très étrange, recevoir. D’abord on se demande pourquoi, et puis si c’est bien sûr. Il y a des espaces incertains, où l’on peut bivouaquer avec ceux qui vous restent. On vous sert une soupe chaude. On vous tape sur l’épaule, on vous sourit. On vous parle. Quelques mots en commun, des gestes rassurants. D’autres routes, et la fatigue infinie monte, puis des endroits toujours très anonymes, une cour de lycée, un dortoir, mais quand on vient d’où il vient, c'est presque une maison. L'inquiétude persiste. On se rassure en parlant avec les siens. On dit merci, heureux d'abord d’avoir à le dire, et puis très vite il y a beaucoup trop de mercis, seulement des mercis. Et les mois vont passer.

Il a vingt ans, il sent au fond de lui les forces vives qui reviennent. Il a tellement subi, tellement reçu. Il le sent maintenant, subir et recevoir ce n’est pas vivre. Il voudrait enfin pouvoir donner. Il ne sait pas encore quoi, il ne sait pas encore comment. Il sera médecin peut-être, ou infirmier, ingénieur, écrivain. Il construira des ponts ou des romans. Il sera libre. Il est libre déjà : il rêve de donner.

Philippe Delerm

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Tragédie en Méditerranée: "On dirait que l'Europe n'entend rien, que Mr Macron n'entend rien"

26 Juillet 2019 , Rédigé par France Inter / MSF Publié dans #Refugies

Tragédie en Méditerranée: "On dirait que l'Europe n'entend rien, que Mr Macron n'entend rien"

"Plus de 110 migrants sont portés disparus après le naufrage jeudi de leur bateau au large de la Libye. Une centaine d'autres ont pu être secouru mais le bilan pourrait être plus lourd d'après certaines ONG comme Médecins sans frontières.

"Ce naufrage est le plus meurtrier depuis le début de l'année. Il s'ajoute aux 426 personnes déjà disparues en mer depuis le mois de janvier."

"Les pêcheurs ont compté au moins 70 corps qui flottaient. Un papa qui était en train d'être récupéré n'a pu que constater que sa famille était en train de disparaître". 

"On dirait que l'Europe n'entend rien, que Mr Macron n'entend rien"

"Il n'y a pas de camps de réfugiés [en Libye], ce sont des camps de détention improvisés, des écoles où on a muré des fenêtres, où des personnes sont entassées, avec un mètre carré par personne, on meurt de tuberculose, on est torturé, muré et vendu."

Extraits France inter

Pour rappel: 

les rescapés sont ramenés en Libye, enfermés dans des conditions inhumaines, subissant des sévices physiques.

                                     __________________________

"En février dernier, Florence Parly, ministre des Armées, annonce l’achat par la France de six embarcations rapides au profit des garde-côtes libyens pour faire face au « problème de l’immigration clandestine ». Pour la première fois, la France affiche publiquement une collaboration bilatérale directe et concrète avec les garde-côtes libyens. En achetant six bateaux pour leur compte, la France participe au cycle de violations des droits humains commises en Libye contre les réfugiés et les migrants en donnant des moyens logistiques pour l’intensifier.

Les garde-côtes libyens ont à plusieurs reprises délibérément mis en danger la vie et la sécurité des réfugiés et migrants qu’ils sont censés secourir : en repoussant à l’eau des personnes en détresse, en les menaçant de leurs armes, en tirant des coups de feu. Des cas de vols sur les rescapés ont été également recensés, de même que des menaces à l’encontre d’équipages de navires d’ONG engagées dans des opérations de sauvetage."

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Une première depuis 1985: le poste de numéro 2 de l'Education Nationale ne revient pas à un enseignant. Mais à un DRH.

26 Juillet 2019 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Une première depuis 1985: le poste de numéro 2 de l'Education Nationale ne revient pas à un enseignant. Mais à un DRH.

EXTRAITS

Edouard Geffray, de la DRH au poste de numéro 2 de l’éducation nationale

Le conseiller d’Etat devient directeur général de l’enseignement scolaire. C’est la première fois depuis 1985 que ce poste revient à un fonctionnaire jamais passé par l’enseignement.

Cela n’était donc pas une rumeur. Le numéro deux de l’éducation nationale, Jean-Marc Huart, quitte ses fonctions. Jean-Michel Blanquer l’a confirmé, mercredi 24 juillet, en conseil des ministres. Il est remplacé au poste de directeur général de l’enseignement scolaire (Dgesco) par Edouard Geffray, un conseiller d’Etat en poste depuis 2017 à la direction générale des ressources humaines de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur.

La nouvelle de ce changement circulait depuis plusieurs semaines rue de Grenelle et dans les rangs syndicaux. On disait Jean-Marc Huart « fatigué » par deux années « usantes » à son poste au ministère. Il faut dire qu’à l’ère Blanquer ce rôle de technicien en chef d’une énorme machine (1,2 million d’agents, dont 900 000 enseignants) n’est pas de tout repos.

(…)

Dialogue social « très structuré »

Le Dgesco aurait-il également fait office de « fusible », après une session du bac mouvementée ? L’hypothèse ne convainc guère. Jean-Marc Huart, qui travaillait déjà pour Jean-Michel Blanquer quand ce dernier était lui-même à la tête de la Dgesco (de 2010 à 2012), a la confiance (« et même l’amitié », souffle-t-on rue de Grenelle) du ministre. Les représentants syndicaux sont (presque) à l’unisson pour défendre un homme « à l’écoute », qui a mené un dialogue social « très structuré ». Tout en soulignant que Jean-Marc Huart a eu les mains moins libres que d’autres avant lui.

« Le ministre a une pratique très verticale du pouvoir, souligne Claire Guéville, responsable du lycée au SNES-FSU, syndicat majoritaire dans le second degré. Toutes les ouvertures que nous pouvions avoir avec le Dgesco étaient immédiatement verrouillées par le cabinet. »

(…)

Plusieurs questions restent néanmoins en suspens concernant le départ du Dgesco et l’arrivée de son remplaçant. Ce changement intervient dans une « période délicate », relève-t-on dans les rangs syndicaux : la rentrée 2019 doit voir les réformes du lycée et du bac, que M. Huart accompagne depuis 2017, « entrer dans le dur ».

En outre, certains s’inquiètent du sort des dossiers portés par M. Geffray à la direction des ressources humaines, notamment la « gestion RH de proximité », expérimentée depuis la rentrée 2018. D’autres, enfin, s’inquiètent de savoir qui le remplacera. Cet été, l’intérim doit être assuré par Marie-Anne Lévêque, secrétaire générale de l’éducation nationale.

Mattea Battaglia et Violaine Morin

L'article complet est à lire en cliquant ci-dessous

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De jeunes vendeuses bataillent contre l’apprentissage de l’humiliation...

26 Juillet 2019 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Education

De jeunes vendeuses bataillent contre l’apprentissage de l’humiliation...

EXTRAIT

Âgées de 15 à 18 ans, apprenties dans le commerce, elles ont subi des brimades répétées, des remarques à caractère sexuel et des conditions de travail anormales. Six vendeuses portent plainte contre deux patrons du Maine-et-Loire, propriétaires de boutiques sous franchise du groupe Eram. Leur centre de formation n’a rien fait pour les protéger.

L’apprentissage a le vent en poupe, vanté partout comme un tremplin formidable vers l’emploi et le lieu idéal pour faire ses preuves dans le monde du travail. Pas sûr qu’Amélie Pourtaud, Yaël ou Julie* souscrivent à une telle description. Elles disent avoir vécu l’enfer dans des boutiques d’habillement ou de chaussures du Maine-et-Loire, subissant insultes, remarques à caractère sexuel, humiliations diverses et variées de leur patron, ainsi qu’une intense charge de travail pendant de longues années. Mineures, elles ont alerté sur leur situation les enseignants de leur centre de formation, leurs proches, ou encore le médecin du travail. Mais rien n’a bougé, jusqu’à l’intervention décisive d’un délégué syndical.

Ces trois jeunes femmes, tout comme une quatrième ancienne stagiaire, Sarah, et deux autres salariées, ont porté plainte, le 1er juillet 2019, devant le tribunal de grande instance d’Angers pour harcèlement moral et travail illégal. Visés : un frère et une sœur, tous deux propriétaires d’une douzaine de magasins dans le Maine-et-Loire, dont certains sont des franchises du groupe Eram. Aucun des deux gérants incriminés n’a souhaité répondre à nos questions (voir sous l’onglet Boîte noire).

Quelques semaines auparavant, certaines de ces jeunes femmes avaient également attaqué leurs anciens patrons aux prud’hommes. Depuis l’annonce de ces plaintes, le groupe Eram a rompu ses contrats de franchise et d’affiliation avec les enseignes détenues par le frère et la sœur, au motif que « les faits mis au jour ont révélé des méthodes de management incompatibles avec l’éthique et les valeurs du groupe ». Une décision contestée devant la justice par les deux gérants. Le 23 juillet 2019, les juges leur ont donné raison, et le groupe Eram a donc fait appel.

Le syndicat des services CFDT du Maine-et-Loire s’est associé à la plainte pénale des six jeunes femmes, horrifié par les récits collectés depuis quelques mois. Sébastien Hervé, qui a déjà accompagné des salariés sur une sérieuse affaire de harcèlement dans un magasin appartenant à la société Gémo, à Cholet (lire ici notre enquête à ce sujet), a appris il y a un an que des faits tout aussi graves se déroulaient dans d’autres boutiques de la région. Mais chez un franchisé du groupe cette fois-ci, avec notamment pour cible des apprenties mineures. Sébastien Hervé, inquiet, mobilise ses contacts, retrouve la trace de trois jeunes femmes, sur le point de démissionner. Comme à Cholet, la parole de l’une fait se dévider toute une pelote, et bientôt, les témoignages affluent.

Yaël, 22 ans, fait donc partie des premières à avoir raconté son « calvaire ». Elle trouve en 2012, à 15 ans, une place dans le magasin Eram de Chalonnes-sur-Loire, là où se trouve en quelque sorte le siège des sociétés propriétaires des magasins ainsi que les bureaux des deux gérants. En apprentissage dans la vente, Yaël n'entendra pourtant quasiment jamais le son d’une caisse enregistreuse. Elle va passer ses trois ans de formation presque exclusivement dans la réserve, à déballer des cartons, ranger des boîtes de chaussures, chercher les pointures manquantes pour ses collègues. Quand la jeune fille arrive à passer en boutique, les remarques fusent, cinglantes. « Elle n’est bonne qu’à la réserve », se moque son patron devant les clients.

Pour Yaël comme pour ses collègues, le temps de travail dépasse largement le temps réglementaire. Selon plusieurs témoignages obtenus par Mediapart, les vendeuses, majeures comme mineures, sont rappelées sur leurs repos, voient leurs vacances modifiées à la dernière minute, passent parfois 50 heures par semaine au travail. Les apprenties doivent souvent arriver un quart d’heure avant l’ouverture et rester une demi-heure, voire  45 minutes, après la débauche, sans être payées.

Manifestement, chaque minute compte. « Les journées étaient à rallonge mais le patron nous reprochait même d’aller trop aux toilettes, se souvient Yaël. Du coup, il enlevait le papier, et on devait le ramener de chez nous. Plusieurs jours durant, il a carrément enlevé la porte des toilettes, pour nous empêcher d’y aller. » Ce qui conduira l’apprentie à se retrouver nez à nez avec son employeur, en « train de faire ses besoins ». « J’étais très gênée… », confie la jeune femme.

Sarah*, embauchée après plusieurs stages dans le cadre d’un bac professionnel, se souvient de son côté avoir été envoyée à l’envi dans différents magasins, avec parfois une heure et demie de route, matin et soir, sans être prévenue à l’avance. « On débordait tout le temps notre temps de travail et nous n’étions jamais payées en heures supplémentaires, jamais. »

Les humiliations sont d’ordre divers. Un jour, Yaël refuse de se soumettre, elle se retrouve à laver les plinthes, une éponge à la main, dans le bureau de son employeur. Amélie Pourtaud, une autre plaignante, 17 ans à l’époque, se rappelle avoir eu le malheur de mettre un jour un pantalon blanc. « Il m’a fait nettoyer les poubelles de ses locataires qui habitaient au-dessus du magasin, sur le trottoir, exprès. » Une autre nettoie les cages de ses poules, une troisième les excréments du chien de la propriétaire, sur leur temps de travail.

« C’étaient les plus jeunes, et celles qui tenaient tête qui prenaient. Je me souviens que le propriétaire traitait l’une des apprenties de zombie, de toxico, devant les clients », explique Sarah. D’autres ont droit à des « connasse », ou « pauvre fille »… Julie, 24 ans aujourd’hui, apprentie pendant trois ans puis embauchée comme salariée, résume : « Nous étions parfaites un jour, bonnes à rien le lendemain. Cette attitude m’a fait perdre toute confiance en moi. »

Les remarques peuvent aussi être d’ordre sexuel, comme le raconte Amélie Pourtaud : « Je sortais avec une copine pour aller déjeuner le midi, je m’arrête pour retirer de l’argent et fumer une clope. Le patron dit, à voix haute, dans la rue et devant les gens de Chalonnes, que “je baise partout”, que je “fume du shit”. À cette époque, je pense à aller voir l’inspection du travail, mais je n’avais aucune preuve… » 

Un soir, alors que son oncle vient la chercher à la sortie du magasin, rebelote : « Il a dit à Amélie, et de loin, qu’elle allait “encore se faire sauter” », attestent deux témoins de la scène. Allusions fréquentes à son sexe, « pas plus gros qu’un autre », ou à l’intimité de ses vendeuses, rien n’arrête l’employeur, comme le raconte Julie : « J’ai été en arrêt quelque temps, suite à un avortement. J’ai eu droit à de nombreuses remarques sur mon copain, sur le fait de me faire prendre, de tomber enceinte… »

Les propriétaires possèdent, au-dessus du magasin Eram de Chalonnes-sur-Loire, des appartements qu’ils louent à leurs apprenties et dont ils gardent un double de clés. Certaines ont eu la désagréable surprise de voir débarquer le patron dans leur logement, à des heures indues, pour leur demander d’aller ramasser un balai laissé dans le magasin ou de porter des chaussures à réparer. « Il avait, je ne sais pas comment, une clé qui permettait d’ouvrir la porte que j’avais pourtant fermée à double tour », se rappelle Sarah.

(…)

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Mathilde Goanec

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Florent Marchet...

25 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Dino Buzzati...

25 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Ce fut un matin de septembre que Giovanni Drogo, qui venait d'être promu officier, quitta la ville pour se rendre au fort Bastiani, sa première affectation.

Il faisait encore nuit quand on le réveilla et qu’il endossa pour la première fois son uniforme de lieutenant. Une fois habillé, il se regarda dans la glace, à la lueur d'une lampe à pétrole, mais sans éprouver la joie qu'il avait espérée. Dans la maison régnait un grand silence, rompu seulement par les petits bruits qui venaient de la chambre voisine, où sa mère était en train de se lever pour lui dire adieu.

C'était là le jour qu'il attendait depuis des années, le commencement de sa vraie vie. Pensant aux journées lugubres de l'académie militaire, il se rappela les tristes soirées d'étude, où il entendait passer dans la rue les gens libres et que l'on pouvait croire heureux ; il se rappela aussi les réveils en plein hiver dans les chambrées glaciales où stagnait le cauchemar des punitions, et l'angoisse qui le prenait à l'idée de ne jamais voir finir ces jours dont il faisait quotidiennement le compte.

Maintenant enfin, tout cela était du passé, il était officier, il n'avait plus à pâlir sur les livres ni à trembler à la voix du sergent. Tous ces jours, qui lui avaient paru odieux, étaient désormais finis pour toujours et formaient des mois et des années qui jamais plus ne reviendraient. Oui, maintenant, il était officier, il allait avoir de l'argent, de jolies femmes le regarderaient peut-être, mais, au fond, il s'en rendit compte, ses plus belles années, sa première jeunesse, étaient probablement terminées. Et, considérant fixement le miroir, il voyait un sourire forcé sur le visage qu'il avait en vain chercher à aimer.

Dino Buzzati - Le Désert des Tartares

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Je suis un accident sociologique mais pas votre alibi ...

25 Juillet 2019 , Rédigé par Mediapart Publié dans #Sociologie

Je suis un accident sociologique mais pas votre alibi ...

Raconter son parcours quand on est transclasse, soit. Mais autant ne pas piétiner la sociologie au passage. Se livrer dans ces récits de vie sans rappeler le poids des déterminismes sociaux, politiser la question et interroger l’incapacité de notre système scolaire à être autre chose qu’une machine à reproduire les inégalités, cela n'a pas vraiment de sens.

Pierre Bourdieu n’aimait pas trop la télévision. Ironiquement, celle-ci va lui offrir une magnifique illustration de son œuvre. Un dimanche soir, j’ai été captivée par un documentaire fort intéressant, Les bonnes conditions, diffusé sur Arte.

Fort intéressant car il raconte la vie de six jeunes élèves de Terminale de Victor Duruy, seul lycée public du très chic VII ème arrondissement. Entre 2006 et 2013, ceux-ci racontent leurs projets de vie et d’avenir.

Ce film d’une heure et demie, visible ici sur YouTube, réalisé par Julie Gavras -elle aussi fille de mais passons- nous offre donc une merveilleuse incarnation du livre de Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, Les Héritiers, paru en 1964 mais toujours d’une acuité parfaite (à l’exception des chiffres). 

Ce documentaire raconte comment les héritiers sont toujours dans la place, bien décidés à se complaire dans cette reproduction sociale infinie. Cette armée de gens bien nés et rien n’est de leur faute à ces individus, je parle du système  va prendre d’assaut les meilleurs postes et positions sociales. 

Sans trop de suspense, à la fin ce sont les riches qui gagnent, et ils vont réussir à intégrer des classes préparatoires prestigieuses. Mais là n’est pas le plus saisissant. Ces enfants privilégiés ne réalisent jamais à quel point ils le sont. Une des héroïnes du documentaire est par exemple persuadée d’avoir retapé par ses propres moyens un appartement de 40 m2 donné par sa grand-mère. Elle mentionne toutefois avoir été aidée par un ouvrier, un léger détail.

Cette anecdote illustre à quel point le privilège peut se vivre dans l’aveuglement total. Ces jeunes semblent inconscients du capital social, financier et culturel dont ils bénéficient sans même l’avoir demandé. Illustration de l’habitus.

Ce documentaire est aussi fascinant parce qu’il parvient à dessiner cette absence de doute chez ces jeunes bien nés. Leur champ des possibles est infini et ils le savent. Il y aura toujours un ami de Papa qui pourra corriger le tir si par hasard Junior faisait une sortie de route.

Bien entendu, ils ne sont pas imperméables aux coups durs, aux décès ou aux problèmes de santé mentale. Mais qui grandit dans un quartier populaire n’est pas non plus immunisé face aux drames ou aux troubles dépressifs. L’idée n’est pas d’opposer les situations de manière manichéenne mais de pointer que les biens-nés, quoiqu’ils fassent, bénéficient de tous les atouts pour réussir leur vie professionnelle et matérielle au moins.

Ce film m’a fait penser à un autre documentaire, vu récemment, à l’opposé du spectre social. Cette fois, l’histoire se passe de l’autre côté du périphérique, comme disent les journalistes paresseux. Un tout autre enjeu se noue. Dans Les défricheurs, de Mathieu Vadepied et Fabien Truong (les travaux de ce sociologue sur la mobilité sociale sont à lire par ailleurs) visible ici jusqu’à la fin du mois, on suit des jeunes de Seine-Saint-Denis. Ces derniers sont pétris d’hésitations sur leur avenir. Ils craignent de se projeter au-delà du baccalauréat par peur d’être déçus. Des jeunes passés par là plus tôt, reviennent pour motiver les uns et les autres. Car une forme de fatalisme point.

Le contraste entre les deux documentaires est frappant. Les jeunes de quartiers populaires sont moins assurés, s’expriment moins bien que leurs homologues aisés.

(…)

Faïza Zerouala

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Education : « A niveau égal en mathématiques le meilleur niveau des filles en lettres nuit à la façon dont elles se perçoivent en mathématiques »

25 Juillet 2019 , Rédigé par Le Monde Publié dans #Education

Education : « A niveau égal en mathématiques le meilleur niveau des filles en lettres nuit à la façon dont elles se perçoivent en mathématiques »

EXTRAITS

Les chercheurs Thomas Breda et Clotilde Napp démontrent dans une tribune au « Monde » que ce sont les différences d’avantage comparatif qui expliqueraient la moindre présence des filles dans les filières scientifiques.

Tribune Si les filles ont désormais de meilleurs parcours scolaires que les garçons, obtenant de meilleurs résultats au brevet ou au baccalauréat, et poursuivant davantage des études supérieures, elles n’en demeurent pas moins fortement sous-représentées dans les domaines reliés aux mathématiques. Elles représentent par exemple moins d’un tiers des effectifs des écoles d’ingénieurs.

Or, ce sont souvent ces domaines qui mènent aux professions les mieux rémunérées, dans les secteurs en plus forte croissance et les moins sujets à des écarts de salaires entre femmes et hommes. Pourtant, les différences de niveau en mathématiques entre filles et garçons sont désormais très faibles dans la plupart des pays et ne permettent pas d’expliquer les larges différences de choix d’éducation et de carrière entre les sexes. Les chercheurs en sciences sociales se sont donc tournés vers d’autres explications telles que des différences de confiance en soi, de préférence ou des discriminations.

Dans un article qui vient de paraître dans la revue PNAS, nous éclairons le débat sur les causes de la ségrégation de genre entre métiers d’un jour nouveau. Nous reconsidérons le rôle des performances scolaires et nous montrons que la prise en compte non seulement des résultats en mathématiques mais également de ceux en lettres (ou lecture) permet de rendre compte d’une large part des écarts d’orientation entre filles et garçons.

(…)

L’écart en lettres en faveur des filles est trois fois supérieur à l’écart en mathématiques en faveur des garçons. Ces différences donnent aux filles par rapport aux garçons un vrai avantage comparatif pour les disciplines littéraires : deux tiers d’entre elles sont meilleures en lettres qu’en mathématiques, alors que c’est le cas pour seulement un tiers des garçons.

L’enquête PISA 2012 inclut également des questions permettant de mesurer les intentions de poursuivre des études et des carrières reliées aux mathématiques. On y retrouve que les garçons ont davantage l’intention que les filles d’étudier les mathématiques, avec des écarts observés très variables d’un pays à l’autre. On constate que les faibles différences de performance en mathématiques ne peuvent expliquer qu’environ 10 % de ces écarts d’intention.

(…)

Améliorer l’information à l’heure du choix

De plus, on observe le même phénomène que lorsqu’on cherche à expliquer les choix d’orientation : les différences de niveau en mathématiques expliquent très peu les différences d’intérêt déclaré ou de confiance en soi en mathématiques entre filles et garçons tandis que les différences d’avantage comparatif permettent d’en rendre compte presque intégralement. Cela montre que la confiance en soi ou l’intérêt dans un domaine s’établit en comparant ses performances dans les différents domaines : à niveau égal en mathématiques le meilleur niveau des filles en lettres nuit à la façon dont elles se perçoivent en mathématiques, et notamment à leur confiance en soi dans cette discipline.

Ce rôle important joué par les différences entre les sexes de performances scolaires et d’avantage comparatif à 15 ans amène à s’interroger sur leur origine. Dans la lignée d’un précédent article dans la revue Science, nous suggérons qu’elles sont probablement largement d’origine culturelle, déterminées par des processus de socialisation antérieurs, dans le milieu familial et à l’école.

(…)

Pour favoriser une représentation plus égale des filles et des garçons dans les filières mathématiques, limiter les différences d’avantage comparatif, par exemple en essayant d’améliorer le niveau en français des garçons, devrait être efficace. Une autre option consisterait à améliorer l’information des élèves aux moments de faire des choix, pour les inciter à moins se reposer sur l’avantage comparatif et davantage sur les perspectives de carrière. Ces interventions seraient bien sûr à mener en complément de celles destinées à limiter les stéréotypes de genre et leur impact, dès le plus jeune âge, sur les parcours académiques des filles et des garçons.

 

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