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Vivement l'Ecole!

Mazzy Star...

31 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... Yannick Haenel...

31 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

À cette époque, j’étais fou. J’avais dans mes valises un scénario de sept cents pages sur la vie de Melville : Herman Melville, l’auteur de Moby Dick, le plus grand écrivain américain, celui qui, en lançant le capitaine Achab sur les traces de la baleine blanche, avait allumé une mutinerie aux dimensions du monde, et offert à travers ses livres des tourbillons de prophéties auxquels je m’accrochais depuis des années ; Melville dont la vie avait été une continuelle catastrophe, qui n’avait fait à chaque instant que se battre contre l’idée de son propre suicide et, après avoir vécu des aventures fabuleuses dans les mers du Sud et connu le succès en les racontant, s’était soudain converti à la littérature, c’est‐à-dire à une conception de la parole comme vérité, et avait écrit Mardi, que personne n’avait lu, puis Pierre ou les Ambiguïtés, que personne n’avait lu, puis Le Grand Escroc, que personne n’avait lu, avant de se cloîtrer pour les dix-neuf dernières années de sa vie dans un bureau des douanes de New York, et de déclarer à son ami Nathaniel Hawthorne : « Quand bien même j’écrirais les Évangiles en ce siècle, je finirais dans le ruisseau. »

J’étais fou peut-être, mais j’avais écrit ce scénario pour faire entendre ce qui habite la solitude d’un écrivain ; je savais bien qu’une telle chose échappe à la représentation : personne n’est capable de témoigner pour la pensée de quelqu’un d’autre parce que la pensée existe précisément hors témoin ; pourtant c’est ce que j’avais tenté de faire entendre dans mon scénario : la pensée de Melville — la population de ses pensées.

Cette population de pensées est un monde, et même les livres écrits et publiés par Melville ne suffisent pas à donner une idée de l’immensité qui peuple la tête d’un écrivain comme lui. D’ailleurs, il y a une phrase de Moby Dick qui évoque ce débordement : à propos du cachalot, elle parle de « l’intérieur mystiquement alvéolé de sa tête ». Eh bien, c’est précisément de cela que traitait mon scénario : l’intérieur mystiquement alvéolé de la tête de Melville.

J’avais conscience, en discutant avec des producteurs, qu’il n’était pas facile de se représenter le sujet de mon scénario et lorsque, à un moment de la conversation, l’un d’eux finissait par dire : « Mais de quoi ça parle ? », j’aimais beaucoup dire que ça parlait de ça : « l’intérieur mystiquement alvéolé de la tête de Melville ».

Était-ce le mot « mystiquement » ou le mot « alvéolé » qui provoquait leur stupeur ? Aucun producteur, bien sûr, ne donnait suite. Mais je ne me décourageais pas : lorsqu’on agit contre son propre intérêt (lorsqu’on se sabote), c’est toujours par fidélité à une chose plus obscure dont on sait secrètement qu’elle a raison. Après tout, ce qui est très précieux est aussi difficile que rare.

Et puis, à l’époque, je ne cherchais pas tellement à plaire, ni même à être reconnu : ce que je cherchais, c’était quelqu’un qui ne ricane pas quand on lui parle de l’intérieur mystiquement alvéolé d’une tête ; quelqu’un qui ne me regarde pas comme si j’étais fou (même si je l’étais) ; quelqu’un qui n’ait pas envie de tapoter sur son téléphone ou de penser à son prochain rendez-vous en faisant mine de m’écouter ; quelqu’un qui, si l’on prononce devant lui ces mots : « l’intérieur mystiquement alvéolé d’une tête », se contente de sourire, parce que ces mots lui plaisent ou parce qu’il voit très bien de quoi il s’agit. Mais ce quelqu’un, s’il existe, ne pouvait qu’avoir lui-même l’intérieur de la tête mystiquement alvéolé.

Bref, j’étais seul, et The Great Melville était en train de rejoindre l’immense troupeau des scénarios abandonnés. Il existe quelque part une steppe couverte de poussière et d’os, on dirait un ciel, on dirait la lune, où sont stockés les scénarios en exil : possible qu’ils attendent, un peu éteints déjà, le regard d’un acteur, d’une actrice, d’un producteur, d’un metteur en scène, mais en général leur solitude est sans appel, et la poussière efface peu à peu leur clarté.

La plupart de mes amis trouvaient ce scénario insensé. Ils trouvaient que c’était insensé de ma part de consacrer mon temps à un projet aussi peu crédible : selon eux, il ne viendrait à personne l’idée de faire un film à partir de ce scénario, personne n’aurait jamais envie de voir la vie d’un écrivain qui échoue ; et d’ailleurs mes amis n’avaient pas envie de me voir moi-même échouer à cause de cette histoire. Selon eux, il aurait été plus judicieux que j’écrive un livre sur Melville, par exemple une biographie, mais pas un scénario : le scénario, c’est la mort de l’écrivain, me disaient-ils ; le moment où les écrivains se mettent à rêver de cinéma est précisément celui qui marque leur mort en tant qu’écrivains ; le signe de la ruine, pour un écrivain, ruine financière, et surtout ruine morale, ruine psychique, ruine mentale, c’est lorsqu’il se met en tête d’écrire un scénario.

Mais moi, le scénario, je l’avais déjà écrit : je n’avais plus rien à craindre. Quelle ruine pouvais-je redouter ? J’avais écrit des romans, j’en écrirais encore — j’avais mille idées de roman en tête, mais d’abord je voulais vivre l’aventure de ce scénario jusqu’au bout, je tenais à The Great Melville, je tenais à parler de la solitude de l’écrivain et du caractère mystique de cette solitude, je voulais faire entendre ce qu’il y a à l’intérieur d’une tête mystiquement alvéolée.

Car les gens, et même mes amis, voient les écrivains comme de simples raconteurs, éventuellement comme de bons raconteurs qui ont éventuellement des idées singulières, voire passionnantes, sur la vie et la mort. Sauf qu’un type dont l’intérieur de la tête est mystiquement alvéolé, en général ils trouvent ça exagéré.

Bref, à l’époque, tout le monde pensait précisément cela : que j’exagérais. Je ne faisais rien pour convaincre qui que ce soit du contraire : j’avais mon idée fixe. Car bien sûr The Great Melville était un film impossible, mais justement, l’impossible était le sujet du scénario.

Yannick Haenel - Tiens ferme ta couronne

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Nouveau monde. À quoi ressemblera l’école du futur?...

31 Juillet 2019 , Rédigé par France Info Publié dans #Education

Nouveau monde. À quoi ressemblera l’école du futur?...

Tout l’été, "Nouveau Monde" explore le futur. À quoi va ressembler l’école à l’ère du numérique, du big data et de l’intelligence artificielle ?

L’école du futur sera-t-elle une école sans livres papier, entièrement remplacés par des écrans (comme c’est déjà le cas, au moins en partie dans certains établissements) ? L’école du futur sera-t-elle une école sans notes, remplacées par des scores comme dans les jeux vidéo ? Y’aura-t-il des caméras braquées sur les visages des élèves pour analyser leur concentration en direct ? S’agira-t-il d’une école algorithmique où la donnée permettra d’analyser les performances des élèves afin d’ajuster les programmes scolaires en temps réel ?

Une école sans profs ?

Dans l’école du futur, l’intelligence artificielle pourrait permettre de personnaliser l’enseignement et de l’adapter à l’intelligence et aux facultés d’appréhension de chacun (adaptative learning). Des enseignements numériques pourraient même être, un jour (bien lointain), transmis par implants cérébraux. Cela veut-il dire que l’école du futur pourrait se passer d’enseignants ? Certes, on imagine mal faire de l’instruction sans l’indispensable lien affectif avec les élèves. Cependant, le rôle des enseignants pourrait être profondément transformé.

Une école sans école ?

Et si l’école du futur se passait carrément d’école ? Elle pourrait être décentralisée, hors les murs, comme on le voit déjà avec les Moocs (cours massifs en ligne). Les cours auraient lieu dans des fablabs, en pleine nature ou à la maison. Les élèves pourraient n’aller à l’école que de temps en temps, pour participer à des projets collectifs, mais pas tous les jours. Des professeurs en hologramme pourraient faire cours à distance, notamment pour les élèves malades ou handicapés qui ne peuvent pas se rendre en classe.

L’école a toujours été un vaste sujet de fantasmes liés à la technologie et, même si de nombreuses transformations sont à venir, il parait bien difficile de savoir à quoi elle ressemblera vraiment.

Jérôme Colombain

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Intégrer les enfants en situation de handicap à l’école : plaidoyer de Josef Schovanec...

31 Juillet 2019 , Rédigé par Radio Evasion Publié dans #Education

Intégrer les enfants en situation de handicap à l’école : plaidoyer de Josef Schovanec...

Dans un système scolaire classique, mis en place pour un seul type de personne, les enfants en situation de handicap ont du mal à trouver leur place. Josef Schovanec, philosophe et voyageur “avec autisme” était l’invité du lycée de l’Aulne de Châteaulin. Face aux professionnels de l’enseignement, il a pu plaider pour un système éducatif véritablement inclusif.

Le lycée de l’Aulne à Châteaulin, impliqué dans l’inclusion de tous les enfants

Le lycée agricole de l’Aulne à Châteaulin fait tout son possible pour que les enfants atteints d’autisme, d’épilepsie, ou de tout type de handicap se sentent bien tout au long de leur scolarité. Le vendredi 3 mai 2019, le lycée organisait une conférence autour de l’accompagnement du handicap en milieu scolaire. Une centaine de professeurs mais aussi des représentants de la Région Bretagne et de l’enseignement agricole ont participé à cette journée. Il s’agissait d’y échanger des idées, des solutions pour que l’école ne soit plus un problème pour les jeunes atteints d’un handicap. La journée s’articulait en deux temps : une intervention de Josef Schovanec, philosophe, écrivain et chroniqueur sur Europe 1, puis des ateliers et des témoignages d’anciens élèves et de jeunes autistes à propos de leurs parcours scolaires. 

Une école adaptée à la multiplicité des “modèles humains”

Pour Josef Schovanec porter une attention particulière à ces jeunes au sein de l’école devrait aller de soi, pour des raisons tout simplement humaines. Adapter les règles, les cadres serait un début. Davantage, c’est aussi une question culturelle qui remet en cause le style cognitif, la façon d’apprendre et la manière d’être de tout le système scolaire. L’école devrait intégrer le fait que les humains sont divers et variés, qu’il n’en existe pas qu’un seul et unique modèle. Pour Josef Schovanec, qui vit lui même avec un autisme Asperger, il s’agit d’un défi a relever. Les expériences menées de par le monde montrent des résultants surprenants quand des systèmes personnalisés sont mis en place. Mais il s’agit d’un chantier commun qui nous touche tous.

Intégrer les familles dans la transformation de l’école 

Pour mettre en place un système véritablement inclusif avec tous les enfants, il faudrait aller puiser les idées a la source. Autrement dit consulter les familles. Cela doit être un travail démocratique et non un travail mené par des politiques qui, selon Josef Schovanec, manquent d’expérience sur ce sujet. Le philosophe plaide également pour une refonte de la formation des enseignants, laquelle s’appuie actuellement sur les théories et reste inefficace en conditions réelles. Josef Schovanec invite les professionnels de l’éducation en contact avec des enfants touchés par un handicap à se constituer une boite à outils, à partager avec leurs pairs. Et de nous rappeler que la loi de 2005 affirme que « toute personne handicapé a le droit à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale ».

Emission à écouter en copiant-collant le lien ci-dessous

https://radioevasion.fr/audio/PAD-Josef-Schovanec.mp3

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Gérard Manset...

30 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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Coup de coeur... René Char... "Deux hirondelles, tantôt silencieuses, tantôt loquaces, se partagent l’infini du ciel et le même auvent".

30 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Littérature

Coup de coeur... René Char... "Deux hirondelles, tantôt silencieuses, tantôt loquaces, se partagent l’infini du ciel et le même auvent".

Depuis plus de dix ans que je suis lié avec Camus, bien souvent à son sujet la grande phrase de Nietzsche réapparaît dans ma mémoire: «J’ai toujours mis dans mes écrits toute ma vie et toute ma personne. J’ignore ce que peuvent être des problèmes purement intellectuels.» Voilà la raison de la force d’Albert Camus- intacte, reconstituée à mesure -et de sa faiblesse- continuellement agressée.

Mais il faut croire que de l’horloge de la vérité, qui ne sonne pas chaque heure mais la beauté et les drames du temps seuls, peut toujours descendre un Michel, par les marches mal éclairées qui, en dépit de ses propres doutes, affirmera, face à la famille des totalitaires et des pyrrhoniens, la valeur des biens de la conscience tourmentée et du combat rafraîchissant. De l’œuvre de Camus, je crois pouvoir dire: Ici, sur les champs malheureux, une charrue fervente ouvre ma terre, malgré les défenses et malgré la peur. Qu’on me passe ce coup d’aile; je veux parler d’un ami.

Affligé ou serré, Camus ne s’échappe pas par la vertu de la méchanceté qui, bien qu’elle ascétise, a l’inconvénient de modeler à son utilisateur un visage voisin de la grimace de la mort. Sa parole incisive refuse le rapetissement de l’adversaire, dédaigne la dérision. La qualité qui satisfait le plus chez lui, quelle que soit la densité du rayon de soleil qui l’éclaire, est qu’il ne s’accointe pas avec lui-même ; cela renforce son attention, rend plus féconde sa passion. Sa sensibilité étrangement lui sert d’amorce et de bouclier, alors qui l’engage toute. Enfin, nanti d’un avantage décisif, il ne remporte qu’une victoire mesurée dont promptement il se détourne, comme un peintre de sa palette, non comme un belliqueux de sa panoplie. Camus aime à marcher d’un pas souple dans la rue d’une ville quand, par la grâce de la jeunesse, la rue est pour un instant entièrement fortunée.

L’amitié qui parvient à s’interdire les patrouilles malavisées auprès d’autrui, quand l’âme d’autrui a besoin d’absence et de mouvement lointain, est la seule à contenir un germe d’immortalité. C’est elle qui admet sans maléfices l’inexplicable dans les relations humaines, en respecte le malaise passager. Dans la constance des cœurs expérimentés, l’amitié ne fait le guet ni n’inquisitionne. Deux hirondelles, tantôt silencieuses, tantôt loquaces, se partagent l’infini du ciel et le même auvent.

René Char - 18 octobre 1957

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Des milliers de livres scolaires partiront à la poubelle suite à la réforme du lycée...

30 Juillet 2019 , Rédigé par France Bleue Savoie Publié dans #Education

Des milliers de livres scolaires partiront à la poubelle suite à la réforme du lycée...

Avec la réforme du lycée à la rentrée, les programmes sont modifiés et du coup : les livres seront changés. Les parents et les associations se retrouvent avec des milliers de livres sur les bras.

C'est l'une des conséquences de la réforme du lycée. Les livres des élèves de seconde et de première sont devenus obsolètes. Pour s'ajuster aux nouveaux programmes mis en place dans les lycées, de nouveaux manuels seront édités à la rentrée.  Parents et associations restent donc avec des milliers de livres sur les bras.

Plus de 10.000 livres rien qu'à la PEEP Savoie

Rien qu'à la PEEP de Savoie, la fédération des parents d'élèves de l'enseignement public, compte plus de 10.000 livres. Des manuels qu'elle louait chaque année aux familles du département, aussi bien dans le bassin chambérien qu'en Maurienne et en Tarentaise. 

"C'est un immense gâchis. En période écologique c'est quelque chose qui nous tord le cœur." - Anne-Marie Poncet, présidente de la PEEP Savoie.

Ces livres sont "des tonnes et des tonnes de savoir mais aussi de papiers" qu'il faut stocker, explique la présidente de la PEEP Savoie. Anne-Marie Poncet voit donc deux solutions pour ces livres qui "de toutes façons ne resserviront plus". 

La première, "chercher des associations qui pourront les acheminer vers différents pays d'Afrique ou d'ailleurs qui ont des programmes français. Sauf que les coûts de transports sont extrêmement onéreux et il y a peu d'associations aujourd'hui vu le peu de ressources qu'elles ont, qui peuvent les acheminer". 

Pour les autres, soit la grande majorité des livres, ajoute Anne-Marie Poncet, direction la poubelle. "Nous prendrons à notre charge le recyclage", très cher pour l'association qui devra faire appel à une entreprise spécialisée.

Pour les familles, que faire de tous ces livres ?

Pour les familles d'élèves savoyards, "c'est une perte sèche" confirme la présidente de la PEEP Savoie. "C'est un coût important sachant que chaque livre coûte 20 à 30 euros et qu'il y a entre huit et onze livres par année" explique Anne-Marie Poncet. Elle conseille donc aux familles de les garder jusqu'à la rentrée. 

"Il n'est pas certain que tous les nouveaux livres soient édités et distribués à temps à tous les élèves."- Anne-Marie Poncet, présidente de la PEEP Savoie.

En plus, si les programmes n'ont pas trop changés, les élèves pourront les ré-utiliser. "Malheureusement je crois que ces livres sont voués à la destruction. À moins de trouver des associations ou des particuliers qui puissent les acheminer vers des pays francophones" se désole Anne-Marie Poncet. Dans ce cas, ce sera direction le bac jaune de recyclage pour des milliers de livres

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Défendre un collège qui fonctionne pour une minorité d'élèves? Tant pis si tous les élèves n'ont pas le bon goût de réussir?...

30 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Education

Défendre un collège qui fonctionne pour une minorité d'élèves? Tant pis si tous les élèves n'ont pas le bon goût de réussir?...

Rédigé en décembre 2015. Il y était question de la si controversée - et si caricaturée - réforme du collège, autrement appelée "Collège2016"

Relire ce texte à la lumière de la politique éducative actuelle… Et éprouver regrets et colère.

CC

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En associant l'école du socle à un jeu d'options plus ou moins choisies, cette réforme permettra de surmonter l'épreuve majeure de l'école démocratique de masse: comment garder tous les enfants de la République tout en tenant compte de la diversité et de la singularité de ces élèves.

Les contradictions du collège unique sont inscrites dès sa naissance en 1975: il accueille tous les élèves dans le prolongement de l'école élémentaire. Il est défini comme l'antichambre du "lycée bourgeois", par ses programmes comme par sa pédagogie. Il prépare au lycée d'enseignement GENERAL où la moitié des élèves ne mettra jamais les pieds. Quant au résultat, il est indiscutable et indiscuté: il creuse les inégalités et à 15 ans, les élèves français sont loin d'être les meilleurs.

Dès lors, la crise se poursuit. Pour les uns il faut en finir avec le collège unique sans savoir quoi faire des professeurs et élèves qui n'y seraient plus. Pour les autres, il ne faut pas renoncer à l'excellence pour tous au prix de dérivations et dispositifs pour les élèves en échec.

Coté excellence, le collège unique fonctionne fort bien grâce à la carte scolaire, aux choix des langues,  des classes européennes, à la stabilité des équipes éducatives.

Coté défavorisé, le collège unique est moins exigeant, avec des équipes éducatives plus jeunes et moins stables, des options moins prestigieuses et l'on s'épuise à courir après une excellence inaccessible car irréaliste.

La dénonciation de cet état de chose n'empêche pas de la soutenir dans les faits: les familles informées fuient les établissements "difficiles", les jeunes enseignants sont nommés là où s'accumulent les difficultés, et il est hors de question de transiger sur les horaires disciplinaires, l'ambition des programmes ou la manière de noter.

S'il est facile de dénoncer tout et le contraire de tout en permanence, il convient aujourd'hui de défendre la réforme du collège proposée par la Ministre Najat Vallaud-Belkacem afin de sortir le collège de ses contradictions.

La réaffirmation du socle commun (ou culture commune) n'abaisse pas le niveau. La priorité donnée au socle conduit à fixer les mêmes objectifs pour tous les élèves. On peut exiger l'acquisition du socle par tous. On ne peut pas exiger l'excellence pour tous!

Certains élèves ne parviendront pas à acquérir ce socle, d'autres voudront aller au-delà et la plupart auront besoin de se confronter à des apprentissages plus actifs, plus collectifs, plus proches de leurs goûts et intérêts. Les élèves ne sont ni semblables ni parfaitement égaux. Le bon élève d'un collège populaire trouvera des réponses dans un établissement lui offrant des modules de lettres classiques ou de sciences sans être amené à fuir les lieux; l'élève faible d'un collège favorisé sera soutenu dans son établissement sans être mis à l'écart. Les meilleures performances des uns ne pénaliseront pas les autres puisque la logique du socle est de garantir le meilleur niveau possible à tous. Un modèle moins injuste que celui que nous connaissons.

En associant l'école du socle à un jeu d'options plus ou moins choisies, cette réforme permettra de surmonter l'épreuve majeure de l'école démocratique de masse: comment garder tous les enfants de la République tout en tenant compte de la diversité et de la singularité de ces élèves.

Comment faire du latin, du grec et plus de mathématiques sans en faire des modes de regroupement social? Pour rappel, la majorité des latinistes de collège abandonne massivement cette option au lycée quand la sélection ne passe plus par ce biais. Comment valoriser informatique et musique sans en faire des outils de séparation entre élèves? En choisissant une part de leurs apprentissages, les élèves pourraient apprendre à savoir ce qu'ils aiment plutôt que de confier leur avenir à la seule addition de leurs notes.

Cette réforme n'est pas une révolution. Bien des établissements "expérimentaux" fonctionnent déjà de cette manière. Elle induit d'autres manières de travailler et de faire travailler. Entre "classes disciplinaires", "modules disciplinaires" et "modules pluridisciplinaires", les enseignants diversifieront leurs tâches, ce que beaucoup font déjà avec bonheur.

On peut déjà anticiper les oppositions à ce projet:

- il faut défendre les horaires disciplinaires classiques;

- il faut défendre les classes élitistes où se joueraient l'avenir culturel du pays et, surtout, la reproduction des élites;

- il faut dénoncer le pédagogisme rampant qui ruinerait l'école de Jules Ferry et imposerait un "collège light".

En clair, défendons un collège qui fonctionne si bien pour une minorité  d'élèves et obtenons plus de moyens pour persévérer dans la même voie. Tant pis si tous les élèves n'ont pas le bon goût de réussir!

L'Histoire du Ministère de l'Education Nationale est jonchée de réformes avortées, noyées. Toutes les réformes n'étaient évidemment pas bonnes mais certaines sont passées plus facilement que d'autres: la semaine de quatre jours à l'école élémentaire en 2008 par exemple. Aujourd'hui l'air du temps est au conservatisme avec des français auxquels on fait croire que "c'était mieux avant".

Cette réforme, modeste, ne doit pas être rejetée. Elle appelle d'autres manières de travailler, nous sort des impasses dans lesquelles nous nous enfermons en dénonçant leurs conséquences.

Résumé de l'article de François Dubet, in Le Monde  p 15 en date du 29/30 mars 2015

Christophe Chartreux

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Espérance banlieues: petit rappel historique contrasté... Par Claude Lelièvre...

30 Juillet 2019 , Rédigé par Mediapart - Claude Lelièvre Publié dans #Education

Espérance banlieues: petit rappel historique contrasté... Par Claude Lelièvre...

Un exemple ( contrasté) de ce qui pouvait paraître dans la presse il y a presque cinq ans. Par l'Obs avec l'AFP. Et mes observations de l'époque.

A Montfermeil, un cours privé prospère sur les ratés de l'école publique

Par L'Obs avec AFP

Publié le 23 janvier 2015 à 11h33

Bobigny (AFP) - Entre camp scout et école de la deuxième chance, le cours Alexandre Dumas à Montfermeil, un établissement hors contrat financé par une fondation proche de la mouvance catholique traditionaliste, séduit des parents d'élèves en échec scolaire sur la promesse d'une reprise en main éducative et morale.

Lever des couleurs par l'élève le plus méritant de la semaine, uniforme, drapeau français dans chaque classe, tours de corvées... Depuis son ouverture en septembre 2012 et plus encore depuis les attentats de Paris, ce cours privé est souvent cité en exemple dans les médias pour ses méthodes originales et sa direction se prête volontiers à l'exercice de communication.

Une centaine d'élèves répartis du CP à la 3e - à 70% musulmans - fréquentent cette école installée dans des préfabriqués sur un parking "loué" à la mairie de Montfermeil, en Seine-Saint-Denis.

Une implantation qui a doublement valeur de symbole pour une institution qui affirme vouloir "répondre à la crise éducative des banlieues". Berceau des émeutes de 2005, la ville est dirigée par l'UMP Xavier Lemoine, qui est aussi le vice-président du parti chrétien-démocrate de Christine Boutin.

Non confessionnel, le cours est cependant adossé à une fondation, Espérance banlieues, dont la quasi-totalité des membres du conseil d'administration sont des militants de la Manif pour tous.

L'école a d'indéniables atouts à faire valoir. "On a de petits effectifs de 18 élèves maximum par classe, ce qui permet de se concentrer sur un enfant en particulier, sur ses lacunes à lui", témoigne Lore Hannedouche, enseignante en CP-CE1.

"Avant c'était la guerre pour lui faire faire ses devoirs, maintenant elle apprend, elle est fière d'elle", confirme Nathalie au sujet de sa fille. "Et ce n'est que 75 euros par mois donc, pour les familles qui ont peu de revenus, c'est accessible", poursuit cette employée d'une école maternelle publique...

Particulièrement mis en avant, l'uniforme. Mais rien à voir avec la tenue correcte exigée dans les "charter schools" à l'anglo-saxonne. Les élèves portent un sweat à capuche -vert pour les garçons, bordeaux pour les filles-, concession au "look banlieue" que le directeur, Alberic de Serrant, revendique.

- Éveiller les enfants 'à leur beauté' -

"La capuche, elle dit: +Je suis ici, c'est mon quartier, j'en suis fier+", explique le directeur qui veut réconcilier les "jeunes" avec leur milieu d'origine.

Sa mission? Les "éveiller à leur beauté".

"Ce sont des trésors, nous devons les approcher avec un grand respect - d'où le vouvoiement - et leur montrer combien ils sont précieux", poursuit le directeur, passé par les Apprentis d'Auteuil.

La République, la laïcité n'est pas dans son vocabulaire. En revanche, il veut inculquer "l'amour de la France" à ses "enfants". Et le sens du sacré.

"L'enfant va découvrir sa citoyenneté française par le respect du drapeau. Il va comprendre que le drapeau, quand il est monté et qu'il vole, le pays est en forme, quand on le plie, on le plie avec le bleu en apparence parce qu'on est dans la paix."

"Ce type d'école, qui fait du +redressement moral+, ne peut pas être une réponse à la crise de l'école et du vivre-ensemble", tranche l'historien de l'éducation Claude Lelièvre, alors qu'un cours sur le même modèle a ouvert dans les quartiers nord de Marseille et que cinq autre projets sont dans les tuyaux en zones sensibles.

"Si on veut avoir un tas de petits ghettos dans les ghettos, alors continuons comme ça", poursuit l'historien qui critique un "modèle implicitement totalitaire", "pas loin de la secte".

Christian Gaudray, président de l'Union des familles laïques (UFAL), dénonce le statut d'utilité publique accordé en 2006 à la Fondation pour l'école, qui lui permet d'engranger des dons de particuliers, défiscalisés.

Cela revient "à un financement déguisé de l’État d'écoles qui pour la plupart sont catholiques intégristes", juge-t-il.

Un soutien public qui est d'autant plus mal venu que ces écoles, selon lui, n'ont qu'un seul but: exploiter les "failles du système public" en attirant à elles des parents désarmés face à l'échec scolaire de leurs enfants. Et en quête de recettes miracle.

Claude Lelièvre

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Yuma...

29 Juillet 2019 , Rédigé par christophe Publié dans #Musique

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